La réception d’un Compagnon comme Maître Maçon dans le Temple Maçonnique

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Précisions pratiques quant aux étapes composant la phase de SOLVE (2nde partie)

Dans le Rite écossais Primitif – mais aussi comme dans d’autres ! –, la réception d’un Compagnon Confirmé – Maître Maçon nous livre un ensemble de révélations alchimiques… à qui a des oreilles pour entendre et des yeux pour voir ! Parcourons ensemble de manière séquentielle et linéaire le rituel de réception. Au grade de Compagnon Confirmé – Maître, du Rite écossais Primitif (REP), car il se prête à certaines révélations alchimiques importantes.

« Le Très Respectable : Frère Maître de Cérémonie, veuillez aller quérir le Compagnon qui va être promu à la Maîtrise en vertu de la décision de cette Loge. Vous lui abaisserez sa coiffure sur les yeux, lui mettrez les cheveux épars, son tablier sera à demi arraché et vous le présenterez en cet état au seuil du Temple. »

Tout d’abord, constatons le rôle prépondérant du Maître de Cérémonie. Il est celui doté du bâton, artefact servant à remuer un liquide ou semi-liquide semi-solide (comme quelque chose de vaseux… nous y reviendrons).

Remarquons tout d’abord que le Compagnon dispose d’une coiffure (autrement dit un chapeau !). Il est donc c(h)apoté (d’autres auteurs écriront Chat Botté). Considérant le Compagnon récipiendaire à ce grade comme l’éthiop minéral par 5 fois transformé[1] et le Maître de Cérémonie comme l’émanation active du Très Respectable, c’est-à-dire une des formes manifestées de l’Artiste agissant, ceci signifie que la matière a déjà subi des cuissons et que le mariage du Soufre et du Mercure, par l’action du Sel, a déjà débuté.

Le ballon est bouché (porte du Temple fermée), afin que rien qui n’en soit contenu ne s’en échappe ou ne puisse en être extrait. Ce passage nous révèle alors déjà une des 5 grandes phases de l’œuvre alchimique.

Pour information ou rappel, il y a 5 grandes phases alchimiques plus une qui est strictement chimique, composé de processus de fabrication nécessaires afin de permettre à l’Artiste de réunir et produire ce qui permettra de réaliser l’œuvre alchimique. Il s’agit des phases de pré-préparation, de préparation, de Solve, de Coagula, de la Multiplication et de la Projection.

Dans la phase de pré-préparation, nous n’utilisons pas de ballon. Dans la phase de préparation, nous en utilisons un, mais il ne convient pas d’après ce qui est décrit dans ce grade. Dans la phase de Solve, toutes les phases se réalisent avec un ballon fermé (sauf pour les adjonctions de Sel). Dans la phase de Coagula, point de ballon fermé, sauf pour une étape. Dans la phase de Multiplication, celle-ci reprenant Solve et Coagula – jusque trois fois !, alors il convient de se référer à Solve, quant au ballon bouché. Dans la phase de Projection, il n’y a point de ballon. Le rituel nous indique que nous sommes à la phase Solve.

Revenons à notre Compagnon capoté. Il est donc l’allégorie de la matière à la fin de la cinquième étape de la phase Solve, au sein d’un ballon disposant d’un bouchon. Il convient désormais, lors des réceptions à ce grade, de ne pas oublier qu’il doit être coiffé : rien ne s’échappe de lui-même, du mariage de deux matières premières grâce à la troisième.

Le Très Respectable demande en sus de lui mettre les cheveux épars – vous conviendrez combien il peut être difficile d’aboutir à ce résultat, si le Récipiendaire à ce grade dispose d’une capillarité semblable à la mienne : inexistante. Qu’importe, c’est le geste qui compte ici, car il est demandé au Maître de Cérémonie de dissocier des éléments inamovibles du Compagnon de leur forme accoutumée. Il s’agit de mettre le désordre dans ce qui était alors en ordre. Mais pour quelle raison ? Certainement car il faudra, par la suite de la réception, (re-)mettre de l’ordre dans le chaos : ordo ab chao, comme nous l’enseigne une locution latine chère à quelques grades supérieurs, par ailleurs, mais pas que…

J’ajoute une révélation importante pour comprendre ce que le chaos est réellement : un Sel. Effectivement, une phrase mnémotechnique rabâchée par le Maître-Guide à ses élèves, lors de leur formation, permet de retenir que « le chaos hache », et tout bon Philosophe de l’Art sait que ce qui coupe, ce qui pique, ce qui tranche, ce qui hache, entre autres, est un Sel ! Cette phrase mnémotechnique nous révèle d’ailleurs une matière première de la phase de préparation, obtenue à partir de premières matières en la phase de pré-préparation : le KoH (soit l’hydroxyde de potassium).

