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21/09/22 : Journée Internationale de la paix… Et la FM dans tout ça ?

L’Assemblée générale des Nations Unies, dans sa résolution 55/282, en date du 7 septembre 2001, a décidé que la Journée internationale de la paix serait observée chaque année le 21 septembre. L’Assemblée générale a déclaré que la Journée internationale de la paix serait observée comme une journée mondiale de cessez-le-feu et de non-violence, pendant la durée de laquelle toutes les nations et tous les peuples seraient invités à cesser les hostilités.

2 septembre, Journée Internationale de la paix

Elle a engagé les États Membres, les organismes des Nations Unies, les organisations régionales et non gouvernementales et les particuliers à célébrer comme il convient la Journée internationale de la paix, y compris au moyen d’activités d’éducation et de sensibilisation, et à œuvrer, de concert avec l’Organisation des Nations Unies, à l’établissement d’un cessez-le-feu mondial.

On trouvera ci-après le message du Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, à l’occasion de la Journée Internationale de la paix, le 21 septembre 2022 (publié le 22 juillet dernier) :

Journée Internationale de la paix

La paix est une aspiration noble et essentielle, et constitue le seul chemin vers un monde meilleur et plus juste pour toutes et tous.

Pourtant, en de trop nombreux lieux, dans beaucoup trop de situations, nous ne sommes pas à la hauteur de cette quête de paix.

Cette année, le thème de la Journée internationale de la paix – « Mettre fin au racisme, Bâtir la paix » – nous rappelle que, de très diverses manières, le racisme empoisonne les cœurs et les esprits et fragilise la paix à laquelle nous aspirons toutes et tous.

Le racisme arrache aux personnes leurs droits et leur dignité. Il exacerbe les inégalités et la méfiance. Et il éloigne les gens les uns des autres à un moment où nous devons être unis, comme une seule famille humaine, afin de réparer notre monde fracturé.

Au lieu de lutter les uns contre les autres, nous devrions agir pour défaire nos véritables ennemis : le racisme, la pauvreté, les inégalités, les conflits, la crise climatique et la pandémie de COVID-19.

Nous devrions démanteler les structures qui alimentent le racisme et promouvoir les mouvements de défense des droits humains partout dans le monde.

António Guterres

Et nous devrions étouffer les dangereux discours de haine en réclamant, à l’unisson et sans fléchir, la vérité, l’entente et le respect mutuel.

En cette journée importante – l’occasion d’observer 24 heures de cessez-le-feu et de non-violence – nous demandons une nouvelle fois à toutes et tous de ne pas se contenter de faire taire les armes.

Nous invitons chaque personne à renouveler les liens de solidarité qui nous unissent en tant qu’êtres humains et à retrousser les manches et construire un avenir meilleur et plus pacifique.

António Guterres

Et la FM dans tout ça… Quid de de la paix dans l’Art Royal ?

Au sein du Grand Orient de France, puissance symbolique régulière souveraine. La Constitution et Règlement Général (Éd. 2016/2017) stipule en son article Art. 55 Bis – Questions à l’étude des Loges.

« … Chaque Loge doit répondre au moins à deux des questions renvoyées pour étude par

le Convent :

– question A d’Intérêt Général,

– question B d’Intérêt Maçonnique ou Symbolique,

– question sur la Laïcité,

question sur la Paix et les Droits de l’Homme,

– question des Loges Hors Métropole… »

Au sein de la Grande Loge Nationale Française.

Dès ses origines, la Franc-Maçonnerie a placé la paix comme un idéal universel.

D’ailleurs, la Règle en douze points, dans son point 3, stipule :

« La Franc-Maçonnerie est un Ordre auquel ne peuvent appartenir que des hommes libres et respectables, qui s’engagent à mettre en pratique un idéal de paix, d’amour et de fraternité. »

Le Maçon, dans ses paroles et ses actes, doit rester fidèle au profond désir de paix et de tolérance qui l’habite.

Au sein de la Grande Loge de France et la Commission des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Elle trouve ses origines sous la grande maîtrise de Louis Doignon en l’an 1953, sous l’appellation de « Comité de la Paix ». En 1983, Henri Tort-Nouguès, Grand Maître de 1983 à 1985, en fait la « Commission de la Paix et des Droits de l’Homme ». En 1987, Jean Verdun alors Grand Maître en fait la « Commission des droits de l’Homme » et lui donnera comme fonction d’informer l’obédience des problèmes de la cité.

Sources : http://www.journee-mondiale.com/

Ouvriers d’Hiram Abiff : Le silence

De notre confrère elnacional.com – Par Mario Munera Muñoz PGM

Réfléchir sur le silence est l’un des sujets les plus agréables du chemin initiatique, et vous voyez que c’est un sujet obligatoire, car il n’y a pas de spiritualité sans silence. Atteindre le silence intérieur est la condition préalable à tout ce que nous voulons comprendre. Il est important de parler peu, de se taire, de contrôler son esprit. Il est possible que l’être humain primitif ait eu un état de conscience supérieur, qui lui a permis d’avoir un contact avec le Divin dans son silence intérieur, et cela peut être possible, car il n’était pas contaminé par les dogmes et le fanatisme. 

La connaissance silencieuse est une facette de ceux qui méditent. Il n’est pas facile d’acquérir des connaissances par le silence, mais c’est la plus directe qui puisse être reçue en vibrant aux niveaux de vibrations supérieures. La connaissance silencieuse est l’état de conscience le plus élevé qui puisse être acquis sur ce plan, ce n’est pas du mental ou de l’intellect, c’est dans la profondeur de notre être intérieur, de notre propre origine, notre Soi Supérieur. 

Chaque être humain a la possibilité de vibrer à des niveaux vibratoires plus élevés, la chose difficile est de conditionner le mental et l’intellect pour qu’il nous permette de le faire. Celui qui domine l’esprit, domine la nature. La connaissance silencieuse vous prédispose à sentir et à observer l’Univers, à sentir comment les énergies de l’Univers circulent, ces vibrations impressionnantes qui sont le même GADLU qui soutient l’Univers. Quand tu as la connaissance silencieuse, et que tu veux la transmettre, à ce moment-là, ce n’est pas la personne qui parle, c’est ton être intérieur qui contient la connaissance silencieuse. 

Cette connaissance est incompréhensible pour l’être humain commun, car elle est métaphysique, elle est au-delà du physique, cette connaissance n’est pas de ce plan et de cette dimension. Avec une conscience ouverte, la présence de la Création est vue telle qu’elle est à l’état primitif. La transmission de cette connaissance n’est pas volontaire pour ceux qui la possèdent, il doit y avoir un conditionnement parmi les personnes présentes pour qu’elle circule. 

L’état de connaissance silencieuse est un état où règne une perception exempte de dogmes, de pensées, de fanatisme, d’hypocrisie, de détachement et de détachement, où la raison n’a pas ses fonctions caractéristiques. Cet état nous fait percevoir l’infinité de l’Univers en une seule méditation, et nous sommes comme des spectateurs de l’Univers, dans un état de plénitude spirituelle. L’Univers est impossible à percevoir avec l’esprit et la raison, et notre but n’est pas de le percevoir ainsi, c’est de le regarder dans notre silence intérieur. 

Quand la science me dit que la planète la plus proche de la terre est Mars, et qu’elle est à six mois à une vitesse de 350 000 kilomètres par heure, et qu’il y a des étoiles à des millions d’années à la vitesse de la lumière, mon esprit n’est pas capable de raisonner et en surmontant ces distances, ce que nous parvenons à raisonner, c’est qu’il existe des tunnels de temps dans lesquels vous pouvez vous déplacer en quelques secondes vers de longues distances ou d’autres dimensions. Pour l’instant c’est utopique. Je le répète, la connaissance silencieuse est au-delà de la raison : elle est mystérieuse et impénétrable. 

Cette connaissance est essentielle pour atteindre le « Silence Intérieur » où vit notre Soi Supérieur, et percevoir « l’Energie qui soutient l’Univers« , connectez-vous à lui et vous recevez la sagesse du Créateur. Comment atteindre le silence intérieur ? Ce n’est pas décrété ou tenté, il suffit de commencer à pratiquer la méditation. Il n’a pas de temps ni d’espace, il ne fait que méditer. Dans le monde moderne nous sommes soumis à des lois, des programmes, des manuels pour tout ce que vous voulez faire, la méditation échappe aux instruments physiques, elle est au-delà du physique. 

Les rituels ne sont que des instruments pour vous aider à vous concentrer sur un objectif. Les incantations de mots, de règles, de manuels sont un revers pour la méditation, ce n’est qu’une distraction. Les vibrations des énergies supérieures sont comme un récipient géant, où la méditation crée des conduits connectés à ce Grand Récipient, à travers lesquels vous recevez ce que vous devez recevoir de cette Grande Sagesse et le transmettez au monde profane, avec des mots simples, comme le faisaient les Grands Avatars. Je n’ai pas pu m’expliquer, car l’être humain a recueilli les messages et les instructions des Grands Avatars, les a transformés en religions, les a interprétés à leur manière et les a compliqués de telle manière qu’ils sont devenus des dogmes et du fanatisme, créant des divisions en même temps des êtres humains au nom de Dieu, et dans ces complications un Dieu anthropomorphe a été inventé, avec toutes les basses passions et faiblesses du genre humain, et tout cela au nom de l’amour de Dieu. 

Jusqu’à ce que l’être humain soit aligné sur le vrai chemin des messages de sagesse, et « comprenne » que le Créateur est en nous, dans chaque élément de la nature, même dans le plus petit grain de poussière qui compose la nature de l’Univers, et Arrête de croire en un Dieu, qui ne nous cherche pas à y croire, qu’Il a existé, Il existe et Il existera pour toujours, cette Grande Énergie de l’Univers est de la « Comprendre« , et qu’elle est en nous-mêmes. Cela se répétera, se répétera, se répétera jusqu’à ce que l’être humain ouvre sa conscience et comprenne que d’où il vient, il est en lui-même.

Avec Force et Vigueur

De notre confrère italien expartibus.it

L’été est presque terminé. Septembre est de retour avec toutes ses bonnes intentions. Il en est ainsi pour presque tout le monde, sauf pour les francs-maçons. Nous nous sommes dit au revoir à l’agape de juin. Nous avons rangé les vêtements, fermé le Temple, nous avons physiquement cessé de nous voir. Mais un Frère Franc-maçon ne s’arrête jamais, ne part jamais en vacances.

Septembre est ce mois où nous nous retrouvons au Temple, « comme si nous ne nous étions jamais quittés, comme si nos Travaux n’avaient jamais été suspendus » , mais cette fois, en mettant les pieds dans la Maison Maçonnique, arrêtons-nous un moment et accordons-nous un instant de réflexion.

Revenons mentalement à notre initiation, au moment où nous avons rempli le testament dans le cabinet de réflexion. Pensons à aujourd’hui, à l’ici et maintenant, à notre contribution à la société dans laquelle nous évoluons.

La réponse, comme jamais auparavant, ne sera pas immédiate, nous devrons observer nous-mêmes, le travail effectué jusqu’à présent dans le polissage de la pierre brute. Immédiatement après, nous veillerons à rappeler les principes moraux et éthiques de notre Ordre, nous fixant comme objectif essentiel de respecter les lois de notre pays et d’assumer nos responsabilités, tant dans la vie publique que privée.

À la lumière de ce que le monde vit actuellement, nous, francs-maçons, sommes chargés de valoriser notre individualité, contribuant ainsi directement aux changements de toute une société aux niveaux local, national et mondial.

Lorsqu’un franc-maçon est pleinement convaincu de l’importance de réaliser les principes acquis par les hommes « libres et de bonnes mœurs », ainsi que ceux d’Égalité, de Fraternité et de Liberté, rien ne peut l’arrêter !

Si pour la plupart des gens, le mois de septembre représente un nouveau départ, pour un franc-maçon la reprise du travail a un sens encore plus responsable.

Son rôle, en effet, est médiatisé par le respect de l’autre, par le dialogue, par la liberté d’opinion et par la projection et l’influence dans la société de toutes les valeurs apprises après avoir été initiées.

Jamais auparavant la Franc-maçonnerie n’a montré tout son dynamisme social et son adaptabilité aux divers événements de l’histoire de l’humanité comme aujourd’hui.

La contribution qu’elle se doit d’apporter à la société est l’expérience de la Tolérance entendue comme respect de l’individualité, sans violer les droits de la personne, quelles que soient l’ethnie et la religion professées. Nous, francs-maçons, sommes appelés à générer dans la société une attitude dans laquelle les hommes et les femmes ignorent la haine, oublient les ressentiments, éliminent l’envie et détruisent l’égoïsme insensé.

Nous ne pouvons pas ignorer les derniers événements qui affectent le monde tels que la pandémie et la guerre.

D’une manière ou d’une autre, la société s’attend à recevoir de l’aide de toutes ces organisations philanthropiques capables de prêcher les principes de bienveillance et de positivité qui les caractérisent. Les francs-maçons ont la responsabilité morale de réaliser ce qui est énoncé dans les Temples : la liberté dans un monde d’esclavage, l’égalité dans un monde injuste et la fraternité dans un monde de guerres.

La franc-maçonnerie agit à travers tous les Frères et Sœurs : c’est à nous tous qu’il appartient d’actualiser et de concrétiser nos préceptes dans notre vie profane.

La crise sociale d’aujourd’hui se manifeste par la solitude de l’homme dans son contexte et l’indifférence aux problèmes des autres.

Notre Institution peut contribuer avec ses vérités essentielles de la vie commune, contre la solitude, par le respect de l’autre et la solidarité, à contrer l’indifférence des besoins et des souffrances d’autrui.

Être franc-maçon aujourd’hui, c’est bien plus que porter un tablier, tenir une chemise à la main, participer activement à une Grande Loge, acquérir un grade.

Être franc-maçon aujourd’hui, c’est avoir une attitude humaine et humaniste, développer une forme de respect d’autrui, être responsable de ses actes, avoir de l’amour dans tout ce qu’on fait.

Être franc-maçon aujourd’hui, c’est contribuer à l’édification d’une société meilleure. Jamais auparavant nous n’avons eu le devoir d’être Francs-Maçons en dehors de nos Temples ! Jamais comme maintenant nous n’avons à travailler plus dur et plus vigoureusement.

La pensée magique : Magie, Sorcellerie, Alchimie – Les formes de magie (Partie 3/3)

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Suite de la partie 2/3 d’hier que vous pouvez redécouvrir sur ce lien

Comment les primitifs concevaient-ils leur rapport au monde ?

Selon les théories du philosophe James George FRAZER (1854-1941) – à la fin du siècle dernier – les premiers hommes pensèrent le monde en deux temps. D’abord ils crurent que leur environnement était commandé par des entités personnalisées et invisibles, à l’humeur changeante, qu’il fallait respecter. Puis ils comprirent la nature comme une succession d’évènements “programmés” se déroulant, jour après jour, dans un ordre invariable, sans influence aucune d’agents personnifiés.

 Cette dernière conception – encore existante dans certaines tribus océaniques – a permis aux « primitifs » (ne pas donner à ce mot un sens péjoratif !) de déduire qu’il leur suffisait de s’unir par « sympathie » avec les éléments constitutifs de ces faits pour les reproduire. Elle a ainsi donné lieu à deux types de magies, basées sur les lois fondamentales de la pensée (la similarité et la contiguïté) :

– La magie homéopathique (ou imitative) résultant de l’association d’idées similaires. Exemple : L’homme préhistorique décorait les grottes avec des représentations d’aurochs et de bisons dans l’intention d’attirer ces animaux et les tuer (posséder l’image revenait à posséder la chose)

– La magie contagieuse s’appuyant sur l’association d’idées contiguës. Exemple : Notre lointain ancêtre exposait au ciel une petite quantité d’eau avec l’espoir de faire tomber la pluie, en fait pour que l’eau du ciel rejoigne celle de la terre (posséder une partie de la chose équivalait à obtenir le tout).

Ces deux approches conceptuelles réunies par FRAZER sous le nom de “magie sympathique », certes basée sur un associationnisme erroné, ont toutefois le mérite d’ouvrir la route à la science, dont nous profitons aujourd’hui.

Quelles sont les principales formes de magie actuelles ?

La magie, “tentative concrète de dominer la nature en imitant ou en secondant ses propres lois”, telle que nous venons de l’appréhender, a ainsi traversé le temps pour se scinder en deux branches distinctes, la magie blanche et la magie noire.

Elles sont aussi qualifiées respectivement de magie bénéfique et magie maléfique.

A) LA MAGIE BLANCHE

La magie blanche est qualifiée de bénéfique parce qu’elle est pratiquée pour le bien même d’une personne ou d’un groupe, pour modifier leur destin, l’activer ou en changer le cours, si besoin est.

Elle se subdivise elle-même en deux pratiques :

1. La haute-magie (ou théurgie). Il s’agit pour le mage, qui ne peut être qu’un spécialiste entraîné (généralement un médium) d’entrer en contact avec des « entités supra-physiques » ou des esprits, pour obtenir d’eux à l’aide de rituels et d’offrandes, le bénéfice désiré à son profit ou celui d’un tiers.

