P comme Passeport en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le passeport maçonnique est un document délivré par une obédience pour attester qu’un frère ou une sœur en est membre régulier, avec sa loge et son grade. Héritier des diplômes et certificats du XVIIIe siècle, il sert avant tout à la visite d’autres ateliers, en France comme à l’étranger. Il ne suffit pourtant jamais à lui seul : le visiteur est aussi tuilé, c’est-à-dire interrogé selon les usages. Pièce administrative, le passeport porte aussi une charge symbolique, celle du maçon voyageur, toujours en route d’une loge à l’autre.

Des diplômes du XVIIIe siècle au passeport

Passeport

Dès le XVIIIe siècle, les loges remettent à leurs membres des diplômes ou certificats calligraphiés ou gravés, souvent en français et en latin, scellés à la cire et signés par les officiers. Les Archives du Pas-de-Calais conservent ainsi un diplôme délivré à Hesdin en 1751, qui assure à son titulaire « un bon accueil » des frères d’autres loges, et un certificat de Maître de la loge La Constance d’Arras daté de 1832, qui demande aux loges nationales et étrangères de l’admettre à leurs travaux et de lui accorder secours et protection.

Ces documents portent une signature particulière, dite ne varietur (« qu’il ne soit rien changé ») : le titulaire signe sur le diplôme lui-même, ce qui permet de comparer cette signature à celle qu’il apposera lors d’une visite. L’usage subsiste dans de nombreux certificats modernes.

Ce que contient le passeport

Les formes varient selon les obédiences : carnet, carte ou certificat. On y trouve en général :

  • l’identité du titulaire et sa signature ne varietur ;
  • l’obédience et la loge d’appartenance ;
  • les grades reçus et leurs dates ;
  • les visas ou cachets attestant que les cotisations sont à jour ;
  • parfois la mention des ateliers visités.

Le passeport atteste donc à la fois une appartenance et une régularité : un maçon qui n’est plus à jour de ses obligations ne peut s’en prévaloir.

La visite et le tuilage

La visite d’autres loges est une tradition ancienne et précieuse. Le passeport n’en est que la première étape. Le visiteur se présente au Couvreur ou à l’Expert, qui vérifie le document puis procède au tuilage, en s’assurant que l’arrivant connaît les signes, mots et attouchements de son grade. En cas de doute, le visiteur peut être accompagné par un frère de la loge qui se porte garant de lui.

Les relations entre obédiences comptent aussi : un atelier ne reçoit normalement que les membres d’obédiences avec lesquelles la sienne entretient des relations ou une reconnaissance mutuelle. Le passeport ne crée pas ces relations, il permet seulement de les exercer.

Symbole du maçon voyageur

La figure du voyage traverse toute la franc-maçonnerie : voyages de l’initiation, compagnon qui part sur les routes à la manière des ouvriers itinérants, maître qui va « de l’Occident à l’Orient ». Le passeport en est la traduction concrète : il rappelle que le maçon appartient non seulement à sa loge, mais à une chaîne d’union qui dépasse les frontières.

Mémoire d’un parcours

Les grades successifs portés sur le document forment une sorte de chronologie de la vie maçonnique. Mais ils ne disent pas tout : le chemin intérieur ne se mesure pas aux tampons. Les anciens diplômes, souvent richement illustrés de colonnes, de soleils et d’outils, sont aujourd’hui recherchés par les musées et les collectionneurs comme témoins de l’histoire des loges.

Le saviez-vous ?

Sous l’Occupation, la possession d’un diplôme ou d’un certificat maçonnique pouvait suffire à identifier un franc-maçon : les saisies d’archives de loges par les services de Vichy et de l’occupant ont permis le fichage de dizaines de milliers de personnes. Beaucoup de documents anciens ont ainsi été détruits par prudence, ce qui explique leur rareté.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987.
  • Pierre-Yves Beaurepaire, L’Europe des francs-maçons, XVIIIe-XXIe siècles, Belin, 2002.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Tuilage, Visiteur, Couvreur, Expert Officier, Introduction des diplômes maçonniques par la Grande Loge d’Écosse, 1768 (date historique), Voyage.

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