La parole du Véné du lundi – « Vous avez certainement des Dédé chez vous »

Il n’existe plus un seul forum, un maigre article ou même un simple commentaire sur les réseaux qui n’évoque le problème de l’orgueil en franc-maçonnerie… chez les autres. Car, en effet, il est assez rare que l’on parle de son propre orgueil : c’est presque toujours la maladie d’autrui.

Le constat est alors le suivant : soit le problème est devenu une véritable épidémie sociétale, et la franc-maçonnerie tente désespérément d’en être le vaccin ; soit c’est la maçonnerie elle-même qui contribue à créer le problème, en donnant à certains « Dédé » (voir le sketch de Fabrice Eboué ci-dessous pour comprendre qui est Dédé) les moyens de croire que les imbéciles sont toujours les autres.

Pour s’en convaincre, il suffit de parcourir certains blogs maçonniques ou groupes Facebook pour les observer en action. En réalité, ils ne sont pas très nombreux dans la communauté maçonnique. Mais comme souvent, lorsqu’il y a cent personnes dans une pièce, il suffit de quatre ou cinq idiots pour en contaminer l’atmosphère. Si vous souhaitez vous en convaincre, allez repérer ces foyers de « Dédé », généralement installés sur des blogs se présentant comme subversifs — sous couvert d’information sur la maçonnerie ou l’antimaçonnisme — et lisez les commentaires qui y circulent : c’est effrayant de bêtise.

Avant de vous laisser regarder le sketch sur les « Dédé », qui ressemblent à de nombreux maçons que nous connaissons, je voudrais partager une autre remarque. Lorsque les apprentis arrivent en loge après leur initiation, ils sont pleins de doutes, ils écoutent, veulent apprendre et se montrent particulièrement agréables. Retrouvons-les trois ans plus tard, avec un tablier de maître : ils sont prêts à donner des leçons, ils savent tout, on ne peut plus les faire taire… bref, ils auraient peut-être dû rester apprentis. Dans notre loge, nous avons trouvé une solution à ce problème.

Nous initions les profanes en les affublant de tabliers dignes d’anciens grands maîtres anglais : rien ne manque. Le tablier est imposant, presque « d’un « maître » de large » ; s’y ajoutent chapeau, décors aux poignets, médailles, sautoir doré… Ils terminent ainsi leur initiation déguisés en véritables sapins de Noël. Puis, au fil des degrés, la technique consiste à leur retirer progressivement ces décors. Ainsi, un jour, on les retrouve Vénérable Maître totalement dépouillés, avec un simple tablier blanc et des gants assortis.

Dans la vidéo qui suit, remplacez « bistrot » par « loge » ou « réseau social maçonnique » : le sketch s’adapte parfaitement.

6 Commentaires

  1. En fait les illusionnistes de la franc-maçonnerie pensent qu’ils la connaissent mieux que quiconque, et ce qui est aberrant dans tout ça est qu’ils infligent toujours de mauvaises étiquettes à la franc-maçonnerie sans la connaître réellement.

  2. Je croyais que les franc macons étaient trop imbus d’eux mêmes et de leur système pour porter ce genre de jugement sur soi. Je suis agréablement surpris.

  3. Rien à redire après un commentaire si complet….sinon qu’il existe maintenant des associations de dédés qui se mettent en association, croient avoir inventé la laïcité en en faisant une « terre plate »…
    Quant au sketch d’Eboué il est tout simplement remarquable….
    Au fait a t il quelque chose à voir avec Félix?

  4. Mais qu’est-ce que tu as raison. C’est pour cette même raison que rester dans 《l’anonymat 》, reste une façon d’être pour éviter de se battre constamment contre des moulins. Mon évolution ou révolution est personnelle pour agir dans la cité en toute liberté. Rester ouvert à tout et faire la part des choses. Tout le monde est bon, tout le monde il est gentil! On est tous à certains moments des dédé.

  5. Merci Julien pour ce commentaire pertinent.
    On peut cheminer sur le chemin de la Maçonnerie.(ou de Compostelle), mais si on ne débarrasse pas son sac a dos personnel de ses scories, de ses métaux profanes (et des effets inutiles), , on n’avance vers la « connaissance » de soi meme et du monde …. V.I.T.R. I.O.L

  6. Le génie du sketch de Fabrice Éboué tient à ceci. Dédé n’est pas seulement Dédé. Dédé est une fonction. Un état d’esprit. Une manière de transformer une opinion courte en vérité définitive, une rumeur en doctrine, une suffisance en magistère.
    Et des DD, il y en a plein la franc-maçonnerie. Ils ne s’appellent pas tous Dédé. Cela marche avec tous les prénoms. André, Bernard, Michel, Jean-Pierre, Roger, Patrick ou Christophe.
    Le prénom change, le mécanisme demeure.
    C’est toujours le même frère persuadé d’avoir compris avant les autres, de voir ce que les autres ne voient pas, de détenir la clef cachée de la Tradition, du Rite, de la régularité, de la vraie maçonnerie, de la seule lumière valable.
    L’article touche juste lorsqu’il évoque ces apprentis encore disponibles, attentifs, fraternels, que quelques années, quelques décors et quelques titres suffisent parfois à transformer en petits souverains de parvis.
    Le passage sur les tabliers dignes d’anciens grands maîtres anglais est savoureux, mais il n’est pas qu’une caricature. Nous connaissons aussi en France cette tentation du décor qui déborde l’être, du sautoir qui remplace la pensée, du bijou qui tient lieu de silence intérieur.
    Et l’on retrouve souvent cette pathologie symbolique chez ceux qui confondent régularité et soumission, spiritualité et alignement, tradition et obéissance à une croyance imposée venue d’ailleurs.
    Dès lors, le Grand Architecte n’est plus un principe d’ouverture, mais un instrument de tri. La foi devient passeport. Le doute devient suspect. La liberté de conscience, pourtant cœur battant de l’initiation, se voit sommée de s’incliner devant une norme prétendument supérieure.
    Le vrai problème n’est donc pas le décor.
    Il est ce que le décor révèle quand il ne voile plus rien.
    Le tablier devrait rappeler le travail. Certains s’en servent comme d’un uniforme.
    Le sautoir devrait signifier une charge. Certains y cherchent une revanche.
    La médaille devrait dire le service. Certains y entendent le bruit de leur propre importance.
    Fabrice Éboué nous fait rire des Dédé du bistrot.
    La franc-maçonnerie devrait nous apprendre à reconnaître nos DD de loge, nos DD de réseaux, nos DD de commentaires, nos DD de chapelle, nos DD de régularité autoproclamée. Et peut-être, plus difficile encore, le DD qui sommeille parfois en chacun de nous.
    Car l’initiation ne consiste pas à devenir plus décoré que les autres.
    Elle consiste à devenir moins encombré de soi-même.
    TAF

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Alexandre Jones
Alexandre Jones
Passionné par l'Histoire, la Littérature, le Cinéma et, bien entendu, la Franc-maçonnerie, j'ai à cœur de partager mes passions. Mon objectif est de provoquer le débat, d'éveiller les esprits et de stimuler la curiosité intellectuelle. Je m'emploie à créer des espaces de discussion enrichissants où chacun peut explorer de nouvelles idées et perspectives, pour le plaisir et l'éducation de tous. À travers ces échanges, je cherche à développer une communauté où le savoir se transmet et se construit collectivement.

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