Malgré mes fonctions j’avoue ne pas en savoir grand-chose madame thanatos !…
« Avec le temps…
Avec le temps va tout s’en va
On oublie le visage et l’on oublie la voix
Le cœur quand ça bas plus c’est pas la pein’ d’aller
Chercher plus loin faut laisser faire et c’est très bien
Avec le temps
Avec le temps va tout s’en va.
Avec le temps…
Avec le temps va tout s’en va
On oublie les passions et l’on oublie les voix
Qui vous disaient tout bas les mots des pauvres gens
Ne rentre pas trop tard surtout ne prends pas froid
Avec le temps…
Avec le temps va tout s’en va
Et l’on se sent blanchi comme un cheval fourbu
Et l’on se sent glacé dans un lit de hasard
Et l’on se sent tout seul peut-être mais peinard
Et l’on se sent floué par les années perdues
Alors vraiment
Avec le temps on n’aime plus.
Léo Ferré

A juste titre, la chanson de Léo Ferré se voit souvent attribuée le label de l’une des plus belles chansons d’amour existante. Mais, elle est aussi le reflet d’une intuition analytique profonde chez le poète : il discerne que derrière la douceur de l’Éros se cache la face grimaçante de Thanatos. Entrer dans la relation amoureuse c’est courir le risque de la voir disparaître et donc affronter la solitude. Ce que Léo Ferré qualifie de « peinard » mais qui est en fait insupportable et va nous pousser de nouveau à la tension d’une nouvelle relation dont on ne connaît pas l’issue d’une toujours problématique satisfaction et qui, en cas d’échec, nous orientera vers des investissements symboliques qui nous permettent de décharger notre tension, comme si l’objet de transition choisi (Art, politique, religion, philosophie, sport, etc…) représentait une personne réelle envers laquelle nous exprimons la reconnaissance de la disparition provisoire de la tension interne instinctuelle. L’amour peut se conjuguer avant tout avec la gratitude d’acquérir, avec un objet réel, imaginaire ou symbolique, la trêve d’avec notre nature instinctuelle, parfaitement perçue par Darwin, qui fait qu’est gravée dans l’homme le destin de se reproduire physiquement ou symboliquement pour mettre en échec sa propre disparition et celle de l’espèce. Pourtant, chez l’homme existe un très prégnant « Principe de constance », selon lequel l’appareil psychique tend à maintenir à un niveau aussi bas que possible la quantité d’excitation qu’il contient. La constance est obtenue à la fois par la décharge de l’énergie encore présente et l’évitement de ce qui pourrait accroître la quantité d’excitation et la mise en place d’une défense contre cette augmentation.

Ce triangle entre Éros, Thanatos et Amour s’inscrit depuis l’Antiquité dans les domaines relevant de la science, de la philosophie et, naturellement, de la littérature. Par exemple, L’un des ouvrages contemporains le plus fort sur ces imbrications est le roman du japonais Yasunari Kawabata, prix Nobel de littérature en 1968, publié en 1961 sous le titre : « Les Belles Endormies » (1) où le triste « héros », vieil homme près de sa fin, fréquente un étrange lieu où il vient admirer de jeunes femmes endormies artificiellement, les admire et les aime, sans qu’aucun passage à l’acte n’ait lieu. La métaphore est criante : la beauté est insaisissable, endormie et changeante et cela se termine par la fin inéluctable du voyeur. L’amour pour ces corps intouchables vient de la vue d’un impossible à réaliser et qui élimine provisoirement la tension interne. Le vieil Eguchi est, par la même, l’image d’un Thanatos fasciné par l’objet Eros de jeunes femmes endormies, et son amour illusoire vient du calme apporté à cette tension par l’acte scopique, « le voir », au lieu d’une vraie relation impossible à l’objet. Cette dimension est, dans le domaine psycho-pathologique, l’une des constantes de la psychanalyse
I- QUOI DE NEUF SUR LE DIVAN DOCTEUR FREUD ?

