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Maçons célèbres… : Rudyard Kipling

Rudyard Kipling, né le 30 décembre 1865 à Malabar Hill (Bombay) en Inde britannique et mort le 18 janvier 1936 à Londres, est un écrivain britannique.

Ses ouvrages pour la jeunesse connaissent dès leur parution un succès qui ne s’est jamais démenti, notamment Le Livre de la jungle (1894), Le Second Livre de la jungle (1895), Histoires comme ça (1902), Puck, lutin de la colline (1906). Il est également l’auteur du roman Kim (1901), de poèmes dont parmi les plus célèbres Mandalay (1890), Gunga Din (1890) et Tu seras un homme, mon fils (1910) et de nouvelles, dont L’Homme qui voulut être roi (1888) et le recueil Simples contes des collines (1888). Il est considéré comme un « innovateur dans l’art de la nouvelle », un précurseur de la science-fiction et l’un des plus grands auteurs de la littérature de jeunesse. Son œuvre manifeste un talent pour la narration qui s’est exprimé dans des formes variées.

De la fin du xixe siècle au milieu du xxe siècle, Rudyard Kipling reste l’un des auteurs les plus populaires de la langue anglaise. Cependant, il est souvent considéré comme un « prophète de l’impérialisme britannique », selon l’expression de George Orwell. La controverse au sujet des préjugés et du militarisme qui seraient présents dans son œuvre a traversé tout le xxe siècle.

En 1907, il est le premier auteur de langue anglaise à recevoir le prix Nobel de littérature, et le plus jeune à l’avoir reçu (à 42 ans). Par la suite, il refuse d’être anobli.

Les loges militaires irriguent alors l’Inde à la suite des régiments comme celui des Mavericks, contingent irlandais, cité dans Kim.

La franc-maçonnerie est alors un instrument de structuration sociale dans la métropole comme dans la colonie. Elle s’adapte à l’une des castes des religions au délicat équilibre : on en trouve trace dans le poème de la Loge Mère lorsqu’il y est dit :

« Nous n’osions pas faire de banquet. De peur d’enfreindre la règle de caste de certains frères. … Chacun de nous se rapportant au Dieu qu’il connaissait le mieux ».

Mais la maçonnerie est aussi un instrument d’administration : la fable de l’Homme qui voulut être roi met en scène un système de self-government très classique, tenu de main ferme par les deux francs-maçons Dravot et Carnelian, le premier prévoyant de demander par écrit une dispense à la Grande Loge pour ce que j’aurais fait en tant que Grand Maître [du Kâfiristân], tout au rêve d’égaler le Raja Brooke à Bornéo. La maçonnerie est bien là pour aider l’homme blanc à porter le fardeau de la civilisation et pour aider l’Anglais à gagner le « Grand Jeu ».

Au-delà de l’Homme qui voulut être roi et du poème de « la Loge Mère », l’œuvre est parcourue par la philosophie et les mythes maçonniques

Selon son biographe Charles Zorgbibe (Kipling édition de Fallois p.168) « l’Histoire de Muhammad DIN » paru cinq mois après son initiation dans la Civil and Military Gazette est une allégorie « ésotérique » bâtie sur le chiffre 7 et le symbolisme de l’apprenti travaillant seul, et en silence ». Kim est bien le récit d’une « recherche », celle du Lama Teshoo sur le « Grand Trunk Road », jusqu’aux confins de l’Himalaya, sur le sens donné à une vie en même temps qu’un roman d’apprentissage, celui de Kim l’enfant anglo-indien. (Source cairn.info – par Charles Zorgbibe – Editions de Fallois, 2010)

Biographie

Joseph Rudyard Kipling est le fils d’Alicia MacDonald, fille d’un pasteur méthodiste, et de John Lockwood Kipling, professeur de sculpture à la Jejeebhoy School of Art and Industry de Bombay ; ses parents se marient le 18 mars 1865 en Angleterre juste avant la nomination de son père à Bombay. Ils viennent à peine d’arriver en Inde, que leur fils naît à qui ils donnent le prénom de Rudyard en référence au lac Rudyard dans le Staffordshire où ils se sont rencontrés. D’après Bernice M. Murphy, « les parents de Kipling se considéraient comme des « Anglo-Indiens » et leur fils devait faire de même, bien qu’il ait passé la plus grande partie de sa vie hors d’Inde. Cela explique pourquoi des problèmes complexes d’identité et d’allégeance nationale marquent ses œuvres de fiction. »

Reçu Franc-maçon en 1885 dans la loge « Hope and Perseverance » no 782 aux Indes, il obtient une dispense du grand maître du district du Pendjab lui permettant d’être initié avant l’âge de 21 ans. Il est ensuite élevé au grade de maître maçon dans la loge de « Marque Fidélité », puis élevé au grade de « Marinier de l’Arche Royale » dans la loge d’« Ark Mariner » du Mont Ararat.

Première Guerre mondiale

La réputation de Kipling était si étroitement liée aux idées optimistes qui caractérisent la civilisation européenne de la fin du xixe siècle qu’elle pâtit inévitablement du discrédit dans lequel ces idées tombèrent pendant la Première Guerre mondiale et dans les années d’après-guerre. L’une de ses premières contributions à la guerre fut de participer au Bureau de la Propagande de Guerre. Alors qu’il circulait le long des lignes de front, il fut frappé par les exactions allemandes contre les Belges. Il fut lui-même durement frappé par la guerre lorsqu’il perdit son fils, le lieutenant John Kipling, tué à la bataille de Loos en 1915. Il écrivit ces lignes

« Si quelqu’un veut savoir pourquoi nous sommes morts, / Dites-leur : parce que nos pères ont menti. »

Il est possible que Kipling ait éprouvé un sentiment de culpabilité pour avoir contribué à faire entrer son fils dans la garde irlandaise de la British Army, alors que le jeune homme avait été réformé à cause de sa myopie.

Ce drame est une des raisons qui poussèrent Kipling à rejoindre la commission créée par Sir Fabian Ware, The Imperial War Graves Commission (La Commission impériale des sépultures militaires) aujourd’hui Commonwealth War Graves Commission, responsable des cimetières de guerre anglais qui jalonnent la ligne du front ouest et que l’on retrouve dans tous les lieux où des soldats du Commonwealth ont été inhumés. Kipling choisit notamment la phrase célèbre, « Leur nom vivra à jamais », tirée de la Bible et inscrite sur les pierres du souvenir des sépultures les plus importantes. C’est également à Kipling que l’on doit l’inscription « Connu de Dieu » sur la tombe des soldats inconnus. Kipling rédigea aussi l’histoire de la garde irlandaise, le régiment où servit son fils. Paru en 1923, l’ouvrage est considéré comme un des exemples les plus admirables de l’histoire régimentaire. Enfin il composa une nouvelle émouvante intitulée Le Jardinier qui raconte ses visites dans les cimetières de guerre.

La voiture automobile étant devenue extrêmement populaire, Kipling devint chroniqueur automobile pour la presse écrite, rédigeant des comptes-rendus enthousiastes de ses voyages en Angleterre et à l’étranger, généralement en compagnie d’un chauffeur.

En 1922, un professeur de génie civil de l’université de Toronto demanda à Kipling, dont l’œuvre en prose et l’œuvre poétique contenaient plusieurs références à des ingénieurs, de l’aider à concevoir les détails d’une prestation de serment et d’une cérémonie de remise des diplômes pour les écoles d’ingénieur. Kipling accepta avec enthousiasme et proposa ce qui allait devenir le Rite d’Engagement de l’Ingénieur, cérémonie qui se déroule aujourd’hui sur l’ensemble du territoire canadien ; les nouveaux diplômés se voient notamment remettre un anneau de fer qui symbolise leurs devoirs vis-à-vis de la société civile.

La même année, Kipling fut élu recteur de l’université de St Andrews, en Écosse, où il succéda à J. M. Barrie. Cette fonction prit fin en 1925.

Mort

Kipling continua à écrire jusqu’au début des années 1930, mais à un rythme moins soutenu et avec un succès moindre. Il mourut au Middlesex Hospital à Londres des suites d’une hémorragie causée par un ulcère gastro-duodénal le 18 janvier 1936, deux jours avant la mort de George V, à l’âge de 70 ans. Son décès avait d’ailleurs été annoncé de façon prématurée dans les colonnes d’une revue à laquelle il écrivit : « Je viens de lire que j’étais décédé. N’oubliez pas de me rayer de la liste des abonnés. »

Les cendres de Kipling reposent dans le Poets’ Corner de l’abbaye de Westminster, aux côtés d’autres personnalités littéraires britanniques. Son épouse est décédée en 1939 à 76 ans.

Poème : La loge mère

Il y avait Rundle, le chef de station,
Beazeley, des voies et travaux,
Ackman, de l’intendance,
Dankin, de la prison,
Et Blake, le sergent instructeur,
Qui fut deux fois notre Vénérable,
Et aussi le vieux Franjee Eduljee
Qui tenait le magasin « Aux denrées Européennes ».

Dehors, on se disait : « Sergent, Monsieur, Salut, Salam ».
Dedans c’était : « Mon frère », et c’était très bien ainsi.
Nous nous réunissions sur le niveau et nous nous quittions sur l’équerre.
Moi, j’étais second diacre dans ma Loge-mère, là-bas !

