Si l’IA rendait l’humanité surdouée avec un QI de 180 : que resterait-il de l’Homme… et de la Franc-Maçonnerie ?

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Une expérience de pensée aux frontières du transhumanisme

Imaginons une expérience vertigineuse.

Un matin, sans guerre, sans révolution, sans consultation démocratique et sans même que personne ait eu le temps de s’y préparer, chaque être humain de la planète se réveille doté d’une puce cérébrale capable d’augmenter radicalement ses capacités cognitives. Non pas simplement de faciliter l’accès à Internet, de mémoriser davantage ou de traduire instantanément une langue étrangère, mais de porter artificiellement son intelligence à un niveau situé entre 160 et 200 de QI.

Le chiffre est évidemment hypothétique. Le QI n’est pas une mesure parfaite de « l’intelligence humaine » et une puce ne transformerait pas mécaniquement la personnalité, la sagesse, la créativité ou la bonté d’un individu. Mais prenons l’hypothèse au sérieux. Que deviendrait l’humanité si chacun possédait soudainement une capacité de raisonnement, d’apprentissage, d’abstraction et de résolution de problèmes hors du commun ?

La première réponse serait probablement enthousiasmante : l’humanité ferait un bond gigantesque. La seconde serait beaucoup plus inquiétante : elle découvrirait que l’intelligence ne résout pas tout. Et c’est précisément là que l’expérience devient passionnante pour les Francs-maçons. Car si chacun devenait capable de comprendre presque immédiatement les symboles, les systèmes politiques, les mécanismes économiques, les religions, les idéologies, les stratégies sociales et les subtilités philosophiques, que resterait-il à la Franc-Maçonnerie ?

Autrement dit : que devient une institution initiatique lorsque l’intelligence n’est plus rare ?

Le scénario initial fourni pour cette réflexion imagine déjà un bouleversement des rapports humains, de l’éducation, du travail, de la politique et de la science. Il souligne également une limite essentielle : une intelligence exceptionnelle ne supprime ni les émotions, ni l’ego, ni la jalousie, ni les appartenances tribales, ni les désaccords sur les valeurs.

Cette nuance est probablement la clé de toute l’histoire.

Le matin où tout le monde devient un génie

Pendant quelques heures, la planète connaîtrait un événement comparable à aucune révolution historique. Les individus découvriraient qu’ils comprennent beaucoup plus vite. Un problème mathématique qui exigeait auparavant plusieurs heures serait résolu en quelques minutes. Un texte philosophique difficile serait immédiatement analysé dans ses différentes strates. Une démonstration scientifique complexe pourrait être reconstruite mentalement. Une langue étrangère serait apprise à une vitesse sidérante. Une stratégie économique, militaire ou politique pourrait être examinée sous des dizaines d’angles simultanément. Le monde ne deviendrait pas simplement plus intelligent. Il deviendrait beaucoup plus conscient de sa propre complexité.

C’est peut-être cela qui provoquerait le premier choc.

Une personne jusque-là persuadée que les débats politiques étaient simples découvrirait soudain leurs interactions innombrables. Un salarié comprendrait instantanément les mécanismes de pouvoir de son entreprise. Un citoyen analyserait en temps réel la rhétorique d’un candidat politique. Un consommateur décortiquerait les techniques publicitaires auxquelles il est soumis. Ce scénario insiste précisément sur ce point : les humains percevraient plus facilement les sous-entendus, les biais, les incohérences et les manipulations, ce qui rendrait beaucoup moins efficaces certains discours simplistes.

Il ne faudrait toutefois pas en déduire que les mensonges disparaîtraient. Ils changeraient de niveau.

Un monde composé de personnes extrêmement intelligentes pourrait être beaucoup plus difficile à tromper avec une propagande grossière. Mais il pourrait aussi devenir plus sophistiqué dans la manipulation. Après tout, un génie peut également devenir un excellent manipulateur. La puce ne supprimerait donc pas la politique. Elle déplacerait la bataille politique vers un niveau supérieur.

