jeu 23 septembre 2021 - 14:09

Le Minotaure, un homme -taureau fréquentable !

Dans les structures anthropologiques de l’imagination, dans le bestiaire occidental et indo européen, la figure du taureau est très appréciée. Sans doute parce que le taureau n’est pas un prédateur pour l’homme, il devient estimable ! Le bovin a de nature un fort caractère et même sous la forme du Minotaure, il peut être de bonne compagnie …

Les endroits réservés au taureau ou au bœuf, son castrat, sont nombreux, plus ou moins spacieux tout de même : l’étable depuis la naissance du divin enfant, ou bien avant cela, des enclos (déjà déterminés comme sacrés dans les civilisations les plus anciennes). A ce jour il n’est pas rare de voir des espèces de la race taurine résider dans de verts pâturages, loin des édifices cultuels, dans les zones humides et salées de la Camargue en pleine liberté, mais aussi en Espagne et dans des arènes ensoleillées où ils glissent avec vaillance leur corpulence entre deux passes de cape rouge faites par des toréadors en habit de lumière… A l’inventaire des lieux, ajoutons les foires aux bestiaux les plus prestigieuses du Nord au Sud et hélas ! les étals des boucheries pour les amoureux du carné ! Quel que soit « le topos », cet animal cornu incarne l’énergie vitale, une force domesticable et nourricière ! L’espèce la plus intéressante ou la moins banale en tout cas reste le Minotaure. Il est une figure hybride qui rassemble une tête et un cou de taureau sur un corps d’homme  et une telle apparence  le rend éligible au rang d’animal familier très fréquentable.

S’occuper d’un tel phénomène vivant, un « Homme-Taureau », exige toutefois de démontrer un goût persistant pour la légende, de cultiver une réflexion conséquente sur l’ambivalence originelle de la créature : le Minotaure est en effet au départ de sa création, fils de la reine de Crète Pasiphaé et du taureau blanc qui avait été envoyé sur l’île par Poséidon. Une bête si belle, si magnifique qu’elle fut mise aussitôt au pré par Minos dans son troupeau ! Mais une bête si instinctive que Pasiphaé craqua ! Grâce à Dédale l’architecte ingénieux qui fabriqua un leurre, elle put s’approcher des flancs de la bête et céder au vertige d’une passion qui fut conséquente et mémorielle ! Ce poids d’un passé sacrilège afflige encore la conscience du Minotaure contemporain : il oblige la personne qui veut s’en occuper à posséder de sérieuses connaissances associées à une grande à patience. Ainsi est-il essentiel d’aller puiser des conseils dans les meilleurs ouvrages des psychanalystes : comme ceux de Freud qui sait tout des malaises des vivants écartelés entre Eros et Thanatos, ou de ceux plus explicites de Françoise Dolto qui a eu l’intelligence de mettre en mots simples les désirs et besoins de l’enfant avec sa mère ou avec ses parents ! En effet, ne sachant pas s’il est animal ou homme, le Minotaure souffre de troubles névrotiques récurrents qui posent de vifs problèmes à ses maîtres : par exemple  le Minotaure de manière obsessionnelle s’interroge s’il doit se dépouiller du vieil homme en lui pour renaitre comme un Dieu altier sous la lumière des astres ? Il est vrai qu’un de ses amis Taureau a pu se loger sur la voûte céleste au septentrion avec quelques compagnons dont le Minotaure dans sa solitude terrestre reste envieux et jaloux. Ce triste départ dans la vie du Minotaure ne  laisse personne insensible !

Pour ceux qui n’ont pas peur de prendre le taureau par les cornes, il faut donc le chérir, lui donner une image gratifiante de lui et surtout l’encourager à ne pas se plaindre si le chemin est caillouteux lors de vos promenades quotidiennes. En tenant d’une main ferme la corde à nœuds autour de son cou (mais sans l’étrangler), il est judicieux de ne pas lui murmurer à l’oreille des sentences affligeantes à savoir que la pente est difficile à gravir, que le haut de la montagne est encore loin et qu’il faut se dépêcher pour rentrer avant qu’il ne pleuve ! Le Minotaure s’irrite très vite à devoir choisir entre penser, marcher ou brouter ! L’état de conflit est contraire à son bonheur ;  vous devez sur ce plan vous remettre vous-même en question pour dialoguer avec lui de manière riche et féconde !

Dans votre rapport à l’animal-homme, vous devez tenir compte de cette tragédie de l’agapè : elle conduit tous les Minotaures malgré les attentions des éleveurs soucieux à les habituer à une nourriture plus légère, (mais pas moins bio), à se remémorer des délices de la dégustation que leur apportaient chaque année au fond du labyrinthe, sept jeunes gens bien nés et sept jeunes filles vierges, un lot délivré avec régularité par les habitants de l’île à l’entrée de son habitat ténébreux. Comment lutter contre ce qui peut être une résurgence calamiteuse et qui devient une urgence à traiter : trouver rapidement quatorze âmes de bonne facture, libres et de bonnes mœurs. Mais à quelle adresse ? Et comment vérifier si l’accès à une élite victimaire se justifie par l’âge, la qualité ou  la vertu ?

Face à ce qu’on identifie comme «  le retour du refoulé », faites alors appel à une équipe pluridisciplinaire : un psychiatre, une physio-nutritionniste, voire un maître zen disponible ou mieux, un Grand Commandeur encore attaché aux mystères initiatiques ! Dans votre quête, évitez les services de « Docto-lib » qui prolongent infiniment l’attente en ligne et brisez là les avis des experts qui comme ceux invités sur les plateaux de télévision prônent une éradication radicale de tous les êtres déviants ! Vous ne vous remettriez pas du chagrin que vous causerait alors un tel grand remplacement dans votre vie si vous abandonniez votre Minotaure au bureau des mythes et des légendes pour adopter ou un yorshire-terrier d’un élevage français ou le chat siamois offert par votre sœur tant aimée ou par un vieux frangin compatissant ! Pour votre Minotaure ne lâchez rien ! Restez de la fibre des héros ! 

Auteure : Claude Laporte, « Fièvres sans conséquence passé minuit », Edition Bayers-Bas, 2021

Claude Laporte
Cursus universitaire en Droit public, Organisation du travail, et Sociologie Politique. (Maîtrise en Droit Public (1972), à la Faculté de Bordeaux. Chargée de cours sur la « Sociologie Politique et des Institutions Internationales » aux élèves de 1ère Année de Droit (1972/1973). Puis, intégration professionnelle au sein de l’Assurance Maladie. Dernier poste occupé : Responsable de la Communication à la Direction des Systèmes d’Information à la CNAMTS. Autres diplômes : DESS Systèmes d’Information; DEA «Communication, Technologies et Pouvoir » (Université Paris-Sorbonne). Par ailleurs : des engagements dans le domaine associatif et culturel. Depuis mars 2020 une activité écriture/publications avec la création et l’animation du blog EMEREKA, journal d’opinions et d’humeurs ..

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