Heinrich-Friedrich-Karl Stein (1757-1831), ministre d’État de la Prusse mais aussi compagnon de route du tsar Alexandre Ier de Russie, fonde les Monumenta Germaniae Historica (MGH), l’institut de recherche sur le Moyen Âge, le 20 janvier 1819.
Les Monumenta Germaniae Historica
Les Monumenta Germaniæ Historica (abrégé en MGH), ou plus précisément les Monumenta Germaniæ Historica (Deutsches Institut für Erforschung des Mittelalters ; Institut allemand pour l’étude du Moyen Âge), sont un institut de recherche sur le Moyen Âge, fondé par le baron vom Stein en 1819. Cet institut est installé à Munich depuis 1949.
L’expression latine Monumenta Germaniæ Historica désigne surtout l’imposante collection de sources écrites de l’Antiquité tardive et du Moyen Âge éditée par cet institut. Le premier responsable de la collection fut Georg Heinrich Pertz de 1823 à 1874. L’institut édite aussi une revue spécialisée en histoire médiévale, le Deutsches Archiv für Erforschung des Mittelalters (DA).
Vom Stein
Avec près de 300 volumes, les MGH constituent l’édition de référence pour une part importante des textes du Haut Moyen Âge occidental, et un symbole de l’érudition allemande.
Les Monumenta Germaniæ Historica ont été fondés dans le contexte du nationalisme romantique allemand, comme en témoigne sa devise : « Sanctus amor patriae dat animum », soit « Que l’amour sacré de la patrie donne courage ».
Vom Stein
Heinrich Friedrich Karl Reichsfreiherr vom und zum Stein, Franc-Maçon
Le baron Charles Henri de Stein (1757-1831) est un homme d’État et un réformateur prussien qui fut ministre d’État de la Prusse. En vérité, nous savons peu de choses sur ses jeunes années.
Sa jeunesse
Goethe par Stieler, 1828.
Ses quinze premières années se déroulèrent de façon paisible, dans la petite ville de Nassau. Sa mère lui inculque la piété calviniste et lui fera même rencontrer Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832), entre autres auteur du célèbre conte symbolique Le serpent vert, un jour de 1776.
Ayant appartenu à la Franc-Maçonnerie pendant cinquante-deux ans, l’immense poète Goethe – initié en juin 1780 au seine de la Loge « Anna-Amalia aux trois roses » à l’Orient de Weimar –, homme libre, aexploré tous les chemins de la connaissance et a constitué la charnière entre la culture classique et le romantisme.
1957, timbre de l’Allemagne de l’Ouest célébrant le bicentenaire de la naissance de Stein.
Ayant atteint l’âge de 15 ans, le jeune Stein est inscrit, en octobre 1773, à l’Université de Göttingen. Il y mène une vie studieuse, suivant les cours de droit et d’économie et y reçoit la formation qui fera de lui, plus tard, l’homme d’État. Quatre ans plus tard, ses parents envoient Stein à Wetzlar, siège du tribunal de l’Empire, pour mettre à profit ce qu’il a appris à Göttingen, et, surtout, élargir ses connaissances.
10 000 mark, 1923, monnaie de nécessité (notgeld) émis par l’État de Westphalie en 1923 à l’effigie de Karl vom Stein (45 mm), avers.
Il reste un acteur incontournable de la politique du début du XIXe siècle pour lequel un nouvel idéal d’État découlait de la doctrine de l’humanité. L’homme qui, à l’époque des nombreuses patries, prononça le mot révolutionnaire pour l’époque : « Je n’ai qu’une patrie, c’est l’Allemagne ». Rappelons que la Loi fondamentale pour la République fédérale d’Allemagne (Grundgesetz für die Bundesrepublik Deutschland, GG) est la constitution de l’Allemagne qui date du 8 mai 1949 , d’abord pour les Länder de l’Ouest, puis depuis la réunification du pays le 3 octobre 1990 pour le pays entier…
Tsar Alexandre Ier dont Stein est le conseiller à partir de 1812
Vom Stein fut un ministre hors pair dans la gestion des finances et des impôts, mais aussi le libérateur des paysans, qui exigea d’ailleurs de Frédéric Guillaume III une autre position des ministres par rapport au roi, ainsi que la suppression du gouvernement secret de cabinet (shadow cabinet, en français cabinet fantôme) et une participation juridiquement ordonnée des représentants du peuple à la législation. Avec Karl August von Hardenberg (1750-1822), diplomate allemand et ministre des Affaires étrangères puis chancelier du royaume de Prusse pendant les guerres de la Révolution et les guerres napoléoniennes, il réalisa la grande œuvre de réforme prussienne qui fit de lui la « pierre angulaire de la liberté allemande ». Il fut, en collaboration avec Frey), le créateur du règlement des villes. Alors qu’il travaillait à la Cour d’appel de Wetzlar, il devint – probablement en 1778 – membre de la loge « Joseph zu den drei Helmen ».
Monument à la mémoire de Stein à Spandau.
Traité avec grande ingratitude par son souverain, mis au ban par Napoléon qui disait de lui « Le nommé Stein ! », il dut s’enfuir en Autriche en 1809 et fut dénoncé au gouvernement viennois comme un « dangereux illuminateur et novateur », mais aussi comme un « homme doué d’un esprit de maçon ».
Blason Loge « Aux trois Heaumes »
Sa réception
L’hiver 1777-1778, il entre en Franc-Maçonnerie, dans la Respectable Loge « Aux trois Heaumes », et fait un voyage en France. En 1780, après avoir fait une courte visite à Vienne, en Styrie, un Land d’Autriche, et en Hongrie, et arrive à Berlin…
Le temple
A priori, la Loge « Zu den drei Helmen », soit en français « Aux trois Heaumes »qui donna la lumière à Stein, matricule N° 51, aurait été fondée en 1767, à l’Orient de Wetzlar, ville d’Allemagne située dans le Land de Hesse, connue pour être l’un des lieux de résidence de Goethe.
Avant tout, qu’est-ce qu’un lieu symbolique ?Peut-être pourrions-nous retenir la vision du géographe Jérôme Monnet, professeur et co-directeur de l’École d’Urbanisme de Paris, qui écrit, dans un article reprenant sa conférence prononcée à Rio de Janeiro le 27 août 1997 – à l´invitation de l´École de Service Social de l´Université Fédérale de Rio de Janeiro –,
Jéröme Monnet
« … Les relations entre l´espace, le pouvoir et l´identité sont nécessairement médiatisées par des symboles. Un symbole étant une réalité matérielle (un bâtiment, une statue, une pièce de monnaie, etc.) qui communique quelque chose d´immatériel (une idée, une valeur, un sentiment…), le lieu du pouvoir serait ainsi par définition un lieu symbolique, à la fois porteur de pouvoir dans l´ordre spatial et porteur de l´espace dans l´ordre du pouvoir.Les médiations symboliques entre ces différents ordres de la réalité ne se produisent et ne comprennent donc que dans le contexte où elles apparaissent. Un lieu peut être considéré comme « symbolique » dans la mesure où il signifie quelque chose pour un ensemble d´individus ; ce faisant, il contribue à donner son identité à ce groupe… »
Symbole de reconnaissance
Étymologiquement, le mot symbole vient du latin symbolum, « symbole de foi », symbolus, « signe de reconnaissance », du grec sumbolon. Dans la Grèce antique, le « symbolon » était un morceau de poterie qui était brisé en deux et qu’on donnait à deux ambassadeurs de cités alliées pour se reconnaître. C’est aussi le « Jeter ensemble ». Dans l’Antiquité, deux personnes qui passaient un contrat ensemble cassaient un morceau de poterie. Chacun en gardait un bout. Quand les contractants se revoyaient, ils lançaient leurs fragments de tessère brisée respectifs afin de se reconnaître. Ils « jetaient ensemble », « sumballein » en grec ancien. Par extension, les deux petits morceaux de poterie furent appelés « sumbola ». Ces mots sont à l’origine de notre « symbole » moderne.
Dénezé-sous-Doué, le bourg vue depuis l’église Saint-Aubin
Mais revenons à Dénezé-sous-Doué, commune située dans le département de Maine-et-Loire, en région Pays de la Loire, 22 km de Saumur. Village d’Anjou situé au coeur du Pays saumurois, Dénezé-sous-Doué vous accueille à travers ses paysages variés, son riche patrimoine ponctué de sites troglodytiques.
Saugré, dolmen et la Pierre couverte
Un peu d’histoire… communale
Les dolmens de Saugré et de la Pierre couverte témoignent d’une présence humaine à l’époque de la Préhistoire.
Au Xe siècle, les Normands ont envahi la vallée de la Loire si bien que les indigents (habitants) pour se protéger de ces « barbares », ont creusé des souterrains dans le tuffeau, notamment à Dénezé. Récemment, ont été découverts des souterrains lors de travaux d’assainissement sous la route départementale 69.
Blason – L’Anjou porte d’azur à trois fleurs de lis d’or à la bordure de gueules.
