Dans le débat récurrent sur la double appartenance, une figure revient obstinément : celle du croyant pratiquant – chrétien, musulman, juif, pratiquant d’une autre religion révélée – qui affirme gravir spirituellement par deux chemins à la fois, sans heurt, sans rupture, sans contradiction. Cette figure, bien que sincère chez la plupart des maçons, repose sur une incohérence méthodologique, spirituelle et logique dont la majorité des intéressés ne tirent pas la conséquence ultime : « On ne peut pas à la fois se tenir sous le ciel de la Révélation et sur le terrain de l’autonomie absolue de la raison sans que l’un des deux ciels s’effondre. »
Deux voies radicalement opposées

Toute religion fondée sur la foi au sens théologique repose sur un principe central : l’acceptation première d’une vérité transcendante, reçue par grâce, mission prophétique ou autorité spirituelle reconnue comme normative. Le croyant ne procède pas par hypothèse, mais par adhésion à une vérité révélée qu’il ne se donne pas à lui‑même, qu’il reçoit comme un don et une norme. Le doute, lorsqu’il existe, est un état passager à surmonter, une tentation à purifier par la ré‑adhésion, non un instrument de recherche. Le point de départ du croyant est donc un horizon de sens déjà donné, auquel il ajuste sa vie, ses pensées, ses pratiques.
À l’inverse, la Franc‑maçonnerie spéculative moderne, surtout dans ses obédiences « adogmatiques », érige la libre recherche, la critique systématique et le doute rationnel en méthode centrale. Elle n’offre pas de vérité prête à l’emploi, mais un cadre rituel où l’initié est invité à questionner, remettre en cause, démonter les certitudes, tester les symboles, recomposer sa propre vision du monde à partir de sa propre raison. Le Grand Architecte de l’Univers, lui‑même, est conçu comme une notion délibérément vague, ouverte, non‑confessionnelle, une référence à laquelle la Maçonnerie consent précisément pour ne pas se fermer à aucun dieu, à aucune révélation particulière. Ce n’est pas une foi posée, c’est une hypothèse laissée volontairement flottante.
Ces deux approches ne se complètent pas ; elles s’opposent dans leur dynamique fondamentale :
- L’une descend du sommet : Dieu révèle → l’homme reçoit par la foi, sans pouvoir neutraliser ou subordonner la révélation à son propre jugement.
- L’autre monte du bas : l’homme cherche, compare, doute, vérifie → et c’est sa propre expérience, son raisonnement, son examen qui valident ce qu’il acceptera comme « vrai ».
Dire que l’on peut simultanément adhérer à une vérité normative, révélée, ultime et soumettre toute vérité (y compris révélée) à la révision critique permanente est une contradiction performative : on affirme la valeur absolue de la Révélation tout en utilisant la méthode de la Maçonnerie, qui, par définition, refuse de reconnaître une vérité finale.
Ainsi, la pratique de ces deux voies est légitimement possible, mais le résultat qui en découle est forcément annulé par l’opposition des méthodes.
Le relativisme contre l’absolu

C’est précisément cette logique relativiste qui frappe les institutions révélées. Les textes magistériels de l’Église catholique, notamment la Déclaration de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi de 1983 – réaffirmée récemment en 2023 – marquent clairement l’incompatibilité entre une foi révélée, objective et normative et une logique maçonnique fondée sur le relativisme, le naturalisme et l’indifférentisme religieux. Il ne s’agit pas seulement d’un conflit de style, mais d’une opposition de structure : la foi chrétienne affirme que certaines vérités sont révélées, définitives, non négociables ; la Maçonnerie postule qu’aucune religion ne détient le monopole de la vérité, que toutes sont des voies relatives, complémentaires, néanmoins situées dans un même horizon mystère.
On comprend alors pourquoi la double appartenance, dans la logique d’États spirituels reconnus, apparaît non comme une nuance, mais comme une violation de la priorité de la Révélation.
On ne peut pas, sans se contredire, dire la Révélation est la base de ma vie, et appliquer en secret, dans la Loge, une méthode qui suspend la valeur révélée au tribunal de la raison critique.
