Le Suprême Conseil du Grand Collège des Rites Écossais du Grand Orient de France s’est réuni, vendredi 5 juin, en tenue solennelle, afin de procéder à l’élection de son collège des officiers pour l’année maçonnique 2026-2027. La réélection de Christian Confortini comme Très Puissant Souverain Grand Commandeur, pour une quatrième et dernière année selon la précision qu’il aurait lui-même apportée, marque à la fois une continuité, une stabilité et une forme d’achèvement maîtrisé.

Dans le paysage parfois agité des puissances maçonniques, ce vote unanime mérite d’être relevé
L’unanimité, lorsqu’elle n’est pas simple habitude protocolaire, dit quelque chose d’un climat intérieur. Elle manifeste ici une Juridiction qui entend poursuivre son œuvre sans bruit inutile, dans la fidélité à son histoire, à son identité libérale, à son enracinement humaniste et à son lien organique avec son Obédience matricielle, le Grand Orient de France.
Le Grand Collège des Rites Écossais n’est pas une structure secondaire dans l’histoire maçonnique française
Il se situe au cœur d’une longue mémoire de l’écossisme.
Les hauts grades apparaissent dès le XVIIIe siècle dans le sillage de la Maçonnerie symbolique, avant de s’organiser progressivement en systèmes, puis en séquences initiatiques cohérentes. Le site du Grand Collège rappelle que, dans les années 1740, le terme « écossais » pouvait désigner un grade, une échelle de grades post-magistraux ou encore un atelier travaillant ces degrés particuliers. Il rappelle aussi que ces grades finiront par former les lignées qui conduisent à la Maçonnerie de Perfection, puis au Rite Écossais Ancien Accepté.

L’histoire moderne du Rite Écossais Ancien Accepté passe par Charleston, où est annoncé en 1801 le Suprême Conseil du 33e degré pour les États-Unis, avant que le rite ne prenne à Paris, en 1804, le nom de Rite Écossais Ancien et Accepté.
C’est à Paris que la liste des hauts grades fut complétée et ordonnée par le Grand Orient de France.
En 1804, Alexandre de Grasse-Tilly crée en France un Suprême Conseil et une Grande Loge Générale Écossaise, puis, le 4 décembre de la même année, un concordat est signé avec le Grand Orient de France, document dans lequel apparaît pour la première fois l’expression « Rite Écossais Ancien et Accepté ».
La suite institutionnelle est tout aussi décisive

En 1815, dans le contexte de la chute de l’Empire, le Rite Écossais Ancien et Accepté se réorganise au sein du Grand Orient de France, qui forme alors un Grand Consistoire des Rites. En 1826, ce Grand Consistoire devient le Grand Collège des Rites. Cette structure jouera un rôle majeur dans la diffusion, l’ordonnancement et la pratique des hauts grades écossais en France.
C’est donc à l’intérieur d’une très longue chaîne que s’inscrit la réélection de Christian Confortini
Il ne s’agit pas seulement d’un mandat reconduit. Il s’agit d’un maillet qui demeure dans une main connue, au service d’une Juridiction dont la vocation est de maintenir vivante une voie de perfectionnement, sans renoncer à l’exigence intellectuelle, à la liberté de conscience ni à la dimension symbolique du travail maçonnique. Christian Confortini avait été porté à la tête du Suprême Conseil du Grand Collège des Rites Écossais en 2023, succédant alors à Georges Lassous.

Mais l’autre élément majeur de cette élection réside dans la place désormais occupée par Pierre Mollier, élu Premier Lieutenant Commandeur.
Cette désignation dépasse la simple distribution des offices
Elle donne à cette nouvelle année une tonalité particulière. Avec Pierre Mollier, c’est toute une mémoire savante de la Franc-Maçonnerie française qui entre plus nettement encore dans la ligne de responsabilité immédiate du Grand Collège.
Pierre Mollier n’est pas seulement un historien de la Franc-Maçonnerie mais pour beaucoup il incarne L’HISTORIEN de la Franc-Maçonnerie.
lI est l’un de ceux qui, depuis plusieurs décennies, ont contribué à donner à la recherche maçonnique française une rigueur documentaire, une hauteur critique et une lisibilité intellectuelle. Né à Lyon en 1961, diplômé de Sciences Po Paris, formé aussi aux sciences religieuses à l’École pratique des hautes études, il a dirigé la bibliothèque et les archives du Grand Orient de France de 1995 à 2025, avant d’être également conservateur du musée de la franc-maçonnerie de 2013 à 2025. Il est aussi Grand Archiviste du Grand Collège des Rites Écossais et dirige la bibliothèque André Doré, spécialisée dans les hauts grades maçonniques.

