mer 08 février 2023 - 01:02

 I- En voir de toutes les couleurs

S’il n’est pas rare que des recherches portent sur les couleurs des tabliers et des cordons, moins souvent, cette réflexion est élargie à la notion de couleur. On le comprend tant ce qui pourrait en être dit est écrasant par l’ampleur de son champ d’investigation.

J’ai confié à l’érudition justement renommée de Michel Pastoureau une grande part de l’aide qui m’est indispensable dans cette difficulté, vous sélectionnant quelques-unes de ses conférences qui racontent les couleurs. Les heures de plaisir que vous en retirerez justifient ce partage.

Et tout d’abord, qu’est-ce qu’une couleur ?

C’est une sensation physique et mentale provoquée par une longueur d’onde de propagation de la lumière réfléchie par un objet[1]. Les couleurs que nous observons dans les objets sont produites soit par absorption, soit par l’interférence de quelques-uns des rayons qui forment la lumière blanche dans leur combinaison. Si tous les rayons colorés de la lumière solaire sont réfléchis dans la proportion voulue, la couleur d’un objet est blanche ; s’ils sont tous absorbés, elle est noire. Par exemple, si les rayons bleus sont seuls absorbés, la couleur qui apparaît est le rouge orangé, et en général, lorsque nous voyons un objet d’une couleur quelconque, c’est que les rayons colorés complémentaires de cette couleur sont absorbés par lui. (Revue internationale des sciences, p.16).

Toutes les boules sont de la même couleur derrière les rayures

La perception de cette sensation est très personnelle et même influencée suivant que l’œil a ou n’a pas été exposé à la lumière. L’éclairage d’un objet ne variant pas, la coloration de cet objet est donc perçue différemment.

Newton a introduit l’équivalence entre couleur des rayons et leur degré divers de réfrangibilité dans un milieu d’indice donné. Il retint sept couleurs : rouge, orange, jaune, vert, bleu, indigo et violet. Six de ces couleurs correspondent à un champ chromatique bien défini ; il ajouta l’indigo pour que le nombre corresponde à celui des noms de notes de la gamme musicale :

Pourtant, le mythe d’Osiris, les Travaux d’Héraclès et bien entendu les récits des Évangiles ont une forte analogie entre douze couleurs et les notes de la gamme tempérée en musique. Chacun de ces cycles est fondé sur le nombre douze qui symbolise l’achèvement de l’expérimentation terrestre et son ouverture vers un nouveau cycle ou vers la Lumière. En effet, la lumière blanche, diffractée par le prisme, laisse apparaître subtilement douze couleurs ; la gamme chromatique comporte douze notes, sept tons et cinq demi-tons, nécessaires et suffisants pour exprimer toutes les musiques. ‎

La couleur est une vibration d’une certaine longueur d’onde.

Les mêmes vibrations de l’éther, que l’œil perçoit comme lumière, la peau les perçoit comme chaleur. La couleur est une onde vibratoire capable de pénétrer notre peau, ce qui permet aux aveugles de les différencier. Chacune d’elles a son propre pouvoir. Les oscillations de l’air que la peau perçoit comme des vibrations, l’oreille les perçoit comme des sons. La dissemblance de l’impression est si grande ici que les physiciens n’acceptèrent l’idée que des agents paraissant aussi différents que la lumière et la chaleur rayonnante pussent être similaires et en partie identiques, qu’après que des expériences répétées eurent prouvé la complète similitude de leur nature. Ainsi «si l’on voulait représenter musicalement les différents bleus, on dirait que le bleu clair ressemble à la flûte, le bleu foncé au violoncelle et en fonçant de plus en plus, qu’il évoque la sonorité moelleuse de la contrebasse» (Wassily Kandinsky).

Parce que la couleur est une vibration, dans son livre Le jeu des perles de verres, (1943), Hermann Hesse peut établir un lien de sept couleurs avec d’autres vibrations, avec celles des sept notes de la gamme musicale auxquelles sont associées sept qualités précises : blanc, do, amour ; jaune, ré, joie ; orange, mi, humilité ; rouge, fa, maîtrise de soi ; violet, sol, honnêteté ; bleu, la, bonté ; vert, si, vérité.

Quant aux chinois, ils associent les couleurs avec les points cardinaux, les éléments, et des zones du corps tels que : noir, nord, eau, dos ; rouge, sud, feu, poitrine ; vert, est, bois, bouche ; blanc, ouest, métal, genou ; jaune, milieu, terre, pied.