Le rationalisme maçonnique, bien qu’il ne se proclame pas athée, est foncièrement hostile à tout monopole de la vérité religieuse. Il ne combat pas nécessairement Dieu, mais il combat l’idée que l’on puisse l’atteindre par une révélation exclusive, ce qui est précisément le cœur de la foi religieuse.
La « pratique sans problème » : une incohérence antinomique
On entend souvent cette objection, formulée avec une parfaite bonne foi :
« J’ai toujours été croyant, pratiquant depuis des années, et je suis également franc‑maçon sans que cela me pose le moindre problème. J’intègre sans difficulté mes deux appartenances, je distingue les sphères, et tout fonctionne très bien. »

Cette affirmation se rencontre effectivement souvent, et il faut le reconnaître : beaucoup de maçons croyants ont vécu longtemps, et parfois jusqu’à la fin de leur vie, dans cette double pratique sans crise apparente. Leur sincérité, leur bonne foi, leur générosité spirituelle ou charitable ne sont pas à mettre en doute.
Ce qui est en question, ce n’est pas la loyauté personnelle, mais la cohérence logique et spirituelle du système.
L’erreur de ces adeptes des deux voies est de confondre absence de crise avec absence de contradiction.
Le fait qu’un croyant ne se sente pas « déchiré » ne signifie pas que ses deux logiques se superposent sans tension. Il signifie seulement qu’il a réussi, peut-être avec habileté, à compartimenter ses deux appartenances :
- le dimanche, il est le croyant soumis à la Révélation,
- le mercredi, il est le maçon exerçant librement sa raison,
- le reste du temps, il se considère comme « quelqu’un qui vit les deux », sans que son discours interne questionne réellement la nature des deux systèmes.
Or, il s’agit là d’une dissociation cognitive, non d’une synthèse harmonieuse. Le croyant s’affirme comme celui qui reçoit la vérité, tandis que le maçon se veut celui qui la cherche. Ils utilisent deux logiques mentales incompatibles selon le jour, la circonstance, le groupe, la langue parlée. À long terme, cela ne neutralise pas la contradiction ; cela la rend invisible à l’acteur lui‑même, qui finit par croire qu’il a inventé une troisième voie, alors qu’il alterne simplement entre deux voies déjà là, déjà définies, déjà opposées.
Cette double pratique pose donc un double problème :

- Problème moral et spirituel : on ne peut pas sincèrement adhérer à une vérité révélée en refusant systématiquement d’appliquer la même méthode de doute critique à cette vérité que l’on applique à toutes les autres. On finit par la réduire à une « vérité culturelle », une identité affective, plutôt qu’à une vérité normative.
- Problème logique : il est contradictoire de soutenir qu’on se conforme à une vérité absolue tout en admettant que la méthode de la Loge, appliquée sans restriction, conduirait à la remettre en question. Le croyant maçon finit par faire une exception non pas pour la Loge, mais pour sa propre religion, ce qui mine la prétention de la Maçonnerie à la liberté de conscience totale.
Dire qu’on « pratique les deux voies sans problème » revient à affirmer qu’on vit simultanément sous deux lois, deux systèmes, deux hiérarchies de l’esprit, sans que cela entraîne un conflit. C’est possible dans l’expérience subjective, mais cela reste une incohérence objective : la logique de la foi et la logique de la libre recherche ne se supportent pas sans compromis.
On ne peut pas sérieusement maintenir qu’on se soumet à la Révélation et qu’on se réserve le droit de la passer indéfiniment au banc de la raison critique sans aboutir à sa dilution, à sa relativisation, à sa transformation en « option parmi d’autres ».
La schizophrénie spirituelle des défenseurs de la double pratique
Les arguments avancés par les partisans de la compatibilité révèlent souvent une incohérence difficile à soutenir sans se contredire.

- Ils affirment : « La Maçonnerie n’est pas une religion », tout en lui reconnaissant rites, symboles, rites initiatiques, morale, quête spirituelle structurée et une hiérarchie d’expériences intérieures. Ils veulent donner à la Loge tous les aspects d’une religion, sans en porter le nom ni en accepter la conséquence : elle finit par fonctionner comme une religion, au minimum comme une religion parallèle.
