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De la grève

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J’étais en Loge hier soir, et ce malgré les grèves diverses. Bon, j’ai la chance d’habiter et d’être employé pas trop loin de ma Loge, et j’ai pu prendre mes dispositions (même si la marche sous la pluie battante ne me fait pas particulièrement rêver). Je vais être considéré comme un social-traître, mais je ne fais pas la grève. Pour deux raisons. L’une très prosaïque : je ne peux pas me permettre de perdre une journée de salaire (d’où le fait qu’un arrêt-maladie me rende encore plus malade…) et l’autre plus liée à mon éthique. Déjà, mon emploi est un travail de fond, à la limite du Bullshit Job tel que défini par David Graeberi, donc une éventuelle absence de ma part ne changera rien, à moins que je ne disparaisse au moins un mois. Il y a donc une certaine inutilité, à mon sens. Ensuite, les mots d’ordre sont assez disparates : il y a autant de sujets que de sujets de mécontentement. Je n’ai pas forcément envie d’être associé à tel ou tel corps de métier, en dépit du mépris que j’éprouve pour nos dirigeants. Par ailleurs, je considère que bloquer des services et mettre des usagers qui n’ont rien demandé en difficulté n’est pas une méthode valide à long terme. Qui plus est, ce procédé me donne l’impression que seuls les plus menaçants ou les plus violents seraient entendus, un peu comme on accorderait de l’importance à des petites frappes au détriment des autres en milieu scolaire. D’ailleurs, je serais bien curieux de savoir ce qui se serait passé si les cheminots ou les conducteurs de transport avaient été traités avec la même sévérité que les urgentistes en grèveii. A ce stade, je crois utile de rappeler que Les Cauchemars d’Iznogoud sont une satire et non un manuel politique… Qui plus est, je crains qu’à moyen et long terme, ces actions ne soient néfastes au service public. Imaginons que le conflit se prolonge. Que feront les usagers ? Ils feront sans, et les décisionnaires, voyant ça, continueront d’entretenir le ressentiment pour mieux nous faire accepter la disparition dudit service, voire sa privatisation. La fameuse stratégie Starve the Beast mêlée à la fabrique de consentement, conçue par Edward Bernaysiii et dénoncée par Noam Chomsky. C’est pour ça que défendre le service public en en privant les usagers n’est pas une bonne idée à long terme. Pire, les grèves peuvent mettre en difficulté grave des personnes qui n’y sont pour rien. Ainsi, avec la facilitation des licenciements qu’implique la loi El Khomri, combien de personnes ont pu perdre leur emploi à cause des retards ou absences ? Qui sera solidaire des victimes indirectes de ces conflits ? Je n’ai pas souvenir d’avoir beaucoup entendu les responsables de mouvements syndicaux à ce sujet, par exemple en 2018.

En fait, l’histoire récente a montré que les grandes grèves, au contraire de grèves locales, ne donnaient pas de résultats (à l’exception de 1995) : les grèves de 2003 (retraites des enseignants), grèves de 2010 (retraites), grèves de 2016 (lutte contre la loi El Khomri) et grèves de 2018 (les cheminots) se sont soldées par des échecs.

Dans le fond, ces questions de retraites, même si le résultat en est très pénalisant, ne sont que des problèmes de gestion. Éventuellement d’escroquerie. Je vous invite à lire ou écouter Thomas Piketty, Christian Chavagneux ou Thomas Porcher qui en parleront bien mieux que moi.
Ces questions montrent aussi les méfaits de faire travailler des gens à un âge trop avancé, fussent-ils hauts fonctionnaires… Il se murmure que passé un certain âge, on a tendance à omettre beaucoup de choses, comme des déclarations de revenus complémentaires ou d’activités diversesiv.

Mais au-delà de ces questions de gestion, il y a un combat beaucoup plus profond et plus dur à mener : celui contre la violence qui s’est installée depuis des années dans le monde du travail. Violence par la dégradation des conditions de travail, violence par le harcèlement institutionnalisé, violence par l’abandon des valeurs, violence par l’imposition d’un paradigme de profit, et comme toujours, violences envers les femmes et les plus vulnérables. Je pense que les syndicats, en contribuant au maintien du statu quo, ont raté le coche du combat contre cette violence, soit par ignorance, soit, et c’est pire, par complicitév.

J’ai atteint un certain degré au Rite Ecossais Ancien et Accepté, qui m’invite à me défier des passions, à chercher l’esprit derrière la lettre et donc à garder une certaine prudence vis-à-vis des mouvements collectifs. Hurler avec les loups, ce n’est plus pour moi. Par contre, lutter contre les violences perpétrées au travail, violences dont découlent la gestion catastrophiques des droits des personnes, me paraît être un combat plus important. Peut-être celui de cette partie du XXIe siècle. Et ce n’est pas par une grève ou une manifestation qu’on le règlera. Il existe d’autres manières de lutter, moins spectaculaires mais plus efficaces. Herman Melville nous en donne un exemple avec Bartleby et son « I would prefer not to », Byun Chul-Han nous donne une méthode en nous proposant de jouer les idiotsvi et Johnathan Crary nous offre la plus douce et la plus puissante des méthodes : dormirvii pour échapper aux flux et aux sollicitations qui rapportent aux émetteurs et transmetteurs. Hum, en fait, Gaston Lagaffe était un grand révolutionnaire !

Parfois, un simple « non » peut être bien plus puissant qu’un lancer de pavé.

J’ai dit.

i Définition d’un bullshit job : emploi dont l’absence ne change rien au cours des choses.

ii Pour mémoire, les urgentistes en grève, au début du mouvement, ont été réquisitionnés par leur direction, au point que la gendarmerie est allée les quérir de force, chez eux…

iii Neveu de Sigmund Freud, inventeur d’une technique utilisant les découvertes de son oncle dans le but de contrôler les masses.

iv Et oui, des hauts fonctionnaires doivent continuer de travailler à plus de 65 ans, parce que les retraites sont visiblement insuffisantes pour vivre décemment…

v Si j’étais mauvaise langue, je dirais que les syndicats ne vont pas lutter contre certains de leurs propres adhérents…

vi Cf. Psychopolitique, éditions Circé, 2018

vii Cf. 24/7. Le capitalisme à l’assaut du sommeil de Johnathan Crary.

Joyeux anniversaire!

J’étais en Loge hier soir, et je me suis rendu compte que j’en étais à mon 52e texte hebdomadaire. Ce qui signifie mathématiquement que ma contribution à ce blog a débuté depuis un an ! Ce qui ne me rajeunit pas sur le plan du temps, mais me maintient jeune par l’esprit.

Un an, donc, que je me suis engagé dans cette belle aventure, et que j’ai (re)pris le goût de l’écriture et de la polémique.

Un an que chaque semaine, je note mes petites expériences de sociétés, profanes comme maçonniques, un an que je tente de faire passer des idées, un regard ou un sentiment.

Un an que je partage mon regard de franc-maçon, de fonctionnaire socialo-marxiste (et fier de l’être, nom du Grand Architecte de l’Univers), de geek.

Un an que je tente de mettre la lumière sur nos petits travers, nos petites incohérences.

Un an aussi que je m’inquiète soit de la violence qui couve, soit de cette guerre de classes larvée, et bien sûr des catastrophes à venir, nées des pulsions mortifères de nos dirigeants.

Un an que je partage mes raisons de m’indigner, car seule l’indignation nous permettra d’avancer. J’espère que vous vous indignerez autant que moi.

Un an aussi que je cherche à partager et à faire connaître nos valeurs, car dans ce monde qui au fond n’est jamais vraiment sorti de la féodalité, dans ce monde ultra-libéral et ultra-individualiste, jamais on n’aura eu besoin de liberté, d’égalité, de fraternité. Jamais on n’aura eu autant besoin de cohérence, jamais on n’aura eu autant besoin de bienveillance et de bienfaisance quand des centaines de personnes meurent en silence dans la rue chaque année.

Bref, jamais on n’aura eu autant besoin des valeurs des Lumières dans ce monde toujours plus crépusculaire. Certains me diront que les Francs-maçons sont les tenants du pouvoir etc. Tellement faux ! Nous ne sommes guère que des femmes et des hommes ordinaires, qui avons décidé de partager non seulement une certaine idée de la civilisation mais aussi des valeurs très fortes. Si la Franc-maçonnerie ne peut plus grand-chose en tant que sujet politique, chacun d’entre nous peut à son échelle transmettre nos valeurs. L’exemplarité et la cohérence, nos meilleures et nos seules armes. J’espère que mes bafouilles hebdomadaires peuvent y aider

Toute ma gratitude et ma reconnaissance vont en premier à Franck Fouqueray, fondateur du site Onvarentrer.fr, qui m’a donné ma chance et cette opportunité de m’exprimer en toute liberté.

Un immense merci plein d’amour pour ma bien-aimée, mon double et ma moitié, ma première lectrice (et aussi ma première critique), ma Muse, mon Athénai.

Et le plus important, merci à vous tous, mes chers lecteurs, car sans vous, rien ne pourrait exister.

Un an que vous lisez mes coups de gueule et râleries hebdomadaires, j’en admire votre patience.

Je suis heureux d’avoir pu vous faire sourire, parfois vous éclairer, parfois vous donner de l’espoir, et encore plus heureux quand vous me désapprouvez ou quand mes mots vous gênent (ce qui tend à montrer que je n’ai pas si tort que ça, car seule la vérité blesseii). Et je suis toujours heureux de lire vos commentaires, à plus forte raison si nous ne sommes pas d’accord, car la Franc-maçonnerie doit être le centre de l’union et nous permettre de maintenir le lien.

