Emmanuel Pierrat condamné pour harcèlement moral : la justice pénale referme un 1er chapitre, sans lui interdire d’exercer

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L’avocat parisien Emmanuel Pierrat a été condamné, ce 9 septembre 2026, par le tribunal correctionnel de Paris à deux ans d’emprisonnement avec sursis pour le harcèlement moral de dix-huit anciens collaborateurs. Une condamnation pénale qui intervient plus de trois ans après une première sanction disciplinaire, prononcée par la cour d’appel de Paris. Mais, contrairement aux réquisitions du parquet, le tribunal n’a pas interdit à l’avocat de continuer à exercer. Son ancienne associée Sophie Viaris de Lesegno a, quant à elle, été relaxée.

L’allégorie de la Justice, souvent incarnée par les déesses Thémis ou Justitia, porte traditionnellement un bandeau sur les yeux, symbole d’impartialité. Sa toge ou son armure découvre souvent un sein, dans l’histoire des représentations artistiques, liant ainsi l’idéal républicain (la patrie nourrissant ses citoyens) et la Vérité (celle-ci n’ayant rien à cacher), l’apparition d’une mamelle généreuse annonçant parfois une clémence partielle pour les fautes.

Il aura fallu plusieurs années pour que ce qui avait commencé comme une affaire de conditions de travail au sein d’un cabinet d’avocats aboutisse devant le tribunal correctionnel. Ce mercredi 9 septembre, la 31e chambre correctionnelle du tribunal de Paris a condamné Emmanuel Pierrat à deux ans de prison avec sursis pour des faits de harcèlement moral commis à l’encontre de dix-huit anciens collaborateurs. Il devra également verser entre 1 000 et 2 000 euros à chacune des victimes.

La décision correspond, sur le volet principal, aux réquisitions du parquet, qui avait demandé deux ans d’emprisonnement avec sursis probatoire. Mais le tribunal n’a pas suivi le ministère public sur un point déterminant : il avait également requis deux ans d’interdiction d’exercer la profession d’avocat. Cette peine complémentaire n’a finalement pas été prononcée.

Le tribunal a considéré qu’Emmanuel Pierrat avait, désormais, pris la mesure de ses actes et qu’il présentait des garanties de non-réitération. Le juge a notamment tenu compte de son parcours depuis les faits et de sa démarche de soins. Il avait, par ailleurs, déjà exécuté la sanction disciplinaire qui lui avait été infligée, quelques années auparavant.

La décision ne manque pas ainsi d’une certaine singularité : Emmanuel Pierrat est, désormais, pénalement condamné pour les faits de harcèlement moral qui ont durablement marqué la vie de son cabinet ; pour autant, il demeure autorisé à exercer comme avocat. Il faut y lire, à la fois, sans doute, le cheminement personnel évoqué au cours du débat judiciaire intervenu devant le tribunal correctionnel, mais aussi et très sûrement la conséquence de procédures disciplinaires qui s’étaient préalablement conclues en appel.

Une affaire révélée en 2021

Emmanuel Pierrat se regardant dans le miroir ?

L’affaire avait éclaté au grand jour en février 2021, à la suite d’une enquête du quotidien Libération. Plusieurs anciens collaborateurs décrivaient alors le fonctionnement du cabinet Pierrat comme un univers dominé par la peur, les cris, les insultes et les humiliations. Une vingtaine de personnes ayant travaillé auprès de l’avocat avaient témoigné d’un climat de travail particulièrement dégradé.

Emmanuel Pierrat avait, à l’époque, contesté « avec la plus grande fermeté » les accusations portées contre lui. L’affaire ne devait, pourtant, pas se cantonner au seul terrain médiatique.

Une procédure disciplinaire fut engagée par l’Ordre des avocats de Paris. En juillet 2022, le conseil de discipline avait prononcé une première sanction, jugée trop clémente par la bâtonnière Julie Couturier, qui avait fait appel. La cour d’appel de Paris, en mars 2023, alourdit considérablement la peine : dix-huit mois d’interdiction d’exercer, dont six mois avec sursis, c.-à-d. un an ferme.

La motivation de la cour était particulièrement sévère. Elle avait décrit un « comportement agressif, insultant et humiliant » présentant un caractère « pérenne et systémique » et relevé alors une « absence préoccupante de prise de conscience » de la situation par Emmanuel Pierrat.

