Dans les années 1970 en Italie, un homme, Licio Gelli, a pris la tête d’une loge maçonnique regroupant les personnes les plus influentes du pays. En quelques années, cet homme a quasiment réussi à créer un Etat dans l’Etat.
Cette loge P2, pour « Propaganda Due », dépendait du Grand Orient d’Italie, la plus ancienne obédience maçonnique du pays. En 1976, le Grand Orient suspend cette loge P2 qui enfreint les règles de la franc-maçonnerie.
Devenue secrète et donc illégale, la loge P2 a laissé planer son ombre dans de nombreuses affaires qui ont secoué la société italienne des années 70 : la mort de Jean Paul 1er, la faillite de la Banque Ambrosiano, l’attentat de la gare Bologne ou encore l’assassinat d’Aldo Moro.
Dans cette période qu’on qualifie souvent « d’années de plomb », la loge P2 a joué un rôle actif dans la « stratégie de la tension » qui visait à encourager la violence politique, d’extrême-droite et d’extrême gauche, afin de faire émerger un Etat autoritaire.
Mais l’histoire de cette loge P2, c’est aussi l’histoire d’un homme qui se considérait comme le grand marionnettiste : Licio Gelli. A travers son parcours, nous allons revisiter une grande partie du 20ème siècle. De la guerre d’Espagne à l’émergence de Silvio Berlusconi à la tête de l’Italie, en passant par la guerre froide, Licio Gelli a laissé une empreinte. Une empreinte sulfureuse.
Sur le chemin de cet homme qu’on a surnommé Belphégor, nous croiserons Franco, Mussolini, la mafia, la CIA, le Vatican, les banques suisses… Bref, tous les éléments d’une affaire sensible.
La franc-maçonnerie intrigue, et elle alimente aussi encore aujourd’hui bien des fantasmes. Dans notre pays, la franc-maçonnerie compte quelques vingt-six mille membres, si l’on tient compte de toutes les obédiences présentes.
Qui sont ces francs-maçons, ces frères et ces sœurs, comme ils se désignent entre eux ? Qu’est-ce que la franc-maçonnerie représente pour eux ? Qu’est-ce qu’ils y recherchent et qu’est-ce qu’ils en retirent sur le plan personnel ?
Pour le savoir, Marie-Paule Jeunehomme et Christophe Bernard sont partisà la rencontre de quelques-uns d’entre eux.
Mais qu’est-ce qui anime les francs-maçons ?
Les témoignages de Carine, Julien, Valentin, Martine et Viviane Tam, se complètent l’un l’autre. Ils évoquent chacun une expérience intérieure, une expérience personnelle, mais qui se déploie à travers le groupe.
Avec bien sûr aussi des références communes, et partagées, quand il s’agit d’évoquer la démarche initiatique, les symboles et les rites, ou encore les valeurs de la franc-maçonnerie, comme la fraternité, sur lesquels ils lèvent à leur manière un coin du voile.
Chacun y trouve ce qu’il y veut, rien n’est imposé. Et chacun y apporte une part de soi-même, afin d’œuvrer aussi au progrès de l’humanité. Avec au bout du chemin, le constat que la franc-maçonnerie les a fait évoluer.
» La franc-maçonnerie est un lieu où il y a plus d’interrogations que de réponses «
Martine y a trouvé » un lieu où il y a plus d’interrogations, plus de questions que de réponses « . Martine, qui a frappé elle-même » à la porte du Temple « , comme elle le dit.
Une démarche qui reste rare en franc-maçonnerie. » On travaille sur des symboles, des outils propres à la franc-maçonnerie, chacun est appelé à donner son point de vue, si le vôtre est différent du mien, vous allez l’enrichir et vice versa, et ça dans la vie de tous les jours, ce n’est pas toujours facile à exercer « . Pour elle, il n’y a pas de secret.
» Le chemin initiatique est indicible et donc forcément secret « , elle préfère donc parler de discrétion. Pour elle, la découverte de la fraternité a été essentielle.
Au bout de 15 ans, » mon regard sur la société a évolué, mon regard sur les autres aussi. J’ai gagné en tolérance et en ouverture « , dit Martine, » ce n’est déjà pas mal je trouve « .
Nous ne sommes pas composés de trois parties comme on le croyait facilement dans ce fameux Siècle des Lumières, qui est un peu vieilli, dussent certains Maçons affirmer que je casse les valeurs de l’Ordre. Il y aurait la tête qui réfléchit, le cœur siège des émotions et le corps pour maintenir le reste.
Nos Frères anglo-saxons n’aiment pas trop se tripoter : mais ils devinent bien que l’on ne peut déclarer son affection, du moins sa considération sans. se toucher; d’ailleurs les psychologues du monde entier, particulièrement ls leurs, ont mis en évidence le système cervical tripartite reptilien, limbique et préfrontal. En clair, aujourd’hui, nous savons bien que le corps et les émotions sont en correspondance permanente. Certains cancers auraient même des racines psychologiques. Et tout cela est trié, filtré, reformulé par les paroles intérieures ou extérieures. Ne faut-il pas que nous nous apparaissions comme des gens acceptables par la bande des autres bipèdes.? Et tout cela se mélange. Le « connais-toi toi-même », c’est, sans prétention, faire un peu le ménage et ne pas se raconter d’histoires. Voilà une lecture au pied de la lettre de la belle mixe « ordo ab chao ». Aujourd’hui, nous devons rassembler ce qui est épars dans nos rituels : corps; émotions et pensées. Nous avons du chemin à faire. Je te propose quelques améliorations qui rendent au physique sa part manquante, ou nettement trop discrète pour que les souvenirs s’impriment.
Trois vrais baisers de paix
Nos Frères anglo-saxons n’aiment pas trop se tripoter : mais ils devinent bien que l’on ne peut déclarer son affection, du moins sa considération sans. se toucher; Alors il fallait se rendre à l’évidence : les Frères d’Outre-Atlantique ne pouvaient ne pas se toucher et d’autre aussi, en Europe, s’effraient à l’idée de se serrer contre le corps d’un autre homme, fût-il initié. On ne sait jamais!!! Alors on imagina que les poignées de main entre James et Jean-Théophile éteint plus un aumône coincée qu’une déclaration de fraternité. Vint l’accolade : on se rapproche un peu; les bras effleurent les épaules, avec quelques trois tapotements : ne sommes-nos pas chez des initiés? Aujourd’hui, des procès ont été faits et l’approche est plus directe quand même.
