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C comme Colonnes en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le mot « colonnes » désigne en Franc-maçonnerie deux réalités liées. Ce sont d’abord les deux grandes colonnes, J et B, qui encadrent l’entrée du Temple en souvenir de Jakin et Boaz, dressées devant le Temple de Salomon selon la Bible. Ce sont aussi les deux travées de la loge, la colonne du Nord et la colonne du Midi, où siègent les membres sous l’autorité des Surveillants. Symbole de seuil, de stabilité et de dualité, les colonnes figurent parmi les éléments les plus anciens du rituel : leurs noms comptent déjà parmi les secrets du premier degré dans les textes du début du XVIIIe siècle.

Jakin et Boaz dans la Bible

Colonnes
Deux colonnes

Le Premier livre des Rois (7, 15-22) et le Deuxième livre des Chroniques (3, 15-17) décrivent deux colonnes de bronze fondues par Hiram de Tyr et dressées devant le portique du Temple de Salomon. Celle de droite fut appelée Jakin, celle de gauche Boaz. Leurs chapiteaux portaient des treillis, des chaînettes, des rangs de grenades et un ouvrage de lis. Les commentateurs rendent traditionnellement Jakin par « il établira » et Boaz par « en lui la force ».

Les colonnes se trouvaient à l’extérieur du sanctuaire, devant l’entrée. C’est pourquoi, dans les temples maçonniques, elles sont généralement placées près de la porte, à l’Occident, et marquent le passage du monde profane à l’espace de la loge.

Un secret ancien

La connaissance du nom des colonnes compte parmi les plus anciens secrets maçonniques. En 1730, Samuel Prichard fait dire à l’Apprenti qu’en franchissant le porche il a vu deux grandes colonnes, appelées J et B, c’est-à-dire Jakin et Boaz. En France, la divulgation de 1737 évoque déjà un grand J et un grand B tracés sur le sol de la loge.

L’inversion des colonnes

La position des deux colonnes et l’attribution de leurs noms aux grades ne sont pas les mêmes partout. Au XVIIIe siècle, la Grande Loge des « Modernes », en Angleterre, aurait interverti les mots des deux premiers grades, ce que lui reprochèrent les « Anciens ». Il en résulte des différences toujours visibles : au Rite Français, héritier des usages des Modernes, l’ordre n’est pas celui du REAA ni des rites anglais actuels. Cette question a donné lieu à une abondante littérature, notamment les travaux de René Désaguliers.

Grenades, chaînes et globes

Colonnes

Les colonnes maçonniques sont fréquemment surmontées de grenades, dont les grains serrés dans une même écorce figurent l’union des membres de la loge. On y voit aussi des réseaux de chaînes, en écho au texte biblique, et, dans la tradition anglaise, des globes terrestre et céleste, symboles de l’universalité de la Franc-maçonnerie. Ces ornements varient selon les temples et les rites.

Les colonnes de la loge : Nord et Midi

Par extension, on appelle colonnes les deux travées latérales du Temple. Selon l’usage le plus répandu, les Apprentis siègent au Nord, les Compagnons au Midi, et les Maîtres où ils le souhaitent. Chaque colonne est placée sous la surveillance d’un Surveillant, qui transmet au Vénérable les demandes de parole et veille à l’ordre. Prichard explique en 1730 qu’il n’y a pas de lumière au Nord parce que le soleil n’y darde pas ses rayons.

  • Colonne du Nord : Apprentis, sous l’autorité du Second Surveillant dans de nombreux rites.
  • Colonne du Midi : Compagnons, sous l’autorité du Premier Surveillant.
  • Orient : Vénérable Maître, Orateur, Secrétaire et visiteurs de marque.
  • Les Maîtres : libres de se placer sur l’une ou l’autre colonne.

L’expression « sur les colonnes » désigne d’ailleurs l’ensemble des membres présents, par opposition à l’Orient. Le Vénérable s’adresse aux Surveillants pour qu’ils fassent une annonce « sur leurs colonnes », et ce sont eux qui transmettent les demandes de parole. Cette organisation spatiale, héritée du XVIIIe siècle, fait de chaque colonne une petite communauté placée sous la responsabilité d’un officier chargé de l’instruire et de veiller à son assiduité.

Symbolique : seuil, dualité, équilibre

Colonnes
Grenades

Les deux colonnes sont lues comme les figures de toutes les dualités : actif et passif, force et stabilité, jour et nuit, rigueur et miséricorde. Le maçon qui passe entre elles s’inscrit dans un équilibre à construire plutôt que dans le choix d’un camp. Elles annoncent ainsi le pavé mosaïque qui s’étend au centre de la loge.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Samuel Prichard, Masonry Dissected, Londres, 1730.
  • René Désaguliers, Les Deux Grandes Colonnes de la franc-maçonnerie, Dervy.
  • Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Pommes de grenades, Surveillants, Pavé mosaïque, Lis.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

C comme Collier en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le collier est l’insigne porté autour du cou par les officiers d’une loge pour signaler leur fonction. Ruban ou cordon en forme de V, il porte à sa pointe le bijou propre à chaque charge : l’équerre du Vénérable Maître, le niveau du Premier Surveillant, la perpendiculaire du Second, les plumes croisées du Secrétaire ou les clés du Trésorier. Sa couleur et sa forme varient selon les rites et les obédiences. Plus qu’une décoration, il rappelle que la charge est un service temporaire, confié par élection et rendu à la fin du mandat.

Définition et vocabulaire

Collier
Source : Wikimedia Commons – Mutney – CC BY 4.0

Selon les usages, on parle de collier, de sautoir ou de cordon. Le collier, porté autour du cou et retombant en pointe sur la poitrine, est l’insigne des officiers. Le cordon désigne plus largement un ruban porté en sautoir ou en écharpe, qui peut indiquer un degré, notamment dans les hauts grades. Le terme de camail, emprunté au vêtement ecclésiastique et militaire, se rencontre plus rarement. Avec le tablier et les gants, le collier fait partie des « décors » maçonniques.

