Comment les maçonnologues nuisent à la Franc-Maçonnerie… en croyant mortellement bien faire

La maçonnologie, dixit les dictionnaires savants, se définit comme la « science maçonnique ». Une science qui embrasse l’histoire, la littérature, la philosophie, la sociologie de notre Art Royal… mais qui s’arrête bien sagement avant le symbolisme et l’initiatique. Moralité : nul besoin d’avoir été reçu Apprenti, Compagnon ou Maître pour se parer du titre flatteur de maçonnologue. En France, quelques plumes en exigent même davantage, cumulant doctorat en Sorbonne et tablier… ce qui laisse Frères et Sœurs songeurs.

Eux qui dissertent avec éloquence des vertus sublimes de la Franc-Maçonnerie n’en possèdent pas le moindre échantillon dans leur besace. Ironie cruelle : certains vont même jusqu’à chanter les louanges d’une lumière qu’ils n’ont jamais entrevue. Leur attitude le démontre quotidiennement.

Oui, le titre claque comme un coup de maillet sur l’enclume de fer. Provocateur ? Indéniablement. Mais diablement proche de la réalité crue. À une époque où le monde se fracture en mille éclats — guerres proxy, polarisation woke vs tradi, algorithmes dopés à la colère —, même la porte des Loges perd de son hermétisme sacré. Tout s’agite, le symbolisme devient accessoire déco, et l’on court après les oracles modernes. Pas encore les voyantes à boule de cristal ou les chiromanciens de foire, non : les maçonnologues font parfaitement l’affaire. Ils posent la cible après la flèche, histoire d’arbitrer proprement le tir dans ce chaos civilisationnel.

Là où la Loge devrait être sanctuaire de lumière…

…les Frères et Sœurs cherchent la sérénité dehors, dans les auspices des temps modernes. Ils veulent le baume du Vénérable, mais seulement quand la fièvre sera tombée et les démons apaisés. Non-sens absolu, vous l’admettrez sans peine. Lors des tempêtes sociétales — élections hystériques, inflation galopante, woke inquisiteurs —, on fait défiler les « sachants » de tout poil : gourous LinkedIn, influenceurs TikTok, et bien sûr, nos maçonnologues patentés.

Les « foires aux alibis » du livre maçonnique

Prenez ces grandes foires annuelles, dites avec emphase « salons du livre maçonnique ». Le bon sens, ce Vénérable sans tablier, commanderait des ateliers concrets : initiation au maillet pour recrues fraîches, exercices de fraternité pour les femmes (grandes absentes statistiques de nos temples), rituels simplifiés pour trentenaires débordés.

Que nenni ! On nous ressert ad nauseam l’antimaçonnisme de 39-45 (encore ?), les sempiternelles badernes de l’antiquité maçonnique : le chevalier Machin-Truc, les Constitutions de Bidule, sans oublier la Sainte-Chapelle de Sœur Roselyne (oui, celle-là). On croirait l’oncle gâteux de l’enfance, ressassant pour la vingtième fois ses campagnes de 14-18 devant un pastis éventé, pendant que les gamins pianotent sur iPhone sous la table.

Nier l’histoire maçonnique ? Jamais de la vie. Les racines templières, les Constitutions d’Anderson, les bulles papales antipathiques : tout cela forge notre identité. Mais croyez-vous sérieusement que les yogis draguent les ados en ânonnant la Shvetashvatara-upanishad ? Que les karatékas recrutent en disséquant la géographie d’Okinawa ou la biographie complète de Gichin Funakoshi, père fondateur ?

Non. On donne envie de pratiquer. On devient acteur de l’Art Royal, pas spectateur condamné à gloser des secrets « réservés aux élus du tablier ». L’initiation n’est pas un billet de conférence : c’est un saut dans l’inconnu, un travail de Pierre Brute qui se mérite au maillet, pas au micro.

