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Le cercueil est l’un des symboles majeurs du grade de maître. Lié à la légende d’Hiram, il évoque la mort du maître d’œuvre assassiné, la recherche de son corps et son relèvement. Dans le temple du 3e grade, tendu de noir, il figure sur le tableau de loge et occupe parfois une place centrale dans la cérémonie. Il ne renvoie pas d’abord à la mort physique, mais à une mort initiatique : la fin d’un état ancien, condition d’une naissance nouvelle. C’est aussi l’un des symboles qui ont le plus alimenté l’imaginaire profane sur les rites maçonniques.
Dans la légende d’Hiram

La légende du 3e grade raconte la mort d’Hiram, frappé par trois compagnons qui voulaient lui arracher les secrets de la maîtrise. Son corps, caché puis enterré, est recherché par des maîtres envoyés par Salomon, qui retrouvent la tombe grâce à une branche d’acacia. Le cercueil, la tombe et le drap mortuaire sont les supports visuels de ce récit. Ils matérialisent la perte : celle du maître, et avec lui celle de la parole, remplacée par un mot substitué.
Sur le tableau et dans la chambre du milieu
Le tableau de loge du grade de maître représente généralement un cercueil, souvent accompagné d’une branche d’acacia, d’une équerre et d’un compas, parfois d’une tête de mort et de larmes. Le temple, que l’on appelle alors chambre du milieu, est tendu de noir. Dans plusieurs rites, la cérémonie d’élévation fait jouer au récipiendaire le rôle d’Hiram ; les ouvrages publiés sur le rituel décrivent ce principe sans qu’il soit nécessaire d’en détailler le déroulement.
Une mort symbolique
La franc-maçonnerie reprend ici un motif présent dans de nombreuses traditions initiatiques : pour renaître, il faut mourir à l’état précédent. Le cabinet de réflexion de l’apprenti annonçait déjà ce thème, avec le crâne et le sablier ; le 3e grade le porte à son accomplissement. Le cercueil n’est donc pas un objet macabre mais un lieu de passage : on y entre comme compagnon, on en sort comme maître.
Ce que l’on peut y lire

- La finitude : une méditation sur la mort, commune à toutes les sagesses.
- La fidélité : Hiram meurt plutôt que de livrer ce qui ne lui appartient pas.
- La perte : la parole disparaît avec le maître et devra être recherchée.
- Le relèvement : le corps n’est pas laissé à la tombe, il est relevé par la fraternité.
- La transmission : la maîtrise passe d’un maître mort à des maîtres vivants.
Le cercueil et les morts de la loge
Le symbole touche aussi la vie réelle des loges. Lors des tenues funèbres, un catafalque ou un cercueil symbolique est parfois dressé au centre du temple, entouré de lumières, pour honorer les frères et sœurs disparus. Les obsèques maçonniques, quand la famille le souhaite, comportent le dépôt d’une branche d’acacia. Le cercueil rituel prépare ainsi chaque maçon à regarder la mort de ses proches et la sienne avec une certaine sérénité.
Un symbole mal compris
Le cercueil a souvent nourri les fantasmes antimaçonniques du XIXe siècle, qui y voyaient la preuve de rites lugubres ou de serments de mort. Les historiens montrent qu’il s’agit d’un dispositif théâtral, inscrit dans la tradition des drames allégoriques et des memento mori chrétiens, et non d’une pratique occulte. Les divulgations du XVIIIe siècle, à commencer par Masonry Dissected de Samuel Prichard (1730), avaient d’ailleurs rendu publique la légende d’Hiram très tôt.
Selon les rites

Tous les rites qui pratiquent la légende d’Hiram font une place au cercueil ou à la tombe, mais de manière différente. Au Rite français et au Rite Écossais Ancien et Accepté, la chambre du milieu, tendue de noir et éclairée faiblement, place la tombe au centre du drame. Dans le rite anglais Emulation, le tableau du troisième degré représente un cercueil vu en plan, avec des emblèmes de mortalité. Le Régime Écossais Rectifié inscrit la mort du maître dans une lecture spirituelle chrétienne. Ces variantes portent sur la mise en scène ; le sens, mort et relèvement, reste partagé.
Pour approfondir
- Mircea Eliade, Naissances mystiques, Gallimard, 1959.
- Samuel Prichard, Masonry Dissected, Londres, 1730.
- Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Hiram, Acacia, Élection de Carl Fredrik Scheffer comme Grand Maître national de Suède, 1753 (date historique), Chambre du Milieu, Tenue Funèbre, Parole perdue, Cabinet de Réflexion.
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