L’école : apprendre moins, comprendre davantage

La première grande institution à vaciller serait probablement l’école. Pourquoi mémoriser pendant dix ans ce qu’une puce permettrait d’intégrer en quelques heures ? Pourquoi faire apprendre des centaines de pages lorsque l’essentiel serait immédiatement accessible et assimilable ? Pourquoi consacrer autant de temps à transmettre des connaissances lorsque l’enjeu principal deviendrait leur interprétation ? Le système scolaire traditionnel serait obligé de changer de fonction.

On passerait progressivement de :

« Que sais-tu ? » à « Que fais-tu de ce que tu sais ? » La connaissance deviendrait presque une matière première. Le véritable luxe serait alors le discernement. Le scénario initial imagine ainsi un effondrement partiel du modèle éducatif actuel et un déplacement vers la créativité, l’éthique, la collaboration complexe et la sagesse. Cette évolution aurait une conséquence étonnante. Les enfants seraient probablement moins admirés pour leurs connaissances que pour leur capacité à poser de bonnes questions. Car lorsque presque tout le monde sait presque tout apprendre, la question devient plus précieuse que la réponse. Et voilà que la pédagogie rejoindrait soudain une intuition très ancienne de la démarche initiatique.

Le travail : la fin de nombreux métiers

La deuxième révolution concernerait le travail. Une intelligence humaine située artificiellement à un niveau extraordinairement élevé bouleverserait toute l’économie. Les activités administratives répétitives, la comptabilité simple, une immense quantité d’analyses standardisées, certaines fonctions de conseil, une partie du management intermédiaire et quantité de métiers intellectuels routiniers pourraient devenir inutiles. Mais contrairement au vieux scénario dans lequel les machines remplacent l’homme, cette fois ce serait l’homme lui-même qui changerait. L’être humain deviendrait sa propre « machine cognitive ».

Le problème serait alors moins le manque de travail que le manque de besoin de travail. Le scénario fourni envisage une période de chaos créatif accompagnée de gains de productivité gigantesques et d’une profonde réorganisation des activités humaines vers la recherche, la création, l’exploration ou la philosophie appliquée.

Et cela ferait apparaître une question fondamentale :

Que fait-on d’une civilisation qui n’a plus besoin de travailler autant pour survivre ?

La réponse serait loin d’être évidente. Une partie de l’humanité pourrait se consacrer à la science. Une autre à l’art. Une autre à l’éducation. Une autre à l’exploration spatiale. Et une autre, peut-être, à l’oisiveté. Mais l’être humain ayant longtemps défini sa valeur sociale par son métier, une crise identitaire majeure pourrait surgir. Nous découvririons peut-être que nous n’avons jamais vraiment appris à vivre lorsque nous n’avons plus besoin de produire.

La science entre dans une accélération inconnue

C’est probablement là que le changement serait le plus spectaculaire. Imaginez des millions de chercheurs, d’ingénieurs, de médecins et de techniciens capables de raisonner à un niveau extrêmement élevé, collaborant simultanément à l’échelle mondiale. Les frontières de certaines sciences pourraient être franchies beaucoup plus rapidement. L’énergie, les matériaux, la médecine, le vieillissement, l’exploration spatiale, la biologie, l’informatique et la physique pourraient entrer dans une phase d’accélération sans précédent. Le scénario initial imagine lui aussi une accélération spectaculaire des découvertes scientifiques, jusqu’à envisager que certains problèmes exigeant aujourd’hui plusieurs décennies puissent progresser beaucoup plus rapidement.

Mais cette explosion de puissance provoquerait immédiatement une autre question : qui contrôle cette intelligence ?

Car une humanité capable de résoudre très vite de nombreux problèmes pourrait également devenir capable de construire beaucoup plus vite des technologies dangereuses. Une civilisation très intelligente n’est pas nécessairement une civilisation très sage. C’est peut-être même l’un des paradoxes les plus inquiétants du scénario.