Aux XIe et XIIe siècles, les moines de St-Hilaire St-Florent – abbatiale consacrée en 1041 – se mirent à défricher le village qui était principalement boisé et se mirent à cultiver la terre, à construire des habitations et l’église.
À partir du XIVe siècle, les habitants vivaient en cave appelées « troglodytes ».
À partir du XVIe jusqu’au XXe siècle, les habitants ont extrait des pierres de tuffeau afin de bâtir leurs demeures, celles que l’on peut découvrir actuellement.
En 1974, a été redécouvert la cave aux sculptures dont les sculptures évoquent la période des guerres de religions. Aujourd’hui, aucun élément d’archives ne nous permet de dater ces sculptures.
Ce lieu reste un mystère.
Pour mémoire, Dénezé vient de Danatus, nom du propriétaire d’une villa gallo-romaine – la terminaison -us apparait dans certaines déclinaisons en latin et que cette finale est fréquente pour les noms latins ; par exemple le prénom Alain pourrait venir du latin Alanus. Ce nom a évolué et est devenu à l’époque carolingienne Danziacum, en 1082 Danezei puis en 1150 Dénézé.
La cave aux sculptures de Dénezé-sous-Doué, œuvre unique en Occident, est située au cœur d’un site troglodytique important. L’origine de ces sculptures est entourée d’un véritable mystère… Les archives n’ont pas encore livré suffisamment d’indices pour permettre d’affirmer de façon irréfutable que les sculptures sont contemporaines du XVIe, du XVIIe ou encore du XVIIIe siècle.
Les personnages, taillés en ronde bosse, s’enchevêtrent en une gigantesque bande dessinée sculptée. Figures grimaçantes et visages angéliques, costumes somptueux et corps dénudés, géants difformes et chétives créatures s’entremêlent sans soucis de proportions, en une frise caricaturale et truculente.
Le YouTube
Ce qu’en écrivent nos confrères de France S. Guillaumin, H. Laridon, S. Testor, L. Poinsatte de France 3 France Télévisions – 19/20 – Édition du mardi 28 juillet 2020 – « Dans un petit village du Maine-et-Loire, de mystérieuses sculptures se trouvent dans des galeries souterraines » :
« A quelques mètres sous terres, des corps et des visages d’hommes, de femmes et d’enfants par centaines. Qui les a sculptés et pourquoi ? Mystère. A Dénezé-sous-Doué, petit village situé entre Angers et Saumur, dans le Maine-et-Loire, on trouve sous les maisons des galeries souterraines et des caves utilisées comme refuges au temps des invasions ou des guerres de religions. Parmi elles, cette fameuse salle aux murs sculptés et au sujet de laquelle « il n’y aucune trace écrite ou orale », explique un guide.
Une possible fresque politique
Lorsque l’on entre dans cette cavité, une centaine de visage nous regarde. Et si l’on a le sentiment d’y être observé, la plupart des visiteurs trouvent l’endroit « mystérieux » et « magique » même si l’un d’eux admet tout de même que « c’est particulier ». Plusieurs théories se sont présentées pour tenter de résoudre l’énigme qui demeure encore. Selon la plus répandue, il s’agirait d’une immense fresque historique se moquant du pouvoir et des religieux. On pourrait d’ailleurs apercevoir Catherine de Médicis et Diane de Poitiers sur cette grande bande-dessinée murale. »
Un site officiellement classée à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques en 1969. Ici, tout est mystère…
Sources : Wikipédia, Wikimedia Commons, YouTube, France 3, Office du Tourisme de Saumur
Les discussions de la Convention citoyenne sur la fin de vie doivent rendre leurs conclusions au gouvernement au printemps, sur la base d’une potentielle « aide active à mourir » à de « strictes conditions »
Ce serait « une avancée humaniste », un « progrès », une « ultime liberté » : plusieurs obédiences franc-maçonnes sont favorables à une évolution de la législation actuelle sur la fin de vie allant dans le sens d’une « aide à mourir ». « Sur ces questions éthiques, chacun a son avis » et « nous ne sommes pas là pour imposer une façon de voir », affirme Christiane Vienne, grand maître de la Grande loge mixte de France (GLMF). « Mais d’une manière générale, il y a un courant majoritaire en faveur de l’aide à mourir », dont la mise en place constituerait un « progrès ».
Une « aide active à mourir », à de « strictes conditions » : telle est la préconisation du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) dans un avis inédit, rendu en septembre. Et c’est dans ce cadre que se tiennent les discussions de la Convention citoyenne sur la fin de vie, laquelle devra rendre ses conclusions au gouvernement au printemps.
« Avancée humaniste »
Au Grand Orient de France (GODF, 50 000 membres), la commission chargée des questions de bioéthique s’est prononcée pour « un dépassement et une modification de la loi » actuelle, la loi Claeys-Leonetti, a indiqué Oscar Benitez. La loi, dont la dernière version remonte à 2016, autorise la sédation de malades en phase terminale et aux souffrances inapaisables. Mais elle n’autorise ni l’euthanasie, ni le suicide assisté.
Fort de la devise républicaine, Oscar Benitez a argumenté : « Avec cette loi, la liberté est incomplète – le moment (de la mort, NDLR) n’est pas choisi par les patients, car la sédation profonde ne peut intervenir qu’à l’imminence de la mort ». « L’égalité n’est pas respectée », puisque chaque Français ne possède pas forcément « la somme nécessaire » pour se rendre en Belgique, où l’euthanasie est dépénalisée, ou en Suisse, où le suicide assisté est autorisé. Enfin, « la fraternité est blessée » car « quoi de moins fraternel qu’assister aux souffrances d’un proche ? » Aussi, « modifier la loi » serait « une avancée humaniste », a-t-il souligné, plaidant pour que cela soit un « droit opposable ».
« Ultime liberté »
« Comme avant la loi sur l’IVG, nous nous retrouvons devant cette inégalité de celles et ceux qui peuvent se procurer cette substance létale ou qui ont la possibilité financière d’aller à l’étranger » et ceux qui ne le peuvent, a abondé Catherine Lyautey, grande maîtresse de la Grande loge féminine de France (13 000 membres). Et « les craintes de dérives ne sont pas pertinentes », juge-t-elle, « compte tenu du nombre de pays qui ont déjà légiféré sur cette question et du nombre stable de demandes ».
Pour Amande Pichegru, à la tête de la Fédération française du Droit humain (16 000 membres), « mourir ou être aidé à mourir selon sa conscience ou son choix est fondamentalement un droit humain », une « ultime liberté ». Implantée en France depuis le XVIIIe siècle, la franc-maçonnerie rassemble quelque 160 000 membres, qui, par une démarche initiatique, aspirent à « l’amélioration de l’humanité », selon les mots du GODF.
Il est minuit, et me voilà sur la terrasse à prendre un dernier verre avec Isabelle !
– Naissance, découverte, amour, peur, bonheur, souffrance, travail, défi, réalisation, joie, fierté, déception, acceptation et mort. Est-ce en ça que se résumerait ma vie ?
C’est l’heure des interrogations métaphysiques et tu te poses des questions ?
– Suis-je aussi dans cette emprise de la culpabilité qui est présentée, ici et là, comme le lot commun des existences des êtres humains ?
Probablement, pour toi cela a commencé par le complexe d’Œdipe, pour moi, ce fut le meurtre de mon père ! Questions existentielles que l’on se pose de temps en temps au gré de notre mélancolie..
– Tout cela me hante mais je récolte plus de questions que de réponses. Tu connais l’injonction d’Apollon, reprise par Socrate : « Connais-toi, toi-même ! » ! Qu’en penses-u ?
J’essaie de me définir de par mes caractéristiques physiques et émotionnelles, mon héritage génétique, mon positionnement géographique, mes orientations spirituelles et actuelles. Pourrais-tu ainsi affirmer ton « être » ?
– Il faut bien l’avouer ; ma prétention naïve de me connaitre me semble illusoire !Tout ce que j’ai dû lister comme éléments de mon identité, ne représentent qu’une image éphémère à un instant bien déterminé de ce que je suis, ou du moins ce que j’ai cru être.
Le mouvement de l’être ne témoigne que son mal-être ! Ainsi en est-il aussi pour moi ! C’est lorsqu’il s’arrête que la vie renait ! Paradoxe que ne comprendra jamais les activistes de tous poils, les agités du bocal, occupés qu’ils sont à piétiner sur le seuil de la porte !
– Ceci me rappelle la maxime de Nietzsche, empruntée à Pindare : « Deviens ce que tu es !».
J’entends ! Je ne suis que l’ébauche de ce que je deviendrai, que mon devenir est l’accomplissement de mon être, chose que je ne saurai qu’avec le temps et les épreuves.
– La vie est un voyage dans l’inconnu, avec des rencontres, des paysages et la solitude. Décide-t-on vraiment ? Une boussole n’est pas inutile ! Avec le soleil et les étoiles, les odeurs et la vue, je me faufile, toujours à l’affût de l’arrêt sur images !
Tu vois Isabelle, nous sommes comme deux âmes en peine ! Après la belle tenue que nous venons de vivre, heureusement que nous pouvons prendre le temps de nous laisser aller !
