Accueil Blog Page 879

Sans ton corps, mon Frère, ma Sœur ?

Nous ne sommes pas composés de trois parties comme on le croyait facilement dans ce fameux Siècle des Lumières, qui est un peu vieilli, dussent certains Maçons affirmer que je casse les valeurs de l’Ordre. Il y aurait la tête qui réfléchit, le cœur siège des émotions et le corps pour maintenir le reste.

Nos Frères anglo-saxons n’aiment pas trop se tripoter : mais ils devinent bien que l’on ne peut déclarer son  affection, du moins sa considération sans. se toucher; d’ailleurs les psychologues du monde entier, particulièrement ls leurs, ont mis en évidence le système cervical tripartite reptilien, limbique et préfrontal. En clair, aujourd’hui, nous savons bien que le corps et les émotions sont en correspondance permanente. Certains cancers auraient même des racines psychologiques. Et tout cela est trié, filtré, reformulé par les paroles intérieures ou extérieures. Ne faut-il pas que nous nous apparaissions comme des gens acceptables par la bande des autres bipèdes.? Et tout cela se mélange. Le « connais-toi toi-même », c’est, sans prétention, faire un peu le ménage et ne pas se raconter d’histoires. Voilà une lecture au pied de la lettre de la belle mixe « ordo ab chao ». Aujourd’hui, nous devons rassembler ce qui est épars dans nos rituels : corps; émotions et pensées. Nous avons du chemin à faire. Je te propose quelques améliorations qui rendent au physique sa part manquante, ou nettement trop discrète pour que les souvenirs s’impriment.

Trois vrais baisers de paix

Nos Frères anglo-saxons n’aiment pas trop se tripoter : mais ils devinent bien que l’on ne peut déclarer son  affection, du moins sa considération sans. se toucher; Alors il fallait se rendre à l’évidence : les Frères d’Outre-Atlantique ne pouvaient ne pas se toucher et d’autre aussi, en Europe,  s’effraient à l’idée de se serrer contre le corps d’un autre homme, fût-il initié. On ne sait jamais!!! Alors on imagina que les poignées de main entre James et Jean-Théophile éteint plus un aumône coincée qu’une déclaration de fraternité. Vint l’accolade : on  se rapproche un peu; les bras effleurent les épaules, avec quelques trois tapotements : ne sommes-nos pas chez des initiés? Aujourd’hui, des procès ont été faits et l’approche est plus directe quand même.
Mais mon Frère, ma Sœur, nous sommes loin du compte de la mystérieuse et chantante correspondance entre le corps et l’émotion affectueuse.

Nous, les latins, allons plus loin, heureusement. mais il ya des progrès à faire pour faire comprendre à l’autre, en arrivant pour le saluer : « Qui que tu sois, a priori j’ai de l’affection pour toi ». Voyons ça. D’abord, en arrivant près de lui, elle, le SOURIRE. C’est obligatoire car les experts ont bien mis en évidence les effets apaisants et gratifiants, de surcroît réciproques. Alors, ne te retiens pas, même si tu es fatigué, même si tu ne limes guère, même si le Grand Expert t’appelle d’urgence : prends ton temps et souris.

Puis enlace son corps ; pas mollement , en gardant tes distances physique. Il, elle le sentira tout de suite, inconsciemment mais durablement., avec tes deux bras comme pour le protéger et lui dire que tu l’aimes proche de toi. Le rapprochement physique lui racontera tout ça! Tu vas me dire : « j’aime pas me coller à quelqu’un« . Fort bien . Voici une belle occasion de travailler sur toi

Et viennent les baisers. Alors là, la simulation est reine dans plus de la moitié des cas. Observe bien comment le autres pratiquent : tu verras comme c’est formel! Un net exemple d’ennui rituel ! Et regarde bien  ceux et celles qui montrent leur plaisir à embrasser. On commence par la droite ou par la gauche :sauf à tortiller le symbolisme, c’est purement culturel : dans les usages du rite ou de ta loge. Alors, obéis ou fais comme tu l’entends. Chez moi, nous commençons plutôt par la joue gauche ; et je m’y soumets pour éviter les têtes qui se cherchent. J’ai bien écrit « la joue ». Cela va de soi, diras-tu! Et non, ce n’est pas ce que j’observe. Je vois des tempes et des maxillaires supérieurs qui s’effleurent : os contre os! Ça ne va pas du tout si tu veux que la fraternité soit de qualité dans ta Loge. Alors, n’hésite pas « embrasse » trois fois les joues, avec la bouche, comme on embrasse un enfant. Tu n’y arrives pas spontanément, à  cette intimité des chairs? À la limite dégoûtant! Merveilleux :cela cache quelque chose de précieux en toi : une résistance à débusquer.

Le Minotaure, un homme -taureau fréquentable !

Dans les structures anthropologiques de l’imagination, dans le bestiaire occidental et indo européen, la figure du taureau est très appréciée. Sans doute parce que le taureau n’est pas un prédateur pour l’homme, il devient estimable ! Le bovin a de nature un fort caractère et même sous la forme du Minotaure, il peut être de bonne compagnie …

Les endroits réservés au taureau ou au bœuf, son castrat, sont nombreux, plus ou moins spacieux tout de même : l’étable depuis la naissance du divin enfant, ou bien avant cela, des enclos (déjà déterminés comme sacrés dans les civilisations les plus anciennes). A ce jour il n’est pas rare de voir des espèces de la race taurine résider dans de verts pâturages, loin des édifices cultuels, dans les zones humides et salées de la Camargue en pleine liberté, mais aussi en Espagne et dans des arènes ensoleillées où ils glissent avec vaillance leur corpulence entre deux passes de cape rouge faites par des toréadors en habit de lumière… A l’inventaire des lieux, ajoutons les foires aux bestiaux les plus prestigieuses du Nord au Sud et hélas ! les étals des boucheries pour les amoureux du carné ! Quel que soit « le topos », cet animal cornu incarne l’énergie vitale, une force domesticable et nourricière ! L’espèce la plus intéressante ou la moins banale en tout cas reste le Minotaure. Il est une figure hybride qui rassemble une tête et un cou de taureau sur un corps d’homme  et une telle apparence  le rend éligible au rang d’animal familier très fréquentable.

S’occuper d’un tel phénomène vivant, un « Homme-Taureau », exige toutefois de démontrer un goût persistant pour la légende, de cultiver une réflexion conséquente sur l’ambivalence originelle de la créature : le Minotaure est en effet au départ de sa création, fils de la reine de Crète Pasiphaé et du taureau blanc qui avait été envoyé sur l’île par Poséidon. Une bête si belle, si magnifique qu’elle fut mise aussitôt au pré par Minos dans son troupeau ! Mais une bête si instinctive que Pasiphaé craqua ! Grâce à Dédale l’architecte ingénieux qui fabriqua un leurre, elle put s’approcher des flancs de la bête et céder au vertige d’une passion qui fut conséquente et mémorielle ! Ce poids d’un passé sacrilège afflige encore la conscience du Minotaure contemporain : il oblige la personne qui veut s’en occuper à posséder de sérieuses connaissances associées à une grande à patience. Ainsi est-il essentiel d’aller puiser des conseils dans les meilleurs ouvrages des psychanalystes : comme ceux de Freud qui sait tout des malaises des vivants écartelés entre Eros et Thanatos, ou de ceux plus explicites de Françoise Dolto qui a eu l’intelligence de mettre en mots simples les désirs et besoins de l’enfant avec sa mère ou avec ses parents ! En effet, ne sachant pas s’il est animal ou homme, le Minotaure souffre de troubles névrotiques récurrents qui posent de vifs problèmes à ses maîtres : par exemple  le Minotaure de manière obsessionnelle s’interroge s’il doit se dépouiller du vieil homme en lui pour renaitre comme un Dieu altier sous la lumière des astres ? Il est vrai qu’un de ses amis Taureau a pu se loger sur la voûte céleste au septentrion avec quelques compagnons dont le Minotaure dans sa solitude terrestre reste envieux et jaloux. Ce triste départ dans la vie du Minotaure ne  laisse personne insensible !