Le grand malentendu : l’intelligence ne rend pas sage

C’est ici que la science-fiction rencontre la philosophie. La puce pourrait améliorer le raisonnement. Elle ne garantirait pas la sagesse. Elle ne supprimerait pas la peur. Elle ne supprimerait pas le désir de domination. Elle ne supprimerait pas l’amour-propre. Elle ne supprimerait pas la jalousie. Elle ne supprimerait pas les humiliations de l’enfance. Elle ne supprimerait pas les frustrations. Elle ne supprimerait pas les besoins affectifs. Elle ne supprimerait pas le désir de reconnaissance. Et elle ne créerait pas automatiquement une conscience morale supérieure. Le scénario de départ l’affirme explicitement : même avec un niveau intellectuel exceptionnel, les émotions, l’ego, les instincts tribaux et les divergences de valeurs subsisteraient.

Autrement dit, nous pourrions obtenir une planète pleine de génies capables de démontrer avec une précision extraordinaire pourquoi ils ont raison. Mais une démonstration parfaite ne transforme pas nécessairement un conflit de valeurs en accord. Deux individus ayant chacun un QI de 190 pourraient continuer à se haïr. Ils pourraient simplement expliquer beaucoup mieux pourquoi.

Le paradoxe ultime : plus nous devenons intelligents, plus la question du sens devient urgente

C’est ici que le transhumanisme touche à quelque chose de très ancien. À quoi sert l’intelligence ? Pour résoudre quels problèmes ? Pour faire quoi de notre existence ? Si la médecine permet un jour de repousser considérablement la mort, si les machines font presque tout le travail, si l’apprentissage devient presque instantané et si l’intelligence devient abondante, que restera-t-il comme défi fondamental ?

La question ne sera plus : « Comment survivre ? » Elle deviendra : « Pourquoi vivre ? ». Et ce déplacement pourrait être l’un des plus grands bouleversements de l’histoire humaine. Nous passerions d’une civilisation obsédée par la maîtrise de la matière à une civilisation confrontée à la maîtrise de soi. Et c’est précisément à cet endroit que la Franc-Maçonnerie pourrait retrouver une extraordinaire actualité.

Quand l’intelligence devient commune, la Franc-Maçonnerie change de fonction

Aujourd’hui, la Franc-Maçonnerie peut être vécue comme un espace de réflexion, de transmission symbolique, de recherche philosophique, de construction personnelle et de fraternité. Mais imaginons que tout le monde possède une intelligence exceptionnelle. Une grande partie de la valeur traditionnelle de la transmission intellectuelle changerait. Les symboles seraient probablement compris beaucoup plus rapidement. Les textes philosophiques seraient analysés avec une facilité inconnue. Les contradictions des institutions seraient identifiées presque immédiatement. Les systèmes initiatiques pourraient eux-mêmes être démontés, comparés, classifiés et analysés avec une rapidité prodigieuse. Le scénario initial imagine précisément que la compréhension des symboles, des allégories et des mécanismes rituels s’accélérerait énormément, réduisant potentiellement le pouvoir du mystère et de la découverte progressive.

Et cette hypothèse pose une question presque provocatrice :

Que vaut encore une initiation lorsque tout le monde est capable de comprendre immédiatement le symbole ?

Peut-être beaucoup plus qu’auparavant. Mais pour une raison totalement différente.

Le secret maçonnique ne pourrait plus être fondé sur l’ignorance

Une Franc-Maçonnerie du futur devrait probablement renoncer à une idée implicite : « Je te montre progressivement parce que tu ne peux pas encore comprendre. » Dans notre scénario, presque tout le monde pourrait comprendre. Le secret ne pourrait donc plus reposer sur la difficulté intellectuelle du contenu. Il devrait reposer sur autre chose :

  • Sur l’expérience.
  • Sur la transformation.
  • Sur la pratique.
  • Sur la relation humaine.
  • Sur le vécu.

Le symbole du temple deviendrait alors extraordinairement puissant. Tout le monde pourrait savoir ce qu’est un temple. Mais personne ne pourrait vivre une expérience initiatique à la place d’un autre. Tout le monde pourrait connaître la définition de la fraternité. Mais personne ne pourrait faire l’expérience d’être véritablement fraternel sans l’éprouver. Tout le monde pourrait expliquer l’humilité. Mais personne ne pourrait se rendre humble par simple raisonnement. Et c’est là que la Franc-Maçonnerie pourrait découvrir une mission nouvelle.