2. La basse-magie (ou magie naturelle). Le praticien met ici à exécution les deux principes de base très simples de la magie primitive, à savoir les techniques homéopathiques et contagieuses. Il “travaille” à distance en faveur d’un individu, par exemple avec sa photographie, une sécrétion, un fragment d’ongle ou de vêtement.

B) LA MAGIE NOIRE (ou goétie – du grec goé, cri, image de démons, et de goès, sorcier)

Au contraire de la magie blanche qui veut le bien, la magie noire, elle, cherche à nuire. Pour ce faire, le “mage noir”, quand il est en service commandé, invoque les “forces démoniaques” qu’il dirige contre une personne désignée ou quelque chose.

Les rituels noirs sont voisins des rituels blancs, sauf qu’ils s’adressent aux entités négatives. A ce titrer ils sont souvent malheureusement accompagnés de sacrifices d’animaux, tels des chats noirs, des chèvres noires…et beaucoup de coqs et de poulets (des milliers de gallinacés sont ainsi égorgés chaque jour de par le monde !)

La magie noire est parfois pratiquée à l’encontre d’une ou plusieurs personnes malfaisantes, dont la victime veut stopper les agissements et la punir, en demandant le concours d’un “spécialiste”. Il y a donc un problème de conscience pour l’opérateur, quand il décide d’appeler le mal contre le mal.

La magie noire est aussi utilisée pour exorciser les cas de possession.

Elle est appelée “noire” comme la couleur des décors de ses rituels, en opposition à ceux, d’un blanc pur, de la magie blanche.

Existe-t-il d’autres formes particulières de magie ?

Nous citerons pour mémoire quatre formes de magie qui ne demandent aucun matériel ni décors particuliers, pour la bonne raison que nous les possédons sur nous en permanence. Nous voulons tout simplement parler du regard, de la voix, du toucher et de la pensée, dont les mages connaissent bien et mettent à l’épreuve toute la puissance.

1. Le regard. Vous l’avez constaté : dans le métro ou dans la rue, il vous arrive de vous retourner inconsciemment et de rencontrer des yeux qui vous fixent. Preuve s’il en est de l’attirance du regard ! Il vous est donc loisible, les yeux dans les yeux, et l’habitude aidant, non seulement d’établir un contact mais de formuler des sollicitations conscientes par la “magie du langage visuel”. Qu’il s’agisse, avec un regard expressif et volontaire, d’obtenir un avancement ou de demander un rendez-vous galant !

2. La voix. La radio et la télévision nous le démontre tous les jours : le meilleur des discours passe mal, s’il n’est pas porté par une voix bien timbrée. Que celle-ci soit posée, paisible, sûre d’elle et assortie d’une bonne articulation, tout change ! Notre oreille est plus attentive, nous devenons sur le champ disponible. Vous voulez être écouté mieux qu’entendu ? Parlez à votre interlocuteur d’une voix calme, modulée, souriante, et le charme –- pour ne pas dire la magie !- opère immédiatement !

3. Le toucher. Autre constat quotidien : nous échangeons beaucoup de poignées de main qui ne sont pas agréables. De la main moite à celle qui vous enserre dans un étau. De la “patte” molle à la main baguée qui vous blesse ! A tel point que nous apprécions une main “franche” dans la nôtre, qui nous indique aussitôt les sentiments

de son propriétaire. Veillez en retour à votre gestuelle. Ce contact très parlant, magique lui aussi – qui peut être une simple tape sur l’épaule – est porteur de vos vibrations !

4. La pensée. Nous le savons, nous sommes à la merci de notre pensée ! Négative, pessimiste, elle nous transmet des idées noires. Positive, optimiste, elle nous donne un enthousiasme communicatif …et magique ! Pour entretenir ce sentiment d’allégresse, nous disposons d’un remarquable outil : l’imagination, qui contient précisément le mot magie ! A la fois camera et magnétoscope mental, elle nous permet de tourner et de nous projeter tous les films joyeux et en couleurs de notre invention. Pensez-y !

 Magie du regard, de la voix, du toucher, de la pensée ! En valorisant leurs pouvoirs extraordinaires, il n’est pas question dans notre esprit de vous encourager à la manipulation d’autrui, encore moins à la vôtre. Nous souhaitons surtout, au passage, vous suggérer la possibilité de mieux communiquer avec vous-même et les autres. L’authentique communication a quelque part à voir avec le mystérieux et le merveilleux. Et en cela, ne peut-on aussi parler de magie sociale ?

SOUS LE SIGNE DE SATAN

Quelle est l’origine de la sorcellerie ?

Il n’existe pas de religion qui n’oppose à l’oeuvre de ses divinités bienveillantes, les basses besognes de démons et autres génies mal intentionnés. D’un côté le Bien, de l’autre le Mal : Ainsi l’Homme voit-il le monde depuis l’origine. Ainsi a-t-il créé Dieu, et en même temps, le Diable !

Pour la culture méditerranéenne, les textes anciens veulent que ce Diable soit un ange insoumis qui se révolta contre Yahvé, le Dieu des juifs. Cet insurgé se nommait Satan (qui peut être traduit par ennemi, adversaire). Il forma alors sa cour, composée également d’anges rebelles, et devint le “prince des démons” !

Dieu les chassa de son royaume et les précipita dans la “géhenne”, ce vaste et sinistre territoire des ténèbres. Ils s’y transformèrent en ignobles créatures, couvertes d’écailles, cornues et à queues fourchues. Satan, leur chef, devint ainsi l’incarnation du Mal attisant brasiers et fourneaux, où l’on jetait les pécheurs terrestres pour être brûlés à petit feu, dans les plus horribles souffrances ! L’Enfer était né !

Il faudra plus de mille ans à l’Eglise pour réussir sa mission de christianisation dans la vaste Europe. C’est-à-dire, en luttant souvent par la force contre le paganisme, pour faire admettre la venue de Jésus-Christ, fils de Dieu, sur la terre. Puis installer cette idée du Paradis et de l’Enfer, soit la vie éternelle après la mort promise aux sages et la damnation réservée aux fauteurs. Croire, c’est aussi imaginer !

Le petit peuple de la France moyenâgeuse, désespéré par les guerres et la pauvreté, oppressé par les seigneurs, accepte mal cette Eglise qui, précisément, a pris sans vergogne le parti des puissants. A côté de la magie druidique décimée qui fonctionne clandestinement, surgit soudain en réaction contre le clergé tout puissant, un mouvement subversif : la sorcellerie et ses officiantes. On sait la cruelle chasse dont les sorcières seront l’objet pendant plus de deux siècles ! D’une croyance, une autre !

Qu’est-ce que la sorcellerie ? Elle peut être définie comme une “contre-église” secrète qui va s’ingénier à singer et profaner les rituels de l’institution religieuse officielle. Celle-ci condamne le Diable ? Qu’à celà ne tienne, la sorcellerie le réhabilite en lui vouant une adoration fervente ! Puisqu’il est le “grand tentateur”, pour sûr il va mériter son nom ! Les sorcières en font un véritable symbole sexuel, aux multiples apparences, mi-homme mi-bête lubrique, qui inspire désir et terreur mêlés. Elles invitent les adoratrices et adorateurs recrutés à célébrer son culte lors de cérémonies orgiaques, dans des lieux cachés.

A côté de son anticléricalisme basique, il faut aussi mentionner les crimes dont la sorcellerie rurale est couramment accusée, des meurtres d’êtres humains et d’animaux, à la destruction à distance du bétail et des cultures.

Pourquoi des sorcières et presque pas de sorciers ? Parce que, au fond des campagnes, la femme est une malheureuse, souvent rudoyée, humiliée, qui fait les travaux les plus pénibles, et peine, souvent davantage que les hommes, pour nourrir et élever ses nombreux enfants.

Que veulent exprimer ces paysannes en se jetant dans la sorcellerie et sa malfaisance ? C’est clair : leur profonde révolte ! A la fois contre la religion, mais aussi contre la société… et leurs maris !

Quels sont les principaux rituels de la sorcellerie ?

Ces femmes revanchardes, vieilles édentées ou jeunes et superbes provocatrices, ne sont pas pour autant ignorantes. Habituées à prodiguer des soins, donc à observer, à écouter, elles connaissent le corps et l’âme de leurs concitoyens. Souvent accoucheuses (et avorteuses !), elles sont aussi guérisseuses et même voyantes. Quant aux rares sorciers, ils sont parfois rebouteux, quand ils ne sont pas prêtres défroqués.

Ce petit monde occulte qui prend plaisir de commercer avec le Diable réunit des assemblées de fidèles à l’occasion de cérémonies diverses et, à tout le moins, spéciales. Voyons les principales :

1. Le sabbat. Comme son nom l’indique, cette réunion a lieu dans la nuit du vendredi au samedi. Il s’agit d’abord d’y blasphémer Dieu et bafouer la religion avec toutes sortes de pratiques horribles. Ne dit-on que l’on y dépèce corbeaux et crapauds et “savoure” la chair de pendus ?! Les autres raisons avancées des rituels sabbatiques sont la libération des interdits à caractère sexuel (inceste, adultère) et partant, une réactivation de l’énergie vitale ! Le sabbat n’est pas d’origine méditerranéenne comme on a pu le dire, mais semble-t-il, nord-européenne.

2. La messe noire. La parodie des rites chrétiens est son objet essentiel. Profaner signifie ici dire des messes parsemées de textes obscènes et faire communier les participants avec des hosties noires ! Le prêtre défroqué en tenue noire y est à son affaire, entourées de sa ou ses maîtresses nues qui font office d’autels. Bien entendu, Satan est de la fête, imaginé en bouc pour la circonstance, symbole de la sexualité débridée. Cette « réjouissance » ne saurait avoir lieu sans accouplements frénétiques et sacrifice d’un animal. C’est une chèvre qui fait généralement les frais de l’orgie !

3. La nécromancie. Nous atteignons, en l’occurrence, le sommet de l’abject. Cette forme de sorcellerie postule que les morts fraîchement ensevelis, sont susceptibles de prédire l’avenir. A cette fin, la sorcière et ses acolytes, vêtus de noir et portant des cierges, se rendent la nuit dans les cimetières pour ouvrir les tombeaux, déterrer les morts et tenter de les faire parler, à l’aide de formules magiques ! Les “cérémonies” d’exhumation sont préparées plusieurs semaines à l’avance : avant le grand soir, les officiants se conditionnent en mangeant de la viande de chiens nourris de cadavres !

Bien entendu, qui pourrait prétendre de si nombreux siècles après, que ces faits sont rigoureusement exacts. Ils ont été rapportés, d’abord par la tradition orale, ensuite les livres, et ont d’évidence pu être déformés voire “enjolivés”. Chose certaine, tous les pays d’Europe se sont faits l’écho de rituels semblables ou approchants au fil du temps, pour en constater aujourd’hui la résurgence. La sorcellerie du Moyen-Âge a donc bien existé dans les grandes lignes précitées et a su transmettre ses pratiques.

A preuve le sortilège – arme redoutée, familière des sorcières et sorciers d’hier et d’aujourd’hui – que l’on peut expliquer comme un maléfice adressé à quelqu’un ou à quelque chose. Il est question, dans le même sens, du sort qui est jeté pour nuire. Qui n’a entendu parler de la fameuse poupée de cire, symbolisant une personne ? L’opérateur la transperce d’aiguilles, la plonge dans l’eau, ou la fait brûler suivant le type de mort projeté pour la victime ! En cela, la sorcellerie rejoint la magie imitative, quand celle-ci prétend qu’en possédant le symbole, elle possède la chose.

Symboles alchimiques
Symboles alchimiques, bougie, crane, élixirs

LES FAISEURS D’OR

Qu’est-ce que l’alchimie ?

Il peut paraître surprenant de citer l’alchimie dans cet historique de la magie.

Que vient y faire “l’art” de fabriquer de l’or, ou plutôt “le rêve”, au sens ou l’on entend généralement la technique alchimique, née à la fin de l’empire romain et qui prend son essor au Moyen-Âge ?

Si l’on s’en tenait seulement à son objectif de « transmutation des métaux », l’alchimie n’aurait bien entendu pas sa place ici. Mais contrairement à une idée courante qui la limite à cette ambition chimérique, elle recouvre bien d’autres domaines ! L’alchimie, dont les racines étymologiques sont diverses (de l’arabe al kymia, lui-même de Khemit, “le pays noir” qui désigne l’Égypte antique – ou du grec chuméia, « qui coule »), concerne également – entre autres ! – l’art, la médecine, la philosophie, la religion et la spiritualité.

De l’approche de ces grands thèmes, on peut remarquer que l’alchimie dégage quatre principes pratiques – mélange pittoresque de réel et d’imaginaire – qui entretiennent à leur manière la pensée magique.

1. Une technique. Les alchimistes postulent que les métaux sont bel et bien vivants – du plus vil au plus noble – et qu’ils peuvent précisément être transformés en or, à leurs yeux le premier d’entre eux et modèle de la plus parfaite santé. Partant, ils créent dans l’oeuf philosophique (cornue) à partir du mélange de matières minérales, la Pierre philosophale. Cet amalgame permet ensuite, par fusion dans l’athanor (four) avec des “métaux imparfaits” comme le mercure, le plomb ou de l’étain…de fabriquer de l’or!

2. Un remède. Forts de leur théorie, “les faiseurs d’or” pensent que la Pierre philosophale dissoute dans l’eau mercurielle devient de l’or potable. Absorbé, celui-ci guérit toutes les maladies, active le coeur, facilite la circulation et la respiration, comme il rajeunit les vieillards ! C’est l’élixir de longue vie, et en soi, la Panacée qui rend à tous la santé. Quand on sait que la Pierre, tenue dans la main, confère l’invisibilité, permet la divination et le contact avec les forces célestes, on peut aussi parler d’objet magique !

3. Une doctrine. Les alchimistes se veulent philosophes en ce que par leurs travaux même, ils expliquent l’Univers, l’homme et sa destinée comme les raisons de toutes choses. Ils affirment travailler sous le patronage d’une divinité égyptienne, Hermès Trismégiste (trois fois grand), inventeur, pour eux, des sciences, de l’alphabet et des arts (d’où le nom de philosophie hermétique). Ce dieu est tellement présent dans leur monde, que beaucoup d’entre eux assimilent Hermès à un être humain.

4. Une symbolique. Selon plusieurs écoles de pensée, notamment certaines obédiences maçonniques, il conviendrait de percevoir dans l’alchimie, non pas une transmutation des vils métaux en hypothétique “or matériel” mais en véritable “or symbolique”. Ces métaux représentent en effet les passions et les faiblesses de l’Homme, qu’il doit éliminer pour devenir lui-même Pierre philosophale, pure et parfaite. Cette transmutation représente donc, ni plus ni moins que son propre chemin initiatique.

Ainsi, à première vue, l’alchimie peut apparaître aujourd’hui comme une entreprise délirante et pour le moins utopique, prêtant évidemment à sourire. Il convient pourtant, au-delà des clichés habituels – de professeurs Nimbus à chapeaux pointus devant leurs cornues – d’accorder un autre regard à cette “discipline”. On peut croire ou non à la dimension spirituelle qu’elle suggère, mais on ne peut nier qu’un beau jour, de cornues en alambics, d’éprouvettes en molécules, l’alchimie est devenue…la chimie !

En quoi la magie et l’alchimie sont-elles comparables ?

Au moment même où l’église médiévale réprime les pratiques de magie, l’alchimie de son côté doit aussi conduire ses recherches en secret. D’une part, parce qu’elle estime que les profanes pourraient la discréditer en la manipulant indûment. D’autre part, nombre de ses pratiquants sont conduits au bûcher par les inquisiteurs qui redoutent son pouvoir grandissant.

Comme la magie qui comprend toujours deux “opérations” conjointes – matérielle (rituels magiques) et intellectuelle (association d’idées) – l’alchimie joue sur deux claviers : la partie technique (expérimentation) et la partie réflexive (philosophie).

Notons-le, l’une et l’autre s’appuient sur le surnaturel !

Il est frappant de constater qu’avec la philosophie hermétique, nous revenons aux croyances de l’antique magie animiste. « La nature est un vaste organisme », dit Paracelse, alchimiste et médecin suisse (1493-1541) : Suivant cette théorie vitaliste tout sur terre et dans l’Univers est donc animé et vivant. Et tout possède une âme ! Pour les alchimistes, qui croient en Dieu, le soleil comme la lune sont des divinités et tout est peuplé d’esprits, sur la terre comme au ciel, où ils ont d’ailleurs leur royaume (l’Empyrée). Pour l’alchimie, considérer l’Homme, c’est considérer l’Univers, puisque l’Homme est un Univers en miniature. L’âme humaine est un fragment de l’âme divine. N’est-ce pas là le principe même de la magie contagieuse. Un est le Tout ! dit l’Alchimie. Une simple partie de la chose correspond au Tout, répond la magie !

