Amérique latine, l’angle mort financier du jihadisme mondial

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Publié le 19 juillet 2026 par le Centre européen de recherche et d’information sur le frérisme, le CERIF, La situation du radicalisme islamiste en Amérique latine est une note d’analyse rédigée par l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler à partir de quatre travaux de la journaliste et chercheuse italienne Maria Zuppello parus entre 2019 et 2024.

Ce document de travail de onze pages ne constitue pas une enquête indépendante. Il ordonne une thèse et plusieurs études de cas portant sur le Brésil, la Triple Frontière, les Andes et la Caraïbe. Son propos central décrit l’Amérique latine moins comme une périphérie du jihadisme que comme un espace de financement, de dissimulation et de coopération logistique entre réseaux terroristes et criminalité organisée.

Une synthèse d’expertise qui annonce ses limites

Le corpus réunit un article de 2024 paru dans Diálogo Américas, deux textes publiés en 2022 et 2024 par l’Investigative Project on Terrorism, ainsi qu’une recension de l’ouvrage Il Jihad ai Tropici, publié en 2019. Le livre lui-même ne figure donc pas directement parmi les pièces analysées. Destiné aux réseaux d’étude, à l’aide à la décision et aux auditions, le document ne fournit ni enquête de terrain nouvelle, ni base de données originale, ni comparaison systématique entre les États de la région.

La note restitue une lecture attentive à la menace iranienne et au rapprochement entre terrorisme et criminalité organisée. Elle reconnaît que plusieurs allégations anciennes, notamment de possibles passages d’Oussama ben Laden dans la Triple Frontière, reposent sur des sources anonymes difficiles à corroborer. Condamnation pénale, sanction administrative, opération policière et hypothèse de renseignement ne possèdent ni la même nature ni la même force probante.

Un continent transformé en infrastructure de services

La thèse directrice tient dans une image frappante. L’Amérique latine serait à la fois un « distributeur de billets » pour le jihadisme mondial et un « angle mort » favorable à la dissimulation, au repli et à la préparation d’actions violentes. Le mot nexus désigne ici l’articulation durable entre des groupes terroristes et des économies criminelles déjà implantées. La région apparaît moins comme un territoire à conquérir que comme une infrastructure de financement, de circulation et de camouflage. (CERIF)

Le terrorisme transnational dépend aussi d’intermédiaires, de contrebande et de compétences logistiques. Des organisations ennemies pourraient utiliser les mêmes marchés illicites sans former une alliance doctrinale. Cette coopération serait fonctionnelle. Aucune estimation ne mesure cependant l’ampleur financière du phénomène ni sa part dans l’économie régionale du crime organisé.

Du militant convaincu à l’exécutant recruté

Du côté de l’État islamique, désigné par l’acronyme anglais ISIS, la radicalisation passerait surtout par Internet, la propagande et l’embrigadement. Les exemples concernent un Brésilien condamné en juillet 2024 pour terrorisme et recrutement de mineurs, ainsi qu’un réseau démantelé la même année dans la province argentine de Mendoza. Du côté du Hezbollah, l’opération Trapiche menée par la police fédérale brésilienne en novembre 2023 révélerait le recours à des exécutants locaux sans adhésion idéologique forte pour viser notamment des cibles juives.

Un mouvement qui recrute un militant façonne une conviction. Un réseau qui paie un intermédiaire recherche une capacité d’action et une possibilité de dénégation. L’attentat pourrait apparaître comme un crime local plutôt que comme une opération commandée de l’extérieur. Cette externalisation brouille les responsabilités. La note en fait un tournant stratégique, tout en s’appuyant surtout sur des interprétations d’experts.

Au Pérou, le centre Inkarri-Islam est présenté comme un lieu de rencontre entre symboles indigènes et islam chiite révolutionnaire. En Amazonie brésilienne, un réseau salafiste aurait converti de jeunes autochtones. Le raisonnement relie ces activités à la pauvreté et à la marginalisation. Deux cas ne suffisent toutefois pas à établir un phénomène régional ni à confondre conversion religieuse, radicalisation doctrinale et préparation de violences.

L’argent criminel au cœur de la démonstration

La note associe contrebande de tabac, trafic de cocaïne, blanchiment, bureaux de change, cryptomonnaies et certaines activités de certification halal. L’opération Trapiche aurait mis au jour un circuit de blanchiment de plusieurs millions lié à des commerces de tabac. D’autres passages retracent des liens présumés ou sanctionnés entre facilitateurs du Hezbollah, trafiquants et structures de change.