Une classification biologique des couleurs des organismes vivants se prête à la répartition suivante en cinq groupes : 1. animaux protégés d’une manière particulière 2. animaux sans protection, qui imitent ceux du groupe1 ; 3. Couleurs sexuelles ; 4. Couleurs typiques (des espèces ou des genres). 5. Couleurs attrayantes.

Comment les sociétés ont-elles apprécié les couleurs ?

Le BLANC

En hébreu, le noir, schahar (  ( שׁ חַ רsignifiant aussi l’aurore (et chercher), dont le rapport avec le nom de la couleur blanche, tsahor  (רַ הֳ צָ), paraît évident, désigne l’attente du profane qui cherche et voit briller les premières lueurs de l’aurore (Frédéric Portal, Les symboles des égyptiens comparés à ceux des hébreux, p. 123)

La couleur blanche est celle des Initiés parce que l’homme qui abandonne les ténèbres pour suivre la lumière passe de l’état profane à celui d’Initié, de pur ; il est, spirituellement, rénové. Dans sa qualité symbolique de couleur de deuil le Blanc peut, du fait qu’il évoque une absence provisoire destinée à être comblée, laisser suggérer qu’en quelque sorte l’esprit du mort demeure en nous et que l’esprit prendra chair.

Ce terme de blanc avait été choisi pour des raisons philosophiques très profondes. La couleur blanche, la plupart des langues l’attestent, a toujours désigné la noblesse, la candeur, la pureté. Suivant le Dictionnaire Manuel hébreu et chaldéen de Genesius, hur, heur, signifie être blanc ; hurim, heurim, désigne les nobles, les blancs, les purs. Cette transcription de l’hébreu plus ou moins variable (hur, heur, hurim, heurim) conduit au mot heureux. Les bienheureux, ceux qui ont été régénérés et lavés par le sang de l’Agneau, sont toujours représentés avec des robes blanches. Bienheureux est encore l’équivalent, le synonyme d’initié, de noble, de pur. Or, les initiés étaient en blanc, les nobles s’habillaient de même.

En Égypte, les mânes étaient aussi vêtus de blanc. Phtah, le Régénérateur, était de même gainé de blanc pour indiquer la nouvelle naissance des Purs ou des Blancs. Les Cathares, secte à laquelle appartenaient les Blancs de Florence, étaient les purs. En latin, en allemand, en anglais, les mots weiss, white, veulent dire blanc, heureux, spirituel, sage.

La tragédie antique masquait de blanc les acteurs. Cela permettait, outre l’identification cathartique aux personnages, la possibilité de laisser surgir le tragique c’est-à-dire de doubler les significations et les situations qui se rapportent à l’homme.

D’un point de vue initiatique nous savons que le blanc, synthèse des couleurs de l’arc-en-ciel, évoque la lumière spirituelle. Le blanc, couleur initiatique, devient la couleur de la grâce de la transfiguration qui éblouit, éveillant l’entendement. Aux premiers temps du christianisme le baptême se nommait illumination. Et c’était après qu’il eut prononcé ses vœux que le nouveau chrétien, né à la vie véritable, endossait, selon les termes de  Denys l’Aréopagite, des habits d’une éclatante blancheur, en échappant, par une ferme et divine constance, aux attaques des passions et, aspirant avec ardeur à l’unité, ce qu’il avait de déréglé rentre dans l’ordre, ce qu’il avait de défectueux s’embellit et il [le nouveau chrétien] resplendit de toute la lumière d’une pure et sainte vie. Cela peut aussi s’appeler le perfectionnement de l’être. L’inverse du mot diable, el-baïd [a] désigne la blancheur. Pendant la plus grande partie du Moyen Âge, l’opposé du blanc fut, non le noir, mais le rouge.

La couleur or est un blanc encore plus blanc. De là l’importance de la blancheur, du blanchiment dans la science hermétique de l’Œuvre (voir le texte, La Blancheur, d’Arnau de Méeus à partir de la page 85 du n°2 de la Revue Arca, 2018)

Le ROUGE

Cette couleur a toujours été associée aux caractéristiques masculines, spécialement chez les Étrusques et les Hindous. En hébreu, rouge se dit Adom (םאָדוֹ), même racine qu’Adam, le premier homme et que le sang, dam (םדָ). La pensée juive identifie le fruit mangé par Adam à la grenade dont les 613 grains rouges correspondant aux 613 mizvot (devoirs ou bonnes actions) qui ouvrent le seuil de la sagesse, c’est-à-dire qui permettent d’élever la conscience depuis la matière.

