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Composé en 1973 par Michel Gonet sur des paroles de Pierre Chaine, l’hymne historique du Grand Orient de France chantait déjà le chantier, la République, l’Égalité, la Liberté et l’espérance d’une Humanité éclairée. Plus d’un demi-siècle après, une nouvelle proposition tente d’accorder cet héritage à la réalité contemporaine de l’Obédience : présence des Sœurs, affirmation de la Laïcité, responsabilité envers la Terre, transmission entre les générations et pluralité des voix. Une évolution davantage qu’une rupture.

Une proposition de nouvel hymne, et non encore un hymne officiel
Il convient, avant toute analyse, de nommer précisément les choses.

La version datée de mars 2026 est explicitement présentée comme une « Proposition Hymne ». En l’état actuel des informations rendues publiques, il ne s’agit donc pas encore du nouvel hymne officiellement adopté par le Grand Orient de France, mais d’un projet élaboré par un groupe de travail à la suite d’un vœu émis par le Convent de 2025.
Ce projet doit être présenté et interprété devant le Convent de Bordeaux. Cette étape sera naturellement importante, puisqu’elle permettra aux Sœurs et aux Frères d’entendre l’œuvre, d’en mesurer la portée et d’apprécier sa capacité à devenir un véritable chant collectif. Mais une présentation conventuelle ne saurait, à elle seule, être confondue avec une adoption définitive.
En l’absence, à ce jour, d’une validation formelle clairement annoncée, la formulation la plus exacte demeure donc :
Une proposition de nouvel hymne pour le Grand Orient de France.
Cette prudence ne diminue en rien la portée du projet. Elle correspond même à sa nature profondément maçonnique : l’œuvre demeure sur le chantier, soumise à l’examen, à l’écoute et au jugement des Sœurs et des Frères.
Un hymne ne devient en effet le chant d’une Obédience ni par la seule décision de ses auteurs ni par la qualité de ses intentions. Il doit encore être reçu, éprouvé par les voix et reconnu par celles et ceux dont il est appelé à exprimer la mémoire, les valeurs et l’espérance.
1973 : un hymne plus riche qu’il n’y paraît
L’ancien hymne ne mérite ni condescendance ni condamnation rétrospective.

Le recueil de chants préparé pour le 141e Convent du Grand Orient de France, tenu à La Rochelle en 2006, rappelle qu’il fut composé en 1973 par Michel Gonet, sur un texte de Pierre Chaine, à l’occasion du deux-centième anniversaire de l’Obédience.
Son ouverture est immédiatement collective :
« Francs-maçons, Francs-maçons mes Frères,
Rassemblons-nous sur nos chantiers. »
Tout le vocabulaire du métier est déjà présent : le chantier, la pierre angulaire, les bâtisseurs, les colonnes, le compas, l’équerre, l’étoile et les ateliers symboliques.
Mais l’hymne de 1973 n’est pas seulement un catalogue de symboles maçonniques. Il porte une ambition politique et humaniste particulièrement nette :
« Nous bâtissons la République du monde nouveau. »
La formule possède encore aujourd’hui une incontestable puissance. Elle exprime cette tension propre au Grand Orient entre le travail initiatique accompli dans le Temple et la volonté de contribuer, dans la Cité, à la construction d’une société plus juste.
Le deuxième couplet s’inscrit directement dans les inquiétudes de son époque :
« Le monde qui nous environne est déchiré par les conflits,
Mais sur l’une et l’autre colonne, la fraternité nous unit. »

Nous sommes alors dans un monde marqué par la guerre froide, les affrontements idéologiques, les dernières décolonisations et les fractures issues des bouleversements de 1968. Face à la division, l’hymne place la Fraternité au centre de l’édifice.
Il proclame également :
« Les Maçons, sans haine et sans crainte, adeptes de l’égalité,
Ne connaissent pas de contrainte, ils sont fils de la liberté. »
L’expression peut paraître solennelle, mais elle demeure forte. Être sans haine et sans crainte, c’est refuser à la fois la vengeance et la soumission. C’est affirmer que la liberté maçonnique ne consiste pas à agir sans règles, mais à ne reconnaître aucune domination exercée sur la conscience.
Le dernier couplet s’achève enfin sur une vision authentiquement universaliste :
« L’étoile que chacun contemple au ciel bleu de son atelier
Qui brille aujourd’hui sur le Temple, brillera sur l’humanité. »
L’ancien hymne ne se replie donc nullement sur l’Obédience. La lumière reçue dans le Temple doit sortir du Temple. Ce qui brille dans l’atelier n’a de sens que si cela éclaire un jour l’Humanité.
Une œuvre située dans son époque
L’hymne de 1973 porte néanmoins la marque du Grand Orient d’alors.
Son premier vers s’adresse aux « Francs-maçons » puis aux « Frères ». Cette formulation correspond à une Obédience encore exclusivement masculine. Il serait injuste d’y voir une volonté consciente d’exclure les femmes : elle traduit simplement la composition institutionnelle du Grand Orient à cette date.

