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Douze principales obédiences maçonniques françaises viennent d’adresser une protestation solennelle au président de la République, au garde des Sceaux et au Collège de déontologie des magistrats. En cause : l’avis n° 2026-27, qui présenterait l’appartenance maçonnique d’un magistrat comme « incompatible » avec sa fonction ou, à tout le moins, comme appelant de « réserves importantes ». Les signataires y voient non une simple exigence déontologique, mais le retour inquiétant d’une suspicion collective fondée sur l’appartenance associative.
Une réaction collective inédite

Le texte rassemble un spectre particulièrement large de la maçonnerie française. Le Grand Orient de France, la Grande Loge Nationale Française, la Grande Loge de France, la Fédération française du Droit humain, la Grande Loge féminine de France, la Grande Loge de l’Alliance maçonnique française, ainsi que plusieurs obédiences mixtes, indépendantes, spiritualistes et traditionnelles, ont choisi de parler d’une même voix (liste en fin d’article).
Cette unité est en elle-même un événement. Les obédiences françaises ne partagent ni les mêmes références, ni la même conception du travail initiatique, ni les mêmes positions sur la mixité, la spiritualité, la place du Grand Architecte de l’Univers ou l’engagement dans la cité. Mais elles se retrouvent ici sur une ligne simple : un citoyen ne saurait être frappé d’une suspicion générale à raison de son appartenance à une association licite.
Leur inquiétude porte moins sur le contrôle normal des conflits d’intérêts que sur le glissement possible d’une vigilance légitime vers une présomption. Autrement dit, il est parfaitement recevable d’examiner les liens concrets, les relations particulières, les intérêts en cause ou les situations susceptibles d’altérer l’impartialité d’un juge. En revanche, qualifier globalement la qualité de franc-maçon d’« incompatible » avec l’exercice de la magistrature revient à faire de l’appartenance elle-même un motif de défiance.
Or, l’appartenance à une organisation, même connue pour sa discrétion, ne démontre par elle-même ni collusion, ni partialité, ni intérêt personnel. L’analyse pertinente doit porter sur des faits vérifiables : une affaire précise, une relation directe, un avantage, une intervention, un conflit d’intérêts identifiable. La seule étiquette ne peut suffire.

Le point sensible : impartialité ou présomption ?
La justice impose aux magistrats une exigence élevée d’indépendance, d’impartialité et de probité. Cette exigence ne se discute pas. Elle protège les justiciables, garantit la confiance dans les décisions rendues et constitue l’un des piliers de l’État de droit.
Mais les obédiences signataires estiment que l’avis du Collège de déontologie franchirait une limite en laissant entendre que l’engagement maçonnique serait, en lui-même, incompatible avec la fonction de juger. Une telle approche soulève une question de principe : doit-on apprécier un magistrat selon ses actes, sa situation objective et son comportement professionnel, ou selon les appartenances privées qu’il partage avec des milliers d’autres citoyens ?
C’est tout l’enjeu du conflit entre deux visions de la déontologie.
| Une déontologie fondée sur les faits | Une déontologie fondée sur la suspicion d’appartenance |
|---|---|
| Elle recherche un conflit d’intérêts concret | Elle déduit un risque général d’une qualité personnelle |
| Elle impose le déport lorsqu’un lien précis met l’impartialité en cause | Elle rend l’appartenance elle-même suspecte |
| Elle s’applique à tous les réseaux ou engagements : associations, syndicats, partis, cultes, cercles professionnels | Elle cible une catégorie particulière d’association |
| Elle sanctionne un comportement ou une situation objectivable | Elle peut aboutir à une forme de tribunal des appartenances |

Pour les obédiences, la seconde logique serait difficilement conciliable avec les libertés publiques. Elles rappellent que la liberté d’association, la liberté de conscience, la liberté d’opinion et le principe d’égalité ne sont pas des libertés conditionnelles : elles protègent aussi les opinions, les appartenances et les engagements qui dérangent, intriguent ou suscitent la méfiance.
L’enjeu ne concerne donc pas exclusivement la Franc-maçonnerie. Si un citoyen peut être regardé comme moins apte à exercer une fonction publique parce qu’il appartient à une association licite, la question se pose inévitablement pour d’autres formes d’engagement : syndical, philosophique, religieux, politique, mutualiste ou culturel. L’État de droit ne se mesure pas à la manière dont il protège les affiliations consensuelles, mais à sa capacité à défendre les libertés lorsque celles-ci deviennent impopulaires.
Une mémoire française douloureuse
Les mots employés par les obédiences – « doctrine de suspicion et d’exclusion », « pages les plus sombres de notre histoire nationale » – ne sont pas choisis au hasard. La France a connu des périodes durant lesquelles l’appartenance maçonnique a servi de critère de fichage, de mise à l’écart, de discrimination professionnelle, voire de persécution.
Sous le régime de Vichy, les lois antimaçonniques ont notamment entraîné la dissolution des obédiences, la saisie de leurs biens et l’exclusion de nombreux francs-maçons de fonctions publiques. Le soupçon porté sur la Maçonnerie ne relevait pas seulement de la polémique : il s’est traduit par des dispositifs administratifs et politiques visant des personnes à raison de leur appartenance réelle ou supposée.
C’est pourquoi les signataires refusent toute résurgence d’un raisonnement collectif : être franc-maçon ne peut devenir, de façon automatique, un élément à charge. La prudence déontologique est nécessaire; l’assignation identitaire est dangereuse. Entre les deux, il existe une frontière que la République doit préserver.
Cette vigilance est d’autant plus importante que l’antimaçonnisme contemporain se nourrit souvent de vieilles représentations : l’idée d’un « réseau » omnipotent, d’une solidarité occulte qui commanderait les décisions publiques, ou d’une influence cachée qui dispenserait de toute preuve. Or une information relative à une appartenance, même lorsqu’elle peut relever de l’intérêt général dans certaines circonstances, ne constitue jamais à elle seule la preuve d’une collusion ou d’un conflit d’intérêts.
Trois courriers, trois demandes
Les obédiences ont articulé leur démarche autour de trois interventions distinctes.