- Ils prétendent : « Le doute maçonnique “purifie” la foi », tout en acceptant, de manière théorique, que ce doute puisse s’appliquer à tous les dogmes, y compris ceux de leur propre religion. Ils se dispensent subrepticement d’appliquer la méthode à leur vérité intime, ce qui vide la Maçonnerie de sa prétention à la rigueur.
- Ils invoquent la « complémentarité » sans jamais expliquer comment deux systèmes, chacun exigeant une allégeance totale – le croyant à la Révélation, le maçon à la liberté de conscience absolue – peuvent se compléter sans se dévorer mutuellement.
Cette compartimentation – « je crois le dimanche, je doute le mercredi en Loge » – n’est pas une synthèse, c’est une dissociation. On utilise deux systèmes opératoires mentaux incompatibles selon le contexte, comme si l’on pouvait vivre sous deux lois, deux dogmes, deux dialectiques de la vérité, sans que cela entraîne tension. À long terme, cela produit soit :
- un affadissement de la foi (qui devient confort culturel, identité confortable sans exigence de vérité absolue),
- soit un abandon progressif de la pratique maçonnique (lorsque l’on prend au sérieux l’une des deux voies),
- soit une forme de syncrétisme diffus, où l’on arrange soi‑même le mélange, sans rhétorique, mais sans rigueur qui conduit à long terme à produire des maçons sans missel et sans tablier.
Une question d’honnêteté intellectuelle

Les grands penseurs des Lumières, dont Montesquieu lui‑même, voyaient dans la Maçonnerie un espace de liberté critique face aux dogmes religieux dominants. Ils ne prétendaient pas qu’on puisse, avec la même sincérité intellectuelle, se tenir à la fois dans la foi révélée et dans la recherche rationaliste absolue ; ils choisissaient, explicitement ou implicitement, une voie, ou bien hiérarchisaient clairement leur adhésion.
Prétendre aujourd’hui que l’on peut gravir la même montagne spirituelle par deux chemins diamétralement opposés – l’un par la confiance et la soumission à une Révélation, l’autre par la mise entre parenthèses systématique de toute révélation en s’appuyant uniquement sur la méthode rationnelle – relève plus d’un souhait pieux que de la cohérence philosophique ou spirituelle.
On peut, évidemment, respecter profondément les deux voies (et ses pratiquants), les étudier l’une après l’autre, les comparer, les mettre en dialogue. On peut même, à un moment de sa vie, traverser l’une puis l’autre.
Mais vivre simultanément les deux avec la même intensité, la même loyauté, la même prétention à la vérité, c’est entrer dans une contradiction performative : on se conforme au principe de la Révélation tout en refusant de lui accorder la place que la Loge réserve à la libre recherche, ce qui finit par trahir l’exigence radicale de chacune.
La vérité est inconfortable

La vérité est inconfortable : la foi religieuse, au sens révélé, et la démarche maçonnique radicale, au sens de la libre recherche et du doute systématique, sont, dans leur essence, incompatibles. Reconnaître cette réalité n’est pas un jugement moral, moralisateur ou sectaire ; c’est un constat de logique, de cohérence intérieure et de respect pour la radicalité des deux systèmes.
La double appartenance, lorsqu’elle se veut pleine et entière, n’est pas une ouverture, mais une mitose de la conscience : on scinde l’acteur de l’expérience pour ne pas avoir à trancher entre deux exigences contradictoires. L’honnêteté véritable, pour celui qui cherche la vérité, consiste non à se rassurer dans le compromis, mais à choisir, consciemment, entre une voie qui se fonde sur la Révélation et une voie qui se fonde sur la recherche et le doute.
La foi religieuse et la Maçonnerie peuvent coexister dans le monde, mais pas dans la même conscience, sans se nuire mutuellement.