Pour ceux qui n’ont pas peur de prendre le taureau par les cornes, il faut donc le chérir, lui donner une image gratifiante de lui et surtout l’encourager à ne pas se plaindre si le chemin est caillouteux lors de vos promenades quotidiennes. En tenant d’une main ferme la corde à nœuds autour de son cou (mais sans l’étrangler), il est judicieux de ne pas lui murmurer à l’oreille des sentences affligeantes à savoir que la pente est difficile à gravir, que le haut de la montagne est encore loin et qu’il faut se dépêcher pour rentrer avant qu’il ne pleuve ! Le Minotaure s’irrite très vite à devoir choisir entre penser, marcher ou brouter ! L’état de conflit est contraire à son bonheur ;  vous devez sur ce plan vous remettre vous-même en question pour dialoguer avec lui de manière riche et féconde !

Dans votre rapport à l’animal-homme, vous devez tenir compte de cette tragédie de l’agapè : elle conduit tous les Minotaures malgré les attentions des éleveurs soucieux à les habituer à une nourriture plus légère, (mais pas moins bio), à se remémorer des délices de la dégustation que leur apportaient chaque année au fond du labyrinthe, sept jeunes gens bien nés et sept jeunes filles vierges, un lot délivré avec régularité par les habitants de l’île à l’entrée de son habitat ténébreux. Comment lutter contre ce qui peut être une résurgence calamiteuse et qui devient une urgence à traiter : trouver rapidement quatorze âmes de bonne facture, libres et de bonnes mœurs. Mais à quelle adresse ? Et comment vérifier si l’accès à une élite victimaire se justifie par l’âge, la qualité ou  la vertu ?

Face à ce qu’on identifie comme «  le retour du refoulé », faites alors appel à une équipe pluridisciplinaire : un psychiatre, une physio-nutritionniste, voire un maître zen disponible ou mieux, un Grand Commandeur encore attaché aux mystères initiatiques ! Dans votre quête, évitez les services de « Docto-lib » qui prolongent infiniment l’attente en ligne et brisez là les avis des experts qui comme ceux invités sur les plateaux de télévision prônent une éradication radicale de tous les êtres déviants ! Vous ne vous remettriez pas du chagrin que vous causerait alors un tel grand remplacement dans votre vie si vous abandonniez votre Minotaure au bureau des mythes et des légendes pour adopter ou un yorshire-terrier d’un élevage français ou le chat siamois offert par votre sœur tant aimée ou par un vieux frangin compatissant ! Pour votre Minotaure ne lâchez rien ! Restez de la fibre des héros ! 

Auteure : Claude Laporte, « Fièvres sans conséquence passé minuit », Edition Bayers-Bas, 2021

Jidu Krishnamurti : la maîtrise de soi par soi

Jiddu Krishnamurti est un esprit libre et en même temps proche du bouddhisme. Le XIVème Dalaï-Lama l’a rencontré en 1956 et Jiddu Krishnamurti lui fit une forte impression, en raison de son ouverture aux principales religions du monde. Il y a une phrase qui explique bien cette personnalité hors du commun :« L’important c’est d’être à soi-même sa propre lumière, son propre maître et son propre disciple ».

« L’instructeur du monde »

Krishnamurti est né en 1895 à Madanapalle au sein d’une famille de brahmanes de l’Andhra Pradesh dans l’Inde sous administration britannique. Huitième enfant masculin, il lui fut donné, selon la tradition hindoue, le nom de Krishna (murti signifiant la forme, ou la manifestation). Sa mère, Sanjeevamma, dont il était très proche, mourut quand il avait 10 ans5. Selon la biographie de Mary Lutyens, il était un enfant de santé fragile et régulièrement battu par ses instituteurs et son père, Narainiah.

En 1909, il n’a que 14 ans quand, accompagné de son frère Nityananda, il croisa Charles Webster Leadbeater sur une plage privée dépendant du siège de la Société théosophique, où était employé son père, à Adyar, un quartier de Chennai. Leadbeater prétendit avoir décelé chez le jeune garçon une aura exceptionnelle. Leadbeater qui disait pouvoir explorer les vies antérieures des personnes qu’il connaissait aurait découvert que la destinée de Krishnamurti était d’être sur terre le véhicule de l’« instructeur du monde », le « Lord Maitreya » que les théosophes attendaient. Cet « instructeur » est décrit comme une figure messianique combinant divers aspects du Christ, du Maitreya bouddhiste, et des avatars hindous. Krishnamurti considéra cette période d’éducation à la société théosophique comme salutaire, y compris sur le plan de sa santé. Il déclara que sans la rencontre avec Leadbeater, il n’aurait pas survécu.

Durant son éducation, en 1910, Krishnamurti passa deux jours et deux nuits dans les appartements d’Annie Besant, enfermé seul avec Leadbeater pour son « initiation ». Il serait alors remonté dans ses vies antérieures (il en fit le récit dans son ouvrage The Lives of Alcyone publié à l’automne 1910) et aurait finalement été accepté par les mahatmas de la théosophie.

Annie Besant

À l’été 1922,  il vécut une expérience « transformatrice » qui, bien que systématiquement accompagnée de violents maux de tête, fut qualifiée par lui-même d’éveil spirituel, qui devait changer sa vie. Ce qu’il baptisa « le processus » (the process) et au cours duquel il dit avoir ressenti une « Présence », une « bénédiction », une « immensité », un « état Autre » (Otherness) et un sens du « sacré » auxquels il fit souvent référence en ces termes dans son enseignement, en particulier dans ses « carnets », réapparut de façon récurrente tout au long de sa vie. À cela s’ajouta la mort de son frère en 1925, à l’âge de 27 ans qui l’ébranla fortement. Si bien qu’après avoir passé toutes ces années soumis à la vision que ses tuteurs avaient de lui, déclarant même souvent qu’il ferait tout ce qu’on lui demandait, il commença à partir de ces événements à contester les directives qui lui avaient été imposées sans pourtant tout à fait désavouer l’idée selon laquelle il serait ce messie.

En août 1929, il décida de dissoudre l’organisation mondiale, établie en 1913, pour le soutenir et qui avait été appelée « l’Ordre de l’Étoile du Matin », déclarant à cette occasion : « La Vérité est un pays sans chemin, que l’on ne peut atteindre par aucune route, quelle qu’elle soit : aucune religion, aucune secte. ». Il considérait que les rituels et exercices spirituels de cet ordre étaient au mieux dénués d’intérêt et au pire absurdes. Il déclara aussi que dans cet ordre, la seule personne réellement sincère était Annie Besant. Son opposition à toute notion de sauveur, de gourou ou de tout médiateur pour faire l’expérience de la « réalité » allait devenir sa ligne directrice. Selon Mary Lutyens, le dernier lien avec la société théosophique fut rompu avec la mort d’Annie Besant en 1933.

« Toute autorité, particulièrement dans le domaine de la pensée, est destructrice, une mauvaise chose. Les leaders détruisent leurs adeptes et les adeptes détruisent les leaders. Vous devez être votre propre enseignant et votre propre disciple. Vous devez mettre en doute tout ce que l’homme a accepté comme valable ou nécessaire»

Une autre direction

Il se consacra alors à voyager à travers le monde pour exposer ses idées qui firent rapidement de lui une attraction inhabituelle en son temps par la distance parfois virulente qu’il prenait avec les religions et les gourous, même s’il finissait, inévitablement, par être perçu lui-même comme tel.