Musée paléo pour seniors… et les temples se vident

On transforme l’Art Royal en musée de paléontologie pour retraités en polaire, puis on s’étonne que les ateliers se dessèchent comme momies égyptiennes. On ouvre des Tenues Blanches au public — noble geste ! — pour ânonner des leçons de laïcité à des profanes ébahis qui prennent ça pour un cours d’histoire-géo.

Pire : on mystifie à outrance. On enrobe de secrets fumeux, on affabule des origines atlantes, on drape de mystères orientaux… et on pleure ensuite que la jeunesse snobe nos nuits de vendredis. Trente ans, carrière en tech, deux gosses, Netflix : qui sacrifierait ça pour un professeur bedonnant qui, après cinq weekends à Londres, détient « la Vérité » maçonnique parce qu’il a trois contacts chez les « fondateurs » historiques ?

Soyons sérieux deux minutes. C’est l’oncle de la Saint-Sylvestre qu’on écoute poliment en sirotant le champagne tiède. Pas celui pour qui on réorganise deux vendredis par mois. Le Salon du Livre maçonnique ? Une journée au temple des marchands, avec stands de grimoires à 79 € et conférences soporifiques.

Réinventer l’Art Royal pour 2030 et au-delà

Il est temps de poser les bonnes questions, Vénérables. Penser la Maçonnerie au présent et au futur. Pas en 1723, pas en 1877, mais en 2026 et demain.

Des idées concrètes ?

  • Loges juniors exclusives : tenues de 30 minutes max, exercices pratiques d’écoute active, de respect triangulaire, de prise de parole cadrée, d’initiation au Sacré sans bla-bla ésotérique.
  • Ateliers fraternité : pour femmes actives, trentenaires, minorités sous-représentées. Pas de discours, du faire.
  • Portes Ouvertes sur la pratique : montrez les deux Maçonneries vivantes en France — libérale et symbolique —, pas les musées figés.

Les Rosicruciens l’ont compris : leurs Pronaos préparent l’initiation sans tout déflorer. Les Grandes Écoles ont leurs classes prépa. Pourquoi pas nous ?

Aucun rituel altéré, entendons-nous bien. Mais une refonte des structures de gestion. Quand certaines Obédiences gesticulent encore en 2026 comme des inquisiteurs espagnols du XVe siècle — excommunications pour déviance doctrinale de leurs loges, tabous sur les femmes, chasse aux « impurs » —, on comprend pourquoi les Frères s’échappent discrètement par la petite porte.

Révolution douce, mais rapide. Ce vieux système ne fait plus rêver que des barbons nostalgiques en chaussettes de marin, tablier impeccable mais lumière vacillante.

« Tuer le Père »… ou périr

Le nœud gordien ? Il faut « tuer le Père » symbolique. Devenir meilleurs que lui. Or les modèles n’existent pas encore. Pas de Loge-type 2030 sous cloche à Londres ou Washington.

Cela exige courage, audace, volonté — ces vertus qui ne courent plus les Loges, mais rodent encore chez quelques-uns. Il suffit d’y croire très fort.

Souvenons-nous : le 8 novembre 1989, qui pariait sérieusement sur la chute du Mur de Berlin le lendemain, ce mur dressé 28 ans durant comme rempart de l’impossible ? Les Cassandres maçonniques d’aujourd’hui sont les mêmes qui, en 1989, voyaient l’URSS éternelle.

L’Art Royal se renouvelle… ou disparaît. Tic-tac, Vénérables. Le maillet du temps frappe fort. Qui osera le premier coup ?

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Pierre d’Allergida
Pierre d’Allergida
Pierre d'Allergida, dont l'adhésion à la Franc-Maçonnerie remonte au début des années 1970, a occupé toutes les fonctions au sein de sa Respectable Loge Initialement attiré par les idéaux de fraternité, de liberté et d'égalité, il est aussi reconnu pour avoir modernisé les pratiques rituelles et encouragé le dialogue interconfessionnel. Il pratique le Rite Écossais Ancien et Accepté et en a gravi tous les degrés.

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