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Faiseurs de rire, franc-maçonnerie

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Comme vous le savez, nombreux sont les artistes qui se sont retrouvés en franc-maçonnerie. 

« LES AMUSEURS AIMENT SE REMETTRE EN QUESTION »

Nombreux sont les artistes qui se sont retrouvés en franc-maçonnerie. Je ne vais pas commencer à établir une « liste personnelle » qui n’aurait d’intérêt que la curiosité tant il est vrai que nous aussi maçons sommes toujours heureux de savoir que tel artiste a rejoint telle obédience ou telle loge. Un peu comme par coquetterie, on est fier de savoir que tel artiste est parmi nous.

On se sent moins seul, on est fier de la ou le savoir à nos côtés , et les anecdotes sont nombreuses. Les artistes sont donc présents en franc-maçonnerie et dans le cas qui nous intéresse ce sont  les « faiseurs du rire, les humoristes et autres clowns et comiques » sur lesquels j’ai choisi de m’arrêter.

J’ai choisi l’humour à la place du thème plus général, qui aurait pu être les artistes et la franc-maçonnerie, car je me sens plus proche de l’humour que je pratique ou que j’essaie de pratiquer depuis de nombreuses années.

Y a-t-il des points communs entre la recherche de la connaissance en maçonnerie, ces artistes, leurs démarches et leurs engagements envers la maçonnerie? Pourquoi la maçonnerie est si proche de leur univers de par les valeurs qu’elle véhicule?

En effet, je pense que le mot confrérie est l’un des premiers mots qui peut rapprocher ces artistes avec le monde maçonnique.

De part mon métier d’artiste, il est vrai que très souvent j’ai observé que les artistes avaient eux aussi le besoin de se regrouper sous le principe de confrérie, les amuseurs, chanteurs, musiciens, prestidigitateurs, tous ces artistes que nous classifions sous l’appellation souvent d’artistes de variétés mais pour qui le mot de saltimbanque est plus adapté.

Sans aucun doute la confrérie des artistes a de nombreux points communs avec la fraternité maçonnique. Le métier d’artiste, on va dire, toutes disciplines confondues, est un travail de longue haleine qui demande une grande discipline et de la rigueur même si l’on est doué! Il y a un long apprentissage pour réussir à avancer. Les musiciens en sont la preuve plus évidente car ils passent de nombreuses heures à vivre avec leur instrument et à le pratiquer.

Le point pour moi le plus rapprochant est sans doute la fraternité. Tous les artistes vous diront que les épreuves qui leur ont été présentées pour se faire reconnaître et réussir dans leurs spécialité, les ont amené à développer avec d’autres artistes une grande solidarité au niveau de leur travail. Pour ma part et pour beaucoup de collègues, cette solidarité est apparue comme instinctive.  Il faut dire que nous le savons, les métiers artistiques sont des métiers difficiles, parsemés de haut et de bas, de galères. Combien de fois avons nous entendu des phrases du type, « il y a peu d’élus », ou plus sympathique encore « et à part ça, qu’est-ce que  tu fais? »  Toute la dureté du métier nous plonge dans une recherche de moyens appropriés pour avancer dans les voies que nous choisissons.

Le rapport avec le rire fonctionne avec la souffrance qui débute dans la panoplie des faiseurs du rire avec la tarte à la crème

Le décor est planté. Mais alors pourquoi les humoristes, les comiques et tous les autres catégories pratiquant le rire sont-ils plus confrontés, plus exposés, that is the question?

En fréquentant durant toute ma vie plus particulièrement des humoristes, des comiques et des clowns si toutefois il est de bon ton de faire des différences de caleçons, pardon je veux dire de professions, j’ai remarqué un dénominateur commun, qu’avant moi ont signalé et approfondi de nombreux philosophes et psychanalystes. Ce point commun, cette caractéristique relève, et est de l’ordre de la spiritualité, du mysticisme, de l’existentialisme. C’est dans le désespoir que le clown va puiser ses ressources pour l’aider à lutter dans sa vie, d’où souvent cette image du clown triste qu’on lui associe. Le rapport avec le rire fonctionne avec la souffrance qui débute dans la panoplie des faiseurs du rire avec la tarte à la crème, le coup pied au derrière, les claques et tous les effets parfois sadomasochistes. Je l’ai testé évidement en me lançant dans l’art du clown. Très vite, jeune artiste, j’ai opté pour cette direction de l’humour, du comique, sans savoir ce que j’allais trouver en partant dans cette direction. Une chose que je crois c’est que les artistes œuvrant dans l’humour sont fragiles et en dehors de la recherche propre à leur reconnaissance, il y a chez eux une recherche liée à l’angoisse qui les pousse à trouver des réponses plus profondes. Les faiseurs du rire ne se contentent pas seulement de faire du rentre dedans, ils ont besoin de pansements pour les aider à continuer à vivre, leur sensibilité les met dans un état d’âme permanent d’autodérision pour rire de soi même avec les autres.

C’est une sorte de remède auto réparateur mais l’humour, le rire ne soignent pas seulement celles et ceux qui pratiquent ces disciplines, ils les font bénéficier de bienfaits immédiats. Nous l’avons pratiqué, nous étions heureux en groupe à passer des soirées à rire, on oubliait que nous avions le ventre vide. Régulièrement je me pose des questions sur le cheminement commun que j’ai eu avec des frères et sœurs qui pratiquaient l’humour.
L’un des premiers avec qui j’ai partagé le métier fut  le clown Achile Zavatta que seulement plus tard avec d’autres frères je revis en tenue. Cependant d’autres clowns, ou responsables de cabaret m’ont reçu et accueilli comme des frères sans me le dire évidemment.

J’en reste persuadé, les amuseurs aiment se remettre en question et sont critiques en permanence, donc pas surprenant que parfois ils croisent la franc-maçonnerie. Ils se nourrissent du comportement des autres et en font part au public en utilisant des situations qu’ils adaptent avec leurs outils pour les rendre comiques ou drôles. Oui les faiseurs du rire se comportent comme des franc-maçons « opératifs ». Ils mettent en application ce qu’ils  reçoivent de leur recherche en loge. Un peu à la manière de ceux que nous appelons aujourd’hui les lanceurs d’alerte. Nous les avons qualifiés autrefois de bouffons, ou de critiques, nous continuons de les inviter comme pour se donner bonne conscience.

A travers tous les points que j’ai évoqués , j’ai ressenti une dimension maçonnique forte et discrète auprès de ces sœurs ou frères du métier. La plus forte reste la fraternité: on se renvoyait la balle comme on dit car on le sait et encore aujourd’hui il faut soutenir la parole qui semble juste mais dure à exprimer.

Tant quelqu’il y aura des ouvreurs de portes pour les faiseurs d’humour, il y aura l’espoir et allez, pourquoi pas, des faiseurs d’Amour…

Pour fêter Noël… et si les Francs-maçons prenaient modèle sur ces 2 enfants qui mobilisent des vedettes pour changer le monde ?

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A longueur de récits, les Francs-maçons racontent des histoires du passé, des grandes réalisations et des projets qui ont changé la vie de la société. Lorsqu’on ouvre aujourd’hui nos journaux, les projets actuels sont devenus nettement plus rares ou peut-être sont ils noyés dans la masse ?

Il y a quelques jours, j’étais dans un avion de fin de journée qui me ramenait de Nice à Paris. La Compagnie avait eu la bonne idée de m’attribuer comme voisins, Nicolas et sa Maman Virginie. Le petit se rendaient à l’UNESCO pour présenter une action qui change le monde. Cela m’a aussitôt donné envie de partager cette belle aventure avec vous, surtout un week-end de Noël.

Vous imaginez bien qu’à 12 et 15 ans, les deux héros de notre histoire, ne vont pas en Loge… mais ils font des choses utiles et c’est de cela dont nous allons parler.

Elle se prénomme Mathilde, elle a 8 ans. Lui, c’est Nicolas et il a 5 ans. Nous sommes en 2016, pour atténuer le deuil de leur gentil chien Darwin, ils décident d’aider tous les chiens et chats abandonnés. Afin de rendre hommage à leur Darwin, ils vont oeuvrer auprès des animaux et de leurs environnements. Ils créent alors l’association : « Darwin Forever ».

Comme le dit très bien Mathilde, âgée aujourd’hui de 15 ans : « Il s’agit d’un mouvement de cœur pour ceux qui n’ont pas de voix et nous organisons depuis plus de six ans de nombreuses actions de sensibilisation ». Son frère Nicolas a fêté cette année ses 12 ans et ils sont plus que jamais motivés à agir comme nous allons le constater. La Soeur et le Frère nous détaillent l’ensemble des actions menées.