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Pourquoi personne n’a encore défini l’identité universelle de la Franc-maçonnerie ? (Par Pierre d’Allergida)
Chaque franc-maçon, selon son parcours, son obédience, son tempérament et son degré d’avancement, tend à proposer une définition de la Franc-maçonnerie qui reflète sa propre expérience et son propre ressenti. Pour les uns, elle est une école de morale ; pour d’autres, une société de pensée, un outil de progrès social, une voie spirituelle, un lieu de sociabilité ou encore un réseau de solidarité. Cette pluralité n’est pas un défaut en soi : elle atteste de la richesse de l’Institution. Mais elle révèle aussi une difficulté majeure : il n’existe pas, à ce jour, de définition unique, consensuelle et véritablement opératoire de ce qu’est fondamentalement la Franc-maçonnerie.

« What do read, my lord ? – words words words »(Hamlet)
Même si l’argumentaire est rigoureux et clair, on peut le résumer à cette constatation.
Je suis chrétien fervent (certes du courant du protestantisme libéral, depis 60 ans) ET franc-maçon d’une obédience théiste (depuis 42 ans).
En tant que chrétien je vais au temple chanter les louanges du Seigneur, que je définis, comme Spinoza (excusez du peu) « un être infini dans tous ses attributs » (eux-mêms infinis).
Quand je vais en loge, je me restreins à UN des ces attributs : l’architecte de l’Univers, c à d le créareur et ordonateur de ce monde (ordo ab chao).
Je fus grand sportif (je fus, car à 84 ans, j’ai « fermé la main » !) mais me suis restreint aux arts martiaux extrème-orientaux ; n’étais-ja pas sportif ??
Je fus docteur en médecine (ce diplome est universel) mais me suis restreint à une spécialité : contradiction ?
Edgar Morin, le chantre de la complexité, vient de mourir : enterrons-le vite ?
C’est plutôt l’inverse…
Difficile d’être Maçon quand on ne croit en rien et surtout pas en la transcendance…
Mais on peut aimer l’ambiance club des loges athées.
Nous sommes affranchis, Francs, et par cela nous avons choisi d’être choisis ! Lorsqu’on pose la question « croyez vous en Dieu ? » sur un ton radical, fonction oblige, si nous disions « non » l’affaire serait réglée.
Mais nous disons « oui » sans demander si nous parlons du même Dieu, l’Unique Le Seul Créateur de toute chose, nous nous embarquons peut être dans une galère, mais puisqu’un parrain ami nous invite dans une monde différent du vulgaire, alors nous sommes en confiance. Personne ne nous demande « pratiquez vous un culte ? », c’est que cette pratique n’aurait rien à voir avec la FM qui n’est pas un Ordre malhonnête (L’Ordre n’étant pas ceux qui le composent). Est ce que la réponse « oui je pratique une religion ! » aurait une incidence sur notre engagement, car on ajoute Dieu « GADLU » pour distinguer son universalité aux diverses doctrines et dogmes religieux. Depuis 16 ans, j’entends parler de personnages bibliques, j’entends de belles histoires qui me concerne en tant que croyant (non pratiquant sauf les fêtes), mais que je regardais de loin, un peu par tradition familiale. Le parcours qui m’a permis de fouler indifféremment le Pavé Mosaïque, en Loge bleu, à la Marque ou au sein de l’Arche Royale, a révélé au croyant ignorant que j’étais et que je suis encore, des textes, prières, paraboles, et tracé ainsi un chemin qui va de l’Alep au Taw (Alpha à Oméga), qui éclairé par la fraternité m’a permis de renforcer ma foi en un D.ieu métaphysique et en sa Création, malgré ma déception du genre humain, qui ne fait que jouer son rôle dans ma construction. Je pense qu’un pratiquant honnête (sans dogme affirmé), quelle que soit sa religion, y trouvera son compte. ****
Si la démonstration de notre F:. Charles-Albert présente en effet quelques faiblesses ou maladresses, elle a au moins l’immense mérite d’avoir suscité de superbes réactions, extrêmement interessantes et enrichissantes, pour nous tous je pense. Merci à tous.
En lisant cet article, on se demande pourquoi René Guénon a consacré une partie considérable de son oeuvre à définir l’exotérisme et l’ésotérisme et à expliquer pourquoi ce dernier ne pouvait se construire sans s’appuyer sur le premier. Citons ce passage « d’initiation et réalisation spirituelle » (page 74) : « l’adhésion à un exotérisme est une condition préalable pour parvenir à un ésotérisme. » et encore « l’exotérisme, bien loin d’être rejeté, doit être transformé dans une mesure correspondant au degré atteint par l’initié. » Il faudrait reprendre, chapitre après chapitre, les « aperçus sur l’initiation ».