D’abord, elles demandent au président de la République de veiller à ce que les instances de l’État et les comités déontologiques ne se transforment pas en « tribunaux de conscience ». La formule vise à rappeler que l’État laïque n’a pas à trier les citoyens selon la respectabilité supposée de leurs convictions philosophiques ou de leurs appartenances associatives.
Ensuite, elles sollicitent le garde des Sceaux afin que le Conseil supérieur de la magistrature, dans sa formation plénière, se prononce sans ambiguïté sur cette question. Elles souhaitent que l’autorité constitutionnelle chargée de concourir à l’indépendance de la magistrature fixe une position claire : l’appartenance maçonnique n’emporte pas, par nature, incompatibilité avec les fonctions judiciaires.
Enfin, les obédiences ont saisi le président et les membres du Collège de déontologie des magistrats. Leur demande est précise : l’engagement des magistrats francs-maçons doit être apprécié selon les mêmes critères que celui de tout autre citoyen. Cela signifie qu’un magistrat doit se déporter quand une situation concrète l’exige, déclarer les intérêts pertinents et éviter toute confusion entre liens privés et devoirs publics; mais il ne doit pas subir une présomption défavorable attachée à la simple nature de l’association dont il est membre.
Défendre la justice sans discriminer
Le débat est donc plus subtil que l’alternative caricaturale entre secret et transparence. Les magistrats ne sont pas au-dessus des règles déontologiques, et la Franc-maçonnerie ne saurait être placée hors du champ de l’examen public lorsqu’un conflit concret peut exister. Mais la même règle doit valoir pour tous.
La bonne méthode consiste à distinguer trois niveaux :
- L’appartenance, qui relève en principe de la liberté associative et de la vie privée.
- Le lien spécifique entre un magistrat et une personne, une partie, un avocat, une entreprise ou un dossier.
- Le conflit d’intérêts, qui apparaît lorsqu’un intérêt privé ou une relation particulière est de nature à compromettre l’impartialité, ou à faire raisonnablement douter de celle-ci.
C’est au troisième niveau que doit intervenir le contrôle déontologique. Non au premier, sauf à installer une police des consciences où certaines appartenances seraient tolérées et d’autres intrinsèquement suspectes.
Les obédiences ne demandent donc pas une immunité. Elles demandent l’égalité de traitement. Elles ne contestent pas le devoir d’impartialité des magistrats; elles rappellent que celui-ci doit se fonder sur des circonstances objectives, non sur des fantasmes collectifs. Elles ne réclament pas le droit à l’opacité; elles refusent que la transparence devienne le prétexte à une exclusion.
Une alerte républicaine

Au-delà de la controverse immédiate, cette mobilisation collective pose une question essentielle à la démocratie française : peut-on être pleinement citoyen, pleinement libre et pleinement serviteur de l’État tout en appartenant à une organisation philosophique ou fraternelle licite ?
La réponse devrait être évidente. Oui, à condition que l’exercice de la fonction publique reste gouverné par la loi, l’impartialité, la déclaration des intérêts utiles et, lorsque cela est nécessaire, le déport. Tout le reste relève d’une confusion entre la vigilance démocratique et le soupçon généralisé.
Les douze obédiences signataires veulent précisément empêcher cette confusion. À travers leurs courriers, elles défendent certes leurs membres, mais elles soulèvent une alerte qui dépasse très largement leurs temples : dans une République attachée à la liberté de conscience, nul ne devrait être condamné par avance à raison de l’association légale à laquelle il appartient.
Signataires : Grand Orient de France, Grande Loge Nationale Française, Grande Loge de France, Fédération Française du Droit Humain, Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française, Grande Loge des Cultures et de la Spiritualité, Grande Loge Féminine de France, Grande Loge Indépendante de France, Loge Mixte de France, Grande Loge Mixte Memphis-Misraïm, Grande Loge Mixte Universelle, Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra
Communiqué de presse de la GLFF


