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P comme Piliers en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Les trois piliers de la loge, Sagesse, Force et Beauté, figurent les principes qui soutiennent l’édifice maçonnique. Attestés dès 1730 dans les catéchismes anglais, ils sont rapportés aux trois officiers qui dirigent la loge, le Vénérable et les deux Surveillants, aux trois personnages de la légende du Temple, Salomon, Hiram roi de Tyr et Hiram l’architecte, et aux trois ordres classiques d’architecture. Souvent figurés par de petites colonnes portant des lumières, ils ne se confondent pas avec les deux colonnes de l’entrée du temple. Ils enseignent qu’aucune œuvre ne tient sans une pensée juste, une volonté ferme et une harmonie qui l’accomplit.

Un enseignement attesté dès 1730

ionique : beauté
détail d’un chapiteau de style ionique ( Grèce ancienne )

Dans Masonry Dissected de Samuel Prichard (1730), à la question de savoir ce qui soutient une loge, la réponse est : trois grands piliers, Sagesse, Force et Beauté. La triade est plus ancienne que la franc-maçonnerie : on la rapproche souvent des trois qualités de l’architecture selon Vitruve, solidité, utilité et beauté (firmitas, utilitas, venustas), et du livre biblique des Proverbes, où la Sagesse « bâtit sa maison ». Les instructions anglaises puis françaises ont fixé ses correspondances.

Repères

  • Sagesse : le Vénérable Maître, à l’Orient ; le roi Salomon ; l’ordre ionique.
  • Force : le Premier Surveillant ; Hiram, roi de Tyr, qui fournit les matériaux ; l’ordre dorique.
  • Beauté : le Second Surveillant ; Hiram l’architecte, qui orna le Temple ; l’ordre corinthien.
  • Objets : trois petites colonnes, ou trois chandeliers, placés près des sièges des officiers ou autour du tableau de loge.
  • Formule : la Sagesse pour concevoir, la Force pour soutenir, la Beauté pour orner.

La Sagesse

La Sagesse conçoit le plan. Elle est attribuée au Vénérable, qui dirige les travaux, et à Salomon, figure biblique du roi sage. L’ordre ionique, avec ses volutes, a été rapproché de la pensée qui s’enroule et se déploie. Il ne s’agit pas d’un savoir encyclopédique, mais d’un discernement : savoir ce qu’il faut construire, et pourquoi. Sans sagesse, la force devient brutale et la beauté vaine.

La Force

La Force soutient l’édifice. Elle est rattachée au Premier Surveillant et à Hiram, roi de Tyr, qui fournit à Salomon les cèdres du Liban et les ouvriers. L’ordre dorique, sobre et massif, en est l’image. En maçonnerie, la force n’est pas la domination : c’est la fermeté de la volonté, la capacité de réaliser ce que la sagesse a conçu et de tenir dans la durée.

La Beauté

Piliers

La Beauté orne et accomplit. Elle est confiée au Second Surveillant et à Hiram l’architecte, l’artisan qui orna le Temple de ses bronzes. L’ordre corinthien, avec son chapiteau de feuilles d’acanthe, en est l’expression. La beauté maçonnique n’est pas un décor ajouté : elle naît de l’harmonie des proportions et de l’accord entre les membres de la loge. Elle est le signe qu’une œuvre est achevée.

Piliers et colonnes : ne pas confondre

Les trois piliers ne doivent pas être confondus avec les deux colonnes placées à l’entrée du temple, Jakin et Boaz, inspirées des colonnes de bronze du Temple de Salomon (1 Rois 7). Ces dernières marquent le seuil et l’opposition complémentaire des contraires ; les piliers soutiennent la loge et règlent son gouvernement. Dans certains temples, les trois petites colonnes portent des bougies que l’on allume à l’ouverture des travaux : on parle alors des « trois petites lumières ».

Une lecture philosophique

La triade a été lue de bien des manières : pensée, volonté et sentiment ; intelligence, énergie et harmonie ; ou encore trois moments de toute action humaine. Elle exprime une idée simple : une construction juste suppose un équilibre. Une loge, comme une personne, peut pécher par excès de l’un des trois. La tradition rappelle qu’ils sont indissociables et que leur équilibre est la condition de la stabilité.

Le saviez-vous ?

Le livre des Proverbes dit que la Sagesse a bâti sa maison et taillé ses sept colonnes. L’écrivain T. E. Lawrence a repris l’image pour le titre de ses mémoires, Les Sept Piliers de la sagesse, sans aucun lien avec la maçonnerie.

Pour approfondir

  • Samuel Prichard, Masonry Dissected, Londres, 1730.
  • Vitruve, De l’architecture, livre I, Les Belles Lettres, Collection des Universités de France.
  • Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948 (rééditions).

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Sagesse, Force, Beauté, Force et Vigueur, Sautoir de Vénérable Maître, Surveillants.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

P comme Pierre brute en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La pierre brute est le premier symbole que l’Apprenti franc-maçon apprend à regarder comme un miroir. Bloc tel qu’il sort de la carrière, irrégulier et encore inutilisable, elle figure l’être humain avant le travail sur soi : riche de possibilités, mais encombré d’aspérités, de préjugés et de passions. Dégrossie au maillet et au ciseau, elle doit devenir pierre cubique, apte à prendre place dans l’édifice commun. Classée parmi les bijoux immobiles de la loge, elle résume à elle seule la méthode maçonnique : une transformation patiente, progressive et jamais achevée, menée à l’aide d’outils symboliques.

De la carrière au chantier

Pierre brute

Pour les tailleurs de pierre médiévaux, la pierre brute est le moellon livré par la carrière, avant toute taille. Le travail consistait à la dresser, à lui donner des faces planes et des angles droits pour qu’elle s’ajuste sans jeu aux autres pierres. La Bible garde la mémoire d’un chantier exemplaire : selon le premier livre des Rois (6, 7), les pierres du Temple de Salomon furent préparées à la carrière, si bien qu’on n’entendit sur le chantier ni marteau ni outil de fer. La franc-maçonnerie spéculative a retenu de cet univers la distinction entre la matière première et l’ouvrage fini.