1ere Action : Les collectes

Les chiffres en 6 ans
A ce jour, nous sommes Près de 780 membres âgés de 5 à 25 ans sur toute la France, on a réussi à collecter :

  • 12 tonnes de croquettes récoltés et données aux animaux abandonnés des refuges et aux animaux des assos dans le besoin
  • 11 tonnes de couvertures (anciennes couvertures qui ont été recyclées offrant ainsi une seconde vie pour les animaux abandonnés)
  • 1 tonne de jouets pour chiens et chats (pareil recyclage de vieux jouets, balles de tennis…)

Une cinquantaine de partenaires bénévoles (points de collecte, vétérinaires, magasins, graphiste…) et tout dernièrement création d’une team MUM, Team DAD, Team GrandMA pour nous aider dans leurs actions sur toute la France

2e action : créations artistiques (dessins, vidéos, quiz, chanson…de sensibilisation)

On crée des Affiches « N’achetez plus mais Adoptez » et nos 1ères créations d’affiches se sont fait en 2017

3e Action: Créations de concours de dessins de sensibilisation avec des personnalités dans le jury

2020 : Contre les abandons des animaux , en 2021 : Imaginez un nouveau monde avec plus de respect pour les animaux et leur environnement avec David Hallyday comme président

4e Action: création de deux projets pédagogiques

1.Depuis 2021, on fait de la sensibilisation dans toutes les écoles élémentaires de Grasse avec la thématique : « Non aux abandons »

  1. Depuis 2022 on fait de la sensibilisation pour la Protection des océans et de ses mammifères marins contre les pollutions

on a crée une chanson de sensibilisation : Le monde Marin en Danger et des quiz de sensibilisation

On fait de la sensibilisation dans les ECOLES depuis 2020 dans les SESSAD* (Services Médico-Sociaux) et dans les CENTRES AERES depuis 2020

5e Action: chronique

Depuis 2020, on a une chronique « Les Amis des Animaux et de la Nature » qui a été diffusée dans Nice Matin, Kids Matin, Var Matin et Monaco Matin. On a fait plus de 40 interviews !

6e Action: on fait des Animations et de la sensibilisation dans les Magasins, dans les Centres Commerciaux , dans les salons

7e Action : on fait des expositions de dessins de sensibilisation on a plus 5000 dessins faits par des jeunes et des adultes

PRIX des jeunes héros des animaux de PETA 2021

Mimi Bekhechi Vice President, UK, Europe & Australia PETA

« Nous sommes impressionnés par les efforts déterminés de Nicolas et Mathilde, qui nous montrent qu’il n’y a pas d’âge pour écouter son cœur et aider ceux qui en ont le plus besoin, leurs actions dynamiques et bienveillantes pour améliorer le sort des animaux abandonnés et stopper le problème à la source (en favorisant l’adoption plutôt que l’achat) permettent d’inspirer petits et grands »

Le projet actuel des deux enfants est de produire un ouvrage sur les sauvetages car ils ont réalisé des sauvetages et Mathilde a tout consigné par écrit afin de relater ce qui s’est passé

ex : avec Blacky (Lire l’article)

Mathilde confirme qu’elle possède déjà une dizaine d’interview de personnes qui ont sauvé des animaux domestiques et sauvages et même certains de la ferme !

Visitez le site officiel de Darwin Forever

Vous pouvez vous aussi contribuer en participant à la cagnotte que les enfants ont mise en place :

Cliquez ci-dessous pour accéder à la cagnotte

Les 99 rues maçonniques de Naples

De notre confrère italien genteeterritorio.it – Par Pietro Spirito

Depuis quelques décennies seulement, le grand public découvre le charme de la « Naples souterraine », le territoire d’origine grecque habité par la sirène Parthénope. Mais il reste encore une Naples sous le soleil qui n’a pas encore été découverte et portée à la connaissance, non seulement des touristes, mais aussi de ses concitoyens eux-mêmes.

Antonio Emanuele Piedimonte se consacre désormais à cette opération, avec le livre « Les 99 rues maçonniques de Naples. La ville des frères. L’histoire de la franc-maçonnerie méridionale en toponymie », Edizioni Sub Rosa. Après avoir ouvert la voie à l’émergence d’une Naples souterraine, Piedimonte regarde désormais les horizons qui s’ouvrent à la surface de la ville, non moins cachés aux yeux distraits de ceux qui la traversent en ne regardant que les panoramas de la nature.

Pendant longtemps, Naples a été une ville ésotérique : un croisement entre philosophie, magie, religion et politique a traversé l’histoire de ce qui était alors, au XVIIIe siècle, la troisième plus grande ville européenne en termes de population.

Espace frontière entre l’Est et l’Ouest, entre le Nord et le Sud, le pays des volcans a toujours représenté la ligne de faille de la Méditerranée, depuis le mythe de la sirène Parthénope, quand tout a commencé.

Sur les chemins de l’histoire et de la connaissance ésotérique, les destins de Frédéric II, Stupor Mundi, les influences de la Tolède magique apportées par Alfonso pour arriver ensuite à l’explosion de pensées et de mystères qui s’est produite au XVIIIe siècle napolitain. Dans ce climat, la culture et l’organisation maçonniques se sont développées dans la ville napolitaine.

Née à Londres en 1707, la Franc-maçonnerie eut ses premières traces sur notre territoire en 1728, lorsque, selon certaines sources, une demande d’établissement d’une Loge régulière à Naples parvint à la Loge anglaise. Quoi qu’il en soit, vers 1730, une organisation maçonnique opérait à Naples. D’autres attribuent la primauté de la première Loge italienne à celle de Girifalco, fondée du côté ionien. Quoi qu’il en soit, Naples et le Sud possèdent certainement un palmarès en matière d’initiation au rite maçonnique.

Le conflit avec les institutions ecclésiastiques a commencé immédiatement et a constitué l’un des traits caractéristiques de l’histoire de la franc-maçonnerie italienne et méridionale, fortement conditionnée par le pouvoir temporel de l’Église, ainsi que par son opposition idéologique aux valeurs de la franc-maçonnerie.

Pour nous guider dans ce voyage à la découverte de nos origines perdues, Piedimonte utilise la toponymie, qui aide à reconstituer ces fragments d’histoires qui se succèdent au sein des lieux qui contiennent des traces de l’histoire vécue. Piedimonte le fait en suivant les instructions de Raimondo di Sangro, le prince de Sansevero, et du prince Antonio De Curtis, alias Totò, tous deux grands maîtres de la franc-maçonnerie italienne.

Nous partons de la rue emblématique de la ville napolitaine, Via Caracciolo, la fantastique promenade des cartes postales, qui tire son nom de l’amiral qui dirigea d’abord la marine des Bourbons puis celle de la Naples révolutionnaire de 1799. Entre la via Chiatamone et la via Parthenope se trouve la via Venanzio D’Aquino, prince de Caramanico et vice-roi de Sicile, ainsi qu’un maître maçonnique faisant autorité. L’empoisonnement du prince en 1795 était probablement dû aux travaux de réforme auxquels s’opposaient les barons de l’île.

La rue dédiée à Giovanni Pascoli serpente le long de la colline de Posillipo : le grand poète, bien qu’il ait cessé de fréquenter assidûment la loge maçonnique Rizzoli à Bologne, a toujours représenté les valeurs de cette association qui, au XIXe siècle, a animé la lutte pour la libération du peuple, comme le démontre en Italie l’adhésion de Giosuè Carducci et surtout de Giuseppe Garibaldi.

Près de Marechiaro se trouve la petite rue Franco Alfano, qui rappelle le musicien napolitain, connu surtout pour avoir achevé, à l’invitation d’Arturo Toscanini, Turandot, laissé inachevé à sa mort par Giacomo Puccini.

Pour trouver via Carducci, il faut se rendre à Chiaia : le prix Nobel de poésie séjourna à Naples en 1891, tout en exerçant le rôle de superviseur des commissions de fin d’études secondaires. Les idéaux du Risorgimento étaient étroitement liés aux valeurs maçonniques et les frontières étaient parfois difficiles à tracer.

Toujours à Chiaia, nous traversons ensuite la Via Giovanni Amendola, un Napolitain d’origine salernoise, un journaliste pur-sang, un homme politique libéral, un antifasciste courageux : c’est lui qui a proposé à Benedetto Croce d’écrire un document qui unirait les hommes de culture contre le dictature. A Nievole, une bande de 15 fascistes l’a massacré à coups de bâton. Réfugié en France, il est opéré dans un hôpital de Vannes, mais meurt des suites des blessures subies lors de l’embuscade fasciste.

