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Précisions pratiques quant aux étapes composant la phase de SOLVE (1ère partie)
Je vous livre en ces lignes, mes humbles commentaires, afin que la Voie du Cinabre rencontre celle Maçonnique. D’ailleurs, ces deux – comme d’autres – ne constituent-elles pas qu’une seule voie, fourbissant les clavicules permettant d’ouvrir les portes sur celle-ci, qui sont justes différentes quoique de même nature ?
Ce que nous livre un rituel.
Parcourons ensemble de manière séquentielle et linéaire le rituel de réception au grade de Compagnon, du Rite écossais Primitif (REP). Notre choix s’est porté sur ce rite, car il constitue une base sincère et sérieuse pour l’étude qui est la nôtre.
« Le Maître de Cérémonies et Le Frère Terrible dans les Parvis se rendent au lieu où attend l’Impétrant et le ramène dans les Parvis. »

Tout d’abord, constatons les rôles importants de deux Officiers de l’Atelier : le Maître de Cérémonies et le Frère Terrible. Si lors de la cérémonie d’initiation, seul le Maître de Cérémonie était en dehors des parvis, ici il est accompagné du Frère Terrible. L’un et l’autre représentent une des incarnations importantes de l’Artiste : le premier est un agitateur et peut être assimilé au cinquième feu, et le second est un contrôleur.
Pour information ou rappel, les trois premiers feux sont Soufre, Mercure et Sel. Tous trois mis en présence, ils en déclenchent un 4ème, encore activé par le mouvement (5ème feu, mécanique, énergétique).
Les trois premières étapes de Solve.
Ils se déplacent tous les deux ensemble, 1 + 1 ne formant alors qu’1 et non 2. Ils nous indiquent que nous sommes à un moment important de la phase Solve : après la troisième dose de sel. L’Artiste doit prêter attention à la cuisson, c’est-à-dire vérifier s’il n’a pas brûlé les fleurs, autrement dit si la matière ne présente pas de traces rouges sur les parois du ballon. Auquel cas ce serait le cas, alors tout serait à recommencer.
L’Artiste doit vérifier que les trois premières étapes de Solve, consistant en l’ajout de trois doses de Sel Philosophique, se sont bien déroulées et qu’il est possible de continuer l’Œuvre.