Un bijou immobile de la loge

Les rituels d’origine anglaise, notamment le Rite Émulation, rangent la pierre brute parmi les trois bijoux immobiles, avec la pierre cubique et la planche à tracer. La pierre brute est attribuée à l’Apprenti, qui doit y travailler, la pierre cubique au Compagnon, qui y éprouve ses outils, et la planche à tracer au Maître, qui y trace ses plans. Les rites français reprennent cette triade : la pierre brute figure sur le tableau de loge du premier degré et se trouve souvent placée près du siège du Second Surveillant, chargé de l’instruction des Apprentis.

Le maillet et le ciseau

La pierre brute ne se comprend pas sans les outils de l’Apprenti. Le maillet représente la volonté, l’énergie qui frappe ; le ciseau représente le discernement, l’intelligence qui oriente le coup. L’un sans l’autre ne produit rien : la force aveugle brise la pierre, le discernement sans force ne l’entame pas. Lors de certaines initiations, le nouvel Apprenti frappe symboliquement la pierre brute, geste qui inaugure son travail. L’enseignement est clair : la loge fournit les outils et le cadre, mais c’est à chacun de tailler sa propre pierre.

Une image de soi

Pierre brute

Les instructions maçonniques invitent l’Apprenti à se reconnaître dans cette pierre. Les aspérités désignent les défauts, les habitudes, les certitudes non examinées, ce que d’anciens textes appellent les métaux ou les passions. Le travail n’est pas de nier la matière, mais de la révéler : une pierre bien taillée garde son grain et sa couleur. De nombreux auteurs maçonniques rapprochent ce travail de la formule VITRIOL lue dans le cabinet de réflexion, qui invite à descendre en soi pour se rectifier. La pierre brute rappelle aussi que nul n’entre en loge déjà accompli.

De la pierre brute à la pierre cubique

Le passage de la pierre brute à la pierre cubique structure la progression des grades. Au second degré, le Compagnon contrôle les faces de sa pierre à l’équerre, au niveau et à la perpendiculaire. Certains rites connaissent une pierre cubique à pointe, surmontée d’une pyramide, qui ouvre sur d’autres interprétations. Mais la tradition insiste : le travail n’est jamais terminé. Même le Maître reste, à certains égards, une pierre à reprendre, et chaque Frère ou Sœur ne vaut que par la manière dont il s’ajuste aux autres dans l’édifice collectif.

À retenir

  • La pierre brute est le symbole propre de l’Apprenti, au premier degré.
  • Elle fait partie, avec la pierre cubique et la planche à tracer, des trois bijoux immobiles.
  • Ses outils sont le maillet (volonté) et le ciseau (discernement).
  • Elle figure l’être humain avant le travail sur soi, non comme un être mauvais mais comme une matière à révéler.
  • Le passage à la pierre cubique exprime une progression continue, jamais close.

Lectures et interprétations

Mur de pierres
Mur de pierres

Les commentateurs ont lu la pierre brute de multiples façons : morale, avec la correction des vices ; philosophique, avec la recherche d’une raison éclairée ; hermétique, enfin, où la pierre brute devient la materia prima des alchimistes, matière première à transmuter. Le livre de l’Exode (20, 25) mentionne aussi un autel de pierres non taillées, ce qui a nourri chez certains auteurs une lecture inverse, valorisant la pierre brute comme matière intacte. Ces interprétations coexistent : la franc-maçonnerie ne fixe pas un sens unique au symbole, elle demande à chacun de le travailler.

Le saviez-vous ?

Dans le vocabulaire des banquets maçonniques, le langage de table désigne traditionnellement le pain par l’expression « pierre brute » : le symbole du travail se retrouve jusque sur la table des agapes.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Apprentissage, Maillet, Ciseau, Planche à tracer, Second surveillant.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

P comme Pierre en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La pierre est la matière première de l’art de bâtir et, par là, l’un des symboles fondateurs de la Franc-maçonnerie. Héritiers revendiqués des tailleurs de pierre médiévaux, les Maçons spéculatifs ont fait de la pierre l’image de l’être humain : brute au départ, elle doit être dégrossie, équarrie, polie, pour prendre sa place dans un édifice commun. Pierre brute, pierre cubique, pierre cubique à pointe, pierre angulaire, pierre de fondation, pierre cachée du VITRIOL : le vocabulaire maçonnique décline la pierre sous de multiples formes. Toutes disent la même chose : le travail initiatique est un chantier, et ce chantier, c’est d’abord soi-même.

Des tailleurs de pierre aux Maçons spéculatifs

Pierre

Le mot vient du latin petra, emprunté au grec, « roche ». Au Moyen Âge, les masons anglais et les maçons français sont avant tout des hommes de la pierre, organisés en loges de chantier autour des cathédrales et des châteaux. Les Old Charges, textes de devoirs des maçons anglais conservés depuis la fin du XIVe siècle, racontent l’histoire légendaire de l’art de bâtir. Lorsque, au XVIIe et au XVIIIe siècle, des hommes étrangers au métier sont admis dans les loges, ils conservent ce vocabulaire de la pierre, mais en font un langage moral : on ne taille plus des blocs, on se taille soi-même.

La pierre brute

La pierre brute est la pierre telle qu’elle sort de la carrière, avec ses aspérités et ses irrégularités. Elle figure l’Apprenti, et plus largement l’être humain avant le travail initiatique : riche de possibilités mais encore informe, encombré de préjugés, de passions et d’habitudes. L’Apprenti travaille avec le maillet et le ciseau, la volonté qui frappe et le discernement qui guide le coup, pour en ôter le superflu. La pierre brute n’est pas méprisable : comme la statue que le sculpteur devine dans le bloc, elle contient déjà ce qu’elle peut devenir.