À l’intersection de deux rues qui portent le nom de deux francs-maçons, Via Francesco Crispi et Via Giuseppe Martucci, se forme la Piazza Amedeo, un carrefour entre Chiaia, Vomero et Mergellina. Le nom a été donné en souvenir d’Amedeo Ferdinando Maria de Savoie. Après une brève expérience sur le trône d’Espagne, il s’installe à Naples et fait preuve d’un courage exceptionnel en apportant son aide lors de l’épidémie de choléra de 1884.

Via Gaetano Filangieri se souvient de l’un des plus grands représentants de la culture mondiale de cette époque, ami de Benjamin Franklin : auteur de la Science de la Législation, il a influencé la pensée et l’action de nombreux intellectuels et hommes politiques dans cette période de transition de l’ancien régime à la révolution et à l’affirmation ultérieure des démocraties bourgeoises.

La Piazza dei Martiri se souvient des citoyens qui ont lutté pour la liberté, en sacrifiant leur vie, lors du passage de la révolution napolitaine de 1799, l’un des moments les plus élevés de la saison qui entend transférer les lumières de la pensée dans la vie politique et sociale de la nation. Gennaro Serra di Cassano, Eleonora Pimentel Fonseca, Mario Pagano et tous les autres protagonistes de cette courte page.

Le livre continue avec la radiographie toponymique des figures maçonniques auxquelles les rues et places de notre ville ont été dédiées, dans le centre historique, dans le périmètre entre Foria, Borgo et Vasto, au Musée, Avvocata et Montesanto, à la zone ouest (entre Fuorigrotta et Soccavo), dans la zone nord (Scampia, Piscinola, San Pietro a Patierno), dans la zone orientale (Gianturco, Poggioreale, Barra, Ponticelli).

Se succèdent des personnages illustres qui ont marqué non seulement la ville, mais aussi la nation. Il suffit de feuilleter les pages de la liste des noms mentionnés dans l’ouvrage pour comprendre le Panthéon que l’on retrouve ensuite inscrit sur les plaques des rues et des places de la ville.

Cette Naples ésotérique qui a foulé la scène de la grande histoire surtout pendant deux siècles – entre le XVIIIe et le XIXe siècle – constitue l’une des racines fortes de l’identité napolitaine. Nous les avons laissés trop longtemps au sous-sol de notre mémoire.

Pour regarder vers notre avenir, nous devrions mieux connaître notre passé. Piedimonte nous y aide, avec un très beau livre, très riche en suggestions, qui traverse des histoires individuelles et collectives : des destins qui sont encore à l’intérieur de notre présent, inconsciemment.

Parler de plantes autrement

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Des histoires de plantes et d’hommes, inédites, amusantes et instructives !La guerre des Boers, Charlie Chaplin, des clous, Shakespeare, des smarties rouges, Georges Perec, du parmesan, un général mexicain, Rihana, les services secrets bulgares, l’école de voile, la Bible B42, du sang sur les endives… mais, Serge Schall ne devait pas nous parler de plantes ? Si, si ! Il ne fait même que cela. Et dans le style vif, décalé et plein d’humour que nous lui connaissons, pour nous livrer, en définitive avec le plus grand sérieux…

L’Auteur

Serge Schall est titulaire d’un Diplôme de Docteur-ingénieur en Agronomie, délivré par l’École Nationale Supérieure d’Agronomie de Montpellier et par l’Université des Sciences et Techniques du Languedoc de Montpellier.

Serge Schall est l’auteur de plus de 80 livres consacrés aux plantes et aux jardins, traduits dans de nombreuses langues. Citons :

  • Graines – 2020 Terre Vivante
  • Plantes aromatiques – 2021 – Eugene Ulmer
  • Arbres – 2022 – Terre vivante
  • Je jardine bio, à la cool – 2023 – Leduc
  • Chanvre et cannabis – 2023 – Terre Vivante

Il a reçu le prix Saint Fiacre en 2021 et le prix Emile Gallé en 2023 Il a plus de trois cent mille lecteurs et autant d’ouvrage parus.

Du sang et des hommes

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La pointe de la lame du Laguiole miroite au soleil. Guidée par ma main droite tremblante, elle est posée sur la chair, déjà enfoncée, à la base de ma main gauche ouverte. Assis à côté de moi sur un tronc d’arbre, mon petit camarade, l’air grave, fait le même geste avec la lame d’un Opinel, bien appuyée sur la face interne de son poignet. Au signal convenu, un clignement commun de paupières, nous tirons vivement le manche de nos couteaux, les dents serrées. Et soudain, le sang perle de nos deux coupures que nous rapprochons aussitôt, l’une sur l’autre, pour en mêler le précieux liquide vermeil. Il s’écoule, goutte à goutte, sur la feuille blanche de cahier posée dans l’herbe, comme témoignage de notre cérémonie secrète…

Je me souviens de ce moment très fort de mon enfance en Quercy, où avec ce copain local, nous avons pratiqué en fin de vacances, une initiation à notre manière dans une gariotte de berger, isolés du monde – et de nos parents – au fond d’un bois. En unifiant ainsi notre sang, à la manière des indiens vus dans un « illustré » – bande dessinée de l’époque – nous voulions sceller à vie notre complicité, pour ne pas dire notre fraternité, avant de partir vers nos destinées individuelles. Ce souvenir nous a marqués puisqu’il revient toujours dans nos conversations aujourd’hui, quand nous nous rencontrons, après des années accumulées d’une chaleureuse amitié demeurée intacte !

J’ignorais alors, et lui aussi sans doute, qu’une goutte de sang, cet élément vivant, contient plus de 250 millions de globules, des rouges et des blancs. Et que les globules rouges transportent entre autres, l’oxygène et le gaz carbonique. Comme j’ignorais que les globules blancs, tels des chevaliers du même nom, défendent mon organisme des agressions. Je ne savais pas non plus que les 4 à 6 litres de sang qui circulent en moi sont composés desdites cellules et de ce liquide complexe qu’est le plasma transportant pour sa part, entre autres, protéines et hormones, sels minéraux et oligo-éléments. Et, dans cette ignorance insouciante de mes dix ans, il ne pouvait même pas me venir à l’idée que l’ouverture pratiquée dans ma chair avec mon Laguiole se refermerait rapidement, grâce au travail de ces autres cellules nommées « plaquettes », assignées à la cicatrisation des plaies. 200 à 400 000 plaquettes par millilitre de sang qui sont toujours là dans mon circuit interne, je l’espère, pour s’agréger et coaguler en cas de besoin.

Bref, je n’imaginais pas que coulait en moi un fleuve continu aussi précieux et riche de substances actives mystérieuses, un fleuve à la fois nourrissant, nettoyant et protecteur qui me maintenait et me maintient toujours en vie, au rythme de mon muscle cardiaque. Pour en sentir les battements quand je venais de courir ou de pédaler, je savais que j’avais un cœur dans la poitrine bien sûr, mais qu’il soit une pompe centrale alimentant une petite et une grande circulation du sang, m’était tout à fait étranger.

Les artères, les veines, les veinules et autres capillaires courant sous ma peau, comme la savante tuyauterie d’une usine, n’étaient pas le souci premier du jeune enfant que j’étais et de son copain. Nous aurions été bien étonnés d’apprendre que la longueur totale des vaisseaux sanguins d’un adulte dépasse 100 000 kilomètres – soit plus de deux fois le tour de la terre ! – ou que la surface totale des parois artérielles pourrait s’étendre sur 1500 mètres carrés. Et quelle aurait été notre surprise si l’on nous avait dit qu’un cœur humain bat aussi 100 000 fois quotidiennement !

Ce qui importait pour nous ce jour-là avant notre séparation et mon retour en région parisienne, ce n’était certainement pas le « comment ça marche » du circuit sanguin – et ses 15 000 litres de sang pompés par jour – mais surtout la solennité de cette communion, au vrai sens du terme. Avec l’irruption quasi-magique, voire sacrificielle, de ces quelques gouttes de sang sur nos poignets, devenues une tâche rouge sur le papier par terre : un document que nous avons authentifié ensuite par notre signature – un serment de fidélité écrit à la plume « Sergent-major », trempée dans l’encre noire.

Nous avons conservé longtemps chacun dans un livre et sans le savoir, à la manière des deux parties d’un signe de reconnaissance symbolique, une moitié de cette feuille maculée. Quand je la regardais, au fil des ans, elle me semblait porter l’empreinte, de plus en plus pâle, d’une rose séchée.

La vie, la mort

Je me suis rappelé de cet épisode marquant de ma jeunesse en découvrant dans la Kabbale, la métaphore du sang et de l’encre qui a résonné en moi, telle une étrange coïncidence. Comme la Bible, dont elle est une grille de lecture, la Kabbale est aussi une théosophie formée d’une succession de livres et de textes, dont on connaît certains auteurs. Et précisément, l’un d’eux, le sage Abraham Aboulafia, rapproche ces deux liquides, le sang et l’encre, pourtant apparemment éloignés.

