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P comme Point en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

En Franc-maçonnerie, le point désigne d’abord les trois points disposés en triangle qui suivent les abréviations maçonniques (F∴ pour Frère, L∴ pour Loge, V∴M∴ pour Vénérable Maître). Cet usage graphique, apparu dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, est devenu un signe d’appartenance si visible que les adversaires de l’Ordre ont surnommé les maçons « Frères Trois-Points ». Le point est aussi un symbole à part entière, notamment le point au centre du cercle.

Les trois points en triangle

Point

Le signe ∴, formé de trois points disposés en triangle, sert à abréger les mots du vocabulaire maçonnique. On écrit T∴C∴F∴ pour « Très Cher Frère », R∴L∴ pour « Respectable Loge », G∴A∴D∴L∴U∴ pour « Grand Architecte de l’Univers ». Le pluriel se marque souvent en redoublant l’initiale : FF∴ pour « Frères ». La plus ancienne attestation fréquemment citée est une circulaire du Grand Orient de France d’août 1774 ; l’usage se généralise ensuite dans la maçonnerie française et continentale.

Une signature continentale

L’usage est surtout français et latin. La maçonnerie anglo-saxonne l’emploie peu et préfère les abréviations ordinaires. Le signe ∴ existait par ailleurs en mathématiques et en logique, où il signifie « donc ». Les maçons l’ont investi d’un sens symbolique, ce qui explique que sa présence dans une signature, sur un faire-part ou une pierre tombale suffise à signaler l’appartenance maçonnique de l’auteur.

Le triangle et le nombre trois

La disposition triangulaire renvoie au rôle du nombre trois dans la symbolique de la loge.

  • Les trois grades symboliques : Apprenti, Compagnon, Maître.
  • Les trois piliers : Sagesse, Force, Beauté.
  • Les trois grandes lumières : Volume de la Loi sacrée, Équerre, Compas.
  • Le Delta lumineux, triangle placé à l’Orient.
  • La devise républicaine « Liberté, Égalité, Fraternité », adoptée par plusieurs obédiences.

« Les Frères Trois-Points »

Point

Au XIXe siècle, les trois points deviennent un signe de reconnaissance pour le public et une cible pour les polémistes. En 1885, Léo Taxil publie Les Frères Trois-Points, prétendue révélation des mystères maçonniques, premier jalon de la mystification qu’il avouera en 1897. Le surnom, d’abord moqueur, a été repris avec humour par les maçons eux-mêmes et figure encore dans le langage journalistique.

Le point au centre du cercle

Le point est aussi un symbole en soi. Les instructions anglaises décrivent un point au centre d’un cercle, encadré de deux lignes parallèles : le cercle figure la limite que le maçon ne doit pas franchir, le point l’individu, les parallèles les deux saints Jean. Plus largement, les traditions philosophiques voient dans le point l’unité première, sans dimension, d’où procèdent la ligne, la surface et le volume, image de l’origine et du centre.

Discrétion plutôt que secret

Les abréviations à trois points ne dissimulent presque rien : leur sens est connu de tous depuis le XIXe siècle. Leur fonction est moins de cacher que de marquer un langage commun et une appartenance. Elles rappellent une époque où la discrétion protégeait les frères, et entretiennent aujourd’hui une forme de fidélité à la tradition écrite des loges, celle des planches, des tableaux de loge et des correspondances.

Dans l’écriture maçonnique

triponctuation, abréviation

Les trois points ne servent pas seulement aux abréviations. Ils accompagnent la signature de nombreux maçons, placés après le nom ou entre les initiales, et figurent dans les en-têtes des planches, les convocations et les diplômes. Le français maçonnique emploie aussi des formules abrégées propres : « S∴F∴U∴ » pour « Salut, Force, Union », formule de fin de lettre, ou « A∴L∴G∴D∴G∴A∴D∴L∴U∴ », « À la gloire du Grand Architecte de l’Univers », en tête des documents des obédiences qui conservent cette invocation. Ces usages forment une véritable typographie de l’appartenance.

Repères

  • Signe : ∴, trois points en triangle.
  • Attestation souvent citée : circulaire du Grand Orient de France, 1774.
  • Usage surtout français et continental.
  • 1885 : Les Frères Trois-Points de Léo Taxil.
  • Symbole voisin : le point au centre du cercle des instructions anglaises.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Trois points, Affaire Léo Taxil (antimaçonnisme), Planche.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

P comme Plomb en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le plomb est, dans la tradition hermétique, le plus lourd et le plus « vil » des sept métaux, celui de Saturne, dieu du temps et de la mort. La franc-maçonnerie l’a hérité de l’alchimie comme image de l’état premier de l’être : la matière brute, opaque et pesante que le travail initiatique doit transmuer. Le mot renvoie aussi à un outil très concret du bâtisseur, le fil à plomb, qui vérifie la verticalité. Entre ces deux sens, l’un alchimique, l’autre opératif, le plomb dit à la fois la pesanteur à dépasser et la rectitude à conquérir.

Le métal de Saturne

Plomb

L’alchimie, héritière de l’astrologie antique, associait chacun des sept métaux connus à un astre : l’or au Soleil, l’argent à la Lune, le mercure à Mercure, le cuivre à Vénus, le fer à Mars, l’étain à Jupiter et le plomb à Saturne. Saturne, le Kronos grec assimilé au Temps qui dévore ses enfants, est la planète la plus lente et la plus éloignée visible à l’œil nu ; il préside à la mélancolie, à la vieillesse et à la mort, mais aussi à la profondeur et à la méditation.

Le plomb, dense, terne, malléable et toxique, en est l’image métallique. Il représente dans la pensée hermétique le point le plus bas d’une échelle qui mène à l’or, métal incorruptible et solaire.

