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« Bon, récapitulons. Si quelqu’un vous demande l’heure, du feu ou le chemin de la mer : on le flingue »
« Les Barbouzes » (Film de Georges Lautner. 1964.)
Franchement, je ne trouve pas ça du tout fraternel et je proteste véhémentement : la justice vient de nous priver d’un feuilleton « in vivo » et qui plus est, dans notre milieu maçonnique ! Merci Athanor, cela rajeunissait nos bonnes vieilles références cinématographiques : souvenons-nous, avec mélancolie, du « Grand blond avec une chaussure noire » (1972) d’Yves Robert ; des « Tontons flingueurs » (1963) de Georges Lautner ou, plus récemment, l’époustouflante interprétation de Jean Dujardin dans les satyres de OSS 117 ! Merci la Grande Loge de Alliance Maçonnique de nous avoir fait partager en direct (ainsi que la presse nationale et internationale d’ailleurs !) ce spectacle style « Grand Guignol ». Mais, au-delà de condamnations justifiées, que pouvons-nous en dire ?
I- « LES CONS, CA OSE TOUT. C’EST MÊME A CA QU’ON LES RECONNAIT »
LINO VENTURA DANS LE FILM DE GEORGES LAUTNER. « LES BARBOUZES ». 1964.

Cris d’Orfraies, classiques « La Maçonnerie est un groupe d’hommes où peuvent se glisser des brebis galeuses », ou « L’image va encore en prendre un coup. Nous allons passer pour des complotistes » et pour finir, le genre « Les nazis, avec le film « la puissance des ténèbres » nous assimilaient déjà honteusement à des assassins. A croire que nous avons copié les méfaits de la loge P2, en Italie ». Utilisons le matériel de survie pour sauver les meubles : comment de gentils garçons et filles comme nous, sommes-nous devenus victimes de minables truands, alors que nous baignons dans l’idéalisme le plus absolu et une morale irréprochable, tout ça au service de l’amélioration du genre humain !
Bien entendu, les moteurs de ce « fait divers » relèvent de la psychose aux yeux de n’importe quel psy : cette pathologie ne respecte plus le net clivage entre les trois instances que sont le réel, le symbolique et l’imaginaire et dont le fonctionnement assure un équilibre du sujet. Le psychotique est dans l’absence du symbolique et il laisse place à son imaginaire comme réel, donc au passage à l’acte, sans rester, comme tout un chacun dans le domaine du phantasme. Mais, Je ne parlerai pas ici de ces quelques dangereux psychotiques de la bande, mais de ceux qui bénéficieront d’une peine légère ou même d’un acquittement. Bien entendu, l’imaginaire galopa allégrement pour séduire ces amateurs de mystère et bouleverser ainsi des vies couleur muraille, où la banalité des jours vire au cafard.

Mes quelques souvenirs africains, où ma route me fit croiser quelques personnages liés à la « piscine » me firent surtout l’impression de rencontrer des fonctionnaires, sans doute efficaces, oeuvrant dans des pays devenus « indépendants » (au sein de la « France-Afrique » !), préoccupés par leur plan de carrière et le bonus que leur donnait le séjour en Afrique pour la retraite, plus que par l’alcoolisme patent, les p’tites pépés et le côté flingueur de James Bond, personnage de roman, qui fait éclater de rire les professionnels qui ne manquent pas d’ajouter : « Tu sais un zozo comme ça, il ne ferait pas deux jours dans le service sans se faire virer ou bien on se demanderait si ce n’est pas un agent russe qui vient semer le bordel pour nous déstabiliser ! ».
Nous vient alors la question quasiment métaphysique : comment une telle bande de « bras cassés » a t-elle pu passer à l’acte criminel, comme si c’était dans la nature des choses ? J’ai envie de répondre que tout est question d’ambiance, de décors et de théâtralité qui jouent un rôle de phare pour un certain nombre de personnalités fragiles et, si par malheur, quelques personnages avec une structure psychotique s’y glissent, alors bonjour les dégâts ! Et n’hésitons pas à dire que la Franc-Maçonnerie, n’est pas un lieu où l’on chante des cantiques à la bonté du GADLU et à la fraternité de nos prochains : c’est un lieu où la violence symbolique est permanente, du début à la fin des rituels.