Le bijou des officiers

Ce qui donne son sens au collier, c’est le bijou suspendu à sa pointe. Chaque fonction a le sien, et sa lecture symbolique éclaire la charge. Les correspondances suivantes sont les plus répandues dans les rites français, avec des variantes selon les obédiences.

  • Vénérable Maître : l’équerre, outil de la rectitude et de l’autorité juste.
  • Premier Surveillant : le niveau, image de l’égalité.
  • Second Surveillant : la perpendiculaire ou fil à plomb, image de la droiture.
  • Orateur : un livre ouvert dans plusieurs rites, la loi qu’il garde.
  • Secrétaire : deux plumes croisées.
  • Trésorier : deux clés croisées.
  • Ancien Vénérable : dans la tradition anglaise, l’équerre accompagnée de la 47e proposition d’Euclide.

Couleurs et rites

Les couleurs dépendent du rite. Au Rite Français, les décors sont traditionnellement bleus ; au Rite Écossais Ancien et Accepté, les loges symboliques en France utilisent souvent le bleu bordé de rouge ou le rouge selon les obédiences ; le Rite Écossais Rectifié a ses propres couleurs. Dans le Rite Émulation, les colliers des officiers de loge sont bleu clair, les officiers de Grande Loge portant des décors plus sombres et brodés d’or. Ces différences ne sont pas des fantaisies : elles signalent l’appartenance à une tradition et permettent au visiteur de reconnaître le rite pratiqué.

Un signe de service

Le collier n’appartient pas à celui qui le porte. Il appartient à la loge, qui le confie à l’officier élu ou nommé pour la durée de son mandat, généralement d’un an renouvelable. Lors de l’installation des officiers, chacun reçoit son collier des mains du Vénérable, et le rend au moment de la passation. Ce geste simple dit l’essentiel : la fonction ne confère pas de privilège personnel. On ne « possède » pas la charge, on la sert, puis on la transmet.

Le collier dans l’espace du Temple

En rendant visibles les charges, les colliers rendent lisible l’organisation de la loge : qui dirige, qui veille sur les colonnes, qui garde la loi, qui tient la mémoire, qui gère les ressources. Ils participent à l’ordonnance du Temple au même titre que la disposition des sièges. Lors d’une visite, ils permettent au visiteur de savoir immédiatement à qui s’adresser.

Lecture symbolique

Porté autour du cou, le collier relie la tête et le cœur, la réflexion et l’engagement. Sa forme en V, qui converge vers le bijou, invite à lire la charge comme un point de concentration : toute l’attention de l’officier se rassemble sur sa mission. Certains auteurs y voient aussi l’image d’un lien, voire d’un joug consenti : celui qui accepte une charge accepte de se lier au service des autres pour un temps.

Collier, tablier et gants

Le collier ne se porte jamais seul. Il complète le tablier, insigne commun à tous les maçons et propre à chaque degré, et les gants blancs, signe de pureté des intentions. Les grands officiers d’une obédience portent des décors plus riches, souvent brodés, qui distinguent les fonctions nationales des charges de loge. Lors des visites, un officier en visite ne porte pas le collier de sa charge dans une autre loge, sauf usage contraire : on n’exerce sa fonction que dans l’atelier qui l’a confiée.

Le saviez-vous ?

Les bijoux d’officiers anciens, en argent ou en vermeil, sont aujourd’hui recherchés par les collectionneurs et les musées. Le Musée de la franc-maçonnerie, rue Cadet à Paris, et la Bibliothèque nationale de France conservent des ensembles de décors du XVIIIe et du XIXe siècle qui témoignent de la richesse de cet art appliqué.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Bijou, Cordon, Sautoir, Tablier, Décors, Officiers, Installation.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

C comme Collège des officiers en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le collège des officiers réunit les francs-maçons qui exercent une charge dans la loge : le Vénérable, les deux Surveillants, l’Orateur, le Secrétaire, le Trésorier, l’Hospitalier, l’Expert, le Maître des cérémonies, le Couvreur et, selon les rites, d’autres offices. Ils forment l’exécutif de l’atelier : ils préparent les tenues, conduisent le rituel, tiennent les comptes et les archives, veillent aux membres. Chaque office a une fonction pratique et une signification symbolique, marquée par un bijou porté en sautoir. Sans ce collège, la loge ne serait qu’une réunion ; avec lui, elle devient un organisme ordonné.

Une institution ancienne

Collège des officiers

Les premiers documents anglais ne connaissent que le maître de loge et ses surveillants. En France, la liste s’enrichit rapidement : entre 1735 et 1737, les registres d’une loge parisienne mentionnent déjà un secrétaire, un trésorier, un maître des cérémonies, un orateur, un préparateur et un « terrible ». Vers 1750, le collège des officiers des loges françaises ressemble à celui d’aujourd’hui. La tradition anglaise, de son côté, développe des offices propres comme les Diacres et les Stewards.

Les principaux offices

  • Vénérable Maître : préside et dirige les travaux ; bijou : l’équerre.
  • Premier Surveillant : instruit les Compagnons et peut suppléer le Vénérable ; bijou : le niveau.
  • Second Surveillant : forme les Apprentis ; bijou : le fil à plomb.
  • Orateur (tradition française) : gardien de la loi et des règlements, il donne ses conclusions avant les votes ; bijou : le livre de la loi.
  • Secrétaire : rédige le tracé des travaux et la correspondance ; bijou : la plume.
  • Trésorier : gère les finances et les cotisations ; bijou : deux clés croisées.
  • Hospitalier : tronc de la veuve, solidarité, nouvelles des malades ; bijou : une bourse ou un cœur.
  • Expert : veille à l’exactitude du rituel et à la préparation du temple.
  • Maître des cérémonies : règle les déplacements et accompagne les candidats.
  • Couvreur : garde la porte et écarte les profanes ; bijou : le glaive.