Pour lui, le sang, c’est le ciel rougeoyant derrière Moïse sur le Mont-Sinaï, c’est celui du mouton qu’il sacrifie avant de rencontrer le Seigneur sur cette montagne, c’est encore le sang des milliers de guerriers qui se sont entretués pendant un millénaire, c’est enfin le sang du Christ mort, le cœur transpercé par une lance.

L’encre, de son côté, c’est le nuage noir sur le même Sinaï, au moment de la réception des tables de la Loi par Moïse ; l’encre, c’est aussi « le liquide qui raconte » avec les milliers de parchemins noircis par l’écriture de l’imposante Bible.

Autant d’images qui rappellent bien entendu que le sang, c’est la vie quand il est contenu dans un corps, et c’est la mort quand il est répandu, hors de ce corps. En revanche, l’encre, elle, répandue dans les signes tracés, c’est l’expression de la vie consignée par écrit, mais c’est aussi la mort quand l’encre reste contenue dans un flacon, puisque la page, sans signes inscrits, reste blanche et muette.

Le sang et l’encre : deux fluides complémentaires, en vérité !

J’ai compris après cette réflexion, combien m’était symboliquement précieuse cette demie page de cahier d’écolier, tâchée de rouge et de noir, improbable marque-page que par réflexe, je recherche à l’occasion, comme une part d’enfance, au vrai comme une parole perdue, dans les livres de ma bibliothèque

 Nous le savons, la couleur rouge est associée aux émotions dites « fortes ». Elle accélère le rythme cardiaque. Voir un camion de pompier ou toute voiture rouge peut produire cet effet. On l’associe également à la violence et à la colère : Ce n’est pas un hasard si cette couleur du sang, excitante, a généré l’expression « voir rouge ». Ne serait-elle pas en fait le miroir individuel de notre mer rouge intérieure, si je puis dire, qui bouillonne en nous. Une mer qui, grâce à son mouvement circulatoire induit par notre pompe cardiaque, elle-même actionnée par les contractions de son système nerveux intrinsèque, une mer dis-je, qui nous ouvre au monde terrestre et sensible du vivant. En nous permettant ainsi, d’y être physiquement et psychiquement présent, donc de ressentir, de penser et de faire ! Et, suprême cadeau de la nature, d’avoir conscience que nous sommes en train de penser que nous pensons et faisons !

Une métaphore malicieuse me permet de me penser moi-même en ce moment, en suspension comme notre globe terrestre, telle une planète liquide et solide, faite à la fois de cet océan pourpre souterrain et de ce tissu charpenté de reliefs visibles, que j’appelle mon corps. Chacun de nous n’est-il pas d’ailleurs un monde en soi, fait de chair et de sang ?! Peut-être parce qu’il n’est pas apparent en permanence, sauf pour les membres du corps de santé habitués par métier, la vue du sang provoque souvent une émotion plus ou moins forte, précisément. Qu’il s’agisse de la flaque luisante sur l’asphalte qui fait ralentir l’automobiliste, témoin choqué d’un accident mortel. Ou au contraire, que ce soient les traces « vermeil » sur le corps de son nouveau-né, offert aux bras de la jeune maman radieuse.

La mort, la vie, la vie, la mort, ainsi se donne à voir et à penser le liquide sanguin, dans une symbolique fondamentale toujours recommencée au fil de nos jours. Par la couleur même de son pigment, l’oxyde de fer, le sang connote aussi bien la vitalité que la violence, et l’amour que la mort, depuis l’aube de l’humanité. On sait aujourd’hui que les artistes des cavernes employaient cet oxyde de fer dans leurs peintures rupestres et peignaient même de rouge les corps des morts, avant de les enterrer, qui sait pour leur redonner à jamais, la couleur chaude du sang et de la vie.

 A n’en pas douter, c’est bien le sang de la vie qui saute aux yeux si je puis dire, en ouvrant un Larousse illustré au mot « drapeau ». La couleur rouge vif de deux cents d’entre eux éclabousse les deux doubles pages ! Pas étonnant, puisque 80% des emblèmes en sont empourprés. La lecture en sous-titre des noms des nations représentées peut aussi, il est vrai, évoquer pour certaines d’entre elles, le sang de la mort…

 Parce que la symbolique du sang comporte cette dualité de la vie et de la mort vraisemblablement depuis l’origine, elle en a imprégné le langage. Les locutions « avoir quelque chose dans le sang » et « avoir le sang chaud » n’ont effectivement pas le même sens que l’expression « être assoiffé de sang » !

 Ce prestigieux, voire mystérieux liquide qui circule en nous, en ce moment même, et anime chacun de nos corps, a imposé au cours de l’histoire une autre dualité. Dans le culte indo-européen du dieu Mithra qui a précédé le christianisme, du nord de l’Angleterre jusqu’en Iran, en Perse et même en Egypte, intervenait la notion de sang pur et impur. Absorbé ou reçu sur le corps lors de cérémonies en place publique, le sang du taureau, jugé intègre, était censé donner aux hommes la force vitale perpétuelle. En revanche, les femmes en période de menstruation, supposées momentanément porteuses de forces négatives, devaient se mettre à l’écart de la communauté.

Les dangers du symbole

« Perdre la pureté de son sang, suffit à perdre à jamais le bonheur intérieur et à terrasser l’homme ». Qui s’exprime ainsi ? Trois millénaires après le mithraïsme, c’est le sinistre Adolf Hitler, dans son livre Mein Kampf ! On ne peut traiter de la symbolique du sang sans malheureusement rappeler la monstruosité de ce personnage et de son équipe d’horribles malfaisants qui, au vingtième siècle, ont volontairement entretenu une confusion entre le sang, la mort et la terre, jusqu’à passer du sacrifice mythologique au sacrifice réel de millions d’êtres humains.

Dans sa mégalomanie, pour ne pas dire son délire, le Führer autoproclame la suprématie de la race germanique, dite la race aryenne. Et décide, au nom de l’idéologie national-socialiste, d’exterminer les Juifs, les Tziganes et les homosexuels. Les Juifs, particulièrement, représentent ce peuple sémite – un groupe ethnique donc impur à ses yeux – venu de Judée, après la destruction du Temple de Jérusalem, il y a quelque deux mille ans ! Et qui depuis, mêlé sournoisement aux grands Aryens blonds du Nord, souille en Europe, toujours selon lui, l’ethnie supérieure !

Cette folie obsessionnelle fait dire à Hitler que les Juifs sont responsables de la défaite allemande, lors de la première guerre mondiale de 1914-1918, et porteurs d’un projet néfaste, l’exploitation des nations. Ils doivent donc disparaître pour que soit régénéré le sang aryen! Le projet néfaste, c’est le sien, qu’il a mis à exécution, assisté par la police militarisée du parti nazi – les sinistres SS (Shutzstaffel) de fait une armée endoctrinée, parallèle à la Wehrmacht. Et sous l’emblème détourné du svastika hindou, symbole d’amour, devenu une croix gammée noire, telle une araignée stylisée, symbole de mort.

Il est instructif, pour les francs-maçons que nous sommes, de constater la dangerosité possible du symbole, quand, par falsification, il en est fait un complexe représentatif délirant aux propriétés sensibles, qui mélange en un seul tous les plans de référence. Le sang est alors interprété pêle-mêle en termes de race, de patrimoine héréditaire, d’information génétique et de sol germanique faussement sacralisé, pour ne pas dire déifié. Et selon cette croyance hitlérienne, sorte de concept fantasmatique, ce sang « blasonné » irrigue en l’occurrence le corps matériel et biologique d’une « mère-Allemagne » auto-dévorante : elle exige le sacrifice de ses fils et l’holocauste de tous ses ennemis !

Ainsi a pu se former une abominable trilogie du sang, de la mort et de la terre. Elle a donné lieu au sinistre slogan Blut und brod : le sang et le sol, qui a littéralement hypnotisé l’immense majorité d’un peuple. « Plus jamais ça ! » avons-nous entendu après la deuxième guerre mondiale : malheureusement, la folie des hommes n’est pas demeurée une exclusivité nazie et le phénomène mimétique sacrificiel ne cesse encore aujourd’hui de se déplacer sur le globe terrestre !

Après le constat, il s’agit de comprendre. Nous venons en loge pour élargir notre pensée : c’est-à-dire nous informer, nous enrichir par l’échange et repartir pour tenter de mieux interpréter la cité et pourquoi pas l’instruire et s’instruire, chacun avec ses moyens. Il n’est donc pas inutile de réfléchir un instant, à cette notion de sacrifice et de détournement de sens.