Le Compagnon a aussi son tablier à demi arraché, ce qui signifie que la pierre est en état de composition. Je tire d’ailleurs d’un autre rituel (12ème grade du Rite dit de Yarker, version GOE du GODF & consort) une phrase signifiant bien cet état descriptif : « La matière prend forme. » L’Artiste perçoit donc la pierre cubique en devenir, s’extrayant (« demi arraché ») de la vase qui l’abrite, avec encore plusieurs terrestréités.

Bref, vous l’aurez compris, rien que dans ce premier passage, le Très Respectable nous révèle ce à quoi nous avons affaire : l’Artiste sous une de ses formes manifestées pour agir, la matière après avoir subi cinq cuissons, le ballon d’une des phases de l’œuvre, le Sel qui est une des matières premières nécessaires et la transformation de la pierre brute vers la pierre cubique.

Nous sommes en phase Solve, après avoir passé les cinq premières étapes de cette phase. Ce sont la sixième, puis la septième qui nous serons décrites, entre autres, dès lors.

Comment suis-je certain de ce que j’avance, me direz-vous ? Ma réponse réside dans l’action à suivre (ce que Roger CARO, comme d’autres, qualifie de « 5ème feu », celui mécanique) :

« Le Maître de Cérémonies, arrivé à la porte du Temple avec le Postulant, frappe en Compagnon par trois coups courts d’Apprenti et deux coups espacés de Compagnon. »

3 + 2 = 5, soit 5 doses de Sel déjà versées dans le ballon… sur 7 (voire plus).

D’ailleurs, le Très Respectable nous indique bien que 2 coups, soit 2 doses font défaut car il énonce : « […] qui frappe ainsi en Compagnon, ignorant celle des Maîtres. »

Veuillez relever que le Très Respectable Maître et son émanation en tant que Maître de Cérémonie nous indique aussi comment les doses de Sel sont à distiller dans le ballon : 3, puis 2, enfin 2 encore qui seront respectivement 1 + 1.

3 = l’Apprenti

3 + 2 = le Compagnon

3 + 2 + 1 + 1 = 7, le Compagnon Confirmé – Maître

Ce sont trois états de deux mêmes matières premières (un Soufre et un Mercure, c’est-à-dire l’éthiop minéral initialement formé) qui s’amalgament sous l’effet de la cuisson et du refroidissement d’une 3ème matière première (le Sel qui, précisons-le, est Philosophique ; d’ailleurs sous sa forme potassique et non calcique).

S’ensuit que le Philosophe nous fait alors une révélation de forme : « Le 2nd Surveillant : Très Respectable, c’est le Maître de Cérémonies qui vient de conduire au seuil de la Chambre du Milieu un Compagnon désireux d’accéder à la Maîtrise, en passant de l’Équerre au Compas. »

La Chambre est un endroit où l’on se couche et qui est propice à l’union des corps. C’est dans le milieu du ballon que l’union entre le Soufre et le Mercure, rendus évanescents par le Sel s’accouplent. Certains auteurs décrivent ou dessinent alors pour illustration l’Androgyne.

Vous avez toutes et tous pointé le passage révélateur du changement de la forme : passer de l’équerre au compas, c’est-à-dire de la forme carrée, à la ronde (ou à l’ovoïde, est-il préférable d’écrire). L’amalgame (le mariage, diront certains autres Artistes) du Soufre et du Mercure se réalise par le Sel. Il s’agit d’équarrir la matière formée par ce couple, jusque ce qu’elle devienne un granule, ayant la forme d’un œuf…

… et ce sont 7 doses successives de Sel qui permettent cela !

Se pose la question de ce que l’Artiste obtient, alors, après avoir distillé les 2 doses de Sel manquantes : la Putréfaction[2], marquant la fin de Solve et le début prochain de Coagula, après avoir effectué la triple séparation.

Ce qui, dans le rituel de réception, permet d’identifier que l’étape de la Putréfaction va être atteinte, nous est décrit dans ce passage : « Le Très Respectable : Vénérables Maîtres, veuillez vous armer de l’épée. Debout, sans mise à l’ordre des Maîtres, daignez pointer la lame du glaive vers le Tombeau d’Hiram. »

Je vous rabâche un de mes précédents laïus : « … et tout bon Philosophe de l’Art sait que ce qui coupe, ce qui pique, ce qui tranche, ce qui hache, entre autres, est un Sel ! » Grâce à celui-ci, vous venez d’identifier qu’une épée ou encore la lame d’un glaive sont un Sel… et que la différence entre l’un et l’autre qualifie la précaution à prendre, en termes de doses à distiller, afin de conduire la matière à la putréfaction, soit le Tombeau d’Hiram. J’ajoute que c’est par l’épée, symbole du feu salin, que la cuisson se réalise.