De la transmutation à l’œuvre intérieure

Le projet alchimique de « changer le plomb en or » a été très tôt lu par les hermétistes comme une allégorie de la transformation de l’homme. C’est cette lecture spirituelle que la franc-maçonnerie a retenue à partir du XVIIIe siècle, notamment dans les hauts grades d’inspiration hermétique. Le candidat est comparé au plomb : il porte en lui une lumière en puissance que le travail sur soi doit dégager.

L’image rejoint celle de la pierre brute : dans les deux cas, la matière première n’est pas méprisée, elle est le point de départ indispensable de l’œuvre. Sans plomb, pas d’or ; sans pierre brute, pas de pierre cubique.

Le cabinet de réflexion, lieu saturnien

Le plomb n’est pas un objet du cabinet de réflexion, mais l’atmosphère de ce lieu est volontiers qualifiée de saturnienne. Le crâne, les ossements, le sablier et parfois la faux rappellent la mort et le temps ; l’inscription V.I.T.R.I.O.L. invite à descendre « à l’intérieur de la terre ». Le sel, le soufre et le mercure, souvent présents, renvoient directement au vocabulaire alchimique.

Les commentateurs voient dans cette épreuve l’équivalent de l’œuvre au noir (nigredo), première phase du Grand Œuvre, où la matière se décompose avant de renaître. Le profane y médite sur sa finitude et rédige son testament philosophique : c’est la mort symbolique du « vieil homme ».

Le dépouillement des métaux

Plomb

Avant d’être introduit dans le temple, le candidat est, dans la plupart des rites, invité à se défaire de ses métaux : argent, bijoux, objets métalliques. Le geste signifie l’abandon des valeurs profanes et de ce qui alourdit. On peut y lire un écho de la symbolique du plomb : l’initiation commence par un allègement.

Le fil à plomb, outil de la rectitude

Le second sens du mot est opératif. Le fil à plomb (la perpendiculaire) permet au maçon de vérifier qu’un mur est d’aplomb. Il est le bijou du Second Surveillant dans de nombreux rites, comme le niveau est celui du Premier Surveillant et l’équerre celui du Vénérable Maître. Il symbolise la droiture morale, l’exigence de verticalité et le lien entre le ciel et la terre.

Ici, la lourdeur du plomb devient une vertu : c’est parce qu’il pèse que le fil se tend et indique la verticale. La pesanteur, bien orientée, devient instrument de justesse.

À retenir

  • Le plomb est le métal de Saturne dans la correspondance alchimique des sept métaux.
  • Il figure l’état premier, la matière brute appelée à la transmutation.
  • L’atmosphère du cabinet de réflexion est souvent dite saturnienne (œuvre au noir).
  • Le dépouillement des métaux précède l’entrée dans le temple.
  • Le fil à plomb, bijou du Second Surveillant dans de nombreux rites, symbolise la rectitude.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Serge Hutin, L’Alchimie, PUF, collection « Que sais-je ? », 1951.
  • Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948.
  • Oswald Wirth, Le Symbolisme hermétique dans ses rapports avec l’alchimie et la franc-maçonnerie, 1909.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Cabinet de Réflexion, Alchimie, Pierre brute, Métaux, Fil à plomb, Second surveillant, Testament (philosophique).

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Glossaire de la franc-maçonnerie

P comme Pleuvoir en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

« Il pleut » est la formule par laquelle un Franc-maçon avertit discrètement ses Frères ou ses Sœurs qu’une oreille profane peut entendre leur conversation. Elle s’emploie toujours au présent, hors du temple, lorsque des Maçons qui parlent entre eux voient s’approcher une personne non initiée : on change alors de sujet. L’image est parlante : le lieu n’est plus « couvert », comme on dit d’une loge à l’abri des indiscrets, et la pluie s’y infiltre. Expression familière plutôt que rituelle, elle illustre l’importance de la discrétion et de la couverture dans la culture maçonnique.

Un avertissement discret

Pleuvoir

La formule a l’avantage d’être anodine pour un auditeur extérieur : parler de la pluie n’éveille aucun soupçon. Elle permet de signaler, sans interrompre brutalement la conversation, qu’il faut cesser d’aborder des sujets maçonniques, qu’il s’agisse de la vie de la loge, de questions d’obédience ou de rituel. L’usage veut qu’on ne la conjugue pas autrement : on ne dit ni « il a plu » ni « il pleuvra ». Cette fixité en fait un signal immédiatement reconnaissable par ceux qui en connaissent le sens.

La loge doit être couverte

Pour comprendre l’image, il faut partir du vocabulaire maçonnique de la couverture. Une loge ne peut ouvrir ses travaux que si elle est couverte, c’est-à-dire à l’abri de tout regard et de toute écoute profane. L’officier qui y veille s’appelle le Couvreur, en anglais Tyler, mot qui désigne l’ouvrier posant les tuiles. Au début de chaque tenue, le Vénérable demande si le temple est couvert, et le Couvreur s’en assure. Si la loge est un bâtiment symbolique dont le toit protège les travaux, dire qu’il pleut revient à dire que le toit fuit : la protection n’est plus assurée.

  • Temple couvert : aucun profane ne peut voir ni entendre les travaux.
  • Couvreur : officier chargé de garder la porte du temple.
  • Il pleut : un profane peut entendre, la conversation n’est plus couverte.
  • Couvrir le temple, dans un autre sens : quitter la loge, s’en retirer.

Des oreilles sous l’égout du toit

Le lien entre la pluie et l’indiscrétion se retrouve dans la tradition anglaise. Le mot eavesdropper, qui désigne celui qui écoute aux portes, vient de eavesdrop, l’endroit où tombe l’eau qui s’égoutte du toit : l’indiscret se tient sous l’égout pour surprendre ce qui se dit à l’intérieur. Les anciens textes maçonniques anglais associent volontiers les cowans, ces maçons non initiés au métier, et les eavesdroppers parmi ceux qu’il faut tenir à l’écart. Faute de source ancienne, on ne peut affirmer que l’expression française en dérive ; mais l’association de la pluie et de l’oreille indiscrète est ancienne et cohérente.

