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« Il pleut » est la formule par laquelle un Franc-maçon avertit discrètement ses Frères ou ses Sœurs qu’une oreille profane peut entendre leur conversation. Elle s’emploie toujours au présent, hors du temple, lorsque des Maçons qui parlent entre eux voient s’approcher une personne non initiée : on change alors de sujet. L’image est parlante : le lieu n’est plus « couvert », comme on dit d’une loge à l’abri des indiscrets, et la pluie s’y infiltre. Expression familière plutôt que rituelle, elle illustre l’importance de la discrétion et de la couverture dans la culture maçonnique.
Un avertissement discret

La formule a l’avantage d’être anodine pour un auditeur extérieur : parler de la pluie n’éveille aucun soupçon. Elle permet de signaler, sans interrompre brutalement la conversation, qu’il faut cesser d’aborder des sujets maçonniques, qu’il s’agisse de la vie de la loge, de questions d’obédience ou de rituel. L’usage veut qu’on ne la conjugue pas autrement : on ne dit ni « il a plu » ni « il pleuvra ». Cette fixité en fait un signal immédiatement reconnaissable par ceux qui en connaissent le sens.
La loge doit être couverte
Pour comprendre l’image, il faut partir du vocabulaire maçonnique de la couverture. Une loge ne peut ouvrir ses travaux que si elle est couverte, c’est-à-dire à l’abri de tout regard et de toute écoute profane. L’officier qui y veille s’appelle le Couvreur, en anglais Tyler, mot qui désigne l’ouvrier posant les tuiles. Au début de chaque tenue, le Vénérable demande si le temple est couvert, et le Couvreur s’en assure. Si la loge est un bâtiment symbolique dont le toit protège les travaux, dire qu’il pleut revient à dire que le toit fuit : la protection n’est plus assurée.
- Temple couvert : aucun profane ne peut voir ni entendre les travaux.
- Couvreur : officier chargé de garder la porte du temple.
- Il pleut : un profane peut entendre, la conversation n’est plus couverte.
- Couvrir le temple, dans un autre sens : quitter la loge, s’en retirer.
Des oreilles sous l’égout du toit
Le lien entre la pluie et l’indiscrétion se retrouve dans la tradition anglaise. Le mot eavesdropper, qui désigne celui qui écoute aux portes, vient de eavesdrop, l’endroit où tombe l’eau qui s’égoutte du toit : l’indiscret se tient sous l’égout pour surprendre ce qui se dit à l’intérieur. Les anciens textes maçonniques anglais associent volontiers les cowans, ces maçons non initiés au métier, et les eavesdroppers parmi ceux qu’il faut tenir à l’écart. Faute de source ancienne, on ne peut affirmer que l’expression française en dérive ; mais l’association de la pluie et de l’oreille indiscrète est ancienne et cohérente.
Dans quelles situations ?

« Il pleut » s’emploie surtout hors du temple : aux agapes dans un restaurant, dans la rue à la sortie de la tenue, au téléphone, lors d’une rencontre fortuite entre Maçons en présence d’amis ou de collègues. On l’entend aussi parfois au sein même des locaux maçonniques, lorsqu’une personne extérieure, un prestataire ou un visiteur non identifié, se trouve à proximité. L’expression n’appartient pas aux rituels proprement dits ; elle relève des usages transmis oralement, et sa pratique varie selon les pays et les obédiences.
Discrétion, non dissimulation
L’expression ne signifie pas que les Maçons auraient quelque chose de répréhensible à cacher. Les obédiences publient leurs constitutions, leurs prises de position et souvent leurs rituels ; les membres sont libres de faire connaître leur propre appartenance. Ce que protège la discrétion, c’est l’appartenance des autres, que nul ne doit dévoiler sans leur accord, et l’expérience initiatique, qui perd son sens si elle est racontée d’avance. « Il pleut » est en ce sens un geste de respect envers les Frères et Sœurs et envers les profanes futurs initiés.
Le saviez-vous ?
En français maçonnique, « couvrir le temple » a deux sens opposés en apparence : s’assurer qu’il est fermé aux profanes, et, pour un Maçon, le quitter, par exemple en sortant pendant une tenue ou en se retirant de la loge. Dans les deux cas, l’idée est la même : celui qui sort se place à l’extérieur et protège symboliquement ceux qui restent à l’intérieur.
À retenir
- « Il pleut » signale qu’un profane peut entendre une conversation entre Maçons.
- La formule s’emploie toujours au présent et invite à changer de sujet.
- Elle renvoie à l’idée d’une loge « couverte », protégée par le Couvreur.
- C’est un usage oral, non une formule rituelle, variable selon les milieux.
- Elle protège surtout la discrétion due à l’appartenance d’autrui.
Voir aussi dans le glossaire : Couvreur, Couvrir le temple, Profane, Secret maçonnique (antimaçonnisme).
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