La couleur du quatrième principe dans l’homme -Kâma, le siège des désirs est représenté par le rouge.

Cependant, la couleur rouge qui s’associe au crabe n’est pas le rouge diurne, mâle centrifuge, mais le rouge femelle, la carapace, nocturne centripète, là où s’opère la digestion, le mûrissement, la régénération de l’être ou de l’Œuvre.

Si le rouge est dyonisiaque, le bleu est apollonien.

Le BLEU

Les anciens Égyptiens enseignaient que la couleur réelle du Soleil était d’un bleu pur avant qu’il atteigne l’horizon et disparaisse au-dessous. Il est curieux de noter à ce propos le fait que ce n’est que depuis 1881 que les physiciens et astronomes ont découvert que “notre soleil est réellement bleu”. Le professeur Langley a réussi à prouver que la couleur jaune orange du Soleil n’est due qu’à l’effet d’absorption exercée par son atmosphère de vapeurs, surtout métalliques ; mais que la pure et simple vérité est que ce n’est pas un “soleil blanc mais bleu”, c’est-à-dire quelque chose que les prêtres égyptiens avaient découvert, sans aucun instrument scientifique connu, il y a des milliers d’années !

Jusqu’au XIIe s. , l’or est la couleur de la lumière divine. Devant sa pénurie, le bleu va la remplacer. C’est le bleu des cieux divins et physiques. Ainsi s’utilisent en contraste le bleu de cobalt et le bleu de manganèse

C’est au XIIe siècle que des progrès dans la teinture du bleu vont permettre de répondre à la mode de cette époque. Le manteau de la vierge est peint en pigment de lapis-lazuli, hors de prix, enjeu cultuel et culturel.

De Tradition immémoriale, on raconte que, dans des temps très anciens, des colorants d’une couleur bleue très particulière provenant d’une sorte de «poisson» si rare et si recherché, furent réservés aux seuls puissants. Selon les époques, les textes nous affirment même, qu’ils se vendaient jusqu’à 20 fois le prix de l’or. La Septante traduit le terme Tékhelèt (תְּכֵלֶת), par un mot uachinthinos υαχινθινοσ, qui désigne des objets variant entre bleu et violet (yacinthe). La seconde traduction de référence est celle dite de la Vulgate de St Jérôme vers l’an 400, celle-ci en langue latine, puisque entre-temps la Méditerranée était devenue romaine. Le mot employé n’est pas très original hyachintinum, reprenant l’étymologie et le sens grec. C’est cette couleur seule qui permet le contact avec Yahwéh, elle signale le plus haut degré de sainteté, révèle la Présence indicible, colore la fonction la plus éminente du Temple, c’est-à-dire celle du Grand Prêtre et l’emballage des choses saintes (Exode, 39,1). Cette couleur Tékhelèt vient d’une racine trilitère hébraïque TKL signifiant à la fois le but, la quête, et la totalité.

Dans la symbolique héraldique l’azur signifie la justice, la loyauté.

En associant les couleurs des vitraux correspondant  à la lune (bleu) et au soleil (rouge), on obtient du violet, dernière couleur visible du spectre et première couleur d’un monde au-dessus (l’ultra-violet), couleur de la spiritualité.

https://youtu.be/MO2fghnrfiU et

Le VERT

Jusqu’aux 16ème– 17ème siècles, le vert était le symbole de l’eau. Depuis la fin du XVIIIe, il symbolise la vie naturelle et universelle.

Il oppose, à la force du rouge, le calme, la permanence et l’apaisement des tensions ; mais aussi tout ce qui est changeant ou instable (l’enfance, l’amour, la chance, le hasard, le destin). Le vert constitue un retour à l’état primordial. Il personnifie aussi l’espoir, le retour des cycles naturels. Il est la couleur de l’éternel retour, de la résurrection, et de la renaissance.

En alchimie, le lion de couleur verte ouvre la matière (mélange des acides sulfuriques du fer et du cuivre, du jaune et du bleu). La matière métallique attaquée par le lion vert se décompose ; son résidu est appelé tête de mort, la caput mortem du cabinet de réflexion. Le lion vert est le «fruit vert et acerbe, comparé au fruit rouge et mûr. C’est la jeunesse métallique, sur laquelle l’Évolution n’a pas ouvré, mais qui contient le germe latent d’une énergie réelle, appelée plus tard à se développer» (Fulcanelli, Le mystère des cathédrales). C’est l’arsenic et le plomb à l’égard de l’argent et de l’or. De couleur rouge, le lion lie le sel sous forme d’un combat qu’il doit gagner sur le dragon blanc.