C’est à cette même époque qu’il fonda les premières écoles selon sa vision de l’éducation (Rosalind fut la directrice de la Happy Valley School). Dans cette période, Krishnamurti réside principalement à Ojai en Californie où il reçut la visite de plusieurs personnalités comme Aldous Huxley, Igor Stravinsky, Bertolt Brecht, Thomas Mann, Bertrand Russell ainsi que Greta Garbo qui se présenta à lui comme une aspirante spirituelle sérieuse. Aldous Huxley étant, parmi eux, l’ami le plus proche. En 1946, il subit une sérieuse infection des reins qu’il ne souhaita d’abord pas voir soigner, ne tolérant que la présence de Rosalind Rajagopal près de lui. Il accepta plus tard d’être soigné.

Ville de Ojai – Californie

Il commence à évoquer un thème qui devait revenir fréquemment dans ses conférences, celui de la « véritable méditation », dont le sens est différent de celui qui était acquis à cette époque. De la même façon, il critiquait fréquemment la division faite entre le conscient et l’inconscient.

À partir de 1950, il vit en partie à Paris, et rencontre Léon de Vidas qui possédait une propriété à Cuzorn, en Lot-et-Garonne, où il séjourna et rédigea une partie de Commentaires sur la vie, sur le conseil d’Aldous Huxley. S’ajoute alors, à ses discours sur l’introspection méditative, des critiques acerbes des structures de la société. En 1953 son premier ouvrage est publié par un éditeur important et non spécialisé en spiritualité.

Krishnamurti se plaignait fréquemment autant de la vénération dont il était l’objet en Inde que de l’approbation molle et inactive de ses auditoires occidentaux. Il mentionna un cas de conférence durant laquelle il se réjouit d’avoir entendu un désaccord de la part de son public, indiquant qu’ils commençaient à penser par eux-mêmes. En Inde, sa popularité était très importante et il rencontra plusieurs autres figures notables de la spiritualité telles que Ramana Maharshi, Mâ Ananda Moyî et Vimala Thakar. En 1956, il rencontra également Tenzin Gyatso, le XIVème dalaï-lama, avec qui il eut une relation de respect mutuel.

En 1960, il rencontre le physicien David Bohm dont les vues lui semblent proches des siennes. Les deux hommes devinrent rapidement amis et enregistrèrent un certain nombre de dialogues qui se déroulèrent sur une vingtaine d’années. Selon certains observateurs, le langage de Krishnamurti gagna en précision et en vocabulaire au contact des scientifiques. C’est à partir de ces années 1960 que son entourage note une modification générale de son comportement, auparavant joyeux rieur, il devint plus sérieux parfois impatient et véhément. Il interpelle son auditoire de façon plus radicale, comme s’il y avait une urgence à comprendre ce qu’il voulait leur transmettre. Or, ce changement intervient au moment des divers mouvements de la contreculture, et il apparaît à beaucoup trop austère dans cette période, ce qui ne l’empêcha pas d’organiser des rassemblements à succès à Saanen en Suisse, dédiés aux « personnes sérieuses, concernées par les énormes défis de l’humanité ». Krishnamurti n’admettait pas l’existence d’un changement intervenu en lui, il ne reconnaissait qu’un changement dans la « formulation, le vocabulaire et la gestuelle ». En 1970, il rencontre Indira Gandhi à plusieurs occasions et Pupul Jayakar, proche de Gandhi, affirme que Krishnamurti aurait eu une influence sur la politique indienne après ces discussions.

En 1980, il réaffirme les grandes lignes de sa philosophie dans une déclaration écrite connue sous le nom « le cœur des enseignements ». Au même moment, il affirme à son entourage que l’expérience intérieure, le « processus », qu’il décrivait les premières années, avait pris une force nouvelle, que ce mouvement intérieur aurait atteint la « source de toute énergie » et qu’il ne restait en lui qu’« espace incroyable et une immense beauté ». En 1981, à la suite d’une grippe qui l’affecta profondément, au point de dire qu’il lui aurait « été plus facile de se laisser mourir que de survivre », il commença à évoquer plus fréquemment le thème de la mort dans ses écrits et ses conférences. Bien que dans les années 1980, certains notèrent des signes de fatigue physique et mentale, après une vie où s’étaient succédées diverses maladies, il continua à donner une moyenne de 120 conférences par an jusqu’à sa mort Son mode de vie était austère et rigoureux, il ne fumait pas, ne buvait pas d’alcool, ne consommait pas de caféine et faisait un exercice physique régulier.

À l’âge de 90 ans, il s’est adressé aux Nations unies sur le sujet de la paix et de la conscience et a reçu la Médaille de l’ONU pour l’année 1984.

Son dernier entretien public eut lieu à Madras, en Inde, en janvier 1986, un mois avant son décès, à Ojai, en Californie. S’étant préparé à sa mort, il avait demandé que personne ne soit désigné ou ne se désigne comme son représentant, interprète ou porte-parole. Au cours d’une des dernières réunions avec son entourage, il aurait également demandé que « ses résidences ne deviennent pas des lieux de pèlerinage et qu’aucun culte ne soit développé autour de sa personne ». Il mourut en février 1986, quelques semaines après qu’un cancer du pancréas avait été diagnostiqué.

La pensée de Krishnamurti

La pensée de Krishnamurti est, selon lui, résumée dans son texte de 1980 « Le cœur des enseignements ». Il se fonde sur sa citation de 1929, selon laquelle « La Vérité est un pays sans chemins ». L’acquisition de cette « vérité » (qu’il appelait aussi « l’art de voir ») ne peut, selon lui, se faire au travers d’aucune organisation, aucun credo, aucun dogme, prêtre ou rituel, ni aucune philosophie ou technique psychologique. Elle serait mieux connue par le miroir des relations et l’observation du contenu de son propre esprit. Les images, les symboles, les idées, les croyances seraient tous des obstacles et la cause des difficultés humaines. La perception de la vie serait conditionnée par les concepts enracinés dans l’esprit. L’individu ne serait ainsi que le produit superficiel d’une culture. À partir de ce constat, une liberté peut être entrevue dans l’observation attentive de son propre manque de liberté. La connaissance du mouvement de ses propres pensées révèle l’esclavage au passé, la division entre le penseur et sa propre pensée, l’observateur et l’objet d’observation, l’expérimentateur et son expérience. Quand cette division se résorbe, l’observation « pure », libérée du temps et des conditionnements provoquerait une mutation radicale de l’esprit. Bien que sujet britannique par sa naissance dans la période où l’Inde était sous administration britannique, puis résident américain (un visa qu’il devait renouveler pour demeurer à Ojai), il se disait libre de toute nationalité (comme de toute culture ou religion) parce que, selon lui, l’attachement à la nationalité provoque la séparation qui est à son tour à l’origine des conflits.

Les écoles Krishnamurti

Des élèves à l’école d’Oak Grove

Krishnamurti est à l’origine de plusieurs écoles : de la KFT, Krishnamurti Foundation Trust en 1968, du Centre éducatif Krishnamurti de Brockwood Park en 1969 et d’Oak Grove à Ojaï en Californie en 1975. Plusieurs écoles ont été ouvertes en Inde, à Rishi Valley, et Rajghat Besant, auxquelles il rendait visite tous les ans. Une autre école a été créée à Wolf Lake au Canada. Selon Krishnamurti, leur vocation était de susciter l’apparition d’une nouvelle génération d’êtres humains, libre d’égocentrisme et de permettre à la fois à l’enseignant et à l’enseigné d’explorer non seulement le monde du savoir mais aussi leur propre pensée et leur propre comportement.

Le paradoxe Krishnamurti ?

Krishnamurti était connu pour critiquer la pensée, la religion et la philosophie. Ce qui lui faisait répondre, quand on le questionnait sur son statut, qu’il n’était ni penseur, ni gourou, ni philosophe. Enfant au regard vague, peu enclin aux études, fragile, il a été propulsé « messie » à l’adolescence, sous le tutorat de personnalités de la théosophie avant de prendre une direction apparemment très opposée aux projets théosophiques, pour finir par être vénéré par des milliers de personnes comme un maître spirituel.