De même, le texte adopte volontiers le ton de l’injonction :
« Rassemblons-nous »
« Polissons »
« Ouvrons nos travaux »
« Poursuivons »
« Nous n’avons pas droit au repos »
C’est une parole volontaire, militante, presque conquérante. Le Maçon y apparaît comme un bâtisseur constamment mobilisé, appelé à poursuivre sans relâche une œuvre séculaire.
La proposition de 2026 ne renonce pas à cette énergie. Elle la déplace cependant vers une écriture plus intérieure, plus mémorielle et plus poétique.
De « mes Frères » à « Frères et Sœurs »
Le premier changement est aussi le plus visible :
« Frères et Sœurs du Grand Orient de France »
Ces quelques mots disent une transformation profonde.
Les Sœurs ne sont pas dissimulées derrière un masculin supposé universel. Elles ne font pas l’objet d’un ajout secondaire ou d’une variante du chant. Elles sont nommées dès le premier vers, à égalité de présence et de dignité.
L’évolution n’est pas simplement grammaticale. Elle manifeste le passage d’une Obédience historiquement masculine à un Grand Orient dans lequel les Loges peuvent désormais accueillir des hommes et des femmes.
La langue se met ainsi en accord avec la réalité humaine de l’Ordre. Ce qui fut longtemps exprimé par une seule voix doit désormais être chanté par plusieurs.
Cette ouverture possède également une portée initiatique. La chaîne d’union n’est jamais une abstraction. Elle est formée par les êtres réels qui se donnent la main. Dès lors que les Sœurs en constituent les maillons, elles doivent aussi participer pleinement au chant qui en exprime l’unité.
Le chantier devient une chaîne
L’ancien hymne commençait par un rassemblement sur les chantiers. La proposition nouvelle s’ouvre sur une autre image :
« Notre chaîne nous lie à l’espérance :
Rien ne se rompt, rien n’est jamais perdu. »

Le chantier n’a pas disparu, mais il n’est plus le seul principe organisateur. La chaîne devient la figure centrale du nouvel hymne.
Ce déplacement est essentiel.
Le chantier évoque l’action, la construction, la matière à transformer. La chaîne exprime la relation, la continuité, la mémoire et la transmission. Elle unit les vivants entre eux, mais aussi les générations présentes à celles qui les ont précédées.
L’hymne de 1973 disait : construisons.
Celui de 2026 ajoute : souvenons-nous de ceux qui ont construit avant nous et préparons la place de ceux qui continueront après nous.
La formule :
« Rien ne se rompt, rien n’est jamais perdu »
ne signifie pas que l’histoire maçonnique serait exempte de ruptures, de conflits ou de disparitions. Elle affirme plutôt qu’un travail sincèrement accompli laisse une trace. Une parole, un geste, une pierre taillée ou une idée transmise peuvent survivre à celles et ceux qui les ont portés.