Dans un entretien publié en 2025 dans Humanisme, notre TCS Cécile Revauger retraçait ce parcours sous un titre très juste, « Pierre Mollier, une vie dédiée au Grand Orient de France ». On y retrouve l’itinéraire d’un homme passé par Sciences Po, le Quai d’Orsay, la communication, Ogilvy, puis le WWF France, avant d’entrer en 1987 au Grand Orient de France dans la Loge Emmanuel Arago – Vérité prime tout. Il y confie aussi combien la dimension rituelle l’avait d’abord surpris, puis passionné, au point de l’amener vers l’étude des rituels maçonniques dans un cadre académique.
Cette trajectoire dit beaucoup
Pierre Mollier est un homme de bibliothèque, mais non de poussière. Un homme d’archives, mais non de nostalgie. Un homme de musée, mais non de vitrine froide. Sa méthode consiste à faire parler les traces, les manuscrits, les sceaux, les tableaux, les emblèmes, les correspondances et les rituels, afin que la Tradition ne soit pas seulement répétée, mais comprise, éclairée, transmise.
Son élection comme Premier Lieutenant Commandeur possède donc une valeur symbolique forte

Dans une Juridiction écossaise, l’archive n’est jamais seulement conservation du passé. Elle est braise sous la cendre, mémoire opérative, pierre d’attente pour l’avenir. Le rite ne vit que s’il est transmis avec fidélité et intelligence. Il meurt lorsqu’il devient formule creuse, répétition sans conscience ou décor sans intériorité.
À travers Pierre Mollier, c’est aussi une certaine idée de la Maçonnerie qui se trouve mise en avant. Une Maçonnerie qui ne sépare pas l’érudition de l’initiation. Une Maçonnerie qui sait que l’histoire n’affaiblit pas le symbole, mais lui donne au contraire son épaisseur. Une Maçonnerie qui refuse de confondre la Tradition avec l’immobilité, et qui comprend que la liberté de conscience exige aussi la discipline de l’étude.

Le collège des officiers élu pour 2026-2027 traduit cette volonté de continuité organisée
Très Puissant Souverain Grand Commandeur – Christian Confortini
Premier Lieutenant Commandeur – Pierre Mollier
Second Lieutenant Commandeur – Xavier Le Bris
Grand Orateur – Joël Ruiz
Adjoint – Alain Massabiau
Grand Chancelier aux Affaires Intérieures, Garde des Sceaux – Stéphane Beaujot
Adjoint – Frédéric Sirot
Grand Chancelier aux Affaires Extérieures – Jacques Anglade
Adjoint – Jean-Luc Delmas
Grand Trésorier – Jean-Louis Le Guen
Adjoint – Christian Mathieu
Grand Secrétaire du Suprême Conseil – Marc Houver
Adjoint – Samba Fall
Grand Hospitalier – René Burgues
Grand Expert – Jean-François Baixas
Grand Maître des Cérémonies – Didier Chiodo
Grand Maître Colonne d’Harmonie – Jean-Marc Pomeret
Grand Capitaine des Gardes – Pierre Lacore
Grand Archiviste – Bernard Buttet
Ainsi se dessine une année 2026-2027 placée sous le double signe de la stabilité et de la transmission
Christian Confortini assure la continuité du maillet. Pierre Mollier incarne, plus que jamais, la profondeur de la mémoire et la vigilance de l’esprit. Entre l’un et l’autre, le Grand Collège des Rites Écossais semble vouloir affirmer que les hauts grades ne sont ni un supplément décoratif ni une hiérarchie de prestige, mais une école de dépassement, de discernement et de responsabilité.

Dans l’écossisme véritable, monter ne signifie pas dominer
Monter signifie approfondir. Il ne s’agit pas de s’élever au-dessus des autres, mais de descendre plus loin en soi-même pour mieux servir. C’est peut-être là, au fond, le sens le plus juste de cette réélection et de ce nouveau collège.
Une Juridiction ancienne rappelle qu’elle n’a de légitimité que si elle demeure vivante.
Une mémoire se remet en marche. Une chaîne se resserre. Et sous la voûte étoilée des hauts grades, l’histoire continue de travailler la pierre.
