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Le Cercle Philosophique de la Malmaison et 450fm vous invitent à faire la fête sous la Bourse de Paris

Le mardi 21 novembre prochain, le Cercle Philosophique de la Malmaison organise sous la Bourse du Palais Brogniard, sa fête annuelle. Des personnalités du monde maçonnique seront présentes :

Le comédien Bernard Pinet présentera quelques morceaux choisis de son dernier spectacle.

Parmi les autres invités, on pourra compter sur le Président du G.I.T.E. Jean-Pierre Vic qui sera lui aussi présent, afin de soutenir cette soirée. Seront aussi de la fête, les Présidents des Widows Sons qui feront une présentation de leur action caritative au profit de deux enfants Léna et Mattéo. (Lire à ce sujet notre article du 13 octobre)

Le comédien Pierre Santini

Cette manifestation sera réservée exclusivement aux Francs-maçons. On y trouvera les membres du Cercle Philosophique de la Malmaison qui l’an dernier avait eu le plaisir de recevoir le comédien Pierre Santini à Rueil Malmaison (92). Cette année, le Cercle a décidé pour la première fois de réunir en dehors de son fief de Rueil pour accueillir des visiteurs de tous les départements.

La rédaction à contacté les organisateurs, qui nous informent que cette édition ne permettra pas d’accueillir tout le monde puisqu’il ne reste actuellement qu’une centaine de places disponibles. Avis aux amateurs !

la soirée débutera vers 19h30 pour se terminer vers 23h

Tarif = 40 €

Caisse à l’entrée

Seulement 100 places disponibles

Progrès humain :  encore un petit effort côté femmes et enfants, svp !

Le progrès humain est une réalité démontrée par les statistiques. Pour aller plus loin, il suffirait de démonter quelques idées reçues, mais fausses, autour de la virilité. Explications.

Steven Pinker l’a démontré de long en large : le progrès humain existe, et les statistiques pour le prouver sont si nombreuses que le constat n’est pas réfutable. Pour vous en convaincre, zappez et faites-vous des diagrammes personnalisés sur ourworldindata.org. Bien entendu, comme avec tout effet statistique, une amélioration en moyenne ne garantit pas contre les malheurs individuels , et il peut aussi y avoir des zones entières qui ne bénéficient pas des progrès quasi-généralisés ailleurs.

C’est le cas des pays non démocratiques, n’en déplaise aux Cassandres qui peuplent nos réseaux sociaux, les inondant quotidiennement de tout ce qui va mal chez nous.

Chez nous ? Oui c’est là que le chaudron du progrès a le mieux fonctionné. Pourtant, le titre flatteur de « creuset de la civilisation » est attribué au triangle Grèce-Mésopotamie-Egypte . Œuvres des philosophes et conteurs, codes de lois, bible et autres écrits remarquables en témoignent. Environ deux millénaires plus tard, préparés par la Renaissance, les Lumières rallument ce délicat athanor du progrès, en Europe. Il a permis la clairvoyance sur la noirceur du colonialisme et a mené à l’abolition de l’esclavage. Il a aussi favorisé un apaisement de la vie en société grâce à la séparation des églises et des états…cette séparation-là qui est à l’origine de l’islamisme, lequel y voit, et à juste titre, un ennemi mortel.

Obscurantisme ou Humanisme, choisis ton camp !   

Mais nous parlions de statistiques…quelle inégalité perdure encore sur toute la surface du globe ? Celle entre les hommes et les femmes. Pascal Picq a pu montrer que chez les grands singes il existe des races présentant des dominations semblables à ce que nous rencontrons chez les humains, et d’autres où l’égalité est la norme. Alors, pourquoi nous priverions-nous des apports des intelligences et sensibilités féminines ?  Sans compter que l’apaisement c’est bon pour le (précédemment) dominé comme le (précédemment) dominant ! Rappelons en effet, comme le faisait Olivia Gazalé dans son sublime «  mythe de la virilité », que les victimes du patriarcat ( ou viriarcat : tous sont concernés, pas que les pères ) sont les femmes mais aussi la plupart des hommes ( les « faibles », les « gentils », les homosexuels, les « mécréants » et tant d’autres ).

Une femme sur trois sera victime d’une agression sexuelle dans sa vie.

Il nous reste quelques freins au progrès à casser dans ce domaine et c’est atteignable.

Alors, où en sommes-nous ? Nous avons avancé, à témoin les lois contre l’inceste ou contre les violences faites aux femmes et enfants, dont les harcèlements. Ces progrès ont été obtenus notamment grâce aux féministes des seventies qui ont permis la conscientisation de tous par l’apparition dans les médias, et surtout la télévision. Et aujourd’hui, comme nous le montrent les micro-trottoirs de l’INA, des commentaires, qui n’ont que 50 ans, nous paraissent terriblement rétrogrades. La conviction d’une supériorité masculine en matière de force physique et intelligence a bien faibli…dans nos pays .

Le « berceau des dominations », de Dorothée Dussy, décortique les paroles des incesteurs actuels. « Une culture du viol à la française » de Valérie Rey-Robert fait pareil autour du viol .

Une similitude apparaît entre les deux ouvrages : ils montrent le dispositif culturel complexe mais prémédité mis en place par ces criminels. Cela commence par un narratif qui permet dans beaucoup de cas de bloquer les velléités d’investigation de personnes qui ont eu la « puce à l’oreille ». On peut appeler ce narratif « la fable du monstre ». On met en avant, dans les médias ou dans les fictions, l’image du tordu qui rôde dans les rues mal éclairées, à la recherche d’une proie sur laquelle il se jettera par surprise. Cela occulte le fait que ces crimes sont commis en grosse majorité par des personnes déjà bien connues de leurs victimes. Le lieu de l’exaction est le plus souvent chez la victime ou chez l’agresseur. Ainsi, le soupçon qu’il s’agisse d’un proche est fréquemment éliminé des hypothèses puisque ne correspondant pas au stéréotype que nous avons en tête. Cette erreur est également fréquente dans la sphère policière ou judiciaire, induisant de nombreux non-lieux.

Ensuite il y a le bobard selon lequel les hommes auraient des pulsions incontrôlables.

Les femmes auraient ainsi un besoin permanent d’être protégées, ce qui justifie les privations de liberté. Variante du bobard : les femmes peuvent déclencher un désir irrépressible :  les ensorceleuses ont remplacé les sorcières qui furent tant brûlées il n’y a pas si longtemps. Il s’ensuit que les tenues ou les comportements des femmes seront déclarés comme déclencheurs du crime :  jupe trop courte, trop belle, trop souriante, pas assez conciliante, ou pas belle et refusant de manière incompréhensible l’honneur qui leur est fait de les draguer…c’est toujours de leur faute.

Ces culpabilisations sont à l’origine du très courant non dépôt de plainte.  Les narratifs toxiques évoqués peuvent aisément être stoppés lors de l’éducation des enfants, mais pour cela il faut les parents le veuillent. Or pas mal de « traditionalistes » y tiennent encore . Et il y a encore ceux ou celles à qui profitent ces convictions. Un exemple : notre Catherine Deneuve nationale qui en réponse au « metoo » plaidait pour «  le droit d’être importunée » . Pour elle, l’exercice de ce droit offre une palette infinie de partenaires possibles, plus plein d’autres prêts à stopper celui qu’elle considérerait comme trop entreprenant . Mais bonjour au harcèlement pour les autres ! Entre temps, nous voilà arrivés dans la sphère culturelle de la France, LE pays de l’amour courtois : Galanterie, Grivoiserie, Goujaterie, …puis pire, si affinités.

Le décalage entre la réalité et la belle image qu’on en projette avait déjà commencé avec l’amour courtois. On était dans le « sexisme bienveillant », qui contient l’image de la faible femme qu’il faut défendre, engendrant duels et autres affaires d’homme, au terme duquel la femme est conquise…sans besoin de lui demander son avis.

Il est donc temps d’arrêter de penser que nous avons la pensée la plus avancée, de corriger nos stéréotypes et autres préjugés culturels, et de repenser nos manières de séduire. A ce prix nous aurons encore fait progresser un peu notre chère humanité … universelle ? En tous cas, balayons devant notre porte d’abord, en attendant d’essayer d’en convaincre les peuples plus lointains.

Franc-maçons, soyons exemplaires.

L’Europe des Lumières 1680-1820

En littérature, l’expression fort volume désigne généralement un livre de grande taille, ici quasiment au format royal, et composée de nombreuses pages. Cette édition nous en offre 888 ! Une œuvre savante, toute en profondeur, certes mais lisible par tous, profanes et initiés, et accessible à un très large public. Un ouvrage de référence, comme un dictionnaire ou une encyclopédie.

Il n’en reste pas moins qu’il est, en langage familier un pavé – en langage maçonnique une pierre brute ou cubique… Mais la culture, pour qui veut s’instruire, est à ce prix. Riche au cœur et à l’esprit.

Si généralement, le dix-huitième siècle, communément appelé siècle des Lumières, s’étend de 1701 à 1800, période particulièrement transformatrice, non seulement pour la France mais aussi pour de nombreuses régions du monde, mais aussi et surtout pour l’Europe, les auteurs, Bernard et Monique Cottret*, le comprend entre 1680 – les années 1680 ont vu l’émergence de penseurs et d’écrivains qui ont jeté les bases du mouvement des Lumières qui allait dominer le dix-huitième siècle – et 1820la période après 1800 a été marquée par les conséquences et les retombées de la Révolution française.

Pourquoi est-il important pour le maçon d’aujourd’hui – certains d’entre eux n’ayant toutefois rien à dire et passant leurs temps à commémorer les 300 ans de ceci ou encore les 300 ans de cela – de bien connaitre et de mieux comprendre le XVIIIe siècle ? Pas seulement parce qu’il a vu la naissance de la première structure obédientielle – la Grande Loge de Londres et de Westminster en 1717 –, mais surtout parce que le XVIIIe siècle a connu un remarquable essor. Essor intellectuel et culturel où les idées concernant la raison, la science, l’individualisme et le progrès ont pris de l’ampleur. Un siècle qui a aussi connu la diffusion des idées maçonniques, avec notamment, une propagation des idéaux à travers l’Europe et les Amériques. Des idéaux comprenant, à la fois et déjà, liberté de pensée, égalité, fraternité et progrès social et exerçant quand même une influence notable sur la société de l’époque et sur certains événements historiques majeurs, tels les révolutions américaine et française.

Le prologue débute avec la dénomination, dans quelques langues européennes de la traduction du terme lumière en anglais, en allemand, en italien, en espagnol et en portugais, représentant ainsi toute la diversité dudit siècle sur le continent…

René Descartes (1596-1650).

