Le samedi 23 mai 2026, le musée de la franc-maçonnerie (musée de France depuis 2003) organise au 16 Cadet la deuxième « Journée Claude Gaignebet », placée sous le signe des patrimoines populaires et des traditions initiatiques. Consacrée aux métallurgistes et aux forgerons, cette journée ouverte à tous traversera les mythes, les rites et les mystères des métaux, de Samothrace aux mondes turco-persans, des sidérurgies africaines aux confréries gnawa, des contes indo-européens aux carnavals basques.
Au cœur du Temple 11 du Grand Orient de France, le feu, le fer et la forge deviendront les figures d’une humanité qui transforme la matière pour mieux se comprendre elle-même.
Claude Gaignebet fut l’un de ces chercheurs rares qui savaient entendre, sous les contes, les fêtes populaires, les carnavals, les obscénités rituelles et les récits apparemment modestes, une très ancienne grammaire du sacré

Né à Damas en 1938 et mort à Paris en 2012, folkloriste, ethnologue et mythologue, professeur à l’université de Nice Sophia-Antipolis, grand lecteur de Rabelais, il a consacré son œuvre à montrer que les traditions populaires ne sont jamais de simples survivances pittoresques. Elles sont des archives vivantes. Elles gardent la mémoire des saisons, des passages, des morts, des renaissances, des inversions et des métamorphoses.

Chez lui, le populaire n’est jamais mineur. Il est une voie d’accès à ce que les sociétés ont parfois oublié d’elles-mêmes. Sous le rire, sous la farce, sous le masque, sous le carnaval, quelque chose parle encore. Un ancien savoir du corps, du calendrier, de la fécondité, de l’hiver, du printemps, de la peur et du renouvellement. C’est donc sous un patronage intellectuel particulièrement juste que le Musée de la franc-maçonnerie organise, le samedi 23 mai 2026, la deuxième Journée Claude Gaignebet, consacrée aux métallurgistes et aux forgerons.
Le titre complet de cette rencontre dit déjà l’ambition de la journée
Métallurgistes et Forgerons – Mythes, Rites et Mystères des Métaux.
Il ne s’agira pas seulement de parler de techniques anciennes, de fours, de minerais, d’outils ou de savoir-faire. Il s’agira de comprendre ce que le feu et le métal ont fait à l’imaginaire humain. Car depuis la préhistoire jusqu’à l’époque contemporaine, depuis l’Asie jusqu’à l’Europe et l’Afrique, la transformation des métaux a toujours excédé le simple domaine de l’artisanat. Elle touche au sacré, à la puissance, au danger, à la naissance des formes, aux interdits, aux initiations de métier et aux visions du monde.
Le métal n’est jamais une matière neutre
Il vient des profondeurs. Il porte en lui la mémoire obscure de la terre. Il demande l’extraction, la chaleur, la fusion, la frappe, la trempe, la patience et la mesure. Le forgeron n’est donc pas seulement celui qui fabrique. Il est celui qui fait passer la matière d’un état à un autre. Il arrache au sous-sol ce qui dormait dans la nuit minérale. Il le livre au feu. Il le frappe. Il le purifie. Il le contraint sans l’anéantir. Il lui donne forme.

Cette figure du forgeron touche immédiatement le regard maçonnique. Lors de l’initiation, les métaux sont déposés. Ce geste ne signifie pas seulement que l’on abandonne les biens matériels avant d’entrer dans le Temple. Il indique que l’être humain doit se délester de ce qui l’alourdit, de ce qui le détourne de sa propre rectification, de ce qui l’empêche de se rendre disponible au travail intérieur. Mais déposer les métaux ne veut pas dire mépriser la matière. Cela signifie apprendre à ne pas en être l’esclave. Le métal devient noble lorsqu’il passe par le feu de la conscience.

La journée s’ouvrira par une introduction de Laurent Segalini, conservateur du Musée de la franc-maçonnerie

Cette présence inscrira naturellement la rencontre dans la mission du musée, qui ne conserve pas seulement des objets, des décors, des tabliers, des bijoux ou des archives, mais permet aussi de replacer la franc-maçonnerie dans le grand réseau des cultures symboliques, des traditions de métiers et des imaginaires de la transformation.
Gérard Galtier interviendra ensuite sur les Cabires, les Dactyles et les anciens Mystères de Samothrace
Le choix est remarquable. Avec ces figures antiques, nous entrons dans un monde où la métallurgie, la montagne, le feu, les puissances souterraines et les cultes initiatiques se répondent. Samothrace demeure l’un des grands lieux mystérieux de l’Antiquité, un espace où l’initiation n’était pas une doctrine abstraite, mais une traversée du secret, du danger, de la protection et de la puissance.
Thierry Zarcone abordera la symbolique du fer et les règles du métier de forgeron dans l’espace turco-persan
Cette intervention permettra d’approcher le fer comme matière de discipline, de transmission et d’éthique professionnelle. Dans bien des traditions, le forgeron n’est pas un artisan ordinaire. Il touche à ce qui brûle, à ce qui tranche, à ce qui arme, à ce qui protège. Il appartient souvent à un univers de règles, d’interdits, de filiations et de secrets.
Caroline Robion-Brunner proposera une intervention d’une grande force sur les tabous et croyances des sidérurgies africaines