Mais mon Frère, ma Sœur, nous sommes loin du compte de la mystérieuse et chantante correspondance entre le corps et l’émotion affectueuse.
Nous, les latins, allons plus loin, heureusement. mais il ya des progrès à faire pour faire comprendre à l’autre, en arrivant pour le saluer : « Qui que tu sois, a priori j’ai de l’affection pour toi ». Voyons ça. D’abord, en arrivant près de lui, elle, le SOURIRE. C’est obligatoire car les experts ont bien mis en évidence les effets apaisants et gratifiants, de surcroît réciproques. Alors, ne te retiens pas, même si tu es fatigué, même si tu ne limes guère, même si le Grand Expert t’appelle d’urgence : prends ton temps et souris.
Puis enlace son corps ; pas mollement , en gardant tes distances physique. Il, elle le sentira tout de suite, inconsciemment mais durablement., avec tes deux bras comme pour le protéger et lui dire que tu l’aimes proche de toi. Le rapprochement physique lui racontera tout ça! Tu vas me dire : « j’aime pas me coller à quelqu’un« . Fort bien . Voici une belle occasion de travailler sur toi
Et viennent les baisers. Alors là, la simulation est reine dans plus de la moitié des cas. Observe bien comment le autres pratiquent : tu verras comme c’est formel! Un net exemple d’ennui rituel ! Et regarde bien ceux et celles qui montrent leur plaisir à embrasser. On commence par la droite ou par la gauche :sauf à tortiller le symbolisme, c’est purement culturel : dans les usages du rite ou de ta loge. Alors, obéis ou fais comme tu l’entends. Chez moi, nous commençons plutôt par la joue gauche ; et je m’y soumets pour éviter les têtes qui se cherchent. J’ai bien écrit « la joue ». Cela va de soi, diras-tu! Et non, ce n’est pas ce que j’observe. Je vois des tempes et des maxillaires supérieurs qui s’effleurent : os contre os! Ça ne va pas du tout si tu veux que la fraternité soit de qualité dans ta Loge. Alors, n’hésite pas « embrasse » trois fois les joues, avec la bouche, comme on embrasse un enfant. Tu n’y arrives pas spontanément, à cette intimité des chairs? À la limite dégoûtant! Merveilleux :cela cache quelque chose de précieux en toi : une résistance à débusquer.
Dans les structures anthropologiques de l’imagination, dans le bestiaire occidental et indo européen, la figure du taureau est très appréciée. Sans doute parce que le taureau n’est pas un prédateur pour l’homme, il devient estimable ! Le bovin a de nature un fort caractère et même sous la forme du Minotaure, il peut être de bonne compagnie …
Les endroits réservés au taureau ou au bœuf, son castrat, sont nombreux, plus ou moins spacieux tout de même : l’étable depuis la naissance du divin enfant, ou bien avant cela, des enclos (déjà déterminés comme sacrés dans les civilisations les plus anciennes). A ce jour il n’est pas rare de voir des espèces de la race taurine résider dans de verts pâturages, loin des édifices cultuels, dans les zones humides et salées de la Camargue en pleine liberté, mais aussi en Espagne et dans des arènes ensoleillées où ils glissent avec vaillance leur corpulence entre deux passes de cape rouge faites par des toréadors en habit de lumière… A l’inventaire des lieux, ajoutons les foires aux bestiaux les plus prestigieuses du Nord au Sud et hélas ! les étals des boucheries pour les amoureux du carné ! Quel que soit « le topos », cet animal cornu incarne l’énergie vitale, une force domesticable et nourricière ! L’espèce la plus intéressante ou la moins banale en tout cas reste le Minotaure. Il est une figure hybride qui rassemble une tête et un cou de taureau sur un corps d’homme et une telle apparence le rend éligible au rang d’animal familier très fréquentable.
S’occuper d’un tel phénomène vivant, un « Homme-Taureau », exige toutefois de démontrer un goût persistant pour la légende, de cultiver une réflexion conséquente sur l’ambivalence originelle de la créature : le Minotaure est en effet au départ de sa création, fils de la reine de Crète Pasiphaé et du taureau blanc qui avait été envoyé sur l’île par Poséidon. Une bête si belle, si magnifique qu’elle fut mise aussitôt au pré par Minos dans son troupeau ! Mais une bête si instinctive que Pasiphaé craqua ! Grâce à Dédale l’architecte ingénieux qui fabriqua un leurre, elle put s’approcher des flancs de la bête et céder au vertige d’une passion qui fut conséquente et mémorielle ! Ce poids d’un passé sacrilège afflige encore la conscience du Minotaure contemporain : il oblige la personne qui veut s’en occuper à posséder de sérieuses connaissances associées à une grande à patience. Ainsi est-il essentiel d’aller puiser des conseils dans les meilleurs ouvrages des psychanalystes : comme ceux de Freud qui sait tout des malaises des vivants écartelés entre Eros et Thanatos, ou de ceux plus explicites de Françoise Dolto qui a eu l’intelligence de mettre en mots simples les désirs et besoins de l’enfant avec sa mère ou avec ses parents ! En effet, ne sachant pas s’il est animal ou homme, le Minotaure souffre de troubles névrotiques récurrents qui posent de vifs problèmes à ses maîtres : par exemple le Minotaure de manière obsessionnelle s’interroge s’il doit se dépouiller du vieil homme en lui pour renaitre comme un Dieu altier sous la lumière des astres ? Il est vrai qu’un de ses amis Taureau a pu se loger sur la voûte céleste au septentrion avec quelques compagnons dont le Minotaure dans sa solitude terrestre reste envieux et jaloux. Ce triste départ dans la vie du Minotaure ne laisse personne insensible !
Pour ceux qui n’ont pas peur de prendre le taureau par les cornes, il faut donc le chérir, lui donner une image gratifiante de lui et surtout l’encourager à ne pas se plaindre si le chemin est caillouteux lors de vos promenades quotidiennes. En tenant d’une main ferme la corde à nœuds autour de son cou (mais sans l’étrangler), il est judicieux de ne pas lui murmurer à l’oreille des sentences affligeantes à savoir que la pente est difficile à gravir, que le haut de la montagne est encore loin et qu’il faut se dépêcher pour rentrer avant qu’il ne pleuve ! Le Minotaure s’irrite très vite à devoir choisir entre penser, marcher ou brouter ! L’état de conflit est contraire à son bonheur ; vous devez sur ce plan vous remettre vous-même en question pour dialoguer avec lui de manière riche et féconde !