Le vitriol est un minéral composé d’un sel acide et d’une terre sulfureuse ; il y en a quatre espèces, bleu, vert, blanc et rouge. Ce dernier est appelé colcothar naturel, ou chalcitis ; on tient que c’est un vitriol vert calciné par quelque feu souterrain ; il est le plus rare de tous les vitriols.

L’église et la couleur 

La couleur du vitrail médiéval est donnée, non par réflexion, mais par interférence. La lumière passant à travers le verre va se réfracter sur des miroirs de poudre métallique incorporés dans la pâte de verre, changer de fréquence et apparaître colorée : poudre d’or pour donner le rouge, poudre d’argent pour donner le bleu, etc.

Mais, «ce qui est important dans le vitrail, ce n’est pas la scène qu’il représente, ni même les couleurs employées, mais le fait que ce vitrail représente un fragment de la Bible elle‐même, c’est à dire la parole de Dieu. La lumière intérieure est sacrée parce qu’elle est littéralement filtrée par la parole de Dieu, et c’est cette filtration qui en modifie profondément la nature.» (François Gruson)

Pour donner quelque idée de l’extension que prit la symbolique des couleurs, – et spécialement des trois majeures de l’Œuvre, – notons que la Vierge est toujours représentée drapée de bleu (correspondant au noir), Dieu de blanc et le Christ de rouge (Fulcanelli, Le mystère des cathédrales, p. 46).

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On ne saurait évoquer les couleurs sans quelques mots sur les COULEURS de l’ŒUVRE

Au travers des trois couleurs, le noir, le blanc et le rouge, le Rebis (du latin res bina, matière double) signifie aussi l’ensemble de l’œuvre alchimique qui, dans l’union des polarités, aspire au dépassement des états particuliers de la matière.

Héraclite d’Éphèse mentionne le premier les couleurs de l’œuvre à la fin du VIe siècle av.  J.-C. (Le grimoire du jour de Saturne, par Jean-Francois Blondel, éd. Jean-Marc Savary, 2011, p.67).

Fulcanelli rapporte (p.45) que : « Paracelse, au Livre des Images, parle ainsi des colorations successives de l’Œuvre : Quoiqu’il y ait, dit-il, quelques couleurs élémentaires, car la couleur azurée appartient plus particulièrement à la terre, la verte à l’eau, la jaune à l’air, la rouge au feu, cependant, les couleurs blanche et noire se rapportent directement à l’art spagirique, dans lequel on trouve aussi les quatre couleurs primitives, le noir, le blanc, le jaune et le rouge.»

  Les quatre étapes de l’œuvre sont associées à quatre couleurs : 

  • l’Œuvre au noir (nigredo) : la matière originelle, l’Azoth, passe à l’état de noirceur par la calcination, la putréfaction, la décomposition ; sa duplicité est symbolisée par le corbeau ;
  • l’Œuvre au blanc (albedo) : la pierre est lavée de ses impuretés, apparaît l’argent, le blanc ; le métal s’organise. En voie sèche, les lignes de la cristallisation convergent en formant une étoile à 5 branches, la matière recomposée est symbolisée par la licorne ou le cygne ;
  • l’Œuvre au jaune (citrinitas) : la sublimation, les éléments simples sont recombinés ;
  • l’Œuvre au rouge (rubedo) : la rubéfaction, l’incandescence de laquelle naîtra la pierre dont la puissance qualitative est multipliée, sa représentation est le phénix.

En alchimie régner c’est régir, régir c’est gouverner, gouverner c’est conduire les opérations de l’Œuvre ; voilà pourquoi on parle de quatre âges ou règnes. Quatre saisons correspondent ainsi au quatre âges qui sont :

L’âge d’or d’où règne Saturne (Œuvre au noir, couleur noire associée au plomb).

L’âge d’argent d’où règne Jupiter (œuvre au blanc car le blanc c’est la couleur de l’argent ou de l’étain qui est le métal associé à Jupiter, parfois associé aussi à la lune).

L’âge du cuivre d’où règne Vénus qui correspond à l’Œuvre au jaune.

L’âge du fer d’où règne Mars et qui est associé à la couleur rouge.

La Papesse du Tarot est assise entre les deux piliers. Des deux colonnes, l’une est rouge et l’autre bleue. La première correspond au Feu (Ardeur vitale dévorante, activité mâle, Soufre des Alchimistes) ; la seconde se rapporte à l’Air (souffle qui alimente la vie, sensibilité féminine, Mercure des Sages).