– Tu me fais penser à cette citation de Blaise Pascal qui m’a interloqué quand j’étais au lycée : « Toutes choses étant causées et causantes, aidées et aidantes, médiates et immédiates et toutes s’entretenant par un lien naturel et insensible qui lie les plus éloignées et les plus différentes, je tiens impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître particulièrement les parties »! A l’époque cela me paraissait impossible à réaliser , aujourd’hui je réponds « Qu’importe ! »
On nous laisse entendre que la compréhension de nos êtres, l’analyse de nos singularités et la problématique de nos améliorations passent par la connaissance et l’écoute de l’autre, et l’acceptation constructive de ses échanges.
– Oui c’est toi, toi qui me lis, toi que j’écoute, toi mon frère qui me crée et me constitue ! Mais, tu sais bien que tu n’es qu’un éclair et que tu ne restes pas à mes côtés ! N’est-ce pas Paul Claudel qui observe : « On dirait que les hommes, plus ils se connaissent moins ils s’aiment. Plus ils se touchent et plus ils se rétractent, plus ils prennent une conscience exclusive d’eux-mêmes, plus ils s’attachent à leur caractère propre et à leurs différences fondamentales » ?
C’est encore la culpabilité qui revient !
– Mais, dis-moi, pourquoi donc ont-ils tué Hiram ? Crois-tu vraiment que c’était pour lui faire cracher son secret ?
Le meurtre existe parce qu’il nous ressemble ! Regarde autour de toi, toutes celles et tous ceux qui ne rêvent que de te voir disparaître ! Alors la mort doit avoir un sens ! Chez nous c’est la justification de la transmission !
– Je connais le discours normatif « Comme chacun de nous est une pierre de l’édifice social, on ne peut aspirer à un auto-accomplissement et un achèvement de soi de façon autonome, cette transcendance passe inéluctablement par un développement de nos qualités intrinsèques à travers le contact avec autrui. Cette communication aiguise une intelligence sociale, et nous pousse à une meilleure introspection pour sortir le meilleur du soi en devenir. »
Bravo ! A ce stade, tu dois savoir que tu es un être avec un ensemble de caractéristiques qui devrait t’amener à la sagesse, avec l’aide de l’autre et un travail permanent sur toi !
– Oui, je sais tout çà, mais en réalité un rien égare ce chemin de croix, la vie est là si belle dans le spectacle qu’elle nous offre !
Je vois que tu as sommeil et puis Franc t’attend ! L’aspect cohérent de ta conclusion me satisfait.
– Le retour positif de mon entourage remarquant ma progression me procure une certaine fierté et m’encourage à fournir plus d’efforts. Mais au fond de moi, leur faire plaisir c’était mon devoir ! « La vérité est dans la subjectivité » a écrit Kierkegaard ! Je n’oublie pas que « Humanisme, tolérance, droiture, respect de l’autre, acceptation, perfectionnement intellectuel et développement du collectif à travers l’unité et le code maçonnique » doivent être mon hygiène de vie.
La perfection est dans l’imperfection et un franc-maçon ne l’est qu’en devenir.
Quel sous-titre étrange pour un ouvrage touchant à l’Art Royal. Il est vrai que le terme « approche transversale » désigne toute intervention dans plusieurs domaines surtout dans celui de l’entreprise.
S’agissant d’une théorie psychosociologique existentielle et multi référentielle, développée par René Barbier (1939-2017), ancien professeur de sciences de l’éducation à l’université Paris-VIII, l’approche transversale est particulièrement utilisée en science de l’éducation.
Sylvie Monpoint souhaite-t-elle nous éduquer ? La Maçonnerie n’est-elle pas l’école de la tolérance et de la vertu ? Ce qui importe, ici et maintenant, c’est la méthode ! Avec une vison nouvelle et transversale donc, l’auteure nous conduirait-elle sur le chemin de la perfection ? Il semble que oui…
Sylvie Monpoint nous fait savoir, dans son introduction, que la Sœur est Maîtresse. Elle prend d’ailleurs partie de tout mettre au féminin : la Sœur, la récipiendaire, l’initiée ; l’idée n’étant pas d’exclure bien évidemment ses Frères bien-aimés. La Sœur souhaite donc persévérer sur la voie de la connaissance et poursuivre sa recherche spirituelle. Elle est donc introduite en Loge de Perfection. Vous l’avez compris, elle pratique le Rite Écossais Ancien et Accepté (RÉAA). Aborder la symbolique des Loges de Perfection (4e au 14e degré) pourrait être, pour certains, du déjà lu. En réalité, l’auteure souhaite distiller, çà et là, quelques interprétions toutes personnelles. Elle utilise les rituels actuels du Suprême Conseil Féminin de France – installé à Londres en avril 1970 par le Suprême Conseil féminin du Royaume-Uni et du Commonwealth, proclamé en juin 1972 et lié à la Grande Loge Féminine de France – et ceux du Suprême Conseil de France – fondé en 1804 et au sein du Grand Orient de France jusqu’en 1815 puis devenu indépendant en 1821 et étant à l’origine de la création de la seconde Grande Loge de France en 1894. Ces deux Suprêmes Conseils sont chargés de gérer les hauts grades du RÉAA. Au commencement, Sylvie Monpoint dresse un tableau des différents degrés composant ceux de la Loge de Perfection : les degrés du deuil, avec le 4e Et le 5e, les degrés de restructuration, du 6e. au 8e, les degrés des Élus, du 9e au 11e, les degrés d’architecture avec le 12e degré puis les 13e 14e degrés, ceux de la Voûte Sacrée.
Est-ce le fruit du hasard si l’ouvrage se découpe en sept parties – le nombre 7 est souvent reconnu et apprécié pour sa richesse symbolique et se retrouve dans un grand nombre de traditions, de croyances, de légendes et de religions ? Peut-être… Peut-être pas.
Toujours est-il que l’auteure débute avec une légende et un récit, celui du mythe d’Hiram et de sa mort. Resituant le personnage de l’Ancien Testament – premier Livre des Rois et deuxième Livre des Chroniques – Hiram et retraçant les passages essentiels de sa vie, dans les textes sacrés et les rituels, mais surtout de son passage à trépas, Sylvie Monpoint reprend ladite légende au grade de Maître Maçon et au degré de Maître Secret, avec dès le 5e degré, les funérailles. Reprenant l’incident diplomatique au 6e degré, traitant de justice au 7e, elle aborde la notion de chambre secrète au 8e degré, puis du châtiment des meurtres au 9e degré. Quant au 10e, il fait l’objet d’une suite du châtiment des meurtriers, des mérites et récompenses (11e),de l’ école d’architecture (12e), de la légende des trois mages (13e). La fin de ladite légende s’achevant avec dernier degré en Loge de Perfection, le 14e, celui de Grand Élu Sublime Maçon.
Sylvie Monpoint aborde son étude toujours selon le même procédé : un récit prenant en compte les éléments rituéliques et comportant, bien souvent, un extrait dudit rituel, puis un point d’étape, fruit de son analyse, s’enrichissant parfois de remarques préliminaires.
Tablier Grand Maître Architecte-12° degré RÉAA –Nos Colonnes
La seconde partie traite de la Loge – lieu et décoration – et du Collège des Officières et surtout de la disposition que la Loge prend aux différents degrés. L’auteure nous conte ensuite l’histoire des attributs, des décors – tabliers, sautoirs –, des nombres, mais aussi de l’heure des travaux – début et fin – ; avec pour chaque degré une tentative d’explication du sens réel. Les signes, attouchements et mots, détaillés par récapitulatif graphique, font l’objet de la quatrième partie à travers les 11 degrés. Des approfondissements précédés de commentaires généraux. La cinquième partie traite des questions d’ordre et des sentences ; une interprétation générale nous éclaire. Quant aux premières questions d’ordre, celles que l’Apprentie reçoit dans son instruction, un tableau synthétique reprend par degré les questions et les réponses. Des questions d’ordre, en Loge mais aussi en Loge de Perfection. Après ceux des voyages symboliques, nous avons connaissance de ceux exécutés en Loge de Perfection. Consubstantiel de toutes les formes d’initiation, l’auteure décrit comment ces voyages sont effectués – leur nombre, la vêture du récipiendaire, nature du message reçu.
Le 7e et dernier chapitre est une synthèse reprenant les lectures morales et initiatiques. L’épilogue est suivi de quatre annexes sur la légende d’Hiram, extrait du rituel d’élévation, sur les funérailles d’Hiram, d’après le rituel du 5e degré, sur le Royale Arche du 13e degré, 1804 du fonds Kloss puis de la destruction du temple, un texte tiré d’un ouvrage de Claude Guérillot (OE).
Sylvie Monpoint est Franc-Maçonne depuis plus de 25 ans et travaille au sein de la Grande Loge Féminine de France, au RÉAA. Elle est médecin dermatologue, écrivain et conférencière, présidente d’une association humanitaire pour l’aide à la scolarisation d’enfants pauvres au Cambodge. Sa réflexion s’articule autour des différentes voies, formes et expressions de la spiritualité et de leur point de rencontre.
