Emportez-le partout en PDF, gardez-le pour toujours — et soutenez une presse libre et indépendante.
Vous avez un code promo ?
Le samedi 26 septembre 2026, les Sœurs des Congrès de Paris et d’Île-de-France de la Grande Loge Féminine de France donnent rendez-vous au public à la Cité du Couvent pour une nouvelle édition de « Temple Ouvert ». Huit travaux, répartis dans quatre Temples, permettront de découvrir de l’intérieur la manière dont travaillent les Franc-Maçonnes.

Une manifestation désormais bien installée, dont les premières traces parisiennes remontent à 2013, et qui offre une réponse simple aux fantasmes entourant encore la Franc-Maçonnerie : plutôt que multiplier les discours sur elle-même, montrer ce qui s’y pense et comment l’on y travaille.
Le principe tient presque tout entier dans le titre :
ouvrir le Temple.

Samedi 26 septembre, à partir de 14 h 30, la Grande Loge Féminine de France accueillera gratuitement, sur inscription, celles et ceux qui souhaitent mieux connaître la Franc-Maçonnerie féminine. Pas de conférence institutionnelle ni de présentation figée : les visiteuses et visiteurs assisteront à de véritables travaux préparés par les Sœurs, avant de pouvoir échanger avec elles. C’est précisément ce qui fait l’intérêt de la formule. La Franc-Maçonnerie ne sera pas présentée comme un objet historique ou une curiosité entourée de secrets, mais comme une méthode de réflexion toujours vivante.
Une tradition d’ouverture qui remonte à 2013
Cette édition 2026 n’est pas une opération ponctuelle. La plus ancienne édition parisienne documentée retrouvée à ce jour remonte au 9 février 2013. La GLFF invitait déjà le public à rencontrer des Franc-Maçonnes et à découvrir leurs travaux autour de sujets aussi différents que l’environnement, l’émancipation des femmes ou le secret maçonnique. En 2016, « Temple Ouvert » en était déjà à sa troisième puis à sa quatrième édition ; depuis, le rendez-vous s’est inscrit dans la durée, avec des programmes renouvelés mais un principe inchangé :

faire connaître la Franc-Maçonnerie féminine par ce qu’elle produit réellement en Loge.
Cette continuité mérite d’être soulignée
Depuis plus d’une décennie, les Sœurs de la GLFF ont ainsi abordé devant le public la transmission, la non-mixité, le silence, l’engagement, l’art, la science, l’intelligence artificielle, la dignité humaine ou encore la fraternité. Autant de sujets montrant qu’un Temple maçonnique n’est pas un lieu coupé du monde, mais un espace où celui-ci est interrogé avec d’autres outils, d’autres rythmes et une attention particulière portée au symbole, à la parole et à l’écoute.
Huit travaux, huit portes d’entrée

Le programme 2026 est particulièrement révélateur de cette diversité. « L’Éducation sentimentale de la Maçonne – De l’ego à l’alter ego » interrogera le passage du moi à l’autre ; « Les gants blancs » rappellera que l’idéal maçonnique ne vaut que s’il descend jusqu’à la main qui agit. « Le doute ou l’art de la nuance » questionnera cette capacité devenue précieuse à ne pas transformer ses convictions en certitudes absolues, tandis que « Le Zéro » ouvrira un champ de réflexion où mathématiques et symbolisme pourront se rencontrer.

Deux autres travaux élargiront encore le regard : « Éloge de la Franc-Maçonnerie », autour de l’image d’un jardin de valeurs à cultiver, et « Le Zoroastrisme », placé sous la belle exigence : « Penser juste, Parler juste, Agir juste ». Puis viendront « Fraternité et égalité », qui touchera directement à la question de la relation à l’autre malgré les différences, et « Jonathan le Goéland », inspiré du célèbre récit de Richard Bach et de son invitation à dépasser les limites que l’on croit définitives.
Derrière cet apparent éclectisme, une cohérence se dessine. Tous ces sujets ramènent, d’une manière ou d’une autre, à la même interrogation : comment se transformer soi-même pour agir plus justement parmi les autres ? C’est probablement l’une des clefs les plus simples pour comprendre la démarche initiatique.

Ouvrir n’est pas dévoiler
L’intérêt de « Temple Ouvert » tient aussi à un paradoxe que la GLFF assume intelligemment. Un Temple est normalement un espace séparé du monde profane. L’ouvrir pourrait donc sembler contradictoire avec sa fonction. Mais ouvrir les portes ne signifie pas livrer l’expérience initiatique comme on présenterait les coulisses d’un spectacle.


La Franc-Maçonnerie a longtemps souffert d’une confusion entre secret et clandestinité. Or les décors, les symboles ou l’histoire des rites sont aujourd’hui largement accessibles. Ce qui demeure propre à l’expérience maçonnique relève davantage du vécu : la lente appropriation d’un symbole, le travail sur soi, l’écoute des autres, le silence, la répétition rituelle. Autant de réalités qu’aucune visite ne saurait « révéler », parce qu’elles ne peuvent être comprises qu’à travers l’expérience.
C’est pourquoi ces journées publiques ne banalisent pas le Temple. Elles permettent plutôt de dissiper ce faux mystère qui nourrit encore tant de fantasmes, tout en laissant intacte la part initiatique de la démarche. La meilleure réponse à l’imaginaire du secret reste peut-être simplement de montrer le travail.
La Franc-Maçonnerie féminine au travail, plutôt qu’en représentation

C’est probablement là que cette manifestation trouve sa plus grande force. À l’heure où toutes les institutions cherchent à communiquer, la GLFF choisit ici une voie plus convaincante que le discours promotionnel : faire entendre ses Sœurs.

Une Obédience peut affirmer qu’elle défend la liberté de conscience ; un travail sur le doute montre concrètement comment cette liberté s’exerce. Elle peut invoquer la fraternité ; une réflexion collective sur l’égalité et la différence permet de comprendre comment cette fraternité se construit. Elle peut expliquer le symbolisme ; un gant blanc ou le chiffre zéro suffisent parfois à montrer comment un objet familier devient support de pensée.

Cette démarche prend une signification particulière dans une Obédience féminine. L’histoire de la Franc-Maçonnerie des femmes est aussi celle d’une conquête d’autonomie. Que celles qui ont dû gagner leur propre espace initiatique choisissent aujourd’hui de l’ouvrir régulièrement au public n’est pas anodin : l’affirmation de soi n’aboutit pas ici au repli, mais à la rencontre.
Depuis 2013, « Temple Ouvert » est ainsi devenu bien davantage qu’une journée de découverte.

Il constitue un rendez-vous où la GLFF montre une Franc-Maçonnerie féminine au travail, attentive aux grandes questions de son temps comme aux interrogations permanentes de l’être humain.
Et peut-être est-ce finalement la meilleure manière d’approcher le Temple : non pour y chercher quelque secret spectaculaire, mais pour découvrir qu’entre l’extérieur et l’intérieur demeure toujours un seuil – et qu’un seuil n’est pas un mur, mais une invitation à regarder plus loin.

Informations pratiques
Temple Ouvert – Grande Loge Féminine de France
Samedi 26 septembre 2026 à partir de 14 h 30 – 4, cité du Couvent – 75011 Paris

Métro Charonne – bus 46, 56 et 76 / Entrée gratuite, ouverte à tout public, sur inscription obligatoire : temple.ouvert.75.idf@gmail.com / Les huit travaux sont répartis dans les Temples 2, 3, 4 et 5 ; le Temple choisi doit être précisé lors de l’inscription / Photos © Yonnel Ghernaouti, YG