C’est pour ça que tant que nous le pourrons et que tant vous le voudrez, je vous donne rendez-vous chaque jeudi pour un nouveau billet de mauvais esprit, de mauvaise foi et de mauvais aloi, qui mêle culture bobo, sous-culture geek, grands penseurs et petits travers, avec un peu de dérision et une bonne dose de mauvaise foi pour lier le tout.

Encore merci à vous tous qui rendez possible cette aventure (et qui vous me donnez du boulot).

J’ai dit.

iCeux qui me connaissent et qui connaissent Saint-Seiya -Les Chevaliers du Zodiaque savent de quoi je parle.

iiAucune mauvaise foi de ma part, voyons !

Du contrat social

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J’étais en Loge hier soir, et nous avons évoqué les grands philosophes des Lumières, ceux qu’on devrait réétudier à la lueur de l’obscurantisme ambiant. Je repensais à Rousseau et Montesquieu, qui, parmi les premiers ont employé cette très belle expression, le contrat social. La question que je me pose, c’est la nature de ce contrat social dans notre beau pays.

En fait, depuis l’ère industrielle, les parents de la génération précédente ont toujours espéré que leurs enfants aient un meilleur niveau de vie qu’eux, tels des Rastignac ou des George Duroy. Nos parents rêvent pour nous d’ascension sociale et la société doit nous le permettre. Gardons cet élément, qui est un des premiers objectifs du contrat social.

Par ailleurs, l’histoire du travail et du revenu montre la grande importance de l’accession à la propriété privée, que ce soit de son logement, de son atelier, etc. Au XIXe siècle, il n’existait pas encore d’assurances sociales, et une famille d’ouvriers pouvait se retrouver à la rue du jour au lendemain en cas d’accident de la vie d’un parent. L’obsession de la propriété vient ainsi de cette peur engendrée par l’insécurité du monde du travail dans la société industriellei. Entre le XIXe siècle et notre époque, quelques révolutions sont passées par là : le solidarisme, mis en mot par le Frère Adolphe Crémieux, la santé publique, théorisée par le Frère et médecin Raspail, le Front Populaire, le Gouvernement Provisoire et le Conseil National de la Résistance. Le programme du Conseil National de la Résistance reprend les meilleures pages du solidarisme en instituant la Sécurité Sociale, l’assurance-maladie, l’assurance-chômage et bien sûr, l’assurance-vieillesse. Autrement dit, chacun est couvert par ce système de mutuelles assurances. Ce système a pour finalité de maintenir le niveau de vie de chacun. Ainsi, quelqu’un qui aura travaillé toute sa vie avec un certain revenu ne doit pas voir son revenu baisser (ou augmenter, d’ailleurs) une fois à la retraite. C’est ce que prévoit le contrat social.

Toujours dans ce contrat social, chaque citoyen doit être traité avec la même déférence, qu’il soit de Brive-la-Gaillarde, Argenton-sur-Creuse, Landernau, Lyon ou même du 7e arrondissement de Paris. L’égalité est rendue possible par un ensemble de services publics qui fonctionnent : transports, écoles, poste, distribution d’énergie, infrastructures, soin etc. Un service public de qualité contribue à maintenir la paix dans le pays, en participant de la réduction des inégalités et donc de la redistribution des richesses. Certes, le service public et, dans une plus large mesure, le solidarisme ont un prix, payé par les cotisations sociales et la fiscalité. C’est pourquoi il est équitable de payer sa contribution, à hauteur de ses moyens. D’ailleurs, nous autres Francs-maçons donnons notre obole au Tronc de Bienfaisance à hauteur de nos possibilités.

Pour en revenir à ce contrat social, j’ai le sentiment que celui-ci est en train d’être brisé de plus en plus brutalement, non pas depuis l’arrivée au pouvoir du parti d’extrême-centre, mais depuis plus longtemps que ça.

En fait, je pense qu’il faut remonter à la source de nos maux, qui a un nom : Alan Greenspan, qui est à l’économie ce qu’Aleister Crowley fut à la Franc-maçonnerie. Pour rappel, Alan Greenspan a un jour doctement expliqué que les profits reposaient sur l’insécurité constante des travailleurs. Il est aussi le créateur de la stratégie Starve the Beast, qui consiste à casser le service public en lui coupant ses moyens, de manière à le faire détester par le public. Le problème est que des programmes politiques ont été écrits sur la base de ses travaux. C’est la dérégulation de l’ère Reagan, la casse du système anglais de l’ère Thatcher etc. En fait, nos dirigeants, intoxiqués par l’idéologie anglo-saxonne, la même que celle qui a engendré le capitalisme, refusent d’admettre que l’on puisse toucher un revenu sans travail, comme ce peut être le cas pour les retraités ou les bénéficiaires d’assurances. Par contre, les rentiers du capitalisme, rien à dire, c’est normal, ils sont prédestinés puisque nés dans la bonne famille.

En très gros, ne peuvent s’en sortir que ceux qui ont été prédestinés, le travail étant l’instrument de la rédemption dans les dogmes de ces religieux. Dans leur paradigme, l’État n’a pas à redistribuer les richesses. C’est ainsi à chacun de prendre ses responsabilités et de souscrire des assurances par capitalisation. Ce sont les fameux fonds de pension, qui font tant de mal un peu partout.

Le problème est que les tenants de cette idéologie sont au pouvoir depuis des années, et, pour satisfaire cette idéologie, qu’ils n’hésitent pas à détruire le contrat social français, pour imposer un autre modèle pourtant incompatible avec la société française, le modèle entrepreneurial. Ainsi, comme en entreprise, tout doit être rentable, tout doit être source de profits et tout ce qui coûte doit être supprimé. Au point qu’il existe une loi, dite « loi organique relative aux finances publiques », qui oblige l’État à travailler comme une entreprise. Ainsi, le service public n’étant pas rentable, supprimé, avec la stratégie Starve the Beast et la révision générale des politiques publiques. L’assurance-chômage ? Supprimée, avec une loi « pour la précarité », fin de citation. Et maintenant, c’est l’assurance-vieillesse qui est menacée. Au nom de quoi ? De cette idéologie anglo-saxonne selon laquelle il est insupportable de toucher un revenu sans travail (sauf pour les actionnaires et leurs héritiers, bien sûr)

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Le fond du problème, de cette crise qui a engendré le mouvement des Gilets Jaunes et toute la vague de révolte contre nos dirigeants, est, je pense, la rupture unilatérale de ce pacte social, rupture qui nous condamne tous à la pauvreté et à la précarité.

La grève est-elle la solution ? Je ne le crois pas, puisqu’elle va accroître les décalages entre grévistes et usagers des services. La vraie solution est de repenser le travail, repenser le pacte social, en l’actualisant. Des pistes de réflexion existent, à commencer par la taxation des transactions financières (la taxe Tobin était un bon exemple) qui financerait un système de revenu universelii.

Au lieu de rejouer la tragédie de la grève, pourquoi ne pas exiger de réels changements, comme l’instauration de ce revenu universel, qui réglerait pas mal de problèmes? Mais quel levier utiliser ? Peut-être commencer par arrêter de consommer compulsivement des produits destinés à s’autodétruire de manière à affamer la bête… Un Starve the Beast du public contre les mastodontes industriels, peut-être.

Décidément, le temps est au crépuscule.

J’ai dit.

iVoir à ce propos le Que-sais-je intitulé « Le travail » de la sociologue Dominique Méda.

iiOn pourra lire les travaux de Dominique Méda et Pierre Larroutouru. Mais je recommande Fuck Work de l’universitaire américain John Livingstone (2018), qui déconstruit le travail à l’anglo-saxonne.

La question du mal: quand spéculer tue

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J’étais en Loge hier soir, un peu malade. L’hiver arrive et ma sphère ORL n’aime pas trop ça. Pendant la mauvaise saison, j’accumule rhinites, rhino-pharyngites, laryngites, sinusites et autres angines, trachéites, etc. De là à penser que j’étouffe dans ma vie, il n’y a qu’un pas, que je réserve pour un éventuel psychanalyste. Et comme je fais partie des gens qui ont encore confiance en leur médecin (et qui se font vacciner quand c’est nécessaire), je suis allé voir le mien et j’ai récolté une ordonnance avec quelques médications. Ah Seigneur mon dieu, quel parcours du combattant pour obtenir de la prédnisolone ! J’ai dû visiter plusieurs pharmacies pour un médicament générique élémentaire. Pour l’anecdote, j’en discutais avec un autre Frère en savourant un grog (médication certes plus efficace que tous les médicaments antirhumes, mais à consommer avec modération), qui m’a expliqué comment fonctionnait le commerce des médicamentsi. En fait, leur prix est fixé par l’Assurance Maladie, ce qui n’arrange pas forcément les fabricants et revendeurs en gros. Ces derniers préfèrent vendre leur production au plus offrant pour augmenter leurs marges. Et le plus offrant n’est pas notre pays. Autrement dit, les fabricants n’honorent pas leurs commandes, préférant un acheteur prêt à cracher plus de cash. On retrouve ce qu’Alain Supiot expliquait à propos du néolibéralisme : l’engagement, la parole donnée n’ont plus aucun sens face au profit.