La force du document réside dans la reconstitution de ces interfaces

Sa faiblesse tient au caractère hétérogène des éléments réunis. Leur succession peut produire une impression de continuité plus forte que les preuves disponibles. Le secteur halal exige une prudence particulière. Le soupçon portant sur certaines entreprises ou certifications ne saurait être étendu à une filière entière ni aux communautés musulmanes qui y travaillent. Le texte évoque des couvertures possibles sans fournir de quantification générale.

La Triple Frontière entre le Brésil, le Paraguay et l’Argentine forme le centre géographique de l’analyse. Les attentats commis à Buenos Aires en 1992 et 1994 donnent une profondeur historique aux réseaux iraniens et au Hezbollah. Le Venezuela est présenté comme un relais entre Téhéran et certains secteurs du pouvoir chaviste. D’autres lieux apparaissent comme des points de circulation ou d’implantation.

À Trinité-et-Tobago, au moins 130 ressortissants auraient rejoint l’État islamique. La note mentionne aussi 186 gangs et environ 1 700 membres présumés en 2023. Ces données indiquent un espace où radicalisation, gangs et mobilité peuvent se croiser sans démontrer que ces réalités se confondent. Une coexistence statistique ne suffit pas à établir une causalité.

Flag of Al Qaeda

Des groupes rivaux servis par les mêmes intermédiaires

Des individus ou des sociétés pourraient servir successivement, voire parallèlement, Al-Qaïda, l’État islamique ou le Hezbollah, alors même que ces organisations se combattent ailleurs. Le marché illicite latino-américain favoriserait une coopération pratique. Les mêmes intermédiaires offriraient fausse monnaie, blanchiment, passages, financement ou propagande à plusieurs clients.

Un trafiquant peut n’éprouver aucune adhésion religieuse tout en contribuant matériellement à une entreprise terroriste. Inversement, toute criminalité transfrontalière ne relève pas du terrorisme. L’action publique doit identifier les responsabilités sans transformer diasporas, convertis ou populations pauvres en catégories suspectes par nature.

Le droit ne peut être réduit au mot « vide »

Le rapport rappelle que la loi antiterroriste brésilienne de 2016 ne pouvait s’appliquer rétroactivement à des conversations antérieures et que le Brésil ne désignait pas le Hezbollah comme organisation terroriste au moment couvert. Selon la synthèse, cinq seulement des trente-trois pays d’Amérique latine et de la Caraïbe auraient adopté une telle désignation. Ce chiffre aurait gagné à être accompagné de la liste des États concernés, d’une date de vérification et d’une comparaison des régimes juridiques nationaux.

La non-rétroactivité protège chaque citoyen contre la création rétroactive d’un délit. La désignation terroriste peut faciliter certaines poursuites sans remplacer la preuve individualisée. L’expression « vide juridique » rassemble donc des questions différentes, telles que l’absence d’incrimination, les difficultés de preuve ou l’extradition.

Maria Zuppello relie enfin cette situation à la politique étrangère du président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva et à ses déclarations sur la guerre à Gaza. Elle estime que cette orientation, ajoutée à la hausse d’incidents antisémites rapportée par une organisation communautaire de São Paulo, pourrait accroître les menaces. La note présente cette relation comme une analyse, non comme une causalité démontrée. Elle ne fournit ni série chronologique détaillée, ni comparaison régionale permettant d’isoler ce facteur, ni réponse des autorités brésiliennes ou des chercheurs contestant cette lecture. Cette partie réclame plus que toute autre un débat contradictoire.

Distinguer les mots pour ne pas confondre les réalités

Le CERIF définit le frérisme comme une idéologie politico-religieuse légaliste issue de la matrice des Frères musulmans, distincte du jihadisme violent de confrontation. La note consacrée à l’Amérique latine traite surtout de réseaux attribués au Hezbollah, à l’État islamique et à Al-Qaïda, de financements illicites, de recrutements et de projets d’attentats. Islam, islamisme légaliste, radicalisation, jihadisme et terrorisme ne constituent ni des synonymes ni les degrés automatiques d’une même trajectoire.

Les mécanismes décrits concernent la police judiciaire, le renseignement financier, la coopération internationale, la prévention et l’éducation. Ils imposent de tenir ensemble sécurité et libertés publiques. Contrôler les flux suspects demeure nécessaire. Préserver la liberté religieuse, la présomption d’innocence et l’égalité devant la loi l’est tout autant.

La vigilance civique ne dispense jamais de la rigueur

Pour un Franc-Maçon, la portée du document se situe d’abord dans cette exigence de discernement. La lutte contre le fanatisme ne peut emprunter les méthodes intellectuelles du fanatisme. Elle oblige à séparer la croyance de la violence, la communauté de l’organisation clandestine, le soupçon de la preuve et l’opinion politique de la responsabilité pénale. La liberté de conscience protège la foi comme l’absence de foi. Elle ne protège ni l’appel au meurtre, ni le financement d’attentats, ni l’asservissement des plus fragiles.

