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On ne saurait trop recommander la lecture des Cahiers du GREMME, dont le comité scientifique réunit des noms bien connus, tels Pierre-Yves Beaurepaire, Bruno Pinchard, aux côtés d’excellents chercheurs et auteurs français, belges, Henrik Bogdan, de l’Université de Göteborg. C’est précisément à ce dernier que l’on doit un article passionnant sur l’influence cabalistique dans l’élaboration du grade de Maître en Franc-maçonnerie.
Pour en juger, il faut d’abord revenir sur ce que sont les degrés fondamentaux de la Franc-maçonnerie, résultat d’un processus long et progressif.
Les rituels spéculatifs doivent en effet leur forme et leur contenu, pour une large part, aux rituels opératifs qui les ont précédés. Avant 1730, ils ne comptaient que deux degrés, « Apprenti » et « Compagnon ou Maître Maçon ». C’est l’ouvrage de Samuel Prichard, Masonry Dissected, publié en octobre 1730, qui témoigne d’une évolution décisive : le degré d’Apprenti fut scindé en deux, « Apprenti » et « Compagnon », tandis que le second degré devenait le troisième, désormais connu sous le nom de « Maître Maçon ».
À une époque où tous les rituels devaient être connus par cœur, le meilleur moyen d’introduire un nouveau degré consistait à le rendre directement accessible par la publication ; une stratégie que Prichard semble lui-même suggérer, lorsqu’il avance que l’ancienne forme de la Maçonnerie devrait être « restaurée au moyen de quelque mystère caché », faute de quoi elle serait bientôt anéantie. Ce « mystère caché » n’est jamais explicitement révélé, mais rien n’interdit d’y reconnaître la légende d’Hiram.
La publication de Masonry Dissected suscita d’ailleurs plusieurs réponses destinées à défendre l’honneur de la Franc-maçonnerie et à mettre en cause l’intégrité de Prichard. Parmi elles, l’ouvrage anonyme A Defence of Masonry, paru en 1730-31, se distingue par un exposé remarquable sur les liens entre la Franc-maçonnerie et les mystères anciens : l’auteur y établit des parallèles entre francs-maçons, pythagoriciens, esséniens et druides, mais surtout, et c’est là l’essentiel, entre Franc-maçonnerie et cabale.
Cette comparaison vise spécifiquement le vocabulaire maçonnique : c’est donc la cabale littéraire (guématria, notarikon et temurah) qui est jugée compatible avec la Maçonnerie, plutôt que ses dimensions théosophiques ou théurgiques. L’idée n’a du reste rien de nouveau : dès 1726, The Grand Mystery Laid Open, premier catéchisme maçonnique imprimé à établir explicitement le lien entre Franc-maçonnerie et cabale, contenait déjà des références au notarikon.
On sait ainsi que le choix des lettres composant les mots de passe maçonniques était déjà réputé d’origine cabalistique en 1726, soit quatre ans avant la parution de Masonry Dissected. Quant à la toute première utilisation attestée de lettres hébraïques dans un texte rituel maçonnique, elle remonte à A Mason’s Examination, publié en 1723. C’est le premier catéchisme maçonnique imprimé connu. Il faut néanmoins se garder d’une équivalence trop rapide : si les textes hébreux étaient volontiers assimilés à la littérature cabalistique, le simple usage de lettres hébraïques ne relève pas nécessairement de la cabale, contrairement à ce que pensaient nombre de cabalistes chrétiens.
C’est pourtant Masonry Dissected qui, le premier, expose les trois degrés de la maçonnerie fondamentale et qui, le premier également, rapporte la légende d’Hiram Cette légende est demeurée à ce jour la plus importante et la plus caractéristique de la Franc-maçonnerie, puisqu’elle joue un rôle décisif dans le degré de Maître Maçon. On se souvient que le troisième et dernier coup porté par les conjurés tua Hiram avant qu’il n’ait pu révéler le Mot, qui fut dès lors perdu.