J’en profite pour signaler que le problème concerne aussi la pilule contraceptive et la « pilule du lendemain ». Celles-ci ne sont plus disponibles ou ne le seront bientôt plus. Exactement pour les mêmes raisons. Comment spéculer sur la santé et la sécurité des femmes.

Dans la même période, comme nous approchons de décembre, je reçois régulièrement des messages de l’Association Française contre les Myopathies en prévision du prochain Téléthon. L’occasion pour moi de regarder les avancées scientifiques en matière de soin des maladies génétiques. J’ai ainsi appris avec joie qu’une équipe française avait réussi à créer un médicament capable de ralentir l’évolution de certaines maladies neuromusculaires. La formule de ce médicament a été rachetée par un géant de la pharmacie, qui va le commercialiser au modeste prix de 2 millions de dollars la dose outre Atlantique. Autrement dit, cette boite, qui n’a pas investi un kopeck dans la recherche (financée par des dons publics) va réaliser une plus-value plus qu’importante, alors que des malades devront s’endetter pour espérer en bénéficier. Bel aspect de la recherche de profit à outrance : s’endetter pour se soigner. Heureusement, nous avons encore en France notre Sécurité Sociale, mais pour combien de temps encore avant que la clique de rapaces au pouvoir ne la démantèle pour satisfaire leur idéologie morbide ?

Dans le même esprit, je ne puis m’empêcher d’évoquer le nom de Martin Shkreli, ce charmant jeune homme de 36 ans, connu pour avoir fait flamber le prix d’un médicament de 13,5 dollars à 750 dollars la doseii. Une fois, on peut considérer que c’est une erreur. Grave. Mais le problème, c’est qu’il n’a pas compris la leçon et a recommencé avec d’autres médicaments. Autrement dit, on a le droit de s’approprier une invention pour laquelle on n’a rien investi et d’en augmenter le prix au détriment des patients pour augmenter son bénéfice. Précisons que M. Shkreli est actuellement en prison pour des fraudes diverses. Mais pas pour avoir condamné des millions de patients. On a la justice que l’on peut…

Depuis des années, je me pose la question du mal. J’en ai ainsi développé une définition provisoire : le mal est un écart par rapport à une ligne morale extrinsèque ou une éthique intrinsèque, écart dont les conséquences sont d’infliger une souffrance indue à autrui. La question à laquelle je n’ai pas encore de réponse, c’est celle de la part de libre-arbitre dans le choix du mal. J’en viens à m’interroger sur un aspect grave : tous ces gens, ces hommes d’affaires très hautement qualifiés, diplômés des plus grandes institutions du monde, donc probablement intelligents (en tout cas, en matière d’intelligence logico-déductive), pensent-ils aux conséquences de leurs actes ? Pensent-ils qu’ils peuvent faire souffrir, ou tuer des malades ? Ont-ils idée de l’odeur de cadavres de leur tas d’or ? Soit ils en sont conscients, et ce sont de réels salopards, soit au contraire, ils n’y ont pas pensé, et ce sont des idiots. Puissants, mais idiots.
Hannah Arendt avait défini la banalité du mal à travers les actions de gens ordinaires, tels le fameux officier nazi Adolph Eichmann, régulateur des trains de la mort, dont la défense était « je ne savais pas, j’ai obéi aux ordres ». Elle expliquait qu’Eichmann, tout ingénieur doué qu’il était, était incapable de penser, et donc faisait preuve d’une grande superficialité. Or, ne pas penser, c’est risquer de faire n’importe quoi, ou pire, faire le mal. Le problème est que ces prétendues élites sont déconnectées de la réalité, et au fond, se fichent bien des conséquences de leurs actions, sauf quand celles-ci montent.

Nous autres Francs-maçons prêtons serment sur le Volume de la Loi Sacrée. Et justement, que dit-elle, cette fameuse Loi Sacrée ? Hé bien, de ne pas faire à autrui ce qu’on ne voudrait pas qu’il nous fût fait et a contrario, faire le bien que l’on voudrait qu’il nous fût fait. Si on arrêtait de penser aux profits immédiats, si on réalisait que nos actions ont des conséquences bonnes ou mauvaises et si on agissait davantage en termes de bienveillance et surtout de bien commun, le monde se porterait un tout petit peu mieux.

Spéculer tue.

J’ai dit.

iInformation confirmée par France Inter : https://www.franceinter.fr/sciences/ruptures-de-stocks-de-medicaments-une-situation-toujours-preoccupante

iiAffaire du Daraprim, médicament anti-infectieux et anti-paludéen.

Gloire au travail? Mon oeil. Un désastre à venir

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J’étais en Loge il y a quelques temps, enfin plus précisément à un déjeuner de fraternelle. J’avoue que ce que j’y ai entendu m’a laissé un peu sceptique. Nous devions discuter entre professionnels du « management de la génération Y ». Pour ma part, je considère toute idée de classement de génération comme une colossale connerie, étant moi-même d’une génération bâtarde entre la « génération X » et la « génération Y ». Mais bon, il paraît que c’est l’organisation scientifique du travail (autre énormité) qui veut ça. Le frère conférencier, de mon âge, tentait d’expliquer à nos aînés, chefs d’entreprise comment communiquer avec les jeunes de 20-30-40 ans. Hum, faisons un peu d’histoire avant d’aller plus loin.

Cette génération a connu par ses parents les crises diverses des années 80, comme la désindustrialisation, la fermeture des mines, celle des hauts fourneaux, le chômage de masse etc. Leurs enfants, donc nous, ont connu l’espoir de l’informatique avec la fameuse Nouvelle Economie de la fin des années 90, celle qui promettait de grandes richesses pour peu d’investissement. Ah, le merveilleux modèle de la start-up avec lequel on m’a rebattu les oreilles en école d’ingénieur ! Et puis il y a eu 2001. Non pas l’attentat du World Trade Center, mais l’effondrement du NASDAQ et l’éclatement de la bulle Internet, qui a laissé les jeunes ingénieur sur le carreau. Je ne vous raconte pas les galères que mes camarades ou moi-même avons vécues. Beaucoup d’entre nous ont dû, pour survivre, se contenter de postes moins qualifiés que nos diplômes. En terme d’économie ou de sociologie, on appelle ça la dégressivité. Bien évidemment, la dégressivité est valable pour tous les niveaux. C’est comme ça qu’on a des adjoints administratifs ou des bûcherons (personnels de catégorie C) titulaires de doctorats ou de masters. Ou des facteurs docteurs d’État. Si des diplômés du supérieur peinent à trouver un emploi et se rabattent sur des postes moins qualifiés, que dire des moins diplômés ? J’en profite pour mettre en lumière une récente étude du CEREQ, qui met en valeur la dégradation du recrutement : un jeune diplômé sera moins payé qu’un aîné, le diplôme n’étant plus (et de loin) une garantie d’embauche. Et bien évidemment, les postes de cadres, c’est fini pour les jeunesi.

Autre phénomène amusant : depuis des décennies, on serine à chacun que le plein-emploi, c’est fini, le CDI aussi. Merci à la Commission Attali et ses séides, dont un, très connu, est en marche vers la destruction de notre modèle social.

Les pseudo-intellectuels (qui ne sont que les porte-voix du néolibéralisme) assènent leur vérité et contaminent les esprits avec leur message délétère, qui n’est ni plus ni moins que la pensée de l’américain Alan Greenspan («[le succès de l’économie] repose sur l’insécurité croissante des travailleurs »). L’application de cette pensée a produit les résultats que l’on sait : déconstruction du Code du Travail, déconsidération des syndicats, mais aussi recherche de profits au détriment des personnes. Je pense notamment au démantèlement des usines Boussac dans les années 90 (avec la bénédiction des gouvernements ET des aides d’Etat) et à leur relocalisation dans des pays moins regardants sur les salaires, les conditions de travail ou la sécurité sociale. Je pense aussi au scandale Michelin, au début des années 2000 : l’entreprise, largement bénéficiaire a fermé une usine, sans raison autre que l’augmentation des profits… Ne parlons pas des banques, devenues structures parasitaires, qui spéculent contre leurs clients, engendrant des crises terribles soit à l’échelle d’une personne (surendettement etc.) ou à l’échelle d’un pays (subprimes).

Résultat : la jeune génération sait qu’elle sera moins bien lotie que la génération précédente. Elle sait aussi que l’entreprise, qui exige par contrat la loyauté de ses salariés, ne leur sera pas loyale en retour et qu’elle les jettera après les avoir essorés.

Le Frère conférencier expliquait alors à nos aînés que la génération Y avait connu la précarité, les crises et était lucide sur la situation économique. Il expliquait aussi que cette génération avait besoin que le travail fourni dans le cadre de son emploi ait un sens. Si le sens n’y était pas, le jeune n’hésiterait pas à partir. Il expliquait que cette génération n’était pas une génération d’esclaves taillables et corvéables à merci (ça, ce sont mes mots, pas les siens).

Ce qui m’a amusé, c’est la réaction des anciens et des aînés, les vieux chefs d’entreprise. Pour eux, tout ça n’avait aucun sens et si les jeunes n’étaient pas contents, ils pourraient aller voir ailleurs. Parce que quand on a un emploi, on la ferme, on bosse et on ne revendique pas. Et on est bien content de travailler pour eux.