La fraternité commande de défendre les populations juives visées par l’antisémitisme, les musulmans exposés aux amalgames, les communautés autochtones utilisées comme terrains d’influence et les citoyens pris dans les économies criminelles. Elle impose aussi une méthode. Examiner les sources, confronter les interprétations, respecter les garanties juridiques et nommer précisément les faits ne ralentit pas l’action publique. Cette rigueur lui donne sa légitimité.

La note du CERIF met en ordre des signaux dispersés et propose une lecture cohérente de leur convergence.

Une synthèse de quatre textes ne peut toutefois tenir lieu d’état complet de la recherche, d’autant que son corpus s’arrête en 2024 et qu’aucune actualisation substantielle pour 2025 et 2026 n’est intégrée. Elle doit être lue comme une hypothèse de travail documentée, non comme la fermeture du dossier. Une menace publique se comprend mieux lorsque la vigilance accepte d’être contrôlée par la preuve.

Défendre la recherche sans renoncer au débat

Florence Bergeaud-Blackler

La situation personnelle de Florence Bergeaud-Blackler donne à cette exigence de rigueur une dimension très concrète. Dans un communiqué publié le 11 mai 2023, le Grand Orient de France lui apportait son soutien après les menaces de mort reçues en raison de ses travaux sur les Frères musulmans et l’islam politique, ainsi qu’après l’annulation d’une conférence prévue à la Sorbonne. L’obédience considérait que les entraves imposées à l’expression d’une chercheuse travaillant dans le cadre d’un organisme public portaient atteinte à la liberté scientifique et, plus largement, aux libertés démocratiques.

Ce soutien ne signifie pas que les analyses de la chercheuse devraient échapper à la discussion ou à la critique. Il rappelle qu’une recherche doit pouvoir être présentée, confrontée à d’autres travaux et discutée contradictoirement sans intimidation. La liberté d’expression scientifique ne garantit pas l’infaillibilité d’une thèse. Elle protège les conditions nécessaires à son examen raisonné.

Pour prolonger cette réflexion, la conférence publique Le frérisme et ses réseaux, l’enquête, organisée le 16 juin 2023 au siège du Grand Orient de France dans le cadre des Chantiers de la République, permet d’entendre Florence Bergeaud-Blackler exposer directement ses recherches, ses concepts et sa méthode.

L’idiot utile…

[NDLR : Si l’Amérique latine mérite toute l’attention portée à ses angles morts financiers et logistiques, le continent européen – et la France en particuliern’autorise aucune moindre vigilance, notamment face aux « idiots utiles » de l’islam politique et de l’islam radical : tel ou tel homme politique, scientifique, homme de lettres ou intellectuel dont les prises de position, les interventions publiques et les écrits contribuent, consciemment ou non, à brouiller les repères et à banaliser le discours fondamentaliste. Sans confondre évidemment ces relais d’influence avec les réseaux opérationnels de l’islamisme radical proprement dit, qui relèvent d’un autre registre de menace et d’un autre traitement. C’est précisément le rôle des services de renseignement – la DGSI en premier lieu – que de surveiller, d’identifier et de hiérarchiser ces différentes strates, depuis la propagande diffuse jusqu’aux projets ciblés, sans céder à l’amalgame ni à la complaisance. Car leurs supposées menaces, fussent-elles écrites et affichées avec provocation, n’impressionnent personne dès lors que la République demeure debout, vigilante et fidèle à ses principes.]

La situation du radicalisme islamiste en Amérique latine. Synthèse raisonnée des travaux de Maria Zuppello 2019-2024, Florence Bergeaud-Blackler, Centre européen de recherche et d’information sur le frérisme, document de travail, 19 juillet 2026, 11 pages, consultation officielle sur le site du CERIF

Certaines « créations numériques » ne sont en réalité que des prompts bien léchés. Pas de talent, pas de sueur, juste de l’IA. On appelle ça de l’art aujourd’hui… et on ose encore parler de « créateur ». Lol.

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Pierre d’Allergida
Pierre d’Allergida
Pierre d'Allergida, dont l'adhésion à la Franc-Maçonnerie remonte au début des années 1970, a occupé toutes les fonctions au sein de sa Respectable Loge Initialement attiré par les idéaux de fraternité, de liberté et d'égalité, il est aussi reconnu pour avoir modernisé les pratiques rituelles et encouragé le dialogue interconfessionnel. Il pratique le Rite Écossais Ancien et Accepté et en a gravi tous les degrés.

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