Cette première condamnation n’était pas une condamnation pénale. Elle relevait de la discipline professionnelle des avocats. Mais elle n’en constitue pas moins un élément essentiel pour comprendre la suite du dossier : les mêmes faits de management et les mêmes pratiques professionnelles allaient donc, ensuite, être examinés sous l’angle du droit pénal.

Du disciplinaire au pénal

Le Tribunal de Paris est, désormais, situé porte de Clichy.

Une enquête préliminaire pour harcèlement moral fut ouverte par le parquet de Paris en avril 2024. Emmanuel Pierrat fut placé en garde à vue en avril 2025, avant d’être renvoyé devant le tribunal correctionnel. Son ancienne associée, Sophie Viaris de Lesegno, était également poursuivie pour complicité de harcèlement moral.

Le dossier pénal devait finalement prendre une ampleur plus importante que ne le laissait penser le renvoi initial. Au procès, qui s’est tenu du 21 au 29 mai 2026 devant la 31e chambre correctionnelle, dix-huit anciens collaborateurs ont finalement été concernés par la condamnation prononcée, ce 9 septembre.

Les audiences de mai ont permis de faire entendre une succession de témoignages qui, pris ensemble, ont dessiné le fonctionnement d’un cabinet décrit comme profondément violent.

Cris, humiliations et peur

La tête dans les mains, pour se protéger des menaces….

Pendant plusieurs jours, les anciens collaborateurs se sont succédé à la barre. Ils ont décrit des insultes et des cris, des dénigrements et des comportements humiliants. Certains témoignages faisaient également état de jets d’objets et de scènes particulièrement brutales. Les récits, parfois très différents dans leur détail, convergeaient sur l’existence d’un climat de peur et de pression permanente.

Le phénomène ne se résumait donc pas à quelques éclats de colère isolés. C’est précisément cette répétition et cette dimension collective qui, en 2023, avaient déjà conduit la juridiction disciplinaire à qualifier ce comportement de « pérenne et systémique ».

Plusieurs anciens collaborateurs ont expliqué les conséquences personnelles et professionnelles de cette expérience. Certains ont fait état de graves difficultés psychologiques ; d’autres ont indiqué avoir été conduits, du fait de ce traumatisme, à renoncer à la carrière d’avocat.

Au cours du procès, ces témoignages ont constitué les pièces d’un récit collectif reconstituant le fonctionnement humainement désastreux du cabinet.

« Je reconnais la globalité des faits »

Le procès pénal a, toutefois, présenté une particularité importante : dès son ouverture, Emmanuel Pierrat s’est, enfin, résolu à reconnaître « globalement » les faits.

Le maillet est un symbole commun à la Justice et à la Franc-Maçonnerie.

Le 21 mai, interrogé par la présidente de la 31e chambre correctionnelle, Nathalie Gavarino, il a déclaré reconnaître « la globalité des faits » qui lui étaient reprochés. Il a également reconnu que ces comportements constituaient du harcèlement moral.

Cette reconnaissance tranche avec la position adoptée au moment des premières révélations médiatiques.

À l’audience, l’avocat a expliqué que son comportement s’était profondément détérioré au milieu des années 2010, dans un contexte personnel difficile. Il a parlé d’un « management à l’ancienne » (sic) et reconnu avoir fait subir à ses collaborateurs des comportements qu’il savait, désormais, foncièrement illégaux.

Mais cette reconnaissance n’a pas effacé la gravité des faits. Le ministère public a précisément insisté sur leur persistance, malgré les alertes.

Dans ses réquisitions, le procureur a résumé la difficulté particulière de ce type d’infraction, en affirmant que « le harcèlement moral est un mal insidieux ». Il a demandé deux ans de prison avec sursis probatoire et deux ans d’interdiction professionnelle.

La défense : éviter la « mort professionnelle »

Robe d'avocat
Robe noire d’avocat suspendue à un perroquet dont les ramures suggèrent ici les choix d’actions pris en conscience.

La question de l’interdiction d’exercer constituait l’un des enjeux majeurs du procès.

La défense d’Emmanuel Pierrat a reconnu la réalité des faits mais s’est efforcée de convaincre le tribunal que l’avocat avait changé et qu’une nouvelle interdiction professionnelle serait disproportionnée.

À l’audience, son avocate, Me Caroline Toby, a notamment contesté l’image d’un homme réduit à la seule violence de son comportement professionnel. Elle a souligné qu’il avait aussi pu manifester une personnalité attachante et elle a dénoncé une représentation médiatique devenue, selon elle, excessivement monolithique.