Dans quelles situations ?

Pleuvoir
Franc maçon en décors devant la porte du Temple

« Il pleut » s’emploie surtout hors du temple : aux agapes dans un restaurant, dans la rue à la sortie de la tenue, au téléphone, lors d’une rencontre fortuite entre Maçons en présence d’amis ou de collègues. On l’entend aussi parfois au sein même des locaux maçonniques, lorsqu’une personne extérieure, un prestataire ou un visiteur non identifié, se trouve à proximité. L’expression n’appartient pas aux rituels proprement dits ; elle relève des usages transmis oralement, et sa pratique varie selon les pays et les obédiences.

Discrétion, non dissimulation

L’expression ne signifie pas que les Maçons auraient quelque chose de répréhensible à cacher. Les obédiences publient leurs constitutions, leurs prises de position et souvent leurs rituels ; les membres sont libres de faire connaître leur propre appartenance. Ce que protège la discrétion, c’est l’appartenance des autres, que nul ne doit dévoiler sans leur accord, et l’expérience initiatique, qui perd son sens si elle est racontée d’avance. « Il pleut » est en ce sens un geste de respect envers les Frères et Sœurs et envers les profanes futurs initiés.

Le saviez-vous ?

En français maçonnique, « couvrir le temple » a deux sens opposés en apparence : s’assurer qu’il est fermé aux profanes, et, pour un Maçon, le quitter, par exemple en sortant pendant une tenue ou en se retirant de la loge. Dans les deux cas, l’idée est la même : celui qui sort se place à l’extérieur et protège symboliquement ceux qui restent à l’intérieur.

À retenir

  • « Il pleut » signale qu’un profane peut entendre une conversation entre Maçons.
  • La formule s’emploie toujours au présent et invite à changer de sujet.
  • Elle renvoie à l’idée d’une loge « couverte », protégée par le Couvreur.
  • C’est un usage oral, non une formule rituelle, variable selon les milieux.
  • Elle protège surtout la discrétion due à l’appartenance d’autrui.

Voir aussi dans le glossaire : Couvreur, Couvrir le temple, Profane, Secret maçonnique (antimaçonnisme).

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Glossaire de la franc-maçonnerie

P comme Plâtre en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Dans le langage de table employé lors des banquets maçonniques, le mot « plâtre » est donné dans certains lexiques comme désignant le sucre. Il s’inscrit dans une série cohérente de termes tirés du chantier : le pain est la « pierre brute », le sel le « sable », la moutarde le « ciment ». Ce vocabulaire, fixé aux XVIIIe et XIXe siècles, transpose au repas les matériaux du bâtisseur et rappelle que les travaux de table prolongent ceux du temple. Le terme reste rare et ne figure pas dans tous les recueils, ce qui illustre la variété des usages selon les loges.

Un mot du vocabulaire de table

Plâtre

Lors du banquet d’ordre, les maçons rebaptisent les objets et les aliments selon un code hérité du chantier et de l’artillerie. Les mets deviennent des « matériaux », la table un « atelier ». Dans cette logique, les produits blancs et pulvérulents prennent naturellement des noms de matériaux de construction : sable pour le sel, plâtre pour le sucre selon certains usages.

Les matériaux de la table

  • Pain : pierre brute.
  • Sel : sable ou sable blanc.
  • Poivre : sable jaune ou ciment, selon les lexiques.
  • Moutarde : ciment.
  • Sucre : plâtre, dans certains lexiques.
  • Mets en général : matériaux.

Un terme peu attesté

Les principaux lexiques du banquet d’ordre consultés ne mentionnent pas le plâtre, alors que le sable, le ciment ou la pierre brute y figurent partout. Le terme relève donc plutôt des usages particuliers de certaines loges ou de certains recueils que d’un vocabulaire universel. Cette variabilité est caractéristique du langage de table, qui s’est transmis oralement autant que par les tuileurs imprimés et a connu de nombreuses variantes locales.

Le plâtre, matériau de finition

Sur le chantier, le plâtre est obtenu par cuisson du gypse puis broyage ; mélangé à l’eau, il prend rapidement. Il sert à enduire, lisser et unifier les surfaces, souvent dans les dernières étapes de la construction. L’analogie avec le sucre est double : même aspect de poudre blanche, et même fonction d’achèvement, puisque le sucre accompagne le dessert et le café, appelé « poudre noire », à la fin du repas.

Une lecture symbolique

Plâtre
Chantier-médiéval

Certains auteurs prolongent l’analogie : comme le plâtre adoucit les aspérités d’un mur, le sucre adoucit l’amertume. Il peut évoquer la douceur dans les relations fraternelles et rappeler que la rigueur du travail maçonnique doit s’accompagner de bienveillance. Ces interprétations restent libres ; le langage de table est d’abord un jeu codé, convivial et pédagogique.

Le banquet, prolongement des travaux

Le banquet d’ordre, traditionnellement célébré à la Saint-Jean d’hiver, est une véritable tenue, ouverte et fermée rituellement. Le vocabulaire codé y introduit une distance ludique avec le repas ordinaire et rappelle aux convives qu’ils demeurent en loge. Les agapes ordinaires qui suivent les tenues sont généralement plus libres et n’emploient pas systématiquement ce lexique.

Le saviez-vous ?

Les verres sont des « canons », le vin une « poudre » et le café une « poudre noire » : le banquet maçonnique mêle ainsi le vocabulaire du chantier à celui de l’artillerie, héritage des nombreuses loges militaires du XVIIIe siècle et de l’Empire.