Quand la pierre garde la mémoire de l’ouvrier
La proposition contient une image particulièrement heureuse :
« La pierre chante le ciseau qui s’est tu. »
L’ancien hymne répétait l’invitation à polir la pierre angulaire. Le nouveau texte s’attarde sur ce qui demeure après le travail.
Le ciseau s’est tu. L’ouvrier a peut-être quitté le chantier ou rejoint l’Orient éternel. Pourtant, la pierre conserve la marque de son geste. Elle témoigne silencieusement de son passage.
Cette image peut être lue comme une méditation sur la transmission initiatique. Le Maçon disparaît, mais l’œuvre continue de parler. Les rituels, les outils, les usages, les idées et les combats reçus des générations antérieures portent encore l’écho de leurs voix.
Il existe ici une véritable poésie de l’absence. Le silence du ciseau n’est pas un néant : il permet d’entendre le chant de la pierre.
La République demeure, la Laïcité est enfin nommée
L’hymne de 1973 affirmait :
« Nous bâtissons la République du monde nouveau. »
La proposition de 2026 lui répond :
« Allons bâtir l’avenir éclairé
De la République, de la Laïcité. »
La continuité est manifeste. La République demeure l’un des horizons du travail maçonnique. Mais elle est désormais associée explicitement à la Laïcité.
Cette présence constitue l’un des apports majeurs du nouveau texte.
La Laïcité n’apparaissait pas nommément dans l’hymne de 1973, même si la liberté, l’égalité, la République et l’émancipation de la conscience y étaient déjà présentes. En 2026, elle devient une parole chantée.
Ce choix correspond à l’identité contemporaine du Grand Orient de France, qui place la liberté absolue de conscience, la séparation des Églises et de l’État et la défense de la République laïque au cœur de ses engagements.
La Laïcité n’est pas ici enfermée dans une posture défensive. Elle s’inscrit dans un « avenir éclairé ». Elle n’est donc pas seulement une conquête héritée de l’histoire : elle constitue une promesse à maintenir vivante et un édifice toujours à consolider.
Œuvrer pour la Terre
Le même couplet invite les Francs-Maçons à :
« Prêter serment d’œuvrer pour la terre »
Le mot « terre » peut naturellement désigner le monde humain, la société ou le domaine dans lequel se déploie l’action. Mais il porte aussi une résonance écologique que l’on ne peut ignorer.
L’hymne de 1973 se concentrait principalement sur les conflits, la République et l’Humanité. Celui de 2026 élargit la responsabilité maçonnique à la demeure commune.
Cette évolution traduit une conscience contemporaine : il n’existe plus de progrès humain concevable indépendamment de la préservation du vivant, des ressources naturelles et des conditions d’existence des générations futures.
La Terre devient alors un nouveau chantier. Non plus une matière à dominer, mais un monde à protéger, à transmettre et à réparer.
Le Grand Orient de France affirme officiellement être la première Obédience maçonnique en France. Il se présente comme l’héritier de la première Grande Loge créée en France en 1728, comptant plus de 1400 Loges et près de 56 000 membres, hommes et femmes. Une Obédience de cette importance ne peut demeurer étrangère aux grandes questions écologiques, sociales et civilisationnelles de son époque.
Le monde n’est plus seulement déchiré : il doit être entendu

La comparaison entre les deux textes révèle une autre évolution significative.
En 1973 :
« Le monde qui nous environne est déchiré par les conflits »
En 2026 :
« Que les échos et murmures du monde
Soient dans nos planches des vagues fécondes »
L’ancien hymne constatait la déchirure du monde et lui opposait la Fraternité des colonnes. Le nouveau texte adopte une attitude différente. Il ne s’agit plus seulement de résister aux conflits, mais d’écouter les échos et les murmures qui traversent la société.
Le choix du mot « murmures » est particulièrement intéressant. Les grandes clameurs sont facilement entendues. Les murmures, eux, exigent l’attention. Ils peuvent être ceux des plus faibles, des invisibles, des oubliés ou de ceux dont la parole peine à atteindre les lieux de pouvoir.
Ces voix doivent entrer dans les Loges, devenir la matière des planches et se transformer en « vagues fécondes ».
La Loge n’est donc ni un refuge à l’écart du monde ni une chambre d’écho reproduisant ses passions. Elle est un lieu d’élaboration. Elle reçoit le bruit du siècle, le soumet au silence, à la méthode, au débat réglé et au travail symbolique, avant d’en faire une pensée susceptible d’agir dans la Cité.
Liberté, Égalité, Fraternité : la continuité fondamentale
Il serait erroné de croire que les valeurs républicaines apparaissent seulement dans le nouveau texte.
Elles étaient déjà fortement présentes dans l’hymne de 1973 : la Fraternité unissait les deux colonnes, les Maçons étaient dits « adeptes de l’égalité » et « fils de la liberté ».