Variations selon les rites

La composition du collège varie selon les obédiences et les rites. Au Rite Écossais Ancien et Accepté, l’Expert joue un rôle important et le Couvreur est souvent un ancien Vénérable. Au Rite Français moderne, l’Expert tient lors des tenues ordinaires l’office de « Frère Terrible », et l’Architecte préparateur, souvent le Vénérable sortant, veille au temple. Les loges d’origine anglaise, comme au Rite Émulation, comptent des Diacres, chargés de transmettre les messages et d’accompagner les candidats, des Stewards, un Directeur des cérémonies et un Garde intérieur. D’autres charges complètent l’ensemble : Maître de l’harmonie, Maître des banquets, Porte-étendard, Bibliothécaire ou Archiviste.

Élection et installation

Collège des officiers

Selon les obédiences, les officiers sont élus par la loge, nommés par le Vénérable, ou désignés par une combinaison des deux. Ils sont installés chaque année, lors d’une tenue d’installation, dans leurs offices, et reçoivent leur bijou. Le mandat est annuel et généralement renouvelable dans certaines limites. Dans la tradition française, le collège compte une dizaine de membres, et l’ouverture régulière d’une loge suppose qu’au moins sept Maîtres tiennent les offices essentiels, selon l’adage qui veut que sept rendent la loge juste et parfaite.

Un exécutif au service de la loge

Le collège se réunit souvent entre les tenues pour préparer l’ordre du jour, examiner les candidatures, organiser les cérémonies et traiter les affaires courantes. Il n’est pas un gouvernement séparé de la loge : les décisions importantes, comme l’admission d’un candidat ou le budget, reviennent à l’assemblée des membres. Le collège prépare et exécute ; la loge délibère. Cette répartition protège l’égalité fraternelle tout en assurant l’efficacité du travail.

Une école de responsabilité

Collège des officiers

Exercer un office est aussi une étape de formation. On y apprend le rituel de l’intérieur, la gestion d’un groupe, l’art de la parole et du silence. Dans beaucoup de loges, les Maîtres passent d’un office à l’autre au fil des années, jusqu’à la chaire du Vénérable. Chaque office porte un enseignement symbolique : le Couvreur apprend la vigilance, l’Hospitalier la sollicitude, le Secrétaire la fidélité de la mémoire, l’Orateur l’exigence de la loi.

Le saviez-vous ?

La question de la féminisation des titres d’officiers (Vénérable Maîtresse, Surveillante, Oratrice) fait débat dans les loges mixtes : certains y voient une évidence, d’autres invoquent la tradition et une égalité qui se passerait de marquer le genre.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Élection de Portalis comme vénérable de L’Étroite Persévérance des Amis Réunis à Aix, 1768 (date historique), Surveillants, Élection de Portalis comme orateur de la loge L’Amitié d’Aix-en-Provence, 1784 (date historique), Élection de Rudyard Kipling comme secrétaire de la loge Hope and Perseverance, 10 janvier 1887 (date historique), Trésorier, Hospitalier (ou Elémosinaire), Couvreur.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

C comme Clôture en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La clôture des travaux, que les rituels français nomment le plus souvent « fermeture », est la séquence par laquelle une loge met fin rituellement à sa tenue. Elle répond terme à terme à l’ouverture : ce qui a été ouvert selon des formes doit être refermé selon des formes. Vérification de l’ordre, dernières paroles, extinction des lumières, retrait du tableau de loge : par ces gestes, l’atelier quitte le temps sacré pour rendre chacun au monde profane, en lui demandant d’y porter ce qu’il a reçu.

Ouvrir et fermer : la respiration de la tenue

Tenue maçonnique kazakhe à Nur-Sultan
Tenue maçonnique kazakhe à Nur-Sultan

Toute tenue maçonnique s’organise en trois temps : ouverture, travaux, fermeture. L’ouverture constitue la loge, délimite l’espace et le temps rituels, vérifie que l’atelier est couvert et que les présents sont maçons. La clôture fait le chemin inverse. Les anciens rituels et les vocabulaires du XIXe siècle emploient indifféremment « clôture » et « fermeture des travaux », et l’on dit encore d’un atelier qu’il « ferme ses travaux » au grade où il les a ouverts.

Ce que disent les rituels publiés

Le détail varie d’un rite à l’autre, mais plusieurs éléments reviennent dans les rituels français accessibles au public :

  • La parole circule une dernière fois : le Vénérable demande si quelqu’un a une proposition à faire pour le bien de l’Ordre en général ou de l’atelier en particulier.
  • Le tronc de la veuve circule souvent avant la fermeture, rappel concret du devoir de solidarité.
  • Le dialogue avec les Surveillants, qui confirment l’heure symbolique et la satisfaction des ouvriers.
  • L’heure rituelle : au REAA, on ouvre à « midi plein » et l’on ferme à « minuit plein ».
  • La chaîne d’union, pratiquée dans de nombreuses loges avant ou pendant la fermeture.
  • L’extinction des lumières et le retrait ou la fermeture du tableau de loge.

Selon les rites

Au Rite Français comme au Rite Écossais Ancien et Accepté, la fermeture reprend en miroir les questions et les gestes de l’ouverture. Au Rite Émulation, la loge se ferme degré par degré lorsqu’elle a été élevée au deuxième ou au troisième grade, et la fermeture comporte une courte instruction en forme de dialogue. Au Rite Écossais Rectifié, la tonalité est plus nettement spirituelle. Partout, le principe est le même : on ne quitte pas le temple comme on quitte une salle de réunion.

Du sacré au profane

Clôture
Franc maçon en décors devant la porte du Temple

La clôture marque le retour au monde ordinaire. Pendant la tenue, la loge est un espace séparé, où la parole est réglée et où les différences profanes sont mises entre parenthèses. La fermeture lève cette séparation. Elle rappelle que la franc-maçonnerie ne se veut pas une fuite hors du monde, mais une formation pour le monde : les membres sont invités à se retirer en paix et à prolonger au dehors le travail commencé dans le temple.