C’est précisément dans cette perte que l’on peut discerner des traces de la cabale. Certes, aucune référence explicite n’y apparaît : ni spéculation sur les émanations divines (la théorie des sefirot issue du Sépher Yetsirah), ni évocation de la shekinah, aspect féminin du Divin, ni jeu sur les nombres relevant de la guématrie. Il n’est cependant pas illégitime de relever que l’élément central de la légende, la recherche d’un mot perdu, fait écho de manière frappante aux spéculations du Zohar sur la perte de la prononciation correcte du nom de Dieu, le Tétragramme YHVH.
Selon la tradition cabalistique, le mode approprié de vocalisation du nom divin constituait un secret précieusement gardé, réservé au Saint des Saints, dans l’enceinte du Temple de Jérusalem. Or le second siège de Jérusalem par Nabuchodonosor, en 586 av. J.-C., s’acheva par la destruction du Temple de Salomon et marqua le début de ce que l’on a appelé « la captivité à Babylone », qui devait durer jusqu’en 538 av. J.-C. Pendant ce demi-siècle, le grand prêtre n’eut plus l’occasion de prononcer le nom de Dieu et c’est ainsi que sa prononciation exacte tomba progressivement dans l’oubli.
La convention adoptée par les spécialistes de prononcer « Yahweh » pour transcrire YHWH n’a d’ailleurs rien d’assuré : les manuscrits bibliques hébreux, écrits en consonnes seules, sans voyelles, sont restés tels jusqu’à une époque relativement récente. C’est dans ce contexte que le nom « Adonaï » vint se substituer à celui de « Jéhovah » dans la lecture de la Loi, tout en étant écrit avec les points-voyelles de l’ancien nom. La tradition du Zohar témoigne ainsi d’une recherche du nom perdu ou plus exactement de la manière correcte de prononcer un nom par ailleurs connu.

Arthur Edward Waite, figure reconnue parmi les amateurs érudits de Franc-maçonnerie et d’ésotérisme de la première moitié du XXᵉ siècle, a multiplié les écrits sur cette similitude entre la quête zoharique et la quête maçonnique d’une chose perdue. Amateur érudit de Franc-maçonnerie, dans les premières décennies du 20ᵉ siècle, défendit l’idée d’une influence de la cabale sur le grade de Maître. Il souligna en particulier que la quête maçonnique du mot perdu du Maître présente une similitude troublante avec les spéculations cabalistiques sur la perte de la désignation correcte du nom de Dieu, le Tétragramme YHVH, une intuition qui mérite d’être examinée de près.Sa conviction, selon laquelle les initiateurs de la Franc-maçonnerie étaient versés dans la doctrine cabalistique, mérite à ce titre d’être prise au sérieux.
Pour saisir pleinement ses arguments sur la légende d’Hiram qu’il tenait pour la « légende fondamentale » de la Franc-maçonnerie, il faut garder à l’esprit sa conviction que l’objet de l’initiation maçonnique était l’unio mystica avec Dieu.
Pour lui lui, la recherche d’un nom perdu dans la tradition du Zohar des anciens cabalistes chrétiens de la Renaissance n’était rien d’autre que la recherche d’un chemin vers le Christ.
Les initiateurs de la tradition maçonnique, familiers de cette quête zoharique, auraient ainsi repris le thème de la parole perdue avec la mort du Maître, pour représenter, en réalité, la recherche du Christ lui-même. D’où la formule de Waite : Verbum Christus Est, la parole [perdue], c’est le Christ.
Une telle affirmation resterait incompréhensible si on ne la replaçait dans son contexte cabalistique. L’ancien Mot du Maître était un des noms de Dieu : YHVH.
