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Le mot du mois : « Brèche »

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Le mot appartient au vaste sémantisme très ancien *bhreg- qui recouvre l’idée de briser.

Le latin en infère le verbe *frangere, de même sens. Fragor, c’est le fracas dû à la chute d’objets, la fracture intervient quand les os se délitent en fragments sous l’effet d’un choc.

Bien fragiles. Comme les os de ses victimes que la chouette dite effraie brise avec appétit, broyeuse de vie *ossifraga. source de tant de frayeur.

Fragile ou frêle ? Dans ce duo si proche, le langage fait une distinction dans l’emploi, fragile dans la réalité de la brisure, frêle dans l’apparence de ce qui semblerait sur le point de se briser. Quitte à passer pour une freluche, voire une fanfreluche. Toujours cette impression du léger, du diaphane…Jusqu’à la péjoration du freluquet, du menu fretin.

Les falaises s’entrouvrent en anfractuosités.

Toute rupture de l’ordonnancement coutumier relève de ce champ lexical. Un événement inopiné dérange la monotonie ronronnante, mais il réjouira le pisse-copie en mal de chronique à défrayer.

Que ce soit la fraction ou la fractale mathématique, la diffraction de la lumière ou sa réfraction, le vol par effraction, on navigue dans le flux de la brisure d’un tout homogène, on enfreint l’ordre établi. On devra peut-être en payer les frais, l’amende pour infraction ou le défraiement pour les dégâts occasionnés. Un naufrage, cause de bien des souffrances.

Parfois, l’objet brisé est récupéré à d’autres fins, tels ces tessons de poterie qui servaient de bulletin de vote dans la Cité athénienne antique, les suffrages. Et, quand elles osèrent réclamer des droits au XIXe siècle, ces dévergondées de femmes impudentes furent taxées de suffragettes !

Du même sémantisme, par le biais du gaulois *brisar, le verbe briser a pénétré le lexique, conforté par le gotique *brikan, de même signification.

D’où la brèche. Et aussi ce petit os en forme de fourche, le bréchet qu’on s’amuse à tenter de casser à son profit, après avoir mangé la chair de la volaille.

En est issue la bricole, qui désignait chez les Gaulois la courroie, pièce du harnais qui s’attache au poitrail du cheval. Une invention très fructueuse, qui améliorait sensiblement le rendement des labours, en utilisant désormais le cheval, parce que, contrairement au licol, cette courroie n’asphyxiait pas le cou. Et le travail s’en trouvait accéléré, en regard de celui des boeufs.

Le bricolage a ensuite désigné toute forme de travail par petits morceaux, pas vraiment spécialisé.

La briochese caractérise par sa friabilité par comparaison avec le pain, tout comme la consistance friable de la brique, inventée il y a quelque 6 000 ans, ne saurait égaler la solidité compacte de la pierre, si malaisée à broyer.

Faïences ou porcelaines ébréchées qui font la joie des chineurs de brocante, sourire en dents ébréchées.

Il est intéressant de remarquer le glissement de signification qu’opère le langage plus contemporain. La brèche y devient un passage vers un ailleurs de probable liberté buissonnière. On ouvre une brèche, comme si on écartait les contraintes d’un carcan. Le trou dans la haie, l’interstice entre les nuages, le ciel bleu entrevu. Un espoir de respiration autre.

Dans l’accumulation de tous les cataclysmes présents et à venir, dont nos mondes annoncent actuellement le présage sinistre, quelles brèches salutaires envisager ?

Annick DROGOU

Sur la brèche

Brèche dans le temps de nos certitudes. Sans cesse chercher la brèche, toujours élargir l’horizon. Trouver une brèche et s’y glisser. La brèche dans la montagne, comme un passage, brèche de Roland ouverte par Durandal après Roncevaux. Comme pour ouvrir le champ des possibles et partir à l’assaut des citadelles de nos enfermements. Rester sur la brèche, pour qu’elle ne se referme pas, et que le poids des habitudes ne vienne pas la colmater, la combler, la sceller, comme on ferme un tombeau. Ouvrir, toujours ouvrir. Attaquer ou défendre, mais ouvrir quelle brèche ?

La brèche qui délivre et rend possible l’évasion. Brèche dans le mur de nos aveuglements. Il faut aimer la brèche. Aimer toutes les brèches, aimer même une lézarde ou une fêlure qui laissent passer la lumière, fenêtres involontaires sur des horizons insoupçonnés.  Accepter la rencontre de l’inattendu. Éloge de toutes brèches contre tous les blindages et les cloisonnements. La brèche comme l’offrande d’un passage.

La brèche fait signe. Faut-il se glisser dans la brèche au risque de se perdre ? Contempler la brèche sans forcément s’y engouffrer ? Savoir qu’elle existe, qu’elle me parle d’un ailleurs.

La brèche nous dit l’espérance, la seule, l’infinie, l’incommensurable espérance, pas celle de l’assouvissement de nos projections, l’espérance plus forte et inattendue que les vains espoirs que nous avions formés et façonnés dans la coquille de nos conditionnements. Brèche-espérance pour aller à la rencontre du réel, du seul réel, que nous ne connaissons pas encore.

Jean DUMONTEIL

Stanislas de Boufflers ou le Franc-maçon est-il un « héros du libre-arbitre » ou un « serf-arbitre » ?

« Le doute fatigue, l’ignorance humilie, l’esprit a besoin de vérité »

 (Du libre-arbitre – Stanislas de Boufflers, Marquis de Remiencourt)

 (Né à Nancy en 1738- Mort à Paris en 1815.)

