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« Une heure, une oeuvre » : le tarot kabbalistique d’Oswald Wirth

Le tarot est devenu aujourd’hui un sujet universitaire, une source d’inspiration pour les artistes et un produit indispensable des rayons ésotériques des plus grandes librairies. L’un des principaux initiateurs de ce surprenant succès est un jeune Suisse féru de symbolisme : Oswald Wirth. Gwenaël Beuchet, attaché de conservation du Musée, y consacrera une conférence le dimanche 21 janvier.

Un soir de mars 1886, Oswald Wirth (1860-1943) se rend au domicile parisien du poète et bibliophile Stanislas de Guaita (1861-1897). Initié en franc-maçonnerie depuis deux ans, Wirth est déçu par le désintérêt du Grand Orient de France à l’égard du symbolisme. Le renom de Guaita et celui de sa vaste bibliothèque étrange et précieuse, réunissant des textes latins du Moyen-âge, de vieux grimoires chargés de pentacles, des parchemins enluminés de miniatures, des traités d’alchimie, des ouvrages de science contemporaine, des manuscrits et des éditions d’une grande rareté, motivent cette rencontre.

Très vite les deux hommes s’entendent. Comme beaucoup de jeunes gens de leur époque, ils rêvent d’une « science universelle » qui unirait sciences expérimentales et sciences dites traditionnelles (alchimie, astrologie, kabbale bien sûr…). Wirth devient rapidement son collaborateur et son secrétaire. Guaita, qui a remarqué les talents artistiques de son ami, lui propose de dessiner, à partir du traditionnel Tarot de Marseille et des textes d’Eliphas Lévi, un Tarot kabbalistique qui soit plus en rapport avec leurs vues. Il est publié en 1889, à 350 exemplaires, dont un, grâce à la générosité d’un collectionneur, a rejoint récemment le fonds du Musée Français de la Carte à Jouer. Il est également reproduit, la même année, dans Le Tarot des bohémiens, un ouvrage de leur ami commun Gérard Encausse, dit Papus.

Si l’on excepte le tarot d’Etteilla, créé un siècle plus tôt mais plutôt tourné vers une sorte de récréation divinatoire, le Tarot kabbalistique peut être considéré comme le premier Tarot ésotérique, accordant à chaque carte ou « arcane » une profonde signification symbolique qui reste à interpréter. Le mouvement est lancé. Des tarots de plus en plus nombreux paraitront, notamment dans le monde anglosaxon. Quant à Wirth, il suivra sa propre voie et publiera en 1927 un ouvrage qui sera un autre jalon important de cette histoire : Le Tarot des imagiers du Moyen-âge.
 

Conférence « Une heure une oeuvre », le dimanche 21 janvier à 16h, au Musée Français de la Carte à Jouer. Entrée libre. (Site Web)

Jacques Barbera : « Nous allons créer d’autres loges de Franc-Maçonnerie francophone aux USA »

De notre confrère courrierdesameriques.com

Jacques Barbera est Vénérable Maître de la Parfaite Amitié, créée en 2021 à Miami. Mais il est aussi, désormais, superintendant pour les Etats-Unis. Originaire de Nice et spécialisé dans la construction, il est arrivé aux Etats-Unis en 2001 pour développer le Marie Brickell Village de Miami.

Pourquoi est-il rentré en maçonnerie en 1988 ? « Je ne sais pas pourquoi j’y suis rentré mais je sais pourquoi j’y reste : un développement personnel, et le travail avec les autres, la fraternité, la bienveillance, la bienfaisance ! » Et pourquoi parle-t-il aujourd’hui alors que beaucoup de Franc-Maçons sont très discrets sur leur appartenance ? « C’est mon rôle de représenter publiquement la Franc-Maçonnerie aux Etats-Unis ; mais vous aurez remarqué qu’ici ça se passe différemment qu’en France. Aux USA les gens affichent leur appartenance sur leur plaque minéralogique ou leur casquette, alors qu’en France il y a une discrétion, un « vivons caché » qui vient de notre histoire : il faut se rappeler que les Franc-Maçons ont été poursuivis par exemple pendant la Seconde Guerre Mondiale.« 

logo de la Grande Loge Traditionnelle de France

Ainsi vous allez continuer de vous développer aux Etats-Unis ? « Quand il y a trop de monde dans une loge, nous en créons une nouvelle. Je pense que la prochaine sera plus au nord, vers Orlando, mais nous sommes en train de réfléchir à d’autres créations, par exemple à New-York. »

La Franc-Maçonnerie française se porte bien notamment en Floride où elle s’est installée depuis 2017, date à laquelle la loge dénommée « La Fraternité Universelle de Floride » a vu le jour à Miami sous l’égide de la  (GLTF), une obédience constituée en France il y a plus de dix ans. 

Créée au début par une poignée de Frères Français, la première loge de Miami a connu très rapidement une importante progression tant et si bien qu’une deuxième loge, « La Parfaite Amitié », est venue enrichir le paysage de la Franc-Maçonnerie francophone peu de temps après. 

Il n’en fallait pas plus pour créer un District dont le but principal est de gérer les loges existantes ainsi que les futures loges qui s’ouvriront à Miami, en Floride et sur d’autres États. 

« En cette période de Noël, le caractère universaliste et humaniste de la Franc-Maçonnerie française a enjoint tous les Frères à participer à une œuvre de bienfaisance en rassemblant des cadeaux destinés aux enfants déshérites, malades voire hospitalisés et qui leur seront remis le jour de Noël. « 

Par ailleurs, du 28 avril au 5 mai 2024, des Frères de Métropole viendront se joindre à ceux de Miami comme pour les années précédentes afin de participer à la fête annuelle. Le programme des festivités est en cours d’élaboration et mentionnera, entre autres, un diner de gala ouvert aux amis et sympathisants. 

Enfin, courant février prochain se tiendra une conférence publique sur le thème : « Pourquoi devenir Franc-Maçon en Floride à la Grande Loge Traditionnelle de France en 2024 ?« . Cette conférence sera animée par le Grand Maître de la G.L.T.F. lui-même, venu spécialement pour cet évènement. 

Il va de soi que les Francs-Maçons expatriés en Floride et tous ceux qui souhaite rejoindre cette association seront les bienvenus et peuvent contacter :

Jacques Barbera, Grand Surintendant Amérique du Nord : 305.490.7441

Courriel : gltf.amerique@gmail.com

www.gltf.fr

Ce soir on fait la fête

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C’est un peu ça, on va se retrouver entre amis, « on se met sur son 31 » comme on disait autrefois.

ET PUIS IL Y AURA DES SURPRISES, DES FRÈRES ET DES SOEURS QUE L’ON N’A JAMAIS VUS

Ce soir on est au diapason. Le La est donné.   

D’un côté des personnes qui se retrouvent et qui se connaissent et de l’autre des personnes qui ne se connaissent pas et qui vont se retrouver car issues du même univers. Des frères et des sœurs qui ont comme dénominateur commun le même parcours initiatique. 

Vu ainsi on pourrait se croire à une compétition sportive ou à un spectacle. C’est un peu ça, nous assistons à un spectacle dont nous sommes les acteurs avec des règles, comme à une compétition, sauf qu’ici il n’y a pas d’enjeux. Une fête qui obéit à un cérémonial et qui a comme objectifs ceux de progresser dans la recherche et le perfectionnement grâce à l’aide et à l’échange des autres. Je parle de fête car c’est un bonheur dans nos réunions de se sentir porter et vibrer dans cet univers intellectuel que nous appelons spéculatif et que nous dédions à « l’architecte de l’Univers ».

Il semble que l’homme a besoin d’entourer ses moments, de joie, quelques fois aussi de tristesse, de tout un cérémonial afin de les mettre encore plus en avant. Le rituel aide et participe également à ce processus de création de mise en place voire de mise en scène

Il y a dans nos réunions un rituel qui va accentuer la profondeur de nos nos échanges verbaux. Nous faisons « la fête » et nous espérons qu’elle soit réussie pour la refaire encore. Un processus rituel et répétitif qui nous pousse dans la vie profane à être le mieux organisé pour réussir.

Les franc-maçons sont en ce sens des fêtards organisés. De là me direz-vous, il n’y a qu’un pas pour associer à cette réussite spirituelle, ce que nous appelons l’étape des agapes, afin de clôturer ces travaux de réflexion.

Et comme dans toute fête, nous sacralisons nos avancées et les conclusions de nos recherches très souvent autour d’un verre avec les amis.

En résumé, je dirais:

Commençons par une fête qui nous laissera un souvenir inoubliable. Le fait d’inviter des frères et sœurs d’autres loges quelques fois lointaines est toujours porteur d’exotisme. Nous retrouvons tous ensemble avec ces  invités, cette dimension universelle que porte en elle la franc-maçonnerie et que, au fil des tenues répétitives entres mêmes membres de loge, nous avons pu laissé dériver vers une ambiance monotone.