En abordant la réflexion psychanalytique de l’amour sur le versant inconscient, une surprise de taille nous y attend : l’absence quasi totale du mot « amour » dans les dictionnaires de psychanalyse, malgré l’utilisation massive qu’en fait la littérature et le récit des sujets sur le divan ! Cela s’explique par le fait que, contrairement à la psychologie classique, largement influencée par une orientation religieuse chrétienne, la psychanalyse considère l’amour comme une conséquence et non comme un fondement des motivations humaines, le mécanisme qui y conduit reposant fondamentalement sur l’opposition (et le complément inéluctable !) entre Éros et Thanatos, d’où leur place centrale dans la conceptualisation analytique, le mot « amour » devenant ainsi parfaitement secondaire pour nombre d’analystes, et n’étant que résultat d’un processus qui, dans le meilleur des cas, échappe au sujet lui-même qui s’estime le maître du jeu : « Avenir d’une illusion » ! Dans une lettre datée du 9-10-1918, Freud répond au pasteur Pfister qui le félicitait pour son éthique (2) : « L’éthique m’est étrangère et vous êtes pasteur d’âmes. Je ne me casse pas beaucoup la tête au sujet du bien et du mal, mais, en moyenne, je n’ai découvert que fort peu de « bien » chez les hommes. D’après ce que j’en sais, ils ne sont pour la plupart que de la racaille, qu’ils se réclament de l’éthique de telle ou telle doctrine-ou d’aucune ». Et cette « racaille », dont Freud n’avait pas encore vu le pire, n’a aucun amour pour le prochain (3) : « De là aussi cet idéal imposé d’aimer son prochain comme soi-même, idéal dont la justification véritable est précisément que rien n’est plus contraire à la nature humaine primitive. Tous les efforts fournis en son nom par la civilisation n’ont guère abouti jusqu’à présent »

En tout cas, on ne peut reprocher à Freud de s’être laissé séduire par la vague de romantisme qui submergeait l’Europe et qui commençait à opérer doucement un recul, auquel il va contribuer allègrement : son pessimisme sur l’homme va mettre en brèche toute idée du libre-arbitre par rapport à la force des mécanismes dont il dépend de la naissance à la mort, répondant ainsi à la guidance de l’inconscient. Dès lors qu’en serait-il de l’« amour du prochain » et de l’éthique collective (4) « Il (le prochain) mérite mon amour, lorsque par des aspects importants il me ressemble à tel point que je puisse en lui m’aimer moi-même. Il le mérite s’il est tellement plus parfait que moi qu’il m’offre la possibilité d’aimer en lui mon propre idéal… En revanche, s’il m’est inconnu, s’il ne m’attire par aucune qualité personnelle et n’a encore joué aucun rôle dans ma vie affective, il m’est bien difficile pour lui d’avoir de l’affection ».
L’amour, pour la psychanalyse fait partie de ce que Freud appellera l’« économie affective » : j’aime l’autre parce qu’il soulage momentanément mes tensions internes et que donc je me retrouve en lui. L’image maternelle en est un exemple ; j’aime ma mère, non en tant que personne, mais en tant que réponse à mes tensions internes et les réponses qu’elle est censée donner à ces tensions. Sinon, je n’ai aucune raison particulière de m’intéresser à cet autre que moi. L’amour, succédant parcellement au narcissisme infantile, vient du troc et non comme quelque chose liée à une nature quelconque :« L’Éternel dit à Caïn : où est ton frère Abel ? Il répondit : je ne sais pas suis-je le gardien de mon frère ? » (Genèse 4-9) !

Afin d’étayer sa pensée Freud va se rapprocher du bouddhisme et de Schopenhauer en incorporant dans la psychanalyse le « Concept de Nirvana » (5) qui est la méfiance du sujet pour un désir qui risque de l’entraîner vers la fin du principe de constance qui le protège de la tension et de la souffrance causée par l’incertitude de sa résolution. Dès lors, l’objet devient possibilité de décharge, mais aussi danger relationnel où le sujet mesure la vacuité de l’échange et combien il se sent prisonnier, « en liens » avec l’objet qui le délivre momentanément. Étrangement, on retrouve chez Freud, l’esprit bouddhique du « Sermon de Bénarès » (6) qui est une orientation pessimiste sur une définition de ce que pourrait être le désir et l’amour.
Pour récompenser la douleur des pulsions internes et de leurs incertitudes à leur réalisations (les fameuses « Trib »), la nature prévoit, en contrepartie, ce que nous appelons le « plaisir d’organe » sorte de récompense incitative à faire barrage à la néantisation, par cette action qui s’appuie sur le « Principe de plaisir » soit de nature sexuelle ou intellectuelle. Avec le corollaire du remerciement destiné à l’objet pacificateur. Ce dont toute la culture humaine s’est emparée sous le vocable d’amour et qui, du fait de la personnification de ce concept, est parfaitement indéfinissable. Grand connaisseur de l’Antiquité, Freud y puisera une réflexion qui enrichira sa théorie et sa technique, allant de la pensée d’Empédocle, au mythe d’Œdipe, et à l’inévitable Banquet de Platon. Toute cette pensée classique sera renforcée plus tard par la philosophie occidentale et par certains courants orientaux comme le bouddhisme.
II- NE PAS OUBLIER QUE NOUS SOMMES INVITES AU BANQUET !