La pierre cubique et la pierre cubique à pointe

La pierre cubique, aux faces planes et aux angles droits, est la pierre taillée, prête à être posée. Dans la plupart des rites français, elle est associée au grade de Compagnon, qui apprend à vérifier son travail à l’équerre, au niveau et à la perpendiculaire. Les tableaux de loge du Rite Français et du Rite Écossais Ancien et Accepté représentent souvent une pierre cubique surmontée d’une pyramide, dite pierre cubique à pointe, dont l’interprétation fait débat : outil de levage pour certains, image de l’élévation de la matière vers l’esprit pour d’autres. La tradition anglaise parle de rough ashlar et de perfect ashlar.

  • Pierre brute : l’Apprenti, l’homme à l’état initial.
  • Pierre cubique : le Compagnon, la pierre équarrie, apte à la construction.
  • Pierre cubique à pointe : figure des tableaux de loge, d’interprétation discutée.
  • Pierre angulaire : la pierre d’angle qui assure la solidité de l’édifice.
  • Pierre cachée : l’occultum lapidem du VITRIOL, à chercher en soi.

Un renversement chez Prichard

Pierre

Les textes anciens ne présentent pas toujours ces pierres dans l’ordre devenu classique. Dans la divulgation de Samuel Prichard, Masonry Dissected (1730), les « joyaux immobiles » de la loge comprennent une pierre brute destinée aux Compagnons pour éprouver leurs outils, et une pierre dégrossie sur laquelle l’Apprenti apprend à travailler. Ce détail rappelle que le symbolisme maçonnique s’est construit progressivement au XVIIIe siècle, et que les lectures aujourd’hui reçues sont le fruit d’une longue élaboration.

De la pierre à l’édifice

Une pierre taillée n’a de sens que dans un mur. Le travail sur soi n’est pas une fin narcissique : il vise à rendre chacun apte à s’ajuster aux autres, dans la loge et dans la société. Le Temple de Salomon, dont la Bible précise qu’il fut bâti sans que l’on entendît sur le chantier le bruit du marteau, les pierres ayant été taillées à la carrière, sert de modèle à cet édifice collectif. Le Maçon y apprend que la qualité d’une construction dépend de l’ajustement de chaque pierre à ses voisines.

Pierre angulaire et pierre de fondation

Le Psaume 118 évoque « la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs », devenue « la pierre d’angle », verset repris dans les Évangiles. La Franc-maçonnerie a hérité de cette image : la pierre angulaire est celle qui supporte et oriente l’édifice. Les Maçons ont aussi longtemps pratiqué la pose de la première pierre d’édifices publics, cérémonie au cours de laquelle la pierre est vérifiée à l’équerre, au niveau et au fil à plomb, puis consacrée avec le blé, le vin et l’huile. Cet usage, fréquent en Grande-Bretagne et aux États-Unis aux XVIIIe et XIXe siècles, en est l’expression la plus concrète.

La pierre des alchimistes

Pierre

Le symbolisme maçonnique de la pierre croise celui de l’alchimie. La formule VITRIOL, affichée dans le cabinet de réflexion, promet de trouver la « pierre cachée » ; la pierre philosophale des alchimistes, censée transmuter les métaux, a été lue par les hermétistes comme l’image de l’homme régénéré. Certains auteurs maçonniques, à partir du XIXe siècle, ont développé ces correspondances. Elles ne font pas partie de tous les rites, mais elles enrichissent la méditation sur la pierre comme matière à transformer.

À retenir

  • La pierre est l’image de l’être humain à transformer par le travail initiatique.
  • La pierre brute correspond à l’Apprenti, la pierre cubique au Compagnon dans la plupart des rites.
  • Le travail sur soi a pour but l’intégration dans un édifice commun.
  • Pierre angulaire, pierre de fondation et pierre cachée prolongent ce symbolisme.
  • Ces lectures se sont élaborées progressivement depuis le XVIIIe siècle.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Pierre brute, Maillet, Ciseau.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

P comme Persévérance en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La persévérance est, en franc-maçonnerie, la vertu de celui qui poursuit le travail malgré la lassitude, le doute et la lenteur des résultats. Elle est inscrite dès le premier jour dans le parcours initiatique : le candidat la lit sur les murs du cabinet de réflexion, elle lui est demandée tout au long des épreuves, et elle conditionne sa progression d’un grade à l’autre. Associée au coq et à la vigilance, elle ne se confond pas avec l’entêtement : c’est une constance éclairée, qui sait se corriger. Elle rappelle que l’initiation n’est pas un événement, mais un chemin.

Un mot de la morale et de la théologie

Persévérance

« Persévérance » vient du latin perseverantia, de severus, sérieux, rigoureux : persévérer, c’est rester sérieux jusqu’au bout. Les moralistes antiques la rattachaient au courage ; la théologie chrétienne a parlé de la « persévérance finale », fidélité maintenue jusqu’à la mort. Les francs-maçons du XVIIIe siècle, héritiers de cette double culture, en ont fait une vertu initiatique, nécessaire à la taille de la pierre brute.

Dans le cabinet de réflexion

Parmi les sentences inscrites sur les murs du cabinet de réflexion, l’une des plus répandues promet au candidat que, s’il persévère, il sera purifié par les éléments et verra la lumière. Le même cabinet présente souvent un coq, accompagné des mots « Vigilance et persévérance ». Dès avant son entrée dans le temple, le futur initié est donc averti : ce qu’il commence ne se réalisera pas en une soirée. La persévérance est la condition de la lumière, non sa récompense immédiate.

Dans les épreuves et les grades

  • Les voyages de l’initiation, faits les yeux bandés, mettent physiquement à l’épreuve la constance du candidat.
  • Le temps d’apprentissage, qui dure souvent un an ou davantage, enseigne la patience et l’assiduité.
  • L’augmentation de salaire n’est accordée qu’après un travail régulier, évalué par la loge.
  • L’escalier que le Compagnon gravit, marche après marche, figure une progression lente et continue.
  • La légende d’Hiram, au grade de Maître, est celle d’un homme qui reste fidèle à son engagement jusqu’à la mort.