Mais n’oublions pas que notre univers maçonnique est soumis lui aussi aux règles et aux secousses sismiques du monde profane.

A bientôt de vous retrouver!

Symboles maçonniques dans Paris ! Comment faire pour les trouver ?

De notre confrère pariszigzag.fr

Née en Angleterre au XVIIe siècle, la franc-maçonnerie moderne s’est développée en France à partir du XVIIIe siècle et, depuis, la capitale porte la trace d’un passé maçonnique fort au fil de ses rues, façades, bâtiments publics ou privés. Les symboles laissés par les francs-maçons sont présents partout dans Paris, et ils prennent des formes variées… Aujourd’hui, on vous dit donc où en trouver : ouvrez bien les yeux lors de vos prochaines balades parisiennes pour les repérer !

1. DES FRANCS-MAÇONS RUE DE BUCI

Au n°12 de cette célèbre rue du 6ème arrondissement, vous remarquerez au-dessus de la fenêtre du milieu, au 2ème étage, une étoile dite “flamboyante”. Elle indique l’endroit où se cachait la toute première loge (groupe de francs-maçons) officielle de Paris, créée en 1732 ! Nommée “Saint-Thomas”, elle était notamment connue pour ses grands banquets à la fin des réunions.

Étoile rue de Buci © PZZ
Étoile rue de Buci © PZZ

2. LA STATUE DU QUAI MALAQUAIS

En allant peu plus loin dans le quartier vers la Seine, observez bien la statue de la République située sur le quai Malaquais. Réalisée par le sculpteur Jean-François Soitoux en 1850, elle arbore aussi des symboles maçonniques comme une ruche, symbole du travail collectif. Sa couronne à étoile, son glaive et son niveau témoignent également de la forte proximité entre la franc-maçonnerie et la République à l’époque… D’autant plus que cette œuvre est la première représentation officielle de la République de l’Histoire !

Statue de la République quai Malaquais © Wikipédia
Statue de la République quai Malaquais © Wikipédia

3. DES SYMBOLES DANS LE SQUARE PAUL LANGEVIN

Ce joli square du 5ème arrondissement, au croisement de la rue des Ecoles et de la rue Monge, abrite une frise maçonnique. Elle présente en effet compas, équerre, triangle et fil à plomb : des outils qui rappellent que Paul Langevin* était franc-maçon. Ce fut un humaniste qui participa à de nombreux travaux notamment au Grand Orient de France (la plus importante obédience maçonnique française). Ce magnifique décor est quant à lui un vestige du Palais de l’industrie, un bâtiment qui avait été construit pour l’Exposition Universelle de 1889.

Frise maçonnique square Paul Langevin © Guide du Routard
Frise maçonnique square Paul Langevin © Guide du Routard

Vous l’aurez sûrement compris à travers ces 3 exemples, que ce soit sur les façades, les statues, dans les jardins publics ou encore dans les passages couverts et sur les tombes des cimetières parisiens… La capitale regorge de symboles maçonniques ! Pour en découvrir d’autres avec nous, suivez notre prochaine visite du Paris des francs-maçons : vous comprendrez tout de leur histoire, leurs origines, leurs signes, et percerez enfin le mystère.

[NDLR : Paul Langevin (1872-1946), était un physicien, philosophe des sciences, pédagogue et homme politique. Il a été professeur au Collège de France et directeur de l’École supérieure de physique et de chimie industrielles de la ville de Paris. Langevin est connu pour ses travaux sur le magnétisme, le mouvement brownien, et son introduction de la théorie de la relativité en France. Il a également été président de la Ligue des Droits de l’Homme. Il est inhumé au Panthéon en reconnaissance de son importante contribution à la science et à la société française.


Paul Langevin, par Henri Manuel. Iconographic Coll. Keywords.

Certains disent qu’il a reçu la lumière au Grand Orient de France.

En vérité, selon les travaux de notre frère érudit André Combes, Paul Langevin aurait assisté à des réunions du Cercle « Fraternité-Réconciliation » qui organisait des cycles de conférences avec la participation des francs-maçons (René Cassin, Gaston Moch, Kurt Tucholsky) ou de profanes tels Pierre Cot, von Gerlach, président de la Ligue allemande des droits de l’homme… et Paul Langevin.]

Que faisait le GODF entre 14 & 18 ?

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Comment le Grand Orient de France a-t-il traversé la première guerre mondiale ? Une question qui n’a jamais été traitée par l’historiographie maçonnique et profane, malgré la profusion d’études qui ont été publiées entre 2014 et 2018 à l’occasion des commémorations du centenaire de cette guerre. Comment a réagi le Conseil de l’Ordre, instance de gouvernement centrale ? Que s’est-il passé dans les loges, cellules maçonniques de base sur le terrain ? Comment le Grand Orient de France a dû, aussi, préserver les grands principes traditionnels de son action ? Comment l’humanisme de paix se reliait-il au patriotisme impératif ? Des ambiguïtés importantes ont subsisté : la question féminine que le Grand Orient mettra un siècle à résoudre ; le pacifisme sur lequel les frères seront vraiment partagés en espérant que la Société des Nations résoudrait un problème qui a malgré tout perduré.

L’Auteur
Francois Cavaignac est historien. Après un début de carrière au Ministère de l’Éducation nationale il a notamment été Directeur des services administratifs et financiers de l’Etablissement Public du Musée d’Orsay (Ministère de la Culture), Adjoint au secrétaire général du CNRS (Ministère de la Recherche), et Secrétaire général de la Commission Interministérielle du Château de Vincennes (Ministère de la Défense). Titulaire de deux maîtrises (Droit public et Lettres-Histoire) il est également docteur en histoire avec une thèse soutenue en 2001 à Paris I Panthéon-Sorbonne sur Eugène Labiche. Franc-maçon depuis 1979 il a participé à la création de plusieurs loges, exerçant à différentes reprises les fonctions de vénérable de loges symboliques et de président d’ateliers de la Juridiction écossaise. Ses principaux thèmes de recherche concernent l’histoire de la franc-maçonnerie, la perception de la franc-maçonnerie par le monde profane à travers certaines institutions (le théâtre et la littérature) et l’herméneutique des rituels et des mythes maçonniques. Il a ainsi publié régulièrement depuis 2004 plusieurs articles et ouvrages sur ces sujets. Il est membre du comité de rédaction des Chroniques d’histoire maçonnique (GODF).

[NDLR : Notre ami François Cavaignac, auteur et historien qui maçonne du côté d’Étampes, nous offre ici et maintenant, un remarquable ouvrage dont la thématique, jusqu’à présent, n’avaient jamais été abordée.

Il devrait susciter un certain engouement parmi les membres du Grand Orient de France (GODF), puissance symbolique régulière souveraine, la plus ancienne obédience maçonnique française, la plus importante d’Europe continentale, mais aussi la plus importante obédience libérale au monde.

Reconnaissons tout de même que les obédiences maçonniques ont généralement peu traité le centenaire de la Grande Guerre.

Dans son approche l’auteur mélange à la fois le souvenir, la réflexion, l’hommage amis surtout la promotion des valeurs de paix et de fraternité. Une belle façon d’honorer la mémoire des victimes de la guerre. Ces événements ont souvent inclus des moments de silence, des dépôts de gerbes, et des discours qui reflètent sur les horreurs de la guerre et l’importance de la paix.

D’entrée, disons-le, nous avons énormément aimé la structure de l’ouvrage en deux parties, où chaque partie comprend deux titres.

François Cavaignac offre ainsi une clarté de pensée et une cohérence dans la présentation des idées.

À commencer par la vie de l’obédience qui est, quel que soit la période, toujours riche, varié et multifacette (aspects rituels, éducatifs, gestion des membres, sociaux et administratifs).

Et, bien sûr, du Conseil de l’Ordre, organe essentiel, en charge de la gouvernance et de l’administration générale du Grand Orient de France. Il assure la gestion des affaires courantes et prend des décisions importantes concernant l’orientation et les politiques de l’obédience. Il joue donc un rôle crucial dans la gestion, la représentation, et la direction de l’obédience maçonnique.

Rappelons qu’en France, la guerre a créé un contexte de solidarité nationale au sein duquel les différentes obédiences maçonniques en France ont souvent mis de côté leurs divergences pour soutenir l’effort de guerre et contribuer à l’assistance des victimes. Cette solidarité se manifestait tant au niveau individuel, avec de nombreux francs-maçons servant dans les forces armées, qu’au niveau organisationnel. Les obédiences ont participé activement à des œuvres caritatives et humanitaires, organisant des collectes de fonds, des hôpitaux de campagne, et des programmes d’aide pour les soldats et les civils affectés par la guerre. Ces efforts étaient souvent coordonnés entre obédiences ou réalisés conjointement. Toutefois, l’expérience de la guerre a eu un impact durable sur les obédiences maçonniques en France, influençant leur orientation idéologique, leurs activités et parfois même leurs relations mutuelles dans l’après-guerre. Une belle solidarité renforcée face à l’adversité…

Pendant la guerre, les relations entre les obédiences françaises et celles des pays ennemis étaient généralement suspendues. Cependant, il y avait souvent des efforts pour maintenir des liens avec des obédiences neutres ou alliées.