L’origine des Couleurs du drapeau français est objet de controverse.

Elles auraient été composées par le franc-maçon Jacques-Louis David pour qui le bleu foncé représente la bourgeoisie, le blanc le peuple des pierrots ou des paysans, le rouge la baillie ou la royauté.

D’autres hypothèses en donnent d’autres origines.

Le 17 juillet 1789 quand, venant de Versailles, Louis XVI fut arrivé au perron de l’Hôtel de Ville de Paris, au milieu d’une haie de gardes nationaux, et qu’il eût accepté et attaché lui-même à son chapeau la cocarde parisienne que lui présenta le maire Bailly comme signe distinctif des Français, il monta l’escalier de l’Hôtel-de-Ville sous une voûte d’acier. Cette cocarde fut d’abord bleue, couleur de la ville de Paris, selon les arrêts des 12 et 13 juillet 1789, approuvés le 16 par le roi, et qui ordonnaient le rétablissement de l’ancienne milice parisienne sous le titre de garde nationale. Le 26 juillet, le général Lafayette, commandant de cette garde, joignit la couleur des lys à celles adoptées, et fit arborer la cocarde tricolore, comme signe de l’union des trois ordres et des vertus qui font le patriotisme, à savoir : le rouge, couleur du tiers-état, emblème du courage qui entreprend ; le bleu couleur du clergé, symbolisait la constance qui persévère  et la couleur blanche de la noblesse désignait la pureté qui justifie. La Maçonnerie peut aussi revendiquer l’idée de ces trois couleurs ,les grades symboliques ont fourni le bleu, couleur de cordon de maître les grades chapitraux, le rouge, couleur du cordon de Rose Croix; et les grades philosophiques le blanc, couleur de l’écharpe du Grand Inspecteur, 33e degré (J.M. Ragon, Cours philosophique et interprétatif des initiations anciennes et modernes, p.380)

Une autre interprétation serait celle où le blanc représenterait la royauté, le bleu et le rouge les couleurs des armoiries de Paris ; la corporation des marchands de l’eau qui était, alors, la plus puissante imposa son blason comme étant celui de Paris (le 1er Empire le confirmera en reconnaissant ce blason comme armoirie de la capitale, d’où la présence d’une nef et sa devise : fluctuat nec mergitur).

Une autre hypothèse : le drapeau tricolore serait la conséquence d’une révolte de marins bretons.

Pour Michel Pastoureau (que l’on entend au cours de cette vidéo) le tricolore proviendrait de la révolution américaine, à la mode en Europe (dans les années 1780) pour ceux qui adhèrent au mouvement des libertés, tricolore lui-même britannique provenant de 1603, lorsque le roi Jacques VI d’Écosse devient aussi roi d’Angleterre. La bannière d’Écosse bleue et blanche est fusionnée avec la bannière d’Angleterre rouge et blanche donnant l’Union Jack qui eut par la suite une forte influence sur les drapeaux.

Pour Jean-Marie Ragon, la Franc-maçonnerie peut aussi revendiquer l’idée de ces trois couleurs : les grades symboliques ont fourni le bleu du cordon de maître, les grades chapitraux, le rouge du cordon de rose-croix, le blanc de l’écharpe du grand-inspecteur du 33e degré.

Vous avez quelque chose à teindre ?

N’hésitez pas à vous servir des expériences de M. du Fay qu’il a présentées à L’Académie des sciences en… 1737. 

Dans l’article de la semaine prochaine, je reviendrai sur l’usage des couleurs en Franc-maçonnerie.


[1] Une onde rouge a une longueur d’onde de 0,8 micromètres, jaune 0,6 micromètres, verte 0,55 micromètres, violette 0,4 micromètres.

Solange Sudarskis
Solange Sudarskis
Maître de conférences honoraire, chevalier des Palmes académiques. Initiée au Droit Humain en 1977. Auteur de plusieurs livres maçonniques dont le "Dictionnaire vagabond de la pensée maçonnique", prix littéraire de l'Institut Maçonnique de France 2017, catégorie « Essais et Symbolisme ».

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3 Commentaires

  1. Bravo Solange pour ce développement très intéressant sur les couleurs!
    Suggestion : un article ou reportage sur “l’oeuvre au noir” de Pierre Soulages serait le bienvenu!
    Tout comme serait passionnante une série d’articles sur la symbolique des oeuvres des grands peintres mondiaux ( Van Gogh, Monet, Gauguin, Cezanne, etc)
    Merci d’avance!

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