
La chaire est le siège du Vénérable Maître, placé à l’Orient de la loge, d’où il préside et dirige les travaux. On parle aussi de « chaire de Salomon », expression qui rattache la fonction présidentielle à la figure du roi bâtisseur du Temple de Jérusalem, modèle de sagesse. Objet bien réel, souvent surélevé et surmonté d’un dais, la chaire est surtout un symbole : celui d’une autorité temporaire, élective et exercée au service de l’atelier. Son vocabulaire, de l’installation à la « montée en chaire », dit beaucoup de la conception maçonnique du pouvoir.
Du grec kathedra au siège du Vénérable

Le mot vient du grec kathedra, le siège, passé au latin cathedra, qui a donné en français à la fois « chaire » et « chaise ». Dans la tradition chrétienne, la cathedra est le siège de l’évêque, d’où le mot cathédrale ; dans l’université, la chaire est le lieu de l’enseignement. La Franc-maçonnerie hérite de ces deux sens : la chaire est à la fois siège d’autorité et lieu de transmission.
La chaire de Salomon
Le Vénérable Maître siège symboliquement à la place du roi Salomon, qui fit bâtir le Temple selon le récit biblique. La tradition anglaise parle de la Chair of King Solomon : lors de la cérémonie d’installation, le nouveau Maître de loge y est conduit, et l’on désigne les anciens présidents comme des Maîtres installés. Dans les loges françaises, l’expression « chaire de Salomon » est d’usage courant.
Le Vénérable n’est d’ailleurs jamais seul : les deux Surveillants, l’Orateur, gardien de la loi, et le Secrétaire l’entourent. La chaire n’est pas un trône d’où l’on décide sans contrôle ; elle est le centre d’un dispositif collégial où chaque officier a sa part de responsabilité, et où le Vénérable rend compte à l’atelier qui l’a élu. Les conclusions de l’Orateur, données avant toute décision, rappellent que l’autorité de la chaire s’exerce dans le cadre des règlements.
Salomon y incarne la Sagesse, première des trois colonnes qui soutiennent la loge avec la Force et la Beauté. Le Vénérable, placé à l’Orient, en est la figure vivante, tandis que les deux Surveillants représentent la Force et la Beauté.
À l’Orient, face à l’Occident
La chaire est installée à l’Orient, souvent sur une estrade de quelques marches, sous le Delta lumineux ou entre les représentations du Soleil et de la Lune. Dès 1730, la divulgation anglaise de Samuel Prichard justifie cette place par une analogie solaire : le Maître se tient à l’Est comme le soleil s’y lève pour ouvrir le jour. Il ouvre de même la loge et met les ouvriers au travail.
Devant la chaire se trouve le plateau du Vénérable, avec le maillet, symbole de direction, et souvent l’épée flamboyante utilisée lors des initiations. Le Vénérable fait face aux deux Surveillants placés à l’Occident, axe qui structure l’espace rituel.
Une autorité élective et temporaire

La chaire n’appartient à personne. Le Vénérable est élu par les Maîtres de la loge pour un mandat limité, généralement d’un an renouvelable dans la limite fixée par les règlements de l’obédience. Il « monte en chaire » lors de son installation et la quitte à l’échéance pour devenir Passé Maître ou ancien Vénérable. Cette rotation exprime une idée essentielle : l’autorité est une charge et un service, non une propriété.
- Installation : cérémonie par laquelle le nouveau Vénérable prend place dans la chaire.
- Collège des Maîtres installés : réunion des anciens Vénérables, rituel propre dans plusieurs rites.
- Passé Maître immédiat : ancien Vénérable qui assiste son successeur, notamment au Rite Émulation.
- Plateau : table placée devant la chaire, où reposent le maillet et les outils de direction.
Symbolique : sagesse, lumière, service
La lecture symbolique traditionnelle fait de la chaire le point d’où la Lumière se diffuse dans l’atelier. Le Vénérable reçoit la parole, la distribue, ouvre et ferme les travaux ; il doit donc voir juste et entendre tout. La chaire est aussi une épreuve : celui qui y siège est jugé sur sa capacité à maintenir l’harmonie, l’équité dans la parole et la régularité du rituel.
Le saviez-vous ?
Dans certaines loges anciennes, la chaire du Vénérable est un meuble d’apparat sculpté, transmis de génération en génération et conservé comme patrimoine. Plusieurs musées maçonniques en exposent, ornés d’équerres, de compas, de colonnes ou d’étoiles flamboyantes.
Pour approfondir : ouvrages de référence
- Samuel Prichard, Masonry Dissected, Londres, 1730.
- Oswald Wirth, Le Livre du Maître, 1922.
- Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Sautoir de Vénérable Maître, Orient, Installation, Sagesse, Force, Beauté, Maillet.
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