Un dernier rapprochement – anecdotique – peut être fait entre la magie noire et l’alchimie, même s’il n’est pas à la gloire de l’une et l’autre. Il est rapporté par Serge HUTIN dans son ouvrage L’ALCHIMIE (Collection QUE SAIS-JE ? < Editions P.U.F.) :

« L’hermétisme perverti s’est allié avec la basse sorcellerie. L’exemple le plus significatif de l’alchimiste “noir” serait le maréchal Gilles de RAYS, qui aurait – s’il faut en croire les témoignages (mais furent-ils exacts ?) de son procès – sacrifié plusieurs centaines d’enfants à ses pratiques magiques. Les “alchimistes” de cette sorte ont développé toute une série de pratiques que nous nous contenterons de mentionner : “la messe noire”, les débordements érotiques destinés à capter le “fluide magique” qui se dégage des accouplements, le meurtre rituel qui permet de recueillir le sang humain nécessaire à l’accomplissement du Grand Œuvre…Mélange confus de magie, d’illuminisme grossier, ces aberrations n’ont rien de commun avec l’alchimie vraie »

Oublions cet accident de parcours pour retenir de cet art si particulier ce qui en fait l’originalité : sa faculté de réunir l’esprit et la matière. En somme, une forme de magie !

4. TECHNIQUE, SCIENCE, ARTLA ROUTE DU FEU

Comment la magie a-t-elle donné naissance à la technique ?

Il est classique de dire que les grandes découvertes se font par hasard.

Ne saura-t-on jamais comment la première étincelle, mère du feu, a jailli des mains de l’homme, voilà cinq cent mille ans ? Était-ce, tel qu’on le pense, par le frottement accidentel de deux silex ? Puis par celui d’un bâton dans un trou rempli de feuilles séchées ? Ou simplement par la réverbération du soleil sur des pierres et brindilles ?

Quoi qu’il en soit, on peut imaginer la stupéfaction, l’émerveillement, la peur aussi de nos ancêtres, accroupies, serrés devant la lumière dansante des flammes et la chaleur du brasier, par mystère survenu !

Sans doute aucun, ils ont interprété le feu comme un acte magique ordonné par une force suprême. Ont alors surgi les questions. Comment conserver ce don du ciel ? Comment le reproduire s’il disparaît ? Saurons-nous refaire “les gestes sacrés” nécessaires ? Se sont demandé les antiques “pyromanes”, fascinés par leur trouvaille qui bouleversera l’humanité.

Et, d’instinct en apprentissage, en Europe, mais aussi en Afrique et en Asie, nous indiquent les préhistoriens, s’est imposée la “façon de faire”, en un mot la méthode.

Ainsi sont vraisemblablement nées de la pensée magique primitive, la technique, et dans la foulée, la technicité. Car qui dit magie, dit, dans un prodigieux enchainement, enthousiasme, passion, créativité, savoir-faire, progrès, sans lesquels nous ne connaîtrions ni la science ni les arts d’aujourd’hui !

Comment la pensée magique a-t-elle influencé la civilisation ?

L’homme est un imitateur impénitent !

C’est bien d’une observation minutieuse de la nature qu’est née la magie – aussi bien homéopathique (dite précisément “imitative”) que contagieuse. N’a-t-elle d’abord “copié” ses réactions, pour tenter ensuite de les dominer, voire les dépasser grâce à l’action attendue de ses rituels ?

La pensée magique – en soi un désir “fou” et puissant de transformer le monde et d’en devenir le grand ordonnateur – franchit un pas décisif quand après l’âge de pierre elle parvient à celui des métaux. Cette rencontre entre l’illusion, le feu et le fer permet à l’Homme de forger de nouveaux et multiples outils. Et d’avoir une nouvelle conception de son environnement.

Je retourne la terre, je l’ensemence, je l’arrose avec l’eau de la rivière, je récolte des grains et je cultive des plantes. Je n’attends plus que la nature me nourrisse, je peux me nourrir moi-même. Je peux imiter et remplacer le processus naturel, donc je détiens bien le pouvoir ! »

Avec la maîtrise du feu, qui permet cuisson, éclairage et chauffage, puis la domestication des animaux, l’homme quitte sa grotte pour bâtir cabanes et maisons. Avec l’invention de la roue qui entraîne celle de la charrette, révolutionne le transport et induit la création des routes, il élargit son périmètre d’action. Et partant, une nouvelle vie s’offre à lui.

La mobilité sur terre puis sur l’eau, grâce au bateau – en attendant la conquête du ciel – entraine la migration des groupes, favorise l’implantation des villages et des villes. De pays en pays, se fondent les familles qui deviennent autant de “foyers”, sur la route du feu. La technique en marche, sans cesse améliorée par l’intelligence, engendre des successions de métiers, et apparaissent enfin les machines, annonciatrices de l’ère industrielle. Des machines qui se sont aujourd’hui quelque peu “emballées” sous la forme de robots, concurrents directs de l’homme et trop souvent créateurs de chômage !

Souhaitons qu’il garde la maîtrise de ces « doublures » et que sa “pensée magique moderne” ne les personnalise ni le déifie outre mesure !

Livre tenu dans des mains
livre, lumiere, symbole,

LA MAGIE DU SAVOIR

Comment s’est imposée la science à l’homme ?

“Les plus vieux outils de pierre taillée du monde ont plus de trois millions d’années et sont africains ; les plus vieux outils de pierre taillée symétrique, plus d’un million et demi d’années ; les premiers feux maîtrisés, aux alentours du demi-million d’années, les premières sépultures aux alentours de cent mille ans, le premiers signes gravés ou peints sur des objets ou des parois, aux alentours de quarante mille ans…”

On voit bien dans cette progression datée, rapportée par le paléontologue Yves COPPENS que, dès qu’il s’est redressé sur le pas de sa caverne, notre ancêtre s’est aussi mis en marche pour être “acteur du monde”.

Si la magie est son moteur instinctif, elle n’est d’évidence pas suffisante en l’état. L’être humain a besoin, non seulement de théories (que fournissent la magie comme les religions) et de pratiques (apportées par la technique) mais il lui apparaît nécessaire que toutes deux soient réunies dans un même concept. L’alchimie – bien qu’imparfaite – qu’il crée en chemin est déjà bien une preuve de cette exigence.

De fait, son cerveau conçu pour préjuger, “sentir” mais aussi pour raisonner, réclame, à côté de la pensée magique, une pensée logique. Cette demande, totalement en prise sur le réel, c’est la science qui va la satisfaire.

“On peut voir dans la science un nouvel effort pour rapprocher et unifier le deux exigences, théorique et pratique de l’esprit humain. En ce sens, la science serait une magie réussie (la magie étant une science rêvée, imaginaire)” nous disent HUISMAN et VERGEZ dans leur livre PHILOSOPHIE (tome 1- L’ACTION – Editions MARABOUT).

Qu’a apporté la magie à la science ?

L’envie “de savoir” et “d’un savoir est en germe dans la magie.

L’idée de lois existantes dans la nature existe bien chez le « primitif » quand il est persuadé que les phénomènes visibles autour de lui se succèdent dans un ordre invariable. Tout comme il est convaincu que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Il est également sûr, suivant le système “sympathie-antipathie” – d’après lui retrouvé en toutes choses – qu’il existe un déterminisme de l’univers. Il affirme ainsi sa prescience…de la science.

Par ailleurs, les protocoles et les rituels magiques ont indirectement servi de modèle à la science – à travers l’alchimie – tant sur le plan de la méthodologie de recherche, que de la répétition des expériences. Et par là, ils leur ont appris la ténacité et la patience nécessaires pour obtenir des résultats !

Grâce à la magie enfin, « l’esprit scientifique » d’abord balbutiant a compris, par différence, l’importance de s’expliquer et d’expliquer rationnellement les choses. C’est bien cette volonté de clarté et cette rigueur qui ont donné le jour à l’astronomie et à la géométrie dans l’antique Chaldée.

Aujourd’hui, en s’appuyant, entre autres, sur les mathématiques, la science – qu’elle se nomme physique, chimie, biologie, pharmacie, ou plus récemment astrophysique – a adopté comme règle stricte de ne valider que des réalisations vérifiables et reproductibles à la demande.

LA MAGIE CRÉATRICE

Peut-on considérer que la magie est à l’origine de l’art ?

“L’art est une disposition susceptible de faire faire à l’homme une création, accompagnée de raison vraie” dit le philosophe ARISTOTE.

En ce sens, tel qu’il était pratiqué par les « primitifs », l’art (du latin ars, exercice d’un métier, d’une technique, synonyme du grec teckné) n’a d’abord pas distingué l’artisan de l’artiste. Les premières haches de pierre taillée étaient à la fois des outils et des armes de la vie quotidienne. Les menhirs et les dolmens éparpillés en Bretagne, à la période néolithique, eurent certainement pour leur part une fonction initiale d’objets cultuels (dont l’érection, par exemple, de la pierre de la Fée” à Locmariaquer, de 20 mètres de haut – a exigé un incontestable savoir-faire). Avant qu’un souci que l’on peut penser esthétique, ne vienne accompagner la dévotion aux dieux solaire et lunaire, en incitant les celtes à disposer ces monuments en files (alignements de Carnac, sur la baie de Quiberon) ou en doubles cercles (cromlechs d’Er Lanic, également dans le Morbihan et de Stonehenge en Angleterre).

Un nouveau site français décoré, la grotte Chauvet (du nom de son “inventeur”) découverte tel un cadeau de noël, le 24 décembre 1994 à Vallon Pont-d’Arc, en Ardèche, vient renforcer la thèse de la “fonction magique” des peintures rupestres. En l’occurrence, une fresque en couleurs de quelques trois cents hyènes, hiboux panthères, rhinocéros – jamais vus jusqu’alors dans l’art préhistorique – entourés d’empreintes de mains et de mystérieux cercles assortis de points rouges, laisse supposer que le lieu était sacralisé, selon le préhistorien Jean Clottes.

On sait aujourd’hui, grâce à la transmission orale, que la plupart des ornements rupestres préhistoriques retrouvés dans de nombreux sites du monde entier, avaient une signification magico-religieuse. En Australie notamment, où vivent encore des « primitifs » au cœur des régions désertiques, une peinture de serpent sur la paroi rocheuse d’une grotte est censée – pense-t-on, interpeller le dieu de la pluie.

Les représentations ardéchoises du lieu-dit “la Combe d’Arc” – qui plus est de l’avis des experts – remarquables par le grand talent des artistes en cause, relèvent sans nul doute également d’un système de croyances. Tout comme celles d’Altamira (Espagne) de Lascaux ou de Marseille.

Ainsi que l’a précisé notre ministère de la Culture dans un récent communiqué, cette nouvelle découverte et sa datation établie aux alentours de plus de trente mille ans avant notre ère “bouleversent les notions admises jusqu’à présent sur l’apparition de l’art et son développement : elles sont la preuve qu’Homo Sapiens a acquis très tôt la maîtrise du dessin »

Statut de Platon en marbre blanc
Statut de Platon assis en marbre blanc devant un chapiteau de Temple

A travers l’art, la magie apparait-elle comme une philosophie ?

Nous pouvons remarquer que la magie se donne pour cadre, en quelque sorte, “d’opérer” sur le Vrai, le Bien, le Beau.

– Le Vrai. Sous forme de croyance – antique forme de la réflexion humaine – le mage pense de bonne foi être en mesure d’expliquer et transformer le fonctionnement du monde, à l’aide de pratiques magiques.

Dans son ouvrage “La volonté de puissance”, NIETZSCHE affirme que < » La vérité est un genre d’erreur sans laquelle une espèce déterminée d’êtres vivants ne saurait vivre”. Et il précise, à propos de la croyance, que celle-ci “est le fait primitif, même dans toute impression des sens. La toute première activité intellectuelle est une sorte d’affirmation. Dès l’origine, « on tient pour vrai ».

Ainsi, il est important de retenir le caractère sincère, honnête, de la “vraie magie” à distinguer du charlatanisme, tout-à-fait conscient, lui, de ses agissements parodiques et trompeurs, échangés contre des avantages financiers.

– Le Bien. Le mage, appelant les “énergies cosmiques”, veut les utiliser à des fins bénéfiques au profit d’êtres ou de choses, dans le sens d’une amélioration amenant un changement positif (la guérison, la réussite, le bonheur, la clémence des éléments atmosphériques, etc).

Le Bien n’est-il, comme l’affirme PLATON, « L’objectif suprême vers lequel se dirige le Sage et à l’égard duquel les autres objectifs sont subordonnés”? Ou encore, selon KANT, “ Le but final théorique imposé par la loi morale, que tout homme possède au fond de son cœur »

Pour le célèbre occultiste Gérard d’ENCAUSSE, dit Papus (1865-1916), cette vision du Bien s’exprime en magie par l’Amour. Il le dit fort poétiquement dans son “Traité méthodique de magie pratique” (Editions DANGLES) : << L’Amour, depuis l’affinité mystérieuse qui pousse l’atome vers l’atome, depuis l’impulsion insensée qui porte l’homme vers la femme aimée à travers tous les obstacles, jusqu’à l’entrainement mystérieux qui jette l’intelligence, affolée d’inconnu, aux pieds de la Beauté et de la Vérité, l’Amour est le grand mobile de tout être crée en mode d’immortalité…Voilà pourquoi la Magie, considéré synthétiquement, est la science de l’Amour. >>

A l’évidence, nous sommes ici aux antipodes de la magie noire, forme dévoyée de la magie, quand sous la forme des pratiques de sorcellerie, elle s’assigne le Mal et toutes les formes de nuisance à autrui comme raison d’être 

-Le Beau. Les peintures préhistoriques nous le confirment : la magie aime plaire à l’oeil! Pour cela, elle a le souci de la présentation de ses “œuvres incantatoires”, tant aux plans de l’occupation de l’espace, de la forme, de la couleur. Dans le cas des récentes découvertes de Combe d’Arc précitées, on y remarque l’art des peintres primitifs qui excellent dans l’expression de la perspective, du relief et du mouvement des animaux représentés.

Il est visible même que le primitif cherche dans ses réalisations, à enjoliver ses sujets, montrant par là son désir de transformer le réel à sa façon – c’est-à-dire magiquement – et d’exercer sur lui une forme de pouvoir.

Ce mécanisme de la pensée ne serait-il pas à l’origine des mythes et de leurs représentations graphiques, qui vont s’installer au fil des millénaires dans l’inconscient collectif et que le psychiatre-psychanalyste Carl Gustav JUNG (1875 -1961) appelle les archétypes (grands thèmes véhiculant l’histoire de l’humanité, transmis notamment par les contes, les cosmogonies et le rêves)

On ne manque pas de voir dans cette trilogie du Vrai, du Bien, du Beau, l’importance de l’imaginaire en magie. Ce qui peut apparaître comme la “folie primitive” à l’homme moderne n’est-elle pas, en réalité, la disposition prodigieuse du cerveau humain à s’échapper de ses limites physiques, pour embellir et élargir son vécu, pour imaginer sans cesse de nouveaux horizons.

N’est-ce pas là le véritable pouvoir de l’homme, que de sortir de lui-même et de s’inventer – si l’on peut dire…comme par magie – des espaces de liberté ?

 Nous venons de constater, tout au long de cette histoire de la magie, à quel point la conjugaison du verbe « croire » a été et continue d’être créative pour l’Homme.

Depuis son origine, fasciné par la mystérieuse immensité du ciel, il n’a cessé de lever les yeux et de l’interpeller. D’abord, par l’invocation des divinités, les bras tendus et les mains offertes, puis en envoyant dans l’azur des machines volantes sans cesse perfectionnées. Toujours plus haut, toujours plus loin, comme pour aller à la rencontre du Créateur, qui ne peut exister ailleurs qu’au-dessus de sa tête !

Il est fort probable que sans cette disposition constante à l’utopie (du nom de la lointaine étoile UTOPIA), c’est-à-dire à l’effort, à la curiosité, mais aussi au rêve, les astronautes américains n’auraient précisément jamais été sur la lune, première étape de la conquête de l’univers !

Ainsi, sommes-nous constitués. D’un cerveau gauche, siège de notre logique, de notre esprit d’analyse et technicité. Et d’un cerveau droit, écrin de nos émotions, de notre inventivité, de nos espoirs. Deux instances, deux exigences.

C’est heureux, il ne devrait donc jamais y avoir de science sans poésie. Et sans magie !

 Gilbert GARIBAL (Extraits du livre LE GUIDE DES SCIENCES PARALLÈLES – Editions NUMERILIVRE)

Glaive ou épée ?