Il y avait encore Bola Nath, le comptable,
Saül, le juif d’Aden,
Din Mohamed, du bureau du cadastre,
Le sieur Chucherbutty,
Amir Singh le Sikh,
Et Castro, des ateliers de réparation,
Le Catholique romain.

Nos décors n’étaient pas riches,
Notre Temple était vieux et dénudé,
Mais nous connaissions les anciens Landmarks
Et les observions scrupuleusement.
Quand je jette un regard en arrière,
Cette pensée, souvent me vient à l’esprit :
« Au fond il n y a pas d’incrédules
Si ce n’est peut-être nous-mêmes !

Car, tous les mois, après la tenue,
Nous nous réunissions pour fumer.
Nous n’osions pas faire de banquets
De peur d’enfreindre la règle de caste de certains frères.
Et nous causions à cœur ouvert de religion et d’autres choses,
Chacun de nous se rapportant
Au Dieu qu’il connaissait le mieux.
L’un après l’autre, les frères prenaient la parole
Et aucun ne s’agitait.
L’on se séparait à l’aurore, quand s’éveillaient les perroquets
Et le maudit oiseau porte-fièvre ;

Comme après tant de paroles
Nous nous en revenions à cheval,
Mahomet, Dieu et Shiva
Jouaient étrangement à cache-cache dans nos têtes.

Bien souvent depuis lors,
Mes pas errant au service du Gouvernement,
Ont porté le salut fraternel
De l’orient à l’Occident,
Comme cela nous est recommandé,
De Kohel à Singapour
Mais combien je voudrais les revoir tous
Ceux de la Loge-Mère, là-bas !

Comme je voudrais les revoir,
Mes frères noirs et bruns,
Et sentir le parfum des cigares indigènes
Pendant que circule l’allumeur,
Et que le vieux limonadier
Ronfle sur le plancher de l’office.
Et me retrouver parfait Maçon
Une fois encore dans ma Loge d’autrefois.

Dehors, on se disait : « Sergent, Monsieur, Salut, Salam ».
Dedans c’était :  » Mon frère « , et c’était très bien ainsi.
Nous nous réunissions sur le niveau et nous nous quittions sur l’équerre.
Moi, j’étais second diacre dans ma Loge-mère, là-bas !

Poème : Le Palais

Quand j’étais Roi, et Maçon – un maître prouvé et habile,
Je me dégageai un emplacement pour élever un Palais,
Tel qu’un Roi se doit de construire.
Je décidai, et fis creuser selon mes propres instructions.
Et juste là, au dessous du limon, j’atteignis
Les restes d’un Palais que jadis 
Tel un Roi, un autre avait fait bâtir.

Il n’avait aucune valeur dans la façon,
Et aucune intelligence dans le Plan.
Cà et là, ses fondations ruinées couraient au hasard :
Maçonnerie grossière, maladroite.
Cependant, gravé sur chaque pierre on lisait :
 » Après moi viendra un autre Bâtisseur ;
Dites-lui qu’un jour, j’ai su, moi aussi !  » 

M’en servant rapidement pour mes propres tranchées,
Où mes fondations, bien conçues  elles ! s’élevaient,
J’ai placé ses pierres taillées et ses pierres d’angle,
Les retaillant et les ajustant à ma façon.
De ses plus beaux marbres j’ai fait moudre de la chaux 
Que j’ai brûlée, éteinte, puis étendue.
Et j’ai pris ou délaissé, selon mon bon plaisir,
Les cadeaux posthumes de cette humble dépouille.

Pourtant, je n’ai éprouvé ni mépris, ni gloire,
Et comme nous les arrachions et les dispersions,
J’ai lu dans ces fondations rasées,
Au fond du cœur et de l’âme de leur bâtisseur.
Pareillement, en son temps il s’était élevé
Et avait plaidé et défendu sa cause.
Pareillement j’ai compris 
La forme du rêve qu’il avait poursuivi,
En face de l’œuvre qu’il avait réalisée.

Quand j’étais Roi, et Maçon   
Dans le plein zénith de ma vanité,
Ils m’envoyèrent une Parole du fond des ténèbres.
A voix basse, et me prenant à part 
Ils m’ont dit : La fin ultime des choses t’est interdite.
Ils m’ont dit : Tu as maintenant joué tout ton rôle.
Et ton Palais deviendra comme celui de l’autre,
Des décombres dont un roi à son tour, usera pour bâtir.

J’ai dis à mes ouvriers de quitter mes tranchées,
Mes carrières, et mes quais, et de laisser là
Leurs ciseaux qui travaillaient la pierre.
Tout mon ouvrage, je l’ai abandonné et confié au destin
De ces années qui n’ont plus foi en l’avenir;
Seulement, j’ai gravé sur les madriers,
Seulement, j’ai gravé sur la pierre :
 » Après moi viendra un autre Bâtisseur ;
Dites-lui qu’un jour j’ai su, moi aussi ! « . 

Solidarité du DROIT HUMAIN avec la population marocaine

Le séisme qui a frappé le Maroc le 9 septembre a provoqué une grande émotion au sein de notre Fédération.

Nous exprimons la solidarité des francs-maçons de la Fédération Française de l’Ordre Maçonnique Mixte International LE DROIT HUMAIN avec les victimes et leurs proches, avec nos sœurs et frères des loges pionnières du Maroc.

On dénombre d’ores et déjà plus de 3 000 victimes, plusieurs milliers de blessés, mais aussi des milliers de personnes sans-abri. Ce bilan n’est que provisoire et les suites tant sur le plan humanitaire que sanitaire, aggraveront encore ces chiffres.

Les francs-maçons de la Fédération Française de l’Ordre Maçonnique Mixte International LE DROIT HUMAIN, se mobilisent pour apporter toute l’aide nécessaire à la population marocaine.

Fédération Française de l’Ordre Maçonnique Mixte International LE DROIT HUMAIN

Communiqué du 11 septembre 2023

40e Journées européennes du patrimoine : Le musée de la franc-maçonnerie aussi !

La quarantième édition des Journées européennes du patrimoine (JEP) aura lieu les samedi 16 et dimanche 17 septembre 2023 sur les thèmes « Patrimoine vivant » et « Patrimoine du sport ».

Le « Patrimoine Vivant » désigne les pratiques, les expressions, les connaissances et les savoir-faire transmis d’une génération à l’autre qui sont recrées en permanence comme les chants, les danses, les rituels, les fêtes, les savoir-faire liés à l’artisanat traditionnel ou encore les connaissances liées à la nature et l’univers. Et l’art royal en fait partie.

À l’occasion des JEP, la franc-maçonnerie lève le voile !

Situé en rez-de-chaussée, il est totalement accessible aux personnes à mobilité réduite (PMR).

Venez visiter le musée de la franc-maçonnerie vous attend. Venez le visiter ainsi que les temples du Grand Orient de France.

Le musée de la franc-maçonnerie

Situé au numéro 16 de la rue cadet, au siège du Grand Orient de France qui l’abrite, le musée de la franc-maçonnerie, créé en 1889, est labellisé musée de France. Il retrace plus de 3 siècles d’histoire et d’humanisme de la franc-maçonnerie française et européenne.

Epée flamboyante de La Fayette.

Parmi les pièces les plus représentatives, venez découvrir un magnifique portrait en pied du comte de Clermont, grand maître de 1743 à 1771, les ’’tabliers’’ de Voltaire ou de Jérôme Bonaparte, l’épée de vénérable de La Fayette.

Constitutions d’Anderson.

Les visiteurs pourront aussi admirer la plus belle collection de faïence à décors maçonniques du XVIIIe siècle. L’érudit savourera, quelques-uns des plus emblématiques documents, comme une édition originale des Constitutions d’Anderson de 1723 ou différents manuscrits de la plus grande rareté.

Le musée en quelques chiffres :

  • 400 m² d’exposition permanente (10 000 pièces dans les collections actuelles) ;
  • 200 m² dédiés aux expositions temporaires ;
  • 400 m² de bibliothèque (23 000 volumes) et 2 centres d’archives :
  • 350 m² d’espace d’accueil, de bureaux, de réserves.
Grand temple Arthur Groussier.
Temple La Fayette.

Avec un guide franc-maçon, partez aussi à la découverte des temples maçonniques du Grand Orient de France (le grand temple Groussier, l’emblématique et historique temple Corneloup, le magnifique et très républicain temple La Fayette).

Histoire, organisation, symbolisme… à l’issue de la visite, la franc-maçonnerie n’aura (presque) plus de secrets pour vous !

Lors de cet événement, l’accès sera gratuit à la remarquable exposition temporaire :

« 250 ans du GODF. 1773 – Le Grand Orient de France et les Loges des Lumière. »

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la franc-maçonnerie, osez le demander les 16 et 17 septembre prochains !

Le musée de la franc-maçonnerie, à suivre sur son Facebook

Infos pratiques :

Musée de la franc-maçonnerie – Hôtel du Grand Orient de France, 16 rue Cadet-PARIS IXe – Tél. 01 45 23 74 09/01 45 23 43 97

Le site du musée

Visites gratuites : samedi 16 septembre 10h00 à 19h00/dimanche 17 septembre 10h00 à 18h00

Sources : musée de la franc-maçonnerie ; Grand Orient de France

Bon vivier pour les francs-maçons

De notre confrère suisse allemand herisauer-nachrichten.ch

Reto Wambach, Vénérable Maître de la plus ancienne loge saint-galloise « Concordia », dans une interview

Saint-Gall compte trois loges maçonniques et elles s’ouvrent régulièrement au public, par exemple à partir du 20 septembre avec une exposition de livres à la « Vadiana » à l’occasion du 50e anniversaire de la fondation « Bibliothèque maçonnique August Belz ».