Une limite qui protège

Le mot clôture évoque aussi une enceinte, comme celle d’un jardin ou d’un monastère. Cette limite est positive : elle rend possible un espace où la parole symbolique peut exister. Sans clôture, l’ouverture resterait inachevée et le temps rituel se diluerait dans l’ordinaire. La fermeture ne détruit pas ce qui a été vécu ; elle le recueille et le met en réserve jusqu’à la tenue suivante.

Un moment de synthèse

Pour beaucoup de maçons, la fermeture est aussi un instant de récapitulation intérieure : ce qui a été entendu, discuté, ressenti trouve là sa forme achevée. Le soin apporté à cette séquence, souvent écourtée par l’impatience des agapes, est un bon indicateur de la qualité rituelle d’un atelier.

Le saviez-vous ?

Dans de nombreux rites, une loge doit être fermée au grade où elle a été ouverte : si elle a travaillé successivement aux trois grades, elle redescend degré par degré avant de se fermer définitivement. Cette exigence montre que la clôture n’est pas une formalité, mais le miroir exact de l’ouverture.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Jean-Marie Ragon, Orthodoxie maçonnique, Dentu, 1853.
  • Gérard Gayot, La Franc-maçonnerie française. Textes et pratiques, XVIIIe-XIXe siècles, Gallimard-Julliard, coll. Archives, 1980.
  • Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948.
  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987.

Voir aussi dans le glossaire : Fermeture, Tronc de la veuve, Tableau de Loge (ou Tapis de Loge), Surveillants.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

C comme Ciseau en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le ciseau est, avec le maillet, l’outil de l’apprenti. Sur le chantier, il permet au tailleur de pierre d’enlever les aspérités de la pierre brute ; en loge, il devient l’image du discernement, cette intelligence qui choisit ce qu’il faut retrancher pour que la forme juste apparaisse. Outil de précision, il ne frappe pas seul : il reçoit et dirige la force du maillet. Leur couple exprime l’un des enseignements fondamentaux du premier grade, l’accord entre la volonté et la réflexion, sans lequel aucun travail sur soi ne peut aboutir.

Un outil de tailleur de pierre

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pierre brute avec maillet et ciseau

Le ciseau des bâtisseurs est une lame d’acier, droite ou dentée, frappée à l’aide d’un maillet ou d’une massette. Il sert à dégrossir, puis à dresser les faces et à ciseler les arêtes. Les maçons spéculatifs ont hérité cet outil du vocabulaire des loges opératives, où l’apprenti apprenait d’abord à dégrossir la pierre brute avant de pouvoir prétendre à des travaux plus fins.

Dans les rituels d’apprenti

Au Rite français comme au Rite Écossais Ancien et Accepté, le maillet et le ciseau sont présentés au nouvel apprenti comme ses outils de travail : il est invité à « travailler à la pierre brute ». Dans le rite anglais Emulation, les outils de l’apprenti sont la règle de vingt-quatre pouces, le maillet commun et le ciseau : la règle mesure le temps, le maillet figure la force de la conscience, le ciseau les avantages de l’éducation, qui polit l’esprit. On les retrouve sur les tableaux de loge du premier grade, posés près de la pierre brute.

Le couple maillet-ciseau

Le ciseau sans maillet reste inerte ; le maillet sans ciseau écrase au lieu de tailler. Les auteurs maçonniques en ont tiré une lecture classique : le maillet est la volonté, l’énergie qui agit ; le ciseau est le discernement, l’intelligence qui oriente. Le travail juste naît de leur accord. On dit parfois que le ciseau est l’élément passif du couple : il reçoit l’impulsion et la transmet avec exactitude. Cette passivité n’est pas faiblesse ; elle désigne une disponibilité, une écoute de la matière.

Faire tomber les aspérités

La pierre brute représente l’homme tel qu’il se présente à l’initiation, avec ses préjugés, ses excès et ses habitudes. Le ciseau sert à faire tomber ces aspérités sans mutiler la pierre. L’image est importante : il ne s’agit pas de nier ce que l’on est, mais de révéler une forme déjà contenue dans la matière, à force de coups mesurés et répétés. Le travail est lent, et un coup trop fort peut fendre le bloc.

Lectures symboliques

Ciseau
  • L’analyse : le ciseau sépare, distingue, clarifie.
  • La mesure : chaque coup doit être proportionné.
  • La patience : la forme naît d’une suite d’ajustements.
  • L’éducation : dans la lecture anglaise, le ciseau polit l’esprit comme il polit la pierre.
  • La connaissance de soi : savoir où frapper suppose d’avoir regardé la pierre.

Du ciseau à la pierre cubique

Le ciseau ouvre un parcours. Au grade de compagnon, d’autres instruments, la règle, le levier, l’équerre, viennent compléter l’outillage, et la pierre brute fait place à la pierre cubique, prête à prendre sa place dans l’édifice. Le ciseau reste toutefois l’outil de base : on le reprend chaque fois qu’une nouvelle aspérité apparaît, ce qui arrive tout au long de la vie maçonnique.

Un outil d’apprenti, pas seulement de débutant

On pourrait croire que le ciseau n’appartient qu’au premier grade. En réalité, la tradition maçonnique insiste sur le fait que le maître reste un apprenti devant sa propre pierre. Les planches consacrées au ciseau, nombreuses dans les loges, reviennent souvent sur cette idée : la lucidité n’est jamais acquise une fois pour toutes, et l’outil de l’analyse doit être repris à chaque étape. Le ciseau enseigne aussi une forme d’humilité, puisqu’il n’agit qu’en recevant la force d’un autre outil, comme le frère qui n’avance qu’avec l’aide de la loge.

Le saviez-vous ?