Comment sais-je que nous sommes à la fin de la troisième étape ? Car le passage qui suit me le révèle :
« Le Frère Terrible : Donnez-moi le point parfait de votre entrée parmi nous.
L’Impétrant fait la marche d’Apprenti. »
La marche d’Apprenti se réalise par trois pas ; trois pas = les trois premières doses de Sel.
Comment suis-je sûr qu’il s’agit d’une pause pour contrôle de l’union des Matières Premières après les trois premières doses de Sel ? Parce que le Frère Terrible me tuile, m’interroge et m’incite à vérifier que ce que j’ai débuté est bien.
Pourquoi ce que j’ai débuté doit-il être bien ? L’Artiste n’est jamais certain de la force de son Sel, aussi faut-il qu’il fasse particulièrement attention lors des trois premières doses car :
– si le Sel Philosophique est trop faible, alors il ne peut y avoir une bonne cuisson, l’union du Soufre et du Mercure, grâce au Sel, ne pourra se réaliser, et tout sera à recommencer.
– si le Sel Philosophique est trop fort, alors il y a risque à trop cuire l’éthiop minéral, et tout sera à recommencer ;
Pour information ou rappel, le Sel prend plusieurs dénominations, selon son état et son utilisation : il est Sel des Philosophes lorsqu’il est Matière Première, à l’état solide ; il est Sel Philosophique lorsqu’il a été transformé et qu’il participera à l’union des deux autres Matières Premières (il est de deux types : Sel potassique liquide et Sel potassique solide (Barbe de l’Éternel)) ; il est Quintessence, Sceau d’Hermès, Sang du dragon, au terme de Solve.
Contrôle de la préparation.
La nature du contrôle nous est communiquée par la suite de cette préparation à la réception d’un nouveau Compagnon :
« Le Frère Terrible : Donnez-moi le mot d’Apprenti ?
L’Impétrant : Je ne dois ni lire, ni écrire ; je ne puis qu’épeler, dites-moi la première lettre, je vous dirai la seconde. »
C’est-à-dire que l’Artiste doit être dans ce rôle de contrôleur : il doit savoir expliquer – car c’est ce que signifie épeler[1] –, après les trois premières doses de Sel Philosophique, si l’état des matières en son ballon est conforme aux attentes de la Nature, quant à leur union.
[1] Issu du francique *spellôn, « expliquer ».
Ensuite, le Frère Terrible et l’Impétrant échangent le mot : J A K I N qui signifie « il rend stable », « il établira », « il affermira » ou « il fondera » ; c’est-à-dire tout ce qui est exigé à cette étape de Solve.
L’Artiste, personnifié par le Frère Terrible, inspecte donc son ballon suivant la consigne du fait d’établir (JAKIN) qui relève du domaine du concret, de la matière, de l’action.
Puis le contrôle se termine, par la demande du mot de passe et du signe d’Apprenti.
Pour le premier (mot), il est répondu qu’il n’y en a pas et que la raison de cette absence de mot de passe est expliquée par la réplique :
« L’Impétrant : Parce que je venais du monde profane, où nul ne pouvait me le donner. »
Effectivement, il n’y a rien à dissimuler, alors à quoi bon sert un mot de passe. Le REP est, ici, à mon avis, plus légitime et conforme à la Tradition alchimique, que d’autres rites.
Enfin, avant de reprendre l’union du Soufre et du Mercure, par l’action du Sel, une dernière préparation est réalisée : « Le Frère Terrible lui fait quitter ses vêtements de dessus (veste), mais lui laisse le Tablier et les Gants. Il lui met les cheveux épars. », afin que l’Impétrant se trouve dans les mêmes dispositions physiques que le granule naissant.
Il est temps de passer à la suite des étapes de Solve, après un dernier contrôle par l’Artiste, cette fois-ci de l’intérieur du ballon. Je ne reprends pas ici les questions et réponses constituant ce passage du rituel, et m’attèle directement aux voyages de probation
Ces voyages sont au nombre de cinq. Ils sont conformes à l’étymologie de « probation »[2] : 1) épreuve, essai, examen, et 2) approbation, assentiment.
[2] Dérivé de pro, avec le suffixe -bus : « qui est en avant, qui tâte le terrain ».
Les trois premiers voyages sont un rappel des trois premières doses de Sel. À la fin d’ailleurs du troisième, l’Impétrant est conduit pour la première fois devant la Pierre cubique et [le Maître de Cérémonie] lui fait frapper dessus en Apprenti. Ce troisième voyage est donc important, car il révèle que la pierre commence à prendre concrètement forme à la fin de celui-ci. Rappelez-vous pourquoi, les contrôles étaient nécessaires et expliqués dans l’introduction de cette cérémonie. Il s’agit, au terme du troisième voyage, de réaliser donc les examens (visuels, olfactifs, thermiques) nécessaires à la bonne poursuite de l’Œuvre.
Les quatrième et cinquième voyages correspondent aux adjonctions complémentaires de Sel Philosophique, afin d’arriver à la cinquième étape de Solve qui se caractérise par un granule en cours de finalisation, grâce au mariage du Soufre et du Mercure, par l’action du Sel philosophique. Au cours de ces voyages, l’Impétrant frappera sur la Pierre cubique. Ces frappes symbolisent la création du granule, ainsi que le tempo, appelé aussi mouvement. Comme en musique, le tempo est la vitesse d’exécution de l’Œuvre ou, plus exactement, la fréquence de la pulsation, ce battement régulier « qui sert d’étalon pour construire les différentes valeurs rythmiques ».

Nous retrouvons, dans les rites maçonniques et paramaçonniques, différents tempos : comme 0 0 [espace] 0 ou 0 0 0. Le tempo indique à l’Artiste quand il doit à nouveau ajouter du Sel Philosophique. Il doit être à l’écoute des pulsations du ballon, des pulsations de la création du granule. Ces pulsations peuvent être visuelles, olfactives, thermiques, vibratoires …
Orthopraxie.

