
Le mot « colonnes » désigne en Franc-maçonnerie deux réalités liées. Ce sont d’abord les deux grandes colonnes, J et B, qui encadrent l’entrée du Temple en souvenir de Jakin et Boaz, dressées devant le Temple de Salomon selon la Bible. Ce sont aussi les deux travées de la loge, la colonne du Nord et la colonne du Midi, où siègent les membres sous l’autorité des Surveillants. Symbole de seuil, de stabilité et de dualité, les colonnes figurent parmi les éléments les plus anciens du rituel : leurs noms comptent déjà parmi les secrets du premier degré dans les textes du début du XVIIIe siècle.
Jakin et Boaz dans la Bible

Le Premier livre des Rois (7, 15-22) et le Deuxième livre des Chroniques (3, 15-17) décrivent deux colonnes de bronze fondues par Hiram de Tyr et dressées devant le portique du Temple de Salomon. Celle de droite fut appelée Jakin, celle de gauche Boaz. Leurs chapiteaux portaient des treillis, des chaînettes, des rangs de grenades et un ouvrage de lis. Les commentateurs rendent traditionnellement Jakin par « il établira » et Boaz par « en lui la force ».
Les colonnes se trouvaient à l’extérieur du sanctuaire, devant l’entrée. C’est pourquoi, dans les temples maçonniques, elles sont généralement placées près de la porte, à l’Occident, et marquent le passage du monde profane à l’espace de la loge.
Un secret ancien
La connaissance du nom des colonnes compte parmi les plus anciens secrets maçonniques. En 1730, Samuel Prichard fait dire à l’Apprenti qu’en franchissant le porche il a vu deux grandes colonnes, appelées J et B, c’est-à-dire Jakin et Boaz. En France, la divulgation de 1737 évoque déjà un grand J et un grand B tracés sur le sol de la loge.
L’inversion des colonnes
La position des deux colonnes et l’attribution de leurs noms aux grades ne sont pas les mêmes partout. Au XVIIIe siècle, la Grande Loge des « Modernes », en Angleterre, aurait interverti les mots des deux premiers grades, ce que lui reprochèrent les « Anciens ». Il en résulte des différences toujours visibles : au Rite Français, héritier des usages des Modernes, l’ordre n’est pas celui du REAA ni des rites anglais actuels. Cette question a donné lieu à une abondante littérature, notamment les travaux de René Désaguliers.
Grenades, chaînes et globes

Les colonnes maçonniques sont fréquemment surmontées de grenades, dont les grains serrés dans une même écorce figurent l’union des membres de la loge. On y voit aussi des réseaux de chaînes, en écho au texte biblique, et, dans la tradition anglaise, des globes terrestre et céleste, symboles de l’universalité de la Franc-maçonnerie. Ces ornements varient selon les temples et les rites.
Les colonnes de la loge : Nord et Midi
Par extension, on appelle colonnes les deux travées latérales du Temple. Selon l’usage le plus répandu, les Apprentis siègent au Nord, les Compagnons au Midi, et les Maîtres où ils le souhaitent. Chaque colonne est placée sous la surveillance d’un Surveillant, qui transmet au Vénérable les demandes de parole et veille à l’ordre. Prichard explique en 1730 qu’il n’y a pas de lumière au Nord parce que le soleil n’y darde pas ses rayons.
- Colonne du Nord : Apprentis, sous l’autorité du Second Surveillant dans de nombreux rites.
- Colonne du Midi : Compagnons, sous l’autorité du Premier Surveillant.
- Orient : Vénérable Maître, Orateur, Secrétaire et visiteurs de marque.
- Les Maîtres : libres de se placer sur l’une ou l’autre colonne.
L’expression « sur les colonnes » désigne d’ailleurs l’ensemble des membres présents, par opposition à l’Orient. Le Vénérable s’adresse aux Surveillants pour qu’ils fassent une annonce « sur leurs colonnes », et ce sont eux qui transmettent les demandes de parole. Cette organisation spatiale, héritée du XVIIIe siècle, fait de chaque colonne une petite communauté placée sous la responsabilité d’un officier chargé de l’instruire et de veiller à son assiduité.
Symbolique : seuil, dualité, équilibre

Les deux colonnes sont lues comme les figures de toutes les dualités : actif et passif, force et stabilité, jour et nuit, rigueur et miséricorde. Le maçon qui passe entre elles s’inscrit dans un équilibre à construire plutôt que dans le choix d’un camp. Elles annoncent ainsi le pavé mosaïque qui s’étend au centre de la loge.
Pour approfondir : ouvrages de référence
- Samuel Prichard, Masonry Dissected, Londres, 1730.
- René Désaguliers, Les Deux Grandes Colonnes de la franc-maçonnerie, Dervy.
- Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Pommes de grenades, Surveillants, Pavé mosaïque, Lis.
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