GCG-RF du GODF – Congrès 2026 : Philippe Guglielmi réélu, le Rite Français entre héritage, transmission et réforme

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Réunis les 4 et 5 septembre 2026, d’abord aux Salons de l’Aveyron puis rue Cadet, les délégués des Souverains Chapitres du Grand Chapitre Général du Rite Français du Grand Orient de France ont tenu un Congrès particulièrement dense. De la mémoire de Roëttiers de Montaleau aux défis contemporains de la parité, de la solidarité à la transmission du Rite Français, de la recherche historique à l’ouverture sur la Cité, les travaux ont dessiné les contours d’une juridiction qui entend conjuguer fidélité aux origines et capacité de transformation.

À l’Orient, Guillaume Trichard, Grand Maître du GODF, le Pdt du Congrès Ismaël S. K., Philippe Guglielmi – Photo © GCG-RF du GODF

Au centre de cette rencontre : le rapport moral de Philippe Guglielmi, largement consacré à l’avenir du GCG-RF, puis sa réélection comme Très Sage et Parfait Grand Vénérable, pour ce qui doit être son dernier mandat. Une réélection qui apparaît moins comme la reconduction d’une fonction que comme la volonté d’achever une œuvre engagée depuis plusieurs décennies. En fin d’article, nos SS∴ et FF∴ pourront également prendre connaissance de la synthèse officielle du Congrès, document qui rassemble les principales orientations arrêtées, les décisions financières, les résultats des élections et les grands chantiers désormais ouverts par le Grand Chapitre Général du Rite Français.

Brecht pour ouvrir les travaux : lorsque le doute devient une responsabilité

Roëttiers de Montaleau – vidéo GCG

Il fallait sans doute commencer autrement que par des règlements, des rapports ou des élections. C’est Dominique Lamoureux qui donna au Congrès sa première respiration avec Aux hésitants de Bertolt Brecht. Le poème est de ceux qui ne rassurent pas mais mettent en demeure. Que faire lorsque les forces semblent diminuer, lorsque les mots paraissent avoir été déformés, lorsque l’action entreprise depuis longtemps n’aboutit pas encore à ce que l’on espérait ? Brecht renvoie chacun à la seule réponse qui vaille vraiment : celle dont il accepte lui-même de porter la responsabilité. Le choix du texte prenait ainsi un relief particulier au seuil d’une assemblée appelée précisément à décider de son avenir.

Une assemblée maçonnique n’est jamais seulement un lieu d’administration

Philippe-Guglielmi,-Très-Sage-&-Parfait-Grand-Vénérable

Elle est aussi, lorsqu’elle demeure fidèle à sa vocation initiatique, un espace où s’éprouve la capacité collective à transformer le doute en discernement et le discernement en décision. C’est précisément l’un des fils conducteurs du rapport moral de Philippe Guglielmi : aucune fonction ne tient sa légitimité de son seul titulaire ; elle la reçoit de la confiance accordée par les délégués et par les Chapitres. Le rapport moral est ainsi présenté comme le produit d’un travail collectif, celui de la Chambre d’Administration comme de l’ensemble de la juridiction.

Du cabinet de réflexion au tumulte du monde

Le discours d’ouverture du président du Congrès, IsmaëlS. K., prolongea cette méditation en empruntant à Goethe cette pensée : le talent se développe dans la solitude, tandis que le caractère se forme dans le tumulte du monde. La référence conduisait presque naturellement au cabinet de réflexion, ce lieu si particulier de la dramaturgie initiatique où l’homme se retrouve face à lui-même avant d’entrer parmi les autres.

Mais le cabinet de réflexion, rappela en substance le président du Congrès, n’est jamais une demeure. Il constitue un passage. Le Franc-Maçon ne se retire du monde que pour apprendre à y revenir autrement ; il descend en lui-même afin de mieux rencontrer l’altérité. Car les grandes vertus que l’on proclame dans le silence intérieur doivent tôt ou tard subir l’épreuve du réel. On peut se croire tolérant tant que personne ne vient contredire nos certitudes, courageux tant qu’aucune difficulté ne nous atteint, fraternel tant que l’autre nous ressemble. C’est dans la rencontre, le désaccord et parfois l’adversité que les principes deviennent réellement des actes.