Réto Wambach, de votre point de vue, quelle est la chose positive que les francs-maçons peut offrir ?

Vous pouvez discuter sur un pied d’égalité. Partout où vous allez, vous êtes accueillis ouvertement, et cela dans des loges en toute confiance dans de grandes parties du monde. La diversité des personnes que vous rencontrez est également grande. Diverses ethnies, religions et groupes d’âge se rencontrent. Ce qui nous unit, c’est l’orientation éthique et l’humanité défendue, une bonne plateforme pour des conversations intéressantes.

Dans Saint-Gall, il existe bien trois loges « Concordia » (fondée en 1861), « Humanitas in Libérer» (fondée en 1960) et « Bauplan » (fondée en 1990) ? 

Grâce au boom de la broderie et à l’industrialisation générale, Saint-Gall a établi des liens avec de nombreux pays. Les hommes d’affaires voyageaient beaucoup et rencontraient aussi la franc-maçonnerie. Cela a créé un bon terreau pour la franc-maçonnerie, sur lequel nous nous appuyons encore aujourd’hui.

Sont-elles grandes ? Quelle est la composition des trois loges aujourd’hui ?

L’effectif est d’environ 180. Mon objectif est d’atteindre 200.

Les trois loges utilisent-elles des rituels différents ?

Dans un certain cadre, les loges jouissent d’une liberté de rituel. Cependant, les rituels cultivés sont très similaires. Seule une nuance peut être observée parmi les trois loges saint-galloises. Le rituel de la Loge « Concordia » est un peu plus sobre que celui de « Humanitas in Libertate », plus orienté spirituellement. Le « plan de construction » comporte également un rituel traditionnel.

Beaucoup de personnalités étaient des francs-maçons. Pourquoi ?

Il est en effet impressionnant de constater combien d’éminents habitants de Saint-Gall, qui ont également assumé d’importantes tâches publiques, étaient francs-maçons au 19e siècle. La situation est largement la même dans d’autres régions.

A quoi ça ressemble aujourd’hui ?

Ceux qui aiment être en public sont moins susceptibles de rechercher des liens avec nous aujourd’hui que dans les clubs philanthropiques. Cependant, parmi nous, francs-maçons, il existe encore quelques personnalités qui occupent de hautes fonctions professionnelles et occupent ou ont occupé de hautes fonctions officielles. Mais nous sommes ouverts à toutes les classes sociales.

De nombreuses organisations et clubs ont du mal à trouver de nouveaux membres. Et vous ?

Heureusement, nous sommes toujours en mesure d’accepter de nouveaux membres issus d’un cercle plus large de parties intéressées. Ils ont tendance à être plus jeunes qu’avant, ce qui signifie également une évolution positive. Mais nous n’en sommes pas encore là où nous souhaitons être en termes d’adhésion, c’est pourquoi nous considérons également les relations publiques comme importantes.

Les loges ont déjà fait beaucoup. D’autres ouvertures sont-elles également prévues sous forme numérique ?

Nous entretenons consciencieusement nos sites Internet et ils sont tenus à jour grâce à un webmaster professionnel – comme celui de la Grande Loge Suisse « Alpina ». Les loges externes sont de portée variable car les spécialistes ne sont pas disponibles partout. La question de savoir dans quelle mesure les présences sur les réseaux sociaux ont du sens est actuellement en cours de discussion.

Les loges ont rendu possibles de nombreuses institutions sociales. Êtes-vous toujours actif localement aujourd’hui ?

Nous sommes toujours actifs en tant qu’organisation à but non lucratif, notamment là où il y a des failles dans le réseau social. Depuis que nous travaillons à Saint-Gall, de nombreuses tâches sociales sont accomplies par les institutions publiques et ne nécessitent plus notre soutien. Beaucoup de nos membres effectuent des œuvres caritatives pendant leur temps libre conformément à l’orientation maçonnique, par exemple en soutenant les personnes âgées et les personnes handicapées.

La plus grande Bibliothèque franc-maçonne de Suisse est la «Bibliothèque Maçonnique August Belz» avec 20 000 titres. Cela est dû à quoi ?

La coopération entre notre fondation, à laquelle la bibliothèque a été créée il y a 50 ans, et la «Vadiana» est excellente. Nous ne pouvions pas nous occuper nous-mêmes de la bibliothèque de manière aussi professionnelle. La plupart des livres sont accessibles à toute personne intéressée. Les ouvrages individuels expliquant nos rituels sont uniquement prêtés aux adhérents. La bibliothèque sera encore mieux connue avec la prochaine exposition dans la « Vadiana » à l’occasion du 50e anniversaire de la fondation. Il s’agit d’une nouvelle étape dans le travail de relations publiques des trois loges saint-galloises. Mon souhait serait qu’une petite partie sélectionnée de la bibliothèque soit présentée et rendue accessible dans un rayon de la bibliothèque en libre accès, aujourd’hui dans le bâtiment principal de la poste, afin de faire connaître encore mieux son existence. Apparemment, il n’y a actuellement pas de place pour cela.

La maison de la loge a été rénovée parallèlement à la restauration du « Gaststuben zum Schlössli » au Rue de l’Armurerie, construits en 1969. Les locaux, notamment le temple dans les combles, sont-ils toujours là ?

Nous avons continuellement investi dans le bâtiment, ainsi que dans le restaurant et dans la zone technique, afin de ne pas avoir de retard dans la rénovation. La propriété est en très bon état. La récente rénovation de la façade a représenté un investissement important : elle retrouve désormais son éclat d’antan et constitue un « joyau » à la limite du quartier du monastère. Grâce à la meilleure conception de 1969, le « Temple » n’a pas besoin d’être modifié.

Exposition anniversaire

Au cours de décennies de collecte assidue, August Belz (1907 à 1971) de Goldach a constitué une bibliothèque complète de littérature maçonnique, qu’il a léguée dans son testament à sa loge « Humanitas in Libertate » à Saint-Gall. C’est sur cette base que fut fondée la « Bibliothèque maçonnique August Belz ». La bibliothèque est constamment agrandie. Elle est conservée sous forme de collection spéciale à la bibliothèque cantonale «Vadiana» et est largement accessible au public. C’est l’une des bibliothèques maçonniques les plus importantes d’Europe. L’exposition anniversaire du 20 septembre à la bibliothèque cantonale « Vadiana », Notkerstrasse 22 à Saint-Gall, présente la bibliothèque et son fondateur et montre les particularités et les raretés de 50 ans de collection pour le livre maçonnique. Le vernissage est public et aura lieu le 19 septembre à 18h.

La Franc-maçonnerie pour les nuls

Commençons par les auteurs de cette merveilleuse et nouvelle édition en version poche.


Maçon depuis 1998, Christopher L. Hodapp est président de la Bibliothèque et du Musée maçonniques de l’Indiana, directeur des relations publiques de la Grande Loge F&AM (Free & Accept Mason) de l’Indiana et rédacteur en chef émérite du Journal de la Société maçonnique.

Christopher L. Hodapp.

Il est l’auteur des best-sellers « Freemasons For Dummies » (Les Francs-maçons pour les nuls) et « Solomon’s Builders : Freemasons, Founding Fathers and the Secrets of Washington D.C. » (Ulysses Press). Son blog « Freemasons For Dummies » offre une riche source d’informations américaines sur la fraternité. Sur le plan maçonnique, membre de nombreuses loges, il l’est aussi de l’Internet Lodge n° 9659 de la province du Lancashire oriental de la Grande Loge Unie d’Angleterre. 33e degré du Rite Écossais Ancien et Accepté , il est aussi armé Chevalier templier et appartient à d’innombrables organismes maçonniques et organisations de recherche.

Philippe Benhamou.

Initié en 1990 à la Grande Loge de France, Philippe Benhamou, docteur en sciences des organisations est romancier, essayiste et auteur d’ouvrages généraux sur la franc-maçonnerie et l’aviation. Cocréateur de la webradio RadioDelta, il anime l’émission 123 Soleil. Connu, entre autres,  pour son Cahier de Brouillon Pour Francs-Maçons s’ennuyant en Loge (Éditions Numérilivre – Éd. des bords de Seine, 2021) coécrit avec Clara Pragman pour les illustrations) ou encore son Madame Hiramabbi-La concierge de la rue des trois-frères (DERVY, 2014), Prix Cadet Roussel 2014 (Imaginales Maçonniques & Ésotériques d’Épinal), nous lui devons récemment Tamino et Pamina-Les fiancés des Buttes-Chaumont- Inspiré de la Flûte enchantée(CODE 9, 2023).

Pierre Mollier.

Quant à Pierre Mollier, le préfacier, est-il vraiment besoin de le présenter à nouveau ? Nous le savons historien, spécialisé en maçonnologie, directeur de la bibliothèque du Grand Orient de France, puissance symbolique régulière souveraine, plus ancienne obédience maçonnique française et la plus importante d’Europe continentale mais aussi conservateur du musée de la franc-maçonnerie (Musée de France).