Sur cette tapisserie du XIVe siècle de Hennequin de Bruges (en illustration de l’article), Jésus-Christ apparaît à Saint Jean dans une vision si extraordinaire, que l’apôtre se serait évanoui (tombé comme mort) à ses pieds (ici il semble prosterné à ses pieds). Jésus tient dans sa bouche une « épée » acérée, symbole de la puissance de la parole divine (comme il est dit dans Apocalypse; 1-16,17 : “Il avait dans sa main droite sept étoiles. De sa bouche sortait une épée aiguë, à deux tranchants”). Il est de face, puissant, assis sur un trône qui le montre dans sa gloire éternelle, avec en arrière-plan les sept candélabres comme cela est mentionné dans le texte de l’Apocalypse. Ce Christ au « glaive » à double tranchant symbolise l’outil intellectuel ou de l’esprit favorisant le passage de l’état «fermé à l’état ouvert».

Épée ou glaive ? On trouve tantôt le mot épée, tantôt le mot glaive comme pour Mathieu; 10,34 (supposé avoir été écrit en hébreu avant le grec) « Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre : je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. » Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix mais l’épée. Cela signifierait que ces deux mots sont synonymes. Cependant si on retient comme définition que “épée” est arme offensive et défensive composée d’une longue lame affilée et d’une poignée et que les guerriers portaient au côté dans un fourreau tandis que “glaive” est Épée tranchante et courte que les Romains utilisaient, il s’agit bien ici d’une épée !

On trouve également cette idée avec Mañjuśrī, un célèbre bodhisattva, considéré aussi comme une divinité tutélaire du bouddhisme . Il est représenté,en général, avec une épée (khadga) de feu symbolisant l’intelligence dans la main droite, et dans la gauche un livre/rouleau représentant la sagesse transcendante. D’un coup d’épée, Manjusri aurait ouvert le passage à la rivière Baghmati, asséchant la vallée et permettant l’accès au sanctuaire de Katmandou.

La dénomination de glaive plutôt qu’épée trouve son explication au grade de Chevalier dans cette conférence : Sources et histoire du grade de Chevalier Kadosh (Part 1) :

Le glaive est devenu au fil des siècles un objet honorifique comme récompense d’une distinction ; il était offert aux gladiateurs célèbres lorsqu’ils étaient affranchis.

On voit qu’à partir de 1840, statistiquement, dans les 84 rituels étudiés du degré de Kadosh , le vocabulaire utilisé dans les rituels de ce degré donne la préférence au mot glaive plutôt qu’au mot épée.

 

L’épée symbolique ne pourfend pas dans le sens d’une irréparable division.

Faite d’un fer céleste, elle tranche les imperfections, neutralise les associations mentales inharmonieuses, et permet de rester cohérent dans le combat. Ainsi, la prendre en main revient-il à empoigner un rayon de lumière, harmoniser les faisceaux de lumière dispersés, faire croître les potentialités. L’utilisation de l’épée introduirait donc dans la conscience un axe de lumière, une rectitude indispensable pour vivre l’initiation. «L’épée qui blesse», dit Fulcanelli, «la spatule chargée d’appliquer le baume guérisseur, ne sont en vérité qu’un seul et même agent doué du double pouvoir de tuer et de ressusciter, de mortifier et de régénérer, de détruire et d’organiser.» Spatule, en grec, se dit spatoula, σπάτουλα; or, ce mot se rapproche des mots glaive ou épée (σπαθί), tirant leur origine de spao (σπάω), arracher, extirper, rompre.

Les premières épées étaient courtes et épaisses avec une lame en forme de glaïeul, d’où le nom de glaive. Le glaive serait l’attribut du soldat (arme guerrière destructrice) mais aussi celui du législatif, de la Justice (symbole de la puissance positive), l’épée serait réservée au chevalier avec le rite principal de l’adoubement. À partir du règne de Louis XV, tous les frères portèrent l’épée du côté gauche dans un fourreau. Elle symbolisait alors, en loge, l’égalité sociale des maçons de l’époque qu’ils soient nobles ou roturiers. Mais dès qu’ils retournaient dans le monde profane cette égalité, évidemment, cessait.

Aujourd’hui, elle est portée collectivement dans les loges au Rite écossais Rectifié. Hors de son fourreau, pointe basse en position de repos ou autrement sur ordre du Vénérable Maître, elle est tenue en main par tous les maçons travaillant à ce rite. C’est de la main gauche également que le Vénérable Maître, lorsqu’il siège à l’Orient, tient son épée pointe en haut.

Aux autres rites, il ne reste du passé que deux choses : une rosette à l’extrémité du baudrier de maître, souvenir de l’entrée du fourreau et une épée à la disposition des maçons des colonnes près de leur siège. Dans les rituels après 1843, on la nomme le plus souvent glaive.

Le glaive, tenu par les membres, est tout à la fois :

une arme dont les cliquetis, lorsqu’on les entrechoque, symbolisent le combat des hommes pour vaincre et triompher de ses passions,

une transmission de l’énergie bénéfique de tous les membres de la Loge à l’impétrant au moment où le bandeau lui est retiré lors de son initiation,

un avertissement du châtiment qui menacerait le parjure,

un honneur rendu aux dignitaires visiteurs en formant, pour leur passage, la voûte d’acier.

L’épée du couvreur est un instrument qui interdit l’accès au temple aux non initiés ; de ce rôle de gardien d’un lieu sacré, elle tire sa fonction de protection du temple intérieurement et extérieurement.

L’épée de l’expert est le symbole du respect des valeurs : elle est le gardien du rituel et l’acteur de sa mise en œuvre. Elle est l’arme morale et spirituelle du maçon lui rappelant ses devoirs et ses obligations.

L’épée flamboyante, maniée par le Vénérable, placée à l’Orient sur son plateau, domine les autres épées. Elle est faite d’une lame d’acier pointue à deux tranchants, fixée à une  poignée munie d’une garde, cette épée à lame sinusoïdale représente le symbole du pouvoir initiatique du vénérable. Elle est utilisée lors des initiations, passages ou élévations.

Le mot traduit de l’hébreu, qui qualifie la lame de l’épée flamboyante est le verbe «se tourner, changer». Il s’agit donc d’une épée qui tourne toujours, qui s’agite, d’où son caractère flamboyant. En effet, cette racine hébraïque montre aussi que l’épée flamboie parce qu’elle est feu elle-même et parce qu’elle réfléchit la lumière solaire. Le double tranchant de la lame a une double fonction : celle de porter le feu de la création pour donner vie à l’initié, celle aussi de trancher entre plusieurs choix possibles lorsque la vie de la Loge est impliquée.

Arme de Lumière, l’épée flamboyante est en rapport avec la foudre, l’éclair. Cette arme de feu, symbolise le combat pour la conquête de la Connaissance en tranchant l’obscurité de l’ignorance.

Elle est aussi la représentation du Soleil par le rayon brillant de sa lame ondulée ; on peut alors parler de glaive enflammé. Cette Lumière est une mise en relation avec les Grands Mystères : par la pensée rituelle, elle tue, dans l’impétrant, la partie non initiable pour que naisse en lui une nouvelle vie à travers l’accès à la vision et à l’entendement, au-delà des apparences.

L’épée flamboyante est celle du chérubin qui dispense la vie et la mort, qui balaye l’orgueil, qui dissout l’ego. Elle garde la porte de l’autre monde, celui de la source de la Lumière. Pour entrer dans ce monde, il faut passer au fil de cette épée-là. Avec son épée flamboyante, le Vénérable montre sa fonction de gardien du symbole, celui de la régénération de l’Homme par le travail de dissolution du moi, de l’enfantement de la lumière dans la douleur, loi immuable et nécessaire des initiations et des épreuves.

Lorsque le vénérable pose l’épée flamboyante sur la  tête du novice, en prononçant les paroles rituelles, «je te crée, constitue et reçois franc-maçon», la lumière, alors dispensée, est une double énergie : feu créateur et protecteur qui installe le nouveau mythe dans le cosmos de la loge. C’est à ce moment que le récipiendaire devient néophyte. Ceci est en analogie avec l’éclair de la création de l’arbre des séphiroth.

 L’épée Flamboyante est précisément là pour rappeler que c’est la fonction et la parole édictive du vénérable qui transmettent, non un quelconque individu.

Le glaive est toujours tenu de la main gauche par le franc-maçon à l’ordre, sauf par le couvreur et les experts qui le tiennent de la main droite.

Au 7e degré du REAA, on ne parle plus d’épée, mais de sabre et aux trois degrés suivants, de poignard. Par exemple, au 10e les glaives sont devenus des poignards, rappelant le nom du bijou porté à ces degrés : un poignard d’or à lame d’argent, suspendu au bas du cordon. Au 11e degré, le poignard prend le nom d’«épée de Justice» achevant les grades de vengeance.

Aux rites chevaleresques, durant toute la durée de la tenue, le maniement de l’épée est extrêmement codifié et celle-ci ne doit, en aucun cas, être sortie de son fourreau sans raison; en voici un exemple.

Maniement de l’épée dans l’Ordre du Temple [1]

Les injonctions sont mises en évidence en violet

Le maniement de l’épée devant être exécuté comme ci-dessous, cette gestuelle est très « militarisée ». Réalisée synchroniquement par les frères, à ne pas douter, elle doit créer un corps d’unanimité.

Dégainer

1-Saisir le fourreau de la main gauche. En même temps, passer vivement la main droite devant la poitrine et saisir la poignée de l’épée. Sortir la lame jusqu’à ce que l’avant-bras soit horizontal en travers de la poitrine, tout en maintenant fermement le fourreau avec la main gauche.

2- Retirer doucement l’épée jusqu’à ce que la pointe soit libérée du fourreau, puis l’amener rapidement au « Présenter » ! Tout en ramenant la main gauche au côté.

3- Descendre l’épée au « Porter » ! Lorsque le Maréchal n’a pas à dégainer son épée et que l’on ne peut donc pas se régler sur lui, on se réglera sur le Chev\ de la colonne sud le plus proche de l’est.

Présenter

 Tenir la lame verticale, le dos de la main en avant, le coude au corps, la garde cruciforme de l’épée à la hauteur de la bouche, à environ 3 centimètres. Il ne convient pas d’embrasser la garde ou de l’effleurer des lèvres, quand on est dans cette position.

Porter

 Tenir l’avant-bras horizontal, la main à la hauteur du coude, le coude collé au corps, la lame verticale, la croix de la garde reposant dans le creux situé entre le pouce et la première jointure de l’index (on peut laisser le petit doigt de la main droite derrière la poignée de l’épée).

Repos

 1. Déplacer le pied gauche d’environ 30 centimètres sur la gauche.

 2. Laisser retomber l’épée sur l’épaule, à mi-chemin entre le cou et l’extrémité de l’épaule droite, en desserrant légèrement les doigts.

Rengainer

 l. Amener l’épée au « Présenter » !

 2. Saisir, des trois derniers doigts de la main gauche, le fourreau au-dessous de l’ouverture, en laissant libres le pouce et l’index. Glisser la pointe de l’épée dans l’ouverture du fourreau en la guidant avec le pouce et l’index de la main gauche (ne pas suivre des yeux, le mouvement s’exécutant beaucoup plus facilement sans regarder). Laisser descendre l’épée dans le fourreau jusqu’à ce que l’avant-bras droit soit horizontal en travers de la poitrine.

 3. Faire glisser vivement l’épée dans le fourreau, si possible synchrone avec les autres chevaliers, puis ramener les mains sur les côtés.

À l’ordre

« Chevaliers, mes Frères ! »

 1. Tous se lèvent et se tiennent bien droit ou se redressent s’ils sont déjà debout.

« À l’ordre ! »

 2. Amener l’épée à la position 1 du « Dégainer » et regarder le Maréchal de Camp ou le Chevalier le plus proche de l’orient, côté sud.

 3. Tirer l’épée et venir au « Présenter ».

 4. Descendre l’épée au « Porter ».

Prendre Place

« Chevaliers, mes Frères ! »

Regarder le Maréchal de Camp ou le Chevalier le plus proche de l’orient, côté sud.

« Prenez Place ! »

1. Rengainer position 1.

2.Rengainer position 2.

3.Rengainer position 3.

4. S’asseoir.

Engager

« Engagez ! » (en partant du « Porter »)

 1. Amener l’épée au « Présenter ».

 2. Élever le bras droit en extension maximum, à 45° devant soi, l’épée dans le prolongement du bras, et engager la lame avec celle du Chevalier face à face, tranchant contre tranchant.

« Portez ! » (en partant du « Engager »)

 1. Amener l’épée au « Présenter ».

 2. Descendre l’épée au « Porter ».

Retourner

« Retournez vos épées ! » (en partant du « Porter »).

 1. Incliner la lame vers la gauche jusqu’à ce qu’elle soit horizontale, saisir la lame en son milieu, de la main gauche.

 2. Continuer à faire pivoter la lame jusqu’à la verticale, dans l’axe du milieu du corps, la garde vers le haut. Laisser retomber la main droite au côté.

 3. Incliner la tête vers l’avant, en gardant les yeux fixés sur la garde de l’épée.

« Portez vos Épées ! » (en partant du « Retourner »)

 1. Relever la tête.

 2. Faire pivoter l’épée vers la droite, jusqu’à ce qu’elle soit horizontale ; saisir alors la garde de la main droite.

 3. Ramener l’épée au « Porter » puis laisser retomber la main gauche au côté.

Remise de l’épée

 Quand l’épée est remise à un chevalier de rang supérieur (par exemple par le Maréchal de Camp à l’Éminent Précepteur ou par un officier à l’Éminent Précepteur lors de l’investiture), elle est présentée sur l’avant-bras gauche, la poignée tournée vers l’officier supérieur.

 Quand l’épée est rendue à un chevalier de rang inférieur (par exemple par 1’Éminent Précepteur au Maréchal de Camp ou à un officier lors de son investiture, l’épée est tenue verticalement, par la garde, entre le pouce et l’index de la main droite, puis placée dans la main droite du chevalier.

Lire également l’article du 25 août 2021 L’interdiction du fer dans ce Journal


[1]. Le nom complet de cet ordre est : Les Ordres religieux, militaires et maçonniques unis du Temple et de Saint-Jean de Jérusalem, de la Palestine, de Rhodes et de Malte.

La pyramide de Falicon et la grotte du ratapignata : Temple maçonnique ou pas ?

De notre confrère france3-regions.francetvinfo.fr – Par Fanny Velten

La pyramide de Falicon et la grotte du ratapignata font partie des monuments les plus énigmatiques de la Côte d’Azur sur lesquels le mystère continue de planer. Ce site historique classé du patrimoine azuréen est un lieu privilégié des touristes, amateurs de randonnée ou avides de surnaturel.

Le village de Falicon domine les hauteurs de Nice, entre Aspremont, Saint-André-de-la-Roche et Tourrette-Levens. Perché entre 103 et 850 mètres d’altitude, il se dresse face au Mont Chauve

Cette petite commune azuréenne abrite des vestiges mystérieux, une grotte dont l’accès est marqué par un édifice pyramidal aujourd’hui en ruines.

Découverte par un avocat italien au 19e siècle

Les origines de cette grotte dite de ratapignata (« chauve-souris » en niçois) et de la pyramide qui la surplombe font l’objet de multiples théories et alimentent de nombreux fantasmes.

La cavité doit son nom à la colonie de chauve-souris qu’elle abriterait. Elle est découverte en 1803 par un avocat italien, Domenico Rossetti, passionné d’archéologie et d’écriture en vacances sur la Côte d’Azur.

Subjugué par la grotte, notamment par ses concrétions calcaires, il s’en inspire pour écrire un poème en trois parties composé de 1 300 vers.

Lorsque nous nous sommes retrouvés dans la grande salle, nous avons tous été stupéfaits par la beauté des colonnes, la superbe voûte, les magnifiques parois .Domenico Rossetti, avocat et auteur italien.

Son oeuvre « La Grotta di Monte Calvo » est éditée à Turin en 1804. Or, on ne retrouve dans sa prose aucune mention de l’existence de la pyramide ni de l’escalier qui se trouve dans la grotte. Si l’avocat siennois ne mentionne pas la pyramide dans son poème, il semble pourtant pointer du doigt l’édifice sur le frontispice accompagnant son ouvrage. 

Située à 430 mètres d’altitude à flanc de colline, l’édifice devait mesurer à l’origine environ 6 mètres de côté à la base sur 9 mètres de hauteur. La particularité de la grotte est d’abriter un escalier maçonné et une colonne stalagmitique sur laquelle on peut se représenter les traits d’un visage. 

La pyramide de Falicon figure aujourd’hui parmi les quinze pyramides françaises officielles. 

Des origines mystérieuses et controversées

Depuis la découverte du site par Domenico Rossetti en 1803, de nombreux ouvrages ont été publiés sur les origines mystérieuses du site relayant des théories plus ou moins vraisemblables et ésotériques.

  • Un sanctuaire gallo-romain ? 

Beaucoup estimèrent qu’il s’agissait d’un temple dévoué à Mithra suite à l’installation des romains dans la région lors de la conquête de Provence entre 122 et 118 avant Jésus- Christ. Il reste aujourd’hui de nombreux vestiges de la présence de la colonie romaine Cemenelum – actuel Cimiez.