Le sujet rappelle que produire du fer ne relève pas seulement de l’histoire des techniques. La sidérurgie engage une vision du monde. Le four peut être pensé comme un ventre. La réduction du minerai peut prendre la forme symbolique d’une naissance. Le fondeur peut être soumis à des règles de pureté. Le métal sortant du feu devient alors une puissance ambivalente, féconde et dangereuse. Là où l’archéologie rencontre l’ethnologie, la matière cesse d’être muette. Elle devient habitée.
L’après-midi s’ouvrira avec Mohammed Habib Samrakandi autour de la parenté symbolique entre le Maître des crotales et la figure du forgeron dans l’ethnographie marocaine du fait gnawi

Avec les Gnawa, le métal devient rythme, transe, mémoire et guérison. Les crotales ne sont pas de simples instruments. Ils martèlent le temps. Ils ouvrent un espace rituel où le corps, le son et l’invisible se répondent. Le forgeron travaille par le feu et la frappe. Le Maître des crotales travaille par le son métallique et la cadence. Tous deux savent que la transformation passe par une vibration.
Lays Farra abordera ensuite le forgeron et le diable à travers les enjeux d’un conte indo-européen
Le forgeron y apparaît comme une figure profondément ambivalente. Parce qu’il transforme la matière, il fascine et inquiète. Il semble savoir ce que les autres ignorent. Dans le conte, cette puissance attire la ruse, la tentation, le pacte, mais aussi l’intelligence artisanale capable de retourner l’épreuve. Le forgeron peut être tenté, mais il peut aussi vaincre la tentation par la maîtrise du geste et par la finesse de l’esprit.
Christine Escarmant clôturera la journée avec les forgerons dans les carnavals basques. Ici, la forge rejoint le monde du masque, du sauvage et du renversement
Dans les traditions carnavalesques, le forgeron apparaît comme un passeur. Il relie la forêt et le village, l’animalité et l’humanité, le désordre apparent et le retour d’un ordre renouvelé. Il appartient à ces figures de seuil qui rappellent que toute société doit régulièrement rencontrer sa part obscure pour retrouver une forme plus haute d’équilibre.
À 17 h, la journée sera suivie d’une conférence de Nissim Amzallag, ancien chercheur au département Bible, Archéologie et Proche-Orient ancien de l’Université Ben Gourio

Intitulée « Le dieu fondeur, une figure inconnue de l’Histoire des religions », cette conférence prolongera naturellement le fil rouge de la journée. Avec lui, la métallurgie touche aux origines mêmes de certaines représentations du divin. Le feu, le four, la fusion, la coulée, les minerais, les scories et les fumées composent alors une véritable théologie de la transformation. Le dieu fondeur n’est pas celui qui crée à distance. Il est celui qui donne forme en traversant le feu.
Pour le public profane, cette journée offrira une entrée passionnante dans l’histoire longue des cultures humaines
Pour le public maçonnique, elle résonnera avec une intensité particulière. La franc-maçonnerie n’est pas née hors du monde des métiers, des outils, des gestes et des chantiers. Même devenue spéculative, elle garde dans sa langue symbolique la trace profonde de l’opératif. Elle parle de pierre, de maillet, de ciseau, de règle, de levier, de niveau, de fil à plomb. Elle sait que l’esprit ne se construit pas sans outils et que la lumière n’est rien si elle ne descend pas jusqu’à la matière.
Le forgeron est, à sa manière, un frère du tailleur de pierre
L’un travaille la dureté minérale par le feu et la frappe. L’autre travaille la pierre par le choc, la mesure et la patience. Tous deux savent que la matière résiste. Tous deux savent que l’homme se révèle dans sa manière de transformer sans détruire. Tous deux savent qu’il faut un feu intérieur pour donner forme à ce qui, d’abord, n’était qu’opacité.
Cette deuxième « Journée Claude Gaignebet » s’annonce donc comme bien davantage qu’un rendez-vous savant

Elle sera une exploration du feu comme matrice symbolique, du métal comme mémoire de la terre, du métier comme voie d’initiation, du mythe comme archive de l’humanité. Elle rappellera que l’histoire des religions, l’archéologie, l’ethnologie, la mythologie populaire et la franc-maçonnerie peuvent se rejoindre autour d’un même foyer. Là où brûle le feu, l’homme ne fabrique pas seulement des objets. Il se fabrique lui-même.
Au fond de la forge, il y a plus qu’un brasier. Il y a une leçon
Rien ne se transforme sans chaleur, sans patience, sans épreuve et sans mesure. Le métal, comme l’être humain, doit passer par le feu pour quitter l’informe et rejoindre la figure. Cette journée rappellera que l’initiation commence peut-être là, dans ce moment mystérieux où la matière rougit, où le marteau tombe, où l’étincelle jaillit, et où l’homme comprend enfin que travailler le monde, c’est aussi travailler sur soi.

Infos pratiques
Deuxième « Journée Claude Gaignebet » – Patrimoines populaires et traditions initiatiques / Métallurgistes et Forgerons – Mythes, Rites et Mystères des Métaux
Samedi 23 mai 2026 / De 9 h 30 à 16 h 30
Grand Orient de France, Temple 11, 16 rue Cadet Paris 9e
Journée d’étude ouverte à tous – Organisation par le musée de la franc-maçonnerie / Inscription journée
La journée sera suivie à 17 h de la conférence de Nissim Amzallag
Le dieu fondeur, une figure inconnue de l’Histoire des religions : Inscription conférence