Dans votre rapport à l’animal-homme, vous devez tenir compte de cette tragédie de l’agapè : elle conduit tous les Minotaures malgré les attentions des éleveurs soucieux à les habituer à une nourriture plus légère, (mais pas moins bio), à se remémorer des délices de la dégustation que leur apportaient chaque année au fond du labyrinthe, sept jeunes gens bien nés et sept jeunes filles vierges, un lot délivré avec régularité par les habitants de l’île à l’entrée de son habitat ténébreux. Comment lutter contre ce qui peut être une résurgence calamiteuse et qui devient une urgence à traiter : trouver rapidement quatorze âmes de bonne facture, libres et de bonnes mœurs. Mais à quelle adresse ? Et comment vérifier si l’accès à une élite victimaire se justifie par l’âge, la qualité ou la vertu ?
Face à ce qu’on identifie comme « le retour du refoulé », faites alors appel à une équipe pluridisciplinaire : un psychiatre, une physio-nutritionniste, voire un maître zen disponible ou mieux, un Grand Commandeur encore attaché aux mystères initiatiques ! Dans votre quête, évitez les services de « Docto-lib » qui prolongent infiniment l’attente en ligne et brisez là les avis des experts qui comme ceux invités sur les plateaux de télévision prônent une éradication radicale de tous les êtres déviants ! Vous ne vous remettriez pas du chagrin que vous causerait alors un tel grand remplacement dans votre vie si vous abandonniez votre Minotaure au bureau des mythes et des légendes pour adopter ou un yorshire-terrier d’un élevage français ou le chat siamois offert par votre sœur tant aimée ou par un vieux frangin compatissant ! Pour votre Minotaure ne lâchez rien ! Restez de la fibre des héros !
Auteure : Claude Laporte, « Fièvres sans conséquence passé minuit », Edition Bayers-Bas, 2021
Jiddu Krishnamurti est un esprit libre et en même temps proche du bouddhisme. Le XIVème Dalaï-Lama l’a rencontré en 1956 et Jiddu Krishnamurti lui fit une forte impression, en raison de son ouverture aux principales religions du monde.Il y a une phrase qui explique bien cette personnalité hors du commun :« L’important c’est d’être à soi-même sa propre lumière, son propre maître et son propre disciple ».
« L’instructeur du monde »
Krishnamurti est né en 1895 à Madanapalle au sein d’une famille de brahmanes de l’Andhra Pradesh dans l’Inde sous administration britannique. Huitième enfant masculin, il lui fut donné, selon la tradition hindoue, le nom de Krishna (murti signifiant la forme, ou la manifestation). Sa mère, Sanjeevamma, dont il était très proche, mourut quand il avait 10 ans5. Selon la biographie de Mary Lutyens, il était un enfant de santé fragile et régulièrement battu par ses instituteurs et son père, Narainiah.
En 1909, il n’a que 14 ans quand, accompagné de son frère Nityananda, il croisa Charles Webster Leadbeater sur une plage privée dépendant du siège de la Société théosophique, où était employé son père, à Adyar, un quartier de Chennai. Leadbeater prétendit avoir décelé chez le jeune garçon une aura exceptionnelle. Leadbeater qui disait pouvoir explorer les vies antérieures des personnes qu’il connaissait aurait découvert que la destinée de Krishnamurti était d’être sur terre le véhicule de l’« instructeur du monde », le « Lord Maitreya » que les théosophes attendaient. Cet « instructeur » est décrit comme une figure messianique combinant divers aspects du Christ, du Maitreya bouddhiste, et des avatars hindous. Krishnamurti considéra cette période d’éducation à la société théosophique comme salutaire, y compris sur le plan de sa santé. Il déclara que sans la rencontre avec Leadbeater, il n’aurait pas survécu.
Durant son éducation, en 1910, Krishnamurti passa deux jours et deux nuits dans les appartements d’Annie Besant, enfermé seul avec Leadbeater pour son « initiation ». Il serait alors remonté dans ses vies antérieures (il en fit le récit dans son ouvrage The Lives of Alcyone publié à l’automne 1910) et aurait finalement été accepté par les mahatmas de la théosophie.
Annie Besant
À l’été 1922, il vécut une expérience « transformatrice » qui, bien que systématiquement accompagnée de violents maux de tête, fut qualifiée par lui-même d’éveil spirituel, qui devait changer sa vie. Ce qu’il baptisa « le processus » (the process) et au cours duquel il dit avoir ressenti une « Présence », une « bénédiction », une « immensité », un « état Autre » (Otherness) et un sens du « sacré » auxquels il fit souvent référence en ces termes dans son enseignement, en particulier dans ses « carnets », réapparut de façon récurrente tout au long de sa vie. À cela s’ajouta la mort de son frère en 1925, à l’âge de 27 ans qui l’ébranla fortement. Si bien qu’après avoir passé toutes ces années soumis à la vision que ses tuteurs avaient de lui, déclarant même souvent qu’il ferait tout ce qu’on lui demandait, il commença à partir de ces événements à contester les directives qui lui avaient été imposées sans pourtant tout à fait désavouer l’idée selon laquelle il serait ce messie.
En août 1929, il décida de dissoudre l’organisation mondiale, établie en 1913, pour le soutenir et qui avait été appelée « l’Ordre de l’Étoile du Matin », déclarant à cette occasion : « La Vérité est un pays sans chemin, que l’on ne peut atteindre par aucune route, quelle qu’elle soit : aucune religion, aucune secte. ». Il considérait que les rituels et exercices spirituels de cet ordre étaient au mieux dénués d’intérêt et au pire absurdes. Il déclara aussi que dans cet ordre, la seule personne réellement sincère était Annie Besant. Son opposition à toute notion de sauveur, de gourou ou de tout médiateur pour faire l’expérience de la « réalité » allait devenir sa ligne directrice. Selon Mary Lutyens, le dernier lien avec la société théosophique fut rompu avec la mort d’Annie Besant en 1933.