Cette stratégie a manifestement trouvé un écho sur un point essentiel : le tribunal a condamné Me Pierrat, mais ne lui a pas retiré le droit d’exercer.

Il s’agit probablement de la partie la plus importante de la décision pour l’avenir professionnel de l’avocat.

Sophie Viaris de Lesegno relaxée

L’autre prévenue, Sophie Viaris de Lesegno, ancienne associée d’Emmanuel Pierrat, était poursuivie pour complicité de harcèlement moral.

Son rôle avait été longuement discuté, pendant le procès. Assurant sa propre défense, elle soutint notamment à la barre qu’elle avait elle-même été exposée au comportement de son associé et qu’une éventuelle connaissance des agissements de celui-ci ne suffisait pas pour constituer, en droit pénal, les conditions d’une complicité.

Le tribunal a finalement renvoyé Sophie Viaris de Lesegno des fins de la poursuite ; autrement dit, il l’a relaxée.

Cette décision établit donc une distinction nette entre les responsabilités pénales des deux prévenus.

Une condamnation pénale après une sanction professionnelle

Le glaive de la Justice s’élevant au-dessus du brouillard et des nuages noyant la dense forêt humaine.

L’intérêt juridique de cette affaire tient aussi à la coexistence de deux procédures.

En 2023, la justice professionnelle avait déjà sanctionné Emmanuel Pierrat pour les manquements déontologiques liés au fonctionnement de son cabinet. En 2026, la justice pénale enfonce le clou, en reconnaissant l’existence d’un harcèlement moral pénalement répréhensible.

Les deux décisions ne se confondent pas : la procédure disciplinaire concernait les obligations professionnelles de l’avocat et la procédure pénale, la commission d’une infraction. Mais leur rapprochement donne à la chronologie de l’affaire une portée particulière.

En 2023, la cour d’appel reprochait encore à Me Pierrat son absence de prise de conscience. En 2026, le tribunal relève, au contraire, une évolution suffisante pour considérer qu’une nouvelle interdiction professionnelle n’est pas nécessaire.

Entre ces deux décisions se trouve donc l’un des éléments ou des événements cruciaux de l’affaire : la reconnaissance des faits par le prévenu et la transformation de son attitude devant la justice.

Une carrière publique qui dépasse largement le barreau

L’affaire a d’autant plus retenu l’attention que Me Pierrat était loin de passer pour un avocat lambda.

Façade du GOdF à Paris
La façade du GODF, 16 rue Cadet, à Paris 9e arr., avec une lumière venant de l’intérieur.

Spécialiste reconnu du droit de la propriété littéraire, il s’est également illustré comme écrivain, éditeur et, plus globalement, comme commentateur et conférencier, bref, comme une personnalité du monde culturel. Il a exercé diverses responsabilités dans les milieux juridique et littéraire et a publié de multiples ouvrages consacrés tantôt au droit, à la littérature, à l’art ou à la liberté d’expression. Longtemps franc-maçon du Grand Orient de France (il n’en est plus membre, depuis plusieurs mois), il a signé de nombreuses monographies concernant l’histoire et la géographie de ce courant de pensée, sans se limiter à cette obédience.

Cette visibilité explique, en partie, le fort écho qu’ont rencontré les accusations portées contre lui et celui que nous lui avons nous-mêmes réservé, tant ce comportement scandaleux, pendant tant d’années, de la part de celui qui était naguère encore un frère très répandu dans les milieux intellectuels de la capitale, demeure profondément affligeant et radicalement contraire aux vertus de justice et de tempérance prônées dans nos cercles.

Cette notoriété explique également pourquoi le dossier a dépassé la seule question du fonctionnement interne d’un cabinet d’avocats pour devenir un épisode révélateur des rapports de pouvoir dans certains milieux professionnels où l’autorité, le prestige et la dépendance hiérarchique peuvent se mêler étroitement. Rapports dégradés qui n’épargnent pas – nous le regrettons vivement – des personnalités ayant pu prêter des serments solennels d’honneur et de probité dans le cadre maçonnique, ce qui confère, à nos yeux, une gravité supplémentaire aux faits en cause et ne manque pas de nous interroger sur la portée effective des « exercices » pratiqués dans nos loges, surtout, en l’occurrence, de la part d’un frère s’étant si publiquement et si complaisamment affiché comme francs-maçons, alors qu’i était, au même moment, dénué de la moindre exemplarité dans des dimensions majeures de ses responsabilités sociales.