Bon, je crois que l’entreprise française n’est vraiment pas prête à la passation de flambeau. Vraiment pas. D’autant plus qu’un autre phénomène plus subtil, plus discret est en cours. Ce phénomène, mis en lumière par le journaliste Jean-Laurent Casselyii, est celui d’une révolte des diplômés. Il a observé que les jeunes diplômés étaient las d’occuper des bullshit jobs ou de produire des biens et des services inutiles, voire nuisibles ou encore las de travailler à leur emploi en dehors des périodes raisonnables sans réelle reconnaissance. Ces jeunes diplômés se lancent dans l’aventure de la création artisanale, de l’agriculture biologique, de la transmission ou création artistique etc. A chaque fois, une aventure qui leur procure plus de sens et de joie que remplir des tableaux. Phénomène encore marginal? Peut-être est-il encore trop tôt pour le dire. Toujours est-il qu’ils font, comme le disait Simone Weil, « de leur travail un objet de contemplation ».

Mais quel rapport avec la Franc-maçonnerie, me direz-vous ? Nous, qui glorifions le travail, devons vraiment nous interroger sur le futur. Le futur du travail, d’une part, mais surtout le futur des travailleurs. Plus que jamais, nous devons nous rendre compte que la société change, et que ce changement nous échappe. La robotisation tue l’emploi, le dumping social organisé par nos élites a engendré une population de « travailleurs pauvres » sans oublier les laissés-pour-compte de l’emploi. Etudier n’est plus une garantie de faire une bonne carrière, et faire une bonne carrière n’a plus vraiment de sens dans notre monde que nous rendons de plus en plus crépusculaire.

Je crains même que nous n’intéressions plus grand monde dans le futur, si nous ne sommes pas en mesure de contribuer à l’amélioration de l’homme et de la société qui en ont vraiment besoin. Alors, plus que jamais, posons-nous les bonnes questions : de quel futur voulons-nous ? De quelle société voulons-nous ? Sommes-nous sûrs de vouloir persévérer dans cette voie où une minorité peut mettre à sac la planète et s’approprier le bien commun ?

J’ai dit.

iEnquête du CEREQ : https://www.cereq.fr/des-debuts-de-carriere-plus-chaotiques-pour-une-generation-plus-diplomee-generation-2010

Une synthèse est disponible ici : https://www.franceinter.fr/emissions/l-edito-eco/l-edito-eco-30-octobre-2019

iiJean-Laurent Cassely, La révolte des premiers de la classe, éditions Arkhé

Gloire au Travail? Mon oeil. Voici mon nouveau collègue, R2-D2.

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J’étais en loge hier soir, comme souvent passablement agacé par la bêtise de mes contemporains. Ou plus précisément la connerie qui habite les dirigeants d’entreprise et les pousse à prendre des décisions réellement ineptes. Certains me demanderont ce qui peut motiver une telle colère et ils auront raison. Il faut savoir que je déjeune à peu près chaque jour ouvré dans une cantine, que dans le cadre de nos moments thucydidéens, nous qualifions de « Restaurant interentreprises ». Beaucoup de décorum pour désigner un self. Ce qui est intéressant dans ce self, c’est que des jardiniers du parc d’à côté côtoient des journalistes d’un groupe de presse éditant des revues prestigieuses, des employés et dirigeants de banques privées, des employés et dirigeants de multinationales, des employés et dirigeants de PME et boite de mercenaires (enfin, de société de services et d’ingénierie informatique, des boites qui mettent à disposition du plus offrant leurs salariés pour tout type de mission, ce qui est l’exacte définition du mercenariat).

Cette cantine est pour moi un véritable laboratoire de recherche en sociologie amusante et une véritable source d’inspiration. En étudiant les comportements des uns et des autres, on peut en déduire pas mal de choses, notamment sur les rapports de classe ou les rapports humains. Avec un peu d’observation, on peut réellement distinguer les connards des gens ordinaires, le connard étant l’individu toujours prêt à marcher sur les autres, et humilier son prochain s’il se croit supérieur à lui. Je m’appuie sur les travaux du sociologue Robert Sutton1 pour étayer mon propos. Un petit geste qui trahit le connard : le gars ou la nénette qui va donner des coups de plateau à la personne devant lui parce que ça ne va pas assez vite. Mais l’étude du connard n’est pas l’objet de mon propos. Enfin, si, mais autrement.

Comme l’a dit Audiard, « les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît ». Et là, j’ai vu les effets d’une décision prise par des gens sûrement très diplômés, mais, comme l’écrivait Hannah Arendt, privés de la capacité de penser. Les dirigeants de ma cantine ont décidé de remplacer les caissières par des caisses automatiques ! Qui ne sont pas au point, ce qui nécessite un contrôle et une autre entrée de données après le passage du client…

Toute blague mise à part, j’ai discuté avec le technico-commercial tout fier de sa machine. Selon lui, le passage en caisse sera plus rapide, plus facile, plus séduisant2. Et le contact humain ? Et la décision humaine, seule capable de régler un problème ?

A la fin de la discussion, je lui ai souhaité de voir son emploi de technico-commercial et ceux de concepteurs de robot remplacés par une machine, comme ce qui allait arriver aux employés du restaurant. D’aucuns me diront que je ne suis pas sympa (ce qui est vrai), mais je leur rétorquerai qu’une parole fraternelle n’est pas parole de vérité et qu’une parole de vérité n’est pas une parole fraternelle. Ce n’est pas de moi, mais d’un certain Lao-Tseu.

En fait, je crois que nos dirigeants d’entreprises sont habités par une pulsion d’accumulation de profits, qui leur font choisir une voie du mal. Qu’est-ce que le mal, me direz-vous ? Le mal, bien qu’il y ait un certain nombre de définitions, c’est infliger à autrui une souffrance indue3. Réduire le coût du travail en infligeant une charge plus grande aux travailleurs, c’est, selon cette définition, faire le mal. Tout simplement. Et ça, rien ne peut, ni ne doit le justifier. L’argument du robot qui libère du temps est un argument fallacieux, puisque l’emploi du robot va surtout justifier quelques licenciements4 pour alléger la masse salariale. Voilà donc un bel exemple de banalité du mal, ce mal qu’on accomplit sans y penser, parce qu’on n’en est plus capable. Un simple trait de plume qui met des personnes au chômage (vous savez ? cette assurance sociale pour laquelle nous cotisons tous et dont l’accès est de plus en plus restreint).

Je pense aussi que le choix de remplacer ses équipes par des robots est symptomatique de l’attrait de l’inanimé, mieux connu sous le nom de pulsion de mort. Ne nous leurrons pas, il est rare que les dirigeants d’entreprise ne considèrent comme des personnes (ou sujets) leurs employés, qui ne sont, pour eux, qu’une banale ressource. Ceux-là ont oublié que justement, la seule valeur ajoutée est le travail humain.

Gloire au travail, gloire au travail, mais quelle ineptie ! Du travail, il y en aura toujours, mais de l’emploi, j’en suis de moins en moins certain. Et nous ne sommes pas prêts à assumer la 2e vague de la robotique, celle qui va faire disparaître les emplois tertiaires : caissiers, vendeurs, commerçants etc. Grand moment thucydidéen que ce « progrès » qui cache une véritable catastrophe sociale. Je suis d’autant plus inquiet que j’ai démontré qu’une partie de mon emploi pouvait être remplacée par un programme informatique, dont j’ai moi-même donné les grandes lignes…
Ceci dit, cette vague de destructions d’emploi m’inquiète un peu : dans le futur, où irai-je faire mes courses s’il n’y a plus de commerçants ? Dans une boutique avec des distributeurs automatiques ? Si j’ai un problème avec l’administration, qui me répondra si les agents publics disparaissent ? Un chatbot bien programmé ? Pareil, si j’ai un problème avec un opérateur ferroviaire5, est-ce la borne automatique qui me le réglera ? Et mon courrier, il sera livré par des drones ?
Quand je me serai blessé ou que je serai tombé malade, qui me soignera s’il n’y a plus d’infirmiers ou de médecins ? Un robot médical ? Et la justice, alors ? Est-ce qu’elle sera rendue par une intelligence artificielle ?
L’autre problème qui se pose, c’est celui de la perte d’emploi. Un grand nombre d’emplois peut disparaître avec l’emploi irraisonné de la robotique. Dans ce cas, comment survivront ceux, nombreux, qui auront perdu leur emploi, sachant qu’il y a une volonté claire de nos politiciens de limiter l’accès à l’indemnisation du chômage ou l’accès aux assurances sociales ? Pourrons-nous continuer de vivre dans une société de salariat dont les emplois auront été anéantis par l’utilisation abusive de robots ?

L’homme ne peut être libre qu’une fois libéré des contraintes du travail6, nous dit Hannah Arendt. Les machines devraient être là pour nous aider à nous libérer, mais certainement pas pour nous remplacer. Mais il est vraiment temps de se poser la question du monde que nous voulons créer. Vraiment.

J’ai dit.

1 Auteur entre autres de l’ouvrage à lire absolument : Objectif Zéro Sale Con, traduit en français chez Vuibert.

2 Aucun lien avec le Côté de Obscur de la Force, geeks que vous êtes.

3 Christophe Dejours, Souffrance en France, Pocket.

4 Lire à ce titre Charlie et la chocolaterie, de Roald Dahl sur les conséquences de la robotisation sur le monde ouvrier.