« Toute autorité, particulièrement dans le domaine de la pensée, est destructrice, une mauvaise chose. Les leaders détruisent leurs adeptes et les adeptes détruisent les leaders. Vous devez être votre propre enseignant et votre propre disciple. Vous devez mettre en doute tout ce que l’homme a accepté comme valable ou nécessaire»
Une autre direction
Il se consacra alors à voyager à travers le monde pour exposer ses idées qui firent rapidement de lui une attraction inhabituelle en son temps par la distance parfois virulente qu’il prenait avec les religions et les gourous, même s’il finissait, inévitablement, par être perçu lui-même comme tel.
C’est à cette même époque qu’il fonda les premières écoles selon sa vision de l’éducation (Rosalind fut la directrice de la Happy Valley School). Dans cette période, Krishnamurti réside principalement à Ojai en Californie où il reçut la visite de plusieurs personnalités comme Aldous Huxley, Igor Stravinsky, Bertolt Brecht, Thomas Mann, Bertrand Russell ainsi que Greta Garbo qui se présenta à lui comme une aspirante spirituelle sérieuse. Aldous Huxley étant, parmi eux, l’ami le plus proche. En 1946, il subit une sérieuse infection des reins qu’il ne souhaita d’abord pas voir soigner, ne tolérant que la présence de Rosalind Rajagopal près de lui. Il accepta plus tard d’être soigné.
Ville de Ojai – Californie
Il commence à évoquer un thème qui devait revenir fréquemment dans ses conférences, celui de la « véritable méditation », dont le sens est différent de celui qui était acquis à cette époque. De la même façon, il critiquait fréquemment la division faite entre le conscient et l’inconscient.
À partir de 1950, il vit en partie à Paris, et rencontre Léon de Vidas qui possédait une propriété à Cuzorn, en Lot-et-Garonne, où il séjourna et rédigea une partie de Commentaires sur la vie, sur le conseil d’Aldous Huxley. S’ajoute alors, à ses discours sur l’introspection méditative, des critiques acerbes des structures de la société. En 1953 son premier ouvrage est publié par un éditeur important et non spécialisé en spiritualité.
Krishnamurti se plaignait fréquemment autant de la vénération dont il était l’objet en Inde que de l’approbation molle et inactive de ses auditoires occidentaux. Il mentionna un cas de conférence durant laquelle il se réjouit d’avoir entendu un désaccord de la part de son public, indiquant qu’ils commençaient à penser par eux-mêmes. En Inde, sa popularité était très importante et il rencontra plusieurs autres figures notables de la spiritualité telles que Ramana Maharshi, Mâ Ananda Moyî et Vimala Thakar. En 1956, il rencontra également Tenzin Gyatso, le XIVème dalaï-lama, avec qui il eut une relation de respect mutuel.
En 1960, il rencontre le physicien David Bohm dont les vues lui semblent proches des siennes. Les deux hommes devinrent rapidement amis et enregistrèrent un certain nombre de dialogues qui se déroulèrent sur une vingtaine d’années. Selon certains observateurs, le langage de Krishnamurti gagna en précision et en vocabulaire au contact des scientifiques. C’est à partir de ces années 1960 que son entourage note une modification générale de son comportement, auparavant joyeux rieur, il devint plus sérieux parfois impatient et véhément. Il interpelle son auditoire de façon plus radicale, comme s’il y avait une urgence à comprendre ce qu’il voulait leur transmettre. Or, ce changement intervient au moment des divers mouvements de la contreculture, et il apparaît à beaucoup trop austère dans cette période, ce qui ne l’empêcha pas d’organiser des rassemblements à succès à Saanen en Suisse, dédiés aux « personnes sérieuses, concernées par les énormes défis de l’humanité ». Krishnamurti n’admettait pas l’existence d’un changement intervenu en lui, il ne reconnaissait qu’un changement dans la « formulation, le vocabulaire et la gestuelle ». En 1970, il rencontre Indira Gandhi à plusieurs occasions et Pupul Jayakar, proche de Gandhi, affirme que Krishnamurti aurait eu une influence sur la politique indienne après ces discussions.
En 1980, il réaffirme les grandes lignes de sa philosophie dans une déclaration écrite connue sous le nom « le cœur des enseignements ». Au même moment, il affirme à son entourage que l’expérience intérieure, le « processus », qu’il décrivait les premières années, avait pris une force nouvelle, que ce mouvement intérieur aurait atteint la « source de toute énergie » et qu’il ne restait en lui qu’« espace incroyable et une immense beauté ». En 1981, à la suite d’une grippe qui l’affecta profondément, au point de dire qu’il lui aurait « été plus facile de se laisser mourir que de survivre », il commença à évoquer plus fréquemment le thème de la mort dans ses écrits et ses conférences. Bien que dans les années 1980, certains notèrent des signes de fatigue physique et mentale, après une vie où s’étaient succédées diverses maladies, il continua à donner une moyenne de 120 conférences par an jusqu’à sa mort Son mode de vie était austère et rigoureux, il ne fumait pas, ne buvait pas d’alcool, ne consommait pas de caféine et faisait un exercice physique régulier.
À l’âge de 90 ans, il s’est adressé aux Nations unies sur le sujet de la paix et de la conscience et a reçu la Médaille de l’ONU pour l’année 1984.
Son dernier entretien public eut lieu à Madras, en Inde, en janvier 1986, un mois avant son décès, à Ojai, en Californie. S’étant préparé à sa mort, il avait demandé que personne ne soit désigné ou ne se désigne comme son représentant, interprète ou porte-parole. Au cours d’une des dernières réunions avec son entourage, il aurait également demandé que « ses résidences ne deviennent pas des lieux de pèlerinage et qu’aucun culte ne soit développé autour de sa personne ». Il mourut en février 1986, quelques semaines après qu’un cancer du pancréas avait été diagnostiqué.