Persévérer sans s’obstiner

Persévérance

La persévérance maçonnique n’est pas l’obstination. L’obstiné répète la même erreur ; le persévérant poursuit le but en corrigeant la méthode. Les outils du maçon le rappellent : on taille, on vérifie à l’équerre, on reprend. La persévérance suppose donc l’humilité de reconnaître ses échecs et la lucidité de changer de geste. Elle s’appuie sur la règle, qui mesure le chemin parcouru, et sur le compas, qui garde le sens de la mesure.

Contre l’usure et le découragement

La vie de loge connaît ses temps faibles : tenues répétitives, conflits, sentiment de piétinement. Beaucoup d’initiés quittent la franc-maçonnerie dans les premières années, faute d’avoir trouvé ce qu’ils attendaient. La persévérance consiste alors à rester présent, à continuer de venir, d’écouter, de travailler, jusqu’à ce que le sens se révèle. Les anciens le disent souvent : la franc-maçonnerie se comprend par la durée.

Une vertu partagée

La persévérance n’est pas qu’individuelle. Une loge persévère en maintenant ses travaux, en transmettant ses rituels, en traversant les crises. L’histoire maçonnique offre des exemples de loges qui ont repris leurs travaux après des interdictions, comme en France après la répression de Vichy. Plusieurs ateliers portent d’ailleurs le nom de « La Persévérance », signe de l’importance accordée à cette vertu.

Le saviez-vous ?

Une porte mystérieuse
Une porte mystérieuse – Escalier qui monte vers la porte de la Lumière

Le coq du cabinet de réflexion est aussi le symbole du mercure alchimique et l’animal qui annonce le lever du jour. Associé à la persévérance, il rappelle que la lumière vient à celui qui sait veiller jusqu’à l’aube.

Pour approfondir

  • Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948 (rééditions).
  • Oswald Wirth, La Franc-Maçonnerie rendue intelligible à ses adeptes, tome I, L’Apprenti, Dervy (rééditions).

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Cabinet de Réflexion, Coq, Pierre brute, Escaliers, Augmentation de salaire…, Initiation.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

P comme Perpendiculaire en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La perpendiculaire est le nom que donnent les rituels français au fil à plomb, l’instrument qui vérifie la verticalité d’un mur. En loge, elle est le bijou du Second Surveillant et forme avec le niveau du Premier Surveillant et l’équerre du Vénérable le trio des bijoux des trois « lumières ». Symbole de droiture, d’aplomb et de rectitude morale, elle rappelle que l’édifice intérieur, comme le mur du maçon opératif, ne tient debout que s’il est d’aplomb sur sa base. Elle est aussi, pour l’Apprenti, l’un des premiers outils qu’il apprend à reconnaître.

De l’outil du maçon au bijou de loge

Perpendiculaire
Fil a plomb au dessus du Pavé moisaïque

Sur un chantier, le fil à plomb est un simple poids suspendu à une cordelette : la pesanteur tend le fil selon la verticale, ce qui permet de contrôler l’aplomb d’un parement. Les francs-maçons spéculatifs ont repris cet outil comme bien d’autres, mais sous une forme stylisée : la perpendiculaire est souvent figurée par un fil à plomb suspendu dans un cadre en forme de potence, ou par une règle verticale munie d’un plomb, ce qui correspond à l’anglais plumb rule.

Elle figure parmi les bijoux mobiles de la loge, ainsi nommés parce qu’ils passent d’un officier à l’autre lors des élections, par opposition aux bijoux immobiles (pierre brute, pierre cubique, planche à tracer).

Le bijou du Second Surveillant

Dans le Rite Français, le Rite Écossais Ancien et Accepté, le Rite Écossais Rectifié comme dans le rite anglais dit Émulation, la perpendiculaire est attachée au Second Surveillant (Junior Warden), tandis que le niveau revient au Premier Surveillant et l’équerre au Vénérable Maître. Les trois bijoux se répondent : l’équerre règle les angles, le niveau l’horizontale, le plomb la verticale. Ensemble, ils permettent de construire juste.

Dans de nombreuses loges françaises, le Second Surveillant a la charge de l’instruction des apprentis. La perpendiculaire devient alors l’outil de celui qui doit vérifier que le jeune maçon « monte droit » son travail, et qui doit lui-même donner l’exemple de la rectitude.

Symbolique : rectitude, aplomb, axe

La première leçon est morale : être droit, c’est agir avec justesse et cohérence. Les instructions anglaises associent le plomb à l’idée de marcher droit dans sa conduite. La seconde est psychologique : être d’aplomb, c’est trouver son équilibre propre, ni affaissé ni penché vers un parti pris.

La troisième leçon est symbolique au sens fort : la verticale relie le bas et le haut, la terre et le ciel. Elle figure un axe autour duquel l’initié s’ordonne. Le fil à plomb indique aussi la direction du centre de la Terre : plusieurs auteurs y lisent une invitation à descendre en soi-même, en écho au VITRIOL du cabinet de réflexion.

Perpendiculaire et niveau : un couple

Perpendiculaire

Le plomb et le niveau sont indissociables. Le niveau évoque l’égalité entre les frères, la perpendiculaire l’élévation propre à chacun. On a souvent souligné que le niveau du maçon traditionnel était lui-même un plomb suspendu dans un triangle : c’est la verticale qui permet de trouver l’horizontale. Cette complémentarité illustre une idée chère aux rituels : la fraternité horizontale n’a de sens que si chacun s’efforce de se tenir droit.

Repères

  • Autres noms : fil à plomb, plomb, plumb rule (anglais).
  • Officier : Second Surveillant, dans la plupart des rites.
  • Bijoux associés : équerre (Vénérable), niveau (Premier Surveillant).
  • Valeurs : droiture, aplomb, recherche de la vérité, verticalité spirituelle.
  • Catégorie : bijoux mobiles de la loge.

Le saviez-vous ?

Le fil à plomb apparaît dans la Bible : dans le livre d’Amos (chapitre 7), le prophète voit le Seigneur se tenant sur un mur, un plomb à la main, image d’un peuple mesuré à l’aune de la droiture. Les rituels anglophones du grade de Compagnon font parfois allusion à ce passage, qui a contribué à donner au plomb sa portée morale.