Selon le professeur de philosophie Raymond Martin, la pensée de Krishnamurti est assez éloignée de la philosophie académique, particulièrement dans la tradition analytique. Il trouve cependant des similitudes avec la méthode socratique et l’enseignement originel de Siddhārtha Gautama. Toujours selon ce philosophe, l’approche de Krishnamurti s’apparente plutôt à une « méditation guidée ».

Des personnalités de tous bords ont cependant mentionné avoir été influencées par Krishnamurti, comme Joseph Campbell, Jackson Pollock Beatrice Wood, Alan Watts, Bruce Lee et plus récemment Eckhart Tolle, Pierre Rabhi, Deepak Chopra, Denis Robert.

Deepak Chopra

Controverses

Une carte de membre de « l’Ordre de l’étoile d’Orient », lequel avait été fondé pour la promotion de « l’instructeur du monde » que devait devenir Krishnamurti. Ce dernier a ensuite rejeté ce projet pour fonder son propre enseignement

Un conflit avec D. Rajagopal, directeur du Star Publishing Trust et organisateur des activités de Krishnamurti, au sujet de droits d’auteurs les conduisit tous deux dans une bataille légale qui eut raison de leur amitié. Le conflit qui débuta officiellement en 1971 dura plusieurs années. Une quantité importante d’ouvrages retournèrent en la possession de Krishnamurti de son vivant mais l’affaire n’arriva à son terme qu’après sa mort.

 Certains documents sont cependant restés en la possession de D. Rajagopal. Les échanges verbaux et écrits des deux parties étaient si acerbes, et certains rendus publics, que la réputation de Krishnamurti fut ternie durant cette période. Selon Lutyens, cela était dû au ressentiment consécutif à la perte d’influence progressive de Rajagopal sur Krishnamurti. Selon Radha, la fille de Rajagopal, les causes sont simplement en rapport avec le litige lui-même.

La vie privée de Krishnamurti n’a jamais été publique de son vivant, il ne l’évoquait jamais dans ses conférences, ne parlant jamais de lui, ou toujours à la troisième personne, selon ses dires afin que « l’attention ne soit pas sur l’orateur mais sur ce qu’il dit ». La biographie de 1991 écrite par Radha Rajagopal qui avait vécu plusieurs années dans la résidence de Krishnamurti, fut la première cause de controverses. Le portrait qu’elle faisait de Krishnamurti était en effet très différent de celui de Lutyens, par exemple, au point que cette dernière publia divers droits de réponses et réfutations. Selon Radha Rajagopal, les personnes qui connaissaient bien Krishnamurti lui trouvaient une « double personnalité », l’une confiante, forte, charismatique et une autre, quand il n’enseignait pas où il semblait vulnérable et démuni, parfois puéril. Le passage de l’une à l’autre aurait plus d’une fois surpris ses proches. Pour certains il n’était qu’inspirant, amical et pour d’autres, il pouvait être très froid et manquer de tact.

L’insistance de Krishnamurti sur l’inutilité voire la dangerosité de chercher « une aide extérieure » a produit de nombreuses réactions, exprimées fréquemment au cours de ses conférences, concernant, chez lui, un éventuel manque de compassion. Lutyens indique dans sa biographie que le message de Krishnamurti n’était pas destiné à fournir un soutien psychologique ou des solutions clé en main mais voulait inciter les auditeurs à trouver leurs réponses eux-mêmes.

Enfin, pour beaucoup d’observateurs, l’ironie suprême tient dans le fait que Krishnamurti est généralement considéré comme un des gourous les plus notoires du XXe siècle après avoir été celui qui avait le plus critiqué ce genre de statut, sans l’avoir, selon certains, assez franchement combattu pour lui-même.

L’évolution de Krishnamurti au cours de toutes ces années est assez remarquable car il a toujours défendu la recherche personnelle en dehors des religions et de leurs dogmes. Il est à noter que son « message » est profond dans le sens où il cherche avant tout à ce que chaque individu soit son propre « maître ». Ce qui à mon avis n’est pas toujours possible pour tout le monde. Mais il peut être inspirant pour certain (es).

J’ai lu quelques livres de lui et je le trouve toujours très intéressant bien que parfois un peu « radical » et peut-être dangereux pour des êtres instables car il me semble qu’une référence extérieure à nous, est utile pour éviter de s’égarer, ce qui est le cas dans le bouddhisme ainsi que dans la Franc-maçonnerie.

Ida Radogowski (largement inspirée par les textes de Krishnamurti et quelques articles retrouvés).

S’inscrire à la newsletter LDDV – mail : lesdeuxvoies@orange.fr

Les dogmes, ça s’impose.

Les dogmes, ce sont des croyances durcies ou sacralisées ; le processus continue et nous devenons d’obtus prosélytes. Comment éviter cela ?

Nous nous construisons tous une belle histoire personnelle,  belle parce qu’exempte de contradictions, et qui s’emboîte à merveille dans l’histoire du monde que nous nous sommes également fabriquée. Les deux histoires sont à base de simples et clairs enchaînements cause/effet …cet aspect mécanique a sans doute joué dans le succès, à l’époque des Lumières, des théories du Grand Horloger.

Nos belles histoires reposent sur nos croyances, elles-mêmes forgées à partir d’échantillons statistiques solides, ou juste notre envie d’y croire. La vérité est un concept qui n’a pas place dans cette partie de notre monde intérieur, et d’ailleurs les neurosciences ont montré que la fonction de mémorisation du cerveau inclut un automatisme de simplification (  un genre de logiciel de compression d’image ), qui comporte une routine d’élimination des dissonances cognitives et autres incohérences.

L’homme :  un animal qui fait des dogmes, disait Gilbert Keith Chesterton.

Les dogmes, ce sont des croyances durcies ou sacralisées, par exemple parce qu’on pense que l’angoisse serait insupportable si elle se révélaient fausses. La peur de mourir et de ce qui se passe ensuite est un grand pourvoyeur de dogmes.

Si le dogme permet de vivre, pourquoi pas, mais pourquoi voit on si souvent des personnes qui inlassablement cherchent à imposer leurs dogmes aux autres ?

Si on croit en un dieu capable de punir, pourquoi vouloir faire le boulot à sa place ?

La première explication qui vient est l’égo et son désir de pouvoir. Peut-être ne sommes nous que des reptiles évolués, mais gardant chevillée au corps la pulsion de soumettre et dominer le monde y compris nos semblables ?

Nos combats pour la survie, lorsque nous étions chasseurs-cueilleurs, ont peut-être laissé dans nos gènes et nos hormones une agressivité atavique, nous portant à l’esprit de contradiction lors de débats.

Mais une raison complémentaire pourrait être celle-ci : nos histoires intérieures citées ci-avant se retrouvent en opposition avec celles des autres, et comme nous tenons à nos histoires et à leurs dogmes intouchables, notre besoin de cohérence nous pousse à chercher à imposer nos points de vue aux autres, par tous les moyens.

Alors, que pouvons nous faire pour respecter la liberté de penser d’autrui ?

Le premier remède, comme souvent, c’est la connaissance. Informons nous et diffusons les savoirs concernant les biais systématiques qui affectent notre jugement, concernant les dernières avancées des sciences humaines, entraînons nous à accepter la complexité et les contradictions du monde et des idées . Tant pis pour le  rasoir d’Ockham : c’est un principe et non un dogme !

En passant, notons que ce n’est qu’à ce prix que nous comprendrons et respecterons correctement notre environnement.

En résumé :

  • Notre évolution darwinienne nous porte probablement à soumettre et dominer, et à arborer un esprit de contradiction lorsque nous débattons
  • Mais le fonctionnement de notre cerveau nous amène vraisemblablement aussi à vouloir imposer nos idées aux autres
    • Par recherche de simplisme et de manichéisme ( une seule vérité : la mienne )
    • Et par besoin fort de cohérence des histoires qu’on se raconte ( ou des « films qu’on se fait » )

Conclusion : faisons l’effort d’accepter la complexité et l’inhomogénéité du monde, et la coexistence de points de vue opposés.