Depuis son origine, « l’homme-individu » vit son corps sur terre comme un sac de chair ambulant dans lequel il est enfermé et d’où dépasse sa tête. Une tête qui lui permet de voir, d’entendre, de respirer, de ressentir et penser le monde. Il ne peut toutefois pas voir l’intérieur de son corps, où il subodore la présence d’une machinerie particulière et la circulation de flux divers.

Avec son rêve éternel de voler, il entretient celui de la transparence de ses organes, des vœux non encore exaucés à ce jour, même si l’imagerie médicale, toujours plus performante fait d’immenses progrès ! Conscient de sa fragilité, du trépas à venir, et de la néantisation de son corps, la peur lui a fait inventer la guerre. Sous prétexte de conquête ou défense de territoires, et animé d’une volonté de puissance illusoire, il tente depuis des lustres de retarder sa propre mort en voulant par les armes, faire mourir l’autre avant lui !

Au vrai, la mort le fascine autant qu’elle l’effraie. A cette idée de mort s’est agrégée au fil du temps, celle d’une offrande à faire à ces forces supérieures de la nature qui le dépasse, à ce divin céleste redouté, histoire de s’en attirer les bonnes grâces ! L’homo sapiens lui a d’abord offert des fleurs, de l’épeautre, du blé. Autant de végétaux coupés avec des faucilles de silex en forme de croissant de lune, par imitation respectueuse des objets visibles du cosmos.

Puis après la découverte du feu et à l’âge de bronze, a surgi en lui – avec la confection des dagues et des épées – la curiosité à la fois morbide et utile d’ouvrir les cadavres. Et de les offrir aux dieux, vidés de leur sang, sur des autels de pierre. Qu’il s’agisse d’humains, adultes et enfants, intentionnellement tués. Qu’il s’agisse ensuite de troupeaux, à l’image biblique de Caïn offrant un agneau éventré au Seigneur. Ou à celle de Moïse précité, aspergeant les Hébreux au pied du Mont Sinaï, du sang de moutons sacrifiés, pour sceller l’alliance de son peuple avec Dieu. Qu’il s’agisse enfin, au temps de la Grèce antique, d’oiseaux occis et vidés par les pythonisses, censées lire l’avenir impérial dans leurs viscères !

Encore aujourd’hui, par convictions religieuses ou superstitions sectaires, cérémonies vaudous, chamaniques ou autres, un million de poulets ont chaque jour la tête tranchée, et le sang gicle en Afrique, en Asie ou en Amérique du sud. Et que dire des moutons ou des veaux qui, selon les fêtes religieuses calendaires, sont toujours exterminés et vidés de leur sang, dans le respect même des coutumes ancestrales.

Le franc-maçon peut ici s’interroger, précisément sur la tradition paradoxale de l’agneau pascal, symbole de pureté et d’innocence pour les trois grandes religions monothéistes, qui est pourtant sacrifié, égorgé lui aussi, pour devenir un symbole de vie et de résurrection, au nom du sacrifice d’Abraham. Conjurer la mort par la mort donne tout de même à penser !

L’unité corps-esprit

Puisque nous participons nous-mêmes, indirectement, à ce cérémonial intégré à nos rites, certes en le chargeant de nos représentations individuelles et en gardant raison, il est néanmoins intéressant, en toute humilité, de revisiter la symbolique du sang, à la lumière interprétative maçonnique.

Force est de constater que depuis des millénaires, pratiquement toutes les cultures ont attribué au sang des pouvoirs magiques, qu’ils soient bénéfiques ou maléfiques. Au XXIème siècle encore, beaucoup de familles sont persuadées que c’est le sang seul du beefsteak – de bœuf ou de cheval – qui donne l’énergie à leurs enfants. Comme on y est convaincu qu’une femme indisposée ne peut réussir à monter une mayonnaise ! Et les romans et films mettant en scène le vampire Dracula, procurent toujours des peurs délicieuses aux nombreux amateurs, sur le fragile frontière entre imaginaire et réel. Quant à l’intraitable créancier avide d’argent, à l’image de la sangsue, il est encore de nos jours, qualifié d’affreux « suceur de sang » !

Ainsi en va-t-il de l’aventure du corps humain et des fantasmes langagiers qui l’environnent. Plus l’homme s’étudie lui-même avec une pensée logique et progresse dans l’approche scientifique de ses mécanismes de fonctionnement, plus semble se solidifier parallèlement une pensée magique ouverte à toutes les croyances. Notre imaginaire semble suivre les progrès de la photographie numérique et possède une focale très grand angle !

Pourtant un verre de vin, même un très grand cru, même s’il est qualifié de sublime « sang de la vigne » ne remplacera jamais quand il le faut, une salutaire transfusion de sang ! L’effet placebo a tout de même des limites !

A l’évidence, l’esprit a incontestablement une influence sur la matière, mais on ne peut plus dire qu’il lui est supérieur, comme on le dit encore trop souvent, dans notre littérature même. En effet, le cerveau est le siège des processus cognitifs permettant l’élaboration de la pensée et il exerce une action constante sur nos organes. Cependant, en retour, les informations provenant du corps, influent sur le fonctionnement cérébral et donc, la production des idées. La connexion entre le cerveau et le système immunitaire ne s’établit pas uniquement par le réseau nerveux. Les globules blancs agissent eux-mêmes comme de véritables cellules nerveuses dans la circulation sanguine. Jusqu’à être qualifiés par les chercheurs contemporains, de « cerveau mobile » !

La santé a pu être définie comme « le silence des organes ». Un silence qui ne les empêche pas d’agir. La science médicale remarque très bien aujourd’hui l’influence bénéfique réciproque de la pensée et desdits organes lors des maladies, des plus bénignes jusqu’aux très graves, telles les atteintes leucémiques ou sidéennes. Il est donc puéril sinon vain, pour ne pas dire vaniteux, de vouloir encore opposer la chair et l’esprit. Ce dualisme n’est plus de mise et une définition beaucoup plus réaliste est donnée actuellement par ladite science, quand elle évoque « l’unité corps-esprit ».

 La tête et les jambes fonctionnent ensemble, les marathoniens le savent depuis Philippidès, le premier coureur du genre de la Grèce antique. Au risque de fâcher les intellectuels purs et durs, il nous faut donc abandonner le concept cartésien dépassé de la séparation du corps et de l’esprit. Il en est ainsi de toute tradition. Celle-ci est en soi un progrès qui a réussi. De la sorte, une autre tradition et un autre progrès suivront forcément, dans le cycle naturel mort/renaissance qui crée le mouvement du monde.

Si, tant dans ma vie profane que dans ma pratique maçonnique, je me vis comme un « tout », c’est-à-dire si j’accepte l’idée que mon psychisme agit sur mon corps et qu’en retour, l’état de mon corps – par le biais de mes systèmes nerveux, immunitaire et endocrinien – influence mes processus cognitifs et mes ressentis, alors ce n’est plus ma tête seule qui circule dans la cité et vient en loge ! Alors, ce corps entier retrouvé, cette unité corps-esprit me permet de vivre une maçonnerie bien plus complète, plus pleine.

Tant au niveau émotionnel que mémoriel. Tant sur le plan des apprentissages et du comportement. Alors, au degré d’apprenti, je comprends mieux la gravité du parjure et son châtiment fatal lorsque ma main glisse symboliquement sous ma gorge tel un poignard prêt à trancher pour que jaillisse le sang de mes jugulaires. Debout et à l’ordre, je sens mon cœur qui bat et partant, la rivière de la vie qui circule en moi.

De Dyonisos à Orphée

Les mythes et les rituels permettent d’organiser le chaos et ainsi, de revenir à l’ordonnancement des choses. Il me paraît important d’observer l’une des séquences rituéliques, à savoir le banquet maçonnique, quel qu’en soit le degré. Les nutriments solides et liquides pris en commun, et absorbés par chacun à la même heure, donc dans une unité de substance, de temps et de lieu, créent la réunion et le partage, c’est-à-dire que la métaphore alimentaire nous fait passer ici du désordre à l’ordre. Cette nourriture, en l’occurrence, le pain et le vin, absorbés ensemble, gomme les différences individuelles : nous devenons ce que nous mangeons, en l’espèce le Un et le Tout, le même Homme régénéré, autant dire neuf, dupliqué en autant de participants (es). Selon le rituel ancien, qualifié de « théophage » nous recevons ainsi, par le blé et le raisin transformés, la puissance des forces supérieures. !