5 Car la SNCF aura disparu dans le futur… Et personne n’aura voulu la défendre.

6 Hannah Arendt, La condition de l’homme moderne, Garnier-Flammarion

Mozart (Wolfgang, Amadeus) Ou Le Génie de la Lumière (par Brice SAINT CRICQ)

Une lucidité tranquille face à la mort – (Réflexion hors publications littéraires)

Pour peu que l’on s’avise de mener et de circonscrire une étude au seul domaine de la musique maçonnique, l’on ne s’étonnera pas de porter notre choix sur Mozart. S’agissant du maître de Salzbourg, on pourrait aisément le qualifier de « génie de la Lumière », tant il est vrai qu’en ce domaine, plus que tous, Wolfgang Amadeus Mozart — Wikipédia (wikipedia.org) use de son génie le plus évident. Sa musique d’inspiration maçonnique crée le vide dans la raison du profane et Mozart excelle dans sa fabuleuse science instrumentale, afin qu’elle nous livre dans son ésotérisme  le fruit de son idéal philosophique. Tout y est fait pour qu’elle touche par le symbole le cœur et l’esprit des mélomanes avertis – ici plus qu’ailleurs, Mozart, use de minutie et de complexité par l’exercice d’une arithmétique secrète des notes, mais aussi des intervalles, des dissonances, des configurations harmoniques et rythmiques, et donc des nombres. Écoutée par une oreille avertie, ouverte à l’intelligence des petits et des grands mystères, Mozart ne cesse, ici, de suggérer une autre réalité de son œuvre où transparaît avec force son idéal.

Le fabuleux répertoire de Mozart

Dans ce répertoire, on y trouvera la mise en évidence de stratégies : celle des nombres, mais aussi des arguments ésotériques, des décors symboliques, du choix des instruments dits « maçonniques », des rôles, des tonalités, des tempi, qui, toutes concourent à en faire des œuvres rituelles ou symboliques. Si ardemment que le mélomane s’efforce de cerner la pertinence symbolique de cette série d’œuvres, sa raison capitule et s’il s’émeut du jeu mélodique, il n’en perçoit pas toujours le message secret. Cette musique est puissante d’intuition dramatique et d’ineffable spiritualité, aussi diverses qu’en soient les pièces : lieder, cantates, odes funèbres, opéra bouffe, et elle tient dans l’œuvre de Mozart la place que tient la musique liturgique chez ses contemporains compositeurs. Elle marque le « midi plein » de l’expression la plus intime de son génie. Le pasteur Karl Barth disait à son endroit : « il doit y avoir une relation directe et très spéciale entre Dieu et cet homme… Chez Mozart, je pressens un art que je ne discerne chez aucun autre… » Ne serait-ce point, le musicien transcendé par sa foi philosophique pour lequel le symbolisme transmuerait la notation musicale (?).

C’est en décembre 1784 que Mozart entre en Franc-maçonnerie et reçoit son initiation au grade d’apprenti dans la loge viennoise « la Bienfaisance ». Ainsi une réflexion lucide et son attirance pour les idées-forces des illuminés de Bavière, trouvent-elles leur prolongement logique, tandis que le musicien rejoint les rangs dans lesquels se trouvent bon nombre de ses amis, Goethe https://fr.wikipedia.org/wiki/Johann_Wolfgang_von_Goethe le baron Gottfried von Swieten− son protecteur−, le prince Nicolas Esterházy, Ignaz von Born− vénérable de la loge et dignitaire de la franc-maçonnerie viennoise −, Emmanuel Schikaneder acteur et auteur de pièces de théâtre qui lui insufflera plus tard l’idée de la flûte enchantée.

Ce qui pour d’autres n’eut été qu’une forme de vie sociale supérieure devait devenir pour Mozart un nouvel éclairage du monde, un accès à la sagesse, une démarche comparable à celle d’une conversion mûrement réfléchie. Prosélyte ardent, il entraînera dans son adhésion des esprits aussi conservateurs que Joseph Haydn ou son père Léopold Mozart, dès le début de 1785.

À onze ans, il compose sa première mélodie sur un thème d’Uz la joie, Reine des sages. Cette ariette est évidemment d’inspiration maçonnique à l’intention du docteur Wolff qui l’a soigné et lui-même probable  maçon.

À l’automne 1779, il a 23 ans, la musique de Thamos, Roi d’Égypte, esquisse déjà la flûte enchantée. Pour la première fois au-delà du thème égyptien – symbole fort de l’un des berceaux de la franc-maçonnerie −, l’écriture musicale s’articule autour de grands symboles maçonniques :

  • les trois bémols de la tonalité en Mib majeur ;
  • les trois accords de trois notes ;
  • les triades musicales insistantes, c’est-à-dire des séries de trois mesures de trois notes, de trois mêmes marches harmoniques (séries de tonalités) ;
  • mais aussi les tierces enchaînées des flûtes qui brodent par-dessus le chant du troisième

En 1783, il est fort possible que ce soit le chevalier von Gemmingen, dignitaire maçon fondateur de la loge « la Bienfaisance » qui lui ait fourni le beau texte de la cantate maçonnique l’Hymne au soleil K 620 a. Là encore le titre est à lui seul un symbole fort – c’est le thème du premier chœur de cet hymne qui deviendra à la fin de la flûte enchantée, l’admirable invocation chantée par Sarastro : « les rayons du soleil dissipent la nuit ». À cette période, il compose la suite liturgique maçonnique K 440 a et d pour instruments à vent.

Le musicien vient de rejoindre la loge « la Bienfaisance » et dès lors l’initié transcende le génie véritablement inspiré. Viennent le quintette pour clarinette et le concerto pour clarinette en la majeur K 622 dont le dédicataire n’est autre que le virtuose clarinettiste Anton Stadler, membre de la même loge que Mozart.

Par la suite, il compose la belle cantate maçonnique K 471 en l’honneur d’Ignaz von Born – son frère maçon, homme de science éminent – ainsi que la mélodie K 468.

Pour l’initiation de son père au second degré, l’Ode funèbre maçonnique K 479 a révèle l’univers spirituel de Mozart. On y entend en effet, le Cantus firmus tiré du plein chant de la liturgie des défunts. Les premières mesures sont à l’identique de celles pour la mort du Christ dans la messe du couronnement K 317 en ut majeur. Ici, la mort, ligne de force, leitmotiv, n’est pas perçue comme un drame, encore moins comme une énigme désespérante, mais bien plutôt elle transcende et transforme la vie meurtrie en vie véritable.

Ce thème du passage vers la Lumière habite tout l’œuvre Mozartien, comme sa première symphonie K 16 où la tonalité d’ut mineur avec des dessins pointés et des ascendants de basses relative à Mi b majeur est choisie par Mozart comme tonalité maçonnique rappelant le Principe créateur parce que Ut est la première note de la gamme fondatrice. Dans cet esprit, la cantate Grabemusik K 35 a est de la même esthétique.

Est-ce encore une coïncidence si le thème majeur du rondo pour piano en la mineur K 511 est directement inspiré par une aria de l’Orféo de Gluck – musicien à l’esthétique bien différente, mais maçon lui aussi.

Cette esthétique de la mort – passage vers la félicité – vers la Lumière−, trouve sa pleine expression dans la sonate pour piano en la mineur K 300 d’où « l’allegro maestoso » du premier mouvement apparaît comme une injonction à ne pas en faire un drame, et le mouvement « maestoso » en révèle la grandeur. Ici, la lucidité tranquille face à la mort, rejoint à des siècles de distance, l’idée-force de Jean Verdun dans son livre « la réalité maçonnique » à propos du passage à l’Orient Éternel autrement dit à la mort : « n’esquive pas ».

Au-delà de sa musique instrumentale, l’univers Mozartien va se révéler dans ses partitions lyriques avec une vision métaphysique quasi exhaustive  jusqu’à créer une véritable théologie d’Opéra.

Dans Idoménée, Roi de Crète K 366, le thème n’est autre que celui de la mort rédemptrice et donne un prélude des grandes pages de la flûte enchantée. Ainsi, dans l’enlèvement au sérail K 384, Constance – personnage central de ce singspiel (dialogue) −, se révèle pleinement dans le duo du dernier acte en s’adressant à Behonte avec une phrase musicale d’une douceur infinie sur ce « Qu’est-ce donc la mort, sinon, le passage, l’entrée dans la Paix – et à tes côtés -, un avant-goût de la félicité ? » Ici encore une sérénité lucide donne la tonalité maçonnique d’un « n’esquive pas ».

De même, dans les noces de Figaro K 492 au début de l’acte II, la tonalité en Mi b symbolique du nombre 3 – tonalité maçonnique par excellence−, ainsi que la comtesse Almavira dans une aria des plus éprouvantes du répertoire de soprano, expriment une nostalgie de la mort qui est sœur de celle de Pamina dans la flûte enchantée. La foi maçonnique de Mozart ne saurait s’exprimer plus nettement : la réalité spirituelle est invisible et plus vraie que l’action temporelle. Ici, l’opéra bouffe de Mozart nous fait pénétrer dans le domaine de la musique sacrée.