Les auteurs nous proposent une table des matières en trois parties. La première intitulée « La prise de conscience européenne – 1680-1750 ». En commençant par nous offrir les héritages de Bacon, Descartes, Spinoza et Richard Simon. La deuxième traitant des « Lumières militantes – 1750-1780 », en nous comptons l’épopée de l’Encyclopédie, ainsi, entre autres,  que les trois grandes colères de Voltaire. Et une dernière intitulée « Lumières et révolutions – 1780-1815/1820 » ou souffle tout d’abord un vent d’Amérique, puis un prisme de tolérance tout en allant à la découverte des merveilles de la science avec le clan des physiciens et des chimistes. Pour balayer ensuite les différents apports de la Révolution française, avec notamment un « Lumières et Contre-Révolution », pour s’achever avec des « Lumières otages du politique entre 1814-1815/1820 ».

Dans la première partie, les auteurs abordent la prise de conscience européenne à l’orée du XVIIIe siècle jusqu’à son milieu. Comme une sorte de transition graduelle du baroque et de l’Ancien Régime vers le rationalisme et l’individualisme qui ont caractérisé le siècle des Lumières. Cette transformation s’est aussi appuyée sur la philosophie qui a commencé à s’orienter vers le rationalisme et l’empirisme. Des penseurs comme René Descartes et John Locke ont remis en question les anciennes vérités et ont posé de nouvelles bases pour comprendre le monde à travers la raison et l’expérience plutôt que la tradition et la foi. Nous pourrions aussi parler de l’émergence de la science, qui a débuté au XVIe siècle avec Copernic, mais aussi Galilée et Newton. Tous ces progrès (astronomie, physique, biologie, chimie) ont élargi la connaissance du monde naturel et humain. Nous n’explorerons volontairement pas les autres domaines tels l’économie, le commerce, la politique et ses gouvernances, les religions, la société, la culture, les arts et la littérature…

Bernard et Monique Cotret décrivent ensuite la période des Lumières entre 1750 et 1780, qui marque l’apogée du siècle des Lumières marquée essentiellement par un essor de la pensée rationnelle, une remise en question des traditions et une foi dans le progrès humain. Dans tous les domaines, notamment ceux précités précédemment. À noter que l’Encyclopédie, éditée par Denis Diderot et Jean le Rond d’Alembert, a symbolisé l’esprit des Lumières, visant à rassembler et diffuser la connaissance de l’époque à un public plus large.

Enfin, la dernière partie est consacrée à la période de 1780 à 1815/1820. Elle retrace un ensemble d’événements majeurs qui ont été influencés par les idées des Lumières et qui, à leur tour, ont transformé le monde de façon radicale. Cette ère est particulièrement connue pour les révolutions politiques majeures et les conflits qui ont remodelé les frontières, les gouvernements et les sociétés.

Louis, roi de France, par Joseph Duplessis, entre 1774 et 1776.

En premier lieu, la Révolution française (1789-1799) qui a renversé la monarchie absolue de Louis XVI, a mis fin à la féodalité et proclamé des idéaux de liberté, égalité et fraternité. Les Lumières avaient fortement influencé les leaders révolutionnaires, notamment avec la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

Puis l’ère napoléonienne (1799-1815). L’Empereur diffusant certaines des réformes des Lumières à travers l’Europe avec ses conquêtes, bien que de manière contradictoire avec l’idéal des Lumières de la gouvernance démocratique. Il a modernisé les systèmes juridiques avec le Code civil et a cherché à rationaliser l’administration des territoires conquis. Napoléon a promu la science, l’éducation et a établi de nombreuses institutions qui perdurent jusqu’à aujourd’hui. Par ailleurs, les idées des Lumières ont également commencé à influencer les mouvements pour les droits des femmes et contre l’esclavage. Bien que ces mouvements aient pris plus de temps à se concrétiser, les germes de l’égalité et de la justice pour tous étaient fermement plantés pendant cette période.

De ce magnifique ouvrage, que faut-il donc retenir ? Qu’il nous faut, car sans cesse attaquer par tout obscurantisme – populisme, autoritarisme, fondamentalismes religieux de toutes sortes, mouvements antiscience, etc. – préserver et transmettre l’héritage du siècle des Lumières. C’est essentiel pour maintenir les valeurs de notre identité civilisationnelle européenne et « judéo-chrétienne » en général et maçonnique en particulier. Des valeurs telles que la rationalité, le progrès, la liberté, l’égalité, la fraternité et l’humanisme universel. Elles ont façonné notre monde moderne, sachons les préserver.

*Professeur émérite à l’université de Versailles-Saint-Quentin, spécialiste reconnu de l’histoire des mondes anglophones et de la Réforme protestante, Bernard Cottret (décédé en 2020) a consacré plusieurs monographies à des figures phares de la modernité (Thomas More, Calvin, Cromwell, Jean-Jacques Rousseau avec Monique Cottret, ou Karl Marx). De 1988 à 2002, Bernard Cottret fut membre du conseil scientifique de la Bibliothèque nationale de France. Nous lui devons plus d’une cinquante d’ouvrages, maintes fois réédités.

Monique Cottret est professeur émérite à l’université Paris-Ouest-Nanterre-La Défense. Spécialiste du jansénisme et des mentalités modernes, elle a notamment publié La Bastille à prendre-histoire et mythe de la forteresse royaleJansénismes et Lumières, Culture et politique dans la France des Lumières, Tuer le tyran ? Le tyrannicide dans l’Europe moderne, et chez Perrin, avec Bernard Cottret, Jean-Jacques Rousseau en son temps. Elle reçoit, avec son mari Bernard Cottret, le prix Pierre-Georges-Castex de littérature française de l’Académie des sciences morales et politiques 2006 pour leur livre Jean-Jacques Rousseau en son temps et, en 2016, le prix Madeleine-Laurain-Portemer de la même académie pour Histoire du jansénisme.

L’Europe des lumières 1680-1820

Bernard et Monique Cottret – Perrin, 2023, 888 pages, 30 €

L’illustration de la couverture représente la « Table ronde du roi Frédéric II à Sanssouci1 », une peinture, datée de 1850, de l’artiste Adolph Menzel Adolph von Menzel (1815-1905), peintre, graveur et illustrateur prussien.

1 Le palais de Sanssouci ou Sans-Souci est l’ancien palais d’été du roi de Prusse Frédéric II (1712-1786), dit Frédéric le Grand, ami des lettres, écrivain et philosophe, protecteur de Voltaire. Il est situé à Potsdam, dans le Land du Brandebourg, à vingt-six kilomètres au sud-ouest de Berlin.

Interview : Jean-Pierre Rollet, Grand Maître de la Grande Loge Nationale Française

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De notre confrère lepetitjournal.com – Par Laurence Huret

La Grande Loge Nationale Française a fêté cette année son 110ème anniversaire, avec près de 33.000 Frères. Lors de sa venue à Singapour la semaine dernière, Jean-Pierre Rollet, Grand Maître de la GLNF, s’est confié à cœur ouvert sur son parcours et son engagement en franc-maçonnerie. Il a partagé son regard sur la Grande Loge Nationale Française aujourd’hui, tout en rappelant la philosophie de l’obédience.

La Franc-maçonnerie est une association d’hommes libres et indépendants en quête d’élévation spirituelle et de perfectionnement moral, qui mettent en pratique un idéal de paix et d’amour. Cette fraternité initiatique vise au perfectionnement individuel de ses membres qui se réunissent dans des loges. Où on ne parle ni de politique, ni de religion. Obédience régulière fondée en 1913, la Grande Loge Nationale Française (GLNF) https://www.glnf.fr/ se réfère au Grand Architecte de l’Univers lors de l’ouverture de ses travaux, contrairement au Grand Orient (GO). Elle est reconnue par la Grande Loge Unie d’Angleterre (GLUA) et compte aujourd’hui près de 33.000 Frères, répartis dans 1.437 Loges situées en métropole, en outre-mer ou à l’international avec notamment la Loge Wandailan – Fleur d’Asie à Singapour.

Successeur de Jean-Pierre Servel, vous êtes Grand Maître depuis 2018 de la GLNF. Quand vous êtes-vous engagé en franc-maçonnerie ? Etait-ce une tradition familiale ?

J’ai été initié en 1988 à 33 ans. Comme beaucoup d’hommes, je me posais des questions sur le sens de ma vie. J’avais un désir, une volonté de recherche de spiritualité, d’intérêt pour tout ce qui est ésotérisme. Je savais que la franc-maçonnerie existait, mais sans savoir très bien ce que cela voulait dire. Ce n’était pas une tradition familiale, mais un grand sujet de discussion avec cette crainte de l’excommunication.

La GLNF a des relations très importantes avec la conférence des évêques pour expliquer ce que nous sommes : Nous ne sommes pas des athées, pas des anti cléricaux. Nous partageons entre nous le fait de croire en Dieu, que nous nommons Grand Architecte de l’Univers. Les maçons de la GNLF se renforcent d’ailleurs dans leur croyance ou dans d’autres formes de spiritualité, notamment chez les bouddhistes.

J’ai été initié après différentes rencontres animées de discussions philosophiques. C’est de cette manière que l’on se coopte. On essaie de comprendre quelles sont les motivations des candidats, pour écarter ce qu’on appelle les mauvaises candidatures, ceux qui ont un intérêt personnel, ceux qui croient qu’ils vont avoir une capacité à faire des affaires chez nous. C’est le vieux fantasme ! Est-ce qu’il y en a qui passent à travers ? Probablement oui. Est-ce qu’ils restent chez nous ? Non.

Il faut vraiment être animé d’une quête de perfectionnement, de travail sur soi-même. L’âge moyen de cette prise de conscience est de 35 ans, voire un peu plus. Ce n’est pas toujours facile de se remettre en cause, de suivre un apprentissage pendant au moins une année, durant laquelle on n’a pas droit à la parole. Il y a une structuration de la pensée, de la compréhension, de ce qu’on appelle la bienveillance, la capacité à faire silence en soi, de respecter l’autre… Au fil des années, je me suis senti devenir un homme meilleur dans mes relations avec ma famille, mes relations de travail, mes amis, en développant de la bienveillance, de la compréhension.

Votre profession vous prédisposait-elle à la franc-maçonnerie ?

Non, pas du tout. J’ai eu deux professions dans ma vie. Lors de la première, j’étais dans l’administration, j’étais directeur administratif et financier dans un groupe militaire appartenant à la défense. J’en ai rapidement fait le tour. A l’occasion de formations complémentaires, j’ai rencontré des personnes avec lesquelles j’ai fondé un cabinet d’associés de consulting en organisation, en systèmes d’information.

Ce tournant professionnel et mon engagement maçonnique datent de la même période en 1989 et j’ai été initié à peu près en même temps. Les choses se sont faites un peu en parallèle. Mais ma profession ne m’a pas mené à la franc-maçonnerie. C’était plutôt une envie personnelle d’une réalisation que je recherchais.

Quel a été ensuite votre parcours maçonnique ?

Quand on entre en franc-maçonnerie, on ne se pose pas la question de savoir ce que l’on va devenir, si ce n’est d’être un meilleur maçon. Vous faites d’abord votre travail dans votre Loge, apprentissage, compagnonnage, puis maitrise, la compréhension par des degrés successifs. Et puis à un moment donné, il y a une rupture qui se fait. Vous rentrez au service des autres comme Officier de la Loge. Vous avez un service particulier : Trésorier, Secrétaire, Orateur ou Hospitalier qui va aider ceux qui sont en difficulté. Vous devenez peut-être ensuite Premier ou Second Surveillant, c’est à dire ceux qui seront chargés d’enseigner.