Cela avait déjà été le cas, en 2020, dans le dossier concernant le PEN Club français, affaire finalement classée sans suite par le parquet, où Emmanuel Pierrat avait été brutalement évincé de la présidence de cette association d’écrivains. Il était suspecté d’abus de confiance et visé par des plaintes internes dénonçant de graves irrégularités comptables doublées d’un comportement agressif envers ses membres. S’il s’était estimé diffamé, il aurait pu poursuivre ses accusateurs pour dénonciation calomnieuse. Il n’a pas cru devoir le faire, alors même qu’il s’était montré très combatif sur ce plan, dans les affaires en cause ici, n’hésitant pas à menacer de nous traduire devant les tribunaux… avant de devoir capituler bien ultérieurement en justice, face à l’énormité des preuves !

Une autre plainte, distincte, est désormais en cours

La condamnation du 9 septembre intervient, enfin, dans un contexte où Emmanuel Pierrat fait l’objet d’une autre procédure, sans rapport avec le dossier de harcèlement moral.

Eva Ionesco dont la mère, Irina, prenait d’elle des photos, nue, enfant.

L’autrice et réalisatrice Eva Ionesco a déposé très récemment, en août 2026, une plainte l’accusant de détenir et de receler des photographies à caractère pornographique prises d’elle, entre les âges de quatre et onze ans, par sa mère, la photographe Irina Ionesco, au fameux homonyme mais sans lien de parenté avec l’académicien français d’origine roumaine par son père, le dramaturge Eugène Ionesco. Emmanuel Pierrat était l’exécuteur testamentaire d’Irina Ionesco, décédée en 2022, et il lui est notamment reproché d’avoir exposé, dans son cabinet, et diffusé extérieurement certaines de ces photographies…

Il convient ici de distinguer strictement les situations : il s’agit, en l’occurrence, d’accusations faisant l’objet d’une plainte portée devant la justice et non d’une condamnation prononcée par elle. Les faits incriminés ne sauraient donc être considérés comme établis. Nous aurons l’occasion – c’est bien triste – de revenir sur les évolutions de ce dossier, sans avoir à en détailler ici les éléments, dont nous avons eu connaissance.

Cependant, cette nouvelle procédure contribue à replacer la condamnation pour harcèlement moral dans une actualité judiciaire particulièrement lourde pour l’avocat, d’autant que des collaborateurs victimes de ses agissements passés n’ont pas hésité, dans leur colère qui était toujours vive, à le huer, au sortir du tribunal, aux cris de « Pierrat pédo ».

Suite donc au prochain épisode…

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3 Commentaires

  1. Même remarque que pour les précédents dossiers sur notre F. Emmanuel Pierrat : malgré quelques circonlocutions d’usage, il s’agit une fois encore d’un article à charge… heureusement, notre F. Et toujours avocat Emmanuel Pierrat est quelqu’un de passionnant, j’invite ceux que cela intéresse à prendre connaissance de ses publications, de ses conférences, et de son dite Facebook pour partager ses nombreux voyages. Bref, pour moi, de la belle maçonnerie !!!

    • Très Chère Laure,
      Il me semble que vous occultez la fonction d’un organe de presse. Celui-ci n’a pas vocation à trier les condamnés entre « gentils » et « méchants ».

      Vous n’avez trouvé dans nos colonnes aucune appréciation personnelle sur le caractère ennuyeux ou passionnant d’Emmanuel Pierrat. Il s’agissait simplement de rapporter à nos lecteurs une décision de justice. Vous n’y avez pas non plus trouvé d’accusation de notre part. Un article à charge ou à décharge ne ressemble en rien à ce que vous avez lu ce matin.

      Il est fort possible qu’il vous soit désagréable de découvrir une sanction judiciaire visant une personnalité que vous appréciez : nous le comprenons. Cependant, nous ne pouvons pas sélectionner les informations judiciaires en fonction du degré de sympathie que l’on porte aux personnes concernées.

      Fraternellement

      Franck Fouqueray
      Directeur de la Publication

    • Cher frangine
      Seriez vous en train de confirmer qu’il est normal pour un frangin de s’assoir sur les lois de la République qu’il est censé faire appliquer dans un prétoire, alors que son serment maçonnique de « respecter la République » n’a aucun poids face à ses extraordinaires publications que vous semblez vénérer
      À moins que ce soit l’homme et son virilisme toxique que vous appréciez ?

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