Incontestablement, la question du libre arbitre est l’une des plus fondamentales de la philosophie et de la théologie depuis la nuit des temps, car elle traite de la question de la liberté du sujet, face au destin ou à l’existence d’un Principe supérieur qui modulerait à sa guise son destin. Notre grade est naturellement concerné par cette problématique puisqu’il met en scène l’obéissance en tant que chevaliers et en tant que défenseurs d’une croyance spirituelle. Quelle est notre marge de manœuvre et notre possibilité d’exercer notre libre-arbitre ?    

L’histoire de la Franc-Maçonnerie elle-même est traversée par la controverse : les obédiences actuelles ne sont souvent que le reflet d’un choix, plus ou moins conscient, relevant de cette question, se masquant derrière des appellations comme « traditionnelles ou progressives ». Stanislas de Boufflers, dans son traité du libre-arbitre, va nous plonger au coeur de cette problématique. Sa probable appartenance à des loges militaires au moment de son émigration et son activité au sein de la loge « La Concorde » nous rend encore plus attentif à son message.

I-STANISLAS DE BOUFFLERS POETE ET HOMME D’ACTION CONFRONTE A SON « QUANT A SOI » DANS SON TRAITE SUR LE LIBRE-ARBITRE.

Il convient, avant d’examiner une œuvre, d’en connaître l’auteur. En général, nous en tirons quelques surprises. Il en est ainsi de Stanislas de Boufflers, aventurier, homme politique et poète dont une mise en scène télévisée, conçue par l’acteur Bernard Giraudeau, à partir de sa correspondance, nous l’évoque dans « les caprices du fleuve ».

 Né à Nancy, le 31 mai 1738 à Nancy, dans une Lorraine alors indépendante, il deviendra français de par l’histoire de son pays natal et mourra français à Paris le 18 janvier 1815. Il est, théoriquement, le fils de Louis François, marquis de Remiencourt, mais il y a de forte chance qu’il soit le fils naturel du roi de Lorraine Stanislas Leszczynski (dont il portera le même prénom !) qui en sera son parrain officiel. Sa mère, la très spirituelle et libertine Françoise Catherine de Beauveau-Craon, est la maîtresse connue de Stanislas. Son fils naturel vit et grandit naturellement à Lunéville. Il est, comme cela est souvent le cas pour les enfants adultérins, destiné à la prêtrise, et passera deux ans au séminaire de Saint-Sulpice, mais il quittera l’état ecclésiastique au bout de deux ans, sans prononcer ses vœux et est nommé colonel de hussards en 1772. Il deviendra Maréchal de camp après la campagne de Hanovre et prit part à la bataille d’Amenbourg. Il quittera l’armée en 1784.

A la suite d’une chanson qui déplut à la Princesse Christine, nommé abbesse de Remiremont, il est exilé en tant que gouverneur du Sénégal et de la colonie de Gorée. Administrateur humain et compétent, il ne se livre pas moins à la contrebande de la gomme arabique et de l’or avec les signorès, en compagnie de son amie Anne Pépin. Il est fort probable qu’il s’enrichit aussi avec la traite, ce qui n’est pas sans poser un problème éthique pour quelqu’un qui est passionné par le libre-arbitre ! Il quitte le Sénégal le 29 décembre 1787, rembourse ses dettes et est élu à l’Académie française, en 1788, pour ses poésies. Député de la noblesse, il émigre après le 10 août 1792 et trouve refuge en Prusse polonaise à Breslau où il épouse, en 1797 seulement, Eléonore de Sabran. Il revient en France après le 18 Brumaire et se rallie à Bonaparte qui le fait nommer bibliothécaire-adjoint de la bibliothèque Mazarine et reprend son fauteuil à l’Académie française en 1803. Son traité sur le libre-arbitre, publié en 1808, sera l’une de ses dernières œuvres, en tout cas celle dans laquelle il s’engage le plus dans une réflexion qui le touche, lui, homme de toutes les frontières. Ses œuvres complètes furent publiées en 1828 (4 volumes). Pour la petite histoire, sa tombe se trouve au cimetière du Père Lachaise, sur la pierre de laquelle on lit : « Mes amis, croyez que je dors » !

Au-delà de l’intéressante personnalité de Stanislas de Boufflers, il convient d’examiner cette œuvre tardive, reflet des préoccupations métaphysiques de l’auteur.Le livre de 249 pages, intitulé « Du Libre-Arbitre », par Samuel de Boufflers, membre de l’Institut, fut publié en 1808, chez F. Buisson, libraire, rue Git le Coeur, N° 10.

En le lisant, nous comprenons qu’il est le résultat d’une réflexion qui a duré toute une vie, dans l’exil, qu’il soit sénégalais ou européen. Il écrit : « Je me suis vu réduit à converser avec moi, et forcé de borner mes lectures à lire au fond de ma pensée ; encore, souvent les nuages qui l’obscurcissaient m’ont-ils empêché d’y voir aussi clair que je l’aurais voulu ». D’emblée, de Boufflers, nous signale que notre libre-arbitre est surtout un choix où l’extérieur a peu d’influence, mais aussi que c’est un état qui peut-être perturbé par nos problèmes, donc un état non-stable. A la page 2, nous voyons apparaître la phrase qui constitue l’objet de notre réflexion. Cependant, il est nécessaire de la resituer dans son contexte général qui en modifie la teneur. Nous lisons : « Le doute fatigue, l’ignorance humilie, l’esprit a besoin de vérité, sa volupté c’est la science, toute connaissance est pour lui un plaisir, et ce n’est que dans une certitude entière qu’il peut trouver une entière satisfaction » Il n’est pas ici question de doute métaphysique, mais au contraire d’une ode à la « libido sciendi », le plaisir de