Ce dernier précise d’ailleurs qu’il s’agit bien là d’« Une invitation à la découverte de la riche tradition maçonnique française ». Le but de l’ouvrage étant de fournir aux curieux de nature, initiés ou non,  une information documentée et pédagogique sur cette institution qui, pour beaucoup encore, reste très mystérieuse… et qui suscite toujours des réactions, tant positives que négatives, qui est la franc-maçonnerie ? La maçonnerie reste, au-delà de son histoire, à l’origine des libertés publiques et individuelles, de la démocratie en général et de la République en particulier.

La Franc-maçonnerie pour les Nuls – « Pour les Nuls » ou « For Dummies » est une marque déposée de Wiley Publishing, Inc. – se veut simple et direct. Elle l’est. C’est justement ce qui fait son attrait ! Se concentrant sur les aspects pratiques de l’art royal, il n’a d’autre ambition que de contribuer à faire mieux connaître cette maçonnerie moderne dite spéculative, née en Angleterre au tout début du XVIIIe siècle. Précisons aussi que l’ouvrage ne reflète l’expression officielle d’aucune obédience particulière. D’ailleurs, Philippe Benhamou remercie ses frères de la Loge « L’Ambition créatrice » et tous les francs-maçons qu’il a rencontrés et qui l’ont éclairé au fil des années par leurs propos ou par leurs écrits ainsi que toutes les obédiences qui ont répondu à ses questions.

Cette nouvelle édition poche – 13.2 x 2.7 x 19.2 cm –, en vérité la deuxième, permet de tout connaître et comprendre l’une des sociétés discrètes à secrets les plus célèbres du monde. Mais que reste-t-il de son influence ? Le livre fait la part belle à l’histoire et à la philosophie de la franc-maçonnerie, aux cérémonies maçonniques mais aussi aux différents symboles. Les maçons ne répètent-ils pas, à loisir, qu’« ici, tout est symbole »… Il traite aussi des principaux rites pratiqués, énumère les noms des maçons les plus célèbres, nous parle de la franc-maçonnerie d’aujourd’hui et, surtout, de son avenir, évoquant même quelques scenarii pour le futur

Cabinet de réflexion.

L’introduction commence avec un « Entrez dans le temple de la franc-maçonnerie ! »

Comme préalable, le lecteur doit mettre de côté toutes les idées reçues et franchir le pas afin d’en savoir plus sur la dernière société initiatique du monde occidental. L’ouvrage précise qu’il existe de nombreux écrits concernant les francs-maçons. Souvent des ouvrages difficiles d’accès remplis parfois de termes incompréhensibles concernant la mythologie, la symbolique, etc. Beaucoup d’ailleurs surfant désormais sur la vague du complotisme, comme si les francs-maçons étaient encore et toujours à la tête d’actions planifiées afin de déstabiliser le monde et d’en prendre le pouvoir ! Peu importe l’absence de preuves : ce serait justement la preuve de la puissance dissimulatrice des comploteurs… La franc-maçonnerie reste donc un étrange sujet, pour ne pas dire à un sujet étrange. Et l’ouvrage a pour but, fort justement, de préciser tout cela. Que vous soyez totalement ignorant des choses maçonniques, que vous pensez, un jour, recevoir les bienfaits de l’initiation, que vous soyez déjà maçon ou encore conjoint, ami ou parent d’un frère ou d’une sœur, ce livre offre l’opportunité de pénétrer tous les petits et grands mystères de cette fraternité.

La première partie explique ce qu’est cette sociabilité, nous conduisant en quatre chapitres de « Loges, tabliers et drôles de poignées de main : la franc-maçonnerie en bref » à « La politique, la religion et les francs-maçons : ils ne se mélangent pas », en passant par l’histoire et la philosophie de l’art royal.

La deuxième partie détaille « Les mécanismes de la franc-maçonnerie » allant du « Comment les maçons sont organisés » à « Qu’est-ce qu’une loge ? ou encore « Que font les maçons dans la loge ? » tout en abordant différentes notions telles celles de la régularité et de la reconnaissance – un sujet très particulier précisent les auteurs. Et un problème qui concerne plus les francs-maçons que les profanes. Un encadré, un tantinet provocateur, intitulé « La maçonnerie noire est-elle clandestine ? », abordent aussi cette question délicate.

décors maçonniques
Tablier REAA et sautoir VM.

La troisième partie « Pour aller plus loin » se consacre à expliquer l’ensemble des rites pratiqués en France, à commencer par le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA) et son histoire mouvementée Puisque commençant avec Les bâtisseurs qui deviennent chevaliers pou s’achever avec un questionnement sur une spiritualité laïque. Le Rite Français est abordé par le biais à la fois de son histoire, de sa structure et de son organisation. Les autres rites que sont le Rite York, le Rite Anglais de Style Émulation et les Rites Égyptiens, ainsi que le Rite Opératif de Salomon, dernier rite né à la fin du siècle dernier, sont aussi abordés. La franc-maçonnerie féminine n’est pas oubliée et fait l’objet d’un panorama complet. De sa naissance avec la maçonnerie d’adoption à la maçonnerie féminine de notre temps, en passant par la mixité et se posant même la question de savoir « le sexe est-il toujours un problème ? »

Le mot Lewis ou Louve signifie «Force» et est représenté ici par certaines pièces de métal encastrées dans une Pierre cubique ou un assemblage en queue dʼaronde formant crampon.

La quatrième partie ouvre une fenêtre sur l’avenir de la franc-maçonnerie. Aujourd’hui, bien sûr, mais évidemment demain. Qu’en sera-t-il exactement ? Est-elle appelé à disparaître au regard de la fonte vertigineuse des chiffres de la maçonnerie dite « régulière et de tradition » ? L’ouvrage aborde aussi les francs-maçons les plus célèbres par catégorie socio-professionnelle : les hommes de lettres (XVIIIe, XIXe siècle et plus près de nous), les musiciens, les peintres et sculpteurs, les autres artistes, les présidents de la République (France, États-Unis d’Amérique et autres pays), les femmes et hommes politiques, les militaires, les hommes de sciences et médecins, les industriels et puis les vrais faux ou les faux vrais francs-maçons !

Les Constitutions d’Anderson – musée de la franc-maçonnerie. Crédit photo Yonnel Ghernaouti, YG.

Le lecteur pourra prendre connaissance de plusieurs textes essentiels tels le Regius, les Constitutions d’Anderson, les deux discours du célèbre chevalier Ramsay et le préambule à la Déclaration de principes du Convent de Lausanne en 1875 ou le lecteur s’enrichira des grands principes philosophiques du REAA : invocation au Grand Architecte de l’Univers, dont plusieurs définitions sont proposées ; pratique de la tolérance ; recherche illimitée de la vérité ; ouverture à tous les hommes sans distinction d’origine ni de religion, etc.

Médaille commémorative, loge Rudyard Kipling, GLDF – Source mvmm.org.

Jusqu’au fameux rituel des voyous de notre frère Pierre Dac – « Le Taulier : Frangin deuxième maton,  quel est le premier turbin d’un maton en carré ? … ». , sans oublier le poème de Kipling The Mother lodge » (La Loge Mère) – « … Dehors, on se disait : « Sergent !, Monsieur !, Salut !, Salaam ! »/Dedans, c’était : « Mon Frère », et c’était très bien ainsi/Nous nous rencontrions sur le Niveau et nous nous quittions sur l’Equerre/Moi, j’étais Second Diacre dans ma Loge-Mère, là-bas ! … » – ou encore des extraits de Voyage en Orient de Gérard de Nerval.

La dernière partie ne peut faire l’impasse sur le carnet d’adresses des principales obédiences françaises, belges, suisses, luxembourgeoises, canadiennes, francophones, libanaises, marocaines, Musées maçonniques et associations maçonniques internationales font partie du paysage (Clipsa et AME). La présence maçonnique sur Internet, réseaux sociaux et autres sites, y compris ceux traitant du Compagnonnage et les sites commerciaux sont aussi indiquées.

Une liste impressionnante d’ouvrages est proposée par thématique : histoire, philosophie, symbole, rites, rituels, société, roman, bande dessinée et humour, revues et magazines. Un glossaire et un index clôture l’ouvrage.

François Morel.

Les illustrations de François Morel, franc-maçon de L’Alliance, spécialisé dans le dessin d’humour maçonnique, ouvrent chaque chapitre.

Un indispensable ! Avec cette version poche qui ne vous quittera plus, tout s’éclaircit et devient limpide. « Pour les Nuls » est vraiment une collection de référence dont l’ADN est bien : être sérieux, sans se prendre au sérieux. Ce à quoi être le maçon d’aujourd’hui…

La Franc-maçonnerie pour les nuls

Philippe Benhamou-Christopher HodappPréface de Pierre Mollier

Édition First, nouv. éd., poche, 2023, 474 pages, 12,95 €

Disponible chez DETRADISBN-10 : 2412085986/ISBN-13 : 978-2412085981

Sous le voile des cendres

Un conte maçonnique de science-fiction

Pour comprendre les objets évoqués avec un regard maçonnique contemporain, n’hésitez pas à suivre les liens (en bleu).