D’abord, il y a le recrutement genre Secret-d’État qui font dire souvent aux initiés qu’ils eurent l’impression d’entrer dans une secte ! Mais, avec quelques délicieux frissons où, un peu plus tard, on confesse sa préférence pour l’appellation « Société Secrète » à « Société discrète », ce dernier vocable faisant trop « plan-plan », genre discrétion bancaire suisse ou monégasque. Tandis que le premier en jette nettement plus. De quoi faire rêver ou prendre peur, ceux ou celles qui partagent notre intimité ! Mais, pas de désespoir, le film continue : viennent la permanence des initiations et de leur cortège de violences si nous trahissons le secret des rituels que depuis toujours, on peut acheter dans toutes les bonnes librairies ! C’est fou comment notre corps fut menacé de la tête au pied jusqu’au grade de maître. Avec des frissons dans l’échine, on résume :
a) Initiation de l’Apprenti : la gorge tranchée.
b) Initiation du Compagnon : Le coeur arraché
c) Initiation du Maître (Après l’assassinat d’Hiram, bien entendu !) : l’éventration.
Le tout en renforçant cela par un serment prêté sur la Bible. Ambiance !
Que reste-t-il de nos pauvres corps après ce tsunami de menaces ? Même si on vit cela du côté symbolique, le climat, la « Stimmung » comme dirait nos cousins germains, n’est pas au beau fixe ! Et ce n’est pas fini : certains aventuriers veulent se risquer dans les « Hauts Grades » et vont découvrir que les menaces, de façons variées, se perpétuent. Maman bobo !…
II- « UN BARBU, C’EST UN BARBU. TROIS BARBUS, C’EST DES BARBOUZES »
« LES BARBOUZES ». 1964
Chers neveux et nièces, comme vous aimez les belles histoires, oncle Michel va vous en raconter une intéressante. Chic !

Voilà le scénario : il y eut un personnage extrêmement haut en couleurs, un genre de Che Guevarra de l’époque qui s’appelait Guiseppe Garibaldi (1807-1882), né à Nice, où existe un musée à sa gloire. Il est catalogué comme homme politique et patriote italien, véritable « père de la patrie italienne », metteur en scène du « Risorgimento », l’unité de l’Italie sous la direction du roi Emmanuel II et l’appui d’hommes politiques d’envergure comme Cavour ou Mazzini. Il faudrait plusieurs volumes pour décrire la vie et les actions militaro-politiques de Garibaldi, tant en Amérique du sud qu’en Europe. Révolutionnaire dans l’âme, il est nommé général par le gouvernement provisoire de milan, en 1848, et général de la République romaine, en 1849. Avec l’accord du roi, « Le héros des deux mondes » va débuter l’unité de l’Italie par l’« Expédition des Mille » qui vont débarquer en Sicile, vêtus d’une chemise rouge, héritage en stock des aventures sud-américaines de Garibaldi. Le roi, bien que connaissant les convictions républicaines et anti-cléricales de Garibaldi, aura l’intelligence de le laisser mener ses expéditions, où un nombre impressionnant de Franc-Maçons figurent. Car, évidemment, Garibaldi est une figure très importante de la Maçonnerie : il sera Grand-Maître de presque toutes les obédiences italiennes !
Initié en 1844 dans la loge « Asilo de la Virtud » à Montévidéo, il s’affiliera, le 15 juillet de la même année aux « Amis de la Patrie » du Grand Orient de France. En 1861, le Grand Orient d’Italie de Turin lui confère le titre de « Premier Maçon d’Italie ». Au moment de l’expédition des mille, nous savons aujourd’hui qu’elle sera en partie subventionnée par la Maçonnerie américaine. En 1862, il est élu Grand Maître du Suprême Conseil Ecossais de Palerme où il est 33em REAA. En 1864, il devient Grand Maître du Grand Orient d’Italie, et en 1872, Grand Maître honoraire du « Souverain Sanctuaire du rite ancien et primitif » pour la Grande Bretagne et l’Irlande. Sous son égide, en 1881, il met en place l’unification des rites maçonniques égyptiens, et pour cela est nommé Grand Hiérophante. Dans son testament philosophique, il avait écrit : « Je lègue : mon amour pour la liberté et la vérité, ma haine du mensonge et de la tyrannie ».