En seconde partie, les lecteurs pourront découvrir la richesse des relations entre elles grandes obédiences. Grande Loge de France, Grand Orient d’Italie, loges d’Amérique du Sud et relations avec les États-Unis font l’objet d’une approche approfondie.

Pour nous livrer cette belle étude, François Cavaignac s’est fondée sur trois sources. Les comptes rendus des réunions du Conseil de l’Ordre du Grand Orient de France. Des documents édités annuellement par le Secrétariat général et conservé au sein des archives de l’obédience. Puis le bulletin hebdomadaire des loges de la région parisienne, document contenant les convocations des loges aux tenues, ce qui représente une source importante d’informations avec les dates, lieux, horaires et surtout les thèmes des travaux ainsi que les noms des orateurs invités. Enfin, les textes qui régissent le fonctionnement de l’obédience. Il s’agit, bien évidemment, de la Constitution et du Règlement général. Une Constitution promulguée en 1884 et qui fixe les grands fondements philosophiques et les principes d’organisation maçonnique. Le Règlement général établit quant à lui les règles de fonctionnement interne de l’obédience et des loges ainsi que celle du comportement de ses membres. Le dernier en date à être applicable est celui de 1913. Nous avons apprécié les nombreux tableaux récapitulatifs fort détaillés ainsi que les illustrations qui parsèment l’ouvrage.,

Un vrai travail d’historien allant aux sources primaires. Nous lui devons déjà chez Cépaduès, en 2021, coécrit avec Jean-Philippe Marcovici et préfacé par Pierre Mollier, La Terreur et les Honneurs – Jean-Nicolas Bouilly artiste et Franc-Maçon (1763-1842).

Chez Cépaduès, la Collection de Midi édite des ouvrages sur les thématiques suivantes :  développement personnel et collectif, bien-être, franc-maçonnerie, spiritualité, religion, philosophie.

Des ouvrages destinés à ce public soucieux de mieux connaître et mieux se connaître.

Le Grand Orient de France pendant la Première Guerre mondiale

François CavaignacCépaduès, Coll. de Midi, 2023, 172 pages, 22 €

Lire quelques bonnes feuilles et acheter l’ouvrage chez Cépaduès.]

Le philosophe John Toland (1670-1722) et le concept de grand architecte de l’univers dans la Franc-maçonnerie

« On connaît l’alternative : ou nous ne sommes pas libres et Dieu tout-puissant est responsable du mal. Ou nous sommes libres et responsables mais Dieu n’est pas tout-puissant. Toutes les subtilités d’écoles n’ont rien ajouté ni soustrait au tranchant de ce paradoxe ».

 Albert Camus
 (Le mythe de Sisyphe. 1942)

Le 24 juin 1717 à Londres, quatre loges se réunissaient chez celle qui tenait ses réunions à « La Taverne de L’oie et du gril » ; les autres étant « La Taverne de la Brasserie et de la Couronne », « Le Grand Verre et les Raisins » et « La Taverne du Pommier ». Le but de cette réunion étant de fédérer et d’officialiser ce qui allait s’appeler la Franc-Maçonnerie.

Mais, au-delà de cette volonté de « rassembler ce qui était épars » se posait le problème de trouver un point d’accord religieux à l’intérieur du monde des Réformes protestantes britanniques essentiellement, excluant d’emblée le catholicisme et le judaïsme du débat. La question des antagonismes religieux à l’intérieur de la Réforme avait causé un climat de tension permanent dans la société britannique parfois de véritables guerres civiles se conjuguant à la géographie des îles britanniques : l’Ecosse, le Pays de Galle et l’Irlande du nord s’étant ralliés au calvinisme, grâce à l’influence du réformateur presbytérien John Fox (mort en 1572), L’Angleterre conservant la structure de l’Anglicanisme, bien que traversée par des courants divergents (« High Church » de tendance catholique, « Low Church » allant dans le sens de l’évangélisme protestant, « Broad Church », vers une orientation libérale de l’interprétation biblique). L’Irlande restait quant à elle catholique (exceptée la partie nord), mais n’était nullement concernée (voire totalement rejetée) par la naissance de la Franc-Maçonnerie. Quelques groupes religieux minoritaires se trouvaient aussi concernés indirectement par les questions que leur croyances soulevaient, parfois impliqués directement dans la naissance de l’Institution, comme les Quakers et leur fonctionnement démocratique institué par Georges Fox (1624-1691), ou les Unitariens (1), anti-trinitaires et « free thinkers », libres penseurs, s’étant reconstitués au moment de la Réforme du 16e siècle en reprenant et en élargissant la pensée hérétique d’Arius (25O-336) Alexandrien condamnée par l’Église et dont le représentant en France le plus célèbre sera Michel Servet (1511-1553), qui finira brûlé à Genève sur l’ordre de Jean Calvin !

Les querelles religieuses, en tout cas, contrarient les affaires et la composition sociologique des créateurs de la Maçonnerie montre leur appartenance à la bourgeoisie commerçante ou d’entrepreneurs, ce que fera ressortir les fameuses Constitution d’Anderson par le refus d’admettre dans l’Institution : les femmes, les serviteurs, les gens de couleur, toute personne qui ne vit pas dans de « bonnes mœurs ». A ces interdits protestants d’appartenance s’ajoute un culte très calviniste pour la « gloire au travail ! » qui trouve un écho favorable évidemment. Cependant, demeure en suspend la question théologique de la définition de Dieu et de Jésus qui puisse être reconnue par des courants réformés qui ne partagent pas forcément le même regard sur l’Ancien et le Nouveau Testament. C’est surtout sur la question de Jésus que portera la polémique, d’où la préférence pour l’Ancien Testament dans la mise en place des rituels. Ce qui amènera, dans l’histoire, les attaques des anti-Maçons avec le concept de « judéo-maçonnerie », alors que les fondateurs restent fidèles à leurs origines purement réformées, en prenant garde de ne pas aborder la personnalité de Jésus ouvertement pour éviter les « questions qui fâchent » !

A cette réunion constitutive sont conviées des personnalités proches et amies à l’Institution naissante. C’est ainsi qu’est présent le philosophe d’origine irlandaise John Toland connu pour sa passion pour l’oeuvre de Spinoza (C’est lui qui va d’ailleurs inventer le mot « Panthéisme » pour synthétiser la pensée du célèbre philosophe et créer ainsi un néo-spinozisme), ses idées progressistes républicaine, sa critique du christianisme qui le conduira à prôner un retour au paganisme. Ainsi, le 22 septembre 1717, il préside une réunion à la « Taverne du Pommier » qui va fédérer des groupes panthéistes sous le titre officiel de « The Druid Order », l’ordre des druides, qui sera constitué essentiellement de Francs-Maçons, dont Jean Théophile Désaguliers rédacteur des Constitutions maçonniques dite « d’Anderson » (Qui n’y participa qu’à titre de presbytérien et ce, pour équilibrer avec Désaguliers, anglican), membre de la Royal Society et ami d’Isaac Newton. Etrangement, en Grande-Bretagne et y compris de nos jours, cohabiteront les deux structures avec de très nombreuses double-appartenance. Existe la célèbre photographie de l’initiation de Winston Churchill au Druid Order, alors qu’il était Franc-Maçon et membre de l’Église Anglicane ! Ce qui explique que John Toland aura une influence à la fois sur la Maçonnerie et les mouvements panthéistes, bien que son appartenance à la Maçonnerie ne fût jamais prouvée. En tout cas il va introduire le concept de Grand Architecte de l’Univers, concept qui se rapproche de la pensée spinoziste ou de celle de Leibniz (« Il résulte de la perfection suprême de Dieu qu’en produisant l’univers, il a choisi le meilleur plan possible »).