Ciseau

Les bâtisseurs médiévaux gravaient souvent au ciseau une marque de tâcheron sur les pierres qu’ils avaient taillées, pour être payés à la pièce. Ces signes, encore visibles sur de nombreux édifices, sont l’un des liens concrets entre l’outil et l’identité de l’ouvrier.

Pour approfondir

  • Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948.
  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Maillet, Pierre brute, Apprentissage, Outils, Tableau de Loge (ou Tapis de Loge).

Glossaire de la franc-maçonnerie

C comme Circulation en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La circulation désigne, en franc-maçonnerie, la manière réglée dont les frères et sœurs se déplacent dans le temple pendant une tenue. On parle aussi de circumambulation, mot savant qui désigne le fait de tourner autour d’un centre. Le sens de la marche, le pied de départ, l’équerrage aux angles du pavé mosaïque ou la façon de passer devant l’Orient sont fixés par chaque rite. Loin d’être une simple règle de politesse, la circulation inscrit le corps dans l’ordre symbolique de la loge : elle fait du déplacement un geste rituel, souvent rattaché à la course du soleil.

Une pratique universelle

Circulation
Source : Wikimedia Commons – Sureyya Aydin, Norway – CC BY-SA 3.0

Tourner autour d’un centre sacré est un geste religieux très ancien : processions autour des sanctuaires, tours rituels de nombreuses traditions, déambulations liturgiques. Le terme latin circumambulatio désigne cette marche circulaire. La franc-maçonnerie l’a reprise dans un cadre propre : la loge, avec son pavé mosaïque au centre, ses trois lumières et ses colonnes, devient un espace orienté où chaque déplacement prend un sens.

Un sens fixé par le rite

Il est jugé inadmissible de circuler indifféremment dans un sens ou dans l’autre : chaque rite fixe le sens de la marche. Dans la maçonnerie actuelle, ce sens est le plus souvent solaire, c’est-à-dire qu’il imite la course apparente du soleil, d’est en ouest par le sud, ce qui correspond, sur le plan de la loge, au sens des aiguilles d’une montre. Le sens inverse est pratiqué dans certains rites ou certaines circonstances particulières.

Le vocabulaire est source de confusion. Les auteurs parlent de dextrorsum et de sinistrorsum, mais ces mots sont employés dans des sens contraires selon que l’on considère la direction de la marche ou la position du centre. Certains préfèrent donc parler de circulation dextrocentrique (le centre est à droite du marcheur) ou sinistrocentrique (le centre est à sa gauche). Jules Boucher, dans La Symbolique maçonnique, défend la circulation sinistrocentrique tout en admettant l’autre sens si la loge en donne de bonnes raisons.

Les règles de la marche

  • On se déplace sans traverser le pavé mosaïque, sauf exception prévue par le rituel.
  • On marque souvent les angles du temple par un équerrage.
  • On s’arrête pour saluer à l’ordre lorsqu’on entre ou que l’on prend la parole.
  • Les Surveillants se croisent dans certains rites à l’ouverture des travaux, seule exception au sens général.
  • Le Maître des Cérémonies conduit les déplacements collectifs et les visiteurs.

L’inspiration solaire

La loge est un temple orienté : l’Orient, d’où vient la lumière, le Midi, où elle culmine, l’Occident, où elle décline, le Septentrion, côté de l’ombre. Les rites maçonniques sont largement d’inspiration solaire : les travaux s’ouvrent symboliquement à midi et se ferment à minuit, la lumière vient de l’Orient. La circulation dans le sens du soleil fait participer le corps à cette liturgie de la lumière : le maçon accompagne le cours du jour.

Certains auteurs évoquent des pratiques opératives anciennes d’orientation dite polaire, organisée autour de l’étoile du Nord. Ces hypothèses, discutées, montrent que l’orientation de la loge a elle-même une histoire.

Une pédagogie du corps

La franc-maçonnerie n’enseigne pas seulement par la parole. Marcher, s’arrêter, se tourner, entrer et sortir selon des règles précises forme une discipline du geste. Le nouvel initié apprend d’abord à circuler avant de comprendre pourquoi : le corps mémorise le rite. Les voyages de l’initiation, qui font parcourir la loge au candidat, sont la forme la plus intense de cette pédagogie.

Ordre, harmonie et mesure

La circulation exprime l’ordre de la loge. Le temple n’est pas un lieu où l’on se meut à sa guise : chaque déplacement contribue à l’harmonie de l’ensemble. Cette rigueur n’est pas une contrainte stérile ; elle permet à chacun de s’inscrire dans un mouvement commun, comme une musique silencieuse où les pas et les arrêts composent l’équilibre du rituel.

Le saviez-vous ?

Le mot « sinistre » vient du latin sinister, « gauche », côté jugé défavorable par les augures romains. Cette ancienne valorisation de la droite explique pourquoi la question du sens de circulation, apparemment technique, a suscité tant de débats chez les auteurs maçonniques.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948.
  • René Guénon, Symboles de la Science sacrée, Gallimard, 1962 (recueil posthume).

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Circambulation ou Circumambulation, Pavé mosaïque, Orient, Maître des cérémonies (MDC).

À lire aussi sur 450.fm

Glossaire de la franc-maçonnerie

C comme Circambulation ou Circumambulation en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La circumambulation, que l’on écrit aussi circambulation, désigne la manière réglée de se déplacer en loge : une marche orientée autour du centre du temple, généralement dans le sens de la course apparente du soleil. Ce geste, que l’on retrouve dans de nombreuses traditions religieuses, transforme le déplacement en langage. Il règle la circulation des officiers et des membres, structure les voyages de l’initiation et rappelle que l’on ne traverse pas un espace sacré comme une salle ordinaire. Par le corps, il enseigne l’orientation, la mesure et le respect du centre.

