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Les Constitutions désignent les textes qui fixent l’organisation, les principes et les règles d’une obédience maçonnique. Le mot renvoie d’abord aux Constitutions publiées à Londres en 1723 par le pasteur James Anderson, qui servent de charte de référence à la Franc-maçonnerie spéculative moderne. Héritières des « Anciens Devoirs » des maçons de métier, elles combinent une histoire légendaire du métier, des obligations morales et des règlements. Toutes les obédiences actuelles ont leurs propres constitutions, mais beaucoup se réclament encore de ce texte fondateur.
Les Anciens Devoirs

Les maçons de métier anglais disposaient de textes appelés Old Charges, ou Anciens Devoirs : une histoire légendaire de la géométrie et de l’architecture, des origines bibliques jusqu’à l’Angleterre, suivie de règles de conduite pour les maîtres et les compagnons. Le plus ancien connu est le manuscrit Regius, un poème daté d’environ 1390, suivi du manuscrit Cooke, du début du XVe siècle. On en connaît plus d’une centaine de versions, copiées jusqu’au XVIIIe siècle et lues lors de la réception des nouveaux membres.
La genèse du texte de 1723
Après la fondation de la Grande Loge de Londres et de Westminster en 1717, la nécessité d’un texte commun se fait sentir. En 1721, sous la grande maîtrise du duc de Montagu, le pasteur presbytérien James Anderson est chargé de rédiger une version nouvelle des anciens textes, avec l’aide de Jean Théophile Désaguliers. Revu par une commission de quatorze frères, le texte paraît en 1723. Les règlements généraux qu’il contient avaient été compilés par George Payne, ancien Grand Maître.
Un texte en quatre parties
- Une histoire légendaire de la maçonnerie, d’Adam à la fondation de la Grande Loge.
- Les Obligations (Charges), en six articles, sur la religion, le magistrat civil, les loges, les grades, la conduite en loge et hors de la loge.
- Les Règlements généraux, trente-neuf articles organisant la Grande Loge et les loges.
- Des chants pour les maîtres, surveillants, compagnons et apprentis.
L’article sur Dieu et la religion

Le premier article des Obligations est le plus célèbre. Il demande au maçon d’obéir à la loi morale et précise que, s’il comprend bien l’Art, il ne sera jamais un athée stupide ni un libertin irréligieux. Il ne l’oblige qu’à « cette religion sur laquelle tous les hommes sont d’accord », laissant à chacun ses opinions particulières. Ce texte a reçu des lectures opposées : formule d’exclusion des athées pour les uns, formule de tolérance remarquable pour son époque pour les autres. Il est au cœur du débat entre obédiences régulières et libérales.
Révisions et querelles
Anderson publie une seconde édition en 1738, modifiée sur plusieurs points. Dans les années 1750, une Grande Loge rivale, dite des Anciens, accuse la Grande Loge de 1717, dite des Modernes, d’avoir trahi les anciens usages ; elle se dote de ses propres constitutions, l’Ahiman Rezon de Laurence Dermott (1756). La réunion des deux Grandes Loges en 1813, qui donne naissance à la Grande Loge unie d’Angleterre, s’accompagne de nouvelles constitutions.
En France
Les Constitutions d’Anderson sont traduites en français au XVIIIe siècle, et inspirent les premiers règlements des loges françaises. Chaque obédience française dispose aujourd’hui de sa propre Constitution et de Règlements généraux, votés et modifiés par ses instances, convent ou assemblée générale. Le Grand Orient de France a ainsi supprimé en 1877 l’obligation de croire en Dieu et en l’immortalité de l’âme. Plusieurs obédiences se réclament explicitement de l’héritage de 1723, même si, selon les historiens, ce texte n’a été érigé en référence quasi sacrée qu’assez tardivement.
Une portée durable

Trois siècles après leur publication, les Constitutions de 1723 restent le texte maçonnique le plus cité. Le tricentenaire de 2023 a donné lieu à de nombreuses publications et colloques. Elles ont fixé quelques principes qui structurent encore la Franc-maçonnerie : l’indépendance de chaque loge dans le cadre d’une obédience, l’élection des officiers, le refus des querelles religieuses et politiques en loge, et la loge comme centre d’union entre des hommes qui seraient autrement restés étrangers les uns aux autres.
Le saviez-vous ?
Le frontispice de l’édition de 1723 représente le duc de Montagu, Grand Maître sortant, remettant les Constitutions et le compas à son successeur, le duc de Wharton, sous une arcade classique. Ironie de l’histoire, Wharton, libertin notoire, finit sa vie en exil.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Anciens Devoirs (Old Charges), Rédaction du manuscrit Regius, vers 1390 (date historique), Grand Architecte de l’Univers mal interprété (antimaçonnisme), Régularité.
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