« La bouse de vache est plus utile que les dogmes. On peut en faire de l’engrais. »

( Mao Zedong )

Bienvenue en Dystopie

0

La littérature dystopique, souvent vue comme un genre populaire est surtout une proposition de futur basée sur l’interprétation du présent. Loin d’être un genre purement léger, elle nous invite à nous interroger sur l’avenir que nous voulons bâtir.

Il y a un genre que j’affectionne particulièrement en littérature : la dystopie. Les romans clés du genre sont bien connus : 1984 d’Orwell, le Meilleur des Mondes d’Huxley, Fahrenheit 451 de Ray Bradbury (adapté au cinéma par François Truffaut) ou encore, le roman fondateur du genre, Nous, de Ievgeny Zamiatine. Le roman dystopique reprend les codes et schémas du roman utopique, mais en les inversant. Très généralement, le monde dystopique naît d’une rupture dans la trame de l’Histoire. Ce peut être la victoire du parti royaliste en 1871, qui permet la restauration de la monarchie en France (Pierre Bordage, Ceux qui…), une catastrophe écologique ou politique (Pierre Bordage, Chronique des Ombres), l’élection d’un tyran aux faux airs de sauveur (Michel Houellebecq, Soumission). Il faut toutefois noter que la dystopie ne doit pas être confondue avec la littérature post-apocalyptique, autre genre que j’affectionne. Le schéma en est un peu différent : la civilisation a été anéantie après une ou plusieurs catastrophes (guerre nucléaire, phénomène climatique, chute de météore ou réunion de Sexion d’Assaut).

La bande dessinée regorge d’univers dystopiques : SOS Bonheur de Griffo et Jean Van Hamme, Block 109 de Ronan Toulhoat, V for Vendetta d’Alan Moore et David Lloyd, Zetman de Katsura etc. La télévision et le cinéma ont également leurs séries dystopiques : la Servante Ecarlate, Black Mirror, Bienvenue à Gattaca d’Andrew Nicol, Minority Report de Steven Spielberg et Blade Runner de Ridley Scott. Ces deux derniers films sont adaptés des œuvres de Philip K. Dick, mais poussent plus loin l’aspect dystopique. On peut noter aussi que la littérature jeunesse regorge d’oeuvres dystopiques : Hunger Games de Suzanne Collins, Labyrinthe de Kate Mosse, Divergente de Veronica Roth, Thomas Drimm de Didier van Cauwelaert etc. A croire que les éditeurs veulent préparer leurs lecteurs au pire…

Dans ce type de récit, le lecteur est amené à découvrir une civilisation à peine plus avancée que la civilisation contemporaine. Il épouse généralement le regard d’un ou plusieurs protagonistes, qui bien souvent devient un paria dans son monde et s’interroge sur le bien fondé des règles de son monde. Ainsi, le pompier Montag de Fahrenheit 451 se demande pourquoi brûler les livres, le narrateur de Soumission interroge sa propre lâcheté face à la catastrophe en cours, et le jeune Jean décide d’apprendre à lire malgré l’interdiction faite au peuple dans Ceux qui.

Le récit dystopique présente des similarités, quel que soit le contexte. Le récit est souvent urbain, dans des villes devenues mégalopoles, et dont le secteur et le type d’habitation déterminent la classe sociale. Généralement, plus on est proche du sol, plus on est bas dans la société. L’État ou l’autorité instaure un contrôle social permanent : surveillance généralisée, fichage de la population, contrôle de l’information, omniprésence et omnipotence de la police ou plus généralement de l’exécutif. Le contrôle sanitaire et social est souvent institué à la suite d’événements qui ont amené les politiques à instaurer un état d’urgence ou un état d’exception, dont ils ne sont jamais sortis tels que des attentats, des catastrophes climatiques, ou des pandémies. Le tout au nom du bien et des libertés publiques. Ca reste fort heureusement de la fiction, un état d’exception permanent établi au nom du bien public ne s’étant jamais vu dans notre beau pays…

Par ailleurs, le régime autoritaire refrène toute velléité de contestation politique ou de remise en question du régime. Bien évidemment, les libertés individuelles ne sont plus qu’un souvenir. On ne peut plus aller et venir comme on le souhaite, ni physiquement ni socialement. En effet, la classe sociale d’origine détermine l’accès aux études et donc le reste de la vie, les bonnes écoles n’étant accessibles qu’aux élites et classes dirigeantes. La plèbe doit rester à sa place.

L’accès à la culture n’est pas toujours évident non plus, la connaissance du passé étant une potentielle source de remise en cause des mesures du présent. Le peuple est donc maintenu volontairement dans un état de bêtise et d’ignorance, voire d’abrutissement (cf. la récompense dans le Meilleur des Mondes ou la télévision personnalisée dans Globalia de Jean-Christophe Rufin).

Il en résulte que le monde dystopique est un monde profondément inégalitaire : l’élite (peu norelu bf mbreuse) a accès à tout, y compris au soleil et à l’air pur, le reste du monde n’a accès à quasiment rien, même pas à un air pur ou une nourriture saine. Aucun rapport avec la réalité, bien sûr.

Evidemment, les libertés d’aller et venir n’existant plus, la population est soumise à un certain nombre de contrôles de l’autorité : contrôles aux faciès, examen des passeports (incluant les données médicales et de vaccination, le secret médical n’ayant plus cours en dystopie), examen du parcours, interrogatoire poussé si le personnage veut sortir de sa zone. Le droit à l’anonymat est oublié depuis longtemps.

La classe dirigeante assoit son pouvoir par l’abrutissement des peuples, la maîtrise de l’exécutif, du capital mais aussi, et surtout par la maîtrise de la technologie. Les technocrates de la dystopie sont les clercs de ces mondes, de véritables maîtres secrets manipulant les politiques pour établir leur pouvoir et faire régner leur idéologie : solutionnisme, utilisation sans garde-fou de leur technologie (cf. l’oeil de Batman, ce système d’espionnage généralisé), néolibéralisme ou toute autre forme de darwinisme social dévoyé. Je ne puis m’empêcher de lier la dystopie à des systèmes de « démocraties illibérales », dans lesquelles, au nom de l’efficacité expéditive de l’exécutif, les garants du droit sont tout bonnement supprimés… Je précise que la dystopie reste de la fiction et que personne n’aurait à l’idée de supprimer les Conseil d’État, Conseil Constitutionnel, Défenseur des Droits, et tous les autres garants du droit. Du moins, je l’espère.

Dans ce type de monde, les institutions comme la Franc-maçonnerie n’ont bien évidemment pas leur place. La démarche maçonnique impliquant un large questionnement et faisant appel au passé, un Franc-maçon est en mesure d’avoir, si tout se passe bien, une vision critique du monde, incluant le pouvoir en place. Toutefois, je regrette qu’on ne propose pas forcément aux Apprentis et Compagnons (ni aux Maîtres, d’ailleurs) de lire de la dystopie. Je suppose que le snobisme aristotélicien (qui se résume ainsi : la tragédie et les classiques, c’est bien ; la comédie et le reste, c’est pas bien) y est pour quelque chose. Du fait de mettre tout le monde au même niveau, de traiter tout le monde en égal et d’inviter chacun à se questionner, la Loge ne constituera jamais une dystopie.

Imagine-t-on un monde dans lequel l’accès aux droits les plus élémentaires serait conditionné par la possession d’un terminal personnalisé ? Imagine-t-on un monde dans lequel l’orientation des enfants se ferait sur la base de critères d’origines sociales et serait décidée par un automate programmable ? Imagine-t-on un monde dans lequel les plus pauvres n’auraient plus le droit d’aller et venir ? Ou encore un monde dans lequel l’accès au moindre service, au moindre lieu serait conditionné par la détention d’un passeport donnant non seulement l’identité, la date de naissance mais aussi la situation médicale de son détenteur ?