Quel est ce rituel ancien ? On a coutume de « rapprocher » le banquet maçonnique de Pâques des phases de la Pâque chrétienne. Or si l’on se penche sur les origines du christianisme, il apparaît qu’il n’est pas forcément né dans la tête de Paul de Tarse sur le chemin de Damas, après la mort du Christ. Le christianisme primitif, en tant que secte acceptée au sein du judaïsme, se serait bel et bien inspiré en l’an 65 date de la rupture – avec peut-être une intention syncrétique – à la fois dudit judaïsme certes, et également du lointain mithraïsme précité, mais encore des doctrines structurales de l’orphisme, une religion initiatique de la Grèce ancienne, basée sur l’ascèse. Cette religion tire d’évidence son nom de la légende d’Orphée lequel, avec sa lyre, aurait réussi à charmer Cerbère, le chien gardien des enfers, pour tenter d’en sortir et ranimer Eurydice son épouse, morte piquée par un serpent. Autrement dit, c’est le combat éternel de la vie contre la mort.

 Les agapes régulières de la vie orphique, d’où était exclue la viande, consistaient à s’offrir mutuellement entre fidèles du culte, des galettes de blé et du vin, pour honorer le dieu de la vigne Dyonisos, et à distribuer une part de cette nourriture aux démunis de la Cité. Un second rituel consistait à regarder régulièrement le ciel puis la terre pour signifier leurs noces et invoquer la fécondation, donc la vie. L’absence de viande symbolisait l’évitement de l’effusion de sang, donc la paix et la concorde. Partager le pain et le vin, base de tout repas en commun, peut être traduit par métaphore en actes généreux dans la Cité. En mangeant le végétal par le pain interposé, en buvant symboliquement le sang de Dyonisos, par l’entremise du vin, nous absorbons ainsi symboliquement l’énergie vitale pour devenir en quelque sorte, et toutes proportions gardées, les pèlerins du monde. Et y transmettre la sagesse des mythes et des légendes, dont la transposition renvoie au bon comportement individuel.

 Mais on ne transmet ni la foi ni l’espérance d’un futur pacifique à des hommes et des femmes aux ventres vides. Il s’agit d’abord de rassasier les corps. La charité qui s’inscrit ici dans la démarche altruiste, (rappelant ici l’une des vertus théologales) ne consiste pas toutefois à renouveler uniquement la distribution de nourriture à dates fixes. Il s’agit aussi de transmettre symboliquement la semence et le plant, et matériellement le grain de blé et le pied de vigne, pour qu’à son tour, le démuni possède le « manger » et le « boire », et devenant ainsi un être libre, il éprouve le désir de partager, dans un souci d’égalité. Aussi bien le charnel que le spirituel. Remettre un homme debout, c’est s’élever soi-même. La main qui donne ne doit pas rester plus haute que celle qui reçoit.

 Aider autrui à vivre, c’est favoriser sa croyance en lui-même, c’est l’encourager à explorer et à exploiter ses ressources intérieures. Alors, il devient prêt à accueillir savoirs et connaissances. La tradition orphique voulait que ne soit donnée de nourriture et de boisson qu’aux vrais nécessiteux, pour éviter l’injustice et le gâchis. Cette image antique invite le franc-maçon, la franc-maçonne, à faire preuve de discernement. Il ne s’agit pas non plus qu’il donne jusqu’à se déposséder. On ne recharge pas une batterie avec la sienne à moitié vide !

 Lorsque, pendant la chaîne d’union terminale d’une tenue, nos bras croisés se chevauchent, au-delà des mots, il se crée un lien particulier, jusqu’à ne faire dans notre pensée qu’une seule personne. C’est ce lien entre le corps et l’esprit qui fait l’unité de l’être humain. Et c’est ce lien entre les Frères et les Sœurs qui, par une autre métaphore, fait « l’unité de l’humanité », joliment qualifiée « d’humanitude » par le généticien philosophe Albert Jacquard.

Quelle que soit notre couleur de peau, celle du sang est la même, c’est la couleur rouge de la vie. Comme des vases, nous sommes des communicants, Frères et Sœurs par nature. Les liens du sang sont précieux en tant qu’attaches familiales. Mais il n’y a pas d’autre plus beau lien volontaire et solidaire – une transfusion de sens si je puis dire ! – que celui de la tubulure qui me relie à l’autre quel qu’il soit, lorsque, par le biais d’une précieuse poche de vie, je lui fais don de mon sang ou qu’il m’offre le sien. Telle une part de lui, telle une part de moi. Parce que vivre mon corps et mon esprit, c’est aussi ouvrir mon cœur.

Thierry Zaveroni, Grand Maître, s’exprime sur « L’intelligence artificielle, quelle approche pour la Grande Loge de France ? »

L’émission « Divers aspects de la pensée contemporaine » diffusée sur France Culture est un programme radiophonique de renom qui offre aux auditeurs une exploration profonde et variée des idées et des débats philosophiques actuels.

Chaque dimanche, cette émission invite des penseurs, des philosophes, des écrivains, des francs-maçons et des scientifiques à partager leurs réflexions et leurs analyses sur des sujets variés qui touchent à la société contemporaine, à l’éthique, à la politique, à l’art, et à la science.

France Culture
France Culture

« Divers aspects de la pensée contemporaine » est plus qu’une simple émission culturelle… C’est une fenêtre ouverte sur le monde des idées, invitant à la réflexion et à la compréhension de notre époque en général et de l’art royal en particulier. Elle représente un espace précieux pour ceux qui cherchent à comprendre les courants de pensée qui façonnent notre monde et à participer au dialogue intellectuel contemporain.

Thierry Zaveroni, Grand Maître de la GLDF
Thierry Zaveroni, Grand Maître de la GLDF

Ce dimanche 17 décembre 2023, Perry Wiley et Clément Ledoux recevaient Thierry Zaveroni, Grand Maître de la Grande Loge de France.

Présentation de l’émission Divers aspects de la pensée contemporaine sur France culture

« À l’heure d’une révolution technologique qui interroge notre conscience, notre éthique et nos rapports humains, Thierry Zaveroni, Grand Maitre GLF nous invite à réfléchir aux enjeux de l’Intelligence Artificielle sur le plan spirituel.

Science et intuition, idée et outil

Au début du 20e siècle, la pensée d’Auguste Comte a influencé la Grande Loge de France, remettant en question ses valeurs traditionnelles en favorisant la science sur l’intuition et le savoir absolu sur la spiritualité. Cette époque a pu souligner les dangers de soumettre les idées aux outils, un avertissement pertinent à l’ère nouvelle de l’Intelligence Artificielle (IA).

L’Intelligence Artificielle

Les progrès de l’IA suscitent en effet interrogations et divisions, certains plaidant pour une approche libéralisée promettant une émancipation mondiale, tandis que d’autres préconisent de ralentir pour donner un sens aux développements technologiques. »

En écoutant jusqu’à la fin, vous connaîtrez la question à l’étude des loges 2024 !

Le podcast.

Voici deux images, avec celle du bandeau, représentant une scène futuriste mettant en scène l’Intelligence Artificielle (IA) et conçues par IA. On y voit un grand superordinateur central avec des néons et des circuits complexes, entouré d’écrans holographiques et de bras robotisés, sur fond de paysage urbain high-tech.

Guillaume TRICHARD, Grand Maître du GODF s’exprime…

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Projet de loi immigration
Communication de Guillaume TRICHARD,
Grand Maître du GODF le 19 décembre 2023

Déplacement à Abidjan, en Côte d’Ivoire
Communication de Guillaume TRICHARD,
Grand Maître du GODF le 18 décembre 2023

Communication de Guillaume TRICHARD,
Grand Maître du GODF le 16 décembre 2023
suite à la conférence « Iran : une espérance ? »
le 14 décembre dernier à Paris

Les Aventures d’Hervé : De la Pierre Taillée à l’IA | Sous le Bandeau | Épisode #77

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🎙️ Cette semaine, notre édition « Sous le Maillet » continue son exploration de l’avenir de la Franc-Maçonnerie. Nous accueillons Frère Hervé, auteur de « Humanité Artificielle », pour une discussion fascinante sur l’équilibre entre les traditions maçonniques et l’innovation.

Dans cet épisode, nous abordons :
🔍 L’influence de l’évolution sociétale sur les fondements traditionnels de la Franc-Maçonnerie.
💡 L’intégration de l’intelligence artificielle en maçonnerie et l’émergence de nouveaux concepts comme la Maçonnerie Virtuelle.
🤔 La question cruciale : la Franc-Maçonnerie doit-elle s’adapter pour rester pertinente dans notre société moderne ?