Elle ne serait plus seulement une école de compréhension. Elle deviendrait une école de transformation… ou de transmutation.

Le grand retour du cœur

La Franc-Maçonnerie du futur risquerait d’avoir un ennemi paradoxal : son propre succès intellectuel. Si ses membres étaient tous capables de dissertations philosophiques extraordinaires, de débats extrêmement sophistiqués et d’analyses symboliques impressionnantes, les tenues pourraient devenir des compétitions intellectuelles. Chacun voudrait montrer qu’il comprend davantage. Chacun voudrait démontrer qu’il possède une analyse plus profonde. Chacun pourrait corriger son voisin. Chacun pourrait détecter les failles du raisonnement de l’autre. Et pourtant, la loge pourrait devenir moins fraternelle. C’est précisément le piège du génie. Un cerveau très performant peut devenir une magnifique machine à fabriquer de l’ego. La Franc-Maçonnerie devrait alors réhabiliter tout ce que l’intelligence brute ne garantit pas :

  • l’écoute,
  • la patience,
  • la compassion,
  • la loyauté,
  • la fidélité à la parole donnée,
  • la capacité à pardonner,
  • la capacité à reconnaître qu’un autre a raison,
  • la capacité à se taire,
  • la capacité à servir.

Le scénario proposé pour la transformation de la Franc-Maçonnerie identifie déjà ce risque de « sur-intellectualisation », avec la possibilité de perdre une partie de la dimension sensible, symbolique et fraternelle. C’est peut-être précisément ici que l’Ordre pourrait trouver sa survie.

Une Franc-Maçonnerie de la sagesse

Dans ce nouveau monde, le critère d’entrée pourrait changer radicalement. Aujourd’hui, une institution initiatique peut chercher chez un candidat certaines qualités morales, une capacité de réflexion, de la discrétion et une disposition à travailler sur lui-même. Mais si presque tout le monde était extrêmement intelligent, l’intelligence ne serait plus un critère différenciant. La véritable rareté deviendrait la maturité.

Le scénario initial le formule déjà : les qualités décisives pourraient devenir la maturité émotionnelle, l’humilité, la capacité à travailler fraternellement avec des personnes dotées d’un ego potentiellement très développé et le désir authentique de transformation intérieure.

Autrement dit : le génie ne serait plus la porte d’entrée. La capacité à ne pas être prisonnier de son génie le deviendrait. La loge pourrait donc progressivement devenir une sorte de laboratoire de sagesse. Non pas un endroit où l’on apprend à être plus intelligent. Mais un endroit où l’on apprend à ne pas être esclave de son intelligence.

Les grades pourraient-ils survivre ?

Le système des grades serait probablement l’un des éléments les plus contestés. Pourquoi attendre plusieurs années lorsque l’on peut comprendre extrêmement rapidement un corpus symbolique ? Pourquoi conserver certains délais si la compréhension intellectuelle n’est plus un obstacle ? Une partie des membres pourrait réclamer une accélération considérable des parcours. Le scénario initial envisage lui aussi une pression pour accélérer ou repenser les parcours, voire une transformation des grades afin de privilégier la maturité et la capacité de transmission plutôt que l’ancienneté. Mais une seconde hypothèse me paraît encore plus intéressante. Et si les degrés devenaient plus difficiles ? Non plus difficiles à comprendre.

  • Difficiles à incarner.
  • Comprendre la justice serait facile.
  • Être juste quand on est blessé serait difficile.
  • Comprendre l’humilité serait facile.
  • Reconnaître devant ses Frères et Sœurs que l’on s’est trompé serait difficile.
  • Comprendre la fraternité serait facile.
  • Rester fraternel lorsque quelqu’un nous humilie serait infiniment plus difficile.
  • Le futur pourrait donc conduire à une véritable révolution du parcours initiatique :

les grades cesseraient progressivement de mesurer la quantité de connaissances acquises et commenceraient à mesurer la profondeur de la transformation personnelle.