Je croyais aussi que la réduction de l’initiation à un relativisme était l’apanage des scribes et des pharisiens du Vatican, vous savez ceux à qui le Christ a reproché d’avoir les clés du royaume, de ne pas entrer eux-mêmes et d’empêcher les autres d’entrer. Je me suis trompé, on en trouve aussi chez les Francs-maçons.
Article un peu trop long et redondant, dont le style me fait penser que l’IA a parlé autant que Charles Albert.
Notamment un certain fanatisme doctrinaire qui évince la pensée lumineuse, les sentiments, l’âme, l’imagination et l’intuition est à écarter.
MTCF Charles Albert, le pavé mosaïque
nous invite tous les jours à concilier les contraires…
Si tant est que religion ou spiritualité religieuse soient opposées à franc maçonnerie…
C’est un peu comme l’or et l’argent qui fusionnés donnent l’electrum, un alliage qui brille plus que chaque élément pur et dont les égyptiens recouvraient le pyramidion.
Et si la foi maçonnique était un approfondissement de sa foi religieuse , il y aurait-il incompatibilité ? Pas pour les millions de FM engagés dans le courant majoritaire de la Franc-Maconnerie traditionnelle et spirituelle ayant pour fondement la croyance au Grand Architecte de l’Univers qui est Dieu. En tous c’est ce que semble nous témoigner notre Frère Heinrich Weninger ancien diplomate autrichien et évêque de l’église catholique Romaine qui fut conseiller et très proche des deux anciens Papes !
Et si le christianisme ramené à sa dimension humaniste refusait en tant que tel le dogmatisme imposé par la religion ? En tant que prêtre, je trouve cohérent mon engagement en franc-maçonnerie adogmatique… Et s’il apparait d’apparentes contradictions, elles constituent des points de réflexion dans la recherche de la vérité.
Je suis toujours étonné du manque de formation et d’information des francs-maçons sur les systèmes mis en place par les religions. La foi et le doute sont les deux faces d’une même réalité.
Votre texte pose une question légitime : peut-on être à la fois croyant pratiquant et franc-maçon ? Mais la réponse que vous y apportez me semble moins relever d’une démonstration que d’une vision très personnelle, fermée, et finalement peu conforme à l’esprit maçonnique.
Vous présentez la foi comme une soumission à une vérité révélée, excluant le doute et la réflexion. C’est une réduction. Toute vie spirituelle profonde connaît le questionnement, l’épreuve intérieure, l’interprétation, le discernement. Le croyant n’est pas nécessairement celui qui renonce à penser ; il peut être celui qui cherche à comprendre ce qu’il reçoit.
Vous réduisez également la Franc-maçonnerie à un rationalisme critique, presque hostile à toute vérité spirituelle. Là encore, c’est incomplet. La Maçonnerie est aussi une voie symbolique, rituelle, initiatique et fraternelle. Elle ne remplace pas la religion, elle n’impose aucun dogme, elle offre un cadre de travail où chacun chemine selon sa conscience.
Votre raisonnement repose sur une opposition trop simple : d’un côté la Révélation, de l’autre la libre recherche. Mais l’être humain n’est pas toujours enfermé dans cette alternative. Il peut recevoir et interroger, croire et chercher, être fidèle à une tradition tout en acceptant que d’autres marchent autrement vers la Lumière.
La Loge n’a pas pour vocation de juger la validité d’une foi, ni de devenir le tribunal des religions. Elle demande seulement qu’aucune croyance particulière ne soit imposée comme norme commune à tous. Ce n’est pas du relativisme : c’est de la tolérance.
Ce qui me semble profondément problématique dans votre texte, c’est qu’il prétend décider, de l’extérieur, de la cohérence intérieure d’autrui. Vous affirmez que le croyant maçon vit nécessairement dans une contradiction, voire une “schizophrénie spirituelle”. Ce vocabulaire est excessif et révélateur : il transforme une tension possible en pathologie, et une différence de chemin en faute intellectuelle.