Heureusement que la dystopie reste de la fiction, sinon, le monde serait un enfer !

Je vous embrasse.

Initiation et robot ménager

2

La franc-maçonnerie et l’image entretiennent des rapports étroits, et ce depuis l’origine. Qu’est-ce donc que le tableau de loge si ce n’est un enseignement visuel et graphique, une transmission par l’image ?
À travers cette modeste rubrique j’envisage d’explorer avec vous les liens tissés entre l’image et surtout l’image animée, et la maçonnerie, liens parfois sérieux, parfois cocasses, souvent inattendus.

Commençons cette rubrique par « du lourd » : rien moins qu’un spot publicitaire destiné à attirer les impétrants vers la franc-maçonnerie. Voilà bien une problématique qui unit toutes les loges du monde : comment expliquer à des « profanes » ce que par définition on ne peut pas trop leur montrer ? Comment traduire le « mystère de la chose », sans la dévoiler ?
Utiliser un spot pour parler à des profanes serait un peu suspect au pays de Molière, mais beaucoup moins dans les contrées proches d’Hollywood. Le fait est que ce spot est d’une superbe facture sur le plan technique ; j’entends par là le soin apporté à chaque plan, à la lumière, au montage et quelques petites trouvailles visuelles comme l’insistance sur les pas, sur la dynamique de la marche. Premier plan : des pieds nus sur le carrelage d’une piscine ; et quelques plans plus loin d’autres pas qui gravissent un escalier, passant de la Beauté à la Force puis la Sagesse ; ce sera le seul plan du film nous dévoilant partiellement une cérémonie : celle du second degré « à l’anglaise ».
Ce plan est également l’axe central du film ; avant, des hommes cherchent à donner du sens à leur vie, après ils en trouvent : c’est l’entrée dans une fraternité chaleureuse qui conjugue de vigoureux shake-hands avec un univers de club anglais, comme le montrent les quatre plans autour d’un billard. Dans cette fraternité d’hommes, les différentes ethnies du melting pot américain sont bien présentes, regroupées autour d’une notion si difficile à traduire dans notre langue française : brotherly love. Amour fraternel, plus fort que l’amitié, entre l’agapé grec et le caritas latin, lequel se traduit également par « charité » ; amour fraternel, charité fraternelle… derrière ces notions apparaît le point fort de la maçonnerie américaine, centré autour de la bienfaisance et d’une certaine éthique du don et du partage.

On peut bien entendu critiquer cette vision marketée de la franc-maçonnerie. Déjà le fait que tous ces maçons semblent être des mannequins Classe 1 de chez Élite, évoluant dans des intérieurs coquets munis de robots ménagers dernier cri… On notera aussi la grande absente : pas de place pour les femmes ou les sœurs dans cet univers très typé « mec ». Mais j’avoue ressentir une émotion certaine à la vision de ce film, comme si le commanditaire (qui est un des systèmes de hauts grades du nord des USA : la Northen Masonic Juridiction) avait réussi à faire passer un petit quelque chose de la chose maçonnique en démystifiant sans pour autant démythifier.
Le symbolisme est d’ailleurs loin d’être absent de cette réalisation. Le plongeon qui ouvre le film n’est-il pas, entre autres choses, une superbe métaphore de l’initiation ? C’est en tout cas ce que je me plais à y voir.

La Traduction à la volée du texte du film (et un grand merci à notre S. Judith Bullerwell, qui a bien voulu vérifier ma traduction et m’apporter ses idées !) est la suivante :


« Comment un homme bien peut-il devenir encore meilleur ? Par l’entraînement ? Ou en gravissant les échelons de son entreprise ? En changeant son régime, ou en changeant son look ? En parcourant le monde ou en restant parfaitement immobile ?

Depuis 300 ans nous aidons les hommes bien à devenir encore meilleurs, dans le cadre d’un groupe spécifique, où ils jurent de mener une vie d’intégrité, de service, d’amour fraternelle. Un engagement envers leurs frères, envers leurs familles, envers notre noble cause.
En fin de compte nous ne faisons pas que rendre les hommes meilleurs, nous en faisons des Maçons… »

Chacun sait reconnaitre les bons et les mauvais chasseurs, mais pour les maçons… ?

1

Depuis 1991, le Bouchonnois et ses chasseurs de galinettes cendrées n’ont plus aucun secret. Ce sketch des Inconnus nous à enseigné à identifier les bons et les mauvais chasseurs (voir la vidéo ci-dessous).

La question toute légitime que nous pouvons nous poser est :

« qu’est-ce qui différencie un bon d’un mauvais maçon ?« 

La réponse du moment sera très certainement qu’un bon maçon se vaccine et possède un pass sanitaire. Le mauvais maçon lui… je vous laisse imaginer la suite.

Si vous naviguez sur les réseaux sociaux maçonniques, vous devez assister à ces échanges musclés entre les pro et les anti vax.

Je n’ai pu m’empêcher de faire le rapprochement entre nos Frères et Soeurs soudainement devenus épidémiologistes pour les uns ou législateurs pour les autres et nos chasseurs du Bouchonnois.

Une idée m’est alors venue :

« Quelle différence existe t’il entre les groupes de maçons qui s’écharpent à propos de la vaccination et un groupe de chasseurs profanes ? « 

Je n’ose partager ma réponse, vous la connaissez déjà !

Depuis des années je martèle que la maçonnerie est une voie initiatique destinée à travailler sur soi. Une fois de plus, nous constatons que le virus de la profanie attaque nos Loges et aucun vaccin efficace ne les protège.

Certains seront tentés de me questionner pour savoir comment reconnaitre le bon maçon du mauvais maçon dans cette affaire de pass vaccinal.

La réponse est plus simple et plus claire que celle des Inconnus :

« Le bon maçon prend du recul pour rester serein, il s’approprie les meilleurs arguments des deux clans et echange dans le calme. »

Comme l’écrivait François de La Rochefoucauld :

« Si les torts n’étaient pas partagés, les querelles dureraient moins longtemps ».

Partant du principe que personne ne possède la vérité ultime et permanente, il serait utile dans cette affaire de nous montrer sages et humbles. Rappelons que depuis 18 mois nous avons entendu tous les spécialistes du monde nous affirmer tout et son contraire à propos de la bonne conduite à tenir. Qui peut aujourd’hui prétendre posséder la vérité et l’imposer aux autres ?

Le problème ici n’est pas de savoir qui à raison ou tort. Le but est simplement de ne pas s’enfermer dans la dualité du jugement clivant, au risque de ressembler aux houligans des matchs de football. Notre fil à plomb nous invite dans un premier temps à nous ancrer solidement dans le bon sens et à soupeser les arguments en présence. Cela nous ramène au Cabinet de réflexion et à cette solitude qui nous conduit à l’introspection. C’est le stade d’Apprenti.

Ensuite, nous pouvons passer au deuxième degré et envisager les sciences, les connaissances et surtout l’autre, les autres. C’est le stade de Compagnon.

C’est ainsi que nous pouvons ensuite nous élever grâce à un jugement à 360° du cercle qui s’ajoute aux 90° de notre perpendiculaire. Notre vision est alors totalement maçonnique. Nous ne sommes plus dans les passions et le conflit.

Quel dommage que tous ces excités de la dualité passe autant de temps sur les réseaux plutôt que de retourner travailler à maitriser leur rituel. C’est ainsi, que nous voyons à tous les étages de notre Ordre des pratiquants ou des décideurs s’emballer, animés par la peur, la précipitation ou la colère et devenir ainsi de simples quidams sans tablier.

Revenons à nos fondamentaux et notre parole de maçon pourra alors s’élever au dessus de la mêlée.