Le futur de la loge : moins de savoir, davantage d’épreuve

Une Franc-Maçonnerie transhumaniste pourrait ainsi développer des rites entièrement nouveaux. Non pas pour compliquer artificiellement les symboles. Mais pour rendre l’expérience impossible à simuler intellectuellement. On pourrait imaginer des épreuves confrontant réellement le candidat à :

  • la solitude,
  • la contradiction,
  • l’incertitude,
  • le conflit,
  • le renoncement,
  • la responsabilité,
  • la perte,
  • le pardon,
  • la transmission.

Pourquoi ? Parce que la connaissance intellectuelle de ces notions ne suffirait plus. Il faudrait les éprouver. Une puce pourrait permettre de comprendre la souffrance. Elle ne pourrait pas souffrir à notre place. Elle pourrait expliquer l’amour. Elle ne pourrait pas aimer pour nous. Elle pourrait analyser le pardon. Elle ne pourrait pas pardonner à notre place. Et peut-être que la plus grande révolution maçonnique serait précisément celle-ci :

passer d’une initiation de la connaissance à une initiation de l’expérience.

La guerre des ego surdoués

Il faut également envisager le côté sombre. Une humanité composée d’esprits extrêmement performants ne serait pas nécessairement plus pacifique. Les conflits pourraient devenir plus sophistiqués. Les individus seraient meilleurs pour anticiper les réactions adverses. Les organisations seraient plus efficaces. Les stratégies seraient plus complexes. Les arguments seraient plus difficiles à réfuter. Et les rivalités pourraient devenir redoutables. Le même phénomène se produirait dans les loges. Les Frères et Sœurs pourraient avoir davantage de mal à accepter d’être contredits, précisément parce qu’ils seraient capables de construire des raisonnements extraordinaires pour défendre leur position.

Une nouvelle vertu maçonnique deviendrait donc probablement essentielle : l’acceptation de l’erreur. Non pas seulement la capacité intellectuelle à reconnaître que l’on peut se tromper. Mais la capacité émotionnelle à supporter cette découverte. Car ce n’est pas toujours notre intelligence qui refuse la contradiction. C’est notre identité.

Des obédiences plus différentes… ou enfin plus proches ?

La question de la division entre les obédiences deviendrait passionnante. Aujourd’hui, les différences de traditions, de rites, de conceptions philosophiques ou de rapports au religieux peuvent produire des incompréhensions persistantes. Une humanité devenue extrêmement intelligente pourrait examiner ces divergences avec beaucoup plus de précision. Mais deux scénarios seraient possibles. Le premier serait celui de la fragmentation. Chaque groupe serait capable de démontrer avec une sophistication extrême pourquoi sa conception serait supérieure à celle des autres. Le second serait plus optimiste. Les individus pourraient enfin comprendre avec une profondeur nouvelle que deux systèmes peuvent être cohérents tout en reposant sur des présupposés différents. L’intelligence deviendrait alors un outil de dialogue plutôt qu’une arme idéologique.

Le scénario initial pose exactement cette alternative entre une radicalisation des divergences et l’apparition éventuelle de synthèses plus sophistiquées. La question serait donc moins : « Qui a raison ? » que « Pourquoi avons-nous besoin que l’autre ait tort ? » Et cette question ressemble déjà beaucoup à une question de loge.

Le véritable secret de la Franc-Maçonnerie dans un monde à 200 de QI

Et si le véritable secret n’avait jamais été intellectuel ? Et si la Franc-Maçonnerie avait toujours contenu quelque chose que ni le QI, ni l’intelligence artificielle, ni aucune puce cérébrale ne peuvent fournir ? Ce quelque chose pourrait se résumer en quelques mots : devenir un autre homme. Ou, plus exactement, devenir progressivement un être humain plus conscient de lui-même, plus responsable de ses actes et plus capable de vivre avec les autres. Une puce pourrait augmenter la puissance mentale. Elle ne pourrait pas décider de ce que nous voulons faire de cette puissance. Et c’est cette distinction qui pourrait sauver l’initiation. Dans une civilisation où l’intelligence serait devenue abondante, la sagesse deviendrait extraordinairement rare. Dans une civilisation où chacun pourrait comprendre presque tout, le véritable défi serait de savoir ce qui mérite réellement d’être compris. Dans une civilisation où chacun pourrait construire des raisonnements gigantesques, il faudrait encore apprendre à construire des relations humaines.

