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Le ciment est, dans le langage de la construction, ce qui lie les pierres entre elles et fait tenir l’édifice. En Franc-maçonnerie, il est devenu l’image de ce qui unit les frères : l’amour fraternel, la confiance, le respect mutuel. Le mot a aussi un usage plus inattendu et parfaitement attesté : dans le vocabulaire des banquets rituels, le « ciment » désigne le poivre, à côté du « sable » qui désigne le sel. Ce double emploi, symbolique et festif, dit bien la manière dont la maçonnerie transpose le chantier dans tous ses moments.
Le liant de l’édifice

Sur un chantier, la pierre la mieux taillée ne tient pas seule. Il faut le mortier ou le ciment pour l’ajuster aux autres, combler les joints, répartir les charges. La Franc-maçonnerie spéculative, qui fait de chaque initié une pierre à tailler, a naturellement fait du ciment l’image de ce qui transforme des individus en communauté. Une loge n’est pas une juxtaposition de personnes de qualité : elle est un édifice dont les pierres sont liées.
Le ciment de l’amour fraternel
Dans la tradition anglo-saxonne, et particulièrement dans les rituels américains issus de l’enseignement de William Preston et Thomas Smith Webb, la truelle est l’outil qui sert à étendre « le ciment de l’amour fraternel » qui unit les maçons en une société de frères. L’image est l’une des plus connues du symbolisme maçonnique anglophone. En France, la truelle apparaît aussi parmi les outils du maître dans plusieurs rituels, et l’idée d’un ciment fraternel est un thème courant des travaux de loge.
Ce qui fait tenir une loge
- La fraternité : le lien choisi, qui dépasse les affinités personnelles.
- La confiance : la discrétion et la parole tenue.
- La tolérance : la capacité d’accueillir des pierres de formes différentes.
- Le rituel : la forme commune qui permet à des personnes différentes de travailler ensemble.
- La solidarité : l’aide apportée au frère en difficulté.
Une force invisible
Le ciment ne se voit presque pas dans un mur achevé : on remarque les pierres, rarement les joints. De même, ce qui fait la solidité d’une loge est souvent discret : une présence régulière, un mot au bon moment, une attention portée à celui qui s’éloigne. Les commentateurs maçonniques y voient une leçon d’humilité : le liant ne cherche pas à briller, il fait tenir.
Le ciment des banquets
Les francs-maçons ont développé depuis le XVIIIe siècle un vocabulaire propre aux banquets rituels, ou loges de table, qui transpose les objets du repas dans le langage du chantier et de l’artillerie. Le verre devient canon, le vin poudre forte, l’eau poudre faible, le pain pierre brute, la bouteille barrique. Dans ce lexique, le sel est appelé sable et le poivre ciment, parfois « sable jaune ». Un menu de banquet de 1847 mentionne ainsi un plat servi avec « sable » et « ciment ».
Ce vocabulaire n’est pas un simple jeu. Il prolonge le temps rituel à table et rappelle que le banquet est lui-même un moment de travail fraternel, ponctué de santés d’obligation portées selon un ordre fixé. Les listes varient d’une époque et d’une obédience à l’autre, et certains termes ont plusieurs équivalents.
Ciment et pierre
Le ciment n’a de sens qu’avec la pierre. Une loge sans travail individuel serait un amas de mortier ; une loge sans liant, un tas de pierres. L’équilibre entre le travail sur soi et la vie commune est au cœur de la méthode maçonnique. Le ciment rappelle que la pierre cubique, aussi parfaite soit-elle, n’est pas une fin en soi : elle est faite pour être assemblée.
Le saviez-vous ?
Le mot ciment vient du latin caementum, qui désignait à l’origine les éclats de pierre et le moellon, avant de désigner le liant lui-même. Le lien entre la pierre et ce qui l’unit est donc inscrit dans l’histoire même du mot.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Truelle, Banquet, Loge de Table, Canon, Fraternité.
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