Un mot et un geste très anciens

Circambulation ou Circumambulation

Le latin circumambulare signifie « marcher autour ». La pratique est universelle : processions autour d’un autel ou d’un sanctuaire dans le christianisme, pradakshina autour des temples et des stupas dans l’hindouisme et le bouddhisme, tawaf autour de la Kaaba dans l’islam. Tourner autour d’un centre, c’est reconnaître qu’il est le point qui donne son sens à l’espace. La franc-maçonnerie s’inscrit dans cette longue histoire en faisant de la marche en loge un acte rituel.

Le sens de la marche

Dans la plupart des rites, on circule dans le sens des aiguilles d’une montre, c’est-à-dire dans le sens apparent du soleil, qui se lève à l’Orient, culmine au Midi et se couche à l’Occident. En entrant par l’Occident, on longe d’abord la colonne du Nord vers l’Orient, puis on revient par le Midi. Ce sens dit dextrorsum est celui de nombreuses processions chrétiennes ; d’autres traditions, comme le tawaf musulman, tournent dans le sens inverse. Quelques usages maçonniques anciens ou particuliers ont pu différer, et le sujet nourrit régulièrement les débats entre ritualistes.

Dans les rituels

  • Respect du centre : on évite de traverser l’espace central où se trouve le tableau de loge, que l’on contourne.
  • Rôle du Maître des cérémonies : il guide les déplacements, introduit les visiteurs et conduit le candidat.
  • Voyages de l’initiation : au Rite Français et au REAA, les voyages du candidat sont des circumambulations associées aux éléments.
  • « Carrer » la loge : au Rite Émulation, on se déplace en lignes droites et l’on tourne à angle droit aux coins du pavé.
  • Le pas du grade : chaque degré possède sa manière de marcher vers l’Orient, distincte de la circulation générale.

Le cercle et le centre

Circambulation ou Circumambulation
Source : Wikimedia Commons – Scott Dexter from Brooklyn, US – CC BY-SA 2.0

Marcher autour d’un centre, c’est s’en tenir à distance tout en s’orientant vers lui. Le centre peut figurer la vérité recherchée, le principe, la lumière, ou ce « centre d’union » dont parlent les Constitutions d’Anderson. Le cercle parcouru rassemble au lieu de disperser : on revient toujours au même point, mais avec un regard changé. La répétition apparente devient approfondissement, comme dans une spirale.

Une pédagogie du corps

La franc-maçonnerie sait que le corps participe à l’initiation. Marcher selon un rythme, s’arrêter, se tourner vers l’Orient, saluer : ces gestes inscrivent le symbole dans la mémoire physique. La circumambulation impose une attention constante à l’espace et aux autres ; elle ralentit, elle ordonne, elle met en présence. Pour le candidat aux yeux bandés, elle est aussi une expérience de confiance envers son guide.

Une image du chemin initiatique

Le parcours en cercle évoque la course des astres et le cycle de l’année, que la loge, orientée comme un microcosme, reproduit symboliquement. Il dit aussi que la progression maçonnique n’est pas une ligne droite vers un but atteint une fois pour toutes, mais une suite de retours éclairés sur les mêmes symboles, compris chaque fois plus profondément.

Le saviez-vous ?

Circambulation ou Circumambulation
Source : Wikimedia Commons – auteur inconnu – CC0

Le mot anglais squaring the lodge désigne l’usage, propre à la tradition anglaise, de marquer les angles du temple en tournant à angle droit. Il fait de chaque déplacement une figure de l’équerre, outil de la rectitude, et non plus seulement du cercle.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Mircea Eliade, Le Sacré et le Profane, Gallimard, 1965.
  • Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948.
  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Maître des cérémonies (MDC), Orient, Tableau de Loge (ou Tapis de Loge), Pavé mosaïque, Grade, Équerre.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

C comme Cinq points parfaits de la maîtrise en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Les cinq points parfaits de la maîtrise désignent, au 3e degré, la manière dont le Maître est relevé et reconnu par un autre Maître : un rapprochement codifié de deux corps en cinq points de contact, qui scelle la transmission. Ils sont inséparables de la légende d’Hiram, dont le corps est relevé au terme du récit, et de la recherche de la parole perdue. Mentionnés dès les premiers textes maçonniques connus, en anglais sous le nom de Five Points of Fellowship, ils comptent parmi les gestes les plus anciens et les plus chargés de sens de la Franc-maçonnerie, car ils expriment la fraternité accomplie et la vie qui l’emporte sur la mort.

Un nom venu de la tradition anglaise

Cinq points parfaits de la maîtrise

L’expression française traduit l’anglais Five Points of Fellowship, littéralement « les cinq points de la fraternité » ou « du compagnonnage ». Le mot fellowship désigne l’association, la communauté de ceux qui travaillent ensemble ; la tradition française a préféré insister sur la perfection du geste et sur son lien avec la maîtrise. Le mot « point » doit s’entendre ici comme un point de contact, une correspondance exacte entre deux personnes, et non comme un article de doctrine.

Des textes anciens : Graham et Prichard

Le plus ancien témoignage développé se trouve dans le manuscrit Graham, daté de 1726. Il raconte comment les trois fils de Noé, désirant retrouver un secret que leur père aurait possédé, tentent de relever son corps et le soulèvent en le serrant en plusieurs points, « genou contre genou, poitrine contre poitrine… », espérant qu’une parole en sortira. Le récit associe déjà le relèvement d’un mort, la recherche d’un secret perdu et la substitution d’un mot.

En 1730, la divulgation de Samuel Prichard, Masonry Dissected, transpose ce schéma sur Hiram : l’architecte assassiné est relevé « comme le sont tous les Maçons quand ils reçoivent la parole de Maître », c’est-à-dire par les cinq points de la fraternité. Ce texte, très diffusé et traduit, a contribué à fixer le grade de Maître et son récit central. Les cinq points y sont énumérés sous forme de contacts du corps, ce qui montre leur caractère physique et incarné.