Chaque élément est intéressant, car il vous ouvre une facette que vous n’auriez peut-être pas eu l’occasion d’avoir dans votre vie de tous les jours. Enfin,  à un moment donné, les frères vous disent qu’il est temps pour toi de devenir Vénérable Maitre, c’est à dire celui qui pendant une année ou deux va diriger l’ensemble de ses frères. On atteint l’égrégore spirituel, un état de satisfaction empreint de sérénité générale. Puis on peut vous appeler pour occuper une fonction dite provinciale au service de l’Ordre. Puis par la suite, on vous propose de prendre la direction d’une Province, ce que j’ai fait pendant 6 ans. Après, j’ai été Assistant Grand maitre, puis Député Grand Maitre. Et il y a cinq ans, on m’a proposé le poste de Grand Maître.

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Quel est votre regard sur votre fonction de Grand Maitre ?

Certains peuvent avoir des ambitions, mais la vieille habitude maçonnique est que l’on ne réclame jamais. Il faut que ce soit les autres qui vous le proposent. C’est vraiment un état d’esprit très particulier. C’est uniquement quand vous avez développé un certain nombre de qualités, de compétences, de mise à disposition de votre temps, d’implication très forte au service des autres, que l’on vient vous chercher. Cela se passe de manière assez naturelle.

J’ai été désigné Grand Maitre en 2018, après avoir été pendant 6 ans Grand chancelier, Ministre des affaires étrangères, et puis Député, le numéro deux du Grand Maître. J‘ai été réélu en 2021, c’est un mandat de deux fois trois ans maximum. C’est extrêmement important, car il faut que se renouvellent les capacités des uns et des autres à apporter sa pierre à l’édifice. Depuis mon arrivée à ce poste, mon objectif est de développer la formation et l’instruction qui sont des éléments clés pour le développement et la pérennité de notre Ordre.

A l’issue de votre mandat actuel, quelle suite prendra votre engagement maçonnique ?

Les anciens Grands Maitres en GLNF restent impliqués. Ils sont membres d’office du conseil d’administration qui peuvent être consultés par leurs successeurs. La fonction de l’ancien Grand Maître est une fonction extrêmement importante dans le système maçonnique. Il y a l’actif, celui qui est en charge de faire vivre l’Ordre, qui apporte son énergie. Et il y a ceux qui ont donné, et qui sont très heureux d’accompagner

Comment se situe aujourd’hui la GNLF dans la franc-maçonnerie française ?

A l’heure actuelle, nous sommes 33.000 Frères qui couvrent d’une part la métropole, d’autre part des provinces ultra-marines : la Martinique, la Guyane, la Réunion, la Nouvelle Calédonie, Tahiti, et enfin un district international dans lequel nous avons des loges à Singapour, à Bangkok, à Phnom Penh, à Macao et une dernière au Liban. La particularité c’est que ces implantations sont dans des pays où il n’y a pas de loges nationales. Car s’il y avait une loge nationale, nous ne pourrions pas nous implanter au vu des protocoles d’accord que nous avons. La loge de Singapour se développe merveilleusement bien, c’est un peu le chef lieu du district international.

Avez-vous des projets de développement de ce district international?

Tout à fait, on regarde d’autres pays. Peut-être la Corée, le Vietnam. Notre facteur clé est la capacité d’avoir sur place un certain nombre de frères qui vont pouvoir aider, ce qu’on appelle les frères fondateurs, qui seront présents sur place, pendant quelques années et d’avoir une forte population locale française ou d’expatriés.

L’objectif est d’apporter des réponses aux questions que se posent les gens sur leur devenir, leur vision. La maçonnerie régulière croit en la perfectibilité de l’homme afin de s’améliorer et participer à une société meilleure. C’est toute la différence entre la maçonnerie régulière dont nous faisons partie et l’autre maçonnerie dite irrégulière qu’on appelle plutôt libérale.

La Franc-maçonnerie comprend deux grandes familles : Celle du Grand Orient, qui n’hésite pas à faire des travaux politiques et sociétaux, qui va prendre position dans le cadre de leurs travaux de loge. Celle de la GLNF, qui avec 250 autres loges à travers le monde, pratique la croyance en un Grand Architecte de l’Univers. A la GLNF, nous n’abordons jamais en tenue de sujets à caractère politique ou religieux car ils sont sources de divergences et on ne veut pas de divergences entre nous

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Comment justifiez-vous aujourd’hui d’interdire la franc-maçonnerie aux femmes au sein de la GLNF ?

Vous abordez là la question très particulière de la masculinité dans laquelle les grandes loges régulières se réunissent, tout en reconnaissant bien évidemment qu’une franc-maçonnerie régulière féminine existe. Régulière au sens où elle pratique les mêmes systèmes que les nôtres, sauf qu’elles ne reçoivent que des femmes. Il existe également en France une maçonnerie mixte depuis la fin du 19ème siècle avec le Droit Humain. Une partie du Grand Orient de France s’est féminisé depuis une dizaine d’année, en phase avec son mouvement sociétal et politique.

Quelle est la raison de votre venue à Singapour ?

J’arrive de Los Angeles où la grande loge de Californie a autorisé la création d’une loge France qui permet à des Frères français expatriés de vivre la maçonnerie dans leur langue d’origine.

Lors de mon étape à Singapour où je n’étais pas venu depuis trois ans, j’ai rencontré les Frères puis je vais m’envoler ensuite pour la Nouvelle Calédonie, où nous avons une Province. En tant que Grand Maitre, on essaie de visiter une fois, voire deux fois, dans son mandat les Frères en outre-marin ou à l’international.

Qui avez-vous rencontré à Singapour? Sur quels sujets ont porté vos discussions ? Quelles sont vos relations avec les obédiences locales ?

J’ai rencontré les apprentis, les compagnons et les maitres ainsi que  les Grands Officiers du district. J’ai rencontré le représentant du District anglais avec lequel nous avons de très bonnes sympathies. J’aurais pu aussi rencontrer le District écossais qui partage la même conception maçonnique que la nôtre. Lors de mon dernier passage à Singapour, j’avais participé à une réunion publique, j’étais alors Député Grand Maitre. C’était une conférence ouverte aux profanes.

C’est une approche un peu nouvelle. Pendant très longtemps, nous étions plutôt dans la confidentialité. On ne dit pas secret. On pensait que l’on n’avait pas besoin de faire de publicité, que l’entrée en franc-maçonnerie se faisait surtout par parrainage.  Mais nous nous sommes rendus compte qu’il était nécessaire d’expliquer ce que nous sommes et ce que nous ne sommes pas. Il y a dans certains endroits de France de l’anti-maçonnisme, cela a toujours existé. Il est donc important d’expliquer certaines choses. « Vous servez à quoi ? » Cela me permet notamment d’expliquer que les francs-maçons servent à faire le bien.

Comment portez-vous vos actions caritatives ?

Ici-même à Singapour, les Frères participent à un fonds particulier qui gère une somme importante. Nous avons aussi sur le plan national une Fondation de la GNLF, qui s’est mobilisée sur de nombreux sujets, lors de conflits, l’Ukraine par exemple, lors de tremblements de terre, comme en Turquie, au Maroc ou à Haïti. La fondation s’intéresse ainsi à l’enfance en difficulté, l’enfance en maladie. Nous avons un grand programme pour les jeunes aveugles, pour les aider par le financement d’un chien d’aveugle, ou de matériel informatique spécialisé, ou nous participons à des soutiens d’opérations d’enfants ne pouvant pas être opérés dans leur pays ou par le bais de partenariat pour la fabrication de main et de prothèse, en 3 D,…

On est très impliqués dans la Fondation. Pour nous, cela va au delà de notre croyance. C’est  aussi une manière de répondre au monde qui nous interroge : On est ouvert aux autres… On n’a pas le même degré d’implication qu’ont les pays anglo-saxons, où les « charities » sont extrêmement importantes. Des millions de dollars y sont récoltés. Ils sont propriétaires de cliniques, d’hôpitaux. En France on a un système social qui fonctionne déjà bien, notre action caritative est un complément nécessaire de faire le bien.

Comment rejoindre la GNLF si le candidat à l’initiation ne connaît aucun maçon dans le pays où il réside ?

Généralement un candidat potentiel est « approché » par des francs-maçons de son entourage ou alors il manifeste son intérêt auprès de personnes qu’il a identifiées comme maçons et qui pourront répondre de lui. Ces francs-maçons pourront alors le parrainer. Si le candidat ne connaît aucun maçon ou s’il n’existe pas à sa connaissance de Loge dans le pays dans lequel il réside, il peut alors adresser un email sur le site de la Grande Loge Nationale Française. Une fois contactée, l’Obédience choisira de donner suite ou non, et de transmettre la demande à une Loge du pays du candidat potentiel. Cette Loge décidera à son tour si elle veut aller ou non plus loin avec cette candidature. Il s’agit de s’assurer que les candidats à l’initiation comprennent bien qu’ils ne vont pas participer à des questions de société, que nous ne sommes pas un club, un parti politique ou un mouvement de citoyens.

Nous avons des sites internet, on intervient sur les réseaux sociaux, ce qu’on ne faisait pas avant. Nous sommes sur Facebook ou Tiktok. Ce n’est pas destiné à faire appel à de nouveaux candidats, mais à expliquer qui nous sommes. L’idée c’est de donner une bonne image de ce que nous sommes.

Jean-Pierre Rollet Laurence Huret
Jean-Pierre Rollet et Laurence Huret

Cette interview se situe dans le cadre d’articles sur la Franc-maçonnerie, publiés par Lepetitjournal.com à Singapour, notamment :

Mens sana in corpore sano

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 (Un corps sain dans un esprit sain)

Les jeux de l’arc et du golf en Art Royal

A la naissance de la Grande Loge de Londres en juin 1717, les « frères » ne cachent pas leur appartenance. Ils participent à la vie sociale : mondanités et festivités guident les plus aisés vers les élégantes parties de chasse et les fins « repas sur l’herbe » dans les campagnes environnantes. Au retour, les attendent soirées musicales et théâtrales « habillées ».

 Phénomène tout à fait nouveau outre-Manche, également à l’extérieur de la loge, la main rejoint l’esprit. Et le corps est ainsi célébré avec l’apparition des « nobles jeux » qui désignent à la fois l’arc, l’arbalète et l’arquebuse.

Les jeux de l’arc

Trois instruments réunis sous cette appellation et dont l’exercice met en valeur la dextérité des participants. Avec une pratique sportive nouvelle : le tir. A cette occasion, ils honorent Saint Sébastien (martyr, mort l’abdomen percé de flèches), et aussi avec une idée chevaleresque, Saint-Georges et Sainte Barbe.