Or, selon la tradition cabalistique chrétienne, ce nom cache le nom secret de Jésus, ce qui prouve, par la cabale, que le Christ est le Sauveur. En intégrant au Tétragramme Yod-Hé-Vav-Hé le caractère hébreu ש (Shin), considéré comme une allusion à la Trinité, apparaît le nom de Jésus, YHSVH, Yeheshuah ou Jeheshua. Cette démonstration cabalistique séduisit particulièrement des cabalistes chrétiens comme Pic de la Mirandole et Johannes Reuchlin, qui attribuaient au Pentagramme (IHSVH) des pouvoirs considérables, y voyant le Nom Sacré chrétien, au même titre que le Tétragramme (IHVH) était le nom sacré des Juifs. Selon Jean Reuchlin (vers 1517), l’histoire de l’humanité peut se répartir en trois périodes : la première, celle de la nature, pendant laquelle Dieu se révèle aux patriarches sous le trigramme de Shaddaï (שדי) ; la seconde, celle de la Loi, pendant laquelle Dieu se révèle à Moïse sous le Tétragramme (יהוה) [prononcé Adonaï] et la troisième, celle de la Grâce et de la Rédemption, pendant laquelle Dieu se révèle aux apôtres sous cinq Lettres, ou Pentagrammaton, YESHOUAH (יהשוה) : «In natura SDI, in lege ADNI, in charitate IHSVH.» (Dans la nature SDI, dans la Loi ADNI, dans la charité IHSVH).
Ce nom, croyait-on, contenait le pouvoir et la force sur toute chose : il devait permettre aux cabalistes d’accomplir des œuvres extraordinaires, dépassant la force humaine, et d’exercer une véritable domination sur la nature.
Le Pentagramme était en outre perçu comme un signe de l’union divine, en tant que source de l’activité surhumaine de l’homme.
Moshe Idel, historien et philosophe israélien né en 1947, qui a profondément renouvelé l’étude de la cabale et de la mystique juive, estime pour sa part que Reuchlin aurait mal interprété les cabalistes juifs. Cette réserve n’enlève rien, cependant, à l’importance décisive du Pentagramme pour les cabalistes chrétiens, chez qui les spéculations sur le nom secret de Dieu devinrent un thème central.
Si l’on examine à présent la légende d’Hiram à la lumière des travaux de Jan Snoek (mort en 2018), il apparaît clairement que, sous sa forme originelle, elle relevait du « mythe d’initiation », avant que les versions plus récentes ne lui fassent endosser la fonction d’un simple « récit moraliste ». C’est précisément lorsque sa dimension initiatique est mise en avant que le rapprochement avec la tradition cabalistique devient le plus visible. Au cœur de la cabale juive réside en effet le but fondamental de l’expérience individuelle de Dieu, l’unio mystica. C’est là un objectif qui relie fonctionnellement les deux traditions, toutes deux tournées vers une identification directe à Dieu.
Il convient toutefois de nuancer cette lecture, car deux faits importants viennent contredire l’hypothèse d’une influence cabalistique directe sur la légende hiramique.
D’une part, dans la littérature juive, la recherche de la prononciation correcte du nom de Dieu et les spéculations sur les pouvoirs spirituels qui y sont associés ne se limitent nullement à la cabale : on les retrouve également dans des textes juifs non cabalistiques. Il reste que, dans le contexte spécifique de l’ésotérisme occidental chrétien, ce sont surtout les textes cabalistiques au premier rang desquels les Conclusions (ou thèses) de Pic (1486) , le De Verbo mirifico de Reuchlin (1494) et son De arte cabbalistica (1517) qui développent des spéculations sur la véritable prononciation du Nom de Dieu.
D’autre part, et ce point est peut-être plus intriguant encore :
le nouveau Mot de Maître adopté par la tradition maçonnique n’est pas le Pentagramme « Yehoshua », mais « Macbenac ». Le Mot de Maître ne désigne donc pas le Christ.
Cela aurait pourtant constitué le choix le plus cohérent si la légende hiramique avait réellement été façonnée par les traditions cabalistiques chrétiennes.
C’est au 13e degré du REAA, Chevalier de l’Arche Royale, qu’apparaît selon certaines versions du rituel, l’emprunt maçonnique à la cabale le plus évident. Le cœur du degré est la (re)découverte du nom ineffable de Dieu, יהוה (YHVH). Cette centralité même du Tétragramme, sa recherche, sa découverte gravée, la question de sa prononciation perdue, est un emprunt direct à une préoccupation typiquement cabalistique [1]. Dans la tradition juive, le Nom divin est à la fois le principe créateur et un objet de méditation ésotérique réservé aux initiés.