Le langage, un outil pédagogique

Plâtre

En changeant le nom des choses, le langage de table invite à changer de regard. Le sucre banal devient matériau, la tasse de café devient « poudre noire », et le repas se transforme en chantier symbolique. Ce jeu sur les mots, qui amuse les nouveaux venus, rappelle aussi que la maçonnerie travaille par analogie : elle part des objets familiers pour éveiller la réflexion. Le vocabulaire de table est en ce sens une petite école du symbole, accessible et conviviale, qui prolonge l’enseignement du temple dans la vie fraternelle.

À retenir

  • Le plâtre désigne le sucre dans certains lexiques de table.
  • Il appartient à la série des matériaux : pierre brute, sable, ciment.
  • Le terme est rare et varie selon les loges.
  • Il illustre la transposition du chantier au repas fraternel.

Voir aussi dans le glossaire : Banquet d’ordre, Pierre brute, Sable, Ciment, Pioche, Poudre du Liban.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

P comme Plateau en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Dans le vocabulaire des loges françaises, le plateau désigne la table, le bureau ou le pupitre derrière lequel siège un officier. Par extension, le mot désigne la fonction elle-même : on « tient un plateau », on « monte au plateau ». Les plateaux du Vénérable Maître, des Surveillants, de l’Orateur et du Secrétaire dessinent la géographie de la loge et répartissent la parole, l’autorité et la mémoire de l’atelier. Meuble modeste, il matérialise une responsabilité confiée pour un temps.

Le mot et ses usages

Plateau

Le terme vient du vocabulaire courant (un plateau est une surface plane qui sert de support). En loge, il s’applique aux tables des officiers et, par métonymie, aux charges qu’ils exercent. Le langage maçonnique français dit ainsi qu’un frère « occupe le plateau de l’Orateur » ou qu’il « quitte le plateau » à la fin de son mandat. L’expression est surtout française et belge ; dans la tradition anglaise, on parle plutôt de pedestal pour le Maître et les Surveillants. Le plateau n’est pas un trône : il est un poste de travail.

La géographie des plateaux

La disposition varie selon les rites, mais une organisation commune se retrouve dans la plupart des loges françaises.

  • À l’Orient, sur l’estrade : le plateau du Vénérable Maître, encadré par ceux de l’Orateur et du Secrétaire.
  • À l’Occident : les plateaux des Surveillants, qui dirigent chacun une colonne ; selon les rites, le Second Surveillant siège à l’Occident ou au Midi.
  • Sur le parvis ou près de l’Orient, selon les usages : Trésorier, Hospitalier, Maître des cérémonies, Experts.
  • Près de la porte : le Couvreur, gardien du seuil.

Le plateau du Vénérable Maître

Placé à l’Orient, il porte le maillet de direction, le rituel et souvent un chandelier ou une lumière. C’est de là que le Vénérable ouvre et ferme les travaux, accorde la parole et proclame les décisions. Au Rite Français, la clef du temple est symboliquement remise sur le plateau du Second Surveillant lorsque le Couvreur annonce que la loge est couverte : détail qui montre que chaque plateau a sa part dans l’ordre de la tenue.

Orateur et Secrétaire : la loi et la mémoire

Plateau
L’ancien grand conférencier adjoint Frank Lee PM passe le maillet à Aaron Creighton PM dans le cadre de son installation en tant que Vénérable Maître pour la prochaine année maçonnique.

De part et d’autre du Vénérable, deux plateaux remplissent des fonctions complémentaires. L’Orateur, gardien de la constitution et des règlements, donne ses conclusions avant chaque vote et prononce les discours d’instruction. Le Secrétaire rédige la « planche tracée » (le procès-verbal) qui sera soumise à l’approbation de la loge. La loi et la mémoire de l’atelier siègent ainsi à côté de celui qui le dirige, dans un équilibre voulu.

Les plateaux des Surveillants

Les Surveillants transmettent les annonces du Vénérable sur leur colonne et veillent au bon ordre des travaux. Leur plateau porte leur maillet, instrument d’autorité et de rythme : les coups de maillet répercutés de l’Orient à l’Occident font circuler la parole rituelle. Le Second Surveillant est traditionnellement chargé de l’instruction des Apprentis, le Premier de celle des Compagnons, sauf variantes propres à certains rites.

Une parole qui engage la fonction

Parler depuis son plateau, c’est parler au titre de sa charge. La parole n’y est pas libre comme sur les colonnes : elle est encadrée par le rituel, demandée et accordée. Cette séparation entre l’expression personnelle et la parole d’office participe à la discipline des débats maçonniques. Elle rappelle aussi que la charge est temporaire : les officiers sont élus ou nommés pour un an, et le plateau passe d’un frère à l’autre lors de l’installation.

À retenir

  • Plateau : table d’un officier et, par extension, la charge elle-même.
  • Orient : Vénérable Maître, Orateur, Secrétaire.
  • Occident : les Surveillants, chacun à la tête d’une colonne.
  • La parole au plateau est une parole d’office, encadrée par le rituel.
  • Les plateaux changent de titulaire à chaque installation des officiers.

Une lecture symbolique

Le plateau rappelle que la loge est un ordre : chacun y a sa place et son outil. La position des plateaux aux points cardinaux, la circulation de la parole entre eux et leur renouvellement régulier composent une image de la cité harmonieuse que la maçonnerie veut construire. Être appelé à un plateau n’est pas une distinction honorifique, c’est un service rendu à l’atelier pendant une année maçonnique.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Sautoir de Vénérable Maître, Premier Surveillant, Deuxième surveillant, Élection de Portalis comme orateur de la loge L’Amitié d’Aix-en-Provence, 1784 (date historique), Élection de Rudyard Kipling comme secrétaire de la loge Hope and Perseverance, 10 janvier 1887 (date historique), Maillet, Orient.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

P comme Planète en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Les planètes n’appartiennent pas au socle des symboles maçonniques comme l’équerre, le compas ou les colonnes. Elles y entrent pourtant par plusieurs portes : le Soleil et la Lune, présents à l’Orient de nombreuses loges ; le nombre sept, qui est celui des « planètes » de l’Antiquité ; l’astronomie, dernier des sept arts libéraux ; et certains hauts grades marqués par l’hermétisme. Des auteurs ont aussi proposé des correspondances entre planètes et officiers de loge. Ces lectures, qui ne relèvent d’aucun rituel officiel commun, invitent à penser la loge comme un petit monde reflétant l’ordre du cosmos.

