
En franc-maçonnerie, le degré, ou grade, désigne chacune des étapes du parcours initiatique dans un rite donné. Tous les rites reposent sur les trois degrés symboliques d’Apprenti, de Compagnon et de Maître, conférés en loge bleue ; beaucoup les prolongent par des degrés dits « de perfectionnement » ou hauts grades, jusqu’au 33e au Rite Écossais Ancien et Accepté. Le degré n’est ni un titre honorifique ni une hiérarchie sociale : il marque l’accès à un nouveau champ symbolique, et donc une responsabilité nouvelle dans le travail sur soi et avec les autres.
Degré et grade

Les deux mots sont synonymes dans l’usage courant. On parle de travailler « au premier degré » ou « au grade d’Apprenti ». Le terme de degré insiste sur l’image d’un escalier que l’on gravit marche après marche ; celui de grade, sur le statut reconnu par la loge. Chaque degré possède son rituel, son tableau de loge, ses mots, signes et attouchements, ses symboles propres et sa légende. On n’y accède que par une cérémonie : initiation pour l’Apprenti, passage ou augmentation de salaire pour le Compagnon, élévation pour le Maître.
Une naissance progressive
La maçonnerie opérative distinguait l’apprenti et le compagnon du métier. Les premières sources de la maçonnerie spéculative, à Londres après 1717, ne connaissent que deux grades. Le grade de Maître, avec la légende d’Hiram, apparaît dans les années 1720 ; le premier texte imprimé qui expose clairement un système en trois degrés est la divulgation de Samuel Prichard, Masonry Dissected, en 1730. Les décennies suivantes voient une prolifération de grades supplémentaires, notamment en France, où naissent les grades « écossais », chevaleresques et philosophiques qui seront ensuite organisés en systèmes.
Les degrés selon les rites
- Rite Émulation : les trois degrés symboliques, souvent complétés par l’Arche Royale, pratiquée dans des chapitres distincts.
- Rite Français : trois degrés symboliques puis quatre Ordres de sagesse (et un cinquième ordre administratif) dans les chapitres.
- Rite Écossais Ancien et Accepté : 33 degrés, dont les 30 derniers relèvent de juridictions (Suprêmes Conseils) distinctes des loges.
- Rite Écossais Rectifié : Apprenti, Compagnon, Maître et Maître Écossais de Saint-André, puis l’Ordre intérieur (Écuyer novice, Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte).
- Rites égyptiens (Memphis-Misraïm) : des échelles très longues, jusqu’à 95 ou 99 degrés selon les systèmes.
Les trois degrés symboliques

L’Apprenti découvre la loge, le silence, la pierre brute et les premiers outils ; il apprend à écouter. Le Compagnon voyage, s’ouvre aux arts libéraux et à la lettre G, travaille la pierre en vue de l’édifice. Le Maître revit symboliquement la mort et le relèvement d’Hiram, figure de la fidélité au secret et de la transmission. Ces trois degrés forment ce qu’on appelle la maçonnerie bleue ou symbolique, commune à toutes les obédiences et considérée comme complète en elle-même : la maîtrise est la plénitude de la qualité maçonnique.
Les hauts grades
Les degrés au-delà du troisième sont dits de perfectionnement ou hauts grades. Ils ne donnent aucune autorité sur les loges symboliques et sont administrés par des structures distinctes : chapitres, aréopages, consistoires, Suprêmes Conseils, Grands Prieurés. Ils approfondissent la légende du Temple et développent des thèmes chevaleresques, mystiques ou philosophiques. Le 33e degré du REAA, Souverain Grand Inspecteur Général, est aussi le plus connu du public, souvent fantasmé comme sommet d’un pouvoir occulte, ce qu’il n’est pas.
Ce que le degré n’est pas
Le degré ne se mérite ni à l’ancienneté seule ni à la cotisation. Les obédiences fixent des délais minimaux, une assiduité, un travail présenté, et la loge se prononce. Il ne crée pas non plus de supériorité morale : un Maître reste un Apprenti au regard de la tâche intérieure, et la tradition rappelle que l’on « reste toujours Apprenti ». Les antimaçons, de Barruel aux pamphlétaires du XXe siècle, ont souvent imaginé que les degrés cachaient des secrets de plus en plus subversifs ; l’histoire des rituels, largement publiée, montre au contraire une pédagogie graduée, non une conspiration par étages.
Le sens initiatique
Le degré organise le temps de la maçonnerie : il impose la patience, la répétition, le retour sur ce qui a été reçu. Chaque cérémonie ouvre une porte, mais c’est le travail ultérieur qui donne sens au passage. Le mot latin gradus, le pas, dit l’essentiel : avancer, mais à son rythme, en posant le pied sur une marche solide.
À retenir
- Degré et grade sont synonymes ; chaque degré possède son rituel et ses symboles.
- Trois degrés symboliques communs à tous les rites : Apprenti, Compagnon, Maître.
- Le système en trois degrés est attesté par l’imprimé en 1730.
- Les hauts grades relèvent de juridictions distinctes et ne commandent pas aux loges.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Apprentissage, Compagnon, Élection de Carl Fredrik Scheffer comme Grand Maître national de Suède, 1753 (date historique), Hauts Grades Supérieurs au troisième degré, Initiation, Augmentation de salaire….
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