De plus, le récit rituélique fait descendre le récipiendaire à travers plusieurs voûtes (souvent neuf) avant d’atteindre la chambre où repose le Nom gravé sur une plaque d’or ou de marbre. Cette structure en paliers successifs invite au rapprochement avec les Séphiroth ou d’autres structures numérologiques cabalistiques (bien que ce point soit davantage une lecture a posteriori des auteurs maçonniques que d’un emprunt attesté dans les textes fondateurs du degré).
Contrairement à d’autres degrés du REAA où l’hébreu et les références bibliques restent allégoriques au sens large, le 13e degré fait de la structure même de sa légende (voûtes superposées, quête du Nom, l’utilisation de lettres hébraïques disposées en triangle (delta), la symbolique de la triangulation du Nom, la figure d’Hénoch/Métatron) un décalque de motifs propres à la mystique juive ésotérique, ce qui justifie qu’on y voie l’emprunt le plus explicite à la cabale dans le système écossais.
Il est donc temps de revenir à la question posée au départ : la légende maçonnique d’Hiram est-elle influencée par la cabale ? Cette légende repose, on l’a vu, sur la perte de la prononciation du nom de Dieu, YHVH, thème que l’on retrouve tel quel dans les traditions cabalistiques, tant zoharique que chrétienne. On pourrait n’y voir qu’une coïncidence, aussi étrange soit-elle, si deux facteurs supplémentaires ne venaient renforcer l’hypothèse d’un lien réel.
Le premier facteur tient à la place même de la légende d’Hiram : elle constitue la légende centrale, la plus importante, de tout le système initiatique maçonnique. Il paraît dès lors peu probable que son contenu ait été choisi arbitrairement, d’autant que les premières versions montrent qu’elle reposait sur un thème authentiquement initiatique, permettant au candidat de s’identifier à Dieu à travers la figure d’Hiram.
Le second facteur découle directement du premier : puisque l’initiation au grade de Maître n’était pas de nature purement moraliste mais bien initiatique au sens propre, elle poursuivait le même but que la cabale, à savoir l’unio mystica. Selon cette conception, deux amants (en l’occurrence l’un céleste et l’autre terrestre) meurent mystiquement ensemble, en s’éloignant l’espace d’un instant des soucis du monde sensible, pris dans un élan érotique (au sens platonicien de plaisir spirituel et au sens religieux de détachement de l’âme du corps matériel) se manifestant au moment du baiser mystique. L’intégration dans la pensée chrétienne d’une véritable hiérogamie, concept emprunté à la philosophie cabalistique [du Cantique des cantiques en particulier], semble être la contribution la plus originale et la plus efficace que Pic de la Mirandole a apporté à la recherche de la « pax unificata ».
Un même noyau se retrouve ainsi dans les deux traditions : la recherche de la connaissance perdue de la prononciation d’un nom, un nom que l’on sait être YHVH dans l’une comme dans l’autre, toutes deux le rattachant au Temple de Salomon et à l’idée d’unio mystica.
Pourquoi, dès lors, le mot YHSVH, le Pentagramme, n’a-t-il pas été adopté comme nouveau Mot du Maître ?
Ce fait demeure certes troublant. Mais les similitudes entre les deux traditions sont si nombreuses et si significatives que l’on peut raisonnablement estimer, en s’écartant légèrement à la fois d’Arthur Edward Waite et d’Henrik Bogdan, que la cabale, et seulement, telle que l’ont transmise les cabalistes chrétiens, constitue bien l’un des facteurs à l’origine de la légende d’Hiram.