Les sept planètes de l’Antiquité

univers galaxie planète voie lactée espace ciel mars saturne
parite de l’univers

Le mot planète vient du grec planêtês, « errant » : il désignait les astres qui se déplacent sur le fond des étoiles fixes. L’Antiquité et le Moyen Âge en comptaient sept, visibles à l’œil nu : la Lune, Mercure, Vénus, le Soleil, Mars, Jupiter et Saturne. Ce septénaire a structuré une large part de la culture savante occidentale : jours de la semaine, sept métaux de l’alchimie, sept sphères célestes de la cosmologie médiévale. Les planètes découvertes ensuite, Uranus et Neptune, n’entrent pas dans ce système symbolique traditionnel.

Le Soleil et la Lune en loge

Les seuls astres planétaires universellement présents dans la loge sont le Soleil et la Lune, placés à l’Orient de part et d’autre du Vénérable ou représentés sur les tableaux de loge. Les anciens catéchismes du XVIIIe siècle les citent parmi les lumières de la loge, avec le Maître : comme le soleil gouverne le jour et la lune la nuit, le Maître gouverne la loge. Ils figurent aussi la dualité des principes, actif et réceptif, que l’on retrouve dans les deux colonnes.

Le septénaire et la loge juste et parfaite

Le nombre des planètes rejoint un usage maçonnique bien établi : une loge est dite « juste et parfaite » lorsqu’elle réunit au moins sept membres. Les catéchismes anciens précisent que trois la gouvernent, cinq la composent et sept la rendent parfaite. Plusieurs commentateurs ont rapproché ce septénaire des sept planètes, faisant de la loge complète une image du ciel ordonné.

Des correspondances avec les officiers

Lune et Soleil
Lune et Soleil

Certains auteurs d’inspiration ésotérique ont proposé d’associer chaque planète à un office de la loge, à partir des qualités que l’astrologie traditionnelle prête à chaque astre. Ces tableaux varient d’un auteur à l’autre ; aucun n’est officiel. On en donne ici un exemple courant, à titre indicatif :

  • Soleil : le Vénérable Maître, source de lumière et d’autorité.
  • Lune : un Surveillant, qui règle les rythmes et accompagne l’apprentissage.
  • Mars : l’autre Surveillant ou l’Expert, pour l’action et la vigilance.
  • Mercure : le Secrétaire ou l’Orateur, pour la parole et la transmission.
  • Jupiter : l’Orateur, gardien de la loi, ou le Trésorier selon les auteurs.
  • Vénus : le Maître des banquets ou l’Hospitalier, pour l’harmonie.
  • Saturne : le Couvreur, pour la limite, le temps et la garde du seuil.

L’astronomie et les hauts grades

L’astronomie est le septième des arts libéraux que l’on fait connaître au Compagnon : la planète entre ainsi dans le programme d’étude du deuxième degré. Certains hauts grades et certains rites à forte coloration hermétique, comme les rites égyptiens de Memphis et de Misraïm, font une place plus grande aux correspondances planétaires et alchimiques. Le symbolisme maçonnique du XIXe siècle, chez des auteurs comme Ragon, a aussi lu les rituels à la lumière de la course du soleil et des cycles astronomiques.

Une lecture à manier avec prudence

La loge comme microcosme, reflet du macrocosme : l’idée est ancienne et féconde. Mais les correspondances planétaires restent des outils de méditation, non des équivalences fixées par les rituels. Appliquées de manière systématique, elles risquent de transformer la symbolique maçonnique en astrologie, ce qu’elle n’est pas : la franc-maçonnerie ne prédit rien et ne fait dépendre la conduite d’aucun astre. Bien utilisées, elles invitent à lever les yeux vers le ciel tout en poursuivant le travail sur la terre.

Le saviez-vous ?

Les noms français des jours de la semaine conservent la trace des sept planètes antiques : lundi pour la Lune, mardi pour Mars, mercredi pour Mercure, jeudi pour Jupiter, vendredi pour Vénus. Samedi et dimanche ont pris des noms d’origine religieuse, alors que l’anglais garde Saturday, le jour de Saturne, et Sunday, celui du Soleil.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Sept.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

P comme Planche tracée en Franc-maçonnerie

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Dans l’usage des loges françaises, la planche tracée désigne d’abord le compte rendu d’une tenue, rédigé par le Secrétaire, lu et adopté à la tenue suivante, puis consigné au livre d’architecture. Par extension, on parle couramment de « planche » pour tout travail écrit présenté en loge. Les deux sens viennent de la même image : la planche à tracer, sur laquelle le maître d’œuvre dessinait les plans du chantier, devenue l’un des bijoux de la loge et l’un des symboles du grade de Maître. Écrire en loge, c’est tracer le plan d’un édifice commun.

Deux sens à distinguer

Planche tracée
Dessinateur devant sa planche

Le langage maçonnique emploie le mot planche dans plusieurs acceptions voisines. La planche tracée, au sens strict, est le procès-verbal d’une tenue : on lit en début de séance « la planche tracée des derniers travaux », que la loge adopte avant de la consigner au registre. La planche, au sens courant, est un exposé, une conférence ou une dissertation présentée par un membre ; on dit aussi « morceau d’architecture ». Enfin, une planche peut être un simple courrier adressé à une loge ou à l’obédience. L’ancienne confusion entre ces sens mérite d’être évitée.