Elle est l’auteure de La peau dévoilée-La dimension spirituelle de la peau (Josette Lyon, Poche, 2017), ZORRO-Un initié sous le masque (Librinova, 2019) – qui n’a pas été, petit ou grand, émerveillé par ce cavalier qui surgit au galop ? –, Les sentiers oubliés de la Beauté-Redécouvrir la beauté au quotidien (Éd. Lazare et Capucine, 2020), La peau de Sagesse (Éd. Lazare et Capucine, Coll. «
Sofia », 2021), La peau dans l’initiation maçonnique (MdV Éditeur, Coll. Les Symboles Maçonniques, N° 99, 2021) – cf. notre note de lecture du 26 septembre 2021 – et La coccin’elle qui rêvait de voyage (Éd. Lazare et Capucine, 2022).
Très bonne pédagogue, l’expertise de l’auteure est reconnue de toutes et tous.
La rédaction de 450fm vous avait fait part le 12 juillet dernier de la condamnation en première instance du Frère Pierrat. Le 21 août, ce dernier avait fait paraître un droit de réponse dans nos colonnes. Cette affaire n’étant pas close, le Journal Libération de ce matin nous informe qu’aujourd’hui même, l’affaire sera réexaminée en appel par des magistrats d’une chambre civile. Les plaignants, eux, dénoncent la complexité de la procédure ordinale.
Libération dans son article du jour nous informe que son cabinet a été placé en liquidation judiciaire.
Est-il utile de rappeler qu’une liquidation judiciaire intervient lorsqu’une entreprise est en état de cessation de paiement et que son rétablissement est manifestement impossible. La liquidation judiciaire devient alors la procédure qui met fin définitivement à l’activité. Les biens sont vendus pour permettre de payer les créanciers.
Le journal le Monde du 2 décembre dernier annonçait dans ses colonnes que le cabinet du Frère Pierrat était placé en redressement judiciaire, Libération l’annonce aujourd’hui comme liquidé. Après vérifications approfondies grâce à un de nos lecteurs en commentaire, nous pouvons confirmer que le Cabinet est bien liquidé en date du 05 janvier 2023 par décision du Tribunal Judiciaire de Paris (voir l’annonce).
Il est surprenant de constater qu’un nouveau Cabinet d’avocat, répondant au nom d’Emmanuel Pierrat a fait son apparition dans les registres du greffe du Tribunal de Commerce avec pour date de création : 26/12/2023 (SIC), dont le numéro SIRET est 40047174400047 ??? (consulter la fiche en question).
En poursuivant nos recherches, la rédaction a détecté la création d’une autre entreprise Emmanuel Pierrat en décembre dernier (07/12/2022), mais dans les Yvelines cette fois, avec pour activité : « Conseil pour les affaires et autres conseils de gestion (7022Z) » (consulter la fiche en question). Toute cette agitation est tout de même surprenante dans un univers professionnel habituellement feutré et discret.
Pour revenir à l’affaire jugée aujourd’hui, Libération nous dit aussi dans son article qu’ « …En première instance, les avocats sont en effet toujours jugés par leurs pairs, au sein d’un conseil de discipline ordinal, dont la sanction, c’est peu dire, avait fait jaser par sa clémence : deux mois ferme d’interdiction d’exercer (plus sept avec sursis) avaient été retenus contre Emmanuel Pierrat, alors même que la bâtonnière de Paris, Julie Couturier, agissant en qualité d’autorité de poursuite, avait requis vingt-quatre mois d’interdiction d’exercer dont dix-huit fermes. »
Nous ne manquerons pas de vous informer de la suite de cette affaire…
L’individuation est un concept-clé de la psychologie analytique du psychiatre suisse Carl Gustav Jung. L’individuation est le processus de création et de distinction de l’individu. Dans le contexte de la psychologie analytique, il se rapporte à la réalisation de soi par l’accessibilité à l’archétype du Soi par la prise en compte progressive des éléments contradictoires et conflictuels qui forment la « totalité » psychique, consciente et inconsciente, du sujet. Vers la fin de sa vie, Carl Gustav Jung le définit ainsi :
« J’emploie l’expression d’individuation pour désigner le processus par lequel un être devient un in-dividu psychologique, c’est-à-dire une unité autonome et indivisible, une totalité »
Mais cette courte définition, qui n’a pas toujours été, ne suffit pas à rendre totalement compte du concept d’individuation dans la théorie jungienne qui peut être explorée en fonction de ce qui fait débat, de l’histoire de sa création, de sa nature ou de son fonctionnement.
Le concept d’individuation et les sciences humaines
Allégorie alchimique extraite de l’Alchimie de Nicolas Flamel, par le Chevalier Denys Molinier (xviiie siècle) et représentant les énergies conscientes et inconscientes se combinant pour guérir la personnalité
Ce concept connait au sein des sciences humaines, souvent des débats, et ce depuis sa création. Ces débats donnent à voir la vitalité du concept (au sens qu’il est vital à l’esprit de douter et aux sciences humaines de faire vivre ce doute pour produire de la connaissance nouvelle, quitte à s’appuyer et/ou à rejeter les connaissances anciennes). Comme dans le débat entre Carl Gustav Jung et Karl Abraham par exemple. Ce concept se retrouve aussi à l’origine de la création de nouveaux savoirs, et il a même connu une transférabilité dans d’autres champs disciplinaires. Comme dans la création nouvelle faite par Joëlle Macrez-Maurel, en sciences de l’éducation, par exemple.
Un concept en débat
Certains penseurs (anthropologues, sociologues, et même psychanalystes) critiquent alors la démarche de Jung : le processus d’individuation ne serait-il pas l’entrée dans un crédo, plutôt qu’une réelle découverte de soi ? D’autres encore, a contrario et avec doute, disent que son tort serait d’avoir fait une psychologie profonde sur les profondeurs de la psyché et d’avoir en grande partie raison ?
Par exemple au sein des psychanalystes, Karl Abraham dira clairement, que la théorie se comporte comme un crédo, comme d’ailleurs selon lui, la philosophie l’avait fait dans le passé :
« Après avoir rejeté comme purement historique la méthode freudienne, Jung est obligé de constater que « Freud reconnaît jusqu’à un certain point la finalité des névroses ». C’est peut-être bien là le comble de ce que Jung se soit offert dans sa « présentation » de la psychanalyse. Est-il vraiment nécessaire de rappeler ce que Freud a dit des tendances de la névrose, des symptômes comme moyens d’expressions des désirs inconscients ? Il est vrai que Freud ne s’est pas laissé aller à amalgamer les tendances de la névrose à une finalité de style métaphysique. Je répugne à en dire plus. (…) Jung renie son intention première de ne prendre comme guide que la vérité et non le sentiment moral, en abordant la sexualité infantile et l’inconscient selon des valeurs éthico-théologiques. C’est contre cette dernière attitude que je veux m’élever en terminant. Il s’agit de préserver la psychanalyse contre des influences qui voudraient en faire ce que fut, dans le temps, la philosophie : ancilla theologiae. »
Par exemple, au sein de l’anthropologie, l’anthropologue Wiktor Stoczkowski :
« La psychanalyse jungienne était moins une thérapie ou une psychologie qu’une doctrine initiatique qui promettait la délivrance du mal par la généralisation spirituelle, tout en annonçant la renaissance future de l’humanité sous la houlette d’une race supérieure d’artistes et de penseurs capables de parachever la métamorphose salvatrice de l’individuation »
Plus loin, encore, dans l’ouvrage Wiktor Stoczkowski conclut :
« Comme la théorie des Anciens Astronautes, les conceptions de Jung et d’Eliade sont des pyramides bâties à l’envers, qui reposent non pas sur la large base des « preuves factuelles » invoquées en leur faveur, mais sur la fragile pointe des a priori métaphysiques »
Mais le doute persiste comme chez Jacques Miermont :
« Freud avait raison d’avoir tort et C.G Jung tort d’avoir tort ou tort d’avoir raison (…) »
Les auteurs des deux bords, et les débats existent, toujours à notre époque, ainsi qu’en témoigne l’un des pères de la recherche-action en France, René Barbier :
« Je n’ai encore jamais vu une recherche portant sur un sujet aussi « délicat », pour ne pas dire plus, dans notre discipline. J’en ai pris la responsabilité, en tant que directeur de recherche, car j’aime poser des questions à toute mise en ordre épistémologique : ce que je ressens à l’heure actuelle dans les sciences humaines, derrière les controverses concernant le savoir et la pédagogie. Pour ma part, le risque est minime et j’en ai l’habitude, mais pour le jeune chercheur qui s’aventure dans ce domaine, le risque est majeur, tant sur le plan académique que sur le plan personnel. »
Un concept transférable Dans de nombreux écrits de la psychologie analytique, ce concept est synonyme de réalisation personnelle, de cheminement vers la découverte de soi.
René Barbier
Il a inspiré d’autres formulations synonymes dans d’autres champs disciplinaires, comme par exemple le concept d’« autorisation noétique » de René Barbier, repris par Joëlle Macrez-Maurel en sciences de l’éducation.
