La parole du Vénérable du lundi – « Les vieux maçons ont-ils cessé de faire des petits ? »

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Mes Très Chers Frères et Sœurs,
Cette semaine, penchons-nous sur un mystère plus épais qu’un tablier de Vénérable après un banquet trop arrosé : pourquoi les vieux maçons ne parrainent-ils plus ? Dans une Loge digne de ce nom, forte d’une vingtaine de membres, on devrait théoriquement voir arriver deux à trois candidatures parrainées par an, grâce au parrainage naturel. Vous savez, ce geste simple, presque archaïque, par lequel un frère ou une soeur satisfait de sa Loge dit à un(e) ami(e), un collègue, un gendre ou un voisin de palier : « Tiens, celui-là pourrait bien nous rejoindre. »

Que nenni.

Aujourd’hui, les candidatures arrivent presque exclusivement via le formulaire en ligne de l’Obédience. C’est très moderne, très propre, très froid aussi — un peu comme un recrutement saisonnier chez Pizza Paï ou Leroy Merlin. On remplit le formulaire, on coche « disponible le mardi soir », et l’on attend qu’un frère enquêteur vous appelle, comme s’il s’agissait d’un CDI chez McDo avec période d’essai, contrôle de référence et entretien de motivation.

Le parrainage, ce beau geste de transmission, est devenu aussi rare qu’un discours sans faute de français au Grand Orient. Et là, on touche au cœur du problème : les vieux n’osent plus. Ils ont peur. Peur de se tromper, peur d’être jugés, peur que le « jeune » pose trop de questions, peur du changement, peur de l’époque, peur d’eux-mêmes, probablement aussi.

Résultat : ils préfèrent radoter entre eux sur l’Angleterre du XVIIIe siècle, les grades écossais, les usages d’antan et les grandes figures du passé, accompagnés de pseudo-historiens en mal de reconnaissance qui confondent souvent érudition et nostalgie.

La Franc-Maçonnerie manque cruellement de viralité. Pendant que notre société ne fait plus assez d’enfants, nos Loges ne font plus assez de filleuls. C’est la double peine démographique, avec supplément de repli sur soi et sauce fataliste. Nous vivons peut-être, tout doucement, la fin d’une civilisation maçonnique de transmission — non pas dans le fracas, mais dans le murmure poli des bonnes intentions jamais suivies d’effet.

Et pourtant, le parrainage n’est pas un détail administratif. C’est un acte de confiance, de responsabilité, presque de foi. Parrainer, ce n’est pas seulement faire entrer quelqu’un ; c’est accepter de répondre de lui, de l’accompagner, de le suivre dans sa progression, de l’aider à ne pas confondre l’initiation avec un club de réflexion pour adultes fatigués. C’est aussi dire : « J’estime que cette personne mérite de nourrir notre chaîne fraternelle. »

Mais voilà : à force de vouloir tout sécuriser, tout filtrer, tout normaliser, on a fini par dessécher la spontanéité. On recrute désormais comme on commande un lave-linge. Il faut que ce soit simple, vérifiable, rapide, et surtout sans surprise. Or une Loge n’est pas un rayon de grande distribution. C’est un lieu de rencontre, de partages, de discernement, d’épreuve et de confiance. Quand le parrain disparaît, c’est une part de l’âme de la Loge qui s’en va avec lui.

Mais rassurez-vous, mes Frères et mes Sœurs, tout n’est pas perdu. Il y a quelqu’un qui travaille activement à remplir nos Loges du futur.

Il s’appelle Elon Musk et il a déjà trouvé la solution. Le nom de son premier filleul : Optimus.

Il mesure 1,73 m, pèse 57 kg, se moque éperdument des agapes, ne réclame jamais de vin blanc au dessert et n’a, à ce jour, posé aucune question existentielle sur le symbolisme. Bref : le candidat idéal pour nos Loges du futur.

Bientôt, nos Temples ressembleront à un casting de science-fiction : Optimus (Tesla), Atlas (Boston Dynamics), NEO (1X), Apollo (Apptronik), Digit (Agility Robotics) et Figure (Figure AI).

Tous alignés sur les colonnes, impeccables, ponctuels, jamais enrhumés, jamais de mauvaise humeur et surtout jamais critiques sur les planches présentées. On imagine déjà des tenues d’une efficacité redoutable : plus de retards, plus d’excuses, plus de digressions, plus de « mon téléphone a sonné ». Une bénédiction ou une catastrophe ? Selon qu’on aime la fraternité… ou la performance.

Les vieux maçons pourront alors radoter tranquillement sur les mystères de la jeunesse d’Anderson, pendant que les robots travailleront sérieusement. L’un parlera de tradition, l’autre exécutera. L’un multipliera les souvenirs, l’autre les calculs. Et au fond, c’est peut-être cela, le vrai futur de certaines Loges : une humanité qui commente et des machines qui font.

Bonne tenue à vous, mes Sœurs et mes Frères.

Et surtout… pensez à recharger vos batteries avant de venir en Loge.

Votre Vénérable
(encore humain… pour l’instant)

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Alexandre Jones
Alexandre Jones
Passionné par l'Histoire, la Littérature, le Cinéma et, bien entendu, la Franc-maçonnerie, j'ai à cœur de partager mes passions. Mon objectif est de provoquer le débat, d'éveiller les esprits et de stimuler la curiosité intellectuelle. Je m'emploie à créer des espaces de discussion enrichissants où chacun peut explorer de nouvelles idées et perspectives, pour le plaisir et l'éducation de tous. À travers ces échanges, je cherche à développer une communauté où le savoir se transmet et se construit collectivement.

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