Très connu dans le monde anglo-saxon, John Toland (1670-1722) est reconnu comme l’un des philosophes des lumières et le créateur avec Leibniz du panthéisme issue de l’œuvre de Spinoza. D’origine irlandaise (d’où son engouement pour le druidisme !), il est d’origine catholique, va se convertir au protestantisme, mais va évoluer rapidement vers une contestation du christianisme. Il ira faire ses études à Glasgow et montre ses dons pour la vie intellectuelle : il obtient le diplôme de Master of Arts en 1690 et maîtrise le latin, l’hébreu, le grec ancien, le français, l’allemand et le hollandais. Dès cette époque, il fréquente les cercles « pré maçons » d’Edimbourg et prend connaissance des ouvrages de Locke, Spinoza et Giordano Bruno pour lequel il aura une grande admiration. Après un an passé en Hollande, il entre à Oxford en 1694 et fréquente les milieux savants et intellectuels. C’est en 1696 qu’il va publier son « Christianisme sans mystère ». Le livre va obtenir immédiatement un énorme succès mais il effraie Locke lui-même par le dépassement de la pensée de Spinoza, et il prendra des distances avec le philosophe naissant, d’autant que ce dernier va se lancer dans des écrits pro-républicains et sur la liberté de conscience. Ce qui l’amène à vivre une célébrité dérangeante. C’est en 1705 qu’il s’avoue panthéiste. En 1712, en Hollande, il fait paraître discrètement son « Traité des trois imposteurs Moïse Jésus Mahomet », précédé d’une biographie de Spinoza et en 1714, il publie « Raison de naturaliser les Juifs » qui est une dénonciation de l’antisémitisme. En 1720, Après des textes où il défend notamment Hypatie d’Alexandrie et la cause des femmes, il publie « Clidophorus » (Le porte-clef), qui est considéré comme l’un de ses textes les plus importants, où il explique que dans toute spiritualité existe une expression exotérique et une ésotérique. Durant cette période, il sort aussi son célèbre « Pantheisticon » qui est le couronnement de sa pensée qui prône le discernement : « Le sage panthéiste soumettra toutes choses au raisonnement et les entourera comme d’une haie pour discerner le vrai du faux, et il connaîtra par cet art et cette science ce qui suit nécessairement d’une chose, et ce qui lui est opposé ». Le rôle que joua John Toland durant la période des Lumières fut considérable dans toute l’Europe.

A coup sûr, l’influence sur la Franc-Maçonnerie fut capitale et son concept de Grand Architecte de l’Univers puisé à la fois dans l’Antiquité et chez Spinoza nous donne un cadre spirituel incontestable au-delà de ceux qui voudraient récupérer la Franc-Maçonnerie dans leur chapelle !

Un vrai bonheur de lire et relire les textes de celui que nous pouvons appeler le « Frère John Toland »…

 NOTES

(1) Baron Michel : Les Unitariens.

Paris. Les éditions de L’Harmattan 2004.

 BIBLIOGRAPHIE

-Blandenier Jacques : Martin Luther et Jean Calvin-Contrastes et ressemblances. Charols. Ed. Je Sème 2016.

– Chaunu Pierre : L’aventure de la Réforme-Le monde de Jean Calvin. Paris. Ed Complexe 1991.

– Dagron Tristan : Toland et Leibniz-L’invention du néo-spinozisme. Paris. Ed. Vrin 2009.

– Toland John : Clidophorus. Paris. Ed. Allia 2002.

– Toland John : Lettres à Serena et autres textes. Paris. Ed. Champion 2004.

– Toland John : Le christianisme sans mystères ; paris. Ed. Champion 2005.

Le serpent, notre ancêtre

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 Il convient d’appréhender prudemment les symboles et de toujours avoir conscience des vagabondages imaginaires qu’ils peuvent entraîner, hors d’un contexte donné. S’il est un animal à même d’enflammer l’intellect, c’est bien le serpent ! Pour mieux aborder et comprendre les légendes centrées sur le serpent, il est judicieux d’aller à sa rencontre dans la Bible : celle-ci nous offre en même temps, l’histoire poétisée de notre origine ! En attendant que de son côté, la science nous en dise plus sur l’irruption du vivant…

Après le fruit défendu…

Depuis le temps biblique où le serpent symbolise l’incarnation du démon et tente Eve au Paradis terrestre, cet animal rampant et zigzagant sur le sol, fait peur. Pourtant, dans d’autres cultures, il lui est attribué des pouvoirs bénéfiques. De la sorte, il symbolise aussi le Bien et le Mal.

 Le serpent est désigné sous le terme hébreu de « Nahash » dans ce livre saint qu’est la Bible. Il y fait même l’objet d’une trentaine de citations. Incontestablement, le serpent évoque une double ambivalence, outre les précités Bien et Mal, à la fois également la Vie et la Mort.

Serpent
Serpent

Dans la Genèse, tout commence avec ce serpent, blotti dans un buisson du jardin d’Eden. Doué de la parole, il y séduit donc Eve, la première femme, en l’incitant à cueillir sur l’arbre de la connaissance – arbre précisément du Bien et du Mal – le « fruit défendu » parmi les autres, et à le manger. Eve, non seulement le mange mais le partage avec Adam.

Résultat : Ils sont tous les deux expulsés du jardin d’Eden et le serpent lui-même est également puni. Des pattes devaient lui venir, mais il en est privé pour sa faute : il est ainsi condamné à se mouvoir sur le ventre et à se nourrir de poussière toute sa vie ! Et exposé à avoir la tête écrasée par le pied de l’homme en permanence…qu’il peut toutefois mordre au talon pour se défendre. Et lui inoculer son venin mortel !

Privés de l’arbre de vie, errant sur la terre sans protection divine, Adam et Eve sont rendus mortels. Le fruit défendu qu’ils ont absorbé n’est pas désigné dans les textes : c’est le plus souvent la pomme qui a été choisie en Europe parce que le pommier y est un arbre fruitier très répandu. Mais selon les régions, une poire, une figue ou une grenade (en Arménie) figurent sur les illustrations bibliques.

A noter qu’en latin, le terme malus désigne aussi bien un pommier aux beaux fruits qu’un arbre toxique, donc interdit. Une métaphore s’est construite sur cette confusion : la pomme est devenue à la fois le fruit tentateur (l’acte sexuel) mais qu’il ne faut pas consommer, en tant que symbole même du péché de chair !

Pourtant dans ce texte de la Genèse, Dieu marie Adam et Eve et leur ordonne de se multiplier. Ce qui signifie que l’acte sexuel est donc réservé uniquement aux époux. Et que le péché de chair désigne l’acte adultère. Reste que la faute première d’Eve continue d’être portée par Adam : le morceau de pomme qu’elle lui a fait croquer …est resté coincé dans sa gorge (cartilage thyroïde) sous le nom de pomme d’Adam ! 

Longtemps après ces descriptions poétiques de la Bible, la science s’interroge toujours sur l’origine du Vivant ! Et pour ce qui est de l’Homme, dernier arrivé dans la chaîne animale, la tentation est grande, par le biais de l’évolution, et après moult mutations, de le faire surgir du serpent !

Jusqu’à nous doter d’un cerveau reptilien enfoui dans notre boite crânienne. Il signerait ainsi notre parenté avec cet animal rampant, et du même coup, un premier statut horizontal pour le genre humain.

Que représente d’ailleurs ce serpent, imagination aidant, sinon effectivement, à nos pieds d’européens, au hasard d’un chemin de campagne, l’irruption et la vision glaçante de notre commencement d’homme, au début du processus génétique ?!

Couleuvre ou vipère, cette créature étirée et froide, molle et horizontale, ce cylindre d’écaille, apparemment inachevé, sans patte, sans poil, sans plume, qui ondule, qui se tortille sur le sol, c’est moi, c’est toi, mon Frère, ma Soeur !!

Cette petite tête triangulaire, à la langue rétractile et fourchue, c’est la mienne, c’est la tienne, à l’origine des temps. Cette sorte de forme excrémentielle vivante condamnée à ramper, qui cherche à mordre, qui porte la mort au bout de ses crochets, ces yeux fixes, n’est-ce pas finalement le miroir qui entre en résonance avec mon « moi profond », qui reflète cette part archaïque de mon Etre, et qu’on n’appelle pas précisément « cerveau reptilien », par hasard dans le langage populaire ?!

Bref, le serpent, pour le gréco-judéo-chrétien contemporain, c’est avant tout la répulsion et pour tout dire, la peur, voire la terreur !

Le serpent, source de vie

Or, au plus loin que remonte l’étude des civilisations, il apparaît que le serpent symbolise, par sa forme phallique même, non pas la mort, mais tout au contraire le principe, la source de la vie, le vivant et le vivifiant dans nombre de contes et légendes. Surgissant de l’ombre pour y retourner, être glissant entre les doigts et à travers le temps, il a pu même représenter au fil des générations un grand serpent initial, dieu premier des ténèbres, dont tous les serpents terrestres seraient l’incarnation.

Du fait qu’il siffle, se redresse et se raidit, il indique la montée du désir et le renouvellement constant de ce qui anime et maintient, c’est à dire le mouvement et la pérennité. Partant, pour nos aînés des millénaires passés, le serpent a certainement suscité davantage l’interrogation et le mystère, que la culpabilité et la terreur, répandues ensuite par les religions du Livre.