« L’autorisation noétique est un cheminement de connaissance de soi, un voyage intérieur (et/ou extérieur) durant lequel un processus interne et continu de transformation de Soi démarre lorsque l’individu s’ouvre (à la suite d’un flash existentiel, une prise de conscience de son ignorance et de sa souffrance, ou à un questionnement sur le sens de la vie) à un profond désir de changement et se confronte à l’inconnu, rencontre des archétypes ou symboles numineux qui le touchent, l’ébranlent et lui dévoilent le réel derrière la réalité, l’esprit derrière la psyché, le monde ontologique derrière le monde des apparences, le monde de l’intelligence derrière le monde de la signification. »
Plus largement, dans les écrits de Jung l’individuation désigne le cheminement de l’être vers un équilibre psychique des différentes instances le composant, au moyen d’une confrontation dialectique du conscient avec l’inconscient.
Le concept d’individuation pour aboutir à ce qu’il est aujourd’hui, a emprunté à de nombreuses références et analogies à plusieurs spiritualités du monde entier. Mais il ne peut être compris, dans son état actuel, au sens de la définition de Jung que dans le cadre de la théorie de la psychologie jungienne en référence aux autres concepts de cette même théorie. Sauf à rendre raison de son transfert dans un autre champ disciplinaire ou théorique comme il est de règle dans les sciences humaines et comme cela a été fait, en sciences de l’éducation par exemple.
« (…) La complexité de la psychanalyse jungienne tient au fait que toutes les instances psychiques sont en étroites relations les unes avec les autres. Décrire isolément un concept donne de lui une vision forcément partielle car ne tenant compte ni des rapports dynamiques avec les autres instances ni de l’ensemble du système psychique. Tout est lié, tout est en mouvement (…). »
Un concept éclairant (qui donne un sens) nouveau ?
Le rêve de l’eunuque par Jean-Jules-Antoine Lecomte du Nouÿ.
Jung remarqua que les Anciens connaissaient déjà le concept d’individuation ou, à tout le moins, en avaient l’idée, la notion, le préconcept. Ainsi, les mythes de métamorphoses et toutes les productions imaginaires sur le sujet des transformations sont des exégèses du processus d’individuation, processus éternel et consubstantiel à l’humain et qui exprime une évolution de celui-ci à un moment de sa vie.
« (…) l’inconscient est un processus et les rapports du moi à l’égard de l’inconscient et de ses contenus déclenchent une évolution, voire une métamorphose véritable de la psyché. Dans les cas individuels on peut suivre ce processus à travers les rêves et les phantasmes. Dans le monde collectif, ce processus s’est trouvé inscrit dans les différents systèmes religieux et dans les métamorphoses de leurs symboles. C’est à travers l’étude des évolutions individuelles et collectives et à travers la compréhension de la symbolique alchimique que je parvins à la notion clé de toute ma psychologie, à la notion du processus d’individuation. »
Et tout comme dans l’exemple mythique d’Isaac Newton et de sa pomme (les pommes tombaient bien avant la découverte du concept de gravité mais celui qui est doté du concept de gravité peut « mieux » les voir tomber puisqu’il sait qu’une force « invisible à nos yeux » est agissante : la gravité), Jung finalise la mise en mots de ce concept en psychologie analytique en nommant cette force invisible et agissante individuation, permettant à celui qui en est doté de ne plus voir, et de ne plus agir les choses de la même manière.
Aux termes de force Jung préfère celui d’énergie, et d’esprit, système psychique ou de psyché, celui d’âme. À cette préférence d’usage, mais qui est aussi une préférence de sens, il consacrera le titre d’un de ses ouvrages : Les Énergies de l’âme.
Utilisation en philosophie politique
La richesse du concept a permis son utilisation en dehors du domaine de la psychologie. Le philosophe Bernard Stiegler, par exemple, l’enrichit, dans aimer, s’aimer, nous aimer, des notions d’individuation du je et d’individuation du nous. Celles-ci conduisent selon lui à la construction d’un narcissisme primordial, pour soi et les collectivités dont on se sent membre. Il va ensuite plus loin en montrant comment l’hyper-synchronisation des comportements individuels induite par la société industrielle conduit à la disparition des je et des nous dans un on indifférencié, et à la perte du narcissisme primordial. Cette analyse lui permet de proposer une interprétation de la violence politique au xxe siècle.
Le concept d’individuation : de la naissance à la création
Ce concept s’inscrit dans une histoire de création conceptuelle et de recherche chez Carl Gustav Jung, qui s’inspira des travaux de la philosophie, et qui pensa reconnaître l’existence chez les anciens, dans les mythes et les créations culturelles, les archétypes faisant référence à des aspects de transformation de l’individu. Cette orientation de recherche sur les processus de transformation, le firent s’intéresser tant à des travaux anthropologiques, comme ceux de Paul Radin, tel que le trickster qu’à des approches de l’alchimie.
Historique du concept
La notion d’individuation a une longue histoire philosophique, néanmoins le terme de Jung s’en démarque. Au sens littéral, l’individuation désigne la qualité d’un être humain à devenir un individu, synonyme de développement tant mental que physique. C’est saint Thomas qui est le premier à utiliser le terme sous sa forme latine (individuatio ), désignant dans le thomisme le principe d’individuation des formes substantielles et Moïse Maïmonide. Le Persan Avicenne parle lui de principium individuationis, repris par Duns Scot. Leibniz reprend ensuite le concept pour critiquer le cartésianisme dans son ouvrage Principium individi (1663). En philosophie, le terme d’individuation désigne alors « L’ensemble des qualités particulières qui constituent l’individu, par opposition à l’espèce. ».
Dès le xviiie siècle, avec le développement des sciences, le terme acquiert un sens davantage biologique. Le vitalisme moderne, sous la plume des naturalistes français (Cabanis, Lamarck, Geoffroy Saint-Hilaire, Cuvier, Claude Bernard) en fait le principe de structuration biologique et morphologique; sens repris aujourd’hui par les théories organicistes contemporaines, pour lesquelles l’individuation représente une catégorie de l’organisation bio-psychique (entre autres, Goldstein, Bertalanffy, Piaget). Enfin, la génétique reprend le terme comme le « Nom donné au mécanisme participant à la différenciation d’un organisme de ses pairs sociaux ou génétiques. L’étude des mécanismes d’individuation peut être axée sur la recherche prénatale (embryonnaire notamment) ou postnatale. »
Le philosophe Gilbert Simondon dans L’Individuation psychique et collective réactualise le concept comme résultat d’une contradiction de forces. Elle ne fait donc pas que produire l’individu, elle produit aussi un milieu associé, absolument nécessaire au développement de cet individu.
Néanmoins le terme chez Carl Gustav Jung n’a rien en commun avec ces occurrences, seule l’étymologie, renvoyant au substantif d’ individu est commune. Le sens abstrait est lui différent.
Jung a emprunté l’expression « principe d’individuation » à Schopenhauer, mais il utilise cette notion, dès 1916, dans un sens opposé, défini comme un « processus » de transformation intérieure, visant à une certaine conjonction des pôles contraires. Dans cette seconde conception, le processus se confond avec la réalisation du soi, c’est-à-dire avec la prise en compte progressive des éléments contradictoires et conflictuels qui forment la « totalité » psychique, consciente et inconsciente, du sujet.
La création du concept d’individuation chez Carl Gustav Jung
Le Rêve de Dickens (Dickens’ Dream) tableau inachevé de Robert William Buss (1804-1875) – Musée Charles Dickens de Londres.
En 1936, Jung fit un voyage en Inde. Découvrant la mythologie hindoue, il tombe malade d’une dysenterie et approche alors la mort. Durant cette période, Jung, dans un état proche du coma, fait une série de rêves en rapport avec le Saint Graal, image récurrente dans ses visions. Il dit alors comprendre, dès lors, que le concept de Soi déjà élaboré plus tôt devait se recouper avec celui d’un sens de l’existence personnelle, représenté par le Saint Graal. D’une importance capitale dans son auto-analyse, l’individuation dépasse alors pour Jung les schémas classiques de représentation du destin (au sens de fatidique, du latin fatum) ou de la Providence, pour embrasser un processus de confrontation à l’inconscient, vers un état d’équilibre psychique total au sein duquel les catégories du Bien et du mal sont vaines :
« Jung décrivait l’individuation comme « un mystère que personne ne comprendr[ait] jamais ». Il s’agissait d’une « quête solitaire » apparentée quelque peu « à un processus de morts » successives, et pour y parvenir il fallait accepter de « se confronter à l’impersonnel ». « Seuls quelques personnes peuvent supporter une telle quête », croyait-il, attribuant ses pensées et ses images, vagues et curieuses, à « la distance qui le séparait de l’Europe, à cet environnement si totalement différent » dans lequel il s’était trouvé en Inde. Il croyait que les rêves qu’il avait faits là-bas étaient liés à la question fondamentale qu’il s’y était posée : en quoi et pourquoi le mal tel qu’il l’avait découvert en Inde était-il dépourvu de dimension morale, pourquoi était-il « perçu-avec le soutien de gens cultivés-comme une puissance divine » »
La nature du concept d’individuation
Ce concept décrit un processus spécifique, qui doit être mis en relation avec d’autres concepts de la théorie de Carl Gustav Jung, afin de comprendre de quoi il retourne clairement. Ce concept est dit alors limite et dialectique. Il est dialectique car sur le plan théorique et pratique il est intimement lié à un autre concept central dans la théorie de Jung : le Soi et met en jeu l’intégration des contenus inconscients.