Et dans une civilisation où chacun serait devenu un génie, il faudrait encore apprendre à devenir un homme.

La loge comme dernier endroit où l’on n’optimise rien

Il existe d’ailleurs une hypothèse encore plus radicale. La Franc-Maçonnerie pourrait devenir précisément l’un des rares endroits où l’on refuserait l’optimisation. Le monde extérieur chercherait la vitesse. La loge conserverait la lenteur. Le monde extérieur chercherait l’efficacité. La loge conserverait le rituel. Le monde extérieur chercherait la performance. La loge conserverait le silence. Le monde extérieur chercherait l’accès instantané à l’information. La loge conserverait l’expérience progressive. Le monde extérieur chercherait à tout quantifier. La loge continuerait peut-être à considérer que certaines choses ne se mesurent pas. Cette idée serait particulièrement forte.

Parce que si toute la société devenait obsédée par l’augmentation des performances, la Franc-Maçonnerie pourrait devenir un lieu de résistance. Une résistance non pas contre la technologie. Mais contre l’idée que tout doit être amélioré, accéléré, optimisé et mesuré.

Le temple contre la machine

Le temple maçonnique pourrait alors acquérir une nouvelle signification. Il serait l’endroit où une intelligence augmentée accepte volontairement de redevenir simplement humaine. On entrerait dans la loge en sachant que l’on peut calculer plus vite que les générations précédentes. Et pourtant, on écouterait. On pourrait connaître une multitude de choses. Et pourtant, on travaillerait. On serait capable de construire une argumentation brillante. Et pourtant, on chercherait d’abord à comprendre son Frère ou sa Soeur. On pourrait résoudre des problèmes complexes. Et pourtant, on accepterait de ne pas résoudre immédiatement les grandes énigmes de l’existence. La loge deviendrait alors une sorte de contrepoids anthropologique. Un lieu rappelant à l’être humain que la puissance n’est pas le but.

Et si l’évolution ultime de l’humanité n’était pas plus d’intelligence ?

C’est peut-être ici que cette expérience de pensée devient véritablement philosophique. Nous imaginons spontanément que le progrès humain consiste à devenir plus intelligent. Mais peut-être commettons-nous une confusion.

  • L’intelligence répond principalement à la question : « Comment ? » La sagesse demande : « Pourquoi ? »
  • La technologie demande : « Que pouvons-nous faire ? » L’éthique demande : « Devons-nous le faire ? »
  • Et la spiritualité, la philosophie ou l’initiation demandent peut-être : « Qu’allons-nous devenir en le faisant ? »

La puce du futur pourrait résoudre extraordinairement bien les deux premières questions. Elle ne résoudrait pas nécessairement les deux dernières. Et peut-être même qu’elle les rendrait beaucoup plus urgentes.

Une Franc-Maçonnerie qui ne chercherait plus à fabriquer des esprits

Dans ce futur, une Franc-Maçonnerie intelligente ne chercherait donc probablement pas à rivaliser avec l’école, l’université, l’intelligence artificielle ou le transhumanisme. Elle chercherait ailleurs sa raison d’être. Elle pourrait devenir une institution de formation du caractère. Une pédagogie de la responsabilité. Une école de la relation. Un laboratoire du symbolique. Un lieu où l’on apprend à vivre avec sa propre puissance. Son objectif ne serait plus : « devenir plus intelligent » mais : « devenir digne de son intelligence ».

Cette phrase pourrait constituer le véritable programme maçonnique du XXIᵉ siècle augmenté.

Le futur maçonnique pourrait finalement être plus ancien qu’on ne l’imagine

Scène futuriste conçue par l'intelligence artificielle (IA).
Scène futuriste conçue par l’intelligence artificielle (IA).

Il y aurait alors un paradoxe magnifique. À mesure que l’humanité deviendrait technologiquement extraordinaire, la Franc-Maçonnerie pourrait redécouvrir des choses extrêmement anciennes.