Ce texte célèbre précède largement les réflexions de la psychanalyse contemporaine sur ce que serait l’amour. D’ailleurs, Jacques Lacan s’en servira abondamment dans le cadre de son Séminaire (7). Deux réflexions fondamentales ponctuent le déroulement de cette réunion de joyeux « bambochards » homosexuels (8), vaguement philosophes mais surtout jouisseurs, venant faire état de leurs conquêtes actuelles et de leurs projets futurs de séduction. Socrate, présent, va jouer le rôle de trouble-fête en se servant de leurs arguments et ramener à sa juste proportion ce qu’il en serait de ce qu’on appelle l’amour, puisque l’excuse du repas chez Agathon étant de définir les mystères, voire les combines, du dieu Éros.
Un premier élément essentiel, souligné par Socrate, émerge du texte : la plasticité de la libido qui se traduit par sa capacité de changer plus ou moins facilement d’objet et de mode de satisfaction, car elle est relativement indéterminée par rapport à ses objets et reste dans la permanence d’en changer. Ce qui amène une plasticité quant au but même : La non-satisfaction de telle pulsion se trouve compensée par la satisfaction de telle autre ou par un processus de sublimation. Cette plasticité varie d’un individu à un autre, de son âge et de son histoire. Pour Freud, elle constitue chez l’individu un facteur d’évolution, en fonction de sa capacité de modifier les investissements libidinaux. La libido prendrait donc racine dans l’attirance de détails chez l’autre et non sur l’objet total lui-même : il suffit que cette attirance parcellaire se transforme ou disparaisse pour que l’attirance diminue ou meurt. L’amour devient alors, pour Socrate, ce qui illustrerait le mieux la vacuité, Eros n’étant que cet esprit papillonnant indécis, volant de fleurs en fleurs, mais ne s’y attardant jamais. Pausanias, l’un des participants au Banquet, dans son discours sur l’amour, le souligne : « Oui, sitôt que se fane la fleur du corps que précisément cet amant-là aimait, « il s’envole et disparaît », et il trahit sans vergogne tant de beaux discours et de promesses ».

Le deuxième élément est consécutif au premier : l’amour étant lié à l’instabilité du sujet ne représente jamais la plénitude d’une cohésion interne, mais un idéal pour « rassembler ce qui est épars », tout en sachant que c’est acte n’est que symbolique et momentané par rapport au clivage définitif de deux natures. Une sorte de « Sumbolon » raté où nous ne parvenons pas à ressouder la pièce coupée qui nous permettrait enfin de rassembler le personnage de l’hermaphrodite dans une totalité unificatrice, et que, enfin, l’autre « me reconnaisse comme tel » ! Devant le comportement irresponsable des hommes, Zeus, pour les punir et les rendre impuissants va les diviser en deux et donc sujets à une division qui les pousse à rechercher leur « moitié », l’amour n’étant que des moments de l’unité très fugitivement retrouvée, « Et, quand il arrivait que l’une des moitiés était morte tandis que l’autre survivait, la moitié qui survivait cherchait une autre moitié, et elle s’enlaçait à elle, qu’elle rencontrât la moitié d’une femme entière, ladite moitié étant bien sûr que maintenant nous appelons une « femme », ou qu’elle trouvât la moitié d’un « homme ». Ainsi l’espèce s’éteignait ». L’amour n’est que le résultat d’un manque : « C’est donc d’une époque aussi lointaine que date l’implantation dans les êtres humains de cet amour, celui qui rassemble les parties de notre antique amour, celui qui de deux êtres tente de n’en faire qu’un seul pour ainsi guérir la nature humaine ».