Pour le passage à suivre, il décrit la manière dont l’Artiste doit prendre en compte l’évolution de la matière, afin de ne pas distiller trop de Sel, sous peine de tout perdre ! Il lui faut être attentif en la regardant évoluer, en questionnant sa transformation : « Le Très Respectable : Vénérable Frère 2nd Surveillant, veuillez demander au Postulant s’il a fait son temps de cinq années, si ses Maîtres sont satisfaits de son travail, s’il est demeuré fidèle aux principes que nous lui avons inculqués, s’il a toujours le même zèle pour la Maçonnerie, et enfin s’il désire avoir accès au tombeau de notre Maître. » et en veillant à bien disposer de l’expression de son retour : soit le discours en 5 questions et réponses établit entre le 2nd Surveillant et le Postulant.

Les 5 questions et réponses sont autant de rappels, pour l’Artiste, de devoir toujours bien vérifier ce qui se passe dans le ballon, particulièrement lors de l’administration des premières doses de Sel et avec une attention encore plus soutenue pour les 3 premières. Lors de la première cuisson, en effet, une attention particulière doit être apportée, car si la « matière » apparaît de la teinte orange, alors cela signifie que le feu (qui est un Sel !) a trop été poussé au départ et que tout est à recommencer.

Puis vient le passage reflétant la sixième dose de Sel : « Le Très Respectable : En ce cas, faites-le entrer en ce lieu pour qu’il découvre le spectacle qui va se présenter à ses yeux, mais ce faisant, ne l’épargnez pas… » Les matières dans le ballon vont subir une ultime cuisson, avant que la septième dose ne permette de les refroidir (7ème dose… ou plus, selon l’agressivité du Sel Philosophique ! ; expliquant alors le « J’ai sept ans, et plus. »).

L’Artiste, dans son incarnation du 5ème feu, soit celle du Maître de Cérémonie, termine l’équarrissage de la pierre, en la débarrassant de certaines terrestréités et en amalgamant le Soufre et le Mercure restant au granule (œuf) en formation. C’est ce qu’indique cette cuisson violente dans le passage : « Le Maître de Cérémonies arrache son tablier au Compagnon, tire son épée et lui présente la pointe de la main gauche, afin qu’il la prenne de la main droite et la tienne sur son cœur. »

Reprenons les symboles :

  • Arrache le tablier = finit d’équarrir ;
  • Tire son épée = ajoute une dose de Sel ;
  • Présente la pointe de la main gauche = distille prudemment la dose, fait attention à la réaction exothermique qui va se réaliser, dans le ballon qui peut exploser alors ou tout simplement brûler au toucher ;
  • Prenne de la main droite = active le 3ème feu ;
  • Tienne [l’épée] sur son cœur = active le 4ème feu.

Ce passage nous permet de rappeler qu’il y a 5 degrés de feu dont 4 qui correspondent aux 4 couleurs : noire, blanche, orangée et rouge, et le 5ème qui est le feu secret énergétique qui conduit tout le Magistère.

Le feu secret est une énergie qui actionne donc toute la matière et la maintient toujours à la même température.

Le passage « Le Frère Couvreur ouvre la porte du Temple et le Postulant est ainsi introduit dos à la fosse. », nous décrit que tout se passe dans le ballon (le Temple), clôt (Couvreur) mais qui sera ouvert pour ajouter d’abord la sixième dose de Sel qui conduira, une fois le nettoyage des écuries d’Augias fait[3], à la putréfaction, caractérisée par une odeur nauséabonde.

Puis, le rituel nous livre encore le secret du 7 et + : « Le Très Respectable : Frère Maître de Cérémonies, veuillez faire continuer les neuf voyages rituels, de l’Occident à l’Orient par le Midi. »

7 doses de Sel et +… mais pas plus que 9, car alors la chaleur (le feu : depuis l’Occident à l’Orient par le Midi) est trop intense et la granulation risque alors d’être perdue, et tout sera à recommencer !

À la fin du 9ème voyage, « Le Très Respectable : Donnez-moi le mot de Passe du Compagnon.

Le Postulant : SHIBBOLETH

Le Très Respectable : Que signifie-t-il ?