Dans les années 1780, le Grand Orient de France intègre dans ses rangs la Confrérie des Chevaliers de l’arbalète. Et la naissance de la Loge Saint-Georges permet ensuite, par essaimage, la multiplication de loges d’archers. D’abord dans la région du Nord, puis dans le Centre de la France et enfin à Paris. Allument ainsi leurs feux la Loge Saint-Maurice (Les arbalétriers de Clermont-Ferrand) et la Loge Saint Julien de la Tranquillité (Les tireurs à l’arc de Paris).

Légende ou réalité, le bruit court tant en Angleterre qu’en France, que ces « nobles jeux », et tout spécialement l’arc, sont – en ce temps de révoltes sociales (déjà !) – inspirés par Robin Hood (Robin des bois), le généreux brigand et archer virtuose. Interprété au cinéma, après la deuxième guerre mondiale, par le bel Errol Flyn, le défenseur des paysans grevés par la seigneurie moyenâgeuse était un symbole de justice. L’un des credo maçonniques ! Surgissant de la forêt de Sherwood (au sein du comté de Nottinghamshire en Angleterre), il en sortait lancé sur son cheval au galop, arc et flèches en main, pour neutraliser les cavaliers royaux à sa poursuite !

L’arc de combat a disparu après la guerre de trente ans (1618-1648) remplacé par l’arme à feu. L’arc n’a pas pour autant disparu : sa pratique s’est métamorphosée en sport de compétition codifié. Les Robins des bois contemporains sont devenus des tireurs de flèches à expédier au centre d’une cible. Un barème de points sanctionnent le positionnement des flèches dans la circonférence en cause. La « notion de centre », chère à la symbolique maçonnique trouve ici son application. La flèche qui vise le centre de la cible n’est pas sans rappeler le Temple, lui-même au centre de la cité. Une circularité ici à l’image « rayonnante » du moyeu d’une roue.

A noter que l’arc – de plus de 20.000 ans d’âge ! – connaît des améliorations techniques constantes depuis Robin des bois ! De nos jours, sa courbure double est en fibre de verre. De même, le progrès a créé des flèches en aluminium ou en graphite de carbone. Leur vitesse de projection atteint 240 km heure ! Le tir à l’arc de compétition connaît la gloire puisqu’il est une discipline olympique depuis 1900. Les « Robin Hood » modernes seront ainsi présents aux Jeux Olympiques de Paris de 1924 ! Rappelons-nous ici que la devise mentionnée en titre : « Mens sana in corpore sano » (Un esprit sain dans un corps sain) du poète latin Juvenal (55 après JC) a été reprise par Pierre de Coubertin, rénovateur en 1896 des Jeux Olympiques de la Grèce antique.

Devenir un bon tireur à l’arc demande un apprentissage assidu : Ce tir exige un positionnement très droit du corps, une vue de lynx, un calme à toute épreuve et toujours… une belle noblesse d’esprit ! Il n’est pas sans rappeler cet instant précis où le maçon, la maçonne, se tient debout et à l’ordre, le corps parfaitement vertical, les pieds joints, le coude horizontal et la main tendue sous la gorge. Comme si une flèche invisible allait partir de son geste vers une cible imaginaire !

Ce troisième millénaire connaît ainsi une Chevalerie de l’arc, qui comprend un bon nombre de francs-maçons et franc-maçonnes. A l’instar de la cérémonie maçonnique d’initiation, ses membres sont adoubés par leurs pairs lors d’une réception spécifique. Le maçon et la maçonne doublés d’un archer et d’une archère présentent ainsi, par cette double appartenance même, à la fois une prestance et une belle élégance de corps et d’âme.

On peut dire, avec un brin de poésie que l’arc et la flèche rejoignant ici l’équerre et le compas, célèbrent le mariage symbolique de l’arme et de l’outil ! Viser et atteindre le centre de la cible, concrétiser en quelque sorte le centre de l’union, c’est montrer deux volontés directionnelles. L’une et l’autre désignent le point d’où irradie l’énergie rayonnante universelle.

J’ai la joie de côtoyer en loge un tireur à l’arc, frère bienveillant s’il en est. Son port élancé, son sourire franc, son regard pénétrant, ses propos justes, confirment pour moi l’expression en vogue très signifiante pour le caractériser : c’est une flèche !

Golf, cannes et balles

Qui dit « Golf », dit, comme le tir à l’arc, sport de précision. Sa pratique a lieu en plein air, sur un terrain aménagé qui lui est dédié. A l’aide d’une canne (un club, en anglais), il s’agit de faire progresser adroitement une balle (du diamètre presque identique à celui d’une balle de ping-pong) vers un trou un peu plus gros, dans le sol.

Très ancienne est aussi l’origine du jeu de golf. En témoigne un jeu semblable, avec une balle de cuir qui aurait agrémenté l’époque de l’empire romain.

L’histoire nous dit qu’au temps médiéval ensuite, existaient des jeux de balles et de bâtons dans plusieurs pays du monde. Cette distraction existait déjà en Chine (Chiwan), en Angleterre (Cambuca), en Ecosse (Schinty), en Irlande (Hurley), en Italie (Pall Mall), en Germanie (Kolbe) et en Hollande (Kolf) au XIème siècle.

Dans les années 1300, est dessiné dans ce dernier pays, un premier cheminement qui préfigure le tracé actuel avec un parcours comprenant 4 trous répartis sur 5000 mètres. Précisons que l’emploi d’un petit cerceau planté dans la terre a précédé l’usage d’un trou pour recevoir la balle.

Serait donc né en Hollande le principe actuel du golf, avec presque tous ses accessoires actuels : une canne au bout recourbé, une petite balle de cuir fourrée de plumes d’oie bouillies, une vêture légère adaptée). Mais ce Kolf pratiqué sur des terrains foulés sans l’accord des propriétaires a contraint les municipalités à ordonner la pratique de ce jeu hors des villes. Ainsi un premier terrain réservé audit Kolf est déclaré aux environs de Haarlem en 1483.

C’est sous ce nom de Kolf que ce jeu franchit la Manche pour conquérir l’Angleterre et l’Ecosse ensuite. Les aristocrates le ramènent en ville où il devient un jeu de salon. Pas pour longtemps car… les carreaux cassés et les passants accidentés par les balles imposent aux autorités de stopper ces tirs devenus dangereux ! Des interdictions municipales par arrêtés sévères détournent ce jeu devenu périlleux vers la campagne anglaise et les herbes vertes écossaises !

Incroyable mais vrai : le mot Kolf est transformé en Golf, lequel contre toute attente, signifie par anagramme Gentleman Only, Ladies Forbidden (Hommes uniquement, femmes interdites). Les Anglais distingués oublient vite ce jeu de mot de très mauvais goût en provenance, dit-on, d’un sexisme de basse classe ! Pour l’effacer des mémoires, il est aussi rapidement répandu dans la société aisée que le G évoque évidemment Dieu (God, en anglais) et pas autre chose !

 En se substituant au Kolf, le Golf est officialisé sous cette appellation ainsi que les cannes qui sont baptisées Clubs, lorsque ce jeu pénètre à la cour royale. En 1502, Jacques IV s’en éprend au point d’acheter et de doter d’un club chaque sujet de sa cour. En 1603, le golf gagne en prestige grâce à Jacques VI, également conquis par ce sport. Lorsqu’il s’installe à Londres avec son épouse et ses enfants, sous le nom de Jacques 1er d’Angleterre, il y implante ledit golf assorti de ses cannes et balles. Celui-ci y est célébré et consacré « Jeu des princes » !

 Les Pays-Bas, qui se sont spécialisés en fabrication de balles de golf, et l’Angleterre puis l’Ecosse – dont l’expertise en confection de cannes est reconnue – contribuent à répandre la réputation de ce jeu d’adresse. Elle atteint leurs colonies, jusqu’en Indonésie. Et progressivement, tous les grands pays de la planète, grâce au plein essor des transactions maritimes. Les meilleurs représentants de ce nouveau matériel, sont les grands négociants voyageurs qui l’emportent dans leurs bagages et en font une présentation enthousiaste à leurs clients étonnés. Consécration : après l’Europe et l’Asie, le jeu parvient ainsi à l’Etat de New-York. Le golf est parti pour conquérir l’Amérique !

Toutefois, une évidence apparaît : jouer au golf est onéreux. La fabrication des balles exige un soin particulier, donc beaucoup de temps. La confection des cannes assurée par les fabricants d’arcs – plus compétents en l’espèce que les menuisiers – revient très cher. Il est constaté que nombre de balles sont carrément éventrées par les coups de cannes, égarées dans les champs ou englouties dans les plans d’eau. Leur remplacement est nécessaire. Même chose pour les cannes souvent brisées en raison de leur fragilité quand sont portés des coups violents. Ce qui convient évidemment aux « clubmakers » et autres façonniers dont le commerce prospère !

Le golf est donc réservé à la noblesse et aux riches bourgeois lesquels, pour marquer leur distinction, portent lors de sa pratique des habits particuliers, et pour tout dire bien voyants (vestes écarlates, kilts multicolores, robes amples et chamarées, chaussures à crampons de bois pour les terrains glissants). Il est clair que la classe moyenne ne peut pas se permettre d’accéder à ce jeu, ni à ce vestiaire folklorique aux prix élevés.

Mais…vient le moment où comme toutes les modes, celle du golf se démode. Pourquoi ce désintérêt ? Parce que soudain le roi d’Angleterre, les seigneurs et les dames de cour en perdent le goût. Ce qui n’était, semble-t-il qu’un caprice, touche aussi par mimétisme noblesse et bourgeoisie : les courtisans et courtisanes, obséquieux et veillant sur leurs privilèges, observent sur le champ, ce désamour royal. Et remisent prestement au placard cannes et balles !

 Au beau milieu du XVIIIème siècle, le golf entre ainsi en léthargie ! Les élites précitées s’en éloignent d’autant qu’en vérité, sans règles précises – manquement qui favorise l’improvisation – et sans esprit de compétition – qui lui aurait donné « du nerf » – ledit golf perd beaucoup de son attrait et de son charme.

C’est alors…. miracle inattendu, que la franc-maçonnerie centrée sur les « choses de l’esprit », découvre ce sport en pénitence. Elle y voit en même temps que son « intérêt physique », un complément idéal à ses travaux intellectuels, parfois « endormissants ». Sans elle, sans ce sursaut judicieux, le golf n’existerait certainement plus aujourd’hui !

 Le corps, cet oublié redécouvert

 « La quête de la lumière » passe par la discipline du corps qui contrôle les affects et procure la maîtrise de soi » :

C’est, si l’on peut s’exprimer ainsi, la « découverte » que fait la maçonnerie dans les années 1750. Après une première époque, surtout consacrée aux réjouissances de salons, qui a succédé à la création de la Grande Loge de Londres, les initiés britanniques, centrés sur « leurs travaux de tête » se rappellent qu’ils ont un corps ! Ils l’avaient oublié ! C’est à dire, qu’ils possèdent, pas uniquement un tube digestif et quatre membres, mais bien une « enveloppe charnelle » qui demande de l’exercice. Au vrai, ce corps est une machine qui a besoin de « brûler des calories » pour bien fonctionner. En l’occurrence pour évacuer de la sorte « les passions tristes » éventuelles et dépasser les plaisirs de bouche ! Bref, pour mieux être. Et de la sorte, mieux vivre !

