P comme Poudre Forte en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

« Poudre forte » est l’un des termes du vocabulaire de table que les francs-maçons emploient lors des banquets rituels et des agapes. Les boissons y sont appelées « poudres » et les verres « canons », selon une métaphore militaire attestée dès le début du XIXe siècle. Dans l’usage le plus répandu aujourd’hui, la poudre forte désigne le vin, par opposition à la poudre faible, l’eau ; mais les glossaires anciens ne sont pas unanimes. Au-delà du jeu de mots, ce lexique inscrit le repas dans le prolongement des travaux et rappelle une exigence maçonnique : la mesure.

Un lexique militaire

Poudre Forte
Saint-Vincent-et-le-Franc-Maçon

Le banquet maçonnique, ou loge de table, emprunte sa langue à l’artillerie. Les verres sont des canons, que l’on « charge » et que l’on « aligne » ; les bouteilles sont des barriques ; boire, c’est « tirer » une santé, qui se conclut par un « feu ». Les boissons, logiquement, deviennent des poudres. Ce vocabulaire est décrit en détail dans le Vocabulaire des Francs-Maçons d’Étienne-François Bazot, publié vers 1810, à une époque où les militaires étaient très nombreux dans les loges.

Poudre forte, poudre faible : des usages variables

Les sources ne s’accordent pas toutes. Selon Bazot, le vin est la « poudre rouge », l’eau la « poudre faible », et les liqueurs la « poudre forte » ou « fulminante ». L’usage contemporain, dans de nombreuses loges françaises, désigne plutôt le vin comme poudre forte, l’eau comme poudre faible, et réserve le nom de poudre fulminante aux alcools plus puissants. Cette variation montre que le lexique de table, transmis oralement, a évolué selon les époques et les ateliers.

Le vocabulaire de table

  • Canon : le verre.
  • Barrique : la bouteille ou la carafe.
  • Poudre forte : le vin dans l’usage actuel le plus courant ; les liqueurs chez Bazot.
  • Poudre faible : l’eau.
  • Poudre fulminante : les liqueurs ou alcools forts.
  • Glaive : le couteau ; pioche : la fourchette ; truelle : la cuillère.
  • Drapeau : la serviette ; matériaux : les aliments ; pierre brute : le pain, selon les usages.

Le vin, symbole ancien

Le vin possède une richesse symbolique bien antérieure à la franc-maçonnerie. Il est le fruit d’une transformation, du raisin à la boisson, que les alchimistes comme les mystiques ont souvent comparée au travail sur soi. Il est aussi, dans les traditions antiques et bibliques, la boisson du partage et de l’alliance. Au banquet maçonnique, il accompagne les santés et unit symboliquement les convives dans un même geste.

Une force à maîtriser

Poudre Forte

L’adjectif « forte » n’est pas innocent. Il rappelle que la poudre est dangereuse si on la manie sans précaution. Les règlements des loges de table, dès le XVIIIe siècle, insistent sur la tempérance : l’ivresse est contraire à la dignité des travaux. Le vocabulaire militaire lui-même, avec ses commandements et sa discipline collective, encadre la consommation et la soumet au rythme du rituel.

Un langage qui unit

Parler de poudre et de canons n’est pas qu’un divertissement. Ce code partagé transforme un repas en prolongement des travaux, rappelle à chacun qu’il est toujours en loge, et crée une complicité entre convives. Il est l’un des signes qui distinguent les agapes maçonniques d’un simple dîner entre amis, et l’une des traditions les plus vivantes de la sociabilité des loges.

Le saviez-vous ?

Dans les loges anglaises, la tradition des toasts a donné naissance au firing glass, un verre à pied épais et à base renforcée, conçu pour être frappé sur la table au moment du « feu » sans se briser. Ces verres, souvent gravés de symboles maçonniques, sont aujourd’hui recherchés par les collectionneurs.

Une tradition des fêtes solsticiales

Le vocabulaire de table s’entend surtout lors des banquets d’ordre, qui accompagnent traditionnellement les fêtes de la Saint-Jean d’hiver et d’été. Ces repas rituels, ouverts et fermés comme une tenue, sont l’occasion de faire vivre les vieux mots : on y « charge les canons » de poudre forte, on y tire les santés d’obligation. Dans les agapes ordinaires, plus libres, ce lexique est souvent employé avec humour, comme un clin d’œil partagé.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Étienne-François Bazot, Vocabulaire des Francs-Maçons, Paris, vers 1810 (rééd. numérique Arbre d’Or, 2008).
  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, Presses universitaires de France, 1987 (rééd.).

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Loge de Table, Santé, Canon, Salle Humide.

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