« La cendre est le résidu d’un corps organique après sa calcination. Les cendres sont poussières inertes, sans vie qui s’en sont allées avec l’extinction du feu ; elles se dispersent au vent, se répandent sur la terre ou se dissolvent dans l’eau. La cendre nous renvoie à notre peu d’importance, notre éphémère condition humaine ; elle nous invite à observer l’humilité devant l’Univers. [1]»

La cendre est aussi un symbole de destruction totale : une ville dévastée par les éruptions volcaniques ou les bombardements, la Shoah et ses fours crématoires, les bombes nucléaires avec l’annihilation, la désolation et la mort à grande échelle, leurs cendres marquent l’extermination, l’horreur. Cependant, l’absence de vie ne signifie pas obligatoirement la mort qui, elle, peut être considérée comme une autre forme de vie. La cendre représente, pour certaines traditions, le néant, ou plus exactement le ni-vivant-ni-mort, un état amorphe tel qu’il était avant la Création de l’univers selon différents mythes.

Et pourtant, le feu qui couve sous la cendre est un feu caché, le feu de vie invisible et qui est sacré. Dans ce cas, la cendre est encore chaude et maintient la vie, elle la protège. La cendre partage ici le symbolisme de la grotte et de la caverne, ainsi que de la matrice. En jetant de l’eau sur cette cendre, le liquide éteint la braise et détruit le feu vital ; il ne laissera que de la matière inerte et froide. C’est pourquoi la tradition chinoise fait une distinction entre cendre sèche et cendre humide. Selon Lao-Tseu, la vision de cendres humides était un présage de mort. Toutefois, dans de nombreuses cultures, la cendre humide garde tout son pouvoir de régénérescence. Les ascètes indiens couvrent leur corps de cendre humide. Cette cendre est la nourriture du dieu du Feu.

Dans d’autres rituels, la cendre est utilisée pour obtenir la pluie. L’eau est son élément opposé, mais aussi son complémentaire. De ce fait, la cendre est associée au principe yang, au soleil, à l’or, au feu, ainsi qu’à la sécheresse, symbolisant l’Esprit, le principe masculin ; l’eau symbolisant l’Âme, le principe féminin

La tradition, c’est la transmission du feu et non l’adoration des cendres (Gustav Mahler). Cela veut dire que dans la transmission de la Tradition maçonnique incombant à chaque franc-maçon, il est de sa responsabilité d’apporter d’autres éclats, d’autres lumières en enlevant cette couche qui altère cette légère teinture de l’âme, dans ses choix, dans ses yeux, dans ses façons de penser et de faire.

Le cataclysme, dû au choc avec une météorite, qui avait dévasté la terre, s’était produit en une fraction de seconde et, au contact de la chaleur, un amas de cendres, par couches successives, avait statufié toute vie. Maintenant, tout n’était qu’un magma grisâtre, uniforme, couvert surtout par le silence absolu. La cendre, comme un sel, manifestait une œuvre au blanc et la terre blanche semblait issue de la combustion des impuretés, ne laissant que la substance du corps incorruptible et, comme le disent les alchimistes, montrait le diadème du cœur, la simplicité paradoxale de la connaissance de soi.

Les fouilles avaient commencé alors que le soleil avait atteint son zénith. On ne voyait, dans la poussière qui recouvrait toute la surface de la ville engloutie sous les décombres, que les traces de pas laissées par les scaphandres des visiteurs venus du ciel pour récupérer des informations sur cette Planète anéantie.

Les visiteurs étaient les descendants de ces savants astronautes partis en voyage intersidéral voilà environ 1000 ans, juste avant le cataclysme. Ils avaient été recueillis lors d’une étape, dans une galaxie lointaine, par des êtres de lumière, et ils s’étaient retrouvés dans une cité de cristal où ils eurent accès à l’enseignement d’un savoir progressif et universel. Là, ils apprirent ce qui arriva à la Terre et décidèrent de poursuivre leur voyage spatial à vitesse supraluminique via un sub-espace artificiel au cours duquel des générations s’étaient succédé, oubliant la manière de vivre des terriens pour s’adapter à d’autres espèces d’intelligence qu’ils rencontrèrent dans l’Univers. De passage sur la Terre, ils avaient eu envie de découvrir comment leurs ancêtres vivaient et pour cela ils venaient collecter des indices à exploiter à force de conjectures.

Au hasard, ils avaient choisi un endroit ; les fouilles avaient déjà mis à jour un tronçon de rue et des portions de maisons dans le secteur 6 que quelques lettres avaient permis d’identifier comme portant le nom de Gari[2]. Grâce à une méthode de conservation efficace de tout ce qui était prélevé des objets variés furent récupérés et ramenés au laboratoire. Les masques, qu’ils portaient, avaient filmé et enregistré ce qui pouvait se voir, les corps en particulier, leur posture saisie comme dans un moule de résine, la structure de l’habitation, l’agencement du mobilier encore visible. Tous ces éléments allaient être étudiés à l’abri dans le vaisseau sidéral. Somarca, le plus jeune de l’expédition fut missionné pour faire un rapport établissant, à partir des vestiges trouvés, comment vivaient les terriens. Ce jeune savant avait reçu le savoir des civilisations de l’Antiquité. Somarca se retrouva avec les films des caméras, mais surtout avec des cendres, dans lesquelles furent identifiés des éléments de décor, des objets entamés par les dégâts et donc parcellaires, des fragments de papier calciné ne laissant lire que quelques mots de phrases inintelligibles. Avec son savoir reçu des êtres de lumière il put cependant en retirer des conclusions et écrivit :

Rapport sur la Terre, ce 33ème jour de 1013, de la parfaite année lumière de Cristal.

La datation de l’apocalypse qui a détruit la Terre nous est révélée par la date suffisamment lisible d’un document placé devant l’un des squelettes : 5 septembre 6023 de la vraie année lumière. Le mystère a été de comprendre pourquoi cette date indiquait un futur par rapport à notre système de datation. Viennent-ils du futur ? Après quelques recherches, j’ai compris que la référence au commencement de cette datation remontait 4000 ans avant J-C. parce que nous avons trouvé en fait deux dates sur les documents : une date notée comme année de la vraie lumière et une autre date faisant référence à une ère vulgaire (Les calendriers maçonniques).

Ces documents appartiennent à un groupe qui peut changer de référents temporels, ses membres étaient capables, instantanément, de se déplacer dans le temps et de voyager d’un espace à un autre pour y chercher la vérité.

Au vu des éléments composites retrouvés, on peut dire que les terriens utilisaient des pièces de dimensions très différentes. À côté de grands espaces où ils se rassemblaient, se trouvaient de toutes petites pièces pour s’isoler, des emplacements pour solitaire, des réduits peints en noir. L’éclairage y était primitif : on a trouvé des restes de bougie, ce qui semble avoir été la seule source de lumière. Des objets sont posés sur une table, des sentences sont écrites sur les murs : Si la curiosité t’a conduit ici, va-t-en !  Si ton âme a senti l’effroi, ne va pas plus loin !  Si tu persévères, tu seras purifié par les éléments, tu sortiras de l’abîme des ténèbres, tu verras la lumière ! (II- Le Cabinet de réflexion en Franc-maçonnerie, un athanor alchimique) . Ce cabinet, incitant à la réflexion, est comme une matrice pour un rituel de purification avant l’accès à une cérémonie pour rejoindre le groupe de la grande salle, peut-être une préparation pour un voyage dans le temps (III- Le Cabinet de réflexion en Franc-maçonnerie, repaire du temps qui passe).

Deux fioles transparentes, laissant s’écouler entre elles une matière visible, de la poussière de marbre ou du sable, formant donc un sablier, ont pu être reconstituées, attestant d’une préparation à un voyage interstellaire avec la représentation du ciel, le spirituel dans la fiole du haut, et de la terre, la matière  dans la fiole du bas. Le mouvement du sable indique un pôle d’attraction. La liaison entre ses deux sphères n’est qu’un étranglement, une difficulté à franchir, une porte étroite qu’il faut traverser pour changer de plan, parvenir à un autre monde. (I- Le Cabinet de réflexion en Franc-maçonnerie, entre mort et naissance)

À l’entrée de la grande salle, de chaque côté de la porte deux colonnes, une intacte, une brisée marquent ce qui devait en être le seuil. On n’a pas pu préciser si la colonne était déjà brisée volontairement pour le décor. Le symbole de colonnes jumelles a été, depuis des temps immémoriaux, le gardien de portes vers des lieux sacrés et des royaumes mystérieux. Les colonnes marquent le passage vers l’inconnu, vers l’autre monde.

Selon la version de Platon, le royaume perdu d’Atlantide se situait au-delà des colonnes d’Hercule ; symboliquement, dépasser les colonnes d’Hercule peut signifier quitter l’impureté du monde matériel pour accéder au royaume supérieur de l’illumination.

Par leur situation de chaque côté de l’entrée, les deux colonnes agissaient comme un  portail conduisant aux Mystères vers un endroit sacré. Pour cette raison, les deux colonnes trouvées dans chacune des grandes pièces, avec pour nom J et B, encore visiblement gravés sur les vestiges, indiquent que les humains considéraient qu’être ensemble c’était créer un espace de sacralité, que le sacrifice demandé était de n’avoir ni peur, ni curiosité et de s’être purifié en passant dans un sas, probablement dans la petite pièce décrite précédemment, pour pouvoir entreprendre leurs voyages inter temporels. (Histoires de colonnes)

Les grandes salles, comme le petit cabinet, sont des espaces clos, on n’a pas pu déceler des ouvertures autres que celle de la porte d’entrée. Pourtant, parmi les débris d’un tableau encore visible, posé au sol (Tapis des Loges, tapis d’éloges), des fenêtres dessinées grillagées apparaissent (Fenêtres, des cadres pour quelle lumière en Franc-maçonnerie ?). Les hommes, vivant soit dans l’obscurité, soit avec des lumières artificielles, avaient probablement perdu la vraie lumière et n’en conservaient que la mythique importance sous forme de dessin de fenêtre.