Les latins que nous sommes, avons généralement de ce fait une conception du monde se réduisant bien trop souvent au bassin méditerranéen et à sa culture ! Un peu de curiosité pour les civilisations passées nous indique pourtant qu’il n’y a guère de continents, où la contemplation et le vécu du serpent n’aient un jour fait sens et continue de le faire aujourd’hui. Et qui plus est, un sens positif, je l’ai dit plus haut ! Un petit tour du monde s’impose donc autour du serpent !

Il est d’ailleurs troublant de constater en effet, que l’image du serpent se mordant la queue, le fameux « Ouroboros » des alchimistes, indiquant l’éternel retour des choses, existe aussi bien dans la tradition du mythique Hermès Trismégiste que dans les fonds allégoriques arabes, scandinaves, bouddhistes ou chinois. Dès lors, convenons-en, l’idée du mouvement perpétuel, la chaîne sans fin de la mort et de la renaissance, est bien un concept universel ! Nous vérifions ici au passage la thèse de Jung, quand il nous parle des archétypes immémoriaux, véhiculés par l’inconscient collectif.

Le fait que le serpent dessine un cercle en se mordant la queue, et tourne indéfiniment sur lui-même nous offre le symbole de l’anneau qui, en Asie du sud, signifie qu’il soutient le monde. On retrouve cette idée en Afrique noire, où il est dit que le serpent encercle les océans, au milieu desquels flotte la terre. Même évocation avec l’arc en ciel qui figure un serpent se désaltérant dans la mer, selon les Peaux-rouges du Nevada, les Indiens d’Amérique du Sud et les populations d’Inde et de Malaisie. Ces considérations ont une même origine : l’eau et la pluie fertilisante, toujours attendue.

De la sorte, s’il secrète un venin dispensateur de mort dont il faut se garder, le serpent est aussi et surtout fantasmé ici comme un tuyau porteur d’eau, de sève, donc de substance de vie. Je ne veux pas manquer de rappeler, dans cet ordre d’idée, que le serpent apparaît depuis des lustres comme le « maître de la fécondité » dans la plupart des pays du monde, même christianisés. De l’Inde au Brésil, du Togo à la Grèce, de l’Australie à Madagascar, de la Nouvelle Guinée à l’Europe, que ce soit en France, en Allemagne, au Portugal, encore de nos jours.

Il n’est donc pas étonnant qu’avec près de 3000 variétés recensées, et une telle puissance mythique, le serpent figure en bonne place dans la Bible. Les Hébreux, nous dit-elle – sur la route de l’Exode – furent très souvent confrontés aux serpents. Dégoûtés de manger de la manne, cet exsudat de plantes du désert, sans pain ni eau, ils reprochent sévèrement à Dieu et à Moïse de leur avoir fait quitter l’Egypte pour cette nourriture de misère et une interminable traversée vers la terre promise.

Une seconde version biblique indique qu’au lieu de la peste – afin de les punir de leur effronterie – Dieu envoie contre eux des milliers de serpents qui les mordent et en tuent un grand nombre. Effrayé, Moïse supplie Dieu de pardonner au reste du peuple, qui se prosterne, conscient de sa faute. On sait que le Seigneur, ému, lui répond de façonner un serpent d’airain fixé sur une perche. Et que tout Hébreu mordu n’aura qu’à lever les yeux vers la reproduction pour être guéri.

Cet épisode n’est pas sans lien avec les mines de cuivre existant dans cette région au XIIIème siècle avant Jésus-Christ. L’histoire rapporte qu’ont été en effet retrouvés sur le Mont Sinaï, des serpents de cuivre vraisemblablement considérés à l’époque comme talismans, contre les morsures de serpents venimeux.

Les rituels maçonniques nous disent par ailleurs que la transmission des vertus de la mystérieuse plante guérisseuse et la coutume du serpent d’airain en emblème, s’est perpétuée parmi les Israélites jusqu’à la première Croisade…et au-delà ! Il est d’ailleurs attesté que les Chevaliers chrétiens qui ont fondé l’Ordre du Temple, se sont donné pour mission de confectionner des remèdes, pour les voyageurs, dans le couvent construit sur le Mont Sinaï.

A partir des « simples » et des plantes curatives cueillis sur ses pentes, la légende (ou le commerce ?) reprend ici sa place puisqu’elle dit que les moines qui s’y trouvent aujourd’hui ont retrouvé la plante guérisseuse. Et qu’en plus des morsures de serpents, son précieux suc, mélangé à d’autres extraits de plantes, guérit beaucoup d’autres maladies courantes !

 Les mythes – comme celui-ci – sont faits pour donner de l’ampleur à la pensée. Pour expliquer nos comportements, nos désirs, nos choix. Pour ajouter de la vie à la vie. Bref, pour nous guider et permettre de mieux vivre et de faire mieux vivre les autres.

 Dès lors, quel symbolisme en extraire, que le serpent soit vu à la lumière biblique ou maçonnique ? Il est clair que ce reptile – symbole doublement dualiste, du Bien et du Mal, de la Vie et de la Mort – lorsqu’il est élevé à hauteur d’homme, s’élève avec lui, devient Homme avec lui, et devrait cesser de faire peur. Porté au-dessus de sa tête, au bout d’une perche, il est alors promu, glorifié, déifié, il devient plus grand, supérieur aux Hommes même, et on lui accorde le pouvoir suprême de guérir !

Une métaphore du désir

Dans cet esprit, un autre mythe apparaîtra plus tard en Grèce avec Asclépios, dieu de la médecine, cheminant précisément avec un serpent enroulé autour d’un haut bâton, appelé « caducée » en latin. Celui-ci est aujourd’hui encore le symbole du corps médical, surmonté du miroir de la prudence, pouvant évoquer le reflet d’une plaque de cuivre. Citons également Hermès, le dieu des voyageurs, qui séparait les couples de serpents belliqueux, en les soulevant du sol avec sa longue baguette ailée.

 Autant d’images qui nous montrent le serpent, comme arraché à l’attraction terrestre par la main de l’homme, donc grandi et de la sorte, gratifié ! En ce sens, nombre de symbolistes voient dans la représentation du serpent de Moïse, et sa montée du sol, la préfiguration du Christ porté en croix, de ce Jésus prophète, qui sauve ceux qui le regardent, avec la ferveur et les yeux de la foi. Saint-Jean opère lui-même ce rapprochement dans son Evangile, ainsi que nous le rappelle le rituel.

Mon propos n’est pas ici de vouloir opposer le rationnel au surnaturel, la raison à la fable, l’athéisme à la croyance. Il me paraît plus intéressant en revanche de remonter à nos origines et de suivre la progression de l’esprit humain. Que de chemin parcouru depuis la pensée magique et ses diverses formes !

Imaginons le cadre de la magie dite homéopathique ou imitative des premiers hommes, les bras levés vers les forces célestes supposées : posséder l’image du serpent au bout d’un bâton, c’est posséder le serpent lui-même ! Figurons-nous le contexte de la magie dite contagieuse : exposer une outre d’eau c’est attirer l’eau, donc la pluie, si précieuse. De la même manière, montrer la représentation d’un serpent, c’est les dominer tous. Ces actes naïfs peuvent faire sourire. Ils ont pourtant constitué longtemps la pensée primordiale de l’homme dans la nature, puis par paliers, de mythes en légendes, d’allégories en symboles, ils ont donné naissance, avec une réflexion de plus en plus affinée, à la technique, aux arts, à l’alchimie, à la chimie et à la science contemporaine. Encore faut-il bien les utiliser, dans l’intérêt commun et le respect de l’autre !

Lorsque la tradition chrétienne voyait d’abord Satan dans la symbolique du serpent et une Eve fautive croquant la pomme, la Grèce antique, elle, en retirait avec bonheur, hédonisme, philosophie et poésie. Il est loisible à chacune, à chacun, s’il le souhaite, de se servir à sa guise de ces supports de vie, et de les « poétiser » de la même façon. Pour embellir son existence et celle d’autrui. Après notre ancêtre horizontal, le serpent vertical que nous sommes devenus au fil de l’évolution, a encore une mue à effectuer. Parce que l’essence de toute créature vivante progresse, parce que la nature, divinisée ou non, se transforme, il s’agit pour l’espèce humaine, initialement matière flottante, puis rampante, et successivement, matière levante puis pensante, de devenir enfin… matière aimante ! J’ai déjà employé plusieurs fois cette image de notre « progression », je me répète ici à dessein. Nous n’avons pas de centre de l’amour dans le cerveau, alors souhaitons que l’évolution nous en dote !

 Chaque degré du Rite écossais ancien et accepté est une invite à l’action. Il nous recommande en filigrane que nous, homo modernus, toute agressivité maîtrisée, tous crochets venimeux rentrés, fassions l’effort de monter sur nos propres épaules, pour en quelque sorte, nous mettre au niveau du serpent d’airain, en soi métaphore du désir, dans ses composantes les plus naturelles.