Le mithraïsme, ou culte de Mithra apparait au cours du 2e siècle avant Jésus -Christ. Les rituels qui se déroulaient dans le Mithræum , réservés aux hommes, avaient pour but de favoriser la chance des guerriers.

Un lien aurait été établi entre les sept marches de l’escalier – aujourd’hui six – et les sept grades de l’initiation de Mithra. Le biophysicien Henri Broch publie « La mystérieuse pyramide de Falicon » en 1976 où cette hypothèse est évoquée.

  • Une origine templière ? 

Une vieille légende qui circule à Falicon raconte que des Chevaliers du Saint Ordre auraient caché un trésor dans la grotte. Les Templiers auraient eu connaissance d’un souterrain permettant d’accéder à la salle du gouffre où ils auraient enfoui leur butin. Cette hypothèse est également développée dans l’ouvrage de Broch.

  • Un temple franc-maçon ?

Si l’hypothèse du culte de Mithra fut longtemps privilégiée, celle d’un lieu dévoué aux rituels francs-maçons compte aussi de nombreux adeptes. Au 19e siècle, l’Egyptomanie est en vogue en France. Napoléon Bonaparte vient de rentrer de sa campagne d’Egypte à laquelle de nombreux francs-maçons ont participé.

Si l’Egypte fascine l’Europe depuis des siècles, il connait un regain d’intérêt considérable suite à l’expédition napoléonienne. 

Pour le chercheur Pierre Beny, l’association de la grotte et de la pyramide serait un symbole franc-maçon. La première symboliserait la mort et la seconde la renaissance. Avec Catherine Ungar et Yann Duvivier, il est co-auteur d’un ouvrage prolifique sur le sujet. Ce livre intitulé « La pyramide de Falicon et la grotte de ratapignata », publié en 2008, rassemble un très grand nombre de textes et de photos sur ces deux monuments.

Site de la pyramide de Falicon et de la grotte de ratapignata dans les Alpes-Maritimes.
Site de la pyramide de Falicon et de la grotte de ratapignata dans les Alpes-Maritimes. • © Catherine Ungar

Classement au patrimoine des Monuments Historiques Français

En 1926, un groupe de chercheurs tentent de faire inscrire la pyramide aux monuments historiques en vain. Ce n’est qu’en 2007, suite à une enquête de l’Institut de préhistoire et d’archéologie Alpes Méditerranée que le site a été classé au Patrimoine des Monuments Historiques Français.

L’institut défend la thèse que la pyramide aurait simplement été construite entre 1803 et 1812 – peut -être même par Domenico lui même aidé par ses compagnons – simplement pour y indiquer l’entrée de la grotte afin d’attirer les touristes.

Une randonnée de 5 kilomètres

Pour les promeneurs du dimanche comme pour les randonneurs avertis, cette agréable balade permet de découvrir la pyramide en ruines et la grotte qui surplombent les hauteurs de Nice. 

Généralement très appréciée pour le magnifique panorama qu’elle offre autant que pour son intérêt historique et ses origines mystérieuses, cette randonnée est à privilégier l’hiver en raison de la chaleur en été.

Informations pratiques

Lieu : Départ à la fin du chemin de Châteaurenard avec possibilité de se garer sur place. 

Dénivelé : 200 mètres

Distance : 5,2 kilomètres

Durée : 2h (1h35 temps de marche hors arrêts)

Carte : « Nice-Menton » TOP 25 n°3742 OT

Un site dégradé et potentiellement dangereux

Il est indispensable de posséder un minimum d’expérience en spéléologie et de porter un équipement spécifique pour visiter la grotte. 

La mairie de Falicon a été alertée sur la dangerosité du site par le Club de spéléologie Martell’IPAAM et l’ARCHEAM . Les services du Conseil départemental 06 ont ainsi été saisis dans le but de modifier le sentier menant à la grotte.

A ce titre, une visite guidée par les spéléologues en présence du maire du village s’est déroulée le 22 août 2022 avec un double objectif.

D’une part, évaluer clairement les dangers potentiels et les risques encourus par les promeneurs. D’autre part, établir précisément les multiples dégradations – déchets, tags, signes gravés- commis par nombre de promeneurs peu scrupuleux. 

Aussi, dans un souci de préservation du site et afin de garantir la sécurité des visiteurs, la Mairie de Falicon réunira prochainement les parties institutionnelles et associatives concernées avec l’intention de proposer des recommandations en ce sens.

La pyramide de Falicon et l'entrée de la grotte de la ratapignata.
La pyramide de Falicon et l’entrée de la grotte de la ratapignata. • © Catherine Ungar

Une opération de dépollution va être prochainement organisée. 

Cette visite de la grotte peut s’avérer dangereuse pour les spéléologues non avertis. Le site subit aussi les ravages du temps et les dégradations de visiteurs peu scrupuleux, alors la mairie de Falicon a décidé de prendre des mesures.

Malgré son inscription au titre des Monuments Historiques, les dégradations augmentent au fil des années et pourraient conduire assez rapidement à la destruction totale de l’édifice. En attendant les futures décisions nous demandons à tous les visiteurs de respecter le site et de prendre toutes les dispositions pouvant garantir leur sécurité. Alain Andrea, adjoint au maire de Falicon, Délégué à la Culture, au Patrimoine, aux actions de jumelage et à la gestion du domaine communal.

Plus de deux siècles après la publication du poème de Domenico Rossetti, la pyramide du Mont Chauve et la grotte des rapignatas continuent d’attirer les touristes, les chasseurs de trésor et curieux friands d’ésotérisme.

Aujourd’hui, ce site historique est en péril, victime de l’afflux de promeneurs peu respectueux qui se mettent parfois en danger en visitant la grotte sans équipement adéquat.   

Eloge de la brutalité

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Ce titre a dû en faire sursauter certains.
Effectivement, on imagine que le franc-maçon n’est que sérénité, douceur, calme et je n’ose ajouter volupté. En même temps, nombres de maçons ou de profanes semblent déplorer que la franc-maçonnerie ne soit pas audible dans les débats politiques ou sociétaux et qu’elle ne propose plus rien. Ils considèrent qu’elle faillit à une de ses missions fondatrices : participer à l’amélioration matérielle, morale et spirituelle de l’humanité.

Le reproche vient rarement des obédiences dites « symbolistes » qui, comme la Grande Loge de France, considèrent que l’obédience en tant que telle n’a pas à avoir d’opinion sur les affaires du monde et qu’elle doit laisser à chaque maçon individuellement, fort de la connaissance et de l’amour acquis en loge, le soin de s’engager dans les combats profanes.

Pourquoi la franc-maçonnerie sociétale semble-t-elle ne plus avoir d’impact sur l’évolution du monde ?

Je vais tenter une explication qui tient justement de notre répugnance à la brutalité ou à tout ce qui s’y rapporte. Tout ce qui concourt au déni, à la cécité de ce qui dérange et qui va à l’encontre de nos préjugés ou de nos penchants idéologiques doit être privilégié, fut-ce par un pieux silence.

Et d’abord soulignons une confusion fréquente sur le terme de tolérance. La tolérance maçonnique concerne principalement l’expression des idées. La liberté de penser et la liberté d’expression font partie des fondamentaux de la franc-maçonnerie. Et c’est parce que nous savons qu’il n’y a pas de vérité ultime qui ne puisse être interrogée que nous avons besoin de tolérance dans nos débats en loge. Et si nous appliquons ce principe dans le monde profane, c’est une juste cohérence.

Personnellement, quand je reçois la vérité de l’autre, et qu’elle est très différente de la mienne, sans abandonner mes convictions, j’ai toujours tendance à me demander s’il n’y a pas une part de vérité dans l’expression de l’autre.

Sans doute le fruit d’une réflexion sur le pavé mosaïque, ou sur ma répugnance à établir des frontières définitives entre le Vrai et le Faux ou entre le Bien et le Mal. Et pourtant je n’aime pas le relativisme !

Après avoir fait l’éloge de la modération dans l’expression de nos vérités, il faut aussi reconnaitre que c’est une valeur qui n’est plus beaucoup rependue dans le monde profane.

Pour se faire entendre et pour que ses revendications soient prises en compte par les instances décisionnelles, il faut malheureusement élever le ton. C’est la loi de l’action sur le monde médiatique qui est souvent le seul relai des convictions et des espérances des citoyens. Les syndicats ont, avec la grève, l’expérience du rapport de force dans l’action.
L’exemple des gilets jaunes est aussi un bon exemple de la volonté d’instaurer une prise de conscience du pays sur les problèmes des travailleurs pauvres, de la France périphérique et de tous ceux dont les difficultés existentielles les mettent à la merci d’une simple augmentation de taxe sur les carburants.

Une autre cause de cette difficulté à affirmer haut et fort nos convictions dans le monde profane tient à une certaine idée de la sérénité. Cette sérénité résulte, consciemment ou non, de l’influence des sagesses orientales dont les finalités sont souvent de ne pas s’impliquer dans les combats du monde.

Le bouddhisme nous invite à nous détacher de nos souffrances terrestres par la méditation et la pratique d’une sagesse nous permettant d’échapper à l’attachement et au désir.                      
Le taoïsme est une doctrine du non-agir. C’est une sagesse qui nous invite à nous libérer de nos passions et à trouver sa voie en faisant un vide protecteur.                                        

Le confucianisme propose plus une philosophie et une morale qui associe le Bien à la voie du juste milieu.

Bref toutes ces influences nous invitent à la modération, à la retenue, à l’expression feutrée et à une humilité intérieure et extérieure qui correspond bien à la sensibilité maçonnique.

Malheureusement, ces attitudes, qui correspondent à des convictions louables, ne sont pas adaptées à l’action profane ou à l’influence des décideurs politiques.

En logique formelle, on affirme ne pas pouvoir concilier une chose et son contraire. Il en est de même entre l’efficacité du combat politique et l’expression feutrée des convictions. Toutes les ressources de la rhétorique ne parviendront pas à rendre audible une pensée exprimée avec retenue et modération. Cela convient parfaitement aux échanges en loge ou, par définition nous nous écoutons mutuellement avec bienveillance, mais cela n’a pas cours dans le chaos politico-médiatique de notre monde moderne. Il n’y a que deux solutions pour redevenir audible : changer le monde profane ou changer notre façon de communiquer.

Il me semble qu’il sera plus facile de commencer par changer notre façon de communiquer que de commencer par changer le monde. C’est par la première solution que nous parviendrons peut-être à la seconde qui reste l’objectif initial : participer à l’amélioration matérielle, morale et spirituelle de l’humanité.

Match au sommet entre le Destin et le Libre-Arbitre

Le mal existe ici-bas. Après chaque événement tragique se pose à nous la question du hasard ou du destin : Est-ce là la volonté de Dieu ? Et dans ce cas, comment le perpétrateur pourrait-il être rendu responsable de son crime (vu qu’il y aurait été forcé par décret divin) ? Et pourquoi ces victimes-ci plutôt que d’autres ? Ou bien est-ce là le seul résultat arbitraire du choix aveugle du criminel ? Et dans ce cas, où serait alors la toute-puissance de Dieu ?

En d’autres mots, soit les choses arriveraient car elles le doivent (elles auraient donc toujours du sens), soit nous aurions l’option de les acter ou non (les choses n’auraient donc apparemment aucun sens, car elles proviendraient d’un choix humain dans le cas d’un crime, ou du hasard dans le cas d’une catastrophe naturelle).

Ce paradoxe (libre-arbitre vs. destin – ḥofesh hab-beḥîrâ vs. gezérâ en hébreu) est un problème classique de théologie abordé par la philosophie médiévale (musulmane et juive, entre autres) et par la scholastique ; chaque penseur essayant de le résoudre selon son degré de compréhension. Maïmonide lui-même y répond succinctement dans son Code des Lois (Hilkhôth Teshûvâ V:4-5). Je vais tenter ici d’exposer simplement l’enseignement que j’ai reçu à ce sujet de mes Maîtres :  

Au niveau divin, nulle contradiction ici, le destin ne s’oppose pas au libre-arbitre ; les deux coexistent simultanément à chaque moment – ce qui est difficile pour notre préconception humaine d’appréhender. Ainsi, même si nous possédons chacun la liberté individuelle de choisir, ultimement rien n’arrive ici-bas sans la volonté de Dieu.  

C’est la leçon dite et répétée dans nos sources religieuses. Déjà, le verset affirme (Genèse IX:6) : « Qui aura versé le sang de l’Homme, par l’Homme son sang sera versé (shôfékh dam-hâ-âdhâm, bâ-âdhâm dâmô yishshâfékh). » Cependant, le sens obvie (peshâ) de ce passage reste ambigu : parle-t-il de la justice humaine ou du destin ?  

Plus explicite dans sa résolution de notre paradoxe théologique, Hillel l’Ancien (Ier siècle avant EC) dans les Pirqê Âvôth (II:6), s’écrie à la vue d’un crâne flottant dans l’eau de la rivière : « Parce que tu as noyé, on t’a noyé ; et tes noyeurs seront finalement noyés (‘al da-aṭéft aṭîfûkh we-sôf meîfayikh yeûfûn). » En plus d’exposer la loi de la causalité (toute action entraîne une réaction conséquente), Hillel nous enseigne bien ici que tout ce qui arrive possède un sens.   

Certes, le perpétrateur choisit librement de commettre son méfait – et en cela il est complètement responsable de son acte –, mais c’est Dieu qui arrange que la victime soit celle-ci (selon son destin propre) plutôt qu’une autre. De même en bien : le bienfaiteur est libre de sa bonne action – et sera récompensé par Dieu pour cela –, mais le bénéficiaire est choisi par notre Créateur. Et ainsi toute action ici-bas – l’agent humain opère de son propre choix, et le patient (l’agi) est décidé par l’Éternel. C’est donc là un calcul d’une telle complexité, que seul Dieu – un être omniscient et omnipotent – peut faire coïncider à chaque instant le destin des uns avec le libre-arbitre des autres.  

C’est le sens de l’enseignement suivant (T. Shabbâth 32a, et Midrash [répété en plusieurs endroits]) : « Meghalgelîm zekhûth ‘al-yedhé zakkay we-ḥôvâ ‘al-yedhé ḥayyâv (“on” [i.e. Dieu] fait parvenir un bienfait par un bienfaiteur, et un péché par un pécheur). »

Ainsi, le bien et le mal n’arrivent que par décret divin, comme il est écrit (Lamentations III:37-38) : « Qui dira qu’une chose arrive, sans que le Seigneur l’ait ordonnée ? N’est-ce pas de la volonté du Très-Haut que viennent les maux et les biens ? (mî zè âmar wattèhi, Adhônây lô iwwa ? mippî ‘Elyôn lô thêê hâ-râ‘ôth we-haôv ?) » De même (Isaïe XLV:7) : « Je forme la lumière, et Je crée les ténèbres, Je donne la prospérité, et Je crée l’adversité; Moi, l’Éternel, Je fais toutes ces choses. (er ôr wuvôré oshekh, ‘ôsè shâlôm wuvôré râ‘, anî YHWH ‘ôsè khol-élle) » Bien entendu, les versets parlent ici du bien et du mal relatifs, selon nos perceptions qu’on en a ici-bas – c.-à-d. surtout de ce qui nous arrive selon la loi de causalité (toute action entraîne une réaction conséquente).

Incidemment, cette loi de causalité – le karma juif, en quelque sorte – participe du principe de « middâ ke-nèghed middâ (litt. “mesure contre mesure”) » (T. Sanhédhrîn 90a, T. â 8b, Berêshîth Rabbâ IX:11) – i.e. la manière selon laquelle une personne se conduit dans ce monde, sera celle selon laquelle elle sera elle-même conduite (par Dieu). En plus de l’exemple donné par Hillel l’Ancien (cité ci-dessus), nos Sages l’illustrent par ce midrash : « Joseph qui s’est occupé (hith‘assaq) de l’enterrement (qevûrâ) de son père Jacob, a mérité (khâ) que Moïse s’occupa du sien. Et par ce mérite, Moïse eut Dieu en personne qui l’enterra (Deutéronome XXXIV:6). »

D’ailleurs, notre liberté ne s’exerce que dans les paramètres que Dieu nous accorde, comme il est écrit (Job XLI:3) : « Mî hiqdîmâni wa’ashallém (litt. “qui M’a devancé alors que J’ai payé ?”) ». Commentant ce verset, le Midrash explique que Dieu dit à l’Homme : Ne t’ai-Je demandé de donner la dîme si Je ne t’avais accordé la récolte avant ? Ne t’ai-Je demandé de circoncire ton fils si Je ne t’avais donné un fils avant ? Ne t’ai-Je demandé de poser une mezûzâ si Je ne t’avais octroyé une maison avant ? etc. Notre liberté n’est donc que celle du choix entre les options qui nous sont proposées (Deut. XXX:15-19) : « Vois ! Je mets aujourd’hui devant toi la vie et le bien, la mort et le mal. […] Tu choisiras la vie (wuvâḥartâ ba-ḥayyîm) […] ». Mais la réussite de nos actions vient exclusivement de Dieu (Deut. VIII:17) : « Garde-toi de dire en ton cœur : ma force (koḥî) et la puissance de ma main (‘oṣem yâdhî) m’ont acquis ces réussites (èth ha-ḥayil haz-zè). »

Pour revenir à notre sujet, une autre interrogation classique peut se poser : la connaissance de Dieu ex ante de nos actions (i.e. avant même que nous existions, vu que le Seigneur est omniscient et connaît tous les futurs) ne contredit-elle pas notre libre arbitre ? La réponse en est non, bien sûr. Car notre liberté de choix est notre attribut divin, par lequel nous ressemblons à notre Créateur (Genèse I:26) : « Faisons l’Homme à Notre image, selon Notre ressemblance (na‘asè Âdhâm beṣalménu kidhthénu). » La connaissance ex ante par Dieu de nos actions n’est donc pas une cause de celles-ci, mais une résultante.