Ce tableau devait avoir des pouvoirs holographiques et avait comme rôle supposé de montrer, aux participants à la réunion, l’ensemble des éléments réels et symboliques du décor de la grande salle qu’ils pouvaient embrassés ainsi en trois dimensions d’un seul coup d’œil ; la quatrième dimension ne leur étant donnée que par le temps de leurs voyages vers cette lumière.

À l’opposé de la porte, au pied de ce qui fut probablement une estrade de plusieurs marches, sur un bloc de soutènement, se trouvait une équerre en bois calciné et un compas en fer rouillé (Le Compas et l’Équerre, une histoire d’union), tous deux posés sur, sans doute, un livre,  mais trop brûlé pour être identifié.( La Bible, un texte à explorer). Brisé par endroit, un triangle calciné restait suspendu sur le mur tout au fond de la salle. On y discernait un œil en son centre (Que re-garde l’œil du Delta ?). Ce regard intriguant aurait-il consumé par son énergie puissante la forme qui l’encadrait ?

Un restant de corde, enroulé par endroit en forme de nœuds,  serpentant le long de la corniche des murs, formait sans doute un cercle magique permettant les voyages dans l’espace et le temps. Les terriens recherchaient des contacts avec une transcendance qui leur insufflait leur savoir qui rappelle celui des bâtisseurs. Dans un but d’orientation, le cordeau avait pour fonction de maintenir les différents éléments de la construction. Dans la plupart des traditions, il était tendu entre quatre piliers correspondant aux quatre directions de l’espace, chacun des côtés figurait trois signes du zodiaque, conformément à la représentation que les anciens astrologues donnaient de l’univers. Le cordeau définissait ainsi un cadre cosmique qui fixait sur terre la projection de l’ordre universel, ce que les alchimistes appellent un rite de fixation ou de coagulation du monde céleste dans le monde terrestre. Une fois la construction achevée, il convenait de conserver à l’intérieur de l’édifice ce cadre à partir duquel le monde d’en haut était venu engendrer le monde d’en bas. Une corde, entre les murs et le plafond, symbolisait alors l’origine céleste de l’édifice, parfois une frise, la remplaçait.

Presque intactes, protégées dans un coffre, les pièces trouvées de tissus blanc avec un liseré rouge, brodées d’images servaient probablement à décorer des statues car leur forme en sautoir indique un hommage décoratif. (Les officiers de la Loge, des organisateurs de l’harmonie)

D’autres pièces de tissus, mais blanches, en cuir ou en soie, ont été découvertes, certaines avec un liséré rouge, d’autres avec un liseré bleu, d’autres encore sans décor apparent. Leur façonnage laisse penser que c’était des protections retenues par une attache autour du ventre. L’aspect de ces pièces varie du plus modeste aspect au plus sophistiqué indiquant par là sans doute l’évolution de prouesses liées à leur utilité. La plupart portent un M et un B, un acronyme ; nous proposons pour ces initiales «Meilleur Bêtatron», cet accélérateur de particule servant à produire une haute énergie dont ils avaient besoin pour pouvoir s’éclairer dans ces lieux. (II – Symbolisons-nous toutes les couleurs en Franc-maçonnerie ?)

On a trouvé une seule canne intacte,en gaïac, bois brun verdâtre très dur qui est aussi appelé «bois saint» ou «bois de vie» (lignum vitae), surmontée d’une boule en ivoire, son bout est en métal; elle est donc composée de 3 éléments : végétal, animal et minéral. Représentant naturellement l’autorité, le pouvoir, la force, la protection du lieu. Elle devait appartenir à un chef, ouvrant le passage vers les voyages intersidéraux.

Des textes calcinés, que l’on peut considérer comme des archives, ont pu être déchiffrés ; ils portaient des  numéros de référence séquentiels et chronologiques. D’après leur contenu, les domaines de leur raisonnement analogique se traduisent plus particulièrement par des translations disciplinaires, empruntant des savoirs à des champs différents, par exemple la philosophie, l’étymologie, l’histoire, la sociologie, l’ésotérisme, l’alchimie, le symbolisme, etc. Les passages d’un contexte lexico-sémantique à un autre s’effectuent notamment par les outils métaphoriques et poétiques dont on a pu relever plusieurs formes. Tous les écrits trouvés sont des manières de donner du sens. De façon plus spécifique, l’analyse permet de définir ces textes comme une herméneutique dans laquelle l’évaluation du travail d’interprétation se définit par l’originalité de l’agencement des arguments et des transpositions sémantiques réalisées par leur auteur. On peut noter une particularité dans la syntaxe des phrases : on trouve très souvent, de façon très proche du pronom «nous», des mots équivalents, notre, nos, etc. Ce sont des concepts formateurs de l’identité de ce groupe de terriens par condensation sémantique de l’ensemble des processus d’apprentissage et d’intégration dans lesquels les membres ont été symboliquement construits comme parties d’un tout. (Parole et paroles)

Conclusion du rapport 

Les éléments d’échantillons dont nous disposons nous permettent de penser que cet espace était un lieu d’initiation par lequel les terriens devaient passer.

Les mystères des sociétés initiatiques de l’Antiquité perpétuaient les premières traditions du genre humain et les nouveaux acquits des savants pour élever, au-dessus de leurs semblables, des initiés jugés aptes à en faire un usage utile pour tous. Cet enseignement leur était donné de bouche à oreilles après avoir pris l’engagement, par un serment menaçant, de ne le transmettre à d’autres initiés que sous les mêmes formes et conditions. Il est raconté qu’ils étaient possesseurs de secrets scientifiques redoutables, bienfaisants, dont leur haute morale imposait le respect, mais susceptibles d’être détournés de leur action bénéfique et d’être transformés dans un but malfaisant. Ces initiations avaient été transmises par les êtres de lumière qui ont accueillis nos ancêtres lors du voyage qui les avaient sauvés du cataclysme.

On raconte que des extraterrestres, venus s’installer sur terre bien avant le déluge, formant une petite communauté d’Hyperboréens, allaient donner naissance aux Atlantes et aux habitants de la terre de Mû. Le déluge (ou la guerre atomique entre Mû et l’Atlantide) devait détruire toutes ces civilisations, ne laissant sur les hauts plateaux qu’un petit nombre de rescapés. Il y a plusieurs milliers d’années, un second groupe d’extraterrestres originaires de Vénus serait venu civiliser les humains qui, du Pérou au Tibet, avaient tant bien que mal réussi à survivre. Sur une dalle du Yucatan, gravée avec minutie, se profile une fusée spatiale ; sa forme, ses mécanismes de propulsion sont d’une ressemblance frappante avec une fusée. De très nombreuses autres descriptions ou dessins relevés dans les manuscrits mayas, égyptiens, phéniciens concordent : il y a longtemps, des étrangers venus d’autres planètes (appelés dieux, anges ou extraterrestres) auraient vécu sur la Terre et auraient laissé des signes, des marques de leur passage.

Les anciens textes sacrés racontent qu’à la nuit des temps, la Chine fut gouvernée pendant 18000 ans par une race de Dieux. Le Huai-nan-Tzu parle d’une période idyllique, un véritable paradis. Mais un jour, les hommes se rebellèrent, des catastrophes ravagèrent la planète, les rois de l’espace coupèrent toutes communication avec les hommes, les laissant reconstruire, seuls, leur civilisation.

La mythologie égyptienne évoque les pouvoirs magiques des divinités. Les Égyptiens croyaient que leur Pharaon était un véritable Dieu. Ils parlent d’une époque où les Dieux dominaient la Terre, puis ce fut l’époque des demi-dieux avant que le premier Pharaon ne gouverne les terres d’Égypte.

Le ciel et la terre ont été, comme la Bible hébraïque le raconte, créés par des Élohim mais ceux-ci ne sont pas Dieu : ce sont des anges de la 7e classe, de ceux qu’on appelle habituellement, mais improprement, en français, les «principautés» et qui font partie de la troisième triade angélique, assimilant les membres de celle-ci aux Dévas de l’hindouisme. Cependant, la planète Saturne aurait été créée en premier lieu, puis successivement le Soleil, Jupiter et Mars. C’est alors que se serait produite la révolte du chérubin Lucifer, laquelle aurait eu pour conséquence la création de la Terre, de la Lune et de l’homme. La plus ancienne civilisation terrestre aurait été celle des Atlantes, de laquelle dériveraient toutes les autres.

Cependant, trop de réponses à notre questionnement restent ensevelies sous le voile de cet anéantissement de la réalité. La conclusion qui s’impose demeure une question : d’autres fouilles auraient-elles mis en évidence que tous nos ancêtres les terriens étaient des initiés ?