En ce 18ème siècle, la pratique du sport (de l’ancien français « desport », amusement), s’affirme. Beaucoup de frères pratiquent maintenant les « nobles jeux de l’arc », mais quelques-uns constatent effectivement qu’ils y profitent certes en adresse, en maîtrise de soi, et aussi … en estomac, avec les banquets qui suivent ! Le rôti de sanglier, les volailles en tous genres, arrosés de cervoise (la bière d’alors) ne sont pas bons pour la ligne : Le golf arrive à point ! Ne permet-il pas, à la fois de « travailler sur soi », sans perdre de vue la convivialité, et qui sait, d’effacer cet embonpoint, d’affiner sa silhouette en marchant ?! Oui, voilà bien une bonne combinaison « corps-esprit » se disent les candidats promis à l’obésité ! Ils découvrent ainsi avec bonheur cette nouvelle discipline en pleine nature, distrayante et de plus, supposée amincissante !

En vérité, il faut dire qu’à l’époque, le golf équivaut à une joyeuse « promenade de santé », prétexte à chaque trou, à des « arrêts-commentaires » de toutes sortes. De la politique aux commérages. Tout simplement parce que, sans règle ni compétition émulatrice, nous l’avons remarqué, il ne s’agit pour les joueurs que de frapper une balle par coups répétés et la guider sans « suspense » vers la succession de trous. Il était temps que ce « Jeu des princes » devienne vraiment un sport règlementé : le concours des francs-maçons tombe à point pour le « réveiller ». Consciencieux, ils participent de très près à sa codification première.

Il était temps car les joueurs commençaient à se lasser de frapper sans cesse une balle par coups successifs avec un bâton et de la conduire vers une suite de trous. Sans règle ni compétition émulatrice ce passe-temps devenait enfantin, ridicule même ! Il convenait de lui redonner ses lettres de noblesse. N’oublions pas qu’il fut qualifié de « Jeu des princes ».

Il le redevient vraiment sous forme de sport, avec le concours des francs-maçons qui participent étroitement à sa première codification. Elle est tellement précise qu’elle traverse les années ! La structure même de son règlement est ainsi demeurée intacte de nos jours, à savoir :

– Elaboration de treize règles strictes (La plupart conservées parmi les 35 règles édictées au XXIème siècle).

– Choix et délimitations de la surface de jeu, terrain gazonné, obstacles choisis (vallons, plans d’eau, parties arborées, buissons, etc).

– Evolution de la canne : la tige de bois solide (hêtre ou pommier) est prolongée par une « tête » ronde rapportée, pour frapper la balle (elle est aujourd’hui en titane, la tête en matériaux composites et s’appelle aussi fer ou putter).

– Transformation de la balle : la coque en cuir garnie de plumes est remplacée par une petite balle de bois (elle est aujourd’hui en caoutchouc dur enrobé d’une coque blanche en uréthane alvéolé)

– Nombre de trous : La règle est variable selon les parcours, jusqu’à 22 trous. (Actuellement, les terrains de golf proposent des parcours en 9 ou 18 trous).

 Autant de pratiques conservées, autant de créations étonnantes qui améliorent un jeu né il y a plusieurs siècles, mêlant tradition et modernité.

 Le règlement du jeu de golf et la définition de son équipement sont établis : Effectuer un parcours donné, assurer le cheminement de la balle à l’aide de cannes agréées , de trous en trous, avec le moins de coups possible. Ce qui permet la compétition entre plusieurs joueurs ou joueuses (sportivement mais correctement vêtus) sur le même parcours. Et sans bavardages inutiles pendant la progression sur le terrain !

 Les francs-maçons se révèlent habiles « golfeurs », assidus, fervents et appliqués ! Ils créent le premier « club house », le premier siège (Royal and Ancient Golf Club) – au vrai, une sorte de prolongement récréatif et festif de loge – à Saint Andrew en Ecosse. Cette Cité devient « la patrie du golf » et à ce titre le « British Golf Museum » – qui retrace la chronologie de ce sport, avec la conservation de ses archives – y est ouvert depuis 1990.

Le golf occupe l’espace avec un clin d’œil « chiffré » à la franc-maçonnerie ! En effet, sept parcours sont soigneusement dessinés sur les sept hectares du jardin botanique de la ville (un chiffre 7 doublement évocateur de maîtrise !). Ils retracent en même temps un siècle d’histoire sportive. Et également, ils rendent hommage aux francs-maçons qui, de 1750 aux années 1850, c’est à dire un siècle, ont œuvré pour l’organisation de compétitions et de tournois. Donc pour la promotion et le développement du golf, non seulement en Ecosse, en Angleterre, mais progressivement, sur tous les continents du globe de langue anglaise ou possédant une « antenne » britannique. Et cette fois, en tant que sport confirmé par la création de Fédérations.

A noter l’engouement des Américains pour le golf. Après New York, au début du 19ème siècle, il est particulièrement bien accueilli à Charleston, en Caroline du sud (où est né le Rite Ecossais Ancien et Accepté en 1801). Puis, il devient « viral » selon une expression actuelle signifiant sa rapide multiplication. A la suite de ses premières et peut-on dire « fulgurantes incursions », ce golf très bien « structuré » se répand dans l’ensemble de l’empire colonial britannique (1829 à Calcutta, 1842 à Bombay). Il pénètre et se propage ensuite en Australie en 1851. Et, enfin, le golf arrive vraiment en Europe, notamment en France. Le premier parcours français est opérationnel à Pau en 1856…à la faveur du cantonnement d’un corps d’armée britannique !

 Constat : Le golf connaît un succès qui va en continuant de grandir au 20ème, puis au 21ème siècle. A la fois avec l’émergence de grands champions internationaux (Angleterre, Amérique, Europe, Japon, Corée, Afrique du sud) et la retransmission télévisée des grands tournois qui augmentent sa popularité. Il y a maintenant près de 50 000 parcours de golf dans le monde, dont près de 20 000 aux Etats-Unis (Près de 1000 en France). Le golf est entré aux Jeux Olympiques, comme le tir à l’arc, en 1900. Les deux y demeurent. Quant à la surface totale des golfs cumulée sur la planète, elle est vertigineuse : près de 1200 millions de km2 !

 Le golf a souvent été désigné comme élitaire et « sport de « nantis ». Il s’est « démocratisé » aujourd’hui. En plus du tireur à l’arc précité, j’ai pour ma part le plaisir de rencontrer souvent en loges plusieurs maçons et maçonnes adeptes dudit sport. Ils, elles n’arborent pas de « métaux » valorisants et sont la simplicité même ! C’est elle qui entretient la noblesse du cœur et de l’âme !

J’en conclus que cette conjugaison avec l’Art Royal « génère » des frères et des sœurs enrichis corporellement et spirituellement par les deux pratiques, Arc et golf. Equilibre, justesse, calme, politesse, maîtrise, joie d’être, présence à autrui : ce sont les qualités qu’ils donnent à voir et à partager.

Tout ce qui définit le franc-maçon, la franc-maçonne ! Tout ce qui détermine « l’humain ». Vive le sport !

Les grandes Obédiences reçues par Agnès Firmin Le Bodo, ministre déléguée auprès du ministre de la Santé

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Compte-rendu de la Réunion du Jeudi 26 octobre 2023 au Ministère de la Santé

Madame Agnès Firmin Le Bodo, Ministre déléguée chargée de l’organisation territoriale et des professions de santé, a présenté aux obédiences l’avancée des travaux relatifs au modèle français d’accompagnement de la fin de vie.

Étaient présents Catherine Lyautey (GLFF), Jean Dumonteil (GL-AMF), Denis Mallarmey (GODF), Michel Hannoun (GLDF), Sylvain Zeghni (FFDH). La ministre et son équipe ont visité plusieurs pays (Suisse, Belgique, Grande-Bretagne, États-Unis, Canada) afin de mieux comprendre les systèmes en place ou les difficultés rencontrées. La conclusion est qu’aucun modèle n’est parfaitement applicable et transférable en France.

La ministre insiste sur la volonté du gouvernement qu’il n’y ait qu’un seul projet pour deux raisons : la vie est un continuum et il n’y a pas d’opposition entre soins palliatifs et aide à mourir d’une part, il faut éviter que l’on puisse voter pour les soins palliatifs et refuser l’aide à mourir. La ministre nous encourage à défendre ce point de vue. Le projet de loi n’emploie pas les mots d’euthanasie, de suicide assisté qui sont des termes qui fracturent la société française.

Le modèle français s’appuiera sur trois axes :