Paix à vous mes Sœurs et mes Frères… et surtout bonne santé.

 

Le huitième jour

C’était le temps du commencement

Rien n’était de ce qui serait.

Tout était en idée

et l’idée n’avait pas de chair

et la chair n’était pas.

« Or la terre était vide et vague,

les ténèbres couvraient l’abîme,

un vent de Dieu tournoyait sur les eaux. »

La lumière n’était pas encore séparée de la nuit

et il n’y avait de couleur que le gris.

Comme rien n’était, il n’y avait de sens à rien ;

tout était pareil à l’inconnu puisque le Verbe ne l’avait pas nommé.

Pourtant l’Esprit de bienfaisance flottait dans l’innommé.

Et Dieu en ressentit la présence en soi,

comme un dessein qui lui demandait à parler.

Il dit : « Que la Lumière soit partagée ! »

Et il en fut ainsi.

Alors Dieu créa le ciel et la terre,

Il créa tout ce qui est dans le ciel,

depuis les oiseaux jusqu’au firmament,

avec le soleil qui éclaire le jour

et la lune qui préside à la nuit,

avec les étoiles et les planètes qui servent de signes,

tant pour les fêtes que pour les jours et les années.

Il créa tout ce qu’il y a sur la terre,

Les végétaux et les animaux,

Les fruits et les sources,

l’océan et les poissons,

le bruissement de l’air et les couleurs de l’arc-en-ciel,

l’amour dans la vie.

Et Dieu vit que cela était bon.

Soudain, Il éprouva le désir d’en faire don

parce que là se trouve la plénitude.

C’est pourquoi il créa l’homme à Son image,

la femme aussi comme chair de sa chair.

Et Il leur donna le pouvoir de gouverner

tous les animaux qui sont sur la terre

et les herbes portant semence

et les arbres qui ont des fruits portant semence ;

Il leur accorda aussi l’intelligence de la nature

pour qu’ils puissent la soumettre et dominer sur elle ;

Il les dota enfin de mémoire

pour acquérir l’expérience et transmettre la tradition ;

(on dit aussi qu’Il leur donna un roseau pour inventer la musique) ;

mais ce qu’Il leur confia surtout ce fut la Parole de la création

pour qu’ils puissent créer à leur tour, comme Lui-même avait créé.

Et,

par six fois,

il y eut un soir et il y eut un matin,

car l’ouvrage était long et l’attention extrême.

Et le septième jour,

ayant vu que Son œuvre était bonne,

ayant considéré que tout ce qu’Il avait fait était très bon,

Il se reposa,

car il a chômé le septième jour après tout Son ouvrage de création.

Au lever du huitième jour,

après avoir contemplé Son travail à nouveau

Il s’interrogea :

Il avait donné à l’Homme de quoi se nourrir,

mais comment pourrait-il dominer la nature ?

Il aurait besoin d’outils, il ne pouvait pas se passer d’outils

pour affronter ce que Lui-même avait créé afin que s’accomplisse le cycle des saisons,

le vent et la pluie, le chaud et le froid.

Et Il vit que si l’Homme aurait bien les moissons et la vigne,

le pain et le vin,

pour célébrer Son nom,

il aurait d’abord besoin d’une maison.

Alors,

Son œuvre étant presque achevée,

Il offrit à l’Homme Ses propres outils :

la Règle et le Compas,

l’Équerre et le Levier,

la Perpendiculaire,

le Ciseau et le Maillet,

ainsi qu’un bâton de voyageur qu’Il avait taillé de Ses mains.

Puis, l’ayant accompagné jusqu’à la porte du Ciel

il lui donna la Liberté

et lui dit : « Va ! Franc-maçon ! »

*          *          *

Dix raisons qui me font aimer la franc-maçonnerie !

Avec plus de quarante années « d’ancienneté » maçonnique, j’éprouve toujours autant d’intérêt au travail maçonnique sous ses différentes formes ! Je pourrais même dire que cet intérêt a crû ! Pour l’expliquer, je vous propose dix raisons ! 

10, c’est, bien sûr, le symbole d’une globalité parfaite ! Loin de moi de prétendre que tout est parfait en franc-maçonnerie, mais ces dix réalités éveillent mon esprit et stimulent mon intérêt.

En loge, qui est d’abord un atelier, …

  • 1 – On passe de bons moments.
    • Devenir franc-maçon-ne, c’est d’abord intégrer une loge maçonnique (voir ci-dessous comment s’y prendre pour cela) ; une loge, c’est un petit groupe d’hommes et/ou de femmes (en général entre 20 et 50 personnes). En loge, structure de base de la vie maçonnique, les relations humaines sont la plupart du temps très conviviales ; si les francs-maçon-ne-s sont pour la plupart des personnes sérieuses, cela ne les empêche pas d’être aussi de bonne humeur et d’avoir le sens de l’humour. La plupart des réunions maçonniques se terminent autour d’une table et c’est un temps d’échanges très agréable.
    • Pour faire en sorte qu’il y ait le moins possible de mauvais moments, je conseillerais aux nouveaux entrants de toujours être prudents et de toujours prendre le temps de connaître « la règle du jeu » ! Une démarche maçonnique, c’est une œuvre de longue haleine et l’enthousiasme des premiers mois doit être tempéré !  Ecouter, observer, se taire le plus souvent, reste une bonne règle pour les trois premières années ! Le principe taoïste du « Non-Désir » devrait être aussi une maxime maçonnique !
  • 2 – On fait des rencontres.
    • Rejoindre une loge s’accompagne toujours de la découverte de nouveaux visages ; parmi ceux-ci, il y en aura immanquablement certains avec lesquels vous aurez des affinités et qui deviendront de vrai-e-s ami-e-s.
    • Le tutoiement et les accolades donnent parfois la (fausse) impression que les relations fraternelles voisinent avec l’intimité ! L’amitié, pour qu’elle soit durable et authentique, doit se construire par le partage, non pas des sentiments, mais celui du « chantier et des épreuves » !  Cela suppose des circonstances particulières ; il faut laisser au temps de les faire apparaître !
  • 3 – On intègre une belle communauté mondiale de femmes et d’hommes de toutes origines et de multiples nationalités partageant de belles valeurs humanistes.
    • La franc-maçonnerie constitue une communauté mondiale de femmes et d’hommes ayant en commun une même manière de se réunir, d’utiliser les mêmes symboles et de pratiquer une même fraternité universelle. Cette communauté transcende les frontières.
    • N’oubliez jamais que cette communauté a des règles et des codes qu’il faut apprendre au risque de se fourvoyer ! Il faut toujours les respecter, même si on doit parfois prendre du recul quant à leur pertinence ! Cet universalisme de la franc-maçonnerie explique le rejet du nationalisme et du repli sur soi qui inspire la démarche maçonnique.
  • 4 – On acquiert et développe des connaissances dans les sciences humaines.
    • Le travail maçonnique impose la connaissance de données issues des sciences humaines et en particulier la philosophie, la psychologie et le symbolisme ; il incite à la recherche sur tout ce qui constitue l’activité humaine. Cela suppose un travail personnel long et parfois fastidieux mais qui est indispensable si on veut sortir des sentiers battus qui mènent à des approximations.
    • Aujourd’hui, il s’agit avant tout de connaissances livresques bien que de nombreuses planches peuvent y contribuer, mais c’est indispensable pour participer à des échanges et pour comprendre le corpus maçonnique ; c’est aussi important pour pouvoir exposer des idées en faisant référence à d’autres cultures.
  • 5 – On apprend à mieux se connaître !
    • Ce principe socratique a été adopté par la dynamique maçonnique ; il permet de prendre du recul sur tout ce qui est passionnel ! L’affection fraternelle ne doit pas être confondue avec l’affectivité qui, elle, est un leurre qu’il faut savoir éviter !
    • Mieux se connaître suppose aussi beaucoup d’humilité et de persévérance. Ce n’est pas facile, car cela entraine inévitablement la perception de ses propres erreurs.
  • 6 – On se perfectionne sur le plan de la moralité !
    • Conscient de mon imperfection, les préoccupations éthiques, qui sont au premier plan des réflexions maçonniques, m’ont obligé à me remettre en question ; cela concerne aussi bien l’être humain que mes rapports avec la nature.
    • La recherche fait partie de l’ADN de la franc-maçonnerie. C’est ce qui permet de dépasser les savoirs traditionnels pour permettre aux humains d’avancer dans la voie de la connaissance. La démarche maçonnique doit savoir s’approprier les connaissances contemporaines qui remettent en cause des croyances traditionnelles.
  • 7 – On y prépare sa propre mort.
    • Le rituel maçonnique est aussi un rituel de la mort initiatique qui débouche sur le questionnement de la mort physique. La loge maçonnique est un des rares lieux où des êtres humains peuvent en parler. Ce partage, lorsqu’il est réalisé dans le secret des travaux maçonniques, est la « perle sur le gateau » de l’authenticité que l’on peut vivre en loge.
    • Le rituel maçonnique est par essence un rituel funéraire qui propose une sorte de métempsychose. On n’est pas obligé d’y adhérer ; personnellement, cette imprégnation maçonnique a conforté l’approche scientifique de la relation entre la pensée (l’esprit ou l’âme) et l’activité biologique.  
  • 8 – On y cultive le goût de la lecture.
    • Si nous fonctionnons selon les principes d’une tradition orale, les écrits ont une place de choix dans l’approfondissement de nos connaissances. Le travail maçonnique suppose de se documenter et aussi de réaliser des « planches », c’est-à-dire des écrits personnels sur tous les sujets qui nous interpellent.
    • La loge est aussi une sorte d’université populaire qui permet à des personnes non cultivées d’acquérir un savoir ; cela suppose une volonté et une méthode de travail personnelle. Le goût de la lecture, c’est en moyenne au moins deux livres par mois et pour chaque livre une fiche de lecture. On apprend à faire le tri dans une littérature maçonnique qui frôle parfois le dogmatisme réducteur ; les écrits d’un Jules Boucher et d’un Oswald Wirth, qui ont, pour certaines générations, été les oeuvres de chevet d’apprentis et de compagnons en sont des exemples !
  • 9 – On participe à des actions caritatives de solidarité !
    • Qu’il s’agisse de solidarité intra-maçonnique ou de solidarité envers tous les souffrants, les francs-maçon-ne-s sont au premier plan dans des actions concrètes pour aider les autres.
    • Même si l’action humanitaire personnelle est insuffisante à réparer les aléas des catastrophes et des multiples souffrances qui ne manquent pas de survenir dans une vie, la contribution que tout être humain peut apporter participe du besoin de fraternité.
  • 10 – On peut donner un sens original à sa vie !
    • La question existentielle préoccupe tout un chacun ! Plusieurs réponses sont possibles et la franc-maçonnerie n’en impose aucune. Chaque franc-maçonne, chaque franc-maçon, en fonction de son vécu, peut trouver dans la démarche maçonnique les éléments de réponse qui lui permettront de trouver un sens à sa propre vie.
    • Les francs-maçons, dans cette recherche personnelle, apprennent à connaître l’importance du doute et de la remise en question permanente.
Menuisier ou ébéniste au travail
Menuisier ou ébéniste au travail avec son bois sur son établis. Equerre, rabot ! Nos racines opératives ne doivent jamais être oubliées ! Elles nous incitent à la recherche de la perfection et de la Beauté !