Une autre question à explorer
Existe-t-il des traces documentaires d’un contact direct entre les cercles maçonniques naissants du début du XVIIIᵉ siècle et les héritiers de la cabale chrétienne de la Renaissance ou bien faut-il plutôt parler d’une imprégnation culturelle diffuse, transmise par des intermédiaires (cercles rosicruciens, alchimistes, francs-maçons opératifs eux-mêmes déjà familiers de spéculations bibliques) que l’on ne peut identifier avec certitude ? Répondre à cette question permettrait de préciser si l’influence cabalistique sur le grade de Maître relève d’une transmission consciente et ciblée, ou d’une simple convergence de climats intellectuels partageant les mêmes sources bibliques et ésotériques.
Alors quels intermédiaires ?
Newton ? Newton a bel et bien étudié la cabale, mais en traduction latine, et son intérêt était d’une autre nature que celui d’un Pic de la Mirandole ou d’un Reuchlin. Des chercheurs le décrivent parfois, à tort, comme une sorte de « cabaliste chrétien » alors que son rapport à la Kabbale suit en réalité une logique plus singulière, typiquement newtonienne. Ce qui le passionnait avant tout, c’était la reconstruction du Temple de Salomon : il y consacra une étude qui s’étendit sur plus de cinquante ans, de la fin des années 1670 jusqu’à sa mort en 1727, convaincu que la géométrie du Temple ne constituait pas seulement un plan architectural mais fournissait aussi une chronologie de l’histoire hébraïque. Il alla jusqu’à apprendre l’hébreu pour lire Ézéchiel dans le texte, avec pour professeur supposé l’érudit juif Isaac Abendana. (Maimonides, Stonehenge, and Newton’s Obsessions par Matt Goldish )
Un ouvrage a cependant compté pour lui, comme pour toute une génération d’érudits anglais : la Kabbala Denudata, cette immense compilation de textes cabalistiques authentiques traduits en latin, publiée entre 1677 et 1685 par Christian Knorr von Rosenroth, qui suscita soudain l’intérêt de savants européens comme John Locke. C’est par ce canal que Newton a eu accès à la cabale, non par une pratique directe de la guématria ou du notarikon, mais par une lecture érudite intégrée à ses préoccupations sur la prophétie, l’alchimie et la chronologie biblique.
Un détail savoureux : son propre maître à Cambridge, Henry More, écrivait abondamment sur la « Cabale ». Mais il s’avère qu’il n’y connaissait presque rien, sa version de la tradition ésotérique juive relevant surtout de sa propre imagination. More, fellow de Christs College à Cambridge, avait néanmoins publié en 1653 sa Conjectura Cabbalistica, texte de référence pour tout le courant des platoniciens de l’époque.
Quant à un lien direct avec la Franc-maçonnerie naissante, il passe surtout par les amis de Newton plutôt que par Newton lui-même.
Newton n’a laissé aucune trace attestée d’appartenance à une loge. L’idée d’un « Newton franc-maçon » relève largement de la légende. En revanche, deux hommes de son cercle immédiat ont joué un rôle bien documenté :

William Stukeley (1687-1765), antiquaire, ami proche de Newton dont il écrivit la biographie, fut initié franc-maçon en 1721, à une époque où il notait dans son journal la difficulté de réunir assez de membres pour conférer les grades. Il développa par ailleurs la thèse d’une religion patriarcale monothéiste transmise aux druides, comme Waite le fera plus tard pour la légende d’Hiram ; une continuité entre religion primitive et vérité cachée. (A TEMPLE RESTOR’D TO THE BRITISH DRUIDS [2])
John Theophilus Desaguliers ? Véritable moteur de l’institutionnalisation de la Franc-maçonnerie spéculative anglaise et lui aussi disciple newtonien, pressenti pour avoir contribué à la rédaction des Constitutions d’Anderson, n’aurait-il pas favorisé, en Franc-maçonnerie, par imprégnation, les préoccupations de Newton ?