Or l’esprit maçonnique ne consiste pas à enfermer l’autre dans une définition imposée. Il consiste à l’interroger fraternellement : comment articules-tu ta foi et ta démarche initiatique ? Comment évites-tu le dogmatisme ? Comment demeures-tu libre sans renier ce qui t’élève ?
Il peut bien sûr exister des incompatibilités selon les obédiences, les religions ou les consciences individuelles. Mais affirmer que toute double appartenance est impossible “par essence” revient à faire d’une opinion personnelle une vérité universelle.
La Maçonnerie, lorsqu’elle est fidèle à son esprit le plus noble, ne demande pas à chacun d’abandonner son ciel. Elle demande simplement que personne ne transforme son ciel en prison pour les autres.
C’est pourquoi votre texte, malgré son apparente rigueur, me semble manquer l’essentiel : la Maçonnerie n’est pas l’art d’exclure, mais celui de faire dialoguer des êtres différents sous une même voûte symbolique.
La vraie cohérence n’est pas toujours dans la séparation. Elle peut aussi se trouver dans une conscience assez vaste pour accueillir la foi, la raison, le symbole, le doute, la fraternité et le respect.
Et c’est peut-être cela, travailler à la Lumière.
Excellent
Je partage entièrement
J’aime bien ceux qui détiennent la vérité , et je vois dans cet article un petit manque de tolérance et surtout delà suffisance .
Très Cher et Bien-Aimé Frère, Très Cher Marc,
Tu as raison de rappeler qu’il existe une maçonnerie chrétienne, et personne ne songe à lui contester le droit d’exister. La liberté maçonnique commence précisément là, dans la possibilité pour des sensibilités différentes de travailler selon des rites, des références et des voies spirituelles diverses.
Mais dire que la franc-maçonnerie aurait été « fondée par des chrétiens » demande tout de même quelques nuances historiques.
Elle naît, dans sa forme spéculative moderne, dans l’Angleterre du début du XVIIIe siècle, c’est-à-dire dans un monde socialement et culturellement chrétien, traversé par l’anglicanisme, les dissidences protestantes, la mémoire catholique, les tensions jacobites, les querelles confessionnelles et les fractures politiques issues de la Glorieuse Révolution.
Ce n’est donc pas une fondation chrétienne au sens d’une Église, d’une confession ou d’un magistère doctrinal.
C’est plutôt la tentative de créer un espace où des hommes que tout aurait pu séparer puissent se reconnaître dans une morale commune, au-delà de leurs appartenances religieuses particulières.
C’est tout l’esprit des Constitutions dites d’Anderson de 1723.
Le maçon n’y est pas renvoyé à une Église particulière, mais à cette religion sur laquelle tous les hommes peuvent s’accorder, laissant à chacun ses opinions propres.
La formule est capitale. Elle ne fabrique pas une chapelle maçonnique. Elle cherche au contraire à éviter que la loge devienne le prolongement d’une chapelle.
Sur le mot dogmatique, la distinction mérite aussi d’être posée.
Une doctrine n’est pas forcément dogmatique. Toute tradition possède une architecture symbolique, une cohérence, une mémoire, une colonne vertébrale. Mais elle devient dogmatique lorsqu’elle cesse d’éclairer pour commencer à exclure, lorsqu’elle transforme un héritage spirituel en critère d’orthodoxie, lorsqu’elle laisse entendre qu’un frère juif, musulman, agnostique ou simplement adogmatique serait moins légitime dans la quête initiatique qu’un frère chrétien.
Le Rite ou Régime Écossais Rectifié a une histoire chrétienne, cela est incontestable.
Jean-Baptiste Willermoz, le Convent des Gaules, Wilhelmsbad, toute cette matière spirituelle appartient à une généalogie précise.
Mais la question demeure. Travaille-t-on cette matière comme un langage symbolique, initiatique et chevaleresque, ou bien comme une doctrine religieuse de substitution ?
C’est là que la critique devient nécessaire.
Lorsque certaines structures paraissent confondre voie initiatique et appartenance confessionnelle, Temple et chapelle, symbole et catéchisme, il n’est pas illégitime de s’interroger. La franc-maçonnerie peut accueillir des croyants. Elle ne doit pas devenir un rassemblement de croyants sous décor maçonnique.