  • Le silence.
  • Le geste.
  • Le symbole.
  • La parole donnée.
  • La fraternité.
  • La transmission.
  • La responsabilité.
  • La modération.
  • Le travail sur soi.
  • La présence à l’autre.

Autrement dit, le futur pourrait conduire la Franc-Maçonnerie à revenir à son essence. Ce qui paraissait autrefois lent deviendrait précieux. Ce qui paraissait archaïque pourrait devenir subversif. Ce qui paraissait irrationnel pourrait retrouver une fonction anthropologique. Ce qui semblait seulement symbolique pourrait redevenir expérientiel. La Franc-Maçonnerie n’aurait plus pour mission de rendre l’homme plus intelligent.

Elle aurait pour mission d’empêcher l’homme intelligent de devenir un monstre.

Pour terminer – Quand tous les hommes seront des génies, il faudra encore apprendre à être humain

La puce à 160, 180 ou 200 de QI relève encore de la science-fiction. Mais la question qu’elle permet de poser est profondément réelle. Que se passe-t-il lorsqu’une civilisation augmente sa puissance plus vite qu’elle n’augmente sa sagesse ?

L’humanité pourrait connaître une formidable accélération scientifique, économique, culturelle et technologique. Les systèmes éducatifs seraient transformés. Le travail serait profondément réorganisé. Les structures politiques devraient s’adapter. Les formes de manipulation deviendraient plus sophistiquées. La société serait probablement plus rationnelle sur certains points, mais pas débarrassée de ses passions, de ses conflits et de ses différences de valeurs. Et la Franc-Maçonnerie ? Elle pourrait disparaître. Elle pourrait se marginaliser. Elle pourrait devenir un club intellectuel pour surdoués. Ou bien elle pourrait connaître une renaissance spectaculaire. Tout dépendrait de ce qu’elle considérerait comme sa mission.

Si elle continue de se penser comme un lieu destiné principalement à transmettre des connaissances, elle risquerait de perdre une grande partie de sa pertinence dans un monde où chacun saurait apprendre presque instantanément. Mais si elle comprend que sa vocation profonde réside dans la transformation de l’être humain, alors son avenir pourrait être immense. Car plus nous augmenterons notre intelligence, plus nous aurons besoin de nous demander ce que nous faisons de cette intelligence. Plus nous augmenterons notre puissance, plus nous aurons besoin d’apprendre à la maîtriser. Plus nous nous libérerons des contraintes matérielles, plus nous serons confrontés à la question du sens.

Et plus nous serons capables de tout comprendre, plus nous découvrirons peut-être que certaines choses essentielles ne se comprennent pas seulement avec le cerveau.

  • Elles se vivent.
  • Elles se pratiquent.
  • Elles se transmettent.
  • Elles se construisent entre les êtres humains.

C’est peut-être là que se trouve le véritable paradoxe du transhumanisme : le jour où l’homme sera capable de devenir presque surhumain intellectuellement, il devra peut-être redécouvrir ce qui fait encore de lui un homme. Et peut-être que, dans ce monde-là, entre deux algorithmes, deux implants et deux intelligences artificielles, une vieille porte de temple continuera de s’ouvrir. Derrière cette porte, il n’y aura peut-être rien de plus extraordinaire qu’un groupe d’êtres humains assis en cercle, essayant encore, malgré leur intelligence immense, d’apprendre à mieux se connaître, à mieux se comprendre et à mieux s’aimer. Ce jour-là, la Franc-Maçonnerie n’aura pas été dépassée par le futur.

Elle aura trouvé sa raison d’être dans le futur.

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Alice Dubois
Alice Dubois
Alice Dubois pratique depuis plus de 20 ans l’art royal en mixité. Elle est très engagée dans des œuvres philanthropiques et éducatives, promouvant les valeurs de fraternité, de charité et de recherche de la vérité. Elle participe activement aux activités de sa loge et contribue au dialogue et à l’échange d’idées sur des sujets philosophiques, éthiques et spirituels. En tant que membre d’une fraternité qui transcende les frontières culturelles et nationales, elle œuvre pour le progrès de l’humanité tout en poursuivant son propre développement personnel et spirituel.

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