Une exigence intérieure

Perpendiculaire
De la perpendiculaire au niveau

La perpendiculaire n’est pas seulement un insigne. Elle rappelle que la construction de soi exige un contrôle constant : comme le maçon qui vérifie chaque assise, l’initié est invité à confronter régulièrement ses actes à une référence stable. Elle enseigne une rectitude sans raideur, faite de constance et d’honnêteté envers soi-même.

Dans les voyages et les rituels

Selon les rites, le plomb peut accompagner le récipiendaire lors des voyages du grade de Compagnon, avec la règle, le niveau ou l’équerre, afin qu’il en apprenne l’usage. Les instructions du grade expliquent alors que l’outil sert à élever les murs d’aplomb et, au figuré, à conformer sa conduite à une référence stable. Dans le cérémonial d’installation des officiers, la remise du bijou au nouveau Second Surveillant s’accompagne en général d’un rappel de ce sens moral : celui qui porte le plomb doit être le premier à se tenir droit.

Les tableaux de loge du XVIIIe siècle figurent fréquemment la perpendiculaire parmi les outils dessinés autour du pavé mosaïque. Sa présence constante dans l’iconographie maçonnique en fait l’un des signes les plus stables du langage symbolique de l’Ordre.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Second surveillant, Niveau, Équerre, Premier Surveillant, Fil à plomb.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

P comme Pelle en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Dans la langue des banquets maçonniques, la pelle est la cuillère. Le mot appartient à un vocabulaire de table hérité du XVIIIe siècle, où chaque objet et chaque geste reçoit un nom emprunté au chantier ou à l’artillerie : le verre est un canon, le vin de la poudre forte, la fourchette une pioche, le couteau un glaive. Loin d’être une simple plaisanterie, ce lexique prolonge à table le travail du Temple. Il fait du repas une loge de table, avec ses santés d’obligation et sa discipline, et rappelle que la fraternité se vit aussi dans le partage.

Les agapes et le banquet d’ordre

Pelle

Les maçons distinguent deux types de repas. Les agapes sont le repas fraternel ordinaire qui suit la tenue, dans la « salle humide », sans formalisme particulier. Le banquet d’ordre, ou loge de table, est un repas rituel, souvent tenu aux fêtes solsticiales : la loge y est ouverte, les places réglées, les santés portées selon un ordre fixé, et c’est là que le vocabulaire de table est pleinement en usage. Le mot agape, emprunté au grec, désignait dans le christianisme ancien le repas fraternel des premières communautés.

Un vocabulaire de table

  • Pelle : la cuillère.
  • Pioche : la fourchette.
  • Glaive : le couteau.
  • Canon : le verre ; on « charge » et « aligne » les canons.
  • Poudre forte : le vin ; poudre faible ou blanche : l’eau.
  • Barrique : la bouteille ; tuile : l’assiette.
  • Matériaux : les mets ; mastiquer : manger ; drapeau : la serviette.
  • Feu : boire ensemble lors d’une santé ; « tirer une canonnée ».

Une origine du XVIIIe siècle

Ce vocabulaire est attesté dès le milieu du XVIIIe siècle dans les divulgations françaises qui décrivent les banquets de loge. Il mêle deux registres : celui du chantier (pelle, pioche, tuile, matériaux, truelle) et celui de l’artillerie (canons, poudre, feu, charger), très présent dans une maçonnerie où les officiers militaires étaient nombreux. Les santés portées en levant ensemble le canon, puis en le reposant d’un même geste sur la table, ont gardé quelque chose d’un exercice de batterie militaire.

Pourquoi détourner les mots ?

Le lexique de table a plusieurs fonctions. Il crée une connivence et rappelle que le repas fait partie des travaux. Il maintient une discipline : on ne boit pas au hasard, mais quand une santé est annoncée ; on ne parle pas en même temps que l’orateur de table. Il marque aussi une frontière avec le monde profane, à la manière d’un argot de métier. Enfin il apporte une part de jeu et d’humour, essentielle à la convivialité fraternelle.

La pelle, outil de bâtisseur

Pelle
Set de table d’agape de la GLDF

Sur le chantier, la pelle est l’outil le plus humble : elle sert à remuer le sable, à gâcher le mortier, à déplacer les matériaux. Elle n’a ni le prestige de l’équerre ni la finesse du compas, mais sans elle rien ne se construit. Transposée à la table, elle rappelle que les gestes les plus simples, se nourrir, partager, servir son voisin, participent eux aussi de l’œuvre commune. Certains y lisent une invitation à l’humilité : le travail fraternel commence par le service.

Usages selon les rites

Le vocabulaire de table est surtout vivant dans les rites pratiqués en France et en Belgique, en particulier au Rite Français et au Rite Écossais Ancien et Accepté, où le banquet d’ordre a conservé une forme codifiée. La tradition anglaise connaît le festive board et ses toasts, avec un rituel plus sobre et sans ce lexique imagé. Les termes eux-mêmes varient légèrement d’une obédience ou d’un rituel à l’autre.

Le saviez-vous ?

Les services de table maçonniques, assiettes, verres à pied épais dits « canons de loge », couverts gravés de l’équerre et du compas, sont devenus des objets de collection. Les canons, au pied renforcé, étaient conçus pour résister aux coups frappés ensemble sur la table lors des santés, ce qui explique leur robustesse.

Agapes ordinaires et salle humide

Pelle

En dehors des banquets d’ordre, les agapes ordinaires se tiennent dans la « salle humide », pièce attenante au temple où l’on dîne après la tenue. Le vocabulaire imagé y est employé plus librement, au gré des habitudes de chaque loge. C’est souvent là que les nouveaux membres découvrent la pelle et la pioche, avec l’humour qui accompagne cette initiation de table.