La proposition de 2026 rassemble plus explicitement la devise :
« Qui glorifient l’esprit de Liberté,
D’Égalité et de Fraternité »
Le nouvel hymne ne crée donc pas cette filiation. Il la rend plus immédiatement identifiable.
Le passage de « fils de la liberté » à une invocation commune de la Liberté, de l’Égalité et de la Fraternité est également cohérent avec la mixité. La liberté n’a plus besoin d’être transmise à de seuls « fils ». Elle devient un principe partagé par toutes et tous.
Un refrain plus initiatique et plus mémoriel
Le refrain de 1973 était ouvertement tourné vers l’action :
« Dans nos ateliers symboliques, ouvrons nos travaux.
Nous bâtissons la République du monde nouveau. »
Celui de 2026 adopte une tonalité différente :
« Gantés de blanc et en tenue,
Livrant au vent l’éclat des nues,
Nous sommes les maillons qui s’élèvent,
D’une chaîne qui jamais ne s’achève. »

Le Temple se fait ici plus sensible. Les corps sont présents, vêtus, gantés, engagés dans le rituel. La scène n’est plus seulement décrite comme un atelier symbolique : elle est incarnée.
Les gants blancs rappellent l’exigence de rectitude, de pureté d’intention et d’égalité entre les membres de la Loge. La tenue ne relève pas du décor. Elle marque le passage de l’espace profane au temps rituel.
Le refrain poursuit :
« Nos maîtres qui la formaient hier,
Nous tendent les outils séculaires. »
Ces « maîtres » peuvent être compris à plusieurs niveaux. Ils sont les Maîtres Maçons, mais également les prédécesseurs, les anciens bâtisseurs et tous ceux qui ont constitué la chaîne avant nous.
Les outils ne sont pas inventés à chaque génération. Ils sont tendus par ceux qui les ont reçus, éprouvés puis transmis.
La tradition n’est donc pas une possession. Elle est un dépôt provisoire. Nul n’est propriétaire de l’équerre, du compas ou de la truelle. Chacun les reçoit pour un temps, avec le devoir de les transmettre ensuite.
De l’étoile sur l’Humanité à l’éternité de la lumière
L’ancien hymne se concluait par une image magnifique :
« Qui brille aujourd’hui sur le Temple, brillera sur l’Humanité. »
La proposition nouvelle chante :

« Et nos voix, sous l’étoile, fières,
Chantent l’éternité de leur lumière. »
L’étoile demeure. Elle constitue l’un des ponts les plus évidents entre les deux textes.
En 1973, son rayonnement allait du Temple vers l’Humanité. En 2026, sa lumière traverse les générations. Le premier mouvement est horizontal : du dedans vers le dehors. Le second est également vertical et temporel : du passé vers l’avenir, des anciens vers les nouveaux initiés.
Les deux images ne s’opposent pas. Elles se complètent.
La lumière maçonnique doit rayonner dans le monde, mais elle doit aussi être conservée et transmise. Sans extériorisation, elle devient stérile ; sans transmission, elle s’éteint.
De la pierre à l’épi de blé : une transmutation symbolique
Le dernier couplet de la proposition contient l’une de ses images les plus riches :
« Fiers de voir se lever l’épi de blé
Né des éclats de nos pierres taillées. »
Le passage de la pierre au blé relève presque d’une opération alchimique.
La pierre appartient au règne minéral. Elle est stable, résistante et durable. Le blé appartient au vivant. Il germe, croît, nourrit, meurt et renaît par la semence.
Des éclats produits par la taille de la pierre surgit l’épi. Le travail initiatique n’est donc pas accompli pour la seule perfection de la pierre. Il doit produire une fécondité.
La taille représente le travail sur soi : suppression des aspérités, maîtrise des passions, construction d’un jugement plus libre. L’épi représente ce que ce travail peut offrir aux
autres : une nourriture, une moisson, une promesse de continuité.
La pierre taillée ne constitue pas la fin du chemin. Elle prépare la germination.