Bonjour.
La probité serait-elle plus en loge ou dans un Palais de la justice, ou l’inverse si vous voulez ?
L’intérêt serait-il élagué chez un magistrat ou homme de loi, plus que chez un franc-maçon ?
Un magistrat lui-même FM servira-t-il objectivement la loi dans une affaire qui concerne des FM entre-eux ou un FM envers sa loge ou son obédience ?
Ayant vécu ce type de situation comme FM, je peux vous dire que la vérité en loge est vite mise sur le parvis par la coalition hypocrite interne d’une loge, et au-delà au niveau de l’obédience qui ne désire surtout pas que l’affaire remonte déjà jusqu’au TVGM. Le Frère inspecteur régional se transforme alors en tampon et en inquisiteur. La torture est beaucoup plus subtile en interne. On sacrifie le verbe vrai encore en loge.
Allez consulter un avocat attaché à un Palais de justice dans un affaire grave, et vous verrez un mur devant vous si ce conseillé est lui-même un frangin, et s’il ne l’est pas c’est idem connaissant bien ses confrères et la magistrature en place…. Et selon les juges qu’il aura en face de lui, il vous refusera le dossier même en ayant les éléments gagnants en mains ou ne répondra plus à la suite de votre dossier… On ne veut pas de vagues publiques quand il s’agit de la FM ni se mouiller pour sa carrière en justice.
A chacun de voir maintenant ce qui est à interdire ou pas, surtout pour ceux qui n’ont pas encore suffisamment taillé leur pierre pour tenir la balance de la réelle justice tenue dans les Palais de la république et dans les loges.
Fraternellement
Je demande à ce que les magistrats catholiques membres d’une paroisse se déclarent, Même chose pour les protestants, les juifs et les musulmans. Pour ne pas faire de jaloux et ne pas tomber dans la discrimination, les athés et les agnostiques devront en faire de même.
Triste époque, on ferait mieux de demander quels sont les magistrats pétainistes de ceux qui ne le sont pas.
Le meilleur moyen pour lever ces horribles suspicions qui semblent vous offusquer est de cesser de se cacher derrière des prétextes fallacieux de persécution et dévoiler son appartenance maçonnique.
Comme l’exemple de la loge Athanor l’a démontré, comme l’enquête actuelle sur les liens maçonniques dans l’attribution des contrats du CHU de Nîmes le laissent supposer, oui des frères et de soeurs peuvent s’entendre lors de leurs agapes pour contourner ou violer les lois
Par extension, pourquoi les magistrats maçons seraient exemptés de soupçons de collusion, résumé par ce « à moi, fils de la Veuve! » ou par une signature 3 Points sur une requête en solidarité pour protéger ou favoriser une partie plus qu’une autre, ou un accusé plus qu’un plaignant profane, un frère pédopathe face à une mère qui veut protéger son enfant
Dans ce domaine les exemples ne manquent pas, d’où la décision de refuser le témoignage public de Jacques Thomet en Commission d’enquête, je suppose
On pourrait citer également les mystérieuses disparitions de pièces à conviction des scellés, la faute à pas de chance certainement, comme dans l’affaire des séquestrées d’Apoigny dont celle du fameux « carnet noir » compromettant …
La disparition « inexpliquée » et fort opportune des pièces à conviction dans l’affaire du meurtre de Souheil El Khalfoui en 2022
Quelle chance pour la défense, non ?
Il me semble également qu’en Italie le GOI est soupçonné par la Justice d’accueillir en son sein des mafieux et que loin de vouloir aider la Justice à éliminer cette pieuvre, vos Frères ont été réclamer le maintien « du secret de l’appartenance » à la CEDH (en appel actuellement).
Le secret de l’appartenance au dessus de la recherche de la justice et de la vérité
Et vous voudriez qu’on prenne au sérieux votre contestation ?
Carrément !
Ce n’est plus du soupçon, ce sont de graves accusations sans fondement.
Nous ferions disparaitre des pièces à conviction ?
Pourquoi pas celles sur la Scientologie par exemple, que nous combattons depuis des décennies ?
Evidemment qu’il y a des brebis galeuses, mais vous exterminez tout le troupeau !
Question subsidiaire : un juge d’origine maghrebine doit-il être dessaisi si un accusé est musulman ?
Evidemment non !
Bref vous êtes à côté de la plaque…
Les maçons ! Bientôt les juifs et les métèques ? Ça rappelle une époque on dirait. Ceci dit, il y a un peu plus d’un siècle certains ont⁰ bien tenté de ficher les cathos… Il y en a pour tout le monde ! Mais en paraphrasant Coluche si tu es tout ça à la fois ton avenir devrait être encore plus compliqué.
Article très intéressant, et j’en soutiens ses positions. Mais n’y avait-il pas eu, il y a quelques années, à Marseille, un problème qui n’y est pas évoqué dans lequel des membres de la GLNF étaient impliqués ?