La fraternité prend dès lors un sens plus exigeant.

Elle n’est pas seulement une disposition généreuse du cœur mais une méthode permettant de continuer à construire malgré les différences. Dans cette perspective, le Conseil maçonnique apparaît comme l’un de ces lieux privilégiés où le travail intérieur rencontre le travail collectif, où la pensée devient parole, où la parole peut devenir volonté et où la volonté doit enfin trouver son accomplissement dans l’action.

Roëttiers de Montaleau revient parmi ses héritiers

L’un des moments les plus singuliers du Congrès fut la projection du film conçu par la Commission Histoire du Grand Chapitre Général, 1721-1784, aux racines du Rite Français – Roëttiers de Montaleau, une histoire de transmission. Durant quelques minutes, les siècles semblent s’abolir : Alexandre-Louis Roëttiers de Montaleau (1748-1808) revient symboliquement parmi ses héritiers pour raconter l’entreprise à laquelle il participa à la fin de l’Ancien Régime.

Le récit nous replonge dans une Franc-Maçonnerie française extraordinairement foisonnante. Les grades circulent, les systèmes se multiplient, les manuscrits passent d’un Orient à l’autre et les légendes initiatiques se superposent au point que la richesse menace parfois de devenir confusion. Autour de Savalette de Langes (1745-1797), des Philalèthes et de la Chambre des Grades se développe alors une intuition fondamentale : il ne suffit plus d’accumuler les connaissances ; encore faut-il les comparer, les éprouver et les ordonner.

Charles-Pierre-Paul Savalette de Langes – Vidéo GCG

C’est dans cet immense laboratoire maçonnique que s’élabore progressivement l’architecture initiatique qui donnera naissance aux Ordres de Sagesse du Rite Français. Il ne s’agit pas de faire disparaître la richesse des traditions antérieures, mais de la mettre en perspective, d’en discerner les lignes de force et de construire une progression cohérente. La constitution du Grand Chapitre Général procède de cette volonté : réunir des Chapitres, organiser la transmission, assurer une continuité et permettre aux générations suivantes de recevoir un patrimoine qui ne soit pas un amas de vestiges mais une matière encore capable de travailler l’homme.

Chambre des Grades – Vidéo GCG

Le film fait revivre également un remarquable univers symbolique : le Pélican, les arbres, les lumières, la Croix, l’Étoile, l’eau qui éprouve l’édifice sans parvenir à le renverser. Images anciennes, certes, mais images toujours vivantes dès lors qu’elles ne deviennent pas des objets de musée. Car le symbole maçonnique n’est jamais autosuffisant. Sans l’expérience de celui qui le contemple, sans le travail de l’intelligence et de la conscience, il demeure silencieux.

C’est peut-être ici que se trouve la clef de cette séquence historique. Le Grand Chapitre Général ne s’est pas construit pour que les générations futures regardent nostalgiquement derrière elles. Son patrimoine n’a de sens qu’à la condition d’être reçu, interrogé, transformé intérieurement puis transmis. Les derniers mots attribués dans le film à Roëttiers de Montaleau résument superbement cette conception : il ne s’agit pas de conserver les cendres des fondateurs, mais d’entretenir le feu.

Philippe Guglielmi : un rapport moral placé sous le signe de la continuité

C’est dans cette profondeur historique que prit place le rapport moral de Philippe Guglielmi, Très Sage et Parfait Grand Vénérable. Il y dressa le portrait d’une juridiction en développement, forte d’une implantation désormais importante, d’une progression continue des Chapitres et d’une présence qui s’affirme au sein du paysage maçonnique français comme à l’étranger. Le ton ne fut cependant pas celui de l’autosatisfaction. La croissance impose de nouvelles responsabilités, une organisation adaptée et une réflexion sur les moyens humains nécessaires au fonctionnement quotidien de la juridiction.