Franco, notre hôte habituel, et Hervé partagent leurs points de vue sur la nécessité d’une évolution maçonnique, en offrant des anecdotes qui montrent comment cette institution séculaire pourrait s’épanouir dans le monde d’aujourd’hui. Préparez-vous à une réflexion profonde sur le rôle des traditions dans une ère de changements constants.

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Message spirituel des Templiers au XXIe siècle – Conférence en ligne

Le Temple nous parle de la métamorphose spirituelle de l’homme et de l’histoire en marche vers son accomplissement. Il nous parle d’une quête à la fois historique et personnelle, intemporelle et éminemment contemporaine.

Cette conférence se propose d’éclairer la mission des moines-soldats qui s’efforçaient de concilier le Spirituel et le Temporel dans une réalité plus haute qui est le Temple. A partir d’une compréhension de la mission christique du Temple médiéval, du sens profond de son surgissement à l’aube du XIIe siècle et des raisons de sa disparition brutale deux siècles plus tard, cette conférence se propose de nous éclairer sur les forces d’ensemencement spirituel nées de son sacrifice. Des forces nécessaires pour les temps qui s’ouvrent aujourd’hui devant nous.

Cette conférence nous parle de l’homme « deux-fois-né » spirituellement, selon les propos de Jésus à Nicodème, porteur d’un niveau de conscience supérieur et d’une connaissance mystérieuse et cachée selon saint Paul, la Gnose que l’on appelle le Graal, dont notre temps a le plus urgent besoin.

Elle nous parle de notre époque, cruciale à l’aube du XXIe siècle précurseur, dans l’espérance d’une Terre spirituellement métamorphosée.

Dans cette série figurent les interventions précédentes de Jean-Marc Vivenza et de Monique Molière sur la FM.

« Les Voies de l’Esprit »

Des expériences et des traditions pour notre temps

« Les Voies de l’Esprit » est une série documentaire qui a pour objectif de faire découvrir la richesse des traditions et des expériences spirituelles de l’Humanité.

Nous rencontrerons sur ces « Voies » des représentants qualifiés et expérimentés des traditions qui sont dépositaires d’une sagesse ancestrale issue du bouddhisme, de l’hindouisme, du yoga, ou du chamanisme par exemple.

D’autres traditions plus proches de nous, ont généré de puissants courants mystiques et des personnages fascinants à travers le christianisme (mystique chrétienne), l’islam (soufisme), et le judaïsme (Kabbale).

Nous nous attacherons aussi à faire connaître la tradition alchimique occidentale (hermétisme) qui est très liée au symbolisme des Rose+Croix et à la Franc-Maçonnerie.

Nous aborderons la fascinante question de l’« initiation » et du « chemin initiatique » proposés par les traditions ésotériques formant le « cœur » spirituel secret du christianisme (ésotérisme chrétien), de l’islam (soufisme) et du judaïsme (Kabbale).

Nous verrons que Les Voies de l’Esprit sont aussi celles des « expérienceurs » qui ont vécu une Expérience de Mort Imminente (EMI) ou un éveil de Kundalini.

Nous serons émerveillés de voir que ces « Voies » nous reconnectent avec notre essence spirituelle profonde et notre « verticalité » intérieure qui sont capables d’accomplir de véritables prodiges (guérison, vision à distance, précognition, etc.).

Nous explorerons ensemble toutes ces « Voies » pour montrer qu’elles peuvent nous apporter des enseignements utiles pour aborder avec sérénité les défis des prochaines décennies.

Nous sommes convaincus que les solutions pour l’avenir s’ancrent dans les sagesses du passé et dans le vécu d’expériences bouleversantes ayant un caractère spirituel.

Daniel RobinFondateur de Vertical Project

« Ordo ab chao » : de la devise une clé de vie !

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L’univers serait né du bing bang initial et de ce jaillissement confus auraient surgi au fil du temps (notion aux définitions variées !) des systèmes solaires organisés avec des lois de fonctionnement. Ce mystère de la nature donne à réfléchir à la Franc-maçonnerie depuis son origine, au point que les loges ont intégré le ciel et les astres, donnés à voir dans leur décoration. Elle en a même fait, à partir de métaphores élaborées, des sujets de réflexion. La tête dans les étoiles mais les pieds sur terre, les maçons et les maçonnes ont tiré une pensée créative des mouvements célestes. En quoi et comment la fascinante marche de l’univers influence-t-elle leur proche démarche ?

L’idée d’un « ordre du monde » intervenu après ce « big-bang » – ce tohu-bohu du commencement, décrit par les astrophysiciens – est très ancienne et universelle. La Bible y fait allusion dès ses premières lignes et les philosophes grecs de l’Antiquité y adhèrent, notamment sur la base des quatre éléments.

Platon illustre parfaitement la formule en écrivant dans « Timée », l’une de ses œuvres : « Lorsque Dieu entreprit d’ordonner le tout au début, le feu, l’eau, la terre, l’air, portaient des traces de leur propre nature, mais ils étaient tout à fait dans l’état où tout se trouve naturellement en l’absence de Dieu. C’est dans cet état qu’il les prit et commença par leur donner une configuration distincte au moyen des idées et des nombres. Qu’il les ait tirés de leur désordre pour les assembler de la manière la plus belle et la meilleure possible, c’est là le principe qui doit nous guider constamment… »

La loge, à l’image du monde

 Ce thème du monde désordonné que l’homme doit précisément ordonner, a été entretenu par le « constructivisme », un courant artistique d’origine russe dans les années 1920 qui considère tout objet de pensée comme « construit ». Une même signification, si l’on peut dire « d’organisation post-anarchique » est donnée en franc-maçonnerie où sous la devise latine « Ordo ab chao », s’est définitivement créé le Rite Ecossais Ancien et Accepté. Nous savons que celui-ci a entrepris au 18ème siècle de « requalifier » les degrés maçonniques de l’Ecossisme (en référence à la franc- maçonnerie spéculative écossaise…née en France !). Partant, dans ce qui été appelé « le fouillis des Hauts-Grades » – après leur multiplication, suite au discours du Chevalier Ramsay du 26 décembre 1736 dans une loge parisienne – le Rite Ecossais Ancien et Accepté s’est imposé de « remettre de l’ordre dans la maison ».

Comme toute définition symbolique, la formule « Ordo ab chao » demande à être étudiée dans le contexte spécifique où elle prend sens et partant, ses mots sont à même de recouvrir une signification différente, selon le temps et le lieu, selon que nous nous plaçons dans le monde de « l’inanimé » ou du « vivant ».

Choisissant avec le philosophe de voir « l’homme au centre de toute chose », je préfère entendre « Ordo ab Chao » comme une clé de vie. De fait, que nous dit-elle sur le plan du vivant ? Puisque, par nature, l’esprit humain a besoin d’un début, d’un point de départ, rappelons que tout aurait commencé selon la moderne chronologie radioactive, dix milliards d’années après la naissance de l’univers, avec le fameux big bang précité. Ce dernier, nous l’avons dit, a lui-même généré le système solaire et son cortège de planètes, lesquelles se sont formées – et semble-t-il, le processus de vie après elles – il y a quelque cinq milliards d’années.

L’homme, lui, est apparu sur terre, il y a quatre ou cinq millions d’années seulement, après plus de soixante-dix millions de mutations biologiques successives, nous indiquent les sciences concernées. Peut-on qualifier pour autant de « désordre » cette période de transformations qui, à partir du primate, a abouti à l’homo sapiens sapiens, lequel représenterait l’ordre conséquent ?!

Il est tout de même plus juste de parler « d’évolution », selon la théorie chère à Charles Darwin, et qui nous a vus, en devenant « matière pensante », perdre notre fourrure au profit d’un cerveau de plus en plus riche en neurones. Cette théorie, à défaut d’être totalement expliquée mais aujourd’hui démontrée, nous devons donc rester modestes en tant qu’êtres inachevés, opérant dans un système évolutif en marche !

L’homme, modèle d’adaptation

Dans cette optique, il est probable que la conscience dont nous sommes dotés, faisant de nous des animaux dits « supérieurs », n’a pas atteint le plein développement que devrait connaître un jour un « super-sapiens » à notre suite. En attendant, comme la girafe qui, au fil des âges, (de mutations en mutations) aurait allongé son cou pour attraper les hauts feuillages, il n’est pas interdit d’espérer, dans la pure logique darwinienne : que notre cerveau lui aussi puisse gagner quelques précieux grammes de matière grise et – il le faudrait – de sagesse, à la faveur d’un fonctionnement de l’esprit toujours plus affiné !

Les paléontologues s’accordent pour nous dire que cette conscience qui nous a été donnée, il y a deux ou trois millions d’années, nous a permis très progressivement de nous percevoir nous-mêmes en train d’être et d’agir. Puis, elle nous a offert la réflexion et l’abstraction à partir de notre langage, la capacité d’opérer des représentations symboliques et en plus d’envisager le futur, donc d’anticiper et de concevoir des projets.