  • La mise en place d’une stratégie décennale pour les soins palliatifs et la lutte contre la douleur.
  • Le renforcement des droits des patients et des aidants
  • L’accompagnement à la mort
    Les derniers arbitrages sont en cours et le projet sera présenté en conseil des ministres en décembre. Il sera déposé à l’Assemblée Nationale en janvier dans l’optique d’être définitivement adopté avant les européennes de juin.
    1) La stratégie décennale des soins palliatifs :
    a. En France on forme surtout au curatif mais pas au préventif et au palliatif.
  • Pour y remédier plusieurs mesures :
    i. Formation continue des médecins, des personnels infirmiers et des ASH
    ii. Mise en place d’un DES « Soins d’accompagnement » dont les soins palliatifs ne sont qu’une partie.
    b. Problème des soins palliatifs en EHPAD : mise en place d’équipe mobile de soins palliatifs pour chaque EHPAD (actuellement 1/3 des EHPAD n’ont pas d’équipe référente).
    c. Mise en place d’une structure de gouvernance de type INCA (Institut National du Cancer)
    d. Accompagnement de la personne et de la famille avec la mise en place d’un Advence Care Planning (plan personnalisé d’accompagnement pour la personne, la famille et l’entourage).
    e. Création de maisons d’accompagnement, lorsque le soin à domicile n’est plus possible et que l’hospitalisation n’est pas nécessaire. Mise en place d’un accompagnement médical et médico-social. Cela ressemblera aux maisons de vie qui existent déjà. Ces maisons accueilleront 15 à 20 personnes maximum.
    f. 20 départements n’ont pas encore d’unités de soins palliatifs. L’objectif est que dans 3 ans le problème soit résolu.
    g. Mise en place de soins palliatifs pédiatriques.
    2) Droits des patients et des proches
    a. Proposition de rédiger des directives anticipées à chaque bilan de santé
    b. Réflexion sur l’accompagnement du deuil : allongement du congé de deuil passant de 3 jours à 4 jours hors jour des obsèques. Ce congé deviendrait fractionnable
    3) Accompagnement à mourir : Il s’agit de parler d’accompagnement ou d’aide à mourir non de droit ni de dignité et encore moins de suicide assisté ou d’euthanasie. Il faut avoir une proposition équilibrée, humaniste et solidaire. Cinq conditions cumulatives sont exigées :
    a. Être majeur
    b. Volonté libre et éclairée de la personne, ce qui exclut les personnes atteinte de la maladie d’Alzheimer mais pas ceux atteints par la maladie de Charcot
    c. Souffrance physique insupportable et réfractaire (cela exclut les souffrances psychiatrique et psychologique)
    d. Être résident français (la mort n’est pas une marchandise)
    e. Pronostic vital engagé à moyen terme
    La demande est effectuée auprès d’un médecin qui analyse la demande, et peut s’assurer du concours d’autres professionnels. La réponse est donnée 15 jours après la demande au maximum à la personne qui a un délai de réflexion et peut revenir sur sa décision.
    Si la personne est physiquement apte, on peut procéder par auto-administration, si tel n’est pas le cas, la personne est accompagnée par un professionnel de santé (médecin ou infirmier). Si cela se passe à domicile, un professionnel de santé doit toujours être présent même si la personne est apte physiquement à se donner la mort, ainsi nul besoin de faire constater la mort par la police, le médecin comme l’infirmier présent pouvant rédiger l’acte de décès.
  • Il y aura traçabilité de toute la procédure de la demande à la mort afin de protéger le médecin et la famille et d’évaluer la loi.
    On passe d’une logique d’aide active à la mort à celle de l’accompagnement d’une démarche, d’une personne, de la famille, de l’entourage.
    Questions des obédiences :
    1) Vous supprimez le CNSPFV (Centre National des Soins Palliatifs et de la Fin de Vie) et la plateforme recherche fin de vie , vous la remplacez par une nouvelle instance quelle en sera la forme ? Elle prendra la forme d’un GIP.
    2) Qu’entendez-vous par famille ? Il y a des personnes qui meurent sans famille, ce qui ne veut pas dire forcément sans entourage et sans aidant. Il ne faut pas entendre la famille dans un sens restreint.
    3) Aide à mourir et directives anticipées ? De fait la notion de discernement libre et éclairé lors de la demande anticipée rend caduque les directives anticipées qui demeurent utiles dans les cas où la personne ne peut décider par elle-même.
    4) Quid des situations d’isolement ? La loi n’est pas une réponse à la solitude et à l’isolement notamment des personnes âgées. Elle répond à une souffrance insupportable et réfractaire donc pas à une souffrance psychique ou psychiatrique.
    5) Quid de l’aidant ? Il faut éviter qu’il ne s’épuise avant le malade. Une cellule de veille sera mise en place pour la prise en charge des aidants.
    6) Que signifie accompagnement ? Il s’agit de soins d’accompagnement dont les soins palliatifs ne sont qu’une composante.
    7) Clause de conscience ? Il y aura une clause de conscience spécifique à l’aide à mourir, mais une obligation d’orientation de la personne vers un autre professionnel de santé. La clause de conscience s’applique aux médecins et infirmiers, pas aux pharmaciens.
    8) La création d’un DES ne risque-t-elle pas d’avoir peu de chance de succès dans le contexte français où l’on privilégie le curatif ? L’accent prioritaire est mis sur la formation continue. Pour ce qui concerne la formation des médecins et la création d’un DES, il s’agit de former des professionnels hautement qualifiés et de booster la recherche en soins palliatifs.
    9) Le projet est-il compatible avec la jurisprudence Mortier (CEDH, octobre 2022) ? Oui, la CEDH a été consultée de même que des constitutionnalistes et des parlementaires de tous les groupes.
    10) Soins palliatifs et demande d’aide à mourir ? Avant toute demande d’aide à mourir, la personne se verra proposer les soins palliatifs, ce sera à elle de choisir.
    11) Pérennité de la stratégie à 10 ans ? Les moyens financiers seront mis en place et une planification aura lieu. Cela étant, on ne peut pas préjuger des décisions des gouvernements qui succèderont à cette équipe.
    Calendrier :
  • Décembre 2023 : Conseil des ministres
  • Janvier 2024 : Dépôt du projet de loi à l’Assemblée Nationale
  • Il n’y aura pas de clause de revoyure comme c’est le cas pour les lois bioéthiques.
    À partir de la mi-décembre la ministre est prête à venir discuter avec les sœurs et
    les frères. À nous de jouer !

À fleur de peau : Qu’en est-il du tatouage, y compris maçonnique…

Selon une enquête de l’Institut français d’opinion publique (IFOP) de 2018, 18 % des Français déclarent être (17 %) ou avoir été tatoués (1 %). Cette proportion a augmenté de 8 points entre 2010 et 2018.

Les femmes sont plus susceptibles d’avoir des tatouages que les hommes, avec 20% contre 16 % pour les hommes. Les tranches d’âge les plus tatouées sont les 25-34 ans (31 %), suivies des 35-49 ans (26 %) et des 18-24 ans (22 %). Les catégories populaires, comme les ouvriers, sont plus tatouées (31 %) que les catégories supérieures (20 %), et les personnes ayant fait des études supérieures sont moins tatouées que la moyenne (10 % contre 18 %). En termes géographiques, la province (19 %) est plus tatouée que la région parisienne (13 %)​​.

450.fm avait déjà publié Gros plan sur : Le tatouage, le 29 septembre 2022, mais vous avez été nombreux à nous demander de consacrer un nouvel article sur ce passionnant sujet. Avec l’espoir qu’il répondra à vos attentes.

PHOTO HTTPS://LEGION-ETRANGERE-F.FORUMACTIF.ORG/

Ma grand-mère disait « seuls les voyous et les légionnaire sont tatoués ». Certes oui, mais c’était avant ! Dans le temps, il est vrai que le tatouage était lié à des marques de criminalité, de servitude ou d’identification. Quant aux légionnaires – mais aussi aux marins – il était courant comme un moyen d’exprimer leur identité, leur bravoure, leurs voyages ou leurs expériences. Avec le temps, ces perceptions ont changé et le tatouage est devenu une pratique acceptée et répandue dans de nombreuses cultures à travers le monde…

Reconstitution de la momie d’Ötzi.

Au commencement était le tatouage

L’histoire du tatouage commence dès le Néolithique, avec la découverte d’Ötzi, l’homme des glaces, daté de 3500 avant J.-C., qui portait soixante-et-un tatouages. En Égypte ancienne, de nombreuses momies ont également été retrouvées avec des tatouages.

Chef Maori.

Le tatouage dérive du tatau polynésien, une pratique importante remontant à 1300 avant l’ère chrétienne. Cependant, le tatouage a été interdit par l’Ancien Testament et en 787 par le pape Adrien Ier (?-795), 95e pape de l’Église catholique romaine.

Ce dernier le considérait, ainsi que toutes les autres formes de marques corporelles, comme des symboles païens. Cette interdiction faisait partie d’un effort plus large pour éloigner les pratiques chrétiennes des influences païennes de l’époque.

Quant aux Européens, ils ont redécouvert le tatouage au XVIIIe siècle grâce aux voyages de James Cook dans le Pacifique Sud.

James Cook.

Rappelons que l’explorateur et navigateur britannique James Cook (1728-1779) a reçu la médaille d’or de la Royal Society et une bourse. Bien qu’aucune preuve de son appartenance à la fraternité ne soit disponible, il est souvent qualifié de franc-maçon. Les affirmations selon lesquelles il aurait été initié à la Loge de l’Industrie n° 186 ne tiennent pas compte du fait que cette loge semble avoir été connue qu’à compter du 15 janvier 1788, soit neuf ans après la mort de Cook.

Sir Winston Churchill
Sir Winston Churchill – Photo YG

Pendant longtemps donc, les tatouages étaient associés aux marins et utilisés par la police pour l’identification. D’importantes personnalités historiques, y compris le tsar Nicolas II et Winston Churchill, illustre franc-maçon, avaient des tatouages.

Par ailleurs, au XIXe siècle, nous devons à l’artiste tatoueur américain Samuel O’Reilly l’invention de la première machine à tatouer électrique. Il reconnaissait lui-même que son invention n’était en réalité qu’une version modifiée du stylo autographique électrique, un appareil initialement créé par Thomas Edison (1847-1931), à qui nous devons la vulgarisation de l’électricité, de l’éclairage électrique et l’invention du phonographe. Certains n’hésitent pas à dire que c’est son « esprit maçonnique » qui a donné naissance à l’éclairage mondial sous la forme d’une lumière électrique bon marché.

Puis le tatouage est devenu un phénomène de mode dans les années 1980/1990, se détachant de son image underground pour devenir une expression esthétique et populaire.

Gardons hélas en mémoire que le tatouage n’a pas toujours été volontaire dans l’histoire. Il a malheureusement été utilisé pour identifier ou punir, comme chez les esclaves dans l’Antiquité ou les déportés pendant la Seconde Guerre mondiale par les nazis​​.

Le tatouage dans les différentes civilisations

Le tatouage a été pratiqué dans diverses civilisations à travers le monde, chacune avec ses propres techniques, significations et traditions.

Hathor.

Dans l’Égypte antique, les momies montrent des tatouages souvent associés à Hathor signifiant « Maison d’Horus », et déesse de l’amour, de la beauté, de la musique, de la maternité et de la joie. Ils auraient pu servir de protection ou de signe de statut religieux.

Guerriers Timucua.

En Polynésie, le tatouage est profondément ancré dans toutes les cultures tatau en tahitien. Ce terme est à l’origine du mot tatouage en français et tattoo en anglais. Cette tradition ancestrale de marquage corporel est une pratique culturelle riche de sens. Le tatau polynésien est bien plus qu’une simple décoration corporelle; il représente l’identité sociale, le statut, la généalogie et l’histoire personnelle de l’individu. Chaque motif et chaque ligne ont une signification spécifique et sont souvent liés à des rites de passage, à l’histoire des ancêtres ou à des croyances spirituelles. En Polynésie, le processus de tatouage est considéré comme sacré et est souvent accompagné de cérémonies et de rituels.

Tatouage intégral yakuza portant un fundoshi.

Au Japon, les tatouages traditionnels japonais, ou irezumi, étaient portés par les guerriers et les classes marginales, devenant plus tard un symbole d’appartenance aux yakuza.

En Amérique du Nord, surtout chez les peuples autochtones, le tatouage servait de signe d’appartenance tribale, de statut, de mérites et de rites de passage.

Quant à l’Europe, reconnaissons que déjà à l’époque des Celtes et des Vikings, les tatouages avaient des connotations spirituelles et guerrières. Après une longue période de déclin, le tatouage a été redécouvert en Europe (cf. supra) lors des explorations du XVIIIe siècle.

En Asie du Sud-Est en général et plus particulièrement en Thaïlande, les tatouages Sak Yant sont censés conférer protection et pouvoirs magiques.

Aux Philippines, ils étaient portés par les guerriers tribaux afin de signifier leur bravoure au combat.

Mais comment les tatouages sont considérés dans les différentes religions ?