À retenir

  • La pelle désigne la cuillère dans le vocabulaire des banquets maçonniques.
  • Ce lexique mêle termes du chantier et termes d’artillerie.
  • Il est surtout employé au banquet d’ordre, repas rituel de la loge.
  • Il exprime connivence, discipline et convivialité fraternelle.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Banquet d’ordre, Canon, Poudre Forte, Pioche, Salle Humide.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

P comme Pavé mosaïque en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le pavé mosaïque est le dallage à carreaux noirs et blancs qui orne le centre du temple maçonnique ou le tableau de loge. Mentionné dans les catéchismes anglais dès les années 1730 parmi les « ornements » de la loge, il figure sur les tapis de loge gravés au milieu du XVIIIe siècle et demeure l’un des symboles les plus reconnaissables de la franc-maçonnerie. Image de la dualité du monde, lumière et ténèbres, bien et mal, il invite l’initié à cheminer entre les contraires sans s’y perdre et à en chercher la synthèse.

Un ornement de la loge

Pavé mosaïque
Le pavé mosaïque dans la loge maçonnique

La divulgation de Samuel Prichard, Masonry Dissected (1730), énumère parmi les ornements de la loge le Mosaick Pavement, l’étoile flamboyante et la bordure dentelée. Ce trio est resté classique dans les rites anglophones, où le pavé mosaïque, la houppe ou bordure dentelée et l’étoile flamboyante forment les ornements de la loge. Les tapis de loge publiés en France vers 1745 montrent déjà le pavé dessiné au centre.

Pourquoi « mosaïque » ?

Le mot renvoie à la technique de la mosaïque, assemblage de petites pièces de couleurs différentes. Plusieurs auteurs ont aussi rapproché l’adjectif de Moïse, « mosaïque » désignant ce qui se rapporte à la loi de Moïse : le pavé serait celui du Tabernacle ou du Temple. La Bible évoque d’ailleurs, dans le récit du Temple de Salomon, un sol revêtu de matériaux précieux. Ces rapprochements relèvent de l’interprétation symbolique plutôt que de l’étymologie.

Place dans le temple

Dans les temples permanents, le pavé est soit un dallage couvrant tout le sol, soit plus souvent un rectangle placé au centre, entre les colonnes, parfois appelé « carré long ». Selon les rites, on y déploie le tableau de loge, on dispose autour les trois piliers Sagesse, Force et Beauté, et l’on évite de le traverser sans nécessité. Au grade de Maître, la Chambre du Milieu est figurée par l’espace délimité par trois chandeliers placés sur le pavé.

Symbolique de la dualité

hall pavé palais national Lisbonne
hall pavé palais national Lisbonne – Pavé mosaïque

L’interprétation la plus répandue voit dans l’alternance des carreaux noirs et blancs la dualité inhérente au monde : jour et nuit, bien et mal, joie et peine, esprit et matière. Le franc-maçon chemine sur ce sol contrasté : il doit apprendre à reconnaître les oppositions sans se laisser enfermer dans l’une d’elles. La tradition anglophone y lit aussi la diversité de la condition humaine, faite d’heurs et de malheurs.

D’autres commentateurs insistent sur l’unité : chaque carreau touche des carreaux de l’autre couleur, et c’est l’ensemble qui forme le pavé. Le pavé ne serait pas seulement l’image du conflit des contraires, mais celle de leur complémentarité, que l’initié doit découvrir. Les deux colonnes Jakin et Boaz, dont il est le prolongement visuel, expriment la même polarité.

Dans les rituels

  • Rites anglophones : le pavé fait partie des trois ornements de la loge.
  • REAA et Rite Français : il occupe le centre du temple et porte le tableau de loge.
  • Rite Écossais Rectifié : le tableau de loge est déployé au centre ; le pavé y est figuré.
  • Usage : en de nombreuses loges, on ne le traverse pas en diagonale et on le contourne lors des déplacements rituels.

Le saviez-vous ?

Le dallage en damier noir et blanc se retrouve dans de nombreux édifices religieux et civils bien avant la franc-maçonnerie moderne. C’est sa reprise systématique dans les loges qui en a fait, aux yeux du grand public, un signe presque immédiat de l’imaginaire maçonnique, au point d’apparaître dans le cinéma et la publicité.

Repères

Pavé mosaïque
  • Première mention : Masonry Dissected, 1730.
  • Iconographie : tapis de loge gravés en France vers 1745.
  • Ornements associés : étoile flamboyante, houppe ou bordure dentelée.
  • Sens : dualité, complémentarité des contraires, chemin de l’initié.

Une méditation sur la marche

De nombreux auteurs rapprochent le pavé du chemin de l’initié : chaque pas pose le pied sur une case blanche ou noire, comme chaque jour apporte sa part de lumière et d’ombre. L’initié apprend à marcher droit sur ce sol contrasté, sans prétendre éviter les cases noires. L’équerre des pas, adoptée dans plusieurs rites lors des déplacements, souligne cette exigence de rectitude au milieu de la diversité.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Étoile flamboyante, Houppe dentelée, Tableau de Loge (ou Tapis de Loge), Chambre du Milieu.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

P comme Patente en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La patente est l’acte par lequel une autorité maçonnique, Grande Loge, Grand Orient ou Suprême Conseil, autorise une loge ou un atelier à se constituer et à travailler. Elle porte le nom de l’atelier, son numéro, son rite, la date de sa constitution et les signatures des dignitaires. Sans elle, une loge est dite « sauvage ». Par extension, le mot désigne aussi les brevets qui confèrent un pouvoir maçonnique à une personne, comme la célèbre patente d’Étienne Morin en 1761.

Le mot

Patente

Le terme vient des lettres patentes de l’ancienne monarchie : des lettres « ouvertes », scellées de façon à pouvoir être lues sans briser le sceau, par lesquelles le roi accordait un droit ou un privilège. La Franc-maçonnerie française a repris le mot pour ses actes constitutifs. Les maçons anglais parlent plutôt de warrant ou de charter, termes qui expriment la même idée d’autorisation délivrée par une autorité supérieure.