Un concept limite
Très tôt, Jung qualifie sa théorie de circulaire : chaque concept ne peut se comprendre qu’en relation avec les autres, la psyché étant un tout indivisible. « La complexité de la psychanalyse jungienne tient au fait que toutes les instances psychiques sont en étroites relations les unes avec les autres. Décrire isolément un concept donne de lui une vision forcément partielle car ne tenant compte ni des rapports dynamiques avec les autres instances ni de l’ensemble du système psychique. Tout est lié, tout est en mouvement. ».
Jung définit majoritairement l’individuation, au cours de ses écrits, comme la voie individuelle de réalisation personnelle : « La voie de l’individuation signifie : tendre à devenir un être réellement individuel et, dans la mesure où nous entendons par individualité la forme de notre unicité la plus intime, notre unicité dernière et irrévocable, il s’agit de la réalisation de son Soi, dans ce qu’il a de plus personnel et de plus rebelle à toute comparaison ». On pourrait donc traduire le mot « d’individuation » par « réalisation de soi-même », « réalisation de son Soi »… », mais sans individualisme ni fixation à l’égo.
Un processus dialectique
Tout comme le Soi, le concept d’individuation est un concept limite : nécessaire il ne peut cependant pas occulter complètement la conscience (le moi) sans quoi aucune polarité ne serait possible. Jung le qualifie donc de « dialectique » : « Tout le déroulement de l’individuation est dialectique, et ce que l’on appelle la « fin », c’est la confrontation du Moi avec le « vide » du centre. C’est ici la limite de toute possibilité d’expérience : le Moi comme point de référence de l’expérience se dissout. Mais il ne peut pas coïncider avec le centre car nous serions alors sans conscience, ce qui veut dire que l’extinction du Moi est dans le meilleur des cas une approche sans fin. Et si le Moi attire à soi le centre, il perd l’objet (c’est l’inflation !). » « lettre du 13 juin 1955 au pasteur Walter Bernet, reproduite dans La Réalité de l’âme. 2. Manifestations de l’inconscient, Le Livre de Poche, la pochotèque, p.1151 »
Le labyrinthe, image de l’individuation
Cette dialectique représente les phases de métamorphoses de l’âme (au sens de psyché) du sujet, et que l’alchimie notamment a fixée dans une symbolique qui lui est propre, à travers les phases de l’Œuvre. Dans la tradition hermétique, l’individuation est représentée par le soleil assimilé à l’or. Michael Maier, un médecin et alchimiste allemand du XVIème siècle, parle de circulatorium opus solis ou « œuvre circulatoire du soleil ». Jung, en compilant les matériaux à sa disposition, dont les rêves du physicien Wolfgang Pauli, très centrés sur le concept, en arriva à donner une dynamique générale au processus. Selon lui il s’agit moins d’un cheminement linéaire mais d’une circulation asynchrone du moi autour du Soi, fait de rapprochements puis d’orbites excentrées autour de ce centre. En définitive il assimile le processus à une spirale réalisée par le Moi autour du Soi. Il y voit notamment la reconduction dans l’astrologie et dans les mandalas alchimiques.
L’archétype de la Totalité : le Soi
L’individuation apparaît alors dans les rêves comme une nécessité, pour celui qui en a l’intime conviction, de se connaître soi-même, dans toute sa duplicité et sa dualité. Elle consiste en la réunion de toutes les instances psychiques, autonomes dans l’existence, en une seule dynamique, appelée le Soi. Tout comme le concept de Soi le concept d’individuation est un paradoxe inconnaissable sinon par l’expérience de son sentiment et de sa réalité : « Le Soi est au-dessus de tous les dieux et représente réellement le mystère du monde et de l’existence de l’homme ».
L’individuation est donc à la fois un chemin personnel, présent en chaque humain, et dont le sens et l’instinct de cheminement sont apportés par les rêves principalement, mais aussi un archétype, celui de la Totalité, l’archétype qui semble ordonner tous les autres selon les dernières pensées de Jung, continuées par Marie-Louise Von Franz : « En définitive, toute vie est la réalisation d’un tout, c’est-à-dire d’un soi, raison pour laquelle cette réalisation peut être appelée « individuation ».
L’intégration des contenus inconscients
Pour Jung, le concept d’individuation ne peut s’entendre qu’en référence au primat de l’inconscient : « La croissance de la personnalité se fait à partir de l’inconscient ». Cependant il est davantage qu’une dialectique ; en effet, l’individuation met en jeu les archétypes. Les contenus inconscients doivent en effet être intégrés à la conscience. Les contenus qui sont non assimilés provoquent des complexes et à terme, deviennent des réalités psychiques autonomes comme l’anima ou l’ombre. La réalisation de soi passe donc par la découverte puis la mise en conscience de ces contenus : « L’homme individué est un homme transformé. En se détachant de l’indifférenciation sujet-objet, le sujet découvre que ce qu’il prenait pour réel était une projection, une part du sujet transférée sur l’objet ».
La psyché normale pour Jung fonctionne sur le mode de la participation mystique (concept développé par Lucien Lévy-Bruhl) : tout contenu est projeté sur le monde extérieur. L’individuation s’entend donc comme la cessation de ces projections. La fonction transcendante, autre concept jungien, est la médiation psychique que l’être doit assumer pour intégrer à la conscience ces contenus, de là la conscience n’acquiert pas davantage de domination sur la psyché mais en devient l’instance régissante. Jung emploie ainsi souvent l’expression de « reconnaissance avec soi-même ».
Néanmoins il existe une voie d’individuation qui peut être involontaire et inconsciente au Moi. Elle peut être spontanée et survenir à l’individu sous forme de visions ou de rêves. C’est le cas de certaines personnalités souvent citées en exemple par Jung, modelées par des contenus archétypiques collectifs, parmi lesquels Saint Jean de la Croix, Hildegarde de Bingen, Mme Guyon ou encore Nicolas de Flüe.
Cependant l’intégration de ces contenus n’est pas sans risque au début. La tradition alchimique exprime les premiers temps du processus comme l’accroissement du vase alchimique ou athanor. À ce moment-là, l’énergie en jeu (le feu) est difficilement contrôlable et peut déborder l’être. En termes psychiques, le Moi est investi d’une arrivée soudaine d’énergie qui, non canalisée peut aboutir à une perte de la réalité (schizoïdie). Jung cite à titre d’exemple le cas de prophètes ou d’illuminés, des artistes aussi (William Blake, Gérard de Nerval, etc.) n’ayant pu donner une forme à ces manifestations. Jung nomme cet état l’inflation du Moi et qui se traduit par un orgueil et une imprudence démesurés. Les mythes traduisent ainsi cet état initial sous la forme de la possession diabolique. L’étape suivante est l’intégration de cet état inflationniste en propre.
Finalement, le but de l’individuation est la conjonction des opposés, étape suivante de l’intégration de l’inflation. Il ne s’agit plus d’un consensus des opposés mais d’une assimilation des paradoxes et des contradictions de l’être, de l’ombre, de la persona et de l’anima. L’individuation sous-entend également la conjonction des attitudes contraires : l’attitude extravertie avec l’attitude introvertie et vice-versa. Le Soi étant assimilé, dans la culture chrétienne à l’imago dei (l’image de Dieu), archétype central de l’inconscient collectif, la connaissance de soi est souvent citée dans les écrits religieux, comme une cognitio Dei (la connaissance de Dieu). En Inde et dans l’hindouisme, le Soi est l’atman.
Le concept d’individuation et vie de l’être
Ce concept, puisqu’il parle de la vie de l’être, connait aussi un usage spécifique dans la clinique de la psychologie analytique ; on pourra y voir selon certains auteurs (comme René Barbier) qu’il est soumis aux âges de la vie. Il connaît aussi une réalité diverse d’expressions, dans la vie des êtres, qui indique qu’ils le vivent réellement, comme en témoignent certains auteurs ou artistes peintres célèbres. Mais aussi avec la part du doute nécessaire, comme William Blake, Gérard de Nerval, exemples que Carl Gustav Jung questionnait.
Individuation et âges de la vie
Création du Soleil et de la Lune par Michel-Ange, détail du visage de Dieu.