C’est en faisant avec notre semblable ce pari de l’intelligence, donc de la bonté, autrement dit en prenant de la hauteur sur le quotidien, que nous pourrons mieux découvrir ensemble le même horizon : devant nos yeux, le monde de demain à partager !

De l’humus, l’humilité

Qui dit serpent, dit humus (du latin, sol) son lieu même de vie et de reptation. Et si nous interrogeons un peu plus encore l’étymologie, qui dit humus, dit homme et humilité : en deux mots de la même famille…c’est alors toute la philosophie de ce reptile qui s’exprime.

L’humilité est l’une de ces valeurs essentielles qui, dès sa définition, nous renvoie à nous-mêmes : Elle n’est autre, en effet, que la conscience de soi et de notre petitesse (comme le serpent !) aussi bien devant la masse des autres humains que dans l’univers !

Partant, il s’agit d’avoir la lucidité d’admettre que nous sommes des êtres fragiles, provisoires, en un mot : mortels. La conscience de la mort physique rend humble immédiatement ! L’humilité nous incite certes à lever la tête vers le ciel pour admirer modestement la création et pour mesurer notre petitesse, mais aussi à baisser la tête vers cette même terre, pour ne pas la perdre de vue : nous en venons et nous y retournerons…Il est bon de revenir régulièrement de la verticalité, qui nous est chère, à l’horizontalité du serpent, qui est aussi notre ancêtre, dans la grande chaîne du Vivant.

L’humilité renvoie d’évidence à la durée, à ce minuscule temps de passage, qu’est une vie terrestre. La pâte humaine est de fait une pâte de verre. Et en tant qu’êtres de verre, c’est notre fragilité même qui nous rend transparents et laisse entrer en nous la lumière !

Sur le plan maçonnique, notre échelle de degrés, trop souvent assimilée à une hiérarchie (par l’appellation même « Hauts-Grades » en vieux français) ne facilite certes pas cette humilité. Il faut rapidement (avant d’être atteint de possibles boursouflures de l’ego !) comprendre que notre progression est une ascension personnelle qui ne doit pas être comparée, avec… le tablier du voisin. C’est en fait, soyons francs, la fameuse « cordonite » qui est un combat à mener à chaque tenue – dès lors que notre « avancement » peut s’y mesurer artificiellement – pour qui s’y laisse prendre, à coups de décors ! Rester simple tout en se parant d’enluminures n’est pas évident !

Là est certainement un défaut passé des Hauts Grades Maçonniques, conçus à l’époque des Lumières…avec une évidente volonté nobiliaire affichée d’éblouir le roturier ! Ce n’est heureusement plus le cas aujourd’hui ! Mais la vanité existe toujours, elle est humaine, trop humaine : Laisser nos métaux à la porte du Temple, nous rappellent inlassablement nos rituels ! Transformer les éclats extérieurs trompeurs en lumière intérieure, pour s’auto-éclairer, se connaître, s’accepter en fait : oui, c’est bien tout le travail d’une vie maçonnique…

L’humilité implique que l’on ne se mire pas dans le regard de l’autre – comme Narcisse dans l’eau de la fontaine, jusqu’à la boire – mais que l’on s’y découvre ! Il y a là toute la différence entre voir et regarder. Voir, c’est entrevoir seulement le contour des choses, bien souvent. Regarder, c’est observer, entrer dans le détail, c’est apprécier, goûter, peser, évaluer, pénétrer, pour au final agir le mieux possible, sans prétention.

En tant qu’êtres sociaux, nous avons besoin de l’autre pour nous construire, en « frottant » notre intellect à ses pensées, à ses idées, à ses paroles. « Qu’est-ce qui est plus brillant que l’or ? La parole échangée ! » dit notre Frère Goethe ! Autre problème en loge, nous n’échangeons pas vraiment sur le moment, puisque nous prenons la parole à tour de rôle et communiquons avec des monologues croisés, discipline de la saine « triangulation » (Locuteur- Vénérable Maître – Surveillant) oblige.

Il ne s’agit donc pas de pérorer en se mettant à l’ordre pour s’entendre parler, mais d’abord de s’écouter (écouter notre voix intérieure et non notre voix de bouche) avant de décider de prendre la parole et d’écouter les autres. C’est à force de s’écouter … que l’on finit par s’entendre !

L’homme debout

Il faut précisément s’entendre sur l’humilité. C’est une notion d’origine chrétienne dont le sens premier renvoie à l’obéissance : l’Eglise, à travers ses papes et ses princes, a trouvé sa puissance et l’a sans cesse entretenue à travers les siècles, avec des serviteurs à genoux devant elle ! Les fidèles d’aujourd’hui ne sont plus dans cette soumission.

La Franc-maçonnerie aurait pu tomber dans ce travers. Le symbolisme des Hauts Grades maçonniques précités, inspiré par la Chevalerie, met le maçon, la maçonne devant ce problème délicat : Comment, au fil des rituels, être précisément un « Chevalier de l’esprit », porteur des décors de sa fonction, tout en restant humble ?! Historiquement, lorsque le Chevalier guerrier s’agenouillait pour recevoir l’adoubement, certes il se soumettait devant un autre homme, dont il reconnaissait la supériorité. La Chevalerie des rites maçonniques d’aujourd’hui évoque, selon les Juridictions, une obéissance voire une allégeance de ses membres (par reprise du langage fleuri du XVIIIème siècle) qu’il convient évidemment d’entendre comme la fidélité à un Ordre. Tout autre interprétation, notamment dans le sens d’une inféodation, serait inacceptable au XXIème siècle ! On peut être à la fois, légitiment fier de son rang et humble, sans être servile !

Ainsi « maçonniquement », l’humilité est à même d’être abordée, avec bonheur, par le biais du symbole et de la métaphore bien saisis. Pour dépasser avec intelligence cette notion de pouvoir qui caractérise la société des hommes, si prompte à la hiérarchie de dominance. Il est possible d’être humble par rapport à soi-même en ayant une conscience claire de ses compétences et bien entendu, comme tout un chacun, de sa finitude. Il est plus difficile, surtout dans le monde social d’aujourd’hui (où il convient souvent d’écraser l’autre, …ce qui nous renvoie au destin biblique du serpent !) d’être vraiment humble, au sens ancien de l’effacement. S’abaisser n’est plus possible, il faut dignité garder !

Toute forme d’humilité, qui reviendrait à « s’inférioriser », serait aujourd’hui prise pour de la faiblesse, notamment sur le marché de l’emploi, où l’on cherche surtout des « gagnants » ! La marge est donc étroite, subtile : l’affirmation de soi (l’assertivité, pour employer un mot moderne) consiste donc à trouver sa place, son passage, entre l’agressive mégalomanie et la plate servilité. Etre ni hérisson ni paillasson !

Souvenons-nous que nous avons été serpent, avant de nous « dresser ». Au deux sens de ce verbe. Il y a du serpent en nous pendant notre croissance : l’enfant rampe un « certain temps » avant de se lever et marcher. De l’être rampant, l’être pensant. Du « reptilus », l’Homo Sapiens. L’image de l’équerre est dans cette progressive mutation. De l’horizontal au vertical. « Etre d’équerre » exprime à propos ce mouvement, ce passage, à la fois physique et psychique. « L’Homme debout » est bien dans son corps, bien dans sa tête.

Mon service militaire dans l’armée de l’air m’a rappelé en son temps cet « état premier » de l ‘être humain. Dans l’argot des aviateurs, il y a les « rampants » et les « navigants ». Les soldats, reptiliens, qui ne volent pas (rédacteurs, comptables, informaticiens) et ceux, aériens, qui prennent l’avion. (Pilotes, mécaniciens, radios). L’administratif et le technicien sont complémentaires.

Pour qui « reste au sol », à ses compétences indispensables, s’ajoute le rêve et la poésie : « On peut avoir les pieds sur terre et la tête en l’air » n’est pas une expression péjorative dans l’esprit du Petit Prince, merveilleusement présenté par le pilote-écrivain Antoine de Saint Exupéry !

Ils ne se cachent même plus !

De notre confrère espagnol vozpopuli.com – Par Luis Algorri

Le nouveau ministre de la Politique territoriale et de la Mémoire démocratique, le professeur canarien Ángel Víctor Torres, a inauguré il y a quelques jours un événement académique pour historiens et juristes à l’Université Rey Juan Carlos de Madrid. Le sujet d’étude était la longue répression de la dictature franquiste contre les francs-maçons. Le ministre, qui, à ma connaissance, n’est pas maçon, n’a parlé que quelques minutes et a déclaré que les loges maçonniques étaient « des écoles de citoyenneté dont les membres ont été persécutés, accusés et condamnés pendant la dictature (…) Maintenant, leur honneur perdu est en train d’être restauré de mémoire démocratique.