Sur le plan financier, Philippe Guglielmi a fait état d’un exercice particulièrement satisfaisant, accompagné de belles réserves, fruit d’une gestion sérieuse, maîtrisée et raisonnable. La politique d’économie engagée ces dernières années se poursuit et permet de maintenir la capitation sans augmentation tout en renforçant l’action en faveur des Chapitres. La bonne santé financière n’est ainsi pas présentée comme une fin en soi mais comme le moyen de redonner à la solidarité toute sa place.

De nouveaux dispositifs doivent permettre d’accompagner les Chapitres rencontrant des difficultés et de soutenir leur animation ou leur développement. Le rapport a rappelé le travail mené auprès de structures fragilisées, dont plusieurs ont déjà retrouvé une dynamique satisfaisante après avoir été accompagnées.

Quand la fraternité cesse d’être un simple mot

Philippe Guglielmi a consacré une part importante de son intervention à une conception très concrète de la fraternité. Il ne suffit pas, a-t-il expliqué en substance, de tendre la main : encore faut-il l’ouvrir. Cette formule résume bien une conception de la solidarité qui refuse de demeurer incantatoire.

Le rapport revient ainsi sur les aides accordées à des Sœurs et Frères frappés par les incendies, la maladie, le chômage, le deuil ou la précarité. Il évoque aussi ces détresses silencieuses qui peuvent demeurer invisibles derrière une fonction maçonnique, un cordon ou une apparente sécurité sociale. En ce sens, le fonds de solidarité porte peut-être l’un des gestes les plus profondément initiatiques de la juridiction : reconnaître derrière la dignité rituelle la vulnérabilité possible de l’être humain.

La fraternité cesse alors d’être un principe abstrait inscrit sur les frontons symboliques.

Elle devient secours, attention, présence, parfois simplement un appel téléphonique ou une aide matérielle au moment où l’existence vacille. Dans le langage du Rite Français, on pourrait presque dire qu’elle fait passer la Lumière du registre de la contemplation à celui de l’œuvre.

Rendre au Rite Français sa visibilité

GCG Rite Français GODF

Le rapport moral fut aussi l’occasion d’un plaidoyer appuyé en faveur d’une meilleure visibilité du Rite Français au sein du Grand Orient de France. Philippe Guglielmi estime que ce rite, pourtant profondément lié à l’histoire et à l’identité du GODF, n’occupe pas toujours la place qu’il devrait dans la communication obédientielle.

Il ne s’agit pas, dans son propos, d’opposer les rites entre eux, mais de rappeler l’importance historique et réglementaire du Rite Français et de mieux faire connaître sa richesse symbolique, philosophique et initiatique. Le développement de Conseils ouverts, de conférences destinées aux Francs-Maçons et le soutien apporté aux grands rendez-vous régionaux participent de cette volonté de transmission.

À l’étranger également, le GCG-RF poursuit son action

Le Comité Ramsay, la Charte de Lisbonne, les relations entretenues avec plusieurs juridictions et la remise de patentes illustrent la volonté de structurer une véritable famille internationale du Rite Français.

Cette dimension internationale n’est pas seulement protocolaire. Le rapport évoque notamment la situation préoccupante rencontrée par les Francs-Maçons de Madagascar et rappelle les démarches entreprises pour leur apporter soutien et protection, avec la prudence nécessaire dans un contexte politique délicat.

Réformer sans rompre : le défi de la parité

L’un des chantiers majeurs annoncés concerne la réforme du cadre réglementaire. Le fonctionnement territorial, l’organisation du Ve Ordre, les particularités géographiques de certaines régions et les modalités d’intervisite entre juridictions doivent être réexaminés afin de mieux correspondre aux réalités contemporaines.