La perception du tatouage dans les différentes religions varie considérablement :

Nous nous cantonnerons aux principales (judaïsme, christianisme, islam, hindouisme et bouddhisme), ne pouvant explorer les milliers d’autres religions plus petites…

La tradition juive est généralement contre le tatouage, se fondant également sur le Lévitique. Il est souvent considéré comme une violation du devoir de préserver l’intégrité du corps. Il est vrai que, historiquement, le judaïsme interdit les tatouages selon les lois de la Torah, en particulier en référence au Lévitique 19:28. En outre, la tragédie de l’Holocauste, où les victimes étaient marquées de force avec des numéros de tatouage dans les camps de concentration nazis, a renforcé pour beaucoup de Juifs le rejet des tatouages.

Auschwitz survivor displays tattoo detail.

Pour certains, choisir de ne pas se faire tatouer est aussi une manière de rendre hommage à la mémoire des victimes de la Shoah. Cependant, les opinions et pratiques peuvent varier parmi les Juifs contemporains.

Au sein du christianisme, les opinions varient. Certains chrétiens citent le Lévitique 19:28 pour s’opposer aux tatouages, tandis que d’autres les considèrent comme une forme d’expression personnelle acceptable.

Par contre, la majorité des écoles juridiques islamiques désapprouvent le tatouage. Il est généralement considéré comme haram, c’est-à-dire interdit, selon la majorité des érudits musulmans.

Encres de tatouage.

Cela est dû à la croyance que le tatouage modifie de manière permanente la création d’Allah, ce qui est considéré comme un acte de défi. De plus, le processus de tatouage implique l’injection de pigments sous la peau, ce qui peut être considéré comme une forme d’auto-lésion, également interdite en islam. Notons qu’il peut y avoir des interprétations différentes parmi les érudits et les pratiquants de l’Islam, certains pouvant être plus libéraux dans l’approche de cette question.

Enfin dans l’hindouisme et le bouddhisme, il n’y a pas de prohibition générale des tatouages. Ils peuvent même être utilisés comme expressions de foi ou de dévotion, bien que les attitudes puissent varier selon les régions et les sectes.

Que penser des tatoués : l’avis des psys…

L’article provenant de la revue L’autre – Cliniques, Cultures et Sociétés explore le tatouage sous un angle psychanalytique et psychosocial. Selon cette perspective, les tatouages peuvent servir de marqueurs identitaires aidant à la construction d’une nouvelle identité. Le processus de prise de conscience du corps et de la peau est central dans la construction de l’identité personnelle, où la peau sert d’écran pour projeter une identité rêvée.

Les tatouages, selon les participants de l’étude, ont contribué à augmenter leur estime de soi. Ils permettent de créer un « faux self » pour protéger le « vrai self » et d’établir une façade extérieure qui constitue l’identité sociale par le regard d’autrui. Ils servent également à créer un look distinctif qui attire l’attention, leur permettant de se sentir uniques et reconnus​​.

Ces conclusions indiquent que du point de vue de certains psychiatres et psychologues, le tatouage peut avoir des implications positives sur l’identité et l’estime de soi des individus. Toutefois, il est important de noter que les réactions et les expériences individuelles peuvent varier grandement, et les professionnels de la santé mentale reconnaissent une gamme de motivations et d’effets psychologiques associés au tatouage.

Que penser des francs-maçons qui se font des tatouages maçonniques

Les francs-maçons qui se font des tatouages maçonniques le font souvent pour marquer un engagement personnel envers leur fraternité et ses valeurs. Cela peut être vu comme une forme d’expression de leur identité maçonnique, une commémoration de certaines étapes franchies dans la hiérarchie maçonnique, ou simplement un moyen de porter sur eux des symboles qui leur sont chers.

Comme pour toute personne se faisant tatouer des symboles significatifs, c’est un choix personnel qui reflète souvent une profonde connexion avec les idéaux représentés par les motifs choisis.

Alors, le tatouage, maçonnique ou non, retenons qu’il peut être interprété de diverses manières et sa signification varie grandement d’une personne à l’autre.

Pour certains, il peut être une forme d’expression personnelle, d’art corporel, de souvenir, de guérison, d’appartenance à un groupe, ou de célébration de moments importants de la vie. D’autres peuvent le voir comme une forme d’affirmation de soi qui peut être interprétée, selon le point de vue, comme un acte égotique. Respectons tout simplement les motivations complexes et souvent profondes de ceux qui ont librement choisi cette pratique.

Nous vous invitons aussi à (ré)écouter la podcast de RadioDelta sur Le tatouage est-il encore un rituel Initiatique ? (Le poste Zéro #20), le poste zéro l’émission qui réfléchit les miroirs brisés.

Ou encore à lire le catalogue de la belle exposition « TATOUEURS, TATOUÉS » qui revenait sur les sources du tatouage, tout en présentant le renouveau de ce phénomène désormais permanent et mondialisé et qui a eu lieu du 6 mai 2014 au 18 octobre 2015 au musée du quai Branly – Jacques Chirac. En coédition avec Actes Sud 2014 (304 pages, 19,6 x 25,5 cm, 220 illustrations, 45 €).

Sources : CB Expert, Wikimedia Commons, revue L’autre-Cliniques, Cultures et Sociétés, IFOP

Autres articles sur ce thème

Conférence de Jean-Marc Vivenza : RER son origine et sa perspective spirituelle initiatique

Jean-Marc Vivenza est l’auteur reconnu de nombreux ouvrages de référence, et le porteur des valeurs que le fondateur du Rite Écossais Rectifié, Jean-Baptiste Willermoz, a distillé tout au long du parcours initiatique du Franc-Maçon Rectifié.

Le Sérénissime Grand Maitre du DNRF-GDDG, Jean-Marc Vivenza, viendra expliquer pourquoi le RER est si particulier, et pourquoi le pratiquer permet une réconciliation de chacun avec lui-même, et ainsi retrouver le lien de son origine. Ce parcours au travers du Christianisme Primitif vous offrira un nouveau départ pour votre propre recherche spirituelle.

Brillant orateur, il saura conquérir votre attention et vous convaincre de la subtilité de ce rite, le Rite Écossais Rectifié des origines, c’est à dire de la fin du 18e siècle, puisant ses sources aux confins même des origines du Christianisme.

Infos pratiques

Date et Heure : Samedi 11 novembre 2023 à 16h00
Lieu : CONCORET (56430)
Inscription et informations en contactant le numéro suivant :

07 87 28 05 54conference@ik.me

Mythes et concepts utiles aux initiés – initiants

Tout d’abord, il faut noter l’originalité de la première de couverture. Illustrée par Le Mythe de Sisyphe d’Albert Camus (1913-1960), lauréat du prix Nobel de littérature en 1957.

Le Mythe de Sisyphe d’Albert Camus.

Dans cet essai, Camus introduit sa philosophie de l’absurde : la recherche en vain de sens de l’homme, d’unité et de clarté, dans un monde inintelligible, dépourvu selon lui de Dieu et par conséquent de vérités et valeurs éternelles. Cela ne dit long, déjà, sur le contenu du dernier opus de notre regretté frère Jean-Bernard Lévy*.

Ensuite, les rabats de la couverture ajoutent une très belle touche à cet ouvrage, lui donnant un aspect plus luxueux. Attrayants et utiles, ils offrent un arbre généalogique des divinités grecques mentionnées et la biographie de l’auteur. Avec une belle surprise, celle de retrouver une photo de Jean-Bernard. Un Jean-Bernard tel que nous l’avons connu : souriant, presque jovial et lumineux.

Olivier Balaine.
Philippe Langlet

Deux frères bien connus ont apporté leurs concours. Olivier Balaine, directeur de la rédaction de Points de Vue Initiatiques (PVI), la revue trimestrielle de la Grande Loge de France, qui signe la préface, et Philippe Langlet, spécialiste reconnu de la maçonnerie, ayant travaillé, pour l’essentiel, sur les textes fondateurs, les premiers rituels et les aspects anthropologiques de l’art royal.

Mais que sont exactement les mythes et concepts ? Deux éléments fondamentaux de la compréhension humaine, chacun jouant un rôle distinct dans la façon dont les gens interprètent le monde autour d’eux. Retenons que les mythes sont des récits traditionnels qui sont généralement considérés comme sacrés ou significatifs au sein d’une culture et qu’ils servent plusieurs fonctions – explicative, éducative, identitaire, psychologique, rituelle.

Les mythes sont dynamiques et peuvent évoluer avec le temps, se réinterpréter en fonction des besoins et des circonstances d’une culture, ici maçonnique. Et dans la fraternité, dieu sait qu’ils sont nombreux. Jean-Bernard Lévy analyse les principaux, depuis ceux de la construction et d’Hiram, notamment.

Quant aux concepts, d’autre part, qui sont des idées générales ou des catégories mentales qui nous aident à comprendre et à classer notre expérience de notre pratique maçonnique, ils jouent des rôles multiples : cognition, catégorisation. Ils se différencient des mythes sont narratifs alors que les concepts sont généralement universels et servent de base à la connaissance et à la communication.

Il fait écho à l’initiation qui aborde plusieurs thématiques dont celle de la sacralisation, de la magie, du but et des finalités des rites d’initiation et de leurs cérémonies.

Jean-Bernard Lévy accorde aussi au héros mythique, personnage qui occupe une place centrale dans les histoires et les légendes, une place de choix. Il analyse les vertus et la vie d’un tel héros, souvent dotées d’une origine divine ou noble et réalisant des actes extraordinaires qui dépassent les capacités des personnes ordinaires, mais aussi impliqués dans des aventures qui comportent des épreuves, des quêtes et des combats contre des monstres ou des ennemis formidables. Jusqu’à leur mort…

La question posée de l’utilité d’un tel ouvrage destiné à l’initié-initiant nous fait penser à une relation dynamique et au processus, à la cérémonie, qui se déroule entre celui qui est initié (l’initié) et celui qui conduit l’initiation (l’initiant). Depuis des temps immémoriaux, déjà dans les cultes à mystères antiques ou dans diverses traditions ésotériques ou initiatiques, dont celle de la franc-maçonnerie telle que pratiquée dans le monde occidental, l’initiation est un rituel ou une série de rituels marquant l’admission d’un nouveau membre (l’initié) dans un ordre, une société discrète.

L’initié étant la personne qui est introduite à dans un groupe donnant accès à une connaissance secrète. L’initiant étant, lui, le guide qui dirige l’initié à travers le processus d’initiation. À lui de s’assurer que l’initié est prêt à recevoir les connaissances ou à endurer les épreuves nécessaires.

Portrait imaginaire de Cervantes

Y aura-t-il transfert de connaissances ésotériques et une transformation du novice en un membre à part entière de la fraternité. Là réside en vérité le mystère.

L’auteur, en matière d’initié n’hésite pas à traiter de L’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche, publié en deux parties (1605 et 1615), de son auteur Miguel de Cervantes (1547-1616), du contexte historique, du genre de l’ouvrage – roman ou mythe – puis du personnage.

Don Quichotte et Rossinante, Honoré Daumier (vers 1868).

