
Le cordon est un large ruban porté en écharpe, de l’épaule à la hanche, qui indique le degré ou la fonction d’un franc-maçon. Avec le tablier, il forme l’essentiel des « décors » maçonniques. Sa couleur, sa bordure, les broderies qu’il porte et le bijou qui y est suspendu varient selon les rites, les grades et les obédiences. Héritier des ordres de chevalerie et des insignes de cour du XVIIIe siècle, il est à la fois un signe de reconnaissance, une marque de responsabilité et un rappel de l’engagement pris.
Un mot, plusieurs objets

- Le cordon proprement dit, ruban porté en baudrier, en travers de la poitrine, souvent terminé par un bijou ou une rosette.
- Le sautoir ou collier, porté autour du cou et retombant en pointe sur la poitrine, auquel est suspendu le bijou d’office des officiers.
- L’écharpe ou grand cordon de certains hauts grades et dignitaires.
- Dans le langage courant des loges, on confond souvent ces termes ; les rituels, eux, les distinguent.
Une origine chevaleresque et aristocratique
Les ordres de chevalerie européens, comme l’ordre du Saint-Esprit en France ou l’ordre de la Jarretière en Angleterre, distinguaient leurs membres par des rubans et des colliers. La maçonnerie du XVIIIe siècle, fréquentée par la noblesse et la bourgeoisie, a adopté ces signes de distinction. Les gravures de l’époque montrent des Vénérables portant le cordon bleu, couleur qui a valu aux loges symboliques le surnom de « maçonnerie bleue ». Le développement des hauts grades, avec leurs chevaliers et leurs princes, a multiplié les couleurs.
Le port en travers du corps
Dans le Rite Français notamment, le maître porte un cordon de droite à gauche, de l’épaule droite à la hanche gauche. Ce port en baudrier a été rapproché de celui de l’épée des chevaliers, ce qui accentue la lecture chevaleresque. Il signale aussi que le maître est désormais pleinement responsable de l’atelier. Dans d’autres rites, notamment de tradition anglaise, le maître ne porte pas de cordon et son grade se lit sur le tablier.
Selon les degrés et les rites
Les apprentis et les compagnons ne portent en général que le tablier. Le cordon apparaît au troisième degré dans plusieurs rites continentaux. Au Rite Écossais Ancien et Accepté, chaque grade au-delà du troisième possède ses décors propres : cordons noirs, rouges, blancs ou verts, parfois brodés de symboles, qui permettent de reconnaître d’un coup d’œil le degré d’un frère dans un atelier de hauts grades. Les officiers, eux, se reconnaissent au bijou suspendu à leur sautoir : équerre du Vénérable, niveau du Premier Surveillant, perpendiculaire du Second.
Une valeur symbolique

Le cordon n’est pas un ornement de vanité. Il marque un engagement : celui qui le porte a franchi des étapes et accepté des responsabilités. Il relie aussi le maçon à ceux qui l’ont porté avant lui. Certaines loges transmettent des cordons anciens, et les décors des maçons disparus sont parfois remis à la loge ou à leurs proches. Revêtir son cordon avant la tenue, c’est entrer dans un temps rituel, distinct du temps profane.
Les décors des femmes et des grands dignitaires
Les loges d’adoption du XVIIIe siècle avaient leurs propres cordons, dont certains, richement brodés, sont conservés dans les musées. Les grands maîtres et grandes maîtresses portent des cordons distinctifs, souvent associés à un collier de fonction. Ces objets, aujourd’hui étudiés par les conservateurs et les collectionneurs, témoignent du soin apporté aux décors et de l’importance sociale de la maçonnerie au siècle des Lumières.
Revêtir ses décors
Dans la plupart des loges, les décors ne se portent qu’à l’intérieur du temple ou dans ses dépendances. On les revêt avant l’entrée en loge et on les retire à la sortie, geste qui marque le passage du monde profane au temps sacré de la tenue. Les règlements des obédiences encadrent leur port en public, réservé à des circonstances particulières comme certaines cérémonies officielles ou funérailles. Le soin apporté à ces objets, leur conservation et leur transmission disent l’attachement des maçons à la continuité de la tradition.
Le saviez-vous ?

Le Musée de la franc-maçonnerie, installé au siège du Grand Orient de France rue Cadet à Paris, conserve de nombreux cordons et tabliers des XVIIIe et XIXe siècles, dont certains ont appartenu à des personnalités. Ces décors brodés à la main sont parmi les objets les plus spectaculaires de ses collections.
À retenir
- Le cordon est un ruban porté en écharpe qui signale un degré ou une fonction.
- Il se distingue du sautoir des officiers, porté autour du cou.
- Son origine renvoie aux ordres de chevalerie et aux insignes du XVIIIe siècle.
- Couleurs et formes varient selon les rites, les degrés et les obédiences.
Voir aussi dans le glossaire : Tablier, Décors, Sautoir, Bijou, Loge Bleue ou Loge Symbolique., Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, Officiers.
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