La planche à tracer, bijou de la loge

Dans de nombreux rites, la planche à tracer figure parmi les bijoux immobiles de la loge, avec la pierre brute et la pierre cubique. La pierre brute est pour l’Apprenti, la pierre cubique pour le Compagnon, la planche à tracer pour le Maître : c’est à lui qu’il revient de concevoir les plans et de diriger l’ouvrage. Dans la tradition anglophone, la planche à tracer, tracing board, a donné son nom aux tableaux de loge peints qui résument l’enseignement de chaque grade.

Du tracé au sol au tableau peint

Au XVIIIe siècle, le tableau de loge était dessiné à la craie ou au charbon sur le plancher, puis effacé à la fin des travaux, souvent par le nouvel initié. Les plus anciens procès-verbaux de loges anglaises attestent cet usage, et la plus ancienne mention d’une toile peinte en Angleterre date de 1736. Le tracé éphémère est ensuite remplacé par des tapis ou des tableaux peints, posés au centre de la loge : on parle en France de tableau ou de tapis de loge. Le mot « tracer » garde la mémoire de ce geste.

Repères

Planche tracée
  • Planche tracée : compte rendu d’une tenue, rédigé par le Secrétaire.
  • Planche ou morceau d’architecture : travail présenté en loge par un membre.
  • Planche à tracer : bijou immobile, attribut du Maître.
  • Tableau de loge : héritier du tracé à la craie du XVIIIe siècle.
  • 1736 : plus ancienne mention connue d’un tableau peint en Angleterre.

La rédaction d’une planche tracée

Le Secrétaire rapporte l’essentiel : ouverture et fermeture des travaux, présents et visiteurs, sujets abordés, décisions, résultats des scrutins, conclusions de l’Orateur. Il n’a pas à reproduire les débats mot à mot, ni à juger les interventions. La lecture de la planche tracée au début de la tenue suivante permet aux membres de demander des corrections avant son adoption. Ce rituel administratif garantit la fidélité de la mémoire collective et la régularité des décisions.

Présenter une planche

Pour l’Apprenti, la première planche est souvent un exercice imposé, fréquemment consacré à ses impressions d’initiation ou à un symbole du premier degré. Pour le Compagnon et le Maître, la planche est un moyen de progression : son sujet, sa préparation et sa présentation sont souvent pris en compte avant une augmentation de salaire. La planche est lue, puis discutée selon les règles de prise de parole, et l’Orateur en tire des conclusions. Elle n’est pas une conférence d’expert, mais un travail sur soi rendu public.

Le sens symbolique

La planche à tracer rappelle que tout édifice commence par un plan. Avant de tailler ou de poser la pierre, il faut concevoir l’ensemble. Dans la vie maçonnique, l’écriture joue ce rôle : elle oblige à ordonner sa pensée, à choisir ses mots, à éprouver ses idées devant les autres. Le compte rendu du Secrétaire et l’exposé du membre participent de la même discipline : tracer avant de bâtir, et garder la trace de ce qui a été bâti.

À retenir

  • La planche tracée est, au sens strict, le compte rendu d’une tenue.
  • La planche, au sens courant, est un exposé présenté en loge.
  • La planche à tracer est un bijou immobile lié au grade de Maître.
  • Le vocabulaire vient des tracés des bâtisseurs et des tableaux de loge.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Planche, Morceau d’Architecture, Élection de Rudyard Kipling comme secrétaire de la loge Hope and Perseverance, 10 janvier 1887 (date historique), Tableau de Loge (ou Tapis de Loge).

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Glossaire de la franc-maçonnerie

P comme Planche à tracer en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La planche à tracer est l’outil symbolique du Maître maçon. À l’origine, c’était la surface sur laquelle le maître d’œuvre dessinait les plans et les épures du chantier, avant que les ouvriers ne taillent et n’assemblent les pierres. La franc-maçonnerie spéculative l’a rangée parmi les trois bijoux immobiles de la loge, avec la pierre brute de l’Apprenti et la pierre cubique du Compagnon. Elle figure la capacité de concevoir, d’ordonner et de transmettre un projet. Son nom a aussi donné au vocabulaire maçonnique le mot « planche », qui désigne les travaux écrits présentés en loge.

L’outil du maître d’œuvre

Planche à tracer
Dessinateur devant sa planche

Sur les chantiers médiévaux, le maître d’œuvre traçait à l’échelle réelle, sur une aire de plâtre ou sur des planches, les épures des éléments à tailler : arcs, voûtes, profils de moulures. Les tailleurs de pierre en tiraient leurs gabarits. Quelques chambres des traits ont conservé de ces tracés gravés, comme à la cathédrale d’York. La planche à tracer est donc l’instrument qui fait passer l’idée de l’architecte dans la matière, par la médiation de la géométrie.

Un bijou immobile

Les instructions maçonniques d’origine anglaise distinguent les bijoux mobiles, comme l’équerre, le niveau et la perpendiculaire, et les bijoux immobiles, qui restent exposés dans la loge : la pierre brute, sur laquelle l’Apprenti travaille ; la pierre cubique, sur laquelle le Compagnon éprouve ses outils ; la planche à tracer, sur laquelle le Maître trace ses plans. Les rites français ont repris cette triade, qui résume la progression des trois degrés symboliques.

Tracing board, trestle board, tableau de loge

Le vocabulaire peut prêter à confusion. En anglais, le tracing board désigne aujourd’hui le tableau de loge, peint ou imprimé, qui expose les symboles du degré ; le trestle board, terme de la tradition américaine, correspond plus précisément à la planche du Maître. En français, la planche à tracer est le bijou du Maître, tandis que le tableau de loge, ou tapis, est la représentation des symboles de chaque degré. Au XVIIIe siècle, ce tableau était souvent dessiné à la craie sur le sol, puis effacé à la fin de la tenue.

