Le 24 avril 2026, au Mémorial du Génocide Arménien, statue de Komitas, place du Canada, cours Albert-Ier, à Paris, 8e arr., le Grand Orient de France a commémoré le 111e anniversaire du génocide arménien.

La présence de Guillaume Trichard, ancien Grand Maître du Grand Orient de France, soulignait la continuité d’un engagement maçonnique fidèle au travail de mémoire, à la vérité historique et à la défense de la dignité humaine. La parole institutionnelle fut portée par Bertrand Sade, Garde des Sceaux et du Timbre du Grand Orient de France. Son discours a donné à cette cérémonie de recueillement et de dépôt de gerbe une portée à la fois républicaine, maçonnique et universelle.

Parmi les présents figuraient également des membres de la loge France Arménie du Grand Orient de France – créée à l’Orient de Paris le 20 mai 1919 sous l’égide de la loge Fraternité des peuples fondée en 1833 –, dont la présence donnait à cette commémoration une résonance fraternelle particulière.
Elle rappelait que la mémoire arménienne n’est pas seulement un objet d’histoire ou de diplomatie mémorielle, mais aussi une fidélité vécue, transmise et portée au sein même du travail maçonnique. La Lettre d’information du Grand Orient de France du 24 avril 2026 rendait d’ailleurs compte de cette commémoration, soulignant ainsi l’importance accordée par l’obédience à ce moment de mémoire, de vérité et de vigilance.

Il est des lieux où la mémoire ne se contente pas d’habiter la pierre
Elle y respire encore. Le Mémorial du Génocide Arménien, devant la statue de Komitas, appartient à ces espaces de gravité où l’histoire se fait présence, blessure et exigence.
En ce jour de recueillement, Bertrand Sade a porté la parole du Grand Orient de France avec une densité particulière

Dans une cérémonie mémorielle, celui qui parle ne représente pas seulement une institution. Il devient, pour un moment, le gardien d’une parole collective. Bertrand Sade a assumé cette charge avec sobriété et fermeté. Il n’a pas parlé pour accomplir un simple rite commémoratif. Il a parlé pour rappeler un devoir. Celui de nommer le crime, de défendre la vérité historique et de refuser l’effacement.
La présence de Komitas donnait à cette commémoration une force particulière
De son vrai nom Soghomon Soghomonian, Komitas naît en 1869 et meurt en 1935. Prêtre, musicologue, compositeur, chanteur et collecteur des chants populaires arméniens, il est l’une des grandes figures de la culture arménienne moderne. Il parcourut villages et monastères pour recueillir, transcrire et sauver de l’oubli les chants de son peuple. Arrêté le 24 avril 1915 à Constantinople avec de nombreux intellectuels arméniens, il fut libéré grâce à des interventions extérieures, mais ne se remit jamais de l’épreuve. Sa vie brisée est devenue l’un des symboles les plus bouleversants du martyre arménien.

Devant sa statue, la cérémonie prenait ainsi une dimension plus profonde encore
Un génocide ne vise jamais seulement les corps. Il cherche aussi à détruire une langue, une mémoire, une culture, une filiation, une manière de chanter le monde. En honorant Komitas, le Grand Orient de France honorait non seulement les victimes, mais aussi cette part de l’âme arménienne que les bourreaux voulurent faire disparaître.
Le génocide arménien trouve son point de bascule en 1915, mais il s’inscrit dans une histoire plus longue de violences et de persécutions
À la fin du XIXe siècle, les massacres hamidiens frappèrent déjà durement les Arméniens de l’Empire ottoman. En 1909, les massacres d’Adana annoncèrent encore l’extrême fragilité de cette population. Puis, dans le contexte de la Première Guerre mondiale, le pouvoir jeune-turc engagea une politique de destruction systématique. Arrestations des élites, déportations, marches de la mort, massacres, spoliations, viols, conversions forcées, enlèvements d’enfants, effacement des traces. Environ un million et demi d’Arméniens furent exterminés.
Le 24 avril 1915 demeure la date mémorielle centrale de cette tragédie
Ce jour-là, à Constantinople, les autorités ottomanes arrêtèrent des centaines d’intellectuels, de religieux, de médecins, d’avocats, d’écrivains et de responsables communautaires arméniens. En frappant les élites, le pouvoir préparait l’anéantissement d’un peuple tout entier. C’est cette date que les Arméniens du monde entier commémorent chaque année comme un appel à la justice et à la vérité.