Somarca pensa que tout cela paraîtrait trop simple pour les anciens, fallait-il refaire le rapport ? La nuit était tombée depuis longtemps, il était à mi-nuit et il décida de remettre la réponse à son questionnement au lendemain. Soudain un courant d’air emporta quelques cendres qui, en les mêlant, fit apparaître de façon fugitive un nuage de poussières laissant voir des lettres écrivant en suspension le mot «L’Arbre de Liberté» qui se disloqua aussitôt.

C’est alors que Frandel se réveilla de son sommeil agité. Il était un jeune apprenti qui, la veille, venait d’être reçu franc-maçon dans la respectable loge L’arbre de Liberté. Par-delà le songe, il comprit que la langue des symboles avait fait place au silence, que le cosmos est un cryptogramme qui contient un décrypteur, l’Homme, et que dans les rêves, ou la réalité, tout est symbole.


[1]              Dictionnaire des symboles  par Miss Dico.

[2] Dans le 6ème arrondissement de Lyon, angle rue Garibaldi rue Tronchet, de trouve l’emplacement du Grand Temple maçonnique inauguré en décembre 1847. Lire l’article de Michel Chomarat . À noter qu’il n’est pas le plus ancien puisqu’en 1778 la Loge « Les Amis Réunis », se réunissait dans un temple à l’angle des rues de la Charité et de la rue du Plat, dans le centre-ville de Lyon.

La maladie maçonnique

Un corps social c’est un peu comme une personne humaine ;  il peut bien se porter mais il peut aussi être souffrant !

Jacques Chouillot  rappelle que :

« L’Etat selon Platon était conçu à l’image du corps humain, divisé par lui en trois zones d’influence : intelligence, cœur, fonctions animales. L’Eglise selon saint Paul est identifiée au corps du Christ. La fable d’Esope sur les membres et l’estomac applique le principe de solidarité biologique aux rapports de classes.

Parmi les écrivains qui ont eu la plus directe influence sur les écrits politiques de Diderot, il faut retenir la puissante personnalité de Hobbes qui définit le Léviathan, figure de l’Etat, comme « la réunion de tous les hommes en une personne unique » en vertu d’un contrat par lequel chacun se lie à chacun. Une fois que ce résultat est obtenu, « cette multitude se constitue en une personne unique qu’on appelle état ou république. Et c’est ainsi que naît le Grand Léviathan, ou pour mieux dire, le Dieu mortel auquel nous sommes redevables de la paix et de la sécurité sous l’autorité du Dieu immortel ».Il ne faut pas non plus négliger la théorie des « systèmes » énoncée par Shaftesbury. Malgré son orientation platonicienne, elle utilise volontiers le vocabulaire biologique. « Tous les animaux composent un système, et ce système est soumis à des lois mécaniques selon lesquelles tout ce qui y entre est calculé ». (sources)

Ainsi en est-il pour la franc-maçonnerie !

On peut la définir comme un corps social mondial, syncrétisme de toutes les franc-maçonneries nationales, elles-mêmes  fusionnant les obédiences nationales.

Si on admet généralement que l’excellence de l’histoire de la franc-maçonnerie provient de son approche tolérante des relations humaines, sa recherche de la perfection aussi bien morale, artistique que opérationnelle, on peut parler de pathologie lorsque d’autres comportements apparaissent en contradiction avec ces valeurs.

La maladie maçonnique peut affecter différents éléments de ce corps social ; souvent ce ne sont que quelques symptômes ; on peut aussi observer des syndromes. L’atteinte peut être circonscrite ou étendue. La maladie est souvent bénigne mais peut parfois être grave entraînant la démission ou la disparition d’une loge ou d’une obédience.

De quelques signes de la maladie maçonnique :

Il n’est pas question de détailler ici les symptômes de cette maladie ; je me contenterais d’en lister quelques uns :

  • La cordonite,
  • La perte du sens critique ,
  • Un comportement de « sauvage » où un minimum de civilité disparaît,
  • Le clanisme,
  • La soumission à l’autorité,
  • Le sectarisme,
  • Le machisme,
  • Le délire mégalomaniaque,
  • La dérive mystique.
  • L’engagement intéressé.

Globalement la maladie maçonnique aboutit au sectarisme !

De quelques membres atteints, on peut en arriver à quelques loges et aussi à quelques obédiences ! Toute l’histoire de la franc-maçonnerie est ponctuée par ce processus sectaires ! Pour une recherche de perfection qui n’est en fait qu’un prétexte pour se démarquer de l’ensemble de la communauté maçonnique on se divise !

Des raisons politiques ont également joué un rôle dans la mesure où les obédiences maçonniques ont souvent été manipulées par des forces politiques. L’exemple le plus probant est la main mise de l’aristocratie sur la franc-maçonnerie anglaise ! Sous prétexte de landmarks, la Grande Loge Unie d’Angleterre contrôle tout un courant de la franc-maçonnerie mondiale en utilisant le critère « Régularité » !

Une maladie insidieuse et terriblement destructrice !

Lorsqu’on voit le nouveau Grand Maître du Grand Orient de France se positionner comme un rédempteur face à l’extrême droite en France , on voit bien où cette prétention mégalomaniaque peut conduire !

Bien que la réalité montre un corps déchiré, des comportements intéressés, une incapacité à s’engager, le discours prend des envolées lyriques !

Une responsabilité claire

Si cette maladie s’est étendue et a progressivement vidé de son sens premier la motivation philosophique d’une grande et belle idée, c’est d’abord dû à l’incapacité des cadres de la structure maçonnique à assumer leurs fonctions : le ou la vénérable maître et les principaux officiers sont les premiers fautifs en ayant réellement démissionné de leurs responsabilités !

Ensuite cette irresponsabilité s’est étendue aux autres fonctions électives et en particulier aux conseillers de l’ordre et à la grande maîtrise !

Un exemple récent illustre cette situation : lorsqu’on sait que pour assumer une responsabilité il faut une certaine durée, les trente trois conseillers de l’ordre du Grand Orient de France ont choisi d’élire un grand maître qui ne restera qu’en un an en fonction ! Les qualités de la personne ne sont pas en cause mais avouons que c’est quand même incompréhensible sauf à faire intervenir des justificatifs profanes !

Une maladie qui affecte l’ordre maçonnique dans sa globalité !

Quel que soit le pays, quel que soit l’orient, on retrouve cette maladie peu ou prou aux différents étages de la structure maçonnique ! Les organisations rituelles comme les suprêmes conseils ne sont pas épargnées. L’exemple du rite primitif ancien de Memphis-Misraïm est assez caricatural.

Mais cela touche aussi tous les mouvements pseudo-fraternels qui savent s’écharper de la plus belle façon. Notre Directeur de Publication, Franck Fouqueray, en a fait les frais alors que son projet était avant tout de réunir et de laisser une liberté s’exprimer !

Malgré tout, ne désespérons pas !

De nombreuses sœurs, de nombreux frères montrent par leurs comportements que le socle des valeurs maçonniques est toujours d’actualité et qu’il peut être un outil pour réformer nos sociétés à la dérive !

Avec humilité, beaucoup de sérieux et surtout l’exemple de comportements exemplaires et solidaires désintéressés on peut sortir du vide de la langue de bois !

Juste, parfait et régulier

De notre confrère australien brotherallatt.substack.com – Par DARREN ALLATTDARREN ALLATT

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi une loge maçonnique doit être « juste, parfaite et régulière » ? La réponse est ancrée dans des traditions séculaires qui résonnent encore dans notre vie quotidienne.

La franc-maçonnerie captive les esprits curieux depuis des générations avec ses cérémonies énigmatiques et ses traditions séculaires. Parmi son lexique de termes distinctifs, « Juste », « Parfait » et « Régulier » constituant les clés de voûte définissant l’essence d’une loge maçonnique. Ces termes, plus que de simples mots, résument une philosophie qui s’étend au-delà des murs secrets des salles maçonniques. Explorons la signification profonde de ces principes, à la fois dans la franc-maçonnerie et dans le cadre de notre existence quotidienne. La franc-maçonnerie a captivé les esprits curieux depuis des générations avec ses cérémonies énigmatiques et ses traditions séculaires.

Juste

Le mot évoque les notions de droiture, d’équité et de légalité. Au sein de la franc-maçonnerie, une loge « juste » adhère aux principes moraux et éthiques qui guident ses interactions avec ses membres et avec le monde en général. Cet idéal s’étend à la présence du Volume de la Loi Sacrée, de l’Équerre et des Compas, éléments symboliques qui soulignent l’engagement de la Loge à défendre les vertus d’équité, d’honnêteté et d’intégrité.

Parfait

Au-delà de la connotation banale, une Loge « parfaite » signifie une entité complète. Sa structure, ses cérémonies et ses membres fusionnent harmonieusement pour former un tout unifié. Cette unité est parallèle à l’origine latine de « perfectus », qui signifie complétude, et souligne que chaque facette de la Loge est méticuleusement orchestrée pour créer une tapisserie cohérente de principes maçonniques. Au-delà de la connotation mondaine, une Loge « parfaite » signifie un entité complète. Sa structure, ses cérémonies et ses membres fusionnent harmonieusement pour former un tout unifié.