Quant à la douzaine d’œuvres de circonstance, composées à la fin de sa vie, entre 1785 et 1790, elle ne manque pas d’être éloquente sur l’évolution spirituelle du maître. De tout ce foisonnement d’œuvres, l’ode funèbre en ut mineur K 477, constitue une page bouleversante. Cette pièce fut exécutée lors d’une tenue dédiée à la mémoire de deux frères maçons décédés en novembre 1785. Toute imprégnée d’une intensité spirituelle par le choix de la tonalité en ut mineur, ses notes liées par deux, ses tierces et sixtes parallèles sont autant de traits symboliques maçonniques : la section d’or – soixante-neuf mesures desquelles se dégage un sentiment étreignant où aux plaintes  des  instruments à vent, répondent les violons, tandis que hautbois et clarinettes psalmodient le thème liturgique. Enfin l’ut mineur – tonalité fondatrice −, témoignera dans le finale du triomphe de la Lumière. Ici, l’emploi du do majeur dans ce finale, en symétrie à la tonalité ut mineur du début, alors même que la tonalité relative eut été dans une harmonie conventionnelle le mi b majeur, procède d’une construction harmonique tout à fait aboutie dans la symbolique. Aux plaintes des instruments dans l’’preuve de la mort, répond  la tonalité fondatrice – triomphe de la Lumière, du Principe créateur dans la résurrection. En avril 1785, la même tonalité en ut majeur avait modulé la Fantaisie pour piano K 475. L’hiver de cette même année, en décembre, s’achèvera la chaîne des six quatuors dédiés à son ami maçon Joseph Haydn.

Le 26 juin 1788, Mozart met un point final à  sa  trente-neuvième  symphonie, trois jours avant la mort de sa fille Thérèse. Nous ne saurons jamais quelles circonstances ont présidé à la naissance de cette symphonie N°39  en  mi  b  majeur  K  543.  L’emploi  dans  cette  œuvre  majeure  de  la clarinette –instrument maçonnique par excellence−, a fait surnommer cette œuvre de symphonie maçonnique. Il est vrai que l’idéal spirituel de Mozart s’y fait jour de manière éblouissante :

  • dans le premier mouvement – forme sonate vif -, tout de gravité dans l’adagio et l’allegro, les gammes ascendantes et descendantes d’un remarquable effet dramatique modulent jusqu’à la dominante d’ut mineur (sol) − symbole de l’œuvre au noir, la lutte des antagonismes. 
  • dans le troisième mouvement, tout de joie et de réconfort avec le menuetto allegretto (forme à trois partie gaies, menuet à trio – symbole de l’œuvre au blanc, de la pureté intérieure acquise pas à
  • dans le thème du finale allegro, tout de confiance et de lucidité, avec le développement en la b (c’est la forme sonate et non rondo) – symbole de l’œuvre au rouge, la transmutation finale.

Le 10 août 1788, Mozart met la dernière touche à son ultime symphonie, la symphonie N° 41 en ut majeur dite symphonie Jupiter. Là encore, le choix de la tonalité fondatrice n’est pas fortuit. À l’apogée de son génie, Mozart unit avec audace la rigueur du style fugué et la limpidité de la forme sonate, linéaire et sans épaisseur. Il y a là, d’évidence, une métamorphose musicale subtile, où il faut passer par l’équerre, l’angle, c’est-à-dire la rigueur du style fugué, pour s’élever vers le Divin – la limpidité de la forme sonate. On a voulu voir dans ces dernières symphonies son testament philosophique.

Pourtant en 1791, Mozart n’a plus que quelques mois à vivre. Ils seront consacrés à la composition d’œuvres uniques dans lesquelles son génie a rarement paru aussi saillant. Nul n’ignore plus que sa dernière œuvre achevée n’est pas le requiem – que terminera son disciple SÜSSMAYER, dont le moins qu’on puisse dire est qu’il n’est pas très « ecclésiastique » −, mais une cantate maçonnique K 623 destinée à l’inauguration d’un temple où se tiendraient nous est-il dit : « les travaux qui révèleront le grand secret et donneront la vraie Lumière venue de l’Orient ».

La flûte enchantée, une oeuvre franc-maçonnique?

Mais parmi ces pièces de choix, la flûte enchantée, créé à Vienne en septembre 1791, opéra ésotérique en deux actes, constitue « l’améthyste ». Derrière un livret faussement naïf et absurde qui heurte et déroute encore aujourd’hui les bons esprits profanes, au point de leur faire dire qu’il est scandaleux, Mozart délivre l’essentiel de sa pensée philosophique. On prête même à Mozart les premiers mots de l’air de Papageno « c’est moi l’oiseleur joyeux », qu’il aurait répété dans son ultime phrase consciente. C’est dire que la flûte enchantée n’est pas seulement un grand opéra, mais l’œuvre cardinale du maître, œuvre initiatique où les implications maçonniques y sont nombreuses.

Goethe, son frère maçon, admirera cette œuvre au point de vouloir lui donner une suite comme à son Faust.

Le climat social et spirituel que fut celui de l’auteur de la flûte enchantée durant les dernières années de sa vie, montre que la franc-maçonnerie était un sujet très à la mode, alors même que Marie-Thérèse en fit interdire la pratique et s’employa à dissoudre les loges de manière coercitive. Emmanuel Johann Schikaneder, lui-même maçon, qui appartenait à la même loge que Mozart « la Bienfaisance » − homme doué de sens pratique comprit l’intérêt de développer sur scène le thème des rites interdits. De là naquit le livret de la flûte enchantée dont l’hermétisme porteur à lui seul de symboles maçonniques forts sera magnifié par la musique de Mozart.

L’action se situe en Égypte, berceau présumé de la tradition maçonnique. L’appelé Tamino, prince égyptien, et Papageno sa doublure trop humaine d’homme oiseau sont charmés par la Reine de la nuit et ses trois dames. Ils acceptent inconsciemment le mensonge qui fait de Sarastro un monstre qui retient la beauté en esclavage, personnifiée par Pamina.

Si la Reine de la nuit s’exprime avec toutes les conventions du beau chant (bel canto), c’est parce qu’elle est la figure même du monde de conventions incapable de supporter « l’éclat de la Lumière » − de la sagesse.

Tamino découvre Pamina et le mensonge initial devient apparent, mais rien n’est encore acquis – les humains ne peuvent parvenir à changer le monde que dans un long processus d’épreuves. Il faut passer par la purification avant de pouvoir rejoindre le grand chœur des prêtres qui chante la gloire d’Isis et d’Osiris. Il n’est pas donné à tout le monde d’atteindre la sérénité. Papageno bégayant de bonheur s’arrêtera en route. Tamino traversera toutes les épreuves grâce au son de sa flûte – symbole de l’harmonie intérieure de l’être. Au-delà de l’eau et du feu, il retrouvera Pamina et la félicité inaltérable basée sur la Beauté, la Force, la Sagesse – les trois colonnes du tableau de la loge de compagnon. Mais aussi la trilogie sur laquelle repose la démarche maçonnique pour accomplir le Grand-Œuvre.

Vêtus de vêtements sacerdotaux, ils rejoignent le chœur des prêtres. Les rayons du soleil ont chassé les ténèbres. Tamino pénètre enfin dans le règne de la Sagesse – le bonheur est d’ordre métaphysique. Tous les symboles rituels infusent la signification supérieure de ce livret. Osiris, le premier des cinq jours supplémentaires arrachés à la lune (épagomènes), annoncé au moment de sa naissance comme le maître de toutes choses apparu à la Lumière, symbole de résurrection, et son épouse sœur Isis, mère universelle, la magicienne qui enseignera aux humains l’initiation aux mystères. L’initié doit se libérer de son angoisse originelle subie par la naissance, à travers l’épreuve de l’air, de l’eau et du feu. Il passe par la purification de l’œuvre au noir de l’apprenti ; il accomplit son œuvre au blanc par la restructuration comme le compagnon ; et fait son œuvre au rouge par l’expérimentation comme maître pour la transmutation finale. Bien plus, la musique sous-tend ce parcours initiatique des trois degrés de la loge bleue par la symbolique des nombres, l’utilisation de la tonalité en mi b majeur et l’emploi de la clarinette qui marquent l’affirmation du compositeur dans sa confiance lucide en  l’idéal maçonnique. L’emploi des symboles des nombres ainsi que la tonalité en mi b majeur ne sont pas fortuits :

La note mi est la troisième note de la gamme naturelle –  nombre  symbolique ;

La tonalité en mi b majeur est la troisième tonalité bémolisée et comporte trois bémols à la clé.

On ne peut manquer de voir dans le nombre trois qui revient de façon récurrente, le symbole : des trois lumières de la franc-maçonnerie ; des trois degrés initiatiques ; des trois fenêtres ; du triangle rayonnant ; des trois vertus théologales ; mais aussi l’idéal de parvenir à construire le temple intérieur en harmonie avec les trois niveaux de l’univers – le minéral, le végétal et l’animal.

En second lieu, l’utilisation de la clarinette, omniprésente, instrument quintoyant – qui permet en tenant une même note et en poussant le souffle dans la colonne d’air d’obtenir l’intervalle de 12ème – c’est-à-dire, la quinte de l’octave du son fondamental et non l’octave. Là encore le nombre 5 (quinte) allié au 12 (intervalle de 12ème) est d’une symbolique éblouissante. Par ailleurs, à l’époque de Mozart, la clarinette disposait par sa construction organologique de 6 clés – encore un multiple de trois. Ce n’est qu’en 1812 que sera construite la clarinette à 13 clés par le compositeur Yvan Meyer.