Ce témoignage est bien sûr personnel, d’autres sœurs ou frères pourront avoir des raisons différentes d’être satisfait de leur vie maçonnique. S’il devait y avoir un point commun entre les différentes appropriations de l’expérience maçonnique, il me semble que ce serait en premier lieu, le respect mutuel que l’on apprend à acquérir. Respecter l’autre suppose qu’on doit s’interdire de vouloir le convaincre ou de vouloir le juger !

Pour celles et ceux qui voudraient faire une demande d’entrée en loge, un rappel de la procédure à suivre en cliquant sur ce lien !

Autres articles du même auteur :

CORPS

0

L’origine du mot est obscure, même s’il désigne l’élément vital par excellence. Mais chaque langue a son propre mot en ce domaine. En grec, par exemple, *sôma.

Du latin *corpus sont issus corps, incorporer, corpulence. Le corps féminin se revêt de corsages, se torture avec des corsets. Le corpus est l’ensemble d’une œuvre. Et l’anglais restreint l’acception au corpse, le cadavre.

Dès l’initiation, le corps est stigmatisé par le signe d’ordre, qui matérialise une coupure entre ce qui relève de l’esprit, du mental, de l’âme, et le reste charnel pourrait-on dire.

Cependant, le parcours maçonnique lui confère une présence tangible, marches déconcertantes, rituels où le tactile est omniprésent, les perceptions sensorielles constamment sollicitées.

Une fraternité d’abord tactile, embrassades et accolades au sens propre, bras et mains enlacés. Proximité des corps sur les Colonnes.

Symboliquement, les éléments du rituel placent le corps au centre des images mentales et de la réflexion subséquente. Vie, mort, danger physique, menaces jouées.

Les symboles y sont d’abord matérialisés, parce qu’ils figurent le passage obligé pour appréhender le monde. La méthode initiatique contribue, non à gommer pulsions et violences, mais à les formuler, les canaliser, à maîtriser les émotions de ce corps, qu’on taille métaphoriquement comme une pierre à insérer dans le corps collectif. On y découvre l’étrangeté familière du visage renvoyé par le miroir. On y apprend la juste distance, pacifique et fraternelle.

On ressent l’inconfort des crampes que suscitent la position assise ou les signes d’ordre, mais aussi on habite un corps à la verticale des pieds en équerre. On respire au rythme du rituel et de la Colonne d’Harmonie qui le sous-tend.

On ne saurait oublier que le mot grec, *eleutheros, qui désigne l’homme libre, signifie « celui qui se tient debout ».

Dans un paradoxe qui n’est qu’apparent, la tête dans les étoiles, le regard tourné vers les astres, la parole prête à fuser, nous vivons en réalité un constant corps-à-corps avec l’autre et son ailleurs, avec nous-mêmes surtout.

Une Maçonnerie, qui ferait l’impasse sur cette sensorialité, ne serait que rationalité hypertrophiée ou ésotérisme fumeux.

Annick DROGOU

Comment donner corps à ce petit texte ? Lui donner de la consistance et de la tenue. Lui faire prendre corps ? C’est-à-dire lui assurer une réalité solide. Car dans ce mot “corps“, il y a de l’épaisseur, de la pesanteur. Les pieds sur terre. Et si mon corps est ma réalité physique, l’espace de mes sens, mon corps est pleinement moi, tant que la vie anime ce corps.

Je suis, nous sommes des corps qui s’expriment, pas seulement par les mots de notre bouche mais par le geste. Le corps est le premier outil de l’homme ; la main et le toucher en portent l’expression sublime ; l’œil et l’oreille, la vue et l’ouïe donnent créance à mon frère.

Par signes et attouchements.

Le plus pur attouchement sera toujours la main silencieuse et fraternelle qui se pose sur l’épaule de celui qui est dans la peine. Épaisseur charnelle de nos vies, commune humanité qui nous appelle à faire corps. Ensemble. Mais le corps ne peut rien sans le cœur, le sixième sens, qui nous délivre de tous nos enfermements et du risque de l’étroitesse de l’esprit de corps.

Tout est rencontre. Je me tiens en face de toi. Face à face, corps à corps dont la seule issue est de regarder ensemble dans la même direction, et de marcher conjointement, corps toujours en mouvement, en pérégrination. À corps perdu pour mieux se retrouver.

Jean DUMONTEIL