La pensée de Krishnamurti
La pensée de Krishnamurti est, selon lui, résumée dans son texte de 1980 « Le cœur des enseignements ». Il se fonde sur sa citation de 1929, selon laquelle « La Vérité est un pays sans chemins ». L’acquisition de cette « vérité » (qu’il appelait aussi « l’art de voir ») ne peut, selon lui, se faire au travers d’aucune organisation, aucun credo, aucun dogme, prêtre ou rituel, ni aucune philosophie ou technique psychologique. Elle serait mieux connue par le miroir des relations et l’observation du contenu de son propre esprit. Les images, les symboles, les idées, les croyances seraient tous des obstacles et la cause des difficultés humaines. La perception de la vie serait conditionnée par les concepts enracinés dans l’esprit. L’individu ne serait ainsi que le produit superficiel d’une culture. À partir de ce constat, une liberté peut être entrevue dans l’observation attentive de son propre manque de liberté. La connaissance du mouvement de ses propres pensées révèle l’esclavage au passé, la division entre le penseur et sa propre pensée, l’observateur et l’objet d’observation, l’expérimentateur et son expérience. Quand cette division se résorbe, l’observation « pure », libérée du temps et des conditionnements provoquerait une mutation radicale de l’esprit. Bien que sujet britannique par sa naissance dans la période où l’Inde était sous administration britannique, puis résident américain (un visa qu’il devait renouveler pour demeurer à Ojai), il se disait libre de toute nationalité (comme de toute culture ou religion) parce que, selon lui, l’attachement à la nationalité provoque la séparation qui est à son tour à l’origine des conflits.
Les écoles Krishnamurti
Des élèves à l’école d’Oak Grove
Krishnamurti est à l’origine de plusieurs écoles : de la KFT, Krishnamurti Foundation Trust en 1968, du Centre éducatif Krishnamurti de Brockwood Park en 1969 et d’Oak Grove à Ojaï en Californie en 1975. Plusieurs écoles ont été ouvertes en Inde, à Rishi Valley, et Rajghat Besant, auxquelles il rendait visite tous les ans. Une autre école a été créée à Wolf Lake au Canada. Selon Krishnamurti, leur vocation était de susciter l’apparition d’une nouvelle génération d’êtres humains, libre d’égocentrisme et de permettre à la fois à l’enseignant et à l’enseigné d’explorer non seulement le monde du savoir mais aussi leur propre pensée et leur propre comportement.
Le paradoxe Krishnamurti ?
Krishnamurti était connu pour critiquer la pensée, la religion et la philosophie. Ce qui lui faisait répondre, quand on le questionnait sur son statut, qu’il n’était ni penseur, ni gourou, ni philosophe. Enfant au regard vague, peu enclin aux études, fragile, il a été propulsé « messie » à l’adolescence, sous le tutorat de personnalités de la théosophie avant de prendre une direction apparemment très opposée aux projets théosophiques, pour finir par être vénéré par des milliers de personnes comme un maître spirituel.
Selon le professeur de philosophie Raymond Martin, la pensée de Krishnamurti est assez éloignée de la philosophie académique, particulièrement dans la tradition analytique. Il trouve cependant des similitudes avec la méthode socratique et l’enseignement originel de Siddhārtha Gautama. Toujours selon ce philosophe, l’approche de Krishnamurti s’apparente plutôt à une « méditation guidée ».
Une carte de membre de « l’Ordre de l’étoile d’Orient », lequel avait été fondé pour la promotion de « l’instructeur du monde » que devait devenir Krishnamurti. Ce dernier a ensuite rejeté ce projet pour fonder son propre enseignement
Un conflit avec D. Rajagopal, directeur du Star Publishing Trust et organisateur des activités de Krishnamurti, au sujet de droits d’auteurs les conduisit tous deux dans une bataille légale qui eut raison de leur amitié. Le conflit qui débuta officiellement en 1971 dura plusieurs années. Une quantité importante d’ouvrages retournèrent en la possession de Krishnamurti de son vivant mais l’affaire n’arriva à son terme qu’après sa mort.
Certains documents sont cependant restés en la possession de D. Rajagopal. Les échanges verbaux et écrits des deux parties étaient si acerbes, et certains rendus publics, que la réputation de Krishnamurti fut ternie durant cette période. Selon Lutyens, cela était dû au ressentiment consécutif à la perte d’influence progressive de Rajagopal sur Krishnamurti. Selon Radha, la fille de Rajagopal, les causes sont simplement en rapport avec le litige lui-même.
La vie privée de Krishnamurti n’a jamais été publique de son vivant, il ne l’évoquait jamais dans ses conférences, ne parlant jamais de lui, ou toujours à la troisième personne, selon ses dires afin que « l’attention ne soit pas sur l’orateur mais sur ce qu’il dit ». La biographie de 1991 écrite par Radha Rajagopal qui avait vécu plusieurs années dans la résidence de Krishnamurti, fut la première cause de controverses. Le portrait qu’elle faisait de Krishnamurti était en effet très différent de celui de Lutyens, par exemple, au point que cette dernière publia divers droits de réponses et réfutations. Selon Radha Rajagopal, les personnes qui connaissaient bien Krishnamurti lui trouvaient une « double personnalité », l’une confiante, forte, charismatique et une autre, quand il n’enseignait pas où il semblait vulnérable et démuni, parfois puéril. Le passage de l’une à l’autre aurait plus d’une fois surpris ses proches. Pour certains il n’était qu’inspirant, amical et pour d’autres, il pouvait être très froid et manquer de tact.
L’insistance de Krishnamurti sur l’inutilité voire la dangerosité de chercher « une aide extérieure » a produit de nombreuses réactions, exprimées fréquemment au cours de ses conférences, concernant, chez lui, un éventuel manque de compassion. Lutyens indique dans sa biographie que le message de Krishnamurti n’était pas destiné à fournir un soutien psychologique ou des solutions clé en main mais voulait inciter les auditeurs à trouver leurs réponses eux-mêmes.
Enfin, pour beaucoup d’observateurs, l’ironie suprême tient dans le fait que Krishnamurti est généralement considéré comme un des gourous les plus notoires du XXe siècle après avoir été celui qui avait le plus critiqué ce genre de statut, sans l’avoir, selon certains, assez franchement combattu pour lui-même.
L’évolution de Krishnamurti au cours de toutes ces années est assez remarquable car il a toujours défendu la recherche personnelle en dehors des religions et de leurs dogmes. Il est à noter que son « message » est profond dans le sens où il cherche avant tout à ce que chaque individu soit son propre « maître ». Ce qui à mon avis n’est pas toujours possible pour tout le monde. Mais il peut être inspirant pour certain (es).
J’ai lu quelques livres de lui et je le trouve toujours très intéressant bien que parfois un peu « radical » et peut-être dangereux pour des êtres instables car il me semble qu’une référence extérieure à nous, est utile pour éviter de s’égarer, ce qui est le cas dans le bouddhisme ainsi que dans la Franc-maçonnerie.