Rien de plus. Ce sont des nouvelles très mineures. L’intérêt universitaire pour la répression franquiste de la franc-maçonnerie est assez courant. Il existe même une chaire sur ces sujets à l’Université de Saragosse et un Centre d’études historiques de la franc-maçonnerie espagnole dirigé par le jésuite José Antonio Ferrer Benimeli. Le ministre Torres a tiré son expression « écoles de citoyenneté » d’un livre mémorable, Maçonnerie, école de formation citoyenne, dont l’auteur est un autre jésuite, Pedro Alvarez Lázaro. Le ministre, probablement dans sa précipitation, a oublié de dire que les francs-maçons étaient « persécutés, accusés, condamnés »… et plus encore, car les francs-maçons (ou soupçonnés d’être francs-maçons) assassinés par les franquistes étaient au nombre de 15 000 et ceux qui étaient exilés, emprisonnés. , privés de leur travail et ayant subi mille représailles pour ce « crime », ils étaient plus de 80 000, comme les historiens le savent très bien car tout cela se trouve dans les archives de Salamanque. Ce qui est curieux, c’est que lorsque Franco et les autres généraux se révoltèrent en 1936, le nombre total de francs-maçons en Espagne était d’environ 6 000.

Les journées du ministre sont très peu d’actualité, je le répète. Personne ne l’a donné… sauf deux extrémistes de droite numérique, dont je ne citerai pas les noms. Deux usines de fausses nouvelles qui ont également utilisé cette fois-ci leur ton habituel, arrogant, stupide et indulgent pour accuser le ministre de « blanchir la franc-maçonnerie » avec son intervention universitaire. Ce n’est pas nouveau non plus, ils le font toujours. Ce qui est frappant, c’est que dans cette latrine de l’expression humaine qu’on a toujours appelé Twitter, plusieurs centaines de commentaires s’enchaînaient sous l’un de ces deux « faits divers » qui continuent là et vont de l’ignorance pathétique à la criminalité, en passant par les menaces de mort. à travers toutes sortes d’insultes, de jurons et de crachats. Plusieurs centaines. Et il y en avait une qui se répétait avec une curieuse fréquence : « Il faut voir ! « Ils ne se cachent même plus ! » Comme s’il était normal et souhaitable que les francs-maçons se cachent pour éviter d’être battus par des escouades de patriotes. Encore une fois.

Beaucoup de mes frères et sœurs, à ce stade du 21ème siècle, ne peuvent pas se permettre de dire à leur famille, à leurs amis, à leurs collègues, qu’ils sont francs-maçons.

Je suis fier que mes frères maçons me reconnaissent comme l’un d’entre eux, ce qui est la manière douce, humble et poétique que nous, maçons, avons de dire que nous sommes. J’appartiens à la Franc-Maçonnerie, je l’ai dit ici cent fois. Je ne l’ai jamais caché, pas un seul jour de ces presque 17 années (je les tournerai en juin prochain) qui se sont écoulées depuis que ce petit groupe de fous pleins d’espoir m’a laissé entrer dans ce qui est encore ma Loge, Arte Real de Madrid. Non, je ne me cache pas. J’ai publié des dizaines d’articles, j’ai donné des conférences, j’ai donné des cours, toujours avec mon prénom et mon nom. Mon fier statut de franc-maçon apparaît dès le début sur mes réseaux sociaux. J’ai de la chance, je le sais. Parce que beaucoup de mes frères et sœurs, à ce stade du 21ème siècle, ne peuvent pas se permettre de dire à leur famille, à leurs amis, à leurs collègues, qu’ils sont maçons. Ce qui est tout à fait normal et qui est encore un symbole de prestige dans le monde occidental, de la Serbie à l’Islande, de la Finlande au Portugal, en Espagne, est encore mal vu par la société . La partie la plus sombre, fanatique et ignorante, pour ne rien dire. Celle qui s’étonne que beaucoup d’entre nous ne se cachent plus et qui continue de nous menacer de mort, même si elle ne sait pas pourquoi. C’est sans précédent mais c’est la réalité.

L’organisation nationale à laquelle appartient ma Loge, la Gran Logia Symbolica Española (GLSE) , a connu une croissance incroyable au cours des trois ou quatre dernières années. Ce n’est pas de la propagande, c’est la pure vérité. Pas tous, mais la majorité des gens qui « frappent à la porte », comme on dit là-bas, sont des jeunes, entre 25 et 40 ans. C’est formidable de les rencontrer et de leur parler car, pour des raisons d’âge, ils n’ont pas de préjugés contre la franc-maçonnerie dont ont souffert leurs parents et grands-parents ; des préjugés consciemment inoculés par le franquisme… et par la partie la plus rance et la plus sombre de l’Église catholique, ennemie frontale de la franc-maçonnerie comme de tout groupe de libres penseurs. Cette Église tridentine de Extra ecclesiam nulla salus (en dehors de l’Église il n’y a pas de salut) qui, pendant presque tout le XXe siècle, a eu plus de pouvoir en Espagne que dans n’importe quel autre pays européen, sauf peut-être (et pas toujours) l’Irlande et la Pologne .

Franco avait une obsession pathologique pour la franc-maçonnerie. Cette obsession venait de sa situation familiale (son père et son frère Ramón, qu’il n’aimait pas, étaient maçons), de ses lectures très rares et très mal choisies (la « réaction espagnole » autoproclamée : Vázquez de Mella, le Nocedal, la supercherie des Protocoles des Sages de Sion, souvent là) et sa capacité infinie de ressentiment, parce qu’il a essayé de devenir franc-maçon deux fois, une fois au Maroc et une fois à Madrid, et ils ne l’ont pas laissé entrer : ils lui ont dit que s’il voulait grimper, il fallait chercher une autre corde. Il ne lui a jamais pardonné.

Certains sont croyants, d’autres non ; certains sont de gauche, d’autres de droite ; certains de Madrid, d’autres de Barcelone. Mais nous nous efforçons de laisser de côté tout cela, ainsi que les maudits egos et vanités.

Ma loge, comme d’autres, organise occasionnellement ce que nous appelons des « réunions blanches » : nous invitons des personnes qui n’appartiennent pas à l’institution à passer quelques heures avec nous et à voir ce que nous faisons. Ces rencontres sont toujours, mais toujours, une vraie réussite. Et que faisons-nous ? L’essentiel, le plus important, c’est d’apprendre à s’entendre ; vivre ensemble, se respecter, voire s’aimer, étant donné que nous sommes complètement différents les uns des autres. C’est très difficile, vous pouvez le croire. Certains sont croyants, d’autres non ; certains sont de gauche, d’autres de droite ; certains de Madrid, d’autres de Barcelone. Mais nous faisons un effort pour laisser tout cela de côté, ainsi que les maudits egos, vanités et présomptions, et nous apprenons à apprécier, à valoriser qui nous sommes en tant que personnes. Au-dessus des différences. Nous apprenons les uns des autres (nous étudions beaucoup) et surtout nous apprenons que le plus important est la coexistence en paix, la construction d’un avenir meilleur pour tous. On apprend à mieux se connaître. C’est la chose la plus difficile que j’ai jamais faite de toute ma vie.

C’est ce que nous enseignons à ceux qui nous rendent visite. Et ils nous regardent généralement avec un sourire stupéfait, parce que c’est quelque chose que les gens n’essayent même pas d’habitude, et puis ils nous bombardent de questions, ce qui est le meilleur de tous. En fin de compte, comme je fais partie des anciens et des vétérans, ils me laissent presque toujours parler. Et je dis toujours la même chose : « Vous avez vu ce que nous faisons. Vous avez déjà vérifié qu’ici nous n’avons pas l’intention de dominer le monde, qu’il n’y a pas de conspirateurs, pas de satanisme, que nous ne dansons pas autour des boucs et que nous ne faisons aucune de ces absurdités que les dictateurs de toutes sortes et les défenseurs du seul grand capital de la pensée ont commencé à inventer notre sujet il y a trois siècles. Eh bien, dis-le ! Sortez dans la rue et, s’ils vous le demandent, dites la vérité sur ce que vous avez vu ! Donnez-nous un coup de main pour effrayer les mensonges !

Pour moi, c’est fini

Cela fonctionne généralement. Au même titre que le formidable effort de visibilité et de normalisation que nous faisons sur les réseaux sociaux. Mais c’est un travail dont les fruits, j’en suis convaincu, n’arriveront pas avant de nombreuses années. Tant qu’il y aura des centaines d’animaux glands qui vomissent sur les réseaux, c’est la pire chose qu’ils aient (la seule chose qu’ils aient ?) parce que quelqu’un leur a dit que détester la franc-maçonnerie, c’était être de droite , même s’ils n’en ont pas la moindre idée de ce que c’est et à quoi sert ce qu’ils disent détester tant, ce travail ne finira pas.

Mais se cacher ? Encore une fois? Non, la mignonne de Twitter. Certainement pas. Au moins pour moi, c’est fini maintenant. Peu importe à quel point tu me menaces.