« L’individuation n’a d’autre but que de libérer le Soi, d’une part des fausses enveloppes de la persona, et d’autre part de la force suggestive des images inconscientes. ». L’individuation procède au départ de la réalisation de sa position sociale, c’est pourquoi selon Jung elle ne peut survenir que dans la seconde période de la vie. Jung distingue en effet deux phases de la vie : une première jusqu’à 40-50 ans environ où l’humain a encore assez de volonté et d’illusions sur sa propre mort pour parfaire sa place sociale, s’investir dans son emploi et dans sa vie familiale ; une seconde qui caractérise la fin de son existence et où il aspire à être ce qu’il est : « Chacun de nous ne peut éprouver un réel bien-être qu’en devenant, dès l’âge adulte, le centre d’un système nouveau, après n’avoir été, jusque-là, qu’une particule gravitant autour de l’ancien centre (de la personnalité). »
L’intégration de la persona, ou masque social, est la condition première de la voie d’individuation. Cette phase est critique car des décennies ont assuré la confiance du Moi dans la persona. Viennent ensuite les intégrations dans la conscience des autres instances psychiques. Jung en a décrit quelques-unes, selon les contenus inconscients auxquels l’individu a affaire : l’ombre qui contient tout ce que la personne juge moralement répréhensible, l’anima (pour les hommes), ou l’animus (pour les femmes), qui représentent respectivement les valeurs féminines et masculines, les grands archétypes enfin.
Pour Jung, nombre de conflits inconscients à l’origine de troubles névrotiques résultent de la difficulté à accepter cette dynamique qui vient décentrer le sujet conscient de sa position habituelle et le confronter à des parts de lui-même qu’il avait l’habitude d’ignorer.
L’individuation doit enfin intégrer la vision de la mort et de la morale comme dichotomie fondamentale entre le Bien et le Mal. Pour Jung l’individuation exige de mettre fin au conflit moral du positif/négatif, qui sont des données morales et sociales, non psychiques, l’inconscient ne les distinguant pas. Jung n’exprime pas par là la renonciation à toute forme de morale, mais à ne pas juger ses actes ou ses pensées en termes moraux, mais à en reconnaître la dimension personnelle.
L’individuation dans la cure analytique
L’individuation est l’objet de la cure jungienne, si le patient l’accepte. Les messages oniriques en effet étant le premier matériau de travail, ceux-ci informent l’analyste de la situation actuelle du patient dans son écologie psychique. La cure jungienne va tout d’abord se concentrer sur la limitation des émotions, et sur leurs intégrations à la conscience, ce qui passe par la reconnaissance de l’Ombre, source des émotions supplantant parfois le Moi comme dans la colère ou la fascination amoureuse par exemple : « On se retire des émotions ; on ne fait plus un avec elles. Lorsqu’on parvient à se souvenir de soi-même, à établir une différence entre soi-même et ce déchaînement de passion, on découvre alors le Soi : on commence à s’individuer. » Le processus requiert ainsi que l’ego cesse sa domination sur le reste de la psyché, humilité qui permet au Soi d’apparaître à la conscience. Jung remarque que les mystiques considéraient qu’en faisant de la place à Dieu dans l’âme, en libérant un espace appréhendé comme vide en celle-ci on pouvait davantage, in petto, communiquer avec Lui. Pour le Bouddha, il s’agit de l’accessibilité à la vacuité créée par la méditation. Jung précise ce caractère d’humilité du Moi et non de renforcement comme l’antithèse de l’individualisme : « L’individuation ne consiste en aucun cas à devenir l’ego – on serait alors un individualiste. Et qu’est ce qu’un individualiste, sinon un homme qui n’a pas réussi son individuation. »
L’individuation demande ainsi au cours de l’analyse le lâcher prise de l’ego, l’abandon aux manifestations intérieures du Moi profond, toujours sous la surveillance de l’analyste : « S’individuer, c’est devenir cette chose qui n’est pas le moi – ce qui est fort étrange. En conséquence, nul ne comprend ce qu’est le Soi, puisque le Soi est justement ce que nous ne sommes pas – ce qui n’est pas le moi. Le moi se découvre comme un simple appendice du Soi avec lequel il n’a qu’un rapport très lâche. »
Une fois de plus, nous souhaitons vous faire découvrir des usages du bout du monde. Où la tradition, cultures ou religions de certains pays font échos aux Maçons que nous sommes…
Trumeau aux attributs maçonniques – détail –, école bordelaise de la fin du XVIIIe siècle. Une douzaine d’exemplaires similaires sont répertoriés dont un au musée de la franc-maçonnerie (musée de France) au siège Grand Orient de France.
Histoire, culture, spiritualité, tels sont nos leitmotivs ! Partager et transmettre, « Voilà mes plaisirs », reprenant à mon compte la phrase du célèbre trumeau maçonnique, œuvre anonyme de la région du Bordelais ou de la Saintonge, un polychrome de la fin du XVIIIe ou du début du XIXe siècle évoquantles plaisirs de la vie du Franc-Maçon dont l’appartenance à l’Ordre est affirmée par la symbolique maçonnique présente dans la peinture !
Célébration de Timqet à Gonder
Timqet est une célébration religieuse qui signifie célébration du baptême de Jésus. Dans le calendrier éthiopien, elle a lieu le 10 Terr, soit le 19 janvier.
Timqet (amharique : ጥምቀት, français : baptême) est la célébration éthiopienne orthodoxe à la fois du baptême de Jésus dans le Jourdain et de l’Épiphanie.
Elle a lieu le 19 janvier (le 20 pour les années bissextiles). La fête est connue pour sa reconstitution rituelle du baptême (similaire aux reconstitutions de nombreux pèlerins chrétiens en Terre sainte lorsqu’ils se rendent au Jourdain).
Les premiers Européens ayant assisté à ces reconstitutions en Éthiopie firent une confusion avec le véritable baptême et utilisèrent cela comme une preuve d’erreur religieuse puisque les chrétiens croient en « un seul baptême pour la rémission des péchés ».
Ferveur populaire – Épiphanie éthiopienne.
Dixit le Symbole de Nicée, une profession de foi commune aux trois grandes confessions chrétiennes, le catholicisme, l’orthodoxie et le protestantisme et élaborée au cours du Ier concile de Nicée, en 325, réuni par l’empereur Constantin Ier. En langage chrétien, la rémission désigne le pardon.
L’Arche d’alliance au regard de tous, ou presque
L’Arche d’alliance de la chapelle de l’Adoration (Église Saint-Roch, Paris Ier), détail.
Timqet est une des cérémonies durant laquelle les tabots, répliques de l’Arche de l’alliance (en hébreu אֲרוֹן הָעֵדוּת, Aron ha’Edout, « Arche du témoignage »), sont retirés des églises pour être vus par la foule, des tissus sont toutefois enroulés autour. Pendant la procession, qui a lieu la veille, les prêtres, vêtus de costumes colorés, portent les tabots sur leur tête pour les amener vers le bord d’un cours ou d’une étendue d’eau.
Prêtre portant un tabot durant la cérémonie à Gondar.
Vers deux heures du matin, la Divine Liturgie y est célébrée. Vers l’aube, le jour de la fête, l’eau est bénie et la foule est arrosée, certaines personnes entrent entièrement dans l’eau afin de symboliquement renouveler leurs vœux de baptême. Vers midi, les tabots retournent vers les églises, à nouveau durant une procession colorée pendant laquelle les prêtres ainsi que les participants chantent et dansent. Les familles retournent ensuite au domicile pour continuer les célébrations.
Bas-relief d’un autel de la cathédrale d’Auch (France), représentant le transport de l’Arche d’alliance.
En savoir plus sur les tabots
Selon la tradition éthiopienne, l’Arche d’alliance est conservée dans une chapelle en Ethiopie. L’Arche d’alliance est nommée le « Tabot sacré ».
La Reine de Saba devant Salomon, par Pietro da Cortona, palais Mattei di Giove, Rome.
La reine de Saba, souveraine de l’Ethiopie, s’est retrouvée enceinte par le roi Salomon qui possédait l’Arche. Azarias, fils de Zadok, grand prêtre du Temple a dérobé l’Arche et l’a amené en Éthiopie ou le prince Ménélik* a décidé de la conserver.
Selon les Falashas (« juifs noirs » d’Ethiopie, adhérents à des anciennes coutumes depuis longtemps abandonnés ailleurs), Salomon a eu un fils avec la reine de Saba (nommé Ménélik) et un avec sa servante. Le demi-frère de Ménélik a fondé la dynastie des rois Falashas – nombreuses sont les singularités prêtées aux Falachas, une population entourée de mystère quant à son appellation, son identification, ses croyances et son origine.
Le roi David portant l’Arche d’alliance à Jérusalem. Tableau de Domenico Gargiulo, Musée des beaux-arts Pouchkine, Moscou.
Les « tabots » sont des copies de l’Arche d’alliance. Il y a un tabot dans chaque église en Ethiopie.
« C’est une tradition fort curieuse et, autant que je le sache, sans précédent dans aucune autre branche de la chrétienté. ». Mais l’aspect physique des tabots est différents de celui décrit dans la Bible.
L’Arche d’alliance contient les Sifrei Thora.