Ida Radogowski (largement inspirée par les textes de Krishnamurti et quelques articles retrouvés).
Les dogmes, ce sont des croyances durcies ou sacralisées ; le processus continue et nous devenons d’obtus prosélytes. Comment éviter cela ?
Nous nous construisons tous une belle histoire personnelle, belle parce qu’exempte de contradictions, et qui s’emboîte à merveille dans l’histoire du monde que nous nous sommes également fabriquée. Les deux histoires sont à base de simples et clairs enchaînements cause/effet …cet aspect mécanique a sans doute joué dans le succès, à l’époque des Lumières, des théories du Grand Horloger.
Nos belles histoires reposent sur nos croyances, elles-mêmes forgées à partir d’échantillons statistiques solides, ou juste notre envie d’y croire. La vérité est un concept qui n’a pas place dans cette partie de notre monde intérieur, et d’ailleurs les neurosciences ont montré que la fonction de mémorisation du cerveau inclut un automatisme de simplification ( un genre de logiciel de compression d’image ), qui comporte une routine d’élimination des dissonances cognitives et autres incohérences.
L’homme : un animal qui fait des dogmes, disait Gilbert Keith Chesterton.
Les dogmes, ce sont des croyances durcies ou sacralisées, par exemple parce qu’on pense que l’angoisse serait insupportable si elle se révélaient fausses. La peur de mourir et de ce qui se passe ensuite est un grand pourvoyeur de dogmes.
Si le dogme permet de vivre, pourquoi pas, mais pourquoi voit on si souvent des personnes qui inlassablement cherchent à imposer leurs dogmes aux autres ?
Si on croit en un dieu capable de punir, pourquoi vouloir faire le boulot à sa place ?
La première explication qui vient est l’égo et son désir de pouvoir. Peut-être ne sommes nous que des reptiles évolués, mais gardant chevillée au corps la pulsion de soumettre et dominer le monde y compris nos semblables ?
Nos combats pour la survie, lorsque nous étions chasseurs-cueilleurs, ont peut-être laissé dans nos gènes et nos hormones une agressivité atavique, nous portant à l’esprit de contradiction lors de débats.
Mais une raison complémentaire pourrait être celle-ci : nos histoires intérieures citées ci-avant se retrouvent en opposition avec celles des autres, et comme nous tenons à nos histoires et à leurs dogmes intouchables, notre besoin de cohérence nous pousse à chercher à imposer nos points de vue aux autres, par tous les moyens.
Alors, que pouvons nous faire pour respecter la liberté de penser d’autrui ?
Le premier remède, comme souvent, c’est la connaissance. Informons nous et diffusons les savoirs concernant les biais systématiques qui affectent notre jugement, concernant les dernières avancées des sciences humaines, entraînons nous à accepter la complexité et les contradictions du monde et des idées . Tant pis pour le rasoir d’Ockham : c’est un principe et non un dogme !
En passant, notons que ce n’est qu’à ce prix que nous comprendrons et respecterons correctement notre environnement.
En résumé :
Notre évolution darwinienne nous porte probablement à soumettre et dominer, et à arborer un esprit de contradiction lorsque nous débattons
Mais le fonctionnement de notre cerveau nous amène vraisemblablement aussi à vouloir imposer nos idées aux autres
Par recherche de simplisme et de manichéisme ( une seule vérité : la mienne )
Et par besoin fort de cohérence des histoires qu’on se raconte ( ou des « films qu’on se fait » )
Conclusion : faisons l’effort d’accepter la complexité et l’inhomogénéité du monde, et la coexistence de points de vue opposés.
« La bouse de vache est plus utile que les dogmes. On peut en faire de l’engrais. »
La littérature dystopique, souvent vue comme un genre populaire est surtout une proposition de futur basée sur l’interprétation du présent. Loin d’être un genre purement léger, elle nous invite à nous interroger sur l’avenir que nous voulons bâtir.
Il y a un genre que j’affectionne particulièrement en littérature : la dystopie. Les romans clés du genre sont bien connus : 1984 d’Orwell, le Meilleur des Mondes d’Huxley, Fahrenheit 451 de Ray Bradbury (adapté au cinéma par François Truffaut) ou encore, le roman fondateur du genre, Nous, de Ievgeny Zamiatine. Le roman dystopique reprend les codes et schémas du roman utopique, mais en les inversant. Très généralement, le monde dystopique naît d’une rupture dans la trame de l’Histoire. Ce peut être la victoire du parti royaliste en 1871, qui permet la restauration de la monarchie en France (Pierre Bordage, Ceux qui…), une catastrophe écologique ou politique (Pierre Bordage, Chronique des Ombres), l’élection d’un tyran aux faux airs de sauveur (Michel Houellebecq, Soumission). Il faut toutefois noter que la dystopie ne doit pas être confondue avec la littérature post-apocalyptique, autre genre que j’affectionne. Le schéma en est un peu différent : la civilisation a été anéantie après une ou plusieurs catastrophes (guerre nucléaire, phénomène climatique, chute de météore ou réunion de Sexion d’Assaut).
La bande dessinée regorge d’univers dystopiques : SOS Bonheur de Griffo et Jean Van Hamme, Block 109 de Ronan Toulhoat, V for Vendetta d’Alan Moore et David Lloyd, Zetman de Katsura etc. La télévision et le cinéma ont également leurs séries dystopiques : la Servante Ecarlate, Black Mirror, Bienvenue à Gattaca d’Andrew Nicol, Minority Report de Steven Spielberg et Blade Runner de Ridley Scott. Ces deux derniers films sont adaptés des œuvres de Philip K. Dick, mais poussent plus loin l’aspect dystopique. On peut noter aussi que la littérature jeunesse regorge d’oeuvres dystopiques : Hunger Games de Suzanne Collins, Labyrinthe de Kate Mosse, Divergente de Veronica Roth, Thomas Drimm de Didier van Cauwelaert etc. A croire que les éditeurs veulent préparer leurs lecteurs au pire…
Dans ce type de récit, le lecteur est amené à découvrir une civilisation à peine plus avancée que la civilisation contemporaine. Il épouse généralement le regard d’un ou plusieurs protagonistes, qui bien souvent devient un paria dans son monde et s’interroge sur le bien fondé des règles de son monde. Ainsi, le pompier Montag de Fahrenheit 451 se demande pourquoi brûler les livres, le narrateur de Soumission interroge sa propre lâcheté face à la catastrophe en cours, et le jeune Jean décide d’apprendre à lire malgré l’interdiction faite au peuple dans Ceux qui.