Le relèvement d’Hiram

Dans la cérémonie d’élévation à la maîtrise, telle que la décrivent les rituels publiés, le récipiendaire figure Hiram, l’architecte du Temple frappé par trois mauvais compagnons. Après la recherche du corps, il est relevé par le Vénérable Maître, qui le rappelle à la vie par les cinq points parfaits. Le geste a donc une double fonction : il clôt le drame de la mort symbolique et il opère la transmission de la parole substituée, au moment même où le nouveau Maître est accueilli parmi ses pairs. Les cinq points servent ensuite d’attouchement de reconnaissance entre Maîtres.

Le sens des cinq points

Cinq points parfaits de la maîtrise

Les commentaires maçonniques ont attaché à chacun des contacts une valeur morale : se porter au secours d’un Frère, aller vers lui même au prix d’un détour, se souvenir de lui dans ses méditations, garder ce qui lui a été confié, le soutenir dans l’adversité. Ces lectures, présentes en particulier dans la tradition anglo-saxonne, varient selon les rituels, mais elles convergent : la maîtrise ne s’exerce pas seul, elle se vit dans une solidarité concrète, engageant tout l’être, du corps à la parole.

  • Un geste de vie : le Maître est relevé de la tombe symbolique.
  • Un geste de transmission : il accompagne la communication de la parole substituée.
  • Un geste de reconnaissance : il permet aux Maîtres de se reconnaître entre eux.
  • Un geste de fraternité : il engage l’entraide, la mémoire et la fidélité.

Le nombre cinq

Le cinq est un nombre important du grade de Compagnon, avec l’étoile flamboyante et les cinq sens, et la tradition le relie à l’homme, figuré bras et jambes écartés dans un pentagramme. Retrouver ce nombre au cœur du grade de Maître n’est pas indifférent : le relèvement par cinq points peut se lire comme l’homme tout entier remis debout, réconcilié avec lui-même et avec les autres. L’adjectif « parfaits » ne promet pas une perfection morale achevée, mais une justesse : chaque point est à sa place.

Discrétion et transmission

Cinq points parfaits de la maîtrise

Comme tous les signes, mots et attouchements, les cinq points font partie de ce que les Maçons s’engagent à ne pas divulguer hors de la loge, même si des textes anciens en ont publié la description. Leur valeur ne tient d’ailleurs pas à leur caractère caché, mais à l’expérience vécue lors de la cérémonie : on ne comprend vraiment le geste qu’en l’ayant reçu. C’est l’un des exemples les plus nets de ce que la Franc-maçonnerie appelle un enseignement par le corps, où le sens passe par le rituel avant de passer par le discours.

Pour approfondir

  • Le manuscrit Graham (1726), texte fondamental pour l’histoire du grade de Maître.
  • Samuel Prichard, Masonry Dissected, Londres, 1730, première description publique du grade de Maître.
  • Les rituels publiés du 3e degré du Rite Français et du Rite Écossais Ancien et Accepté, pour le déroulement de l’élévation.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Élection de Carl Fredrik Scheffer comme Grand Maître national de Suède, 1753 (date historique), Hiram, Élévation, Parole perdue, Attouchements, Acacia.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

C comme Cinq en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le cinq est par excellence le nombre du grade de Compagnon. On le retrouve dans l’âge symbolique de ce grade, dans les cinq voyages de son initiation, dans les cinq branches de l’étoile flamboyante et dans les cinq sens que le compagnon apprend à cultiver. Les glossaires le définissent aussi comme le milieu des neuf premiers nombres. Héritier d’une longue tradition pythagoricienne, où il unit le premier pair et le premier impair, il exprime en maçonnerie l’homme debout, en mouvement, qui apprend à connaître le monde et à s’y situer.

Un nombre au centre

Cinq
Pythagore et son Delta

Dans la suite des neuf premiers nombres, le cinq occupe la position médiane : quatre nombres le précèdent, quatre le suivent. Dans le carré magique d’ordre trois, où chaque ligne, colonne et diagonale donne 15, il occupe la case centrale. Cette situation en a fait, pour les arithmologues anciens, le nombre de l’équilibre et de la médiation, celui qui relie les extrêmes.

L’héritage pythagoricien

Pour les pythagoriciens, l’unité n’était pas un nombre mais le principe des nombres. Le premier pair était donc 2 et le premier impair 3 ; leur somme, 5, était appelée le nombre nuptial, puisqu’il unit le féminin et le masculin selon les correspondances de l’époque. Le pentagramme, étoile à cinq branches tracée d’un seul trait, servait selon la tradition de signe de reconnaissance entre membres de l’école. Ses proportions sont gouvernées par le nombre d’or, ce qui a nourri la fascination des symbolistes.

Le nombre de l’homme

Le cinq est associé à la figure humaine : cinq doigts à chaque main, cinq sens, et un corps qui, bras et jambes écartés, s’inscrit dans une étoile à cinq pointes. Le célèbre dessin de l’Homme de Vitruve par Léonard de Vinci, qui inscrit le corps dans un cercle et un carré, est souvent rapproché de cette idée, même s’il ne représente pas lui-même un pentagramme. Pour la maçonnerie, le cinq figure l’homme qui a pris conscience de lui-même et de ses moyens d’action.

Le cinq au grade de Compagnon

Cinq
  • L’âge : dans la tradition française, le Compagnon a « cinq ans », comme l’Apprenti en a trois et le Maître sept.
  • Les cinq voyages : l’initiation au deuxième degré comporte, au Rite français comme au Rite Écossais Ancien et Accepté, cinq voyages accomplis avec des outils différents.
  • Les cinq sens : l’instruction du grade invite à les connaître et à les éduquer, comme instruments de la connaissance.
  • Les cinq ordres d’architecture : toscan, dorique, ionique, corinthien et composite sont évoqués dans l’instruction de plusieurs rites.
  • L’étoile flamboyante : étoile à cinq branches, portant souvent la lettre G en son centre, elle est découverte au deuxième degré.