Le Maître et le plan

Planche à tracer
Source : Wikimedia Commons – The Masonic or Pigpen cipher using the Grid X Grid X variant that was widely emp – Public domain

Associer la planche à tracer au Maître, c’est dire que la Maîtrise est l’art de concevoir. L’Apprenti dégrossit, le Compagnon ajuste, le Maître dessine l’ensemble et veille à la cohérence de l’ouvrage. La légende du troisième degré fait d’Hiram l’architecte du Temple, celui qui tient les plans ; sa mort met en péril l’achèvement de l’œuvre, et les Maîtres doivent retrouver ce qui a été perdu. La planche à tracer rappelle la responsabilité de transmettre un projet que d’autres réaliseront.

Le Livre comme planche à tracer

Les instructions anglaises développent une analogie fameuse : de même que l’ouvrier bâtit selon les plans tracés par le maître sur sa planche, le maçon doit construire son édifice moral selon les règles du Volume de la Loi sacrée, présenté comme la planche à tracer spirituelle du Grand Architecte. Dans les obédiences adogmatiques, la lecture est plus large : chacun trace son propre plan de vie, éclairé par la raison et la conscience.

De la planche à la « planche »

  • Une « planche » désigne l’exposé écrit qu’un membre présente en loge sur un sujet symbolique, philosophique ou sociétal.
  • « Tracer une planche », c’est rédiger ce travail.
  • La « planche tracée », ou tracé, est le compte rendu des travaux rédigé par le Secrétaire.
  • La « planche de convocation » annonce l’ordre du jour d’une tenue.
  • Toutes ces expressions viennent de la même image : poser par écrit le plan d’un ouvrage.

Le saviez-vous ?

Sur certains tableaux de loge français du XVIIIe siècle, la planche à tracer est figurée par une grille de lignes, que l’on rapproche de la clé de l’« alphabet maçonnique », écriture chiffrée dont les lettres sont formées de fragments de cette grille.

Pour approfondir

  • Samuel Prichard, Masonry Dissected, Londres, 1730.
  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, Presses universitaires de France, 1987 (rééd. 2006).

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Pierre brute, Élection de Carl Fredrik Scheffer comme Grand Maître national de Suède, 1753 (date historique), Tableau de Loge (ou Tapis de Loge), Planche, Tracé, Hiram.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

P comme Planche en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

En franc-maçonnerie, la planche désigne d’abord le travail écrit qu’un frère ou une sœur présente en loge sur un symbole, un rituel, une question morale ou philosophique. Le mot vient de la « planche à tracer », sur laquelle l’architecte dessinait ses plans avant que l’ouvrage soit entrepris. Par extension, il nomme aussi le procès-verbal d’une tenue et, dans la correspondance maçonnique, toute lettre ou circulaire. Exercice central de la vie d’atelier, la planche est à la fois un apprentissage de la pensée, de la parole mesurée et de l’écoute fraternelle.

De la planche à tracer au morceau d’architecture

Planche

Les bâtisseurs utilisaient une surface plane, planche de bois ou table enduite, pour y tracer épures et gabarits. La maçonnerie spéculative a fait de cet outil l’un des trois bijoux immobiles de la loge, aux côtés de la pierre brute et de la pierre cubique : la pierre brute renvoie à l’apprenti, la pierre cubique au compagnon, la planche à tracer au maître, qui conçoit le plan sur lequel les autres travaillent. Elle figure sur les tableaux de loge du premier degré.

De cet outil est né le vocabulaire de l’écrit maçonnique. On « trace » une planche comme on trace un plan ; on parle aussi de morceau d’architecture pour un travail plus élaboré, notamment dans les loges de tradition française. Le travail est pensé comme une pierre apportée à l’édifice commun.

Les trois sens du mot

  • Le travail présenté en loge : exposé personnel sur un symbole, un passage de rituel, une question de société ou un auteur, lu par son auteur devant l’atelier.
  • La planche tracée : le procès-verbal de la tenue précédente, rédigé par le secrétaire, lu puis soumis à l’approbation de l’atelier.
  • La planche comme lettre : dans la correspondance maçonnique, une convocation, une circulaire ou un courrier officiel est appelé « planche », souvent datée de l’Orient de la loge.

Une construction intérieure

Au-delà de l’exercice intellectuel, la planche engage celui qui la trace. Choisir un sujet, l’éprouver, trouver ses mots, accepter d’être entendu puis questionné : autant d’étapes qui font de l’écriture un outil de connaissance de soi. La planche n’est pas l’édifice, mais le plan qui le prépare ; elle donne forme à une intention avant que la vie ne la mette à l’épreuve. C’est pourquoi bien des maçons relisent leurs premières planches des années plus tard comme les jalons d’un chemin.

Une pédagogie par degrés

Planche
Dessinateur devant sa planche

La planche suit le parcours initiatique. L’apprenti, tenu au silence pendant ses premiers mois, présente souvent une première planche sur ses impressions d’initiation ou sur un symbole du premier degré ; ce travail compte parmi les éléments que l’atelier examine avant l’augmentation de salaire. Le compagnon traite des symboles de son grade, le maître aborde des sujets plus libres, parfois de « questions à l’étude » proposées par l’obédience à l’ensemble des loges.

L’exercice a ses règles non écrites : partir de soi sans s’y enfermer, citer ses sources, éviter l’érudition stérile comme le simple résumé de lectures. Il ne s’agit pas d’avoir raison, mais de faire travailler une question devant ses frères et ses sœurs.

La présentation en tenue

Selon les rites et les usages, l’orateur demande la parole par l’intermédiaire de son surveillant, puis lit son travail debout, à sa place ou entre les colonnes. Vient ensuite le temps des questions et des interventions : chacun demande la parole, qui circule sous l’autorité du Vénérable, sans dialogue direct ni contradiction vive. L’orateur de la loge peut conclure. Cette discipline transforme l’échange en un exercice d’écoute plus que de débat.