À la question posée à R. Yôsé ben Ḥelpethâ (Sepphoris, IIe siècle) « Que fait Dieu depuis qu’Il a créé le monde ? », celui-ci répondit par son célèbre aphorisme « Dieu est “assis” et forme des couples (yôshév « umezawwégh ziwwûghîm). » Le sens profond de cette parole concerne notre sujet : ici, le « couple (ziwwûgh) » – ou plus littéralement l’« accouplage » – est celui formé par l’agent (libre de choix) et l’agi (forcé par son destin) que le Seigneur apparie à chaque moment. Appairage considéré aussi « difficile (qashshâ) » que le miracle de l’ouverture de la Mer Rouge (qerî‘ath Yam-Sûf – Exode XIV:15-31).

Ainsi, se joue quotidiennement le ballet associant libre arbitre humain et volonté divine. Rien de ce qui arrive n’est donc vide de sens – tout participe du grand Plan divin. 

La pensée magique : Comment la magie est-elle passée de la Gaule à la France ? (Partie 2/3)

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Suite de la partie 1/3 d’hier que vous pouvez redécouvrir sur ce lien

Lorsque Jules César conquiert la Gaule, nos ancêtres pratiquaient toujours le culte druidique précité, et les légions romaines en persécutaient férocement les ministres. Ces druides et druidesses, gens de savoir vêtus de blanc, qui étaient en quelque sorte les éducateurs populaires, prédisaient le chaos mondial tout en soignant les malades à l’aide de rituels magiques, ne disaient rien qui vaille à l’occupant ! Pour la bonne raison qu’ils constituaient un puissant facteur de cohésion de la communauté celte.

Le druidisme se révèlera un obstacle difficile pour la christianisation naissante, et ne sera aboli qu’au VIème siècle, après l’invasion des Francs. Du moins en apparence, car il continuera d’être célébré clandestinement, surtout dans les campagnes.

On ne passe pas si facilement d’une culture ancestrale polythéiste, avec son cortège d’offrandes et d’invocations aux dieux habituels, qui se manifestent visuellement (le soleil, la lune, l’océan, le tonnerre, les éclairs, la tempête) … à l’adoration soudaine d’un seul dieu inconnu, caché, et partant imaginé bien plus menaçant !

Et durant tout le “Haut Moyen-Âge”, les paysans, – origine du mot “païen” – observeront donc leurs rites en secret. Notamment “les rites de fertilité” (destinés à conjurer entre autres la sécheresse, la famine, la maladie) que la jeune Eglise voyait d’un très mauvais oeil et qualifiait de scandaleuses orgies sexuelles.

Nous pouvons comprendre l’attitude réticente de ces païens – à qui les accouplements répétés lors des cérémonies rituelles assuraient la félicité dans l’autre monde – devant une nouvelle religion qui leur annonçait les plus terribles punitions post mortem suite à leur vie de débauche !

Ainsi paganisme et christianisme vont longtemps s’observer et se provoquer (on voit encore aujourd’hui quelques menhirs bretons “christianisés” et surmontés d’une croix de fer). Les deux protagonistes s’accusaient réciproquement de pratiques douteuses : l’un soupçonnant l’autre de conquérir ses fidèles par “possession de l’âme” et le second reprochant au premier de commercer avec des “divinités démoniaques”. L’Eglise installait ainsi l’idée du Mal, qui en prenant corps devint le Malin et plus communément le Diable, « prince des démons ». L’imaginaire collectif n’a pas tardé d’en faire une créature inquiétante aux oreilles pointues et à la queue fourchue. Et à lui trouver des noms sinistres, de Satan à Lucifer en passant par Azazel ou Belzebuth !

De cette rivalité entre les deux croyances est probablement née – par réaction des païens – ce qui a pu être appelé « une magie anti-cléricale – en fait une attitude défensive mais jugée opposante et sacrilège dans ses mots, gestes et rituels, qui furent assimilés à la sorcellerie. Un amalgame qui a conduit l’Eglise misogyne de ce temps à établir que toute femme exerçant dans l’occulte sous ses diverses formes était maudite, parce que d’évidence, pactisante avec le Diable. D’où la terrible Inquisition et son ignoble « chasse aux sorcières » qui aurait vu, à la suite de Jeanne d’Arc, plus d’un million de brûlées vives en Europe du XIIIème au XVème siècle !

Cette tragédie fut progressivement fatale au paganisme mais pas à la magie qui continua son bonhomme de chemin, certes toujours plus ou moins en catimini.

Il faut attendre la Renaissance pour voir s’installer dans la France quadrangulaire de l’époque (sans l’Artois, l’Alsace, la Lorraine, la Franche-Comté ni la Savoie) une véritable rénovation culturelle et simultanément, un esprit d’ouverture. Une place importante est ainsi donnée au symbolisme et par là au mystère et à l’essence spirituelle des êtres et des choses. L’invention de l’imprimerie permet par ailleurs la publication des œuvres antiques notamment de la philosophie et de la médecine grecques, des textes hébraïques…et des premiers horoscopes !

La pensée magique se montre au grand jour avec des “médecins-devins”. Elle s’affirme grâce à l’astrologie mais encore par le biais de l’alchimie ou de la Kabbale, qui chacune revisitée et devenant “chose écrite”, palpable, démontre l’étroite parenté, pour ne pas dire la communion de l’homme avec le cosmos. La lecture lui permet de mieux s’interroger sur sa condition de “particule pensante de l’univers”.

Et du même coup, le livre intellectualise la magie !

Comment s’est traduite la pensée magique de la Renaissance à nos jours ?

Nous venons de le voir : au XVème et XVIème siècle, comme précédemment d’ailleurs, la magie forme avec la divination et la religion un trio qui s’avère indissociable.

Cette fascination pour le surnaturel, mêlée de curiosité pour l’environnement terrestre, est alors le puissant moteur de quelques fortes personnalités en quête de futur. N’est-ce pas à cette époque, que se manifestent deux “fabricants d’avenir” qui passeront à la postérité ?

Christophe COLOMB, navigateur et aventurier obstiné, traverse l’atlantique à quatre reprises. Homme du moyen-âge, imprégné de mysticisme, il croit aller à la rencontre du paradis terrestre – dont l’existence est affirmée par l’Eglise – en accostant aux îles Bahamas en 1492, puis sur le continent américain, dont il ouvre la route en 1498. Sa découverte du “nouveau monde” a fait de lui l’inventeur des temps modernes.

De son côté, le “médecin-astrologue-voyant-écrivain” Michel de Nostredame, dit NOSTRADAMUS, publie en 1550 ses célèbres prophéties, “les Centuries”, en 1200 quatrains. Non seulement, il donne la preuve de ses dons de voyance, en prédisant la date exacte de sa propre mort, mais ses prédictions, certes sibyllines, paraissent s’ajuster, siècle après siècle, aux grands évènements historiques.

Cette période de visionnaires marque en fait, avec l’avancée du rationnel, un début de codification des actes de magie et le recul des pratiques dites “sataniques”. Les prétendues hérétiques ou sorcières ne sont plus brûlées en place publique. Sauf, toutefois, celles et ceux qui s’adonnent à la vraie sorcellerie avec messes noires, empoisonnements et sacrifices humains (telles la Marquise de Brinvilliers, La Voisin ou l’abbé défroqué Guibourg). Ils sont traînés devant les tribunaux et condamnés, après une série de procès retentissants, à des châtiments exemplaires.

Au début du XVIIIème siècle, se développent les sociétés dites “secrètes” et écoles de pensée à visée philosophique, métaphysique ou ésotérique (les Illuminés, les Rose-Croix, la Franc-Maçonnerie) axées sur le développement personnel. Il s’agit, entre autres, d’étudier la Tradition, de rechercher le sens de la vie, et tout compte fait, de tenter d’entrer en contact, par d’autres voies que la magie primitive – l’introspection notamment – avec les forces supérieures de l’univers.

C’est en 1780, que MESMER, un médecin allemand propose une théorie sur le magnétisme animal qui constate notre réceptivité à l’influence des corps célestes et aux corps qui nous environnent. L’affaire fait grand bruit et divise aussitôt le corps scientifique qui voit surtout dans ces travaux, jugés sans fondement sérieux, une influence occulte !

Il faut vraiment parvenir au terme du XVIIIème siècle pour que l’occultisme améliore sa réputation et que l’on cesse de « diaboliser » les pratiques magiques. Les astrologues, cartomanciennes et professionnels des différentes mancies (ex : la caféomancie ou lecture dans le marc de café, la cristallomancie, ou vision dans une boule de cristal, la rhabdomancie ou sorcellerie à la baguette) ont pignon sur rue.

Au début du XIXème siècle, les appellations changent : finis les sorciers et sourciers, mages et devins. Les praticiens se nomment ouvertement médiums, radiesthésistes, voyants, ou encore “extra-lucides”. Même si le code pénal de 1810 peut éventuellement les punir pour ce que l’on qualifiait au moyen-âge de “crime de magie”, c’est-à-dire pour imposture ! Vers 1860, surgit un nouveau mode divinatoire, dont s’entiche les habitués des salons parisiens : le spiritisme. Venue d’Amérique cette pratique est popularisée par les livres d’un occultiste français Allan Kardec, qui enseigne comment faire parler les esprits, au moyen de tables tournantes ou de sujets en transes hypnotiques.

Tout naturellement, l’hypnotisme devient à son tour une nouvelle forme de magie. Un nouveau métier aussi, qui fait des hypnotiseurs de foire…de nouveaux diables, à même d’endormir les foules et d’inquiéter les autorités ! Vingt ans plus tard, l’hypnose obtiendra pourtant ses lettres de noblesse à l’hôpital de la Salpêtrière à Paris, où elle permettra au Professeur Charcot d’étudier le comportement des hystériques. Et au Docteur Freud d’inaugurer dans la foulée sa grande invention thérapeutique, la psychanalyse.

En cette fin de XIXème siècle, agitée par ces méthodes magico-médicales, reste toutefois discret dans son coin le magnétisme du Docteur Mesmer. C’est que la loi française n’hésite pas à poursuivre ses officiants, les « guérisseurs » pour exercice illégal de la médecine. Selon une coutume médiévale – toujours respectée de nos jours par les lois en vigueur – un thérapeute ne peut effectivement se « licencier lui-même – en clair s’autoriser à exercer. En cas de condamnation, l’issue du procès dépend du bon vouloir du juge concerné. Autrement dit s’il croit ou non au ”fluide magnétique”!

Y croire ou ne pas y croire, éternel problème de la magie !

Par bonds successifs, de pays en pays, de siècles en siècles, nous venons de boucler ce que nous avons appelé le “circuit magique” et qui constitue en même temps l’histoire de la magie, largement localisée autour du bassin méditerranéen.

Comment se présente la magie au XXème siècle, et précisément au début du XXIème ?

Le spiritisme en vogue à la fin du siècle passé, mais aussi les phénomènes de voyance ont incité plusieurs chercheurs à fonder une nouvelle science, la parapsychologie, se donnant pour vocation l’étude des capacités humaines paranormales.

A partir des années 1920, un physiologiste français, Charles RICHET, puis à sa suite un psychologue américain Joseph RHINE, ont pu soutenir la réalité de “perceptions extra-sensorielles” chez certains sujets (domaine ESP) telles que la disposition à la télépathie (transmission de pensée), la clairvoyance (voyance directe sans supports), la précognition (prémonition) et la psychokinésie (domaine PK : action de l’esprit sur la matière à type de déplacement ou de déformation d’objets).

Comme de juste ces expériences – non systématiquement reproductibles – ont donné lieu à controverse, mais elles ont eu aussi le mérite, en se démarquant des interprétations occultes, de donner aux faits “supranormaux” une nouvelle dimension. Actuellement, les recherches se poursuivent et le surnaturel, qui a pris en l’espèce la dénomination générique de “ facultés psi”, à bien entendu gagné en prestige.

Les fulgurantes avancées technologiques de ces dernières années auraient pu toutefois laisser supposer une perte d’intérêt pour “la chose magique”. Elle fait au contraire et à nouveau, une spectaculaire percée.

Si la psychokinésie n’intéresse quand même pas tout un chacun au quotidien, en revanche, la divination sous ses diverses formes (voyance directe, astrologie, radiesthésie, tarologie, numérologie, chiromancie et autres mantiques) n’a jamais connu un tel succès.

Il en est de même pour « les pratiques de guérison ». Référencé sous le vocable de « mesmérisme » dans la liste des méthodes thérapeutiques établie par l’Organisation Mondiale de la santé, le magnétisme (très largement en tête de toutes les techniques non médicales) ne déclenche plus les foudres de la justice. Il est vrai qu’aujourd’hui celle-ci aurait fort à faire si elle voulait savoir à l’encontre des guérisseurs en tous genres puisque un français sur deux a recours aux médecines parallèles, nous disent les enquêtes les plus sérieuses !

Il est intéressant de noter ici la remarquable plasticité de la magie.

Nous avons constaté que ses disciplines ont déjà su changer de nom, pour “coller” à l’époque traversée et à son vocabulaire. Au plan de la santé, les “magistes” du XXème siècle se sont eux aussi très vite ajusté au langage moderne. Comme le remarquent avec pertinence François LAPLANTINE et Paul-Louis RABEYRON dans leur ouvrage LES MÉDECINES PARALLÈLES (Collection Que sais-je? Editions PUF) …on n’impose plus les mains au malade, mais on lui prescrit une « cure magnétique ». Il n’est plus question de prières, mais de « fluides », plus question d’esprits bénéfiques ou maléfiques mais « d’ondes » ou d’énergies « positives » ou « négatives ». Le sorcier devient un radiesthésiste, un voyant, un parapsychologue et le rebouteux, un chiropracteur.

Ainsi, au moment où :

– les religions, à travers des discours irréalistes, se cherchent et veulent désespérément rattraper les nombreuses brebis égarées,

– la science malgré ses prouesses, déçoit et fait peur (manipulation des gènes, menace atomique),

– la médecine, en s’informatisant et s’acharnant sur le symptôme plus que sur la cause, se déshumanise et devient très agressive,

– la culture et le progrès social se révèlent incapables de créer des emplois pour les jeunes et entretiennent même le chômage de leurs parents, il est quasiment logique que les croyances magiques se fortifient jusqu’à devenir un recours, sinon un espoir.

Et ressurgissent, tant en campagne qu’en ville, aux côtés des praticiens de la divination et du « guérissage » (qui eux aussi utilisent l’ordinateur) les officines de mages et de désenvoûteurs. Sans parler des sectes, aux intentions le plus souvent peu avouables !

Incontestablement, avec la magie, réapparait en force “le sacré” qu’il convient de redéfinir dans son acception moderne.

N’a-t-on pas dit et redit que le XXIème siècle verrait le retour du mystique ?

2. SACRÉ, RELIGIONS, SUPERSTITIONSAUTOUR DE LA MAGIE

Comment définir le sacré ?

Dès lors que les “primitifs” croient à l’existence dans l’univers de forces occultes – sur lesquelles ils auraient un pouvoir par “voie magique” – s’impose à eux avec la crainte, un respect absolu pour ce monde invisible.

Domaine à part, redouté et mystérieux, le surnaturel se traduit chez l’homme, presque d’évidence, par la notion d’intangibilité. En quelque sorte, “l’inatteignable” devient aussi…intouchable dans son esprit! Et s’installe alors en lui, vis-à-vis de ces forces inconnues, l’idée impérieuse de règles et de pratiques incantatoires à observer, qui ne supportent en aucun cas la transgression, sous peine de se trouver en faute. La notion de culpabilité, on le voit, est une très vieille affaire qui a de beaucoup précédé notre civilisation gréco-judéo-chrétienne!

Ainsi naissent progressivement rites et rituels à la gloire des puissances cachées, qui sont divinisées et vénérées avec ferveur. Ainsi le mystère entraine-t-il peu à peu le mysticisme. Ainsi peut-on avancer que la magie a sans nul doute engendré, après l’animisme, cette révérence profonde pour l’inconnaissable caractérisant le sacré, puis, par là-même, a donné naissance à la religion et aux cultes.