Régulier

Le terme « régulier » a un poids unique au sein de la franc-maçonnerie. Cela signifie l’alignement avec les règles et règlements établis des Grandes Loges reconnues. Une loge « régulière » adhère aux monuments universels, fonctionne selon une charte et ne reconnaît que les loges qui respectent cette conformité. Le terme dérive du latin « regula », qui met l’accent sur l’adhésion à un modèle ou à une règle. Le terme « régulier » a un poids unique au sein de la franc-maçonnerie. Cela signifie l’alignement avec les règles et règlements établis des Grandes Loges reconnues.

La triade « Juste, Parfait et Régulier » valide l’authenticité, la légalité et la loi morale d’une Loge, façonnant ainsi son identité au sein de la fraternité maçonnique mondiale. L’authenticité, la légalité et la boussole morale de la Loge façonnent son identité au sein de la fraternité maçonnique mondiale.

La résonance de ces principes maçonniques s’étend bien au-delà des salles sacrées des réunions de Loge. Nous trouvons leurs échos dans notre vie quotidienne, où « Juste, Parfait et Régulier » nous guide dans divers scénarios.

Dans un café

Imaginez entrer dans un café chaleureux, un royaume où votre appétit répond à vos désirs. Chaque transaction financière, que vous savourez un café au lait ou une pâtisserie, est conforme à un ensemble de lois établies par la Commission australienne des valeurs mobilières et des investissements (ASIC).

Au supermarché

Alors que vous vous promenez dans les allées animées d’un supermarché, une symphonie de produits et de choix vous enveloppe. Chaque produit, chaque étiquette atteste du respect des lois sur la consommation. Ces lois garantissent que vous, le consommateur, bénéficiez d’un étiquetage précis et de pratiques équitables. Ici, le principe de justice se manifeste partout, en résonance avec la poursuite d’un commerce honnête. Les rayons, soigneusement garnis de produits, incarnent la perfection. Des conditions de propreté, un personnel formé et des caisses opérationnelles forment la tapisserie d’un supermarché bien orchestré. Les piliers de la perfection respectent bon, créant un environnement où efficacité et satisfaction s’entrelacent.

Logiciel informatique

Dans le domaine du développement logiciel, une symphonie numérique se joue. Chaque ligne de code, une note dans cette composition complexe, respecte les lois sur le droit d’auteur et les réglementations sur la protection des données. Cette adhésion n’est pas seulement une question de légalité ; il s’agit de respecter la vie privée, de créer un paysage numérique où vos informations sont protégées. Au fur et à mesure que le logiciel évolue, il est conçu conformément aux normes de codage, intégré dans le contrôle de version et orné d’une documentation méticuleuse. La recherche de la perfection dresse un portrait de la fiabilité, un royaume virtuel où la fonction et la forme fusionnent dans une unité harmonieuse.

Les principes de justice, de perfection et de régularité, enracinés dans la philosophie maçonnique, s’étendent au-delà des murs de la Loge pour façonner les aspects à la fois ordinaires et extraordinaires de la vie. La régularité, enracinée dans la philosophie maçonnique, s’étend au-delà des murs de la Loge pour façonner les aspects à la fois ordinaires et extraordinaires de la vie.

Tout comme les loges maçonniques incarnent la tradition et l’intégrité, les scénarios quotidiens repoussent l’appel à la conformité, à l’authenticité et à une conduite éthique. Ces principes intemporels guident notre voyage à travers les complexités de la vie, en soulignant l’importance du respect de la loi, de son exécution minutieuse et de ses actions cohérentes.

Que ce soit dans les Tenues de Loge ou dans les activités quotidiennes comme les paiements, les achats, le développement de logiciels ou la construction, ces principes éclairent notre chemin, nous rappelant que l’authenticité, la fiabilité et le respect de l’éthique sont fondamentaux pour une vie épanouie.

Ces principes tissent une existence harmonieuse où justice, perfection et régularité s’unissent harmonieusement, étendant la sagesse de la franc-maçonnerie dans nos vies quotidiennes, nous inspirant à cultiver un monde qui reflète les valeurs défendues par les principes « Juste, Parfait et Régulier ».

Les questions à l’étude des Loges 2023/2024 du GODF en primeur

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Le 21 juillet dernier nous partagions un document de synthèses pour l’année 2021-2022, intitulé « Questions à l’étude des Loges-Synthèses année 2021-2022 ». Cette fois, nous anticipons en révélant l’intitulé des questions de cette année maçonnique naissante.

A/ L’abstention aux élections ne fait que croître : comment réconcilier les électeurs avec le fonctionnement de la démocratie ?

B/ Le combat du Franc-Maçon est-il seulement un combat d’idées ?

C/ Si défendre la laïcité implique une attitude ferme voire autoritaire, cela est-il compatible avec les valeurs de tolérance que nous prônons ?

D/ Les actions de désobéissance civiques sont-elles justifiables ?

E/ Pour ne pas entrer dans un conflit de l’eau entre peuples et les groupes sociaux, n’est-il pas temps que l’eau soit reconnue comme bien commun ?

F/ Pour poursuivre la construction européenne, que faut-il transmettre à tous les citoyens pour renforcer le sentiment d’appartenance ?

Transmettre, qu’est-ce-à-dire ?

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La transmission, credo maçonnique, imprègne largement nos symboles et nos métaphores.

Précisément, nous répétons souvent que l’étymologie du mot « Tradition », nous renvoie à cette « transmission ». Dès lors, il est intéressant de se demander ce que « transmettre » veut vraiment dire.

Pour ma part, « transmettre », c’est passer à l’autre, aux autres, ce que j’ai reçu, ce que j’ai appris, ce que j’ai conquis, évidemment en termes de valeurs que je juge positives. C’est donc partager de bonne foi ce que je sais. C’est aussi échanger en même temps, donc c’est recevoir de l’autre. Au final, « Transmettre » revient ainsi à enrichir, à m’enrichir, autrement dit à élargir ma pensée, en l’élargissant au monde.

De mon point de vue toutefois, il y a des nuances à prendre en compte dans l’acte de transmission. Sur le plan personnel, nous sommes à même de transmettre à notre descendance, les pratiques et principes de vie que nos parents et formateurs nous ont appris. Sur le plan maçonnique, nous transmettons de la même façon, en atelier et dans le monde profane, les valeurs reçues de nos aînés. Cela ne signifie pas que nous devons transmettre des idées et des outils figés. Car la vie humaine est escortée par une notion qui lui est spécifique et qui s’appelle le progrès, certes avec ses bons et moins bons côtés. Le couteau Laguiole qui est commercialisé aujourd’hui n’est plus celui fabriqué il y a un siècle, mais c’est toujours un Laguiole. Pareillement pour le maillet et le ciseau, composés avec de nouveaux matériaux.

Dans cet esprit de progression, de changement, la vertu de tolérance, synonyme de l’indulgence des temps passés, n’a plus le même sens de nos jours, assombris par le phénomène d’une violence accrue. De la sorte la tolérance se trouve limitée aujourd’hui par l’intolérable, en soi progrès de la raison. Celle-ci doit nous conduire à savoir dire oui et savoir dire non, avec prudence et mesure, aux actes de nos semblables.

De la sorte, « transmettre » ne veut pas dire uniquement « reproduire » mais également « produire ». Non seulement des objets nouveaux, mais également des idées, des raisonnements, des concepts neufs. Le tout en franc-maçonnerie, dans un double but :

1.Nous enrichir spirituellement, au sens de la vie de l’esprit,

 2.Mieux vivre ensemble, dans le sillon respectable et respecté, des expériences anciennes.

 Transmettre » ne signifie pas non plus créer une opposition entre conservateurs et progressistes, ce qui signifierait l’échec total de la démarche !

Il convient que le passé de l’Art Royal qui est la colonne vertébrale de notre édifice commun, ne soit considéré, ni comme un vestige fébrilement entretenu ni comme une relique, mais bien, ici et maintenant, dans notre actualité, comme l’articulation vivante, donc la force motrice de nos recherches. Transmettre », c’est donc « améliorer », « créer », « inventer », « innover », dans le sillage fondateur. C’est tout le sens qui s’ouvre à notre réflexion, donc, entre autres, à la rédaction de nos planches.

Ainsi, cette conception de la transmission, au fil de nos travaux, devrait nous permettre, tout en offrant une part de nous-mêmes à nos ateliers, d’instruire et de nous instruire entre nous, donc en même temps « apprendre deux fois ». Et puis enfin, « Transmettre », dans l’idée de continuité temporelle que ce verbe sous-tend, c’est aussi penser à demain, aux Frères qui nous succéderont, pour transmettre à leur tour, savoir et connaissance.

Autrement dit, la transmission responsable implique bel et bien, ce que j’appellerai un « devoir d’avenir ». En n’oubliant jamais toutefois, que « devoir » ne signifie pas « obligation » et encore moins « obligation de résultat ». Autrement dit il n’y a de transmetteur que s’il y a un récepteur. Soit la volonté, l’envie d’autrui de recevoir !

Il s’agit donc d’avoir conscience à la fois de la valeur de ce que l’on espère transmettre et du bénéfice que peut en retirer le dit récepteur présumé ! Une attitude mentale qui exclut toute idée de pouvoir mais demande tout au contraire bienveillance, patience et humilité ! En laissant ainsi à notre semblable, la liberté de refuser.

Au vrai, avant de prétendre transmettre – que ce soit une idée, une méthode ou un savoir-faire, il faut d’abord vouloir et tenter d’être, en toute modestie un passeur de DÉSIR. Le moteur même de la vie !