Le secrétaire et la planche tracée

Le secrétaire, dont le bijou est fait de deux plumes croisées, tient la mémoire de la loge. Sa planche tracée résume l’ordre des travaux, les décisions, les noms des intervenants et le sens des échanges. Lue à la tenue suivante, elle est adoptée par l’atelier, éventuellement après rectification. Ces registres constituent aujourd’hui une source précieuse pour les historiens de la sociabilité maçonnique.

Le saviez-vous ?

Bijou du Secrétaire
Bijou du Secrétaire

Beaucoup de planches circulent désormais au-delà de la loge, dans des revues, des recueils ou des sites. L’usage veut pourtant qu’une planche soit d’abord destinée à l’atelier : sa publication suppose de retirer ce qui relève de la vie privée de la loge et de respecter la discrétion due aux rituels.

À retenir

  • La planche à tracer est l’un des trois bijoux immobiles, associé au maître.
  • Le mot désigne un travail lu en loge, le procès-verbal de tenue et la correspondance maçonnique.
  • Rédiger une planche est un instrument de formation à chaque degré.
  • La lecture est suivie d’interventions réglées par le Vénérable, sans débat contradictoire direct.

Voir aussi dans le glossaire : Planche à tracer, Morceau d’Architecture, Élection de Rudyard Kipling comme secrétaire de la loge Hope and Perseverance, 10 janvier 1887 (date historique), Élection de Portalis comme orateur de la loge L’Amitié d’Aix-en-Provence, 1784 (date historique), Augmentation de salaire…, Tenue.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

P comme Pioche en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Dans le langage de table maçonnique, la « pioche » désigne la fourchette. Le mot appartient au vocabulaire codifié des banquets d’ordre, où le couteau devient « glaive », la cuillère « truelle », l’assiette « tuile » et le verre « canon ». Ce lexique, fixé au XVIIIe et au XIXe siècle, transpose au repas les outils du chantier et le vocabulaire de l’artillerie. Il rappelle que les travaux de table prolongent ceux du temple : même en mangeant, le maçon reste un ouvrier qui travaille, avec ses outils, les « matériaux » qu’on lui présente.

Les travaux de table

Pioche

Les maçons distinguent les simples agapes, repas fraternels qui suivent la tenue, et le banquet d’ordre, véritable tenue de table, ouverte et fermée rituellement, traditionnellement célébrée une fois l’an, souvent à la Saint-Jean d’hiver. C’est surtout dans ce cadre que s’emploie le vocabulaire codé : la table devient « atelier », les mets « matériaux » et les convives restent sous l’autorité du Vénérable.

La pioche et ses compagnons

La fourchette prend le nom de pioche, outil qui creuse et ameublit la terre avant la construction. Elle fait partie d’un ensemble cohérent d’ustensiles rebaptisés :

  • Fourchette : pioche.
  • Couteau : glaive.
  • Cuillère : truelle.
  • Assiette : tuile.
  • Verre : canon.
  • Serviette : drapeau.
  • Pain : pierre brute.
  • Sel : sable ; moutarde : ciment.

D’où vient ce langage ?

Les repas tiennent une place importante dès les débuts de la maçonnerie, qui se réunit au XVIIIe siècle dans des tavernes et des auberges. Le vocabulaire de table s’est fixé progressivement. Il emprunte à deux sources principales : le chantier (pioche, truelle, tuile, pierre brute, ciment) et l’artillerie (canon, poudre, charger, tirer). L’influence militaire s’explique par le grand nombre de loges régimentaires au XVIIIe siècle et sous l’Empire. Certains auteurs y lisent aussi des correspondances alchimiques, notamment dans la gamme des « poudres ».

Une pioche, pas une fourche

Pioche

Le choix de la pioche n’est pas indifférent. Outil des premiers travaux, celui qui ouvre le sol et prépare les fondations, il évoque l’effort initial et la pénétration de la matière. Au banquet, il rappelle que se nourrir est aussi un travail : on « dégrossit » les mets comme on dégrossit la pierre brute. Le pain lui-même est appelé pierre brute, ce qui fait du repas une image du travail initiatique.

Discipline et convivialité

Lors du banquet d’ordre, les ustensiles sont « alignés » sur la table, et les gestes, notamment ceux des santés, sont accomplis ensemble sur le commandement du Vénérable. Ce cadre n’exclut ni la gaieté ni les chants, mais il maintient la mesure. Le vocabulaire codé introduit une distance ludique avec le repas ordinaire et rappelle que l’on demeure en loge.

Le saviez-vous ?

Les chansonniers parisiens de l’Ancien Régime raillaient déjà les maçons en « chevaliers de l’estomac ». La Bibliothèque nationale de France présente une assiette en faïence fine de Choisy, vers 1830, conservée au Musée de la franc-maçonnerie, témoin de la place de la table dans la sociabilité maçonnique.

Les autres outils de la table

Pioche

La pioche n’est jamais seule. Elle s’ordonne avec le glaive, qui découpe ou « dégrossit » les mets, et la truelle, qui sert à prendre les aliments liquides ou à les étaler, comme on étale le mortier. Les assiettes sont des tuiles, les plats des plateaux, et les mets portent le nom générique de matériaux. Ce vocabulaire forme un système : chaque objet du repas trouve sa place dans le chantier symbolique. Les maçons qui découvrent le banquet d’ordre apprennent ce lexique avec amusement, et il contribue à créer une complicité joyeuse entre les convives.

À retenir

  • La pioche est la fourchette du banquet maçonnique.
  • Elle appartient à un lexique cohérent tiré du chantier et de l’artillerie.
  • Ce vocabulaire est surtout employé lors du banquet d’ordre.
  • Il fait du repas un prolongement symbolique des travaux.

Voir aussi dans le glossaire : Banquet d’ordre, Canon, Glaive, Truelle, Poudre du Liban, Santé, Plâtre.

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