Les combats pour l’unité italienne débuteront, à plusieurs reprises, en Sicile, afin de remonter vers le nord. Une véritable passion animera Garibaldi pour cette région, où militairement, il trouvera l’appui des propriétaires terriens, qui mettront à sa disposition les hommes qui étaient chargés de la protection des domaines. Ces derniers, « brut de décoffrage » avaient besoin d’une formation et d’une organisation orientée vers un idéal. Naturellement, Garibaldi et de nombreuses « chemises rouges », maçons, les organisèrent selon le fonctionnement de la Maçonnerie, pour leur donner une cohésion efficace. Elle le fut : après l’unité de l’Italie, en Sicile, l’organisation persista dans ce qui devint la Mafia, porteuse de la marque maçonnique : initiation avec serment sur des images saintes, sens de la famille symbolique, respect de la figure tutélaire (le fameux parrain, véritable vénérable de sa « famille » !), fidélité absolue sous peine de punitions réelles, croyance religieuse (d’où les relations importantes entre mafia et Eglise catholique), culture du lien fraternel qui donne le sentiment d’appartenir à une famille, utilisation d’un vocabulaire et de gestes de reconnaissance propre au groupe. Ce rapprochement historique est de plus en plus accepté par les historiens de la maçonnerie italienne, en niant toute complicité évidemment, mais en soulignant la rencontre de groupes informels et violents qui se retrouvèrent dans l’esprit même, lui-même violent, de la Maçonnerie.
Garibaldi, ami de Victor Hugo, Alexandre Dumas et Georges Sand, républicain convaincu, soutien des nordistes durant la guerre de sécession, plusieurs fois député de la gauche populaire anticléricale, s’appuyant sur la pratique maçonnique, va déclencher une série d’événements dont on n’a pas encore totalement mesuré l’ampleur. Si humour il y a, Garibaldi sera très largement mis à l’honneur par Mussolini, lui-même, qui disait de lui : « Garibaldi était un héros national né du peuple ». Il fit ériger plusieurs statuts en son honneur, ainsi que pour sa première femme sud-américaine, Anita. A signaler que plusieurs de ses enfants furent adhérents au parti fasciste du Duce ! Etrange destin, où se confronte l’idéal romantique et la mise en place accidentelle d’une association criminelle sur toile de fond maçonnique comme le sera la loge P2.