Un troisième candidat, plus ambigu : John Toland , déiste irlandais, fondateur du « panthéisme », est crédité ou accusé par certains d’avoir joué un rôle clé dans la formation à la fois du néo-druidisme et de la Franc-maçonnerie modernes. Son Pantheisticon (1720), rédigé en latin et diffusé confidentiellement à des amis triés sur le volet, est considéré par plusieurs spécialistes comme le premier ouvrage à exposer les principes de la Franc-maçonnerie moderne, sa forme empruntant même celle d’un catéchisme maçonnique. L’historienne Margaret Jacob a même suggéré qu’il fut une figure centrale dans l’organisation de la Franc-maçonnerie, contribuant à établir une loge à La Haye. Toland n’était pas cabaliste, mais son goût pour l’ésotérisme antique, le distinguo entre vérité « exotérique » et « ésotérique », et son intérêt pour les mystères anciens en font un vecteur culturel plausible.
Aucun de ces hommes n’est un cabaliste au sens de Pic de la Mirandole ou Reuchlin. L’influence cabalistique semble donc s’être diffusée moins par une filiation directe et revendiquée que par un climat intellectuel commun, celui de la passion pour les mystères antiques, la théologie primitive et le nom divin perdu dans lequel ces figures-relais ont pu faire circuler, sans le nommer comme tel, l’écho de la cabale chrétienne jusqu’aux loges naissantes.
[1] Le degré de Chevalier de l’Arche Royale raconte : «avec une recherche systématique fut trouvé, près de l’endroit d’un grand triangle, un morceau de marbre sur laquelle étaient gravés certains hiéroglyphiques dont ils ont pris la possession, et qu’ils ont porté à Salomon. Salomon a envoyé quelques prêtres instruits qui ont déchiffré ces caractères, et ils ont vérifiés qu’il s’agissait des ruines du temple d’Énoch, construction d’avant l’inondation du déluge qui avait balayé tout sauf ces neuf voûtes. Selon la légende, le haut prêtre a examiné les caractères du socle d’or et les a trouvés pour être le nom inexprimable de Dieu. Il y est raconté la manière de prononcer le nom du plus haut, et ils ont été composés par Énoch, en souvenance du temps où il avait reçu l’initiation de certains secrets de la signification des trois lettres mystiques. Ce nom a été perdu et maintenant retrouvé. Alors le haut prêtre leur a expliqué que la promesse de Dieu, à Noah, à Moïse et à David, de révéler le nom de dieu sur un socle d’or, avait été accomplie. Mais, qu’il était interdit de l’écrire, qu’il était seulement permis de le marquer en lettres pour leur consolation, mais qu’en aucun cas il ne fallait le prononcer et le parler. Le haut prêtre a composé un code pour crypter ce nom. Ce code était si complexe que la logique seule ne suffisait pas. Hiram Abif en eut la connaissance transmise par le haut prêtre. Ils furent les seuls à connaître ces messages secrets. En outre, le haut prêtre a donné l’ordre à Hiram Abif de graver cinq autres écrits différents. Les écrits ont été censés être insérés dans le mur du Saint des Saints. Le peuple utilisa alors un autre nom de dieu. Quelques étudiants juifs, désireux de connaître la nature et la prononciation du nom saint, ont conspiré et ont eu recours à la violence envers l’architecte en chef Hiram Abif pour connaître l’endroit où le trésor est caché, les brutes l’ont frappé avec un coup sur le front, qui l’a étendu sans vie à leurs pieds. Après cet événement, le haut prêtre a fermé le passage.
[2] The Deity here worshipp’d was call’d Sabazius says he, some make him Jupiter, some the sun, some Bacchus. These are the first perversions of the Jehovah of the Jews. In my Judgment, the name Sabazius is a corruption of the Hebrew name of God צבאות sabaoth, Deus exercituum, a title that would well suit the warlike Thracians. In time Idolatry debased every thing. When they perform’d the religious rites of Bacchus, they cried Evohe, Sabbai, and call’d him Evius, Evan, Sabazius, &c. Evohe is a corrupt manner of pronouncing יהוה Jehovah, and this sacred cry is40 truly no other than what frequently occurs in holy scripture. יהוה צבאות Jehovah Sabaoth. He is the king of glory, Psalm XXIV. 10.)
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