Chez Socrate, l’amour au-delà des discours, n’est pas une plénitude mais le manque absolu chez l’homme d’une partie de lui-même qu’il aspire à retrouver, ou le spleen de deviner le masque de Thanatos dans la relation d’objet alors qu’il visait à l’éternité. C’est pourquoi l’homme parle tant de l’amour, remplaçant par un discours imaginaire ce qu’il en est de la réalité fuyante du mirage. Éros, n’est que l’attirance trompeuse qui ne sert qu’à la résolution provisoire au manque :« Quiconque éprouve le désir de quelque chose, désire ce dont il ne dispose pas et qui n’est pas présent ; et ce qu’il n’a pas, ce qu’il n’est pas lui-même, ce dont il manque, tel est le genre de choses vers quoi vont son désir et son amour ». Au-delà du très célèbre texte du Banquet de Platon et de sa vision sur l’amour, se dessineront d’autres réflexions religieuses et philosophiques sur le phénomène amoureux. Nous ne prendrons comme exemple, dans notre réflexion, qu’Arthur Schopenhauer.
III- QUEL COUP TU NOUS FAIS ENCORE ARTHUR ?!

Non content de l’influence de l’Antiquité sur le concept d’amour et de la découverte dans de nombreux courants philosophique de l’existence du couple inséparable (le seul uni pour l’éternité, « à la vie à la mort » !) d’Éros et Thanatos, voilà qu’Arthur Schopenhauer (1788-1860) dans son remarquable ouvrage « Le monde comme volonté et comme représentation » (), publié en 1844, nous sort quelque chose de similaire venu du monde indien, du bouddhisme en particulier, et qui aura une influence capitale sur certains courants de la pensée occidentale, comme la psychanalyse évidemment.
A notre finalité en tant qu’espèce vivante par la mort s’introduit du même coup celui de l’amour, puisque l’amour est ce par quoi ici-bas apparaît la vie nous qui, sur notre terre, sommes entourés de planètes mortes. Il s’agit de notre mort, mais aussi de la disparition collective, ou en tout cas, son changement de nature, de forme. De sa réincarnation dans l’éternité du mouvement et du transformisme : les Gréco-Latins ornaient leurs tombeaux de scènes joyeuses et érotiques, pour signifier que la naissance et la mort des individus se neutralisent dans la vie éternelle de l’humanité.

Toute satisfaction ou tout bonheur ne sont que négatifs ou provisoires, car ils ne font que répondre à l’apaisement d’une tension douloureuse. A cet assouvissement succède aussitôt un autre besoin, à son tour momentanément apaisé dans le meilleur des cas, qui se traduit par l’amour de l’objet qui contribue à la disparition de la tension toujours permanente. Schopenhauer écrit : « La satisfaction que le monde peut donner à nos désirs ressemble à l’aumône donnée aujourd’hui au mendiant et qui le fait vivre assez pour être affamé demain » ! Pour le philosophe, l’amour n’est que le remerciement pour l’aumône du soulagement, de l’apaisement, de la douleur… Marie Xavier Bichat (1771-1802), médecin et chercheur, dira : « La vie n’est finalement que l’ensemble des forces qui résistent à la mort », dont l’arme qui est la plus employée est Eros. Dans ce but on ne rencontre aucune téléologie (10) : aucune fin ne nous éclaire ni ne nous guide, ne conduit ni ne domine le vouloir vivre. Là, règne seulement l’amour (total et non parcellaire) de faire passer la vie avant tout, sans égard à une fin, à une valeur philosophique de la vie, sans représentation ni conscience de ce qu’elle est. Ce « Primum Mobile » est aveugle, et dans cet instinct de survie, l’autre passe souvent au second plan, est secondaire, sauf s’il m’apporte un apaisement à la métaphysique de mon questionnement sur l’éternité de ma présence constante dans le transformisme des choses. Même si pour calmer mes angoisses, je me suis inventé une éternité fixe, sans mouvement et dans l’amour absolu d’un Dieu créateur qui serait à l’origine d’un sens à donner au chaos. Comme toute civilisation tente de le faire pour calmer ses tensions. D’où son amour pour les croyances apaisantes, même (et surtout peut-être !) si elles sont aberrantes…
IV- ON ARRÊTE TELLEMENT PAS DE S’AIMER EN MACONNERIE QUE CELA EN DEVIENT GÊNANT !
Je crois que l’un des lieux actuels où on parle autant d’amour est incontestablement la Franc-Maçonnerie. Il envahit les rituels et les planches. Même les Églises actuelles, après leurs bouleversements théologiques « genre Vatican II », n’oseraient plus utiliser ce vocable avec autant d’intensité !