Mais c’est surtout la question de la parité qui marque une évolution importante.

Le Grand Chapitre Général entend faire en sorte que l’ouverture du Grand Orient de France aux femmes trouve désormais son plein prolongement dans les structures des Ordres de Sagesse. Les règles d’ancienneté et certaines dispositions existantes peuvent encore constituer des obstacles à une représentation équilibrée.

GCG-RF-GODF,-bannière

Une commission chargée de la condition maçonnique des Sœurs doit ainsi être mise en place et ses conclusions nourriront la réforme à venir. Une commission plus large associant les différentes composantes institutionnelles de la juridiction préparera de son côté une révision du règlement général, qui sera soumise au prochain Congrès. Fait remarquable : le Grand Vénérable n’en sera pas membre, afin que cette instance puisse travailler avec toute l’indépendance nécessaire.

Nous retrouvons ici l’une des tensions les plus fécondes de toute démarche traditionnelle : comment demeurer fidèle sans se figer ? Le respect des origines n’oblige nullement à reproduire éternellement les formes anciennes. Une tradition initiatique digne de ce nom ne transmet pas un objet mort ; elle transmet une dynamique.

Joaben, le Chapitre National de Recherche et l’Université du Rite Français

Le patrimoine du GCG-RF n’est pas seulement rituel. Il est également intellectuel, historique et philosophique. Le rapport moral a ainsi souligné la place occupée par la revue Joaben, devenue l’un des espaces de réflexion de la juridiction, ainsi que celle du Chapitre National de Recherche et de l’Université du Rite Français.

Le thème étudié cette année, De la Loge à la Cité : la citoyenneté, résume admirablement l’ambition du Rite Français : ne jamais dissocier l’initiation individuelle de la responsabilité collective. Le Temple ne doit pas devenir un refuge hors du monde mais une école où s’apprend une manière plus éclairée d’habiter la Cité. Les travaux du CNR et ceux de l’Université du Rite Français seront désormais davantage rapprochés afin d’articuler recherche, transmission et réflexion contemporaine.

capture d’écran vidéo GCG

Là encore, le discours d’ouverture d’Ismaël S. K. trouve son prolongement naturel. Le cabinet de réflexion prépare au retour dans la société ; le Conseil ne vaut que par ce qu’il nous permet de devenir ; et la recherche initiatique n’a de sens que si elle transforme aussi notre regard sur le monde.

Une candidature devenue engagement personnel

Le moment le plus personnel du rapport moral survint lorsque Philippe Guglielmi expliqua les raisons qui l’avaient conduit à hésiter avant de solliciter un nouveau mandat. Des circonstances familiales douloureuses l’avaient éprouvé. À cela se sont ajoutés, selon ses déclarations devant le Congrès, des courriers anonymes insultants et des menaces destinées à le dissuader de se représenter, ainsi que des messages anonymes adressés à plusieurs responsables de la juridiction. Il a indiqué que l’auteur de certains de ces envois avait été identifié et sanctionné par la justice maçonnique.

Ces événements auraient pu le conduire au retrait. Ils ont produit l’effet inverse. Sollicité par la Chambre d’Administration, soutenu par son Chapitre et estimant que sa mission n’était pas achevée, Philippe Guglielmi a décidé de poursuivre son engagement. Derrière la fonction réapparaît ici le Frère, avec ses blessures, ses doutes et sa volonté de terminer ce qu’il considère comme une œuvre encore incomplète.

Philippe Guglielmi réélu Très Sage et Parfait Grand Vénérable

Le Congrès a finalement renouvelé sa confiance à Philippe Guglielmi, réélu Très Sage et Parfait Grand Vénérable du Grand Chapitre Général du Rite Français du Grand Orient de France. Seul candidat, il entame ainsi le dernier mandat que lui permettent les règles de la juridiction.

capture d’écran vidéo GCG

Cette réélection dépasse pourtant la seule continuité institutionnelle

Elle engage un programme : poursuivre le développement du Rite Français, renforcer sa visibilité, approfondir la solidarité, accompagner les Chapitres, consolider les relations internationales, réformer le cadre réglementaire, faire avancer réellement la parité et maintenir le lien entre tradition initiatique et engagement dans la Cité.