Qu’entend-on par “religion”?

On pourrait se contenter de définir la religion comme l’ensemble des croyances qui déterminent la relation de l’homme au sacré, si l’on s’en tient au mot latin “religio”, issu lui-même du verbe “religare”. Ce qui nous limiterait au concept, devenu courant, de lien au divin, quand on traduit religare par « qui relie ».

Les linguistes modernes s’accordent maintenant pour penser avec Cicéron que “religio” viendrait plus justement du verbe “relegere” – à traduire par “vénérer” – et qui s’oppose à “neglegere”, c’est-à-dire négliger, regarder avec détachement.

Si la première acception du mot “religion” n’est pas fausse dans la mesure où elle souligne la dépendance humaine à une entité supérieure, la seconde nous permet d’aller plus loin dans l’analyse. Précisément parce qu’elle indique bien que “le sentiment religieux est un attribut essentiel, une qualité inhérente à notre nature”, selon la pertinente formule de l’écrivain-politicien Benjamin CONSTANT (1767-1830)

Quelles différences y a-t-il entre magie et religion?

En se persuadant de l’existence d’une force surnaturelle et en l’interpellant, l’homme primitif a, en quelque sorte, inventé Dieu.

 Qu’elles le nomment dans leur langue, Tout-Puissant, Allah, Yahvé ou Visnu, les principales religions – filles de la magie – se défendent pourtant de cette invention.

Elles affirment toutes, au contraire, avoir été inspirées par Dieu lui-même, qui s’est manifesté dans leurs textes sacrés : la Bible pour les juifs et les chrétiens, le Coran pour les musulmans, le Véda pour les hindouistes.

La tradition nous ne dit-elle que le Créateur a remis les Tables de la Loi à Moïse, le chef charismatique des Hébreux, sur les pentes du mont Sinaï?! N’est-il aussi attesté que le prophète Mahomet a reçu les versets du Coran par la voix de l’archange Gabriel, porte-parole de Dieu et les a dictées à des scribes, puisqu’il ne savait ni lire ni écrire ? Quant aux quatre livres sacrés de l’hindouisme, rédigés en sanskrit archaïque, ils sont sans conteste attribués à la révélation du Dieu Brahmà, et partant considérés comme fondamentaux.

Si elles sont issues de la magie “primordiale”, les religions en diffèrent toutefois dans leur pratique même. Alors que le “magiste” prétend agir sur les éléments cosmiques, et par là les asservir, l’authentique pratiquant religieux, lui, se soumet inconditionnellement à la volonté de Dieu, avec une grande dévotion et une totale humilité.

Autre différence entre magie et religion : à la fois, la forme et le fond de “l’acte de communication” avec la divinité.

Sur le plan de la forme, dans le premier cas, l’officiant s’adresse à elle à l’aide d’incantations. Dans le second, il lui récite des prières.

Il est intéressant, quant au fond, de comparer les finalités espérées des deux modes opératoires. L’incantation – précisément à l’aide de formules magiques – vise à séduire, à produire un sortilège, propre à influencer l’entité sollicitée. La prière, dans son vrai sens religieux, est avant tout un acte verbal de vénération, d’adoration de Dieu, qui ne veut pas le charmer et ne lui demande rien.

Autrement dit, comme l’indiquent très bien Denis HUISMAN et André VERGEZ dans leur ouvrage « Philosophie » (Editions Marabout) : “…tandis que la formule magique s’appuie sur un soi-disant déterminisme et se veut efficace par elle-même (comme une recette technique), la prière ne vaut que par les dispositions intimes du croyant : seuls les cœurs purs seront exaucés. Bien plus, la véritable prière est celle qui ne demande rien d’autre pour soi-même que le courage de supporter la volonté de Dieu : « Que Ta volonté soit faite.”

En vérité, lorsque le croyant prie son Dieu – ou ses saints – ne le fait-il afin de solliciter le plus souvent quelque chose pour lui ou ses proches, qu’il s’agisse de protection, de guérison, de gains, de biens matériels ou de réussites diverses? Et dès lors, avec cette “demande d’avantages particuliers” à l’instance divine, ne s’agit-il d’un retour pur et simple à la magie, comme le soulignent les auteurs précités dans leur livre?

 Nous sommes renvoyés ici à une ou plutôt à des définitions de la foi religieuse : adhésion totale à une croyance, engagement à une promesse (baptême, par exemple) adoration déiste…pour obtenir! On le constate, du fait même de ses diverses interprétations possibles – qui déterminent les comportements individuels, il n’est pas si évident d’établir une nette distinction entre magie et religion !

 Même si la seconde condamne la première et la juge sacrilège!

LA PENSÉE SOUS INFLUENCE

Quel rapport entre magie et superstition?

Il est facile, pour chacun d’entre nous, de citer de nombreux exemples de pratiques superstitieuses, mais beaucoup moins d’en expliquer l’origine! De la salière renversée à l’irruption d’un chat noir, du miroir brisé au pain retourné, du parapluie à ne pas ouvrir dans une maison à l’échelle sous laquelle il ne faut pas passer, la liste est longue des superstitions que, sans grands commentaires explicatifs, notre culture nous a transmises. Et que nous ne manquons pas… de retransmettre en l’état!

Qui peut nous dire sérieusement aujourd’hui, pourquoi il ne faut pas être treize à table, poser un chapeau sur un lit ou rouler dans une voiture verte?! Il est fort probable que “l’interdiction” desdits actes soit lié à des rituels sortis d’imaginations fertiles qu‘à des statistiques formelles établissant le mauvais sort des « transgresseurs » !

Au regard des exemples précités, nous pouvons définir la superstition comme une croyance à des influences irrationnelles. Et plus précisément même, comme la conviction de la survenue d’un évènement particulier – malheureux ou heureux – suite à un fait matériel fortuit.

Remarquons au passage que ces pratiques superstitieuses (dont plusieurs centaines ont été listées en France) ont surtout à voir avec le malheur. Quand elles ne sont pas “mixtes” (le vendredi 13 est jugé aussi bien maléfique que bénéfique) quelques-unes seulement annoncent le bonheur (par exemple trouver et garder chez soi un fer à cheval, découvrir une coccinelle ou un trèfle à quatre feuilles). Il y aurait là un équilibre à rétablir!

Quoi qu’il en soit, nous voyons bien que ces superstitions relèvent toutes d’un même processus : la pensée magique. Que nous le voulions ou non, lorsque nous croisons les doigts (pour appeler le succès d’une démarche) ou touchons du bois (pour pérenniser une bonne chose), nous sommes en plein dans la magie !

De tels gestes – qui interpellent le futur – illustreraient même ce que nous avons conservé de la magie primitive, selon certains ethnologues et chercheurs. Nous les suivons quand, au total, ils rapprochent intimement magie et superstition (travaux de J.G.FRAZER, M. MAUSS, S. FREUD, au début du siècle)

Superstition et religion sont-elles liées?

Si magie et superstition se rejoignent et ne constituent qu’un seul et même système de croyances, aux yeux des observateurs avertis, il est clair que nombre de pratiques cultuelles sont elles-mêmes empreintes de la pensée magique de leurs auteurs, aux antipodes d’une authentique religiosité.

La prière, quand elle est dite dans l’unique but d’obtenir une faveur, est certainement la première de ces pratiques à même de dénoter une attitude superstitieuse.

Il en est de même avec le cierge que l’on fait brûler à l’église dans l’espoir de la réussite à un examen, la médaille bénie portée sur soi comme protection permanente (exactement comme ces “croix magnétiques” achetées par correspondance et réputées porte-bonheur!). Ou la messe commandée au curé du village pour voir la victoire de l’équipe locale de foot-bal.

Ne demande-t-on traditionnellement aux prêtres la bénédiction d’un nouveau bateau (avec bouteille de champagne brisée sur la coque), quand ce n’est pas celle d’un rallye automobile ou d’une cordée au pied d’un mont inviolé.

Qu’est-il sollicité alors de la bonté divine, sinon dans l’ordre, que la mer, la route et la montagne soient clémentes pour les gens concernés?

Loin de nous l’idée de choquer ici tout pratiquant religieux mais force est de constater que lesdits rituels, relevant d’une “foi intéressée” (adorer Dieu afin qu’il soit efficace, c’est-à-dire garantisse réussite et sécurité!) sont bien de l’ordre de la croyance magique. Il y a ici total amalgame entre superstition et religion.

Les autorités religieuses sont d’ailleurs plutôt embarrassées, lorsqu’elles sont interrogées sur ces conduites (à vrai dire peu catholiques!) dans lesquelles elles sont entrainées, au prétexte des us et coutumes. De fait, en y regardant de plus près, ceux-ci n’évoquent-ils animisme et paganisme, plus haut abordés ?

L’Eglise est évidemment consciente qu’un effet magique est à tout moment attendu de la pratique cultuelle et ne souhaite pas cautionner ce que, au regard de ses règles, elle est en droit de considérer comme une dérive. Nous ne devons dons pas êtrre étonnés qu’elle montre la plus grande prudence, quand survient une guérison dite « miraculeuse » sur un lieu de pèlerinage(les mots « miracle » – de mirari, admirer et magie, différents pour l’Eglise, ne sont-ils pas susceptibles d’être con fondus?).

Il pourrait toutefois lui être reproché de contribuer à y entretenir une certaine ambiguïté, autour de la vente massive d’objets religieux de toutes sortes, des crucifix aux chapelets, des médailles aux images pieuses. Mais, il faut bien convenir que ce commerce correspond, en l’espèce, à la demande pressante d’un public considérable. Pour le plus grand profit des “marchands du temple”.

Dieu est amour, mais pour certains, il peut être aussi “argent”!

UNE CONDUITE ADAPTÉE

Qui sont les superstitieux?

A en juger par le nombre de porte-bonheur ou médailles de Saint-Christophe qui ornent les rétroviseurs et les tableaux de bord de voiture, il est déjà possible de déduire qu’une grande partie de la populations française est superstitieuse !

Cette impression se confirme quant on constate le succès médiatique (et maintenant informatique) de l’astrologie, de la voyance et du paranormal sous toutes leurs formes. Sans parler de l’indispensable horoscope par signe zodiacal que tout journal ou magazine, toute station de radio ou de télévision, se fait un devoir de publier et diffuser très ponctuellement.

Autant de paramètres qui démontrent que le hasard, la chance, le sort, le destin, ne sont pas des vains mots pour beaucoup. Et qui confirment à quel point est forte la croyance en une ou des puissances extérieures dont chacun se fait une représentation personnelle. Aucun pourcentage sérieux dénombrant les superstitieux (autrement dit ceux qui croient à des influences incontrôlables) et les non-superstitieux (ceux qui pensent être maîtres de leurs décisions et actes) ne peut évidemment être donné. Les instituts de sondage qui se sont risqués à ce type d’étude ces dernières années, ont toutefois pu établir des tendances que nous rapportons donc ici pour information mais au conditionnel :

– Les jeunes, quel que soit leur niveau d’études, auraient des croyances superstitieuses et parapsychologiques (notamment astrologie, voyance, télépathie, médiumnité, spiritisme, psychokinésie) davantage affirmées que les personnes plus âgées. Le phénomène s’expliquerait, entre autres hypothèses, par une éducation religieuse aujourd’hui beaucoup moins formelle.

– Les femmes montreraient une disposition plus importante que les hommes aux pratiques superstitieuses, parce qu’elles sont généralement, dit-on, plus crédules. Si l’on en croit les enquêtes, ces croyances leur permettraient aussi de la sorte, de s’affirmer socialement, après une éducation souvent plus stricte que celle des hommes.

– La superstition serait plus “active” en milieu urbain, sans que l’on puisse en donner une raison étayée. Ce fait est étonnant quand on sait la forte implantation persistante des praticiens du surnaturel dans le monde rural.

– Le penchant pour la superstition affecterait principalement les classes moyennes (catégorie floue qu’il conviendrait de définir). Le motif de cette inclination ici avançée serait le doute social de cette population qui trouverait une réassurance dans l’irrationnel. Mais, à de rares exceptions, quelle classe sociale ne s’interroge pas de nos jours sur l’avenir?

On le voit, la pensée magique a ses raisons… que le raisonnement peine à établir !

Ce qui est certain en revanche, c’est que de nombreux métiers ont leurs superstitions, mêlant les rites conjuratoires et les pratiques religieuses. Par exemple, ceux qui présentent un danger physique ou un risque d’échec :

– Les marins-pêcheurs qui s’interdisent de prononcer le mot “lapin” à bord de leur embarcation. Cette coutume viendrait du fait des dégâts, parfois dramatiques, que ce rongeur maudit en l’occurrence, pouvait commettre en s’attaquant subrepticement à la coque des bateaux, au temps de “la marine en bois”.

– Les acteurs de théâtre qui ne veulent pas entendre le mot “corde” sur le plateau. Cet usage viendrait aussi de la marine à voile, par le biais des machinistes, qui, au début du siècle, étaient souvent des marins reconvertis.

– Les toréros qui se recueillent longuement dans la chapelle attenant à l’arène avant d’affronter le taureau.

Citons encore parmi bien d’autres, les coureurs automobiles et motocyclistes, les pilotes d’avion, les parachutistes, les trapézistes de cirque qui portent sur eux un objet-fétiche, ou procèdent à un rituel connu d’eux seuls, avant d’exécuter leur prestation. A moins que, à l’instant de se lancer dans l’action, ils ne fassent un signe de croix en public, comme de juste retransmis par la télévision (tels certains joueurs de foot-ball ou de tennis célèbres)

Peut-être vous-même, amie lectrice, ami lecteur, êtes-vous sujet aux croyances superstitieuses ? N’oubliez pas dans ce cas, que les éventuels effets de tout acte jugé néfaste sont annulables avec un rite conjuratoire approprié ! Lorsqu’à table vous renversez le sel (geste prédictif d’un ennui) jetez-en trois pincées par dessus votre épaule pour éviter le “pépin” annoncé. Et si l’on vous offre un couteau ou tout autre objet tranchant (réputés couper les relations) remettez une pièce de monnaie à votre donateur pour conserver son amitié! Autant de situations, autant de coutumes superstitieuses. Tout respect gardé ici pour les « pratiquants ».

Pourquoi est-on superstitieux ?

Faire état de votre ou de vos superstitions peut directement vous exposer aux moqueries de votre entourage! Laissez dire et répondez par le sourire. Vous le savez, vous n’êtes pas le seul à être superstitieux. Et pour cause, puisque la superstition est une conduite adaptée, qui depuis l’origine de l’homme, répond à son besoin primordial de “gérer” son environnement.

Lorsque l’eau était nécessaire au primitif pour sa consommation, il allait la puiser dans le plus proche ruisseau. Quand les champs aussi venaient à en manquer, une inquiétude le saisissait car il se sentait impuissant à étancher leur soif et il était en “inhibition d’action”. Il invoquait alors les nuages pour faire pleuvoir.

Ainsi faisait-il appel à la magie quand il ne pouvait agir lui-même sur la nature. Non seulement, il apaisait sa tension grâce à ce stratagème, mais la foi mise dans la pluie attendue des nuages, lui donnait ce bien psychologique précieux qui est l’espoir. Nous n’avons pas changé au XXIème siècle. L’espoir nous fait toujours vivre !

Quand vous faites acte de superstition – par exemple en emportant une mèche de cheveux d’un être cher lors d’un voyage – vous procédez sans le vouloir à un rituel magique qui équivaut à vous sentir “accompagné” de cette personne, voire protégé par elle, et à optimiser votre déplacement. Vous espérez qu’il se passera bien et vous réduisez de la sorte l’inquiétude que vous donne éventuellement ce départ.

De la même manière, lorsque vous pensez fébrilement à votre enfant en regardant sa photo pendant qu’il est en train de passer les épreuves du baccalauréat, c’est bien une forme de soutien magique qui vous lui destinez…et qui finit par vous détendre!

Bien entendu, il peut vous être objecté que votre façon d’opérer est en soi puérile (c’est-à-dire vécue comme telle par autrui!) mais qu’importe. Ou même, si, vous multipliez les conduites superstitieuses, que vous faites preuve d’un comportement obsessionnel. Certes, point trop n’en faut, au risque de basculer dans la névrose !

Avec ces deux exemples, nous voulons surtout mettre en avant le rôle social de la superstition, et précisément – par le biais de ses divers rituels affectifs – son pouvoir anxiolytique, en situation d’attente, de doute, de frustration ou d’insécurité.

Nous pouvons donc véritablement parler ici de l’existence d’une fonction magique.