Le Postulant : Passage du Fleuve. »

Voici de quoi l’Artiste est entretenu. Tout d’abord, le passage du fleuve signifie que la dernière dose de Sel sert à laver le ballon, tout en refroidissant alors les matières, afin de laisser apparaître la triple séparation : compost, sang du dragon et sa couronne auréolée dorée.

Il faut qu’il y ait foison d’eau qui ne mouille pas les doigts (c’est-à-dire du Sel Philosophique), afin que toutes les terrestréités non amalgamées et présentes sur les bords du ballon soit ramenées dans son fond.

Notons au passage que le REP traduit Shibboleth par passage du fleuve. Dans la Bible, le mot schibboleth signifie « épi », « branche » (Genèse 41:7, Job 24:24, Zacharie 4:12) ou encore « flot », « torrent » (Psaumes 69:2). Ceci explique alors les différentes significations dont se dote ce mot de passe, dans plusieurs rites.

Par la suite, le Postulant est ramené entre les deux Surveillants (pour rappel, un Soufre et un Mercure !), puis : « Le Très Respectable : Vénérable Frère 1er Surveillant, le Postulant a-t-il vu le tombeau de notre Maître Hiram ?

Le 1er Surveillant : Non, Très Respectable, mais il désire vivement le voir.

Le Très Respectable : Vénérables Frères, veuillez déposer vos épées. »

Il est demandé de déposer les épées, car il n’est plus besoin de Sel pour cette étape de Solve.

Quant à la suite, l’Artiste la connaît car la triple séparation permet au compost et au sang du dragon plus sa couronne auréolée dorée d’être dissociés. Ne reste alors, digne d’intérêt car en son sein réside la granulation, le compost… « véritable tombeau de notre Maître Hiram », dont la putréfaction est palpable par le sens olfactif.

Dans le passage à suivre : « Le Très Respectable : Vénérable Frère 1er Surveillant, veuillez faire mettre le Postulant les pieds en équerre afin de passer de l’Équerre au Compas, puis faites-lui traverser le tombeau par trois fois par la marche des Maîtres et menez-le ainsi à l’Orient. », l’Artiste comprend que la triple séparation nécessite plusieurs opérations renouvelées (trois fois !).

Celle-ci réalisée, alors l’Artiste dispose du compost dans lequel se trouve la pierre dans son premier état : granulation, et du sang du dragon plus sa couronne auréolée dorée : la nourriture carnée dont il sera alors fait état lors d’une des étapes de la phase Coagula, afin de teinter la pierre.

S’en suis le Serment et la narration de l’histoire maçonnique du mythe, dont la découverte ultime de la branche d’acacia pour marquer la tombe d’Hiram est la symbolique de la phase de Végétation, ultime phase de Solve avant que d’entreprendre Coagula.

Vous disposez de ce que nécessaire afin de comprendre (ORA) et réaliser (LABORA) la phase Solve, après la distillation du 5ème feu et jusque le début marquant la phase Coagula.


[1] Un passage ci-après (le Maître de Cérémonie frappant à la porte du Temple) nous le confirme. La progression actuelle est : candidat dans le Cabinet de réflexion, devenu Apprenti [par 3 grands coups], puis devenu Compagnon [par 2 coups de plus].

[2] Souvenez-vous du vaseux dont je vous entretenais, dans le début de ce travail.

[3] C’est-à-dire la septième dose de Sel distillée, afin de laver les parois du ballon et de refroidir les matières amalgamées.

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Damien Charitat
Damien Charitat
Damien CHARITAT est entrepreneur, enseignant-chercheur et co-Président du Suprême Conseil des Rites Confédérés de France. Son parcours initiatique s’inscrit principalement dans l’étude et la pratique des traditions égyptiennes, hermétiques et alchimiques. Engagé dans la voie alchimique transmise par Roger CARO, il exerce la fonction de Maître-Guide au sein de l’une des organisations héritières de cet enseignement. Il est notamment l’auteur de travaux consacrés au Tarot divinatoire, aux Arts libéraux, au Rite de la Vieille Égypte, aux rites forestiers et à différentes traditions initiatiques. Il a été le rédacteur et le rapporteur d’une étude internationale conduite auprès de 103 organisations maçonniques réparties sur les cinq continents, consacrée à la place et à la compréhension de la dignité humaine dans le monde. Dans 450.fm, il signe les « Cahiers alchimiques d’un Cherchant laborieux », partageant recherches, expériences et réflexions sur le Grand Œuvre, dans la voie du cinabre. dc@scrcf.org

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