Cette image dépasse la seule amélioration individuelle. Le Maçon ne se perfectionne pas afin de contempler sa propre sagesse. Il travaille sur lui-même pour rendre son action plus juste et participer à la construction d’une société plus humaine.
La transmission au seuil de l’Orient éternel
Le même couplet affirme :
« Sur le seuil de l’Orient éternel,
Aux initiés nous tendrons nos truelles »
L’ancien hymne déclarait que les Maçons n’avaient « pas droit au repos ». Le nouveau évoque le moment où ils devront à leur tour remettre leurs outils.
Il existe dans ces vers une méditation sereine sur la finitude.
Au seuil de l’Orient éternel, l’initié ne conserve pas la truelle. Il la tend à ceux qui poursuivront l’œuvre. La mort n’est pas ici conçue comme l’interruption du chantier, mais comme le moment ultime de la transmission.
Le bâtisseur sait qu’il ne verra pas nécessairement l’achèvement de l’édifice. Cette conscience ne l’empêche pas de travailler. Elle donne au contraire à son geste une dimension plus haute.
Une mixité devenue architecture musicale
La modernité du projet ne réside pas seulement dans les paroles.
Une version à deux voix, masculine et féminine, accompagnée d’un contre-chant, a été conçue. Des versions exclusivement masculine ou féminine existent également, tandis que la composition doit permettre une interprétation collective en chœur et à l’unisson.
Cette construction musicale possède une portée symbolique évidente.
La mixité n’est pas seulement proclamée dans le premier vers : elle devient audible.
Une voix masculine et une voix féminine peuvent se répondre, se croiser, se soutenir et se rejoindre. L’unisson n’efface pas les différences. Il les rassemble autour d’une même ligne mélodique.
Cette polyphonie constitue une belle représentation du travail maçonnique. Les sensibilités, les histoires, les convictions et les parcours demeurent distincts, mais ils peuvent concourir à l’harmonie d’une œuvre commune.
Un Ordre initiatique ne cherche pas à fabriquer des êtres identiques. Il tente de permettre à des voix différentes de se rencontrer sans se détruire.
Hommage aux artisans du nouvel édifice musical
Il faut saluer celles et ceux qui ont accepté de porter ce projet.

Les Frères Alexandre, de Dreux, et Emeric, de Paris, ont assuré la composition musicale. Le Frère Fabien, de Périgueux, a écrit les paroles. Le Frère Guillaume, de Clichy, et la Sœur Laurya, de Paris, ont prêté leurs voix à son interprétation.
Composer un hymne pour le Grand Orient de France représente une tâche singulièrement difficile.
Il faut respecter une histoire pluriséculaire sans se laisser enfermer par elle. Il faut employer les mots de la Franc-Maçonnerie sans transformer le texte en inventaire d’objets rituels. Il faut dire la République sans produire un discours politique, évoquer l’initiation sans dévoiler le rituel et trouver une mélodie suffisamment ample pour porter le symbole, mais suffisamment accessible pour être chantée par une assemblée.
Les deux compositeurs ont également dû penser non seulement à des voix solistes, mais au souffle d’un chœur. Un hymne ne prend véritablement vie que lorsqu’il cesse d’appartenir à ses auteurs pour devenir le chant de toute une communauté.
Le travail de Fabien mérite lui aussi d’être reconnu. Son texte conserve les grands éléments du vocabulaire maçonnique – la pierre, le ciseau, l’équerre, la truelle, la chaîne, l’étoile, la lumière et l’Orient éternel – mais il les agence dans une poésie nouvelle, marquée par la mémoire, la fécondité et la transmission.

Enfin, Guillaume et Laurya donnent chair à ce que les paroles proclament. Par leurs deux voix, ils rendent immédiatement perceptible le Grand Orient contemporain : un Ordre dans lequel Frères et Sœurs peuvent porter ensemble la même espérance.
Ni reniement ni simple dépoussiérage
La proposition de 2026 ne doit pas être opposée brutalement à l’hymne de 1973.
L’ancien texte conserve de très beaux vers, une réelle efficacité collective et une remarquable clarté républicaine. « Nous bâtissons la République du monde nouveau » demeure une formule capable de soulever une assemblée. « Sans haine et sans crainte » exprime admirablement l’idéal d’une conscience libre. Et l’étoile appelée à briller sur l’Humanité garde toute sa force.
Le nouveau texte ne vient donc pas corriger une œuvre indigne ou honteuse. Il vient prolonger un chant devenu historiquement incomplet.
Il reprend le chantier, la pierre, l’équerre, l’étoile, les outils, la République, la Liberté, l’Égalité et la Fraternité. Mais il y ajoute les Sœurs, la Laïcité, la terre, les murmures du monde, la mémoire des anciens et la transmission aux générations futures.
L’ancien hymne était celui des bâtisseurs d’un « monde nouveau ».