NDLR : Vozpópuli est un journal généraliste numérique espagnol spécialisé dans les nouvelles économiques et financières, et procure des informations sur les entreprises, les banques, ainsi que sur la corruption. Le journal donne également des nouvelles politiques. Son directeur est Miguel Alba Carmona1 jusqu’au 26 octobre 2018, date à laquelle il est remplacé par Jesús Cacho rien à voir avec Vox un parti politique espagnol, fondé en 2013 et actuellement dirigé par Santiago Abascal, généralement classé à l’extrême droite.

Le guérisseur Oliver Brecht est le nouveau Jésus… il affirme que les francs-maçons auront le nez en sang

De notre confrère allemand derstandard.de – Par Christian Kreil

NDLR : Nous avons hésité à placer cet article dans la rubrique humour. Comme d’habitude la rédaction ne recule devant aucun sacrifice pour diffuser toutes les inepties qui foisonnent sur Internet. Celle-ci vaut son pesant d’or.

L’énergéticien Oliver Brecht se considère comme une incarnation de Jésus, mais guérit bien plus de personnes. Malgré une lourde croix que les francs-maçons lui accrochent au cou.

« Je suis une âme indigo née, une âme primordiale et créatrice, un avatar divin, l’avatar le plus élevé actuellement incarné, un être de lumière incarné le plus élevé, (maintenant) de la 15ème dimension, un guérisseur chrétien primitif et un médium. » C’est ainsi que se décrit Oliver Brecht, alias le guérisseur spirituel Sananda, et quelqu’un comme lui a mérité sa place derrière la 24e porte du calendrier de l’Avent de cette année. Selon son site Internet, l’homme a jusqu’à présent guéri 382 000 personnes – à distance. Une vidéo sur la chaîne YouTube de Sananda est intitulée « Record mondial de guérison des personnes et des animaux ». On y apprend qu’« il existe 100 000 retours de clients écrits, documentés et vérifiables » sur la guérison holistique spirituelle-énergétique.

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Jésus pue comparé à Brecht

Il s’agit des « plus grandes archives au monde de guérisons vérifiables » et elles montrent plus de guérisons par Sananda que par Jésus. Un guérisseur comme Brecht peut dire cela ; après tout, il est une incarnation de Jésus de Nazareth. Pour les très ignorants, notre enfant Christ ressuscité l’explique ainsi : « Je ne dis pas que je suis Jésus ! Non ! Je suis un être de lumière et j’étais dans son corps humain à ce moment-là ! La plupart de mes haineux perfides ne le font pas. Je sais ce qu’est un être de lumière, je ne sais pas ce qu’est la réincarnation ! »

Statue du Christ
En ce qui concerne le nombre de personnes guéries, Sananda dit qu’il a déjà dépassé Jésus.

Si vous deviez imprimer le contenu du site Internet de Brecht, vous rempliriez facilement une étagère Billy d’Ikea ​​avec ces textes d’une longueur épique sous forme de livre. Un conseil de la Fondation Gurutest : éloignez-vous du site Web de Brecht , de toute façon, cela devient déjà assez stressant pendant les vacances.

Guérir au-delà de la mort

De toute façon, nous n’y trouvons pas de liste de prix pour les services. Cela doit être demandé séparément. Brecht ne s’amuse pas non plus avec les mendiants pour obtenir des rabais, il nous le fait savoir : « Si je suis trop cher pour vous, ou si vous doutez de moi, ou si vous voulez des garanties sur les effets et le succès de mon traitement, s’il vous plaît, qu’il en soit ainsi! »

Notre guérisseur se plaint sur son blog d’un client qui voulait récupérer son argent. Son ami, qui attendait l’énergie de guérison de Sananda, est décédé. Sananda s’adresse clairement à de tels hérétiques : « L’argent est désormais la plus grande préoccupation de ce grand ami ! Mis à part le fait que je ne consulte jamais les Conditions Générales et ne rembourse jamais d’argent, il n’y a pas de mort dans le monde spirituel ! L’être spirituel de ce grand « Mon ami vit et a encore plus besoin de mes traitements dans le monde spirituel ! »

Les honoraires de Sananda sont une compensation

Sananda aborde de nombreuses injustices que subissent les guérisseurs en matière d’honoraires : « L’argent que je gagne est une compensation pour la douleur et la souffrance ! Quiconque connaît un peu les énergies sait à quel point un tel travail est pénible et épuisant ! Sananda met en garde contre ses collègues qui ne font pas autant d’efforts que lui pour guérir : « C’est à chacun de ne pas me donner d’ordre et de chercher un guérisseur gratuit, mais la plupart d’entre eux sont plus chers et n’ont pas mon pouvoirs de guérison! » Et aussi : « Je ne travaille pas avec l’effet placebo comme tous les autres ‘guérisseurs’ ! »

Les francs-maçons auront le nez en sang

Sananda ne se contente pas d’ignorer les critiques. Son blog contre « la diffamation et la persécution » est épique par sa longueur. La version courte : Les francs-maçons en particulier veulent détruire quelqu’un comme lui ; il « l’a découvert grâce au voyage astral ». Mais ils ont fait du bon travail là-bas, le message de Sananda aux francs-maçons, aux gris et aux reptiliens : « Vous avez involontairement fait de moi un adversaire invincible, qui est maintenant très conscient de lui-même et va maintenant initier votre fin, en tant que serviteur de Dieu, avec tout le monde, des êtres de Lumière et des âmes éveillées ensemble ! »

Ces symboles « maçonniques » recouverts dans le centre historique pour Noël

De notre confrère italien

L’histoire de Viterbe est étroitement liée à celle de la franc-maçonnerie, l’une des associations initiatiques, ésotériques et confréries les plus célèbres. Dans la cité des papes, il existe deux loges appartenant au Grand Orient d’Italie, obédience maçonnique la plus profondément enracinée dans le pays : la loge du Travail ad veritatem et la loge de Justice et liberté. 

Il y en a d’autres, affiliées à différents ordres : une à l’Omti et une à la Grande Loge de l’Alam. Les traces laissées par les maçons libres – comme ils aiment à être définis – sur le territoire de la capitale sont différentes, certaines souvent associées à des légendes et d’autres pourtant certifiées par l’historiographie. 

Oeil de la Providence sur la façade de l'église de la Trinité-2
Oeil de la Providence sur la façade de l’église de la Trinité-2

L’un des tout premiers francs-maçons de Viterbe, fondateur d’une loge, fut Francesco Orioli, fervent partisan de l’unification de l’Italie. Professeur dans diverses universités européennes (dont la Sorbonne à Paris), député de la République romaine et conseiller d’État, Orioli est certainement une figure intéressante et mystérieuse. Sous son égide, toute une génération d’aspirants francs-maçons fut initiée, contribuant à l’expansion du monde ésotérique en Tuscie. Une tradition qui, du XIXe siècle à nos jours, est encore bien vivante, tangible et visible en divers lieux. Par exemple, à Pratogiardino, les monuments dédiés à Giuseppe Garibaldi, Camillo Benso et Giuseppe Mazzini (tous trois représentants de la franc-maçonnerie) forment un triangle, symbole maçonnique par excellence. A quelques pas du parc à l’extérieur de la Porta Fiorentina, près de l’église de la Trinità, un triangle avec un œil au centre est visible sur la façade. Les édifices religieux de Viterbe conservent en effet non seulement des symboles mais aussi des phrases et des objets appartenant aux amateurs de l’art libre de la maçonnerie. Il en va de même pour la cathédrale, la fontaine de la Piazza Fontana Grande, le Palazzo degli Alessandri et plusieurs autres bâtiments de l’immense patrimoine artistique et culturel de la ville. Beaucoup plus récentes sont les étoiles maçonniques dessinées sur des pavés sur la Piazza del Comune. 

Oeil de la Providence à l'intérieur du Palazzo degli Alessandri-2
Oeil de la Providence à l’intérieur du Palazzo degli Alessandri-2

Mais cet immense héritage ne vit aujourd’hui que dans la mémoire des personnes âgées et dans l’esprit des passionnés d’ésotérisme. Et bien sûr dans la tradition maçonnique. Aussi parce qu’au fil des années, la Municipalité n’a jamais voulu les mettre en valeur. En effet, ces derniers temps, on a tendance à vouloir les dissimuler , un peu comme si on voulait les cacher. Par exemple, le grand œil de l’église de la Trinité était recouvert pendant les vacances de Noël par une représentation de la Trinité chrétienne projetée sur la façade du bâtiment. Ou encore, un autre œil de la Providence, situé à l’intérieur du Palazzo degli Alessandri, « coloré » par les lumières du Village de Noël. Et comment ne pas évoquer la pentalfa de la Piazza del Plebiscito, qui risque de disparaître après que le lieu ait fait – et fait encore, en partie – l’objet de travaux d’entretien financés par le Pnrr.