Bertrand Sade a précisément placé son discours sous ce signe
Il a rappelé que se souvenir ne relève pas d’un simple exercice du passé, mais d’un acte de conscience. Cette formule donne la clef de son intervention. La mémoire n’est pas une convenance. Elle est une exigence morale. Elle oblige à nommer les faits sans détour.
Oui, ce fut un génocide. Oui, ce fut un crime contre l’humanité.
Le nier, l’atténuer ou le travestir revient à porter atteinte à la dignité humaine elle-même. Par ces mots, Bertrand Sade a inscrit la cérémonie dans une clarté nécessaire. Le négationnisme n’est pas seulement une falsification de l’histoire. Il est une seconde violence faite aux victimes. Il cherche à priver les morts de leur vérité et les vivants de leur vigilance.
C’est ici que la parole maçonnique prend tout son sens
La franc-maçonnerie ne peut pas se satisfaire d’une fraternité abstraite. Elle doit se tenir là où l’homme fut nié, là où la dignité fut détruite, là où la vérité demeure menacée. Le travail de mémoire devient alors un véritable travail initiatique. Il oblige à descendre dans les ténèbres de l’histoire pour y chercher ce qui peut encore éclairer la conscience humaine.

Bertrand Sade a également rappelé le lien profond qui unit la France et le peuple arménien Les Arméniens de France ont résisté, combattu, créé, travaillé, transmis. Ils ont enrichi notre culture, notre pensée, notre vie civique et notre République. Leur présence n’est pas seulement l’histoire d’un exil. Elle est celle d’une fidélité reconstruite, d’une dignité préservée, d’une fraternité devenue contribution vivante à la nation française.
Le peuple arménien a traversé la souffrance, la dispersion, la spoliation et l’arrachement Pourtant, il n’a pas disparu. Il a relevé des familles, fondé des associations, transmis des langues, des chants, des rites, des livres, des œuvres. Il a opposé à l’anéantissement la force de la continuité. Il a fait de la mémoire non pas une plainte immobile, mais une présence active.

En cela, Komitas demeure une figure essentielle. Il rappelle qu’un peuple vit aussi par sa voix. Les bourreaux veulent toujours faire taire. Ils veulent que les noms s’effacent, que les chants cessent, que les cimetières disparaissent, que les enfants oublient. Mais la mémoire arménienne a survécu. Elle chante encore. Elle parle encore. Elle oblige encore.
La cérémonie du 24 avril 2026 fut donc davantage qu’un hommage
Elle fut un acte de fidélité aux morts et un avertissement adressé aux vivants. Dans un monde traversé par les haines identitaires, les violences de masse, les réécritures de l’histoire et les tentations de repli, la mémoire du génocide arménien demeure une sentinelle. Elle rappelle ce que devient l’humanité lorsque la raison abdique devant la haine organisée.
La force de l’intervention de Bertrand Sade fut d’articuler cette mémoire à l’idéal républicain et maçonnique. Liberté de conscience, égalité des droits, refus de toute oppression, dignité humaine, laïcité, universalisme, fraternité.
Ces mots, devant le mémorial, n’étaient pas des formules convenues. Ils retrouvaient leur poids véritable. Ils disaient que la République n’est fidèle à elle-même que lorsqu’elle protège la vérité des peuples meurtris.

Devant Komitas, le Grand Orient de France a ainsi rappelé que la mémoire n’est pas une option
Elle est une colonne de la conscience humaine. Elle ne regarde pas seulement hier. Elle engage aujourd’hui. Elle prépare demain. Elle oblige chacun à demeurer vigilant face aux mensonges, aux falsifications et aux prédateurs de mémoire qui cherchent à réécrire le passé pour désarmer l’avenir.
Bertrand Sade a donné à cette commémoration une parole claire, digne et nécessaire. Devant Komitas, gardien blessé du chant arménien, le Grand Orient de France a rappelé que se souvenir, c’est résister. Résister à l’oubli. Résister au mensonge. Résister à tout ce qui nie la dignité humaine. Le 24 avril 2026, la mémoire arménienne n’a pas seulement été honorée. Elle a été élevée comme une lumière de vigilance au cœur même de la cité républicaine.

Photos © Yonnel Ghernaouti, YG
GODF Lettre-d-information-du-24-04-2026