Que le Grand Prieuré des Gaules, les LNFU ou d’autres microstructures assument une orientation chrétienne, c’est leur droit. Mais qu’elles ne laissent pas entendre que cette voie serait plus pure, plus traditionnelle ou plus authentiquement maçonnique que les voies libérales, adogmatiques ou universalistes.
La maçonnerie n’a pas été créée pour remplacer l’Église officielle, ni pour offrir une seconde sacristie à ceux qui rêvent d’un christianisme recomposé sous l’équerre et le compas.
La vraie question n’est donc pas de savoir si un maçon peut être chrétien. Bien sûr qu’il le peut. La vraie question est de savoir si une loge demeure un lieu où toutes les consciences libres peuvent travailler ensemble, ou si elle devient peu à peu un lieu où l’on exige de croire juste avant de penser librement.
Très cher et bien aimé frère Peyo,
Me permettriez-vous de vous inviter à découvrir le denier numéro du Phénix Renaissant ?
https://www.directoirerectifiedefrance.org/le-phenix-renaissant/
Peut-être que la lecture de cet ouvrage vous aidera, ainsi que d’autres francs-maçons et plus généralement toutes les âmes de désir, à mieux comprendre en profondeur cette distinction d’une importance capitale entre apocryphe et non apocryphe, Religion naturelle et Religion surnaturelle.
Chacun peut choisir (ou non) sa voie, librement bien sûr, et surtout en respectant toujours l’autre dans ses choix, mais ce choix est décisif. Il entraîne deux visions du monde et de l’homme, opposées par principe (au départ).
II est important de connaître ces 2 visions pour choisir en toute connaissance de cause.
Trop souvent malheureusement la franc-maçonnerie considère qu’il n’y a qu’une voie, celle qui se réclame de la religion naturelle, méconnaissant dès lors totalement l’essence du Régime Écossais Rectifié, et n’y comprenant rien, elle va jusqu’à le dénaturer.
Vous y apprendrez notamment, dès l’introduction de cet opus, que notre Régime Écossais Rectifié aurait dû se nommer Régime Maçonnique Rectifié et l’on comprend pourquoi !
Toute la Maçonnerie, se réclamant des principes andersonniens affirmait se référer à la religion naturelle, et l’affirme toujours aujourd’hui de près ou de loin.
Alors que le Rectifié s’oppose depuis sa création en 1778 à cette tradition naturelle qu’il juge apocryphe, revendiquant au contraire de s’inscrire dans la tradition non apocryphe, la religion surnaturelle.
Si cette approche de la maçonnerie vous intéresse, vous êtes chaleureusement invité à suivre notre groupe Facebook, La franc-maçonnerie rectifiée au Québec :
https://www.facebook.com/share/g/17xEnyADp2/?mibextid=wwXIfr
Faire place sa juste place à la raison, ou à la foi, n’implique aucunement de ne faire aucun choix de direction dans son chemin de vie, quitte à en changer au fil de son évolution. Confondre dogme et dogmatisme reviendrait à confondre autorité et autoritarisme. Les dogmes sont des lumières sur le chemin, ils nous évitent de nous disperser en vaines conjectures par la profondeur et la multiplicité de leurs interprétations possibles, mais bien fol serait celui qui confond la lumière du lampadaire avec la lune. Prendre les croyants pratiquants …et FM…pour des abrutis incapables de réfléchir à la « soupe » qu’on leur servirait, est d’une arrogance et d’une prétention assez commune hélas chez les FM qui se targuent de « libre pensée ». Peut-être, qu’en l’absence quasi totale d’humilité, leur sentiment de supériorité intellectuelle, et morale aussi apparemment, suffirait à compenser l’absence de celui de la transcendance et de l’indicible mystère que l’on ne peut que ressentir ?