Le récit dystopique présente des similarités, quel que soit le contexte. Le récit est souvent urbain, dans des villes devenues mégalopoles, et dont le secteur et le type d’habitation déterminent la classe sociale. Généralement, plus on est proche du sol, plus on est bas dans la société. L’État ou l’autorité instaure un contrôle social permanent : surveillance généralisée, fichage de la population, contrôle de l’information, omniprésence et omnipotence de la police ou plus généralement de l’exécutif. Le contrôle sanitaire et social est souvent institué à la suite d’événements qui ont amené les politiques à instaurer un état d’urgence ou un état d’exception, dont ils ne sont jamais sortis tels que des attentats, des catastrophes climatiques, ou des pandémies. Le tout au nom du bien et des libertés publiques. Ca reste fort heureusement de la fiction, un état d’exception permanent établi au nom du bien public ne s’étant jamais vu dans notre beau pays…
Par ailleurs, le régime autoritaire refrène toute velléité de contestation politique ou de remise en question du régime. Bien évidemment, les libertés individuelles ne sont plus qu’un souvenir. On ne peut plus aller et venir comme on le souhaite, ni physiquement ni socialement. En effet, la classe sociale d’origine détermine l’accès aux études et donc le reste de la vie, les bonnes écoles n’étant accessibles qu’aux élites et classes dirigeantes. La plèbe doit rester à sa place.
L’accès à la culture n’est pas toujours évident non plus, la connaissance du passé étant une potentielle source de remise en cause des mesures du présent. Le peuple est donc maintenu volontairement dans un état de bêtise et d’ignorance, voire d’abrutissement (cf. la récompense dans le Meilleur des Mondes ou la télévision personnalisée dans Globalia de Jean-Christophe Rufin).
Il en résulte que le monde dystopique est un monde profondément inégalitaire : l’élite (peu norelu bf mbreuse) a accès à tout, y compris au soleil et à l’air pur, le reste du monde n’a accès à quasiment rien, même pas à un air pur ou une nourriture saine. Aucun rapport avec la réalité, bien sûr.
Evidemment, les libertés d’aller et venir n’existant plus, la population est soumise à un certain nombre de contrôles de l’autorité : contrôles aux faciès, examen des passeports (incluant les données médicales et de vaccination, le secret médical n’ayant plus cours en dystopie), examen du parcours, interrogatoire poussé si le personnage veut sortir de sa zone. Le droit à l’anonymat est oublié depuis longtemps.
La classe dirigeante assoit son pouvoir par l’abrutissement des peuples, la maîtrise de l’exécutif, du capital mais aussi, et surtout par la maîtrise de la technologie. Les technocrates de la dystopie sont les clercs de ces mondes, de véritables maîtres secrets manipulant les politiques pour établir leur pouvoir et faire régner leur idéologie : solutionnisme, utilisation sans garde-fou de leur technologie (cf. l’oeil de Batman, ce système d’espionnage généralisé), néolibéralisme ou toute autre forme de darwinisme social dévoyé. Je ne puis m’empêcher de lier la dystopie à des systèmes de « démocraties illibérales », dans lesquelles, au nom de l’efficacité expéditive de l’exécutif, les garants du droit sont tout bonnement supprimés… Je précise que la dystopie reste de la fiction et que personne n’aurait à l’idée de supprimer les Conseil d’État, Conseil Constitutionnel, Défenseur des Droits, et tous les autres garants du droit. Du moins, je l’espère.
Dans ce type de monde, les institutions comme la Franc-maçonnerie n’ont bien évidemment pas leur place. La démarche maçonnique impliquant un large questionnement et faisant appel au passé, un Franc-maçon est en mesure d’avoir, si tout se passe bien, une vision critique du monde, incluant le pouvoir en place. Toutefois, je regrette qu’on ne propose pas forcément aux Apprentis et Compagnons (ni aux Maîtres, d’ailleurs) de lire de la dystopie. Je suppose que le snobisme aristotélicien (qui se résume ainsi : la tragédie et les classiques, c’est bien ; la comédie et le reste, c’est pas bien) y est pour quelque chose. Du fait de mettre tout le monde au même niveau, de traiter tout le monde en égal et d’inviter chacun à se questionner, la Loge ne constituera jamais une dystopie.
Imagine-t-on un monde dans lequel l’accès aux droits les plus élémentaires serait conditionné par la possession d’un terminal personnalisé ? Imagine-t-on un monde dans lequel l’orientation des enfants se ferait sur la base de critères d’origines sociales et serait décidée par un automate programmable ? Imagine-t-on un monde dans lequel les plus pauvres n’auraient plus le droit d’aller et venir ? Ou encore un monde dans lequel l’accès au moindre service, au moindre lieu serait conditionné par la détention d’un passeport donnant non seulement l’identité, la date de naissance mais aussi la situation médicale de son détenteur ?
Heureusement que la dystopie reste de la fiction, sinon, le monde serait un enfer !
La franc-maçonnerie et l’image entretiennent des rapports étroits, et ce depuis l’origine. Qu’est-ce donc que le tableau de loge si ce n’est un enseignement visuel et graphique, une transmission par l’image ? À travers cette modeste rubrique j’envisage d’explorer avec vous les liens tissés entre l’image et surtout l’image animée, et la maçonnerie, liens parfois sérieux, parfois cocasses, souvent inattendus.
