Une nouvelle commanderie templière en France – Le Temple renaît-il vraiment de ses cendres ?

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Source du Midi Libre

Le quotidien Midi Libre annonce la création d’une nouvelle commanderie contemporaine confiée à Fra Jacques Sarrot. Derrière le manteau blanc et la croix pattée se réveille l’un des imaginaires les plus puissants de l’Occident chrétien. Mais entre l’Ordre médiéval supprimé en 1312, les résurgences chevaleresques modernes et les constructions symboliques de la Franc-Maçonnerie, une indispensable mise au point s’impose. Car le Temple peut renaître comme idéal ; il ne saurait être ressuscité par un simple acte administratif.

Quand la croix pattée reprend racine

Les Templiers seraient-ils de retour en France ?

À en croire l’annonce publiée le 26 juillet 2026 par Midi Libre, Fra Jacques Sarrot a reçu l’acte officiel de création d’une nouvelle commanderie, assumant ainsi la responsabilité de cette implantation templière contemporaine. L’information demeure succincte, mais les mots suffisent à faire surgir tout un monde : commanderie, commandeur, chevalerie, manteau blanc, croix rouge, fidélité et service. 

Peu d’ordres médiévaux continuent d’exercer une telle fascination. Les Hospitaliers ont survécu sous différentes formes historiques, notamment à travers l’Ordre souverain de Malte. Les chevaliers teutoniques possèdent également une continuité institutionnelle identifiable. L’Ordre du Temple, en revanche, appartient depuis plus de sept siècles à l’Histoire – et davantage encore au royaume du mythe.

C’est précisément cette disparition qui lui a conféré une étrange immortalité. Ce que l’institution a perdu en existence juridique, elle l’a gagné en puissance imaginaire.

« L’Histoire laisse passer les symboles, non les certificats de succession »

Commençons par poser l’équerre sur la légende.

Fondé au début du XIIᵉ siècle et reconnu lors du concile de Troyes en 1129, l’Ordre du Temple constituait un ordre religieux et militaire voué notamment à la protection des pèlerins et à la défense des États latins d’Orient. Ses membres ne formaient pas une société secrète, mais une institution de l’Église, soumise à une règle, reconnue par la papauté et insérée dans les structures politiques, religieuses et économiques de la chrétienté.

Arrêtés en France à partir du 13 octobre 1307 sur ordre de Philippe le Bel, les Templiers furent soumis à un procès où se mêlèrent accusations religieuses, intérêts politiques et convoitises patrimoniales. Le 22 mars 1312, au concile de Vienne, le pape Clément V supprima l’Ordre sans prononcer contre lui une condamnation doctrinale définitive. La majeure partie de ses biens fut transférée aux Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. 

Une commanderie médiévale n’était d’ailleurs pas seulement une forteresse peuplée de chevaliers en armes. Elle constituait une maison religieuse, agricole, administrative et économique, exploitant des terres, accueillant des Frères et produisant des ressources destinées à soutenir les missions de l’Ordre. Les archives de ces établissements ont largement été intégrées aux fonds hospitaliers après 1312. 

La nouvelle commanderie évoquée aujourd’hui ne peut donc être considérée comme la continuation juridiquement démontrée de l’Ordre médiéval. Elle appartient à la famille nombreuse des résurgences templières modernes, associations chevaleresques, fraternités chrétiennes ou organisations philanthropiques qui se réclament de son idéal.

Cela n’enlève rien, en soi, à la sincérité de leurs membres. Mais l’honnêteté historique oblige à distinguer l’héritage spirituel revendiqué de la filiation institutionnelle prouvée.

Pourquoi le Temple refuse-t-il de mourir ?

Le Templier réunit deux figures que tout paraît opposer : le moine et le guerrier.

Les mystères du trésor des Templiers - Image générée par Intelligence Artificielle (IA)
Les mystères du trésor des Templiers – Image générée par Intelligence Artificielle (IA)

L’un s’agenouille, l’autre se tient debout. L’un prie dans le silence du cloître, l’autre chevauche dans le tumulte du monde. L’un renonce aux possessions, l’autre manie l’épée. Pourtant, dans l’idéal templier, ces deux dimensions sont appelées à s’unir.

C’est probablement là que réside la force initiatique de son image. Le véritable combat ne se livre pas seulement devant les murailles de Jérusalem. Il se déroule au-dedans de l’être, contre la peur, la vanité, l’ignorance, la cupidité et le désir de domination.

L’épée cesse alors d’être une arme de conquête pour devenir le symbole du discernement. Elle tranche entre le vrai et le faux, l’essentiel et l’accessoire, la lumière et les ombres intérieures. Le manteau blanc rappelle la purification recherchée ; la croix rouge, le sacrifice et la transformation par l’épreuve.