Nous y retrouvons tous les ingrédients chers aux maçons. Le voyage de Don Quichotte peut être interprété comme une forme d’initiation personnelle, quoique tragique et comique, dans laquelle il se transforme lui-même, par sa propre volonté, en quelque chose qu’il estime noble et héroïque. C’est une quête d’idéalisme, un combat contre les illusions et parfois contre la réalité elle-même. Son « initiation » est auto-imposée et autodidacte, guidée non par un initié supérieur, mais par sa propre lecture des romans de chevalerie.

Jean-Bernard Lévy couvre tous les aspects des mythes et des figures emblématiques. De Lilith où, dans la mythologie mésopotamienne, et plus tard dans certaines traditions juives, cette dernière est souvent décrite comme une figure démoniaque. Selon certaines légendes juives, elle était la première femme d’Adam avant Ève. Lilith est associée à la nuit et est souvent représentée comme une figure rebelle ou indépendante qui refuse de se soumettre à Adam, choisissant plutôt de quitter l’Éden et devenir un esprit libre.

Du héros de la mythologie grecque, Œdipe est surtout connu à travers la pièce de Sophocle Œdipe Roi. La prophétie dit qu’il tuerait son père et épouserait sa mère, ce qui s’accomplit malgré tous les efforts pour l’éviter. L’histoire d’Œdipe est tragique car elle illustre l’inéluctabilité du destin et la quête désespérée de vérité qui mène à la catastrophe.

Création de l’homme par Prométhée (Athéna se tient à gauche), bas-relief en marbre, Italie, iiie siècle, musée du Louvre.

Dans la mythologie grecque, Prométhée est un Titan qui dérobe le feu aux dieux pour le donner aux humains. Cet acte de bienveillance lui vaut d’être puni par Zeus, qui le fait enchaîner à un rocher où un aigle vient lui dévorer le foie tous les jours, le foie se régénérant toutes les nuits. Prométhée est souvent vu comme le symbole de la quête humaine pour la connaissance et le progrès, au prix de grands sacrifices.

Figure biblique de l’Ancien Testament, Samson est connu pour sa force surhumaine qui lui vient de son vœu de Nazir et de ses cheveux jamais coupés. Il est trahi par sa maîtresse Dalila, qui coupe ses cheveux, source de sa force, permettant ainsi aux Philistins de le capturer. Finalement, Samson retrouve sa force et se venge en détruisant le temple des Philistins, se tuant ainsi que ses ennemis.

Un autre personnage de la mythologie grecque, Sisyphe est le roi astucieux de Corinthe. Pour ses tromperies et son hubris envers les dieux, il est condamné dans l’Hadès à pousser éternellement un rocher en haut d’une colline, le rocher retombant chaque fois avant de parvenir au sommet. Son châtiment est devenu un symbole de l’effort inutile et de la futilité de la vie humaine.

Hiram représenté entre les deux colonnes du temple, vitrail de St John’s Church, Chester (Angleterre, 1900).

Nous le savons, les mythes jouent un rôle central dans la franc-maçonnerie. Ils sont chargés de symbolisme et permettent de transmettre des enseignements et des valeurs de manière non littérale. Le mythe d’Hiram, architecte légendaire du Temple de Salomon, notamment, communique des leçons sur la loyauté, l’intégrité et le sacrifice. Les mythes servent aussi à relier les francs-maçons d’aujourd’hui à un passé légendaire, créant un sentiment d’appartenance à une ancienne et noble tradition. Ils restent un moyen efficace de transmettre des connaissances et des traditions d’une génération à l’autre au sein de l’ordre et facilitent l’éveil et la croissance spirituels des membres en proposant des archétypes et des parcours symboliques à emprunter.

Ce fort volume permet aux maçons d’aller plus loin en termes de compréhension rituélique mais aussi de compléter tant une culture générale que maçonnique de mieux comprendre certains rites et plus particulièrement le Rite Écossais Ancien et Accepté, celui pratiqué par Jean-Bernard Lévy. Finalement, ce dernier analyse les invariants de l’être humain.

Cette lecture bénéfique doit, à partir de notre nature, condition et expérience d’Homme de maçon, poser question. Encore et toujours. Ce livre a le grand mérite de faire le point. Complet ! Mais aussi de nous pousser à réfléchir. Sur l’essence même de notre existence, sur la conscience, la raison, la liberté, la mort et l’immortalité, l’éthique et la morale… Du travail pour la vie !

*Jean-Bernard Lévy était chirurgien, spécialisé en chirurgie vasculaire et digestive. Ancien Chef de clinique à la Faculté, il y avait enseigné l’anatomie. L’humanité dont il faisait preuve dans sa pratique professionnelle lui a valu une réputation méritée.

Outre son doctorat en médecine et une maîtrise en biologie humaine, Jean-Bernard Lévy avait fait de brillantes études de philosophie, obtenant notamment un DEA à la Sorbonne, ainsi qu’en théologie à la faculté de théologie protestante de Paris.

Accompagné de Michaël Segall, Jean-Bernard Lévy, vice-président en son temps de l’Institut Maçonnique de France (IMF), a été le fondateur de l’Académie Maçonnique puis de l’Université Maçonnique, dont il a été, pour ces deux associations, président délégué. Il en a été un élément moteur respecté et influent, en même temps qu’un contributeur remarqué.

L’humanité dont il faisait preuve dans sa pratique professionnelle lui a valu une réputation méritée. Il est passé à l’orient éternel en août 2019. Outre son doctorat en médecine et une maîtrise en biologie humaine, Jean-Bernard LEVY avait fait de brillantes études de philosophie, obtenant notamment un DEA à la Sorbonne, ainsi qu’en théologie à la faculté de théologie protestante de Paris.

Accompagné de Michaël Segall, Jean-Bernard LEVY a été le fondateur de l’Académie Maçonnique, il y a 10 ans, puis de l’Université Maçonnique. Il en a été un élément moteur respecté et influent, en même temps qu’un contributeur remarqué.

Il était aussi un chasseur et collectionneur de documents précieux connu dans le milieu maçonnique. Initié à la Grande Loge Nationale Française, notre Frère Jean-Bernard Lévy a choisi de rejoindre, avec tous les Frères de sa Loge, « La République 111 » N° 1309 de la Grande Loge de France.

Détenteur du 33e et dernier degré du Rite Écossais Ancien et Accepté, dont il était un remarquable connaisseur, tant du point de vue historique que philosophique et initiatique, notre très illustre frère Jean-Bernard appartenait à la juridiction du Suprême Conseil de France. Je me souviens de longues conversation avec notre regretté très illustre frère Michel Piquet, sur l’histoire du REAA.

On lui doit un nombre considérable d’articles et d’ouvrages, dont un passionnant Abrégé d’Histoire du REAA et le best-seller qu’est Mythes et Rites: à quoi ça sert ? dans la collection « Les outils maçonniques du XXIe siècle » des Éditions Dervy.

Jean-Bernard Lévy avait aussi rédigé la préface historique de Le Rite en 33 degrés du comte de « Clairmont » grand maître de toutes les loges-Fac-similé des carnets du comte de Clermont (1768) publié, dans la collection Franc-maçonnerie, aux Éditions de La Hutte et chez Selena, en 2107, analysé, présenté et commenté Les Francs-Maçons écrasés de l’abbé Larudan-Facsimilé de l’édition de 1778, un ouvrage préfacé par Philippe Langlet.

Mythes et concepts utiles aux initiés – initiants

Jean-Bernard LévySelena éditions, 2023, 356 pages, 28 €

Comment comprendre la formule V.I.T.R.I.O.L. ?

Christian Roblin
Christian Roblin

Note de la Rédaction : Initié en 1984, à la Grande Loge de France (GLDF), Alain Graesel en fut le Grand Maître, de 2006 à 2009. C’est au fil d’une conversation avec Franck Fouqueray, le directeur de publication de 450fm, lors d’un récent salon du livre maçonnique, qu’a germé le projet d’accueillir, dans cette rubrique : « Miroir de spiritualités », une chronique mensuelle de l’auteur du « Que sais-je ? » relatif à cette même Obédience, dans l’idée d’égrener, de manière aussi sobre qu’apéritive, des jalons symboliques relatifs au Rite Écossais Ancien et Accepté, qui fait précisément référence rue Puteaux. Il va de soi que la Rédaction étudiera volontiers des propositions du même ordre concernant d’autres rites. (Christian Roblin)

Question : comment comprendre la formule V.I.T.R.I.O.L. que le candidat à l’initiation peut lire sur le mur du cabinet de réflexion avant la cérémonie ?

Réponse :

Cet acronyme signifie en latin “Visita Interiora Terrae Rectificandoque Invenies Occultum Lapidem” soit dans la traduction française : « Visite l’intérieur de la terre et en te rectifiant tu trouveras la pierre cachée ». De quoi s’agit-il ? C’est une injonction fraternelle, formulée sur le mode impératif, qui invite et incite à l’action.

« L’intérieur de la terre » est une allégorie de la matière physique, dont nous sommes tous composés, notre corps mais aussi notre psychisme – conscient et non conscient – un agrégat difficile à appréhender et à comprendre et qui pourtant nous détermine, souvent s’impose à nous, qu’il faut explorer pour en comprendre la structure, les lignes de forces et les clivages, afin de surmonter ses éventuelles contradictions. Le parallélisme symbolique est évident. Visiter l’intérieur de la terre est une exploration. Visiter l’intérieur de notre psychisme – pour autant que cela soit absolument possible de s’observer soi-même comme un objet d’étude – en est une également. Mais c’est un pari qui mérite d’être tenté.

L’idée de se “rectifier” – comme on peut le dire d’un alcool que l’on distille plusieurs fois pour le rendre plus pur, plus concentré, renvoie à la nécessité pour chacun de mettre de l’ordre dans son propre désordre et fait déjà signe vers la devise du REAA “Ordo ab Chao”. Il s’agit d’entrer dans une ascèse initiatique – qui n’a évidemment rien à voir avec une entrée dans un ordre monacal – dans une exigence personnelle de mise en ordre de sa propre existence, une mise à l’équerre de soi-même, dont la symbolique se dévoilera dans le cours du rituel d’initiation qui va suivre.

Quant à l’idée de « trouver la pierre cachée », elle est une invitation à découvrir en soi l’ensemble des richesses dont nous sommes tous porteurs, de ces potentialités dont la vision est souvent brouillée par le brouhaha quotidien de nos existences, de nos préjugés, de nos certitudes et de ces déterminismes qui nous tirent généralement à hue et à dia.

Ce passage dans le cabinet de réflexion est en somme une invitation à opérer un retour sur notre existence, à la passer à la paille de fer pour en éliminer les aspérités et les irrégularités et travailler sa pierre brute pour en faire – grâce aux outils que sont le maillet et le ciseau et à cet instrument de mesure qu’est l’équerre – progressivement et symboliquement une pierre dégrossie d’abord et taillée ensuite que l’on pourra ajuster aux autres dans la construction d’un édifice.