Commençons cette rubrique par « du lourd » : rien moins qu’un spot publicitaire destiné à attirer les impétrants vers la franc-maçonnerie. Voilà bien une problématique qui unit toutes les loges du monde : comment expliquer à des « profanes » ce que par définition on ne peut pas trop leur montrer ? Comment traduire le « mystère de la chose », sans la dévoiler ? Utiliser un spot pour parler à des profanes serait un peu suspect au pays de Molière, mais beaucoup moins dans les contrées proches d’Hollywood. Le fait est que ce spot est d’une superbe facture sur le plan technique ; j’entends par là le soin apporté à chaque plan, à la lumière, au montage et quelques petites trouvailles visuelles comme l’insistance sur les pas, sur la dynamique de la marche. Premier plan : des pieds nus sur le carrelage d’une piscine ; et quelques plans plus loin d’autres pas qui gravissent un escalier, passant de la Beauté à la Force puis la Sagesse ; ce sera le seul plan du film nous dévoilant partiellement une cérémonie : celle du second degré « à l’anglaise ». Ce plan est également l’axe central du film ; avant, des hommes cherchent à donner du sens à leur vie, après ils en trouvent : c’est l’entrée dans une fraternité chaleureuse qui conjugue de vigoureux shake-hands avec un univers de club anglais, comme le montrent les quatre plans autour d’un billard. Dans cette fraternité d’hommes, les différentes ethnies du melting pot américain sont bien présentes, regroupées autour d’une notion si difficile à traduire dans notre langue française : brotherly love. Amour fraternel, plus fort que l’amitié, entre l’agapé grec et le caritas latin, lequel se traduit également par « charité » ; amour fraternel, charité fraternelle… derrière ces notions apparaît le point fort de la maçonnerie américaine, centré autour de la bienfaisance et d’une certaine éthique du don et du partage.
On peut bien entendu critiquer cette vision marketée de la franc-maçonnerie. Déjà le fait que tous ces maçons semblent être des mannequins Classe 1 de chez Élite, évoluant dans des intérieurs coquets munis de robots ménagers dernier cri… On notera aussi la grande absente : pas de place pour les femmes ou les sœurs dans cet univers très typé « mec ». Mais j’avoue ressentir une émotion certaine à la vision de ce film, comme si le commanditaire (qui est un des systèmes de hauts grades du nord des USA : la Northen Masonic Juridiction) avait réussi à faire passer un petit quelque chose de la chose maçonnique en démystifiant sans pour autant démythifier. Le symbolisme est d’ailleurs loin d’être absent de cette réalisation. Le plongeon qui ouvre le film n’est-il pas, entre autres choses, une superbe métaphore de l’initiation ? C’est en tout cas ce que je me plais à y voir.
La Traduction à la volée du texte du film (et un grand merci à notre S. Judith Bullerwell, qui a bien voulu vérifier ma traduction et m’apporter ses idées !) est la suivante :
« Comment un homme bien peut-il devenir encore meilleur ? Par l’entraînement ? Ou en gravissant les échelons de son entreprise ? En changeant son régime, ou en changeant son look ? En parcourant le monde ou en restant parfaitement immobile ?
Depuis 300 ans nous aidons les hommes bien à devenir encore meilleurs, dans le cadre d’un groupe spécifique, où ils jurent de mener une vie d’intégrité, de service, d’amour fraternelle. Un engagement envers leurs frères, envers leurs familles, envers notre noble cause. En fin de compte nous ne faisons pas que rendre les hommes meilleurs, nous en faisons des Maçons… »
Depuis 1991, le Bouchonnois et ses chasseurs de galinettes cendrées n’ont plus aucun secret. Ce sketch des Inconnus nous à enseigné à identifier les bons et les mauvais chasseurs (voir la vidéo ci-dessous).
La question toute légitime que nous pouvons nous poser est :
« qu’est-ce qui différencie un bon d’un mauvais maçon ?«
La réponse du moment sera très certainement qu’un bon maçon se vaccine et possède un pass sanitaire. Le mauvais maçon lui… je vous laisse imaginer la suite.
Si vous naviguez sur les réseaux sociaux maçonniques, vous devez assister à ces échanges musclés entre les pro et les anti vax.
Je n’ai pu m’empêcher de faire le rapprochement entre nos Frères et Soeurs soudainement devenus épidémiologistes pour les uns ou législateurs pour les autres et nos chasseurs du Bouchonnois.
Une idée m’est alors venue :
« Quelle différence existe t’il entre les groupes de maçons qui s’écharpent à propos de la vaccination et un groupe de chasseurs profanes ? «
Je n’ose partager ma réponse, vous la connaissez déjà !
Depuis des années je martèle que la maçonnerie est une voie initiatique destinée à travailler sur soi. Une fois de plus, nous constatons que le virus de la profanie attaque nos Loges et aucun vaccin efficace ne les protège.
Certains seront tentés de me questionner pour savoir comment reconnaitre le bon maçon du mauvais maçon dans cette affaire de pass vaccinal.
La réponse est plus simple et plus claire que celle des Inconnus :
« Le bon maçon prend du recul pour rester serein, il s’approprie les meilleurs arguments des deux clans et echange dans le calme. »
Comme l’écrivait François de La Rochefoucauld :
« Si les torts n’étaient pas partagés, les querelles dureraient moins longtemps ».
Partant du principe que personne ne possède la vérité ultime et permanente, il serait utile dans cette affaire de nous montrer sages et humbles. Rappelons que depuis 18 mois nous avons entendu tous les spécialistes du monde nous affirmer tout et son contraire à propos de la bonne conduite à tenir. Qui peut aujourd’hui prétendre posséder la vérité et l’imposer aux autres ?
Le problème ici n’est pas de savoir qui à raison ou tort. Le but est simplement de ne pas s’enfermer dans la dualité du jugement clivant, au risque de ressembler aux houligans des matchs de football. Notre fil à plomb nous invite dans un premier temps à nous ancrer solidement dans le bon sens et à soupeser les arguments en présence. Cela nous ramène au Cabinet de réflexion et à cette solitude qui nous conduit à l’introspection. C’est le stade d’Apprenti.
Ensuite, nous pouvons passer au deuxième degré et envisager les sciences, les connaissances et surtout l’autre, les autres. C’est le stade de Compagnon.
C’est ainsi que nous pouvons ensuite nous élever grâce à un jugement à 360° du cercle qui s’ajoute aux 90° de notre perpendiculaire. Notre vision est alors totalement maçonnique. Nous ne sommes plus dans les passions et le conflit.
Quel dommage que tous ces excités de la dualité passe autant de temps sur les réseaux plutôt que de retourner travailler à maitriser leur rituel. C’est ainsi, que nous voyons à tous les étages de notre Ordre des pratiquants ou des décideurs s’emballer, animés par la peur, la précipitation ou la colère et devenir ainsi de simples quidams sans tablier.
Revenons à nos fondamentaux et notre parole de maçon pourra alors s’élever au dessus de la mêlée.
Paix à vous mes Sœurs et mes Frères… et surtout bonne santé.