Enfin, la tonalité de l’instrument en la – le « la » est la troisième note en descendant la gamme et la sixième note en la montant (multiple de trois). Cette clarinette en la, au son velouté, au timbre dramatique sonne une tierce plus bas que la notation musicale écrite sur la partition, c’est-à-dire un ton ou un demi-ton diatonique plus bas. Mozart exploite au maximum  les possibilités de l’instrument, ses sonorités dont la plénitude n’a d’égale que la tendresse et la souplesse pour rendre l’effet de l’harmonie intérieure.

Avec le requiem, le concerto pour clarinette dédié à son frère maçon Anton Stadler, et la flûte enchantée, Mozart a composé une trilogie qui plus qu’un éloge de l’amitié, constitue un hymne à la fraternité universelle et au triomphe de la Lumière.

En lien: MUSICIENS FRANCS-MAÇONS : Edward Kennedy Ellington dit « Duke » « I’m Beginning To See The Light »

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Gloire au Travail ? Mon œil ! Quand travailler tue.

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J’étais en Loge hier soir, passablement choqué par les actualités, du moins celles qui ne sont pas occultées par tel ou tel phénomène médiatique. Je repensais aux suicides d’enseignants, et plus au suicide de cette directrice d’école à Pantin en septembre 2019. Un petit recoupement de sources diverses et accessibles permet de voir que cette dame qui s’est jetée au sol, contrairement à ce qu’affirme sa hiérarchie, était un agent très consciencieux, plus soucieuse de l’objectif de l’école que des contraintes administratives diverses exigées par des technocrates inconséquents. Il ne m’appartient pas de juger de la conduite de ladite hiérarchie, mais j’avoue qu’un peu d’humanité et de compassion permettrait peut-être d’éviter d’alimenter un feu mauvais.

J’ai connu dans un service un cas similaire : un jeune sous l’emprise d’un supérieur particulièrement pervers dans une administration. Ce jeune a envoyé une lettre à pas mal de monde, et ses collègues ont pu éviter un drame. Sa lettre expliquait quels traitements il avait à subir chaque jour de la part de son supérieur. Des comportements plus que blâmables : humiliations quotidiennes, objectifs inatteignables etc. Pour l’anecdote, ledit supérieur a fait l’objet de plusieurs signalements de harcèlement. La liste de ses exactions est assez longue : dénonciations mensongères, promesses intenables aux agents, manipulations visant à détruire la cohésion du groupei, harcèlement téléphonique, harcèlement physique, collecte illégale de données, mises à pied pas toujours justifiées etc. La plupart des agents ont eu à lancer des procédures pour harcèlement contre ce chef. Le plus jeune des agents (un jeune en formation, qui plus est) n’a pas supporté ces traitements et en est arrivé à commettre une tentative de suicide.

Si le pire a été évité, la suite est plus sombre. Le chef de service s’est ému et a pris les dispositions nécessaires : le jeune a été viré, et sa tentative de suicide a été interprétée comme résultante de problèmes personnels… Donc aucun lien avec les conditions de travail. Pour le supérieur responsable de ce gâchis, tout va bien, merci.

De manière plus générale, il est assez difficile d’établir une statistique fiable des suicides dans notre beau pays. Il semblerait que le taux de suicide soit d’au moins un par heure chaque jour. La difficulté est qu’il n’est pas toujours facile d’identifier un suicide… Je suis curieux de connaître le nombre de suicides directement imputables au travail. Et malheureusement, les exemples ne manquent pas, outre l’ancienne France Télécom : la Poste (dont la direction dispose d’un plan de camouflage très efficace), la police…

De ce que j’ai cru comprendre, le suicide est l’expression ultime d’une souffrance sourde, elle-même issue des processus qui amènent à détruire les personnes : déshumanisation, dépersonnalisation, absence de reconnaissance, perte de sens, sans compter les augmentations de charge de travail etcii. Peut-être que dans la prévention du suicide, un effort particulier doit être fait bien en amont. Nous commençons à réaliser que les méthodes de management par la terreur, le management par process avec objectifs irréalisables, le réel mépris et le cynisme des encadrants et dirigeants face à la mort de leurs employés n’ont qu’une issue possible : la mort, pour échapper à la souffrance.

En tant que Franc-maçon, je suis particulièrement attaché aux valeurs humanistes, que je tente d’appliquer hors du Temple, avec plus ou moins de succès. Je me glorifie toutefois de n’avoir encore poussé qui que ce soit au suicide. Néanmoins, nos rituels comportent une formule que je trouve de plus en plus désagréable, en complet décalage avec les crises que nous vivons : « Gloire au Travail ». Certes, c’est un symbole, à interpréter et à ne surtout pas prendre au pied de la lettre !
Mais quand j’entends cette maxime symbolique et tout le tralala masturbatoire qui va avec, ce « Gloire au Travail » m’agace prodigieusement. Je crois au contraire qu’à notre époque d’hyper-productivité, dans laquelle le travail n’a très souvent plus de sens, nous devrions nous interroger, nous Francs-maçons mais aussi la société profane sur le sens du travail, ou l’importance trop grande prise par le travail dans nos vies. Nous devons aussi nous interroger sur le bien-fondé du fait de travailler et déconstruire les amalgames liés au travail, comme le propose le sociologue anglais David Frayne dans son ouvrage Le refus du travail.

Quoi qu’il en en soit, pour en revenir à mon idée initiale, on ne devrait pas avoir à mourir à cause de son emploi. Jamais.

Bon, avant d’aller en Loge, je suis passé dans la petite librairie spécialisée en bande dessinée pour me remonter le moral et j’y ai fait quelques achats, conseillé par mon libraire. Avec ses conseils, j’ai pris cette bande dessinée très bien notée : le travail m’a tué d’Hubert Prolongeau, Arnaud Delalande et Grégory Mardon (éditions Futuropolis). Je vais la lire ce soir…

J’ai dit.

i D’après ce que j’ai compris, un agent s’est vu promettre une promotion en échange de la surveillance et de la dénonciation éventuelle des pratiques de ses collègues. Ce que l’agent ne savait pas, c’est que la promotion était impossible, puisque les promotions dépendent de commissions indépendantes

ii Je ne le dirai jamais assez : consultez Souffrance en France, de Christophe Dejours

Le banquier au cœur sec

J’ai appris hier qu’un homme était décédé durant l’été à l’âge honorable de 89 ans. Le notaire qui avait en charge son testament eu la surprise cette semaine de découvrir que le défunt possédait pas moins de 27 comptes bancaires. Il avait accumulé au cours d’une vie de travail environ 8 millions d’euros. Ce n’est point une honte que d’avoir du succès dans ses affaires me direz-vous.

Ce qui est plus gênant en revanche, c’est d’apprendre que cet homme n’avait eu ni femme, ni enfant pour partager ce magot. Il avait fait cela pour lui tout seul. Avant de rendre l’âme à son créateur, Il a laissé une simple lettre. Ses dernières volontés consistent à léguer toute sa fortune à une congrégation religieuse déjà bien riche. Connaissant quelque peu cette douteuse institution, je sais que ce capital n’ira certainement pas alimenter les caisses de nos hôpitaux bien vides ou les restos du cœur bien pauvres. Enfin, souhaitons de bonnes ripailles à ces cénobites peu partageurs.

Je ne vous cache pas que cela m’a révolté à plusieurs titres. Tout d’abord, d’apprendre que cet homme avait exercé le métier de banquier. Car selon moi, cette activité est une forme de parasitage du travail des autres. Les sommes gagnées par cet homme l’ont été au détriment de la sueur des travailleurs. Ensuite, d’imaginer ce personnage accumulant sou par sou, tel l’avare classique, toute sa vie durant, pour constituer son magot, cela me donne un sentiment de gâchis de l’existence humaine.

L’ironie de cette histoire est qu’il est mort seul dans une institution sans cœur ni tendresse, sans cérémonie ni respect de ses dernières volontés, faute d’information préalable.

Il me semble que c’est la démonstration si besoin est, qu’une existence de partage et de fraternité vaut toutes les fortunes du monde. La valeur qui conduit au bonheur est incontestablement le résultat du lien humain produit par nos échanges fraternels et désintéressés. Il est bien seul celui qui s’enferme dans une forteresse aux murs tapissés d’or et aux portes blindées incrustées de diamants.

Tout le monde s’accordera à penser que l’homme heureux est celui qui aura su trouver la justesse dans toutes les possessions matériels, mais qui aura su aussi accumuler sans limite l’amour autour de lui. Je suis justement inquiet de cette valeur qui tend à disparaître de nos ateliers au profit des richesses matériels ou des grades et fonctions.

Nous ressassons à longueur de tenues toutes nos valeurs d’humanité, de fraternité et de partage. Pourtant, dans les faits, ce sont souvent les mêmes qui sont de corvée. Tant pour ce qui concerne le temps offert, les tâches ou parfois l’argent. Avouez que la générosité n’est pas la vertu première du maçon. Il est évident que le Frère de cœur ne se vante pas de ses actions de charité. Pourtant, force est de constater que lors d’un appel au secours, ils ne sont jamais très nombreux ceux qui répondent : « présent » !

Dans le fond, je vais vous confier une de mes pensées dont j’ai presque honte… Allez, je me lance : Eh bien voila, ce banquier au cœur bien sec, je me suis demandé s’il n’avait pas été Franc-maçon. Avouez que c’est inquiétant quand même de penser autant de mal.

Dites, vous croyez que c’est grave ?

Lettre à un ami trop tôt disparu

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J’étais en Loge hier soir et, à l’occasion d’une Tenue funèbre, je repensais à mes morts, surtout à toi, mon vieil ami disparu.