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Une philosophie « progressive » pour notre temps

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                               Parmi le florilège de phrases toutes faites traduisant l’absence de pensée il en est une particulièrement divertissante. Il s’agit de cette déclaration aussi péremptoire que vide de sens : « Je, nous, les homme(s) ou femme(s) de progrès ». Idem avec le qualificatif « progressiste » qui serait la marque intangible d’une personne de qualité. En bref, si l’on n’est pas progressiste, l’on revient au néant d’un obscurantisme dépassé. Voilà autant d’incantations ne voulant pas dire grand-chose, mais que l’on « chante » (n’est-ce pas cela « l’incantation » ?) pour essayer de se convaincre de leur contenu.

Mais il n’y a pas là-dedans, justement, de contenu. Car ce qui fut la caractéristique d’une époque donnée n’est pas, forcément, pertinent lorsque cette époque s’achève ; ou est en voie d’achèvement. Et continuer à seriner ces rengaines est la facilité des intelligences obtuses et courtes, se satisfaisant de certitudes quelque peu obsolètes. Tout autre est l’élan vital s’exprimant dans la multitude des effervescences contemporaines et qui nécessite que l’on sache penser, au-delà d’une idéologie déjà morte.

Il s’agit de la philosophie progressive. Ce qui nous incite à ne pas confondre la démarche maçonnique et l’idéologie « bourgeoisiste ». Celle-là ayant des racines profondes est pérenne, celle-ci liée à un temps donné est éphémère. Sa caducité étant, maintenant, particulièrement évidente. Il nous faut donc approfondir les aspects les plus radicaux de cet « Homo Latomus » intangible, au travers de la chaîne du temps, et retrouvant une actualité incontournable en cette époque postmoderne.

Pour ce faire, il faut accepter de quitter les sentiers battus de la bienpensance raisonneuse et niaiseuse à la fois. Éclairé par le flambeau de la tradition, celui qui sait penser a, dans un même élan, de la conscience et des entrailles. Pour ma part, c’est ainsi que j’ai, toujours, compris l’heureuse conjonction établie par des esprits aussi différents mais non moins aigus que Descartes et Joseph de Maistre, entre le « bon sens et la droite raison réunis » !

                               C’est, en effet, dans le prosaïsme de la vie quotidienne que s’exprime au mieux la perdurance de la tradition. C’est là que se conforte la solidité des us et coutumes. Ce que déjà Aristote : « Exis », ou Thomas d’Aquin : « Habitus », analysaient comme le terreau à partir duquel pouvait croître le vivre-ensemble. Ce qui nous incite à être à la hauteur de cette vie courante racinée dans une immanence qui n’est rien d’autre qu’une transcendance vécue au jour le jour. Et comment cela s’exprime-t-il sinon par l’importance et la continuité des rituels dans la sociabilité humaine.

                               J’ai déjà montré quels étaient les « fondements et formes du rituel », et en quoi ce dernier participait à une indéniable « Conquête du présent » (PUF, 1979). Comment c’était une manière d’affronter le destin et de lutter contre l’angoisse du temps qui passe. Avant d’être le propre de la liturgie, les rituels sont, essentiellement, vécus au quotidien. Ils sont le fondement même de la culture et constituent une sorte de théologie populaire. C’est-à-dire une manière de penser le sacral. Non pas un sacré extérieur, transcendant, mais vécu d’une manière immanente.

Les rituels ne conscientisent pas, ils ne se verbalisent pas, ou alors a minima. Ils sont ineffables. Mais ils ne manquent pas de structurer la communauté. Ils sont bien, en ce sens, cause et effet d’une indéniable religion séculière. Entendons du siècle, de ce monde-ci ! Là encore un accord entre la sagesse populaire, la démarche initiatique et l’esprit du temps.

En effet, les rituels maçonniques, dont l’importance peut varier suivant les obédiences tout en restant essentiels, ne font que traduire cet immanentisme tenace : comment vivre au mieux, avec les autres, ici et maintenant. Ils sont donc, au sens fort du terme, une éthique, c’est-à-dire un ciment assurant, présentement et sur la longue durée, la cohésion sociétale. Cet immanentisme rituélique ressemble quelque peu à un hymne panthéiste. C’est-à-dire à une célébration de cette vie mondaine. Un exercice d’admiration envers la création continue qui est le bel œuvre humain.

Un hymne adressé au « Grand-Être ». Symbole, justement de cette immense « religion séculière » ayant, tout au long des âges, constitué l’humanité. Religion séculière, « entreprise séculière » ou religion de l’humanité (A. Comte), peu importe. Il suffit de rendre attentif à une transcendance immanente constitutive de la communauté humaine. C’est-à-dire, stricto sensu, ce qui dépasse l’individu et rejaillit sur le groupe.

On n’est plus ici dans le « principe de coupure » (Gilbert Durand) qui caractérisa la modernité et culmina dans l’individualisme moral et épistémologique. Principe étant devenu schizophrène en ce qu’il sépare les divers éléments du donné naturel et social : corps/esprit, naturel/culturel, matériel/spirituel. C’est une sorte de complétude qui est en jeu, un holisme vécu au quotidien et qui assure la dignité de l’humanisme authentique. Le plérôme, l’accomplissement que la théologie chrétienne projetait dans l’au-delà, la perfection que les systèmes socialistes repoussaient vers des « lendemains qui chantent », tout cela, pour la sagesse maçonnique peut se réaliser, hic et nunc, dans le cadre de l’échange fraternel.

Là encore, l’âpre leçon de la tradition nous apprend qu’au-delà de l’universalisme quelque peu normatif, et donc, aplatissant, universalisme fleurant bon les XVIIIe et XIXe siècles, et de ce fait tout à fait dépassés, il faut revenir à ce que Aristote appelait « katholon » : l’universalité, ce qui est commun à tous et à tout.  On ne le redira jamais assez, il faut se méfier des « ismes ». Ce sont toujours des manifestations de la peur. L’universalité, ce commun à tous, en se racinant profond dans les modes de vie en appelle à une sagesse incarnée (c’est cela l’humanisme), qui de plus en plus, s’exprime au quotidien. En particulier dans l’intense exigence du vitalisme juvénile.

Sagesse incarnée de l’immanentisme maçonnique, qu’est-ce à dire, sinon l’acceptation de la mort. C’est-à-dire, accepter la vie et donc la mort. Au travers des rituels figurant la mort symbolique, l’homéopathiser, l’apprivoiser et, ainsi, la faire participer à la plénitude de l’existence. Il s’agit bien là d’une spiritualité séculière, ou encore laïque si on donne à ce terme son sens étymologique, c’est-à-dire plénier.

            En effet dans la fidélité à l’esprit hétérodoxe, propre à la pensée maçonnique, et pour continuer ce questionnement essentiel : en quoi est-elle en phase avec l’esprit du temps » et peut donc répondre à ses défis, il faut rappeler que premièrement ce « laïc » vient de laos : le peuple, « laikos », qui appartient au peuple. D’ailleurs dans les monastères médiévaux, le « frère lai » participe à la communauté, fait partie d’un ordre, tout en gardant son statut laïc : il n’est pas prêtre.

                               Étymologie et exemple instructifs, rappelant la dynamique et authentique sensibilité laïque. Et c’est une falsification de son principe originel, quand l’esprit laïque devient dogmatique, intolérant, voire clérical. Il devient laïcisme : idéologie systématique et excluante. Il se caricature en « laïcard » quelque peu fanatique et vitupérant.

            La laïcité hétérodoxe comprend la « république » comme cette res publica, cette chose publique assurant la cohésion de la diversité. Cohésion a posteriori. C’est-à-dire après bien des essais-erreurs, et d’une manière enracinée dans la vie de tous les jours. Par contre le laïcisme orthodoxe continue le combat désuet d’une République Une et Indivisible où l’Etat Providence n’est que la forme profane d’un Dieu unique et intolérant. D’un Dieu guerrier (Deus Sabaoth), éliminant ce et ceux ne se pliant pas à son vouloir souverain.

            La laïcité hétérodoxe, quant à elle, s’emploie à ne rien déifier. Surtout pas les entités ponctuelles (République, Démocratie, Progrès…) qui risquent, rapidement, de se saturer et, dès lors, de n’être que des fantasmes, fantaisies, fantasmagories ou, plus simplement, des fantômes évanescents dont l’existence même mérite d’être mise en question. C’est bien une telle spiritualité laïque qui est, de plus en plus, répandue dans les modes de vie postmodernes et qui, comme telle, nécessite d’être, théoriquement accompagnée. Pour ce faire, l’apport de la tradition est une aide de choix.

                Souvenons-nous ici de Pascal, « vivre dans l’éternel ». Ce que l’on peut comprendre comme étant cette sorte d’instinct animal ou sociétal, c’est tout un, qui va à l’essentiel, et ne se préoccupe pas de l’accessoire. C’est cela « l’apport de la tradition » : voir les choses « sub specie aeternatis ». Reconnaître que l’éternel gît en nous et que nous n’en sommes que les usufruitiers. Et comme le remarque A. Comte, à diverses reprises, cette jouissance même est réglée par les morts : « ce sont les morts qui gouvernent les vivants ».

            Pour admettre cela, il faut se débrouiller les idées. C’est-à-dire, se purger des conformismes logiques (Durkheim). Voilà qui peut permettre de faire la distinction entre le factuel et l’essentiel.

            Se purger des opinions. En particulier des opinions intellectuelles qui sont, toujours, à courte vue, cela ne s’adresse, bien entendu pas aux gens d’imagination. Au petit nombre admettant que l’on n’est pas maître des idées qui naissent en nous. Que celles-ci viennent de fort loin. De ce milieu, naturel, social, territorial où l’on est plongé. C’est à partir de cela que s’élaborent nos jugements et même nos raisonnements. Il n’y a pas d’idées individuelles, car tels des acteurs, plus ou moins bons, plus ou moins mauvais, nous ne faisons que réciter un texte venant de fort loin. Rhétorique sociétale issue de la lente sédimentation qui, de génération en génération, s’est constituée sous le nom de culture.

            Dès lors, parler de tradition, c’est parler d’une dette morale contractée par rapport à ceux qui nous ont précédés. C’est accepter la soumission à l’ordre naturel des choses, qui est éternel, allant de pair avec l’insoumission vis-à-vis de l’ordre politique du monde, qui lui, est ponctuel.

            Cette concaténation avec ceux qui sont passés (soumission) et avec ceux qui oeuvrent (insoumission) actuellement est symbolisée par la « chaîne d’union » ponctuant tous les rassemblements maçonniques : des tenues régulières aux cérémonies funèbres. Rituellement cette chaîne rappelle ce que l’on doit à la société qui nous a façonné et nous a alimenté physiquement et spirituellement. C’est la reconnaissance que l’individu n’est que l’éphémère produit d’une communauté qui, elle, a la solidité du granit. Il faut se reporter au texte dit à cette occasion et à l’intense attention qu’en général il suscite, pour comprendre la dette morale dont il vient d’être question.

            C’est d’ailleurs à partir de celle-ci que l’on peut éviter l’étonnante confusion que l’on fait, habituellement, entre Progressisme et Progressivité. Le naufrage évident d’un rationalisme conquérant et quelque peu paranoïaque, celui du Progressisme arrogant, pensant résoudre l’énigme du « pourquoi » de la vie, incite à plus de prudence. Il conduit à ce discernement, dont on sait le rôle éminent qu’il joue dans et pour l’humanisme, propre à la philosophie progressive. Celle d’une raison sensible, d’un ratio-vitalisme.

Raison sensible, autre manière de dire ce que l’acte de penser doit au corps, aux sens, au territoire et au corps social. Connaissance incarnée, tributaire de l’apparence, c’est-à-dire du physique, de la physique dans laquelle elle se situe. Ce qui n’est pas sans conséquences : politiques ou triviales. N’est-ce point cela qu’induit cette remarque Pascal : « Si le nez de Cléopâtre eût été plus court, la face du monde en eût été changée. »

Constatation de bon sens s’inscrivant bien dans ce qui constitue les assises maçonniques. Ces « constitutions » qu’il faut comprendre comme un ordre architectural : la construction jamais achevée du Temple de l’humanité. Ordre symbolique, venant de fort loin, et que l’on perfectionnera toujours. Construction continue entrant, tout à la fois, en phase avec le désir d’entreprendre qui est, pour ceux qui savent voir avec lucidité, le propre même de l’imaginaire postmoderne. Imaginaire reposant sur l’idée, on ne peut plus simple, qu’il n’y a de croissance qu’à partir des racines.

            Voilà ce qu’est, aussi paradoxal que cela puisse paraître, la radicalité de la tradition : parce qu’elle se racine profond, elle présente une pensée alternative. Et l’attractivité de la franc-maçonnerie repose là-dessus. Même si, il faut le dire et le redire, de nombreux francs-maçons ne sont pas sensibles, attentifs ou tout simplement conscients de cela. Cette radicalité, à comprendre dans le double sens que je viens de lui donner, est un élément d’importance du trésor maçonnique.

Qu’est-ce à dire sinon que l’on met toujours ses pas dans les pas de ceux qui nous ont précédés. Ou pour le dire, avec concision, autrement, cette belle formule de Joseph de Maistre : « Nos pères ont jeté l’ancre, tenons-nous y ». Ajoutant, dans une étymologie certainement douteuse mais, et c’est suffisant, donnant à penser, que « ancêtres » vient de « ancien » et « être ». Qu’il n’y a donc de plénitude d’être que dans et par les racines constituant tout un chacun et la communauté en son ensemble. Cet auteur si souvent, et à tort, vilipendé doit, il ne faut pas l’oublier, l’élan de sa pensée à ce que fut, fort jeune qu’il était, son initiation maçonnique.

Par-là est soulignée la profondeur du passé, le dynamisme de la mémoire immémoriale. Le Progressisme, on ne peut plus benêt, se fonde sur l’idée que le passé est révolu. Ce qui ne manque pas de faire des progressistes des nigauds sans grande perspective. La démarche traditionnelle, quant à elle, consiste à voir ce que ce passé nous lègue. Et en quoi, de bien entendu, l’on en est tributaire. Non pas en une conception d’un monde figé, mais bien en ce que j’ai nommé l’enracinement dynamique.

Il est, à cet égard, éclairant de voir le succès des produits locaux, des vêtements ethniques, et d’un point de vue sémantique, l’utilisation de termes tels que : territoire, pays, terroir, et autres thématiques déclinant le souci et le désir des racines, pour comprendre l’actualité d’une pensée traditionnelle en général, de la tradition maçonnique en particulier.

En pendant à ses Mythes fondateurs de la Franc-Maçonnerie (Ed. Dervy), Gilbert Durand, anthropologue enraciné par la culture populaire et dans le terroir qui était le sien, rappelle, en une formule gravée dans le marbre d’une connaissance éternelle, que « ce qui a été est encore pour tout phénomène humain fondamental ». Et citant Fernand Braudel il souligne l’importance de ce qui est impermanent, d’une sorte d’immobilité de l’histoire.

Tout cela nous incite à penser que le Progrès brutal et quelque peu dévastateur, celui qui voulait du « passé faire table rase », est une vue tout à la fois grossière et imprudente. Et sur la « longue durée » l’on constate que cela même qui constitue l’inconscient collectif des peuples est fait de fortes rémanences, de perdurances irréfragables, en bref de pseudo-morphoses. C’est-à-dire que ce qui se présente comme nouveauté n’est, en fait que la modulation d’une forme archétypale.

Tradition, initiation (c’est ne l’oublions pas ce qui renvoie à l’initial, à l’origine) qui incite à s’habituer au destin. C’est-à-dire à ce couple fécond, et inéluctable, qu’est la dialogie de la mort et de la vie. Le Progressisme : c’est la prétention de dominer l’Histoire, individuelle et collective, c’est aussi l’ambition de dépasser le malheur et la mort, c’est le cri paranoïaque de la « lutte finale ». La progressivité : c’est au contraire l’acceptation du destin, une homéopathisassion de la finitude, c’est la reconnaissance de la « fosse finale ». En bref, c’est un amor fati. C’est à partir de là que l’humanisme intégral de la tradition maçonnique intègre et enrichit ce que fut le fatum antique, la « Providence » chrétienne, ou même le « Mazzal » juif, toutes choses déclinant le sort, la chance, la « fortuna » donc le destin. Destin pouvant être dynamique. Ce n’est en rien un cul de sac. La sagesse ancestrale le savait bien. Ce que résume, dans L’Énéide, Virgile : « Fata viam invenient », ils trouveront leur route, les destins !

Ces routes, ce sont les « voyages » que la tradition maçonnique fait entreprendre à celui qui sollicite l’initiation. Rappelant la pérégrination fondamentale de cet homo viator qu’est tout un chacun. Route empruntée tout au long de la vie et où l’on s’initie aux arts en général, les arts libéraux, et à l’art de vivre en particulier. Mais, et c’est là où le destin pointe son nez, voyages parsemés d’épreuves. Voyages où bonheurs et malheurs se complètent, en un mixte constant, les uns les autres. Voyages, enfin, où l’on fait l’apprentissage de ce but final qu’est la mort. Au cours des épreuves, cet apprentissage de la mort symbolique est une bonne manière de l’apprivoiser. Là encore sagesse venant de fort loin et promise à un bel avenir !