N’allez pas croire une seconde que je critique le fait d’aimer ! Le piège serait qu’il devienne une obligation, une forme de « péché », qui contredirait l’idée pyramidale de la charité universelle obligatoire pour le Maçon et son remplacement hérétique par la compassion qui n’est que le sens du partage momentané d’une même nature, d’une égalité biologique limitée par notre fin et d’une interrogation métaphysique que l’on pourrait traduire, vulgairement, par « Au-delà des excuses que je me mitonne pour éliminer mes tensions, qu’est-ce que je peux bien foutre ici ! »
Bon, on n’est pas chez Sören Kierkgaard et bien sur l’amour existe ! Pas comme une plénitude mais comme un remerciement à l’autre qui, comme objet donne sens et soulagement à mes tensions et questions.
La Franc-Maçonnerie est, dans ce cas seulement, un lieu où le mot amour peut se vivre en reconnaissant nos manques et l’attente de l’autre, l’objet vivant ou intellectuel que je vais aimer par la reconnaissance au soulagement provisoire de mes tensions…
PEUT-ÊTRE QUE CE FONCTIONNEMENT AUQUEL NOUS NE POUVONS ÉCHAPPER DE PART NOTRE NATURE HUMAINE POURRAIT SE DÉNOMMER « AMOUR FRATERNEL » NON ?…
NOTES
(1) Kawabata Yasunari : Les belles endormies. Paris. Ed. Albin Michel. 1970.
(2) Freud-Pfister : Correspondance de Sigmund Freud avec le pasteur Pfister- 1909-1939. Paris. Ed. Gallimard. 1966. (Page 103).
(3) Freud Sigmund : Malaise dans la civilisation. Paris. PUF.1971. (Page 62).
(4) Freud Sigmund : Malaise dans la civilisation. Paris. PUF. 1971. (Page 66).
(5) Principe de Nirvana : Terme proposé à Freud par la psychanalyste britannique Barbara Low qui servira à désigner la tendance de l’appareil psychique à ramener à zéro toute quantité de tensions et désirs externes ou internes. Le terme « Nirvâna » sera utilisé et répandu en Occident par Schopenhauer. Ce terme bouddhique désigne l’extinction du désir humain, la fin de l’individualité qui se fond dans l’âme collective. Il est la représentation de la quiétude et du bonheur parfait. Il est intéressant de noter que dans de nombreuses religions l’image du paradis est un lieu sans désirs, tandis que l’enfer est le lieu de déchaînement du désir jamais satisfait (« L’enfer, c’est les autres » de Jean-Paul Sartre). Pour Freud, dans son « Au-delà du principe de plaisir », il verra dans ce concept de Nirvâna un mouvement vers l’homéostasie qui ressemble fort à sa définition de la pulsion de mort, ce lieu où, enfin, plus rien ne bouge, ou rien n’est troublé par le désir et la recherche du principe de plaisir.
(6) Sermon de Benarès dit des « Quatre vérités » par Bouddha :
« Voici, Ô moines, la vérité sainte sur la douleur : la naissance est douleur, la vieillesse est douleur, la maladie est douleur, la mort est douleur, l’union avec ce qu’on n’aime pas est douleur, la séparation d’avec ce que l’on aime est douleur, en résumé, les cinq sortes d’objets de l’attachement qui constituent le Moi (Le corps, les sensations, les représentations, les formations et la connaissance) sont douleur.
Voici, Ô moines, la vérité sainte sur l’origine de la douleur : c’est la soif de l’existence qui conduit de renaissance en renaissance, accompagnée du plaisir et de la convoitise, qui trouver çà et là son plaisir : la soif de plaisir, la soif d’existence, la soif d’impermanence.
Voici, Ô moines, la vérité sainte sur la suppression de la douleur : l’extinction de cette soif par l’anéantissement complet du désir, en bannissant le désir, en y renonçant, en s’en délivrant, en ne lui laissant pas de place.