Cette créativité en constante perspective – qui nous distingue radicalement des autres animaux – s’est manifestée il y a environ cinq cent mille ans successivement par la découverte du feu, la fabrication de l’arc et des flèches, l’extraction des minerais, l’invention de la roue et tout récemment…de l’électricité, des transistors, de l’avion supersonique, du TGV, de la carte à puces, de l’informatique et de l’ordinateur ! Autant d’actes initiés par notre imagination qui nous ont apporté à la fois le miel et le fiel, l’ordre et le désordre. De la chasse nourricière à la notion égoïste de territoire à conquérir, de la lenteur à la vitesse, de la science novatrice et du confort domestique à la guerre, du développement économique au désespérant chômage actuel qui perdure…

 Avec l’apparition de notre conscience est aussi née la fameuse trilogie questionnante : Qui suis-je ? D’où viens-je ? Où vais-je ? Et avec elle, l’angoisse existentielle correspondante, ce désordre intérieur individuel vraisemblablement à l’origine de l’homo religiosus qui – quoi que nous en disions- habite chacun d’entre nous, sous les formes de croyances les plus diverses.

Solidarité et compétition

 Si cette idée de « reliance » du vivant à une force ou un être supérieur a pu introduire la notion de sacré dans notre existence et nous inciter au respect et à l’enterrement des morts, ce sur toute la planète, il est observable que nous n’avons pas le même respect pour les vivants, nos frères en humanité ! Certes, contrairement à la plupart des bêtes qui abandonnent leurs congénères défavorisés, un esprit de solidarité propre à notre espèce, nous engage à assister nos plus faibles, enfants et vieillards, à soulager les souffrants et à prendre en charge leurs divers handicaps. Mais en même temps, un esprit de compétition, un désir de suprématie et de possessivité – phénomène justement dénommé « Hiérarchies de dominance » par le biologiste Henri Laborit – pousse les peuples nantis à tenir à distance les populations démunies avec seulement des aides alimentaires ponctuelles et des dons de matériels souvent dépassés !

 Autrement dit le nord, géographiquement avantagé, entretient d’une certaine façon la misère du sud, en le maintenant en état de dépendance. Alors qu’ il faudrait opérer des transferts technologiques massifs ! On rétorquera que les « choses seraient en train de bouger ». Si c’est vrai tant mieux. Ce qui bouge pour l’instant encore, semble-t-il, ce sont ces milliers de migrants qui tentent de traverser la méditerranée, et où, malheureusement, beaucoup meurent noyés, suite au chavirage de leurs fragiles embarcations de caoutchouc surchargées.

 A l’image de la célèbre parabole christique, et dans trop nombreux cas, le riche préfère toujours au XXIème siècle, donner du poisson au pauvre plutôt que de lui apprendre à pêcher. Nous sommes ici dans la forme perversifiée d’Ordo ab Chao. Un certain ordre est bien obtenu à partir d’un désordre certain. Mais, trop souvent encore, au prix de l’atteinte à la dignité de la personne humaine !

Jusqu’à présent, l’ordre des choses, ou plus joliment dit en langage de nos savants contemporains – la flèche du temps – a depuis l’origine, jalonné sa trajectoire dans notre univers en passant, en gros, par les trois étapes, matière inerte, matière vivante, matière pensante. Il semble bien que le parcours de la quatrième étape, que j’oserai appeler celle de la matière aimante relève de la responsabilité de l’homme et reste à accomplir par lui, dans le cadre même de sa liberté sur cette planète.

Fût- ce au gré d’un apprentissage, puisque son cerveau ne comporte pas de « centre de l’amour », comme l’a souligné Henri Laborit le biologiste-chirurgien précité. Peut-être en sera-t-il doté plus tard, grâce à une vraie disposition à aimer, dans le cadre même de l’évolution darwinienne. Bien sûr, il convient d’abord pour cela que notre conscience encore embrumée s’éveille enfin et que nous sortions de notre détestable « chacun pour soi » et de nos corporatismes effrénés pour nous intéresser généreusement à l’Autre, cet autre Moi !

De la haine, l’amour

 Un effet de mode nous fait beaucoup trop parler en ce moment et à tout propos, de sens et de « quête de sens ». Or le sens même de la vie, n’est-il pas simplement à rechercher dans le respect et l’estime de soi en même temps que dans l’amour de notre prochain ?! C’est-à-dire en l’occurrence, la considération de l’autre et le partage, que nous recommandait déjà – sans idée religieuse mais « reliante » – un prophète nommé Jésus, il y a deux mille ans !

Est-ce une aimable utopie que d’imaginer une communication positive, c’est-à-dire un échange authentique sur tous les sols avec nos semblables – quelle que soit leur ethnie, leur opinion ou leur religion – dans une société humaine actuellement partout entachée de guerres, de violences et d’intolérances ? Ne peut-on espérer pour demain l’ordre après le désordre, la quiétude après l’inquiétude, l’amour après la haine ?

Une prise de conscience mondiale semble en train de naître au regard de l’environnement et des véritables désastres écologiques causés par l’homme, dans ce village et ses jardins, que nous nommons la Terre. Déjà un début d’assainissement y intervient par le jeu de nouveaux comportements industriels plus réfléchis. Lesquels devront être aussi ceux des compagnies maritimes, aériennes et pétrolières qui polluent régulièrement les océans, les airs et les terres sans vergogne !

C’est clair, il s’agit aussi de mieux éclairer notre regard sur le plan des valeurs morales – loin encore d’être universelles ! – pour mieux vivre ensemble. Il est évident, précisément, que l’universalité de ces valeurs, à type de bienveillance et de justice, ne nous sera pas imposée par la biologie ni par un gouvernement. Une éthique, c’est-à-dire l’acceptation individuelle des règles morales d’une société humaniste ne peut provenir, par définition, que du bon vouloir de chacun de nous !

La famille, premier centre de l’union

Partant, au début de ce troisième millénaire, moi, minuscule grain de sable dans l’univers, comment puis-je agir ? Franc-maçon en loge quelques heures par mois, je suis tous les jours à plein temps dans mon cercle familial, première cellule sociale. Moi qui cherche à m’exprimer à bon escient dans le Temple, moi qui observe la discipline, n’ai-je pas à en observer une aussi dans cette structure aimante et protectrice où je retrouve les miens ? N’ai-je pas à y faire un effort de communication en essayant certains soirs de me montrer plus intéressant qu’un mauvais programme de variétés télévisées ?! Ne dois-je pas proposer autour de la table conviviale, une parole circulante et affectueuse, à l’instar de celle de la loge, pour transmettre l’historique, les usages et les principes moraux de mes aïeux ? L’album-photo familial est aussi un livre d’histoires, à ouvrir régulièrement ! Ne dois-je pas là, aux côtés des miens, avant même de partir vers la cité, devenir moi-même, un « centre de l’union » et jouer ce rôle de transmetteur de rituels, de mythes et de « héros ancestraux » ? Sans tomber pour autant dans « l’ancestromanie » !

La transgénéalogie, outil social récent, nous le dit : nous sommes les maillons d’une longue chaîne ! La transmission ne se limite pas à la reproduction !

En bref, n’est-t-il pas judicieux que je tente d’être un guide dans ma cellule familiale, un fil conducteur, une passerelle, autant que le « père-copain » ou le « grand-père permissif ». Pour que mes enfants et petits-enfants se sentent adossés à un passé expliqué et explicable, pour qu’ils rayonnent à leur tour dans leurs espaces d’influence ? Vouloir faire ou refaire du cercle en cause un port d’attache, un lieu de souvenir, mieux qu’une commode « base alimentaire » de passage, paraît une démarche judicieuse d’accompagnement des générations suivantes, donc des francs-maçons de demain, dans la pure tradition de notre Ordre, un mot ici particulièrement signifiant. Parce que l’éducation – c’est-à-dire l’apprentissage de la citoyenneté et la prévention de la délinquance – commence à la maison !

Ainsi, patiemment mais sûrement, peuvent se renouer – à partir de chaque famille et même chaque association comme la franc-maçonnerie – les fils d’un tissu social aujourd’hui déchiré. Ainsi, dans les mouvements même de la vie, perpétuels flux et reflux, peuvent renaître les effets bénéfiques de ce principe « Ordo ab Chao » : du désordre, l’ordre.

La tâche semble insurmontable ? Il est bon de nous rappeler ici la citation célèbre – un brin espiègle – de l’écrivain américain Mark Twain : « Ils ne savaient pas que la chose était impossible, alors ils la firent ! ».