Une invention de l’ère des Grandes Loges

Avant 1717, les loges se réunissaient sans autorisation centrale. La création de la Grande Loge de Londres, puis des autres Grandes Loges, introduit le principe selon lequel une loge doit être constituée par une autorité reconnue. Une loge sans patente est dite « sauvage » ou irrégulière. En France, la Grande Loge puis le Grand Orient (1773) délivrent des constitutions aux ateliers, et la chasse aux loges non constituées anime une partie de l’histoire maçonnique du XVIIIe siècle.

Contenu et procédure

  • Une demande est présentée par un groupe de maîtres, souvent parrainé par une loge existante.
  • L’obédience examine le projet : nombre de fondateurs, rite pratiqué, lieu de réunion, cohérence avec le réseau existant.
  • La patente mentionne le titre distinctif, le numéro, l’Orient (la ville), le rite et la date.
  • Elle est remise lors d’une cérémonie de consécration ou d’allumage des feux, souvent présidée par un dignitaire de l’obédience.

Un document présent en tenue

Patente

Dans de nombreuses obédiences, la patente doit être présente dans le temple pendant les travaux, souvent à l’Orient, pour que la loge puisse travailler régulièrement. Elle est confiée à la garde du Vénérable Maître. Sa perte ou son retrait est grave : une obédience peut suspendre ou retirer la patente d’un atelier qui manque à ses règles, ce qui équivaut à le mettre en sommeil ou à le dissoudre.

Patentes de hauts grades

Le mot s’applique aussi aux documents délivrés à des personnes. Le plus célèbre est la patente d’Étienne Morin, datée du 27 août 1761, qui l’autorisait à répandre en Amérique les hauts grades de la maçonnerie dite de perfection. Ce document a joué un rôle clé dans la genèse du Rite Écossais Ancien et Accepté. Les Suprêmes Conseils délivrent de même des patentes aux ateliers de perfectionnement placés sous leur juridiction.

Patente et régularité

La patente établit la légitimité d’une loge au sein de son obédience. Elle ne règle pas, à elle seule, la question de la régularité au sens international, qui dépend des relations entre obédiences et des critères que chacune adopte (par exemple les principes de reconnaissance de la Grande Loge Unie d’Angleterre de 1929). Une loge peut être parfaitement constituée par son obédience sans être reconnue par une autre.

Une lecture symbolique

Patente

La patente rappelle qu’aucune loge ne naît d’elle-même : elle reçoit sa lumière d’une chaîne de transmission. Comme l’initié reçoit l’initiation d’une loge, la loge reçoit son existence d’une autorité qui l’inscrit dans une filiation. Le document, souvent encadré et orné de sceaux, matérialise cette continuité entre les générations de bâtisseurs.

Repères

  • Origine du mot : les lettres patentes royales.
  • Équivalents anglais : warrant, charter.
  • Loge sans patente : loge « sauvage ».
  • Patente célèbre : Étienne Morin, 27 août 1761.
  • Délivrée par : Grande Loge, Grand Orient ou Suprême Conseil.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Loge, Obédience, Constitutions, Régularité, Loge Sauvage, Allumage des Feux, Fondation de la loge écossaise d’Étienne Morin à Bordeaux, 1745 (date historique).

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P comme Passeport en Franc-maçonnerie

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Le passeport maçonnique est un document délivré par une obédience pour attester qu’un frère ou une sœur en est membre régulier, avec sa loge et son grade. Héritier des diplômes et certificats du XVIIIe siècle, il sert avant tout à la visite d’autres ateliers, en France comme à l’étranger. Il ne suffit pourtant jamais à lui seul : le visiteur est aussi tuilé, c’est-à-dire interrogé selon les usages. Pièce administrative, le passeport porte aussi une charge symbolique, celle du maçon voyageur, toujours en route d’une loge à l’autre.

Des diplômes du XVIIIe siècle au passeport

Passeport

Dès le XVIIIe siècle, les loges remettent à leurs membres des diplômes ou certificats calligraphiés ou gravés, souvent en français et en latin, scellés à la cire et signés par les officiers. Les Archives du Pas-de-Calais conservent ainsi un diplôme délivré à Hesdin en 1751, qui assure à son titulaire « un bon accueil » des frères d’autres loges, et un certificat de Maître de la loge La Constance d’Arras daté de 1832, qui demande aux loges nationales et étrangères de l’admettre à leurs travaux et de lui accorder secours et protection.

Ces documents portent une signature particulière, dite ne varietur (« qu’il ne soit rien changé ») : le titulaire signe sur le diplôme lui-même, ce qui permet de comparer cette signature à celle qu’il apposera lors d’une visite. L’usage subsiste dans de nombreux certificats modernes.

Ce que contient le passeport

Les formes varient selon les obédiences : carnet, carte ou certificat. On y trouve en général :

  • l’identité du titulaire et sa signature ne varietur ;
  • l’obédience et la loge d’appartenance ;
  • les grades reçus et leurs dates ;
  • les visas ou cachets attestant que les cotisations sont à jour ;
  • parfois la mention des ateliers visités.

Le passeport atteste donc à la fois une appartenance et une régularité : un maçon qui n’est plus à jour de ses obligations ne peut s’en prévaloir.

La visite et le tuilage

La visite d’autres loges est une tradition ancienne et précieuse. Le passeport n’en est que la première étape. Le visiteur se présente au Couvreur ou à l’Expert, qui vérifie le document puis procède au tuilage, en s’assurant que l’arrivant connaît les signes, mots et attouchements de son grade. En cas de doute, le visiteur peut être accompagné par un frère de la loge qui se porte garant de lui.

Les relations entre obédiences comptent aussi : un atelier ne reçoit normalement que les membres d’obédiences avec lesquelles la sienne entretient des relations ou une reconnaissance mutuelle. Le passeport ne crée pas ces relations, il permet seulement de les exercer.