La proposition de 2026 est davantage celle des maillons d’une chaîne qui ne s’achève jamais.
Un Grand Orient fidèle parce qu’il continue de se transformer
Le Grand Orient de France se présente comme la première Obédience maçonnique française et comme la plus ancienne Obédience maçonnique de France. Ses documents portent également la qualité de « Puissance symbolique régulière souveraine ». Son importance ne tient cependant pas seulement au nombre de ses Loges ou de ses membres. Elle réside dans sa capacité à faire vivre un héritage sans le momifier.
Changer d’hymne ne signifie pas changer d’âme.

Cela peut au contraire signifier que l’Obédience souhaite accorder sa parole, ses valeurs et sa musique à ce qu’elle est devenue. La tradition initiatique ne consiste pas à répéter indéfiniment les mêmes formes. Elle consiste à préserver le sens profond en faisant évoluer les formes qui le portent.
La proposition de 2026 accomplit ce travail avec intelligence. Elle ne déboulonne pas la pierre ancienne. Elle la replace dans un édifice plus vaste. Elle ne rompt pas la chaîne : elle y ajoute de nouveaux maillons.
Reste maintenant l’épreuve essentielle : celle du chant collectif.
Car un hymne ne devient pas vivant par la seule qualité de ses paroles ou de sa composition. Il faut qu’une assemblée puisse se l’approprier, le porter, y reconnaître son histoire et y projeter son avenir.
Le Convent dira peut-être si cette proposition doit devenir officiellement l’hymne du Grand Orient de France. Mais l’intention qui l’anime mérite déjà d’être saluée : faire entendre dans un même chant la voix des Frères et celle des Sœurs, la mémoire des anciens et l’espérance des initiés de demain.
L’hymne de 1973 appelait à bâtir « la République du monde nouveau ».
Celui qui se prépare pourrait rappeler que ce monde ne se construira qu’à la condition de ne laisser aucun maillon hors de la chaîne.
Hymne du GODF, 1973
Cet hymne fut composé par Michel Gonet, sur un texte de Pierre Chaine, à l’occasion du 200e anniversaire de l’Obédience.
Il comprend trois couplets et un refrain.
Premier couplet
Francs-maçons, Francs-maçons mes Frères,
Rassemblons-nous sur nos chantiers.
Polissons la pierre angulaire, espérance des initiés.
Le Grand Orient nous appelle à unir nos mains et nos cœurs.
Polissons la pierre éternelle, espérance des bâtisseurs.
Refrain
Dans nos ateliers symboliques, ouvrons nos travaux.
Nous bâtissons la République du monde nouveau.
Sous l’étoile qui nous éclaire, poursuivons l’œuvre séculaire.
Dans nos ateliers symboliques, ouvrons nos travaux.
Deuxième couplet
Le monde qui nous environne est déchiré par les conflits,
Mais sur l’une et l’autre colonne, la fraternité nous unit.
Les Maçons, sans haine et sans crainte, adeptes de l’égalité,
Ne connaissent pas de contrainte, ils sont fils de la liberté.
Refrain
Troisième couplet
Avec le compas et l’équerre, Frères, poursuivons nos travaux.
Polissons la pierre angulaire, nous n’avons pas droit au repos.
L’étoile que chacun contemple au ciel bleu de son atelier
Qui brille aujourd’hui sur le Temple, brillera sur l’humanité.
Refrain

Proposition de nouvel hymne 2026
Couplet 1
Frères et Sœurs du Grand Orient de France, Notre chaîne nous lie à l’espérance : Rien ne se rompt, rien n’est jamais perdu. La pierre chante le ciseau qui s’est tu.
Refrain
Gantés de blanc et en tenue, Livrant au vent l’éclat des nues Nous sommes les maillons qui s’élèvent, D’une chaîne qui jamais ne s’achève. Nos maîtres qui la formaient hier, Nous tendent les outils séculaires. Et nos voix, sous l’étoile, fières, Chantent l’éternité de leur lumière.
Couplet 2
Francs-Maçons, debout, main à l’équerre ! Prêtons serment d’œuvrer pour la terre, Allons bâtir l’avenir éclairé De la République, de la Laïcité.

Refrain
Couplet 3
Que les échos et murmures du monde Soient dans nos planches des vagues fécondes, Qui glorifient l’esprit de Liberté, D’Egalité et de Fraternité
Refrain
Couplet 4
Sur le seuil de l’Orient éternel, Aux initiés nous tendrons nos truelles, Fiers de voir se lever l’épi de blé Né des éclats de nos pierres taillées.
Refrain