Voici, Ô moines, la vérité sainte sur le chemin qui mène à la suppression de la douleur : c’est ce chemin sacré à huit branches qui s’appellent : foi pure, volonté pure, langage pur, action pure, moyens d’existence pure, application pure, mémoire pure, méditation pure ».
Freud, tout en trouvant dans le bouddhisme des rapprochements avec ses propres conceptions théoriques, restera sceptique sur la problématique suppression du désir lié aux pulsions internes, nécessitant une recherche d’objet pour décharger sur lui la tension, voire la douleur causée par ce qui s’inscrit dans la lutte permanente entre Éros et Thanatos. Dans le meilleur des cas, il peut y avoir un phénomène de « Sublimation » vers une décharge autre qu’un sujet réel. Mais ce phénomène de sublimation n’est pas réalisable par tous les sujets, d’où l’orientation possible et néfaste du sujet vers la névrose.)
(7) Dor Joël : Bibliographie des travaux de Jacques Lacan. Paris. Ed. Interéditions. 1983.
(8) Homosexualité : Bien entendu, il ne s’agit nullement de développer ici ce thème sociétal lié à une période bien définie et parfaitement régulée de la société grecque. De surcroît, une réflexion sur l’amour n’est nullement exclue de ce choix d’objet. Mais je ne résisterai pas à évoquer ici une anecdote : le doyen de l’une des principales universités du Texas demande, qu’avant enseignement, les professeurs excluent du Banquet certains passages qui pourraient amener des étudiants aux pratiques homosexuelles comme si cela relevait d’une maladie transmissible ! Nous pourrions peut-être rappeler à ce doyen qu’il faudrait également expurger la Bible, livre bourré d’un nombre impressionnant d’ignominies, surtout dans le domaine qu’il suggère d’éliminer… Par exemple nous ne ferons que citer l’attirance à peine voilée de David pour Jonathan (Samuel 18, 1-3) : « David avait achevé de parler à Saül. Et dès lors l’âme de Jonathan fut attachée à l’âme de David, et Jonathan l’aima comme son âme. Ce même jour Saül retint David et ne le laissa pas retourner dans la maison de son père. Jonathan fit alliance avec David, parce qu’il l’aimait comme son âme ». La Bible est décidément un livre bien dangereux qu’il conviendrait d’épurer sérieusement ou de carrément supprimer !
(9) Schopenhauer Arthur : Le monde comme volonté et comme représentation ». Paris. Ed. Félix Alcan. 1912.
(10) Téléologie : Etudes sur la finalité de l’homme. C’est une doctrine qui avance l’hypothèse que le monde est comme un système de rapports entre moyens et fins.
BIBLIOGRAPHIE
– Bellemin-Noël Jean : Psychanalyse et littérature. Paris. PUF. 1978.
– Braunschweig Denise et Fain Michel : Eros et antéros-Réflexions psychanalytiques sur la sexualité. Paris. Ed. Payot. 1971.
– Brisson Luc : Le Banquet de Platon et la question des commencements de l’humanité. Paris. Ed. Uranie 9. 2000.
– David Christian : L’état amoureux. Paris. Ed. Payot. 1971.
– Freud Sigmund : l’avenir d’une illusion. Paris. PUF. 1971.
– Groddeck Georg : Le livre du ça. Paris. Ed. Gallimard. 1973.
– Leguil Clotilde : Céder n’est pas consentir. Une approche clinique et politique du consentement. Paris. PUF. 2021.
– Ménissier Thierry : Eros philosophe. Une interprétation philosophique du Banquet de Platon. Paris. Ed. Kimé. 1996.
– Nacht Sacha : Guérir avec Freud. Paris. Ed. Payot. 1971.
– Platon : Le Banquet. Paris. Ed. Flammarion. 2007.
– Quignard Pascal : Le sexe et l’effroi. Paris. Ed. Gallimard. 1994.
– Robin Léon : La théorie platonicienne de l’amour. Paris. PUF. 1964.
– Schopenhauer : Métaphysique de l’amour/ Métaphysique de la mort. Paris. Union Générale d’éditions. 1964. – Vasse Denis : Le poids du réel, la souffrance. Paris. Ed. Du Seuil. 1983.