Dans sa conclusion, Philippe Guglielmi n’a pas voulu se présenter comme un homme providentiel. Il s’est défini plutôt comme un « apprenti en perpétuelle recherche », un ouvrier placé au service de la juridiction. Et il a convoqué cette pensée de Montesquieu selon laquelle, pour accomplir de grandes choses, il faut se placer non au-dessus des hommes mais au milieu d’eux. Son rapport se termine sur une triple fidélité : à la République laïque et sociale, à la grande famille du Rite Français et au Grand Chapitre Général du Grand Orient de France.

Entretenir le feu

À bien y regarder, ce Congrès possède une remarquable unité symbolique. Brecht demandait aux hésitants de trouver en eux-mêmes la force de répondre. Ismaël S. K. rappelait que le travail intérieur ne prend son sens que lorsqu’il retourne affronter le tumulte du monde. Roëttiers de Montaleau, rappelé par l’image et la parole parmi ses lointains successeurs, invitait les Francs-Maçons du XXIe siècle à ne pas transformer leur héritage en mausolée. Et Philippe Guglielmi, reconduit à la tête du Grand Chapitre Général, propose désormais d’ouvrir les chantiers nécessaires pour que la tradition demeure vivante.

Une institution initiatique commence peut-être à vieillir le jour où elle confond fidélité et immobilité. Elle demeure jeune aussi longtemps qu’elle sait recevoir, comprendre, transmettre et transformer. Le Rite Français porte dans son histoire cette faculté d’ordonner sans appauvrir, de réunir sans uniformiser et de conserver sans figer.

C’est pourquoi la plus belle image de ce Congrès restera probablement celle offerte par le film consacré à Roëttiers de Montaleau : les héritiers du Grand Chapitre Général ne sont pas appelés à monter la garde autour des cendres de leurs fondateurs.

Ils ont reçu une tâche plus exigeante : entretenir le feu.

Le Congrès : la synthèse

Notre synthèse confirme d’abord l’ampleur prise par le Grand Chapitre Général du Rite Français du Grand Orient de France. Son rapport d’activité a été adopté à l’unanimité des Très Sages et Parfaits Maîtres et des délégués présents. La juridiction rappelle une croissance spectaculaire : de 315 Frères et 19 Chapitres en 1998, elle est passée à 6 300 membres et 230 Chapitres en 2026, avec une progression annoncée de 62 % au cours des cinq dernières années. À cette expansion nationale s’ajoute une dimension internationale désormais structurée autour du Comité Ramsay, qui rassemble vingt Grands Chapitres de Rite Français signataires de la Charte de Lisbonne. L’ambition affichée est forte : faire de la juridiction du Rite Français la première juridiction de hauts grades en Europe.

Dominique Lamoureux – Lecture du poème de Brecht en ouverture et d’un second poème à la clôture

La question de l’identité historique du Rite Français occupe une place centrale. Le rapport entend réaffirmer le lien consubstantiel entre l’histoire du Rite Français et celle du Grand Orient de France, en rappelant son statut de rite fondateur. La synthèse insiste également sur son poids actuel dans l’Obédience : 74 % des Loges du GODF travailleraient au Rite Français et 78 % des Sœurs et Frères le pratiqueraient, contre respectivement 18 % et 16 % pour le Rite Écossais selon les données communiquées au Congrès. Au-delà des chiffres apparaît ainsi une volonté politique et mémorielle : mieux faire connaître cette histoire et défendre la place du Rite Français dans le paysage maçonnique contemporain.