Le Professeur Edward Ullendorff (1920-2011), professeur spécialisé sur l’Éthiopie à l’université d’Oxford et membre de l’académie britannique, écrivait : « L’Arche originale est censée se trouver à Aksoum (en Éthiopie). Toutes les autres églises n’en peuvent posséder que des répliques. Dans la plupart, ce ne sont pas des copies de l’Arche mais seulement de son contenu supposé,
Représentation de l’Arche à Beit Bialik, Tel Aviv.
c’est-à-dire les tables de la Loi. Autrement dit, la description de ces tables de bois ou de pierre désignées sous le nom de tabotat est seulement, par le biais de la partie pour le tout, une manière de désigner ce que l’Arche d’alliance recèle de plus important, à savoir les tables de la Loi. »
Solomon and Sheba, en français Salomon et la Reine de Saba, (1959) film réalisé par King Vidor avec Yul Brynner et Gina Lollobrigida.
*Menelik Ier ou Ebnä Hakim ou encore Ibn al-Hakim (« le fils du sage ») est le premier empereur légendaire d’Éthiopie ainsi que le premier roi de la dynastie salomonide. D’après la tradition rapportée par le Kebra Nagast, il est le fils de la reine de Saba – aussi appelée « Makada » -, et du roi Salomon.
Du bas latin manuale, signifiant étui de livre ou assemblage de feuilles manuscrites ou imprimées, le terme manuel évoque, bien sûr, un livre mais aussi un mémento ou un précis. Pour le Maçon, il s’entend aussi comme un guide, un ouvrage pratico-pratique et concret. Presque comme cet Officier en charge de vérifier l’appartenance à la fraternité de ceux se présentant à la porte de la Loge, un Thuileur est aussi un document regroupant les différentes caractéristiques de chaque degré. Ici, pour le Rite Standard d’Écosse (RSE) et le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), les trois premiers degrés/grades, comme il sied à la Maçonnerie symbolique, dite bleue. Il s’agit donc bien d’un livre regroupant les différentes caractéristiques de ces trois grades fondamentaux du « métier », « craft ». Toujours didactique, renfermant les notions essentielles desdits rites.
Jean Solis
Revenons tout d’abord sur le parcours de l’auteur Jean Solis.
Jean Solis a été membre de la Loge Nationale d’Instruction Kilwinning à la Grande Loge Nationale Française (GLNF) durant plusieurs années et l’un des trois rédacteurs finaux du rituel « Standard » en vigueur au moment où sort ce livre, dont il a signé le BAT (bon à tirer).
Blason Grand Lodge of Scotland
Membre à vie de la Grand Lodge of Antient, Free and Accepted Masons of Scotland, Grande Loge d’Écosse (GLE) Obédience fondée en 1736 et reconnue par la Grande Loge Unie d’Angleterre (GLUA) et de l’Ordre Royal d’Écosse, il a contribué à fonder de nombreuses respectables Loges en France ainsi que des juridictions de hauts grades. Il est le seul traducteur des rituels écossais approuvé officiellement par la Grande Loge d’Écosse pour la France. Confer son ouvrage Tous les rituels de La Grande Loge d’Écosse, éd. Aureus,1re éd. 2007, 2e éd. 2018) qui reprend, et pour la première fois, « les rituels Standard et Modern, ainsi que les cérémonies particulières d’installation, redédicace, consécration de loge et de temple, de célébration funèbre, de dédicace de vêture, de Bible… au sein de l’obédience maçonnique qui, mieux que nulle autre, véhicule l’héritage vivant le plus authentique de la franc-maçonnerie des origines ».
Son Manuel de l’Apprenti au Rite Standard d’Écosse est un guide clair pour le nouveau Maçon qui y puisera aide à l’instruction et orientation dans sa nouvelle vie au sein de l’Ordre. Il est une trame efficace pour le travail du Second Surveillant, en charge de la formation…
Le Manuel du Compagnon au Rite Standard d’Écosse se présente comme un vade-mecum complet pour les Surveillants et les Compagnons. Véritable guide pratique, le lecteur y trouvera beaucoup de ressources symboliques liées aux fondements traditionnels du rite. Tout comme celui du grade de Maître.
Quant à son Manuel de l’Apprenti au Rite Écossais Ancien & Accepté, notons, tout d’abord que Jean Solis retient, en mode abrégé, le terme de RÉAA et non REAA.
Nous apprenons aussi que l’auteur, connu pour être spécialiste de l’analyse et de la structure des rites et rituels, a été Vénérable Maître au Rite Écossais Ancien et Accepté au sein de la Grande Loge Nationale Française et pratique les hauts grades du rite depuis plus de deux décennies au sein de la juridiction ad hoc.
Jean Solis présente un guide clair afin qu’Apprenti et Second Surveillant, Compagnon et Premier Surveillant explorent leur rituel de façon ordonnée, en suggérant des interprétations symboliques et historiques, tant faisant partie de la tradition exégétique « classique » du rite, qu’adoptant des points de vue plus modernes et plus rigoureux. L’ouvrage prend en compte les différentes versions spiritualistes du rituel, évoquant parfois des variantes, sans toutefois prendre parti.
Il en est de même pour son Manuel du Maître au Rite Écossais Ancien & Accepté.
L’auteur adopte bien souvent la même structure quel que soit l’ouvrage abordant dans un premier temps des généralités indispensables sur l’origine de la Franc-Maçonnerie et la Franc-Maçonnerie à partir de 1717. Il trace aussi le portrait des différentes obédiences maçonniques – l’auteur mettant le terme « obédience » entre guillemets –, puis descend à travers les Loges, noyaux essentiels et réellement constitutifs de la Franc-Maçonnerie, les degrés, les grades et les systèmes rituels. Il analyse les symboles, voyages, les signes, les mots et attouchements, etc.
REAA : tablier de Maître ave pendeloques – source Nos Colonnes
Il détaille aussi pour chaque cérémonie – initiation, passage, élévation à la maîtrise – le rôle et la fonction des différents Officiers. Traitant à la fois de l’ouverture, de la vie et de la fermeture de la Loge aux trois grades, il s’inscrit dans une figure très descriptive de remarques sur le tuilage notamment de l’Apprenti (où l’instruction par questions et réponses). L’ouvrage s’achève toujours par une courte bibliographie.
RSE : tablier de Maître en cuir et tartan Royal Steward – source gants-blancs.com
Ces six ouvrages seront pour vous comme des mémorandums des plus utiles, tant pour les instructeurs que sont les Frères Surveillants et le Vénérable Maître, mais aussi pour les Frères eux-mêmes, qui y trouveront, tout naturellement les caractéristiques des degrés qu’ils possèdent.
Vous avez aimé Comprendre l’Arche Royale de Jean Solis – mis en ligne le 29 juillet 2022 avec, à cette heure 1969 vues, un record ! –, vous aimerez ces six précieux ouvrages. Des indispensables !
RSE : Manuel de l’Apprenti au Rite Standard d’Écosse (éd. Aureus, 2019) ; Manuel du Compagnon au Rite Standard d’Écosse (éd. Aureus, 2020) ; Manuel du Maître au Rite Standard d’Écosse (éd. Aureus, 2020)
REAA : Manuel de l’Apprenti au Rite Écossais Ancien & Accepté (éd. Aureus, 2020) ; Manuel du Compagnon au Rite Écossais Ancien & Accepté (éd. Aureus, 2020) ; Manuel du Maître au Rite Écossais Ancien & Accepté (éd. Aureus, 2021)
Le site de Jean Solis, Éditions Aureus (aureus, mot latin signifiant doré) dont le slogan est « De l’esprit et du sens ». L’or symbolise deux grandes idées : la lumière et la perfection d’une part, la richesse spirituelle et le divin d’autre part.
La réplique d’une Marianne représentée par une femme noire, sera installée en Martinique samedi 14 janvier 2023. L’objet trônera désormais au musée de la franc-maçonnerie, à Morne Tartenson à Fort-de-France.
Samedi 14 janvier 2023, une Marianne de couleur noire sera installée en Martinique. Son buste intégrera le musée de la franc-maçonnerie de Fort-de-France, à Morne Tartenson.
Marianne est le visage choisi pendant la Révolution française pour représenter la Liberté et la République. Son bonnet est appelé « bonnet phrygien ». C’est le bonnet que portaient dans l’Antiquité les esclaves que leur maître avait décidé d’affranchir, c’est-à-dire de libérer. Certains partisans de la Révolution française, les « sans-culottes », portaient eux aussi ce bonnet.elysee.fr
« Les valeurs républicaines… »
Cette figure symbolise, « outre l’abolition de l’esclavage, les valeurs républicaines, laïques, démocratiques et sociales, incarnées par la franc-maçonnerie en général et les 9 Loges du Grand Orient de France à la Martinique en particulier » souligne le GODF.
En janvier 2022, trois artistes de Paris avaient manifesté le souhait de créer une nouvelle Marianne,« la plus représentative possible de la diversité des Françaises » rapportent France Bleu et France 3.
Le Grand Maître de la première obédience maçonnique de France, Georges Sérignac, a fait le déplacement pour l’installation officielle de l’objet dans sa nouvelle vitrine de l’immeuble Droit et Justice de Tartenson.
Georges Sérignac donnera également sur place le même jour, une conférence publique à partir de 17h30 sur « la Caraïbe face au défi du changement climatique et des métamorphoses économiques et sociales ». Le géographe Pascal Safache et l’économiste Christian Louis-Joseph interviendront également dans cette causerie.