Le mouvement proposé par le REP est spécifié dès les cinq voyages de probation terminés :
« Le Maître de Cérémonies accompagne l’Apprenti devant l’autel du Vénérable en se tenant à 2 pas des marches.
Le Maître de Cérémonies : Première marche (un pas au sol).
Le Maître de Cérémonies: Seconde marche (un second pas au sol).
Le Maître de Cérémonies lui fait monter les trois marches du Trône, puis le raccompagne au pied de l’autel face au Vénérable Maître. »
Les deux premières doses de Sel doivent être identiques et les doses ne doivent pas être trop volumineuses (deux pas au sol). Ensuite, les trois autres doses peuvent être différentes en quantité (volume) par rapport aux deux premières, mais aussi entre elles. Néanmoins, l’Artiste doit toujours veiller à ce que la cuisson soit maîtrisée, notamment par l’action du cinquième feu. Par la suite, avec la sixième dose de Sel, il terminera la cuisson, c’est-à-dire la création du granule ; puis la septième dose de Sel permettra de refroidir le ballon et de le laver, ramenant les terrestréités dans son fonds et faisant émerger le Sang du Dragon et sa couronne aurique… mais nous n’y sommes pas encore !
Le discours à suivre du Maître de Loge apporte plusieurs renseignements opératifs utiles. Il y est fait effectivement plusieurs mentions importantes pour conduire l’œuvre :
– l’enseignement du maniement des trois outils (maillet, ciseau et levier) fait référence aux trois Matières Premières (Soufre, Sel et Mercure) et la manière dont une permet l’union des deux autres, dans le « Milieu du Ciel », c’est-à-dire le haut du ballon, cette espace vide, parfois appelé aussi blanc par certains auteurs alchimiques ;
– la Planche à tracer fait référence à la table et aux ustensiles utiles, mais aussi au savoir-faire qu’il convient de tracer sur un support, pour mémoire, à toutes fins utiles, pour ensuite le détruire, car il n’est plus besoin de livres, de notes, de supports, etc., pour réaliser les opérations quand on devient un véritable Artiste.
L’éthiop minéral.

La suite de la réception se passe de commentaires, car elle reprend, plus synthétique, les actions du Sel
– représenté par le Maître de Loge
– sur l’éthiop minéral
– représenté par le récipiendaire.
Les éléments de probation du grade de Compagnon sont communiqués par le Maître de Cérémonies et rappellent :
– pour le signe, que l’Artiste doit conduire l’œuvre par l’intelligence du cœur et non celle du cerveau, car le poids de nature n’est pas celui de science ;
– pour l’attouchement, que ce sont cinq doses de Sel qui sont nécessaires pour aboutir à l’étape de cette phase ;
– pour le mot sacré בעז (Beth, Ayin, Zayin – Boaz), que le Sel est l’agent primordial qui conduit toute l’œuvre, car « en lui (est) la force » ;
– pour le mot de passe שִׁבֹּלֶת (Shin, Beth, Lamed, Tav – schibboleth), que l’usage du Sel est à prendre au premier sens du mot de passe ici (épi), c’est-à-dire qu’il permettra à la pierre, encore granule, de se former, puis d’évoluer dans sa gangue protectrice, comme le grain se forme et évolue dans l’épi de blé. Ajoutons que le mot de passe permet aussi à l’Artiste de passer d’une étape importante de cette phase vers les deux dernières de sa conclusion, car, paraphrasant Voltaire, manier le Sel est une « épreuve qui fait juger de la capacité d’une personne » ;
– pour la marche, les trois premiers pas identiques rappellent à l’Artiste les trois premières doses à l’identique, puis le pas de côté, la rectification qu’il doit opérer selon la force de son Sel Philosophique et l’état de coloration de son ballon, après la troisième dose et avant la quatrième, afin de ne pas brûler les fleurs, et enfin le cinquième pas, ramené dans l’axe des trois premiers, indique à l’Artiste qu’il peut, après rectification de la quatrième dose, reprendre sa cuisson à l’identique des trois premières doses… ou de la quatrième.

La suite du rituel présentant le nouveau Compagnon aux deux Surveillants est pour rappeler la justesse des actions à entreprendre. C’est par la répétition que l’Artiste se conforte dans son geste.
Si tout est juste est parfait, alors il pourra, au terme de Solve, contempler le flamboiement d’une étoile à six branches, c’est-à-dire le Sceau d’Hermès, un composé sulfuro-mercuriel salin. Il sera alors un Véritable Rose+Croix arrivé à la fin de cette phase. Véritable Rose+Croix ? Oui, car il aura posé sa rose, dans la croix, c’est-à-dire fait apparaitre le Sang du Dragon et sa couronne aurique, flottant au-dessus du compost, au sein du ballon.
Quant à la suite du rituel de réception, elle raconte sous une forme romancée tout ce que nous avons exposé ci-avant.
Vous disposez de ce que nécessaire afin de comprendre (ORA) et réaliser (LABORA) la phase Solve, après la distillation du 5ème feu pour, depuis la troisième étape, atteindre la cinquième, puis vous tenir aux portes de la finalisation de cette phase, dont les dernières révélations pratiques sont dissimulées dans le rituel de réception du troisième grade.
A suivre…
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