L’exemple de dérives, reconnues par les historiens maçonniques ou non, sont de plus en plus acceptées. Dernier exemple, « pour la route » : Après la guerre de Sécession, fut fondé en 1867, par Nathan B. Forrest, le trop célèbre Klu Klux Klan, dont le fondateur sera initié à la maçonnerie 10 ans plus tard et qui justifiera son engagement par le fait que les Constitutions d’Anderson interdisent les esclaves en Maçonnerie ! Force est de constater que, pour des milliers de maçons, la double appartenance ira de pair. Le parallélisme sera d’ailleurs de mise : initiation avec serment, costume et vocabulaire rituéliques, titres ronflants : Grand Sorcier Impérial, Grand Dragon, Chevalier (« Knight ») etc. On se croirait presque dans les Hauts-Grades ! Albert Pike, haut-gradé de la Franc-Maçonnerie américaine, et proche, voire très proche, du K.K.K. prêchait que ces derniers étaient fidèles à l’esprit des pères fondateurs de la constitution des Etats-Unis qui étaient en majorité Francs-Maçons. La mano en la mano !
Etrangère aux dérives, la Franc-Maçonnerie, va parfois faciliter, par son idéologie même, la relation avec des milieux relevant d’un imaginaire malade ou de visées franchement délinquantes.
III- LES ORDRES SONT LES SUIVANTS : ON COURTISE, ON SEDUIT, ON ENLEVE ET EN CAS D’URGENCE… ON EPOUSE »
« LES BARBOUZES ». 1964
Alors quoi, aucune compensation ?
Si, l’appartenance totalement improbable à la noblesse !
Côté réel, historiquement, nous sommes loin des affiliations imaginaires du « roman familial » dont parle Freud : il n’échappe à aucun historien sérieux que la Maçonnerie est un pur produit de la Réforme, venant des classes moyennes qui prennent conscience, peu à peu, de leur importance, face à une noblesse et un clergé de plus en plus minoritaire. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder d’où venaient les Maçons professionnellement et ce qu’ils sont encore aujourd’hui. L’appartenance à l’ordre était sous-tendue par l’espoir d’une accession à l’égalité avec les classes dirigeantes. Ce qui s’avérera vain et expliquera l’engouement d’un grand nombre de maçons pour la philosophie des Lumières. D’où l’invention de titres fumeux dans certains rituels, dans l’espoir d’accéder à l’égalité tant souhaitée et puis, finalement d’y croire. En oubliant que les codes de la chevalerie n’étaient qu’un pur idéal prôné par l’Église pour tempérer l’incontrôlable violence de nobles plus portés sur le viol de la veuve et la tuerie des orphelins que le contraire ! Tant qu’aux fameuses croisades elles furent naturellement plus économiques que religieuses, le tombeau du Christ passant assez souvent au second rang, par rapport à des alliances entre chrétiens et musulmans, au gré de leurs intérêts. Le tout sous l’oeil bienveillant des financiers Templiers !
Bien entendu, ceux qui appartiennent à la vraie noblesse admettent, au-delà des images, que l’idéal chevaleresque ne fut jamais qu’un vœu pieux et que l’action de leurs aïeux s’inscrivait plutôt côté voyou. Il n’y a qu’en maçonnerie que l’on croit à ce qui n’a existé que dans les romans ou les recommandations ecclésiastiques, dans l’espoir qu’en jouant à des idéaux jamais appliqués, on serait admis dans le Saint des Saints !

Il faut dire, qu’à la sauvette, durant des années, sous le manteau, la lecture de romans d’espionnage où les héros étaient nobles en plus, connurent un immense succès. Nous ne citerons, ici, que le personnage imaginaire de Gérard de Villiers, (le frère de l’autre !), qui fit florès, malgré la très mauvaise réputation de son héros, aristocrate autrichien, Malko Linge, SAS (Son Altesse Sérénissime). Ses romans, porteurs de stéréotypes sexistes, sadiques et racistes déclenchaient des records de vente, au point que Jacques Chirac, lecteur assidu lui-même, mandatait son chauffeur pour les trouver à leur sortie ! Services secrets et coups tordus, vie de séduction et titre de noblesse, voilà de quoi flatter l’imaginaire. Allez, disons que ces romans plus que douteux connaissaient un succès non démenti chez nombre de maçons…
Bon, ce n’est pas la catastrophe tout cet imaginaire de compensation par rapport à une vie toujours difficile. Cette régression est même nécessaire, sous réserve qu’elle reste une parenthèse et non la croyance en un réel qui dès lors nous amènerait au pire, comme vient de le démontrer l’affaire de la loge Athanor.
La Maçonnerie privilégie surtout l’émotion sur la raison et en cela elle s’inscrit dans la lignée d’un pseudo-romantisme qui n’est plus guère de saison et prête plutôt à rire qu’à être fasciné. Allons au cinéma de temps en temps, mais il convient de regagner l’extérieur quand la séance est finie…
Mais on cause, on cause, et l’attention se relâche. Excusez-moi, mais il faut que je vérifie si les barbouzes de « 450.fm » n’ont pas installé des micros pendant que nous étions occupés ensemble !…