Symbole du maçon voyageur

La figure du voyage traverse toute la franc-maçonnerie : voyages de l’initiation, compagnon qui part sur les routes à la manière des ouvriers itinérants, maître qui va « de l’Occident à l’Orient ». Le passeport en est la traduction concrète : il rappelle que le maçon appartient non seulement à sa loge, mais à une chaîne d’union qui dépasse les frontières.

Mémoire d’un parcours

Les grades successifs portés sur le document forment une sorte de chronologie de la vie maçonnique. Mais ils ne disent pas tout : le chemin intérieur ne se mesure pas aux tampons. Les anciens diplômes, souvent richement illustrés de colonnes, de soleils et d’outils, sont aujourd’hui recherchés par les musées et les collectionneurs comme témoins de l’histoire des loges.

Le saviez-vous ?

Sous l’Occupation, la possession d’un diplôme ou d’un certificat maçonnique pouvait suffire à identifier un franc-maçon : les saisies d’archives de loges par les services de Vichy et de l’occupant ont permis le fichage de dizaines de milliers de personnes. Beaucoup de documents anciens ont ainsi été détruits par prudence, ce qui explique leur rareté.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987.
  • Pierre-Yves Beaurepaire, L’Europe des francs-maçons, XVIIIe-XXIe siècles, Belin, 2002.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Tuilage, Visiteur, Couvreur, Expert Officier, Introduction des diplômes maçonniques par la Grande Loge d’Écosse, 1768 (date historique), Voyage.

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P comme Passage sous le bandeau en Franc-maçonnerie

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Le passage sous le bandeau est une étape de la procédure d’admission dans plusieurs obédiences françaises, dont le Grand Orient de France. Après les entretiens individuels menés par des membres de la loge, le candidat est présenté à l’atelier réuni, les yeux bandés, et répond aux questions qui lui sont posées. La loge vote ensuite sur son admission. Le bandeau protège la discrétion des membres, place le candidat dans une situation inhabituelle et donne toute sa place à la parole. Ce n’est pas encore l’initiation, mais c’en est souvent la première expérience marquante.

Une étape de la procédure d’admission

Passage sous le bandeau

Le Grand Orient de France décrit publiquement son parcours d’admission : une lettre de candidature adressée à une loge précise, un premier contact avec le Vénérable Maître, puis trois entretiens d’une à deux heures avec des membres de l’atelier, parfois appelés enquêtes. Les trois enquêteurs font rapport à la loge. Vient ensuite le passage sous le bandeau, suivi d’un vote. L’ensemble prend souvent plusieurs mois.

  • Candidature écrite, présentée à une loge déterminée.
  • Premier contact avec le Vénérable Maître.
  • Trois entretiens individuels, suivis de rapports à la loge.
  • Lecture des rapports et passage sous le bandeau devant la loge réunie.
  • Vote de l’atelier : au Grand Orient de France, plus des trois quarts des suffrages sont requis.
  • Initiation, en cas de vote favorable.

Pourquoi un bandeau ?

Le Grand Orient de France présente le bandeau comme une mesure de discrétion : le candidat ne voit pas les membres de la loge, dont l’appartenance n’a pas à lui être révélée tant qu’il n’est pas admis. Le bandeau a aussi des effets que les maçons soulignent volontiers : il neutralise les apparences, empêche de se fier aux visages et aux réactions, et concentre l’attention sur la parole échangée.

Le déroulement

Le candidat est introduit dans le Temple, guidé, puis invité à s’asseoir. Le Vénérable rappelle le sens de l’exercice, et les membres posent leurs questions dans l’ordre fixé par le rituel ou par l’usage de l’atelier. Les questions portent généralement sur les motivations du candidat, sa conception de la morale, de la société, de la liberté de conscience, sa disponibilité et ce qu’il attend de la Franc-maçonnerie. Le candidat est ensuite reconduit hors du Temple, et la loge délibère hors de sa présence.

Une épreuve de sincérité

Passage sous le bandeau

La loge ne cherche pas des réponses savantes ni une connaissance de la Franc-maçonnerie que le candidat n’a pas à posséder. Elle attend de la sincérité, de la réflexion personnelle, une capacité d’écoute et d’ouverture. Le stress de la situation fait partie de l’épreuve : il révèle la manière dont chacun réagit à l’inconnu, sans que cela soit en soi un motif de refus.

Une responsabilité collective

Le passage sous le bandeau engage aussi la loge. En votant, chaque membre se prononce sur l’entrée d’un futur Frère ou d’une future Sœur avec qui il partagera les travaux. Les débats qui suivent le passage sont souvent parmi les plus importants de la vie d’un atelier, car l’harmonie de la loge dépend de la qualité de son recrutement. L’Orateur donne ses conclusions avant le vote, qui se fait généralement à bulletin secret ou au moyen de boules blanches et noires.

Usages et variantes

Toutes les obédiences ne pratiquent pas le passage sous le bandeau, et celles qui le pratiquent n’en ont pas toutes les mêmes modalités. Dans la tradition anglaise, par exemple, l’admission repose sur des entretiens et un vote sans comparution devant la loge réunie. En France, la pratique est surtout répandue dans les obédiences dites libérales et mixtes, où elle est considérée comme un moment fort de la démocratie interne de la loge.

Le résultat du vote est communiqué au candidat sans que lui soient révélés le détail du scrutin ni l’identité des votants. En cas de refus, la candidature peut en général être présentée de nouveau après un délai fixé par les règlements. Cette discrétion protège autant le candidat que la loge, et préserve la sérénité d’une décision qui engage les deux parties.

Le saviez-vous ?

Passage sous le bandeau

Le candidat ne doit pas confondre le passage sous le bandeau avec l’initiation : il n’y prend aucun engagement et ne reçoit aucun enseignement. Mais beaucoup de maçons le décrivent comme leur premier contact réel avec la loge, celui où ils ont mesuré, avant même de voir le Temple, le poids de la parole dans la vie maçonnique.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Oswald Wirth, Le Livre de l’Apprenti, 1894.
  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Bandeau, Profane, Initiation, Vote, Élection de Portalis comme orateur de la loge L’Amitié d’Aix-en-Provence, 1784 (date historique).

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