Quant à la commanderie, elle peut être comprise comme une image de l’être réordonné. Il faut en garder la porte, nourrir ceux qui y trouvent refuge, cultiver ses terres et veiller à ce que le sanctuaire ne soit pas envahi par les passions profanes.

Mais le symbole est exigeant. Revêtir un manteau ne suffit pas à dépouiller le vieil homme.

La Franc-Maçonnerie et le Temple – Une filiation de l’esprit, non du sang

La Franc-Maçonnerie connaît bien la puissance de cette mémoire templière.

Au XVIIIᵉ siècle, plusieurs systèmes de hauts grades cherchèrent à rattacher symboliquement les Francs-Maçons aux chevaliers dispersés après la suppression de l’Ordre. La Stricte Observance templière, développée autour du baron von Hund, prétendit même détenir une filiation secrète et travailler à la restauration du Temple. Elle exerça une influence considérable sur la Maçonnerie chevaleresque européenne. 

Le Régime Écossais Rectifié, organisé sous l’impulsion de Jean-Baptiste Willermoz et structuré notamment lors des convents des Gaules de 1778 et de Wilhelmsbad en 1782, reçut une partie de cet héritage. Mais il procéda à une véritable rectification : la prétention à reconstituer matériellement l’ancien Ordre fut progressivement abandonnée au profit d’une chevalerie morale, chrétienne et bienfaisante. 

Le Chevalier ne devait plus reconquérir une terre, mais participer à la restauration de l’Homme.

Ainsi, la Franc-Maçonnerie ne descend pas historiquement des Templiers. Aucune chaîne documentaire continue ne relie les chevaliers de Jacques de Molay aux premières Loges spéculatives des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles. Elle a cependant recueilli, médité et transmuté leur légende.

Elle n’a pas hérité de leurs archives ; elle a travaillé leur archétype.

La différence est essentielle. Une filiation historique se démontre. Une filiation symbolique se vit.

Une commanderie ne vaut que par ce qu’elle commande en nous

L’apparition d’une nouvelle commanderie n’appelle donc ni moquerie systématique ni adhésion crédule. Elle invite plutôt à poser quelques questions simples.

Que souhaite-t-elle accomplir ? Défendre un patrimoine ? Servir les plus fragiles ? Entretenir une spiritualité chrétienne ? Favoriser le dialogue, la fraternité et la paix ? Transmettre une éthique chevaleresque adaptée au monde contemporain ?

Ou bien se limitera-t-elle à distribuer des titres, organiser des cérémonies et multiplier les photographies en manteaux d’apparat ?

L’authenticité d’une œuvre templière moderne ne saurait se mesurer à l’ancienneté proclamée de ses parchemins, à la longueur de ses titulatures ou au nombre de croix figurant sur ses bannières. Elle se juge à ses fruits : humilité, charité, fidélité, transparence et service.

L’ancienne commanderie produisait du blé, élevait des troupeaux, administrait des domaines et soutenait une mission. La commanderie contemporaine doit, elle aussi, produire quelque chose. Non plus nécessairement des récoltes matérielles, mais de la fraternité, du secours et de l’espérance.

Sans cela, la croix pattée risque de devenir un logo, le manteau un costume et le Temple un théâtre.

Le manteau blanc ne garantit pas la blancheur du cœur

Cette nouvelle fondation révèle finalement moins le retour des Templiers que la permanence de notre besoin de chevalerie.

Dans un monde désorienté, fragmenté et souvent réduit au règne de l’immédiateté, l’idée d’un engagement durable, d’une parole donnée, d’une discipline intérieure et d’un service désintéressé conserve une singulière puissance. Le succès des résurgences templières exprime peut-être cette nostalgie d’une verticalité perdue.

Encore faut-il ne pas confondre la hauteur avec la parade.

Le véritable Templier n’est pas celui qui se proclame héritier des chevaliers disparus. C’est celui qui accepte de monter la garde devant le sanctuaire de sa conscience. Il ne conquiert plus Jérusalem par le glaive ; il tente d’en édifier la paix au-dedans de lui et autour de lui.

Un acte peut créer une commanderie. Seuls le temps, l’œuvre accomplie et la qualité des hommes et des femmes qui la composent pourront en faire un véritable Temple.

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Pierre d’Allergida
Pierre d’Allergida
Pierre d'Allergida, dont l'adhésion à la Franc-Maçonnerie remonte au début des années 1970, a occupé toutes les fonctions au sein de sa Respectable Loge Initialement attiré par les idéaux de fraternité, de liberté et d'égalité, il est aussi reconnu pour avoir modernisé les pratiques rituelles et encouragé le dialogue interconfessionnel. Il pratique le Rite Écossais Ancien et Accepté et en a gravi tous les degrés.

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