Un autre chantier majeur concerne la refonte du Règlement général : simplification administrative, rapprochement du découpage territorial avec celui de l’Obédience, réorganisation du Ve Ordre, développement de la recherche et de la transmission autour du Chapitre National de Recherche et d’une Université annuelle du Rite Français. Cette réforme doit également intégrer une question devenue essentielle : la place des Sœurs dans les structures de responsabilité. Une Commission nationale de la condition maçonnique des Sœurs sera créée afin d’examiner notamment les règles d’ancienneté susceptibles de ralentir leur accès aux fonctions.

La solidarité se traduit, elle aussi, par des mesures concrètes.

Outre le renforcement du fonds d’entraide destiné aux Sœurs et Frères en difficulté, le Congrès annonce la création de deux fonds de 25 000 euros chacun : l’un pour venir en aide aux Chapitres fragilisés – onze comptent moins de quinze membres –, l’autre pour soutenir leur développement. La fraternité quitte ainsi le seul registre du principe pour devenir véritablement un moyen d’action.

Frederique Yonnet-Quéry, Grand Officier d’Honneur auprès du TSPGV, chargée de la condition maçonnique des Sœurs et présidente de la commission nation ale s’y rapportant

Sur le plan électif, Philippe Guglielmi a été réélu à la Chambre d’administration par 181 voix sur 189, soit 95,8 % des suffrages, avant d’être reconduit à l’unanimité par celle-ci comme Très Sage et Parfait Grand Vénérable. Le renouvellement des instances prend par ailleurs une dimension historique avec l’entrée, pour la première fois, de deux femmes dans les structures nationales de la juridiction : Frédérique Yonnet-Quercy, nommée Grand Officier d’Honneur chargée de la condition maçonnique des Sœurs, et Aline Kotlyar, première femme élue à la Chambre de Justice.

Enfin, la cérémonie de clôture, à laquelle participaient près de vingt délégations étrangères et européennes ainsi qu’une importante délégation du Conseil de l’Ordre conduite par le Grand Maître Guillaume Trichard, a replacé ces travaux dans l’horizon plus large du Grand Orient de France. Le Grand Maître y a réaffirmé l’importance des juridictions de Hauts Grades et la place particulière du Rite Français comme rite fondateur et réglementaire de l’Obédience.

Le geste symbolique entourant les deux premières Sœurs appelées à rejoindre les instances nationales aura sans doute constitué l’une des images fortes du Congrès : celle d’une tradition qui entend demeurer fidèle à son histoire précisément parce qu’elle accepte de continuer à se transformer.

450.fm adresse ses plus fraternelles félicitations à Philippe Guglielmi pour sa réélection comme Très Sage et Parfait Grand Vénérable, ainsi qu’à l’ensemble des Sœurs et Frères appelés à exercer de nouvelles responsabilités au sein du Grand Chapitre Général du Rite Français.

Nous leur souhaitons des travaux féconds, une action placée sous le signe de la concorde, de la transmission et du service, afin que, dans la fidélité à l’héritage reçu comme dans l’attention portée aux transformations du temps présent, ils continuent à faire vivre cette belle exigence maçonnique : ne jamais seulement conserver la Lumière, mais la transmettre et l’augmenter.


Chaîne d’Union – Photo © GCG-RF du GODF

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Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti est directeur de la rédaction de 450.fm. Chroniqueur littéraire, animé par sa maxime « Élever l’Homme, éclairer l’Humanité », il a siégé au bureau de l’Institut Maçonnique de France, est médiateur culturel au musée de la franc-maçonnerie, directeur de collection chez des éditeurs maçonniques et auteur de plusieurs ouvrages maçonniques. Il contribue notamment à des revues telles que « La Chaîne d’Union » du Grand Orient de France, « Chemins de traverse » de la Fédération française de l’Ordre Maçonnique Mixte International Le Droit Humain, et « Le Compagnonnage » de l’Union Compagnonnique. Il a également été commissaire général des Estivales Maçonniques en Pays de Luchon, qu’il a initiées.

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