On s’était rencontré, ou plutôt croisé, une première fois lors de nos stages de fins d’études respectifs dans un grand établissement de recherche et d’expertise, ces usines à gaz où les chercheurs se prostituent pour financer les activités de leurs laboratoires et où le travail de recherche le plus important est accompli par les plus précaires. Mais c’est une autre histoire. Nos diplômes d’ingénieurs en poche, nous avons affronté toi et moi les crises de recrutement, les employeurs bidon, bref, toutes ces embûches de la vie professionnelle qui mènent deux ingénieurs diplômés directement de l’école au chômage.

Tu as pu être recruté en thèse de doctorat dans une université, cette université que j’ai rejointe ensuite pour faire un master complémentaire à mon diplôme d’ingénieur. C’est là que nous nous sommes réellement rencontrés: par le biais des réseaux réels (Facebook et l’iPhone n’existaient pas encore à l’époque), on a pris un verre ensemble dans un pub irlandais et passé une bonne soirée. De camarades d’université, nous avons fini par devenir amis. Je n’oublierai pas les samedis à refaire le monde à quatre ou cinq et les parties de cartes infernales que nous menions jusqu’au dimanche matin. Puis, pour des raisons de stage de master, j’ai dû m’expatrier. Mais nous avions gardé le contact. Les hasards de la vie professionnelle m’ont amené à commettre l’erreur de ma vie: accepter de faire une thèse dans ce domaine que nous aimions tant toi et moi, la physique des particules appliquée à la recherche médicale. Je suis donc parti une nouvelle fois dans un autre pays, étranger dans un pays qui ne les aime pas mais aussi étranger dans notre pays que je ne comprenais plus. Pendant que je me battais pour avoir ne fût-ce que le droit de mettre mon nom sur mes travaux (parce que dans la recherche, le droit d’auteur, bof), tu terminais et achevais ton doctorat. J’ai malheureusement loupé ta soutenance, et je le regrette. Ton directeur de thèse t’avait trouvé une place dans une petite entreprise d’informatique médicale, où tu aurais normalement dû participer aux travaux de recherche et de développement, mais où on t’a finalement affecté à un poste de développeur en langage objet, que tu détestais particulièrement. C’est peut-être là qu’ont commencé tes problèmes… On commençait à en parler quand tu étais venu me rendre visite sur ma terre d’exil, entre la raclée que tu m’avais mise à Street Fighter et celle que je t’avais administrée à Soul Calibur.

De mon côté, pendant que tu t’interrogeais sur ton emploi, je terminais la rédaction de mon manuscrit de thèse et fêtais ma 5e publication, au goût bien amer, ma vie privée de l’époque s’étant brisée un triste jour d’août, où ma copine de l’époque est devenue mon ex alors que je la demandais en mariage… Toi-même, qui l’avais connue, avais eu du mal à comprendre ce qui s’était passé.

Cette même année, notre directeur de thèse avait décidé de me punir de ma trop grande indépendance (indépendance acquise en raison de ses propres carences) en m’empêchant de soutenir et de trouver un emploi dans mon domaine.

A commencé alors ma descente aux Enfers. J’ai dû rentrer en France, sans rien. Une erreur de dossier m’ayant fait disparaître de pas mal de registres (dont mes droits au chômage…), j’ai dû rétablir un certain nombre de choses avant de penser à ma soutenance: stabiliser ma situation, retrouver un logement, reconstruire ce que je pouvais de ma vie. Après avoir pu rétablir mes droits divers, j’avais fini par retrouver un emploi dans l’informatique, sous réserve de ma soutenance de thèse. Elle aurait dû se faire suite aux médiations et recours intentés, mais ne s’est pas faite, notre école doctorale ayant choisi la courageuse voie du silencei. Sans mon titre de docteur, pas d’aide pour mon employeur de l’époque. J’ai donc dû pointer une nouvelle fois au chômage. Tout cela arrivait pendant que ton emploi te détruisait à petit feu. D’ailleurs, tu étais tellement critique sur ta boite que tu ne voulais pas, pour mon bien, m’y faire entrer.

Bien sombre tableau de deux jeunes urbains seuls et désabusés dans une grande métropole. Tout n’était pourtant pas si sombre, pourtant. Nous avions nos réserves de lumières. Je t’avais proposé de m’accompagner au théâtre, et je t’ai fait découvrir Guitry, dont tu es devenu un grand lecteur et un grand admirateur. Et toi, tu m’as fait aimer le rugby. Je me souviens de nos commentaires de matches, que nous refaisions toi et moi avec une mauvaise foi légendaire, qui amusait les amis qui nous servaient de public. Nous trouvions toujours le moyen de passer du temps ensemble.
Puis ma situation a fini par se stabiliser, pendant que tu continuais à te consumer à petit feu: j’ai refait ma vie professionnelle et surtout, ma vie privée. Je suis également entré en Loge à cette époque-là, ce qui m’a beaucoup apporté pour ma reconstruction.

Malgré tous ces changements, jamais nous ne nous sommes perdus de vue. Tu savais que j’étais moins disponible le week-end, mais ça ne nous empêchait jamais d’écumer les théâtres et les brasseries en semaine! Parfois, on sortait aussi à trois !

Je me souviens aussi de ce soir d’été, où autour d’une bonne bière, je t’avais avoué ce que je faisais deux fois par mois. Je t’avais même proposé de partager l’aventure avec moi dans ma Loge. Mais tu estimais que ce n’était pas pour toi. C’était ton choix, et je l’ai toujours respecté. En fait, tu étais bien plus fasciné par les Rose-Croix ou les travaux d’alchimie que la Franc-maçonnerie.
J’aurais vraiment aimé que tu viennes au moins voir une Tenue blanche, ne fût-ce que pour partager cette expérience avec toi, un de mes plus vieux, et peut-être un de mes meilleurs amis, un vrai frère d’armes et compagnon de galère.

Je ne voulais pas te le dire, mais à cette époque, je m’inquiétais pour toi. Je te voyais toujours plus sombre, plus seul aussi. En fait, ton emploi ne t’apportait plus aucune joie. Mais comme tu n’avais que ça, tu ne pouvais certainement pas l’admettre. Par contre, ton corps t’envoyait des messages alarmants, couvrant une réalité terrible, celle que l’on appelle burn-out.

C’est épuisé et meurtri que tu as pris la courageuse décision de tout plaquer, de tout abandonner et de rentrer dans ta région natale. Tu as passé ta dernière journée en ville avec ma compagne et moi, et nous t’avons dit au revoir, le coeur très lourd. Mais elle et moi savions que c’était le mieux pour toi: te soigner et te reconstruire. Aucun de nous ne pouvait le savoir mais il était déjà trop tard.

Le temps a passé, mais jamais nous ne sommes perdus de vue: tu m’avais fait part de ton projet de créer une distillerie bio et j’étais prêt à être ton premier client. J’ai même participé à ton étude de marché!

De temps en temps, tu passais en ville, et nous trouvions toujours le moyen de prendre un verre ou de déjeuner ensemble. Nous étions aussi venus te voir et tu nous avais fait les honneurs de ta région à l’occasion d’un bon week-end.

La nouvelle est tombée quelque mois plus tard, alors que je pleurais déjà deux Frères de ma Loge passés à l’Orient Eternel. Tu m’as contacté de l’hôpital, où tu as mentionné des mots qui effraieraient même le plus endurci des hommes: tumeur, métastases, carcinome.

Tu m’avais certifié garder le moral, et tu m’avais dit que tu consacrerais ta convalescence sur ta nouvelle console à jouer à la nouvelle mouture de ta licence de jeux vidéo préférée sur ta nouvelle console: La légende de Zelda. Tu m’avais promis qu’on se reverrait à ta sortie, quand tu irais mieux. Hélas, Clotho, Lachesis et Atropos ne l’entendaient pas ainsi. On m’a appris ton décès un triste jour d’équinoxe de printemps. Un coup terrible. Je n’ose imaginer la douleur encore plus terrible pour ta famille.

Je n’ai pas pu venir à tes funérailles, ayant été averti trop tard pour descendre. Et je m’en veux encore. Vraiment.

En ta mémoire, j’ai décidé de reprendre mes travaux de thèse interrompus voici plus de dix années, dans une autre université que la nôtre, celle où j’ai repris mes études. Ce fut dur. Très dur. J’ai dû livrer pas mal de batailles, heureusement accompagné par des gens formidables, qui me soutiennent et sans qui j’aurais abandonné. Rien n’est encore joué, mais la lutte, ma lutte, notre lutte, continue. 

A un certain degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté, il est question de devoir. Il est aussi question d’injustice: il est dit que malgré tous nos efforts, on peut échouer et l’accomplissement du Devoir peut ne pas être récompensé. C’est ce que je vis. J’ai beau utiliser tous les symboles de notre Rite, je ne suis pas sûr de parvenir à me pardonner cet échec-là…

Notre rituel nous aide à mieux accepter la mort, et même, doit nous y préparer. Pourtant, j’ai encore du mal à accepter ce qui s’est passé. Avec ta mort, c’est une partie de ma jeunesse qui a été enterrée.

J’ai raté ton enterrement, j’ai le sentiment d’avoir échoué à porter ton souvenir et je me sens vraiment minable comme frère, comme ami ou comme homme. J’espère que tu me pardonneras un jour, mon vieil ami.

J’ai dit.

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