Les cinq voyages

Les cinq voyages du Compagnon récapitulent et dépassent ceux de l’Apprenti. Le candidat y manie successivement les outils de la taille et de la mesure, puis voyage les mains libres, avant de découvrir l’étoile flamboyante. Les rituels associent à ces étapes les sens, les arts libéraux, les ordres d’architecture ou les grands initiateurs de l’humanité, selon les rites et les époques. L’idée générale est celle d’un apprentissage du monde par l’usage des facultés humaines.

L’étoile flamboyante

L’étoile flamboyante est le symbole central du grade de Compagnon. Ses cinq branches renvoient à l’homme, et la lettre G qu’elle porte a reçu de multiples interprétations : géométrie, gnose, génération, gravitation, ou initiale de God dans la tradition anglophone. Elle figure la lumière intérieure qui guide le compagnon dans ses voyages et marque le passage de la simple réception de la lumière à sa recherche active.

Les cinq points de la maîtrise

Cinq

Le nombre cinq réapparaît au grade de Maître avec les « cinq points parfaits de la maîtrise », déjà évoqués dans la divulgation anglaise Masonry Dissected de Samuel Prichard (1730) sous le nom de five points of fellowship. Ils accompagnent le relèvement du maître dans la légende d’Hiram et expriment l’union fraternelle par le corps. Leur détail relève du rituel, mais leur existence est connue depuis le XVIIIe siècle.

Le saviez-vous ?

Dans l’Antiquité, le pentagramme était aussi un symbole de santé : certains auteurs rapportent que les pythagoriciens l’appelaient hugieia, « santé ». La tradition maçonnique, en faisant de l’étoile à cinq branches l’emblème du Compagnon, en a retenu l’idée d’un homme en harmonie avec lui-même et avec le monde.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Compagnon, Étoile flamboyante, la lettre G, Nombre d’or.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

C comme Ciment fort en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le « ciment fort » est l’un des termes imagés du vocabulaire des travaux de table maçonniques : il désigne la moutarde. Comme le « canon » pour le verre ou la « poudre forte » pour le vin, il transpose les objets du repas dans le langage du chantier et de l’artillerie. Les listes anciennes varient : selon les rituels et les recueils, le « ciment » désigne tantôt la moutarde, tantôt le poivre, que d’autres appellent « sable jaune ». Ce petit mot dit beaucoup de l’esprit des banquets d’ordre, où l’humour et la règle se mêlent.

Le langage du chantier à table

Ciment fort
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Les travaux de table prolongent la tenue par un repas ritualisé, le banquet d’ordre, traditionnellement célébré au moins une fois l’an, souvent à la Saint-Jean d’hiver. Tout y reçoit un nom emprunté au métier : la table devient « plateforme », le pain « pierre brute », les mets « matériaux », la cuillère « truelle ». Dans cette logique, les condiments deviennent les liants et agrégats du chantier : le sel est du « sable », la moutarde du « ciment ».

Ciment, sable et ciment fort

  • Sable ou sable blanc : le sel.
  • Sable jaune : le poivre dans plusieurs listes.
  • Ciment : la moutarde dans certaines listes, le poivre dans d’autres.
  • Ciment fort : la moutarde, le qualificatif soulignant son piquant.
  • Un menu de loge parisienne de 1847 associe la pierre brute au « sable (sel) » et au « ciment (poivre) ».

Ces variations montrent qu’il n’existe pas de lexique unique, fixé une fois pour toutes. Chaque rite, chaque époque et parfois chaque loge ont leurs usages, transmis oralement ou par des recueils imprimés au XIXe siècle. Le « ciment fort » est l’une de ces variantes, moins fréquente dans les listes que le simple « ciment ».

Pourquoi le ciment ?

La moutarde, pâte épaisse et liante, se prête naturellement à la métaphore du mortier qui lie les pierres. Le qualificatif « fort » ajoute une note d’humour : il évoque le piquant de la moutarde, comme la « poudre forte » désigne le vin par opposition à la « poudre faible » de l’eau. Le jeu de mots repose sur une double lecture : technique, pour le maçon, et gustative, pour le convive.

Le symbole du ciment

Ciment fort

Dans la symbolique maçonnique, le ciment est ce qui unit les pierres de l’édifice. Les instructions du premier degré associent la truelle à la fraternité qui lie les frères entre eux, « ciment » de la loge. Le terme de table en garde l’écho : au banquet, où l’on partage le pain et le vin, la moutarde devient, avec humour, le liant du repas fraternel. La plaisanterie n’est jamais très loin du symbole.

Une convivialité réglée

Le vocabulaire de table n’a pas pour but de dissimuler, puisque ces listes sont publiées depuis longtemps. Il crée une complicité et maintient l’attention : celui qui demande le « ciment fort » plutôt que la moutarde reste dans l’esprit des travaux. Le banquet d’ordre conserve ainsi une forme rituelle, avec ses santés, ses batteries et son « feu », tout en offrant un espace plus libre de fraternité.

Le saviez-vous ?

Le vocabulaire de table s’est adapté aux différents contextes maçonniques : dans les chapitres de Rose-Croix, la table devient un autel et les verres des calices ; dans l’ancien rite forestier des « bons cousins », le pain devenait du charbon. Ces variations rappellent que chaque famille maçonnique a façonné sa propre langue de table.

Un héritage des banquets du XVIIIe siècle

Les loges du XVIIIe siècle se réunissaient souvent dans des auberges et des tavernes, et le repas faisait partie intégrante de la tenue. Les Constitutions d’Anderson de 1723 évoquent déjà le temps où les frères, le travail achevé, se réjouissent ensemble avec modération. C’est dans ce cadre que s’est formée une sociabilité de table ritualisée, dont le vocabulaire imagé, fixé au XIXe siècle, conserve la trace. Le « ciment fort » appartient à cette culture de la table, à la fois savante et plaisante, qui fait de chaque geste du repas une occasion de rappeler le chantier commun.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987.
  • Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948.

Voir aussi dans le glossaire : Canon, Poudre Forte, Banquet d’ordre, Truelle, Ciment, Pierre brute.

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