Donc les membres de la glua ( 270 000 ) de la glnf et de la glamf ne seraient pas franc maçons…
c’est n’importe quoi
et en france seuls 50 000 maçons sur 180 000 c’est a dire ceux qui ont volé le terme franc maçon pour l’utiliser a des fins de militantisme politique seraient des maçons!!!
c’est le monde a l’envers
Le gadlu représente les lois mathématique qui ont contribué a la création de l’univers et du vivant ..rien de religieux la dedans
Pour la GLUA, jette un œil, sans doute le 3e, sur leur site ! Le Vatican de la FM donne 170 000 frères…
oui c’est 170 000
quelle pauvreté intellectuelle, culturelle et religieuse dans cette pseudo démonstration philosophique.
pratiquant le Rite Ecossais Rectifié (RER), comme chrétien, je reste un maçon libre et adogmatique.
j’ai toujours pensé et dit que la franc-maçonnerie éclaire ma foi
Un maçon libre et adogmatique…
Ouf, tu n es donc pas au GPDG ou à la LNFU, des ayatollas du Rectifié.
Les ayatollahs du Rectifié ? Comme vous y allez !
Merci à ceux qui rappellent ici que la Franc-maçonnerie a été fondée par des chrétiens et qu’il existe encore aujourd’hui une maçonnerie chrétienne et fière de l’être.
Si elle professe une doctrine, elle ne peut se voir qualifiée de dogmatique pour autant, Mais elle ne revendique certainement pas d’appartenir à la maçonnerie dite libérale dont parle l’auteur, comme s’il n’existait plus que cette franc-maçonnerie-là.
Avec cette logique de raisonnement, comment peut-on vivre simultanément dans le macrocosme gravitationnel et l’infiniment petit de la physique quantique probabiliste « sans mitose de la conscience » ? Et pourtant, on y vit !
Pourquoi vouloir séparer religion et maçonnerie ? On peut être croyant et franc-maçon, la tolérance est même une des bases des valeurs portées par les FM… Cette opposition ne semble pas pertinente, et encore moins tolérante. Les maçons devraient prôner l’unité (intérieure et dans le monde profane) plutôt que de cliver…
Sujet un peu « bateau » mais essentiel. On voit ici la technique du double homme de paille : vous donnez une image fausse et de la religion et de la maçonnerie, pour déclarer qu’elles sont incompatibles.
D’abord toute religion n’est pas révélée. Ensuite même dans les religions révélées, la raison n’est pas congédiée. Il faut lire l’encyclique « fides et ratio » pour voir qu’au « fides quaerens intellectum » de saint Anselme se conjugue un « intellectus quaerens fidem ». Le dogme n’est pas un mur mais une corde qui l’accompagne pendant que l’Homme gravit la montagne. Il indique un horizon qui se retire progressivement, mais qui reste là, présent pendant la recherche spirituelle. La raison humaine, par nature, pose des questions « ultimes » sur le sens et le fondement de l’existence. Parvenue à ses limites, la philosophie réalise qu’elle ne peut répondre seule à la soif de transcendance. La foi devient alors l’horizon nécessaire où la raison trouve son plein achèvement. La foi purifie la raison de ses dérives idéologiques, l’empêchant de se prendre pour une divinité. En retour la raison est nécessaire à la foi. Bernanos disait : « La foi, c’est vingt-quatre heures de doute, moins une minute d’espérance. »
Ensuite la maçonnerie n’est pas « fondée sur le relativisme, le naturalisme et l’indifférentisme religieux ». D’abord cela dépend selon les rites et les obédiences. Ensuite même au R.E.A.A. où la raison accompagne l’homme dans son voyage, elle ne prétend pas à l’absolu, qui pourtant n’est pas nié, mais affirmé. La maçonnerie n’est pas une religion en ce qu’elle n’apporte pas de salut de l’âme. Elle n’est qu’une méthode qui permet à l’homme de s’améliorer sur son chemin de vie. Ai-je besoin de rappeler que la maçonnerie a été fondée par des croyants sincères ? Ceux qui la voit comme s’opposant aux religions se trompent sur sa nature. Il ne faut pas prendre la maçonnerie prétendument « libérale et adogmatique » comme représentant légitime de la franc-maçonnerie.
Exactement vous avez tout à fait raison de le rappeler.
Il ne faut pas prendre la maçonnerie prétendument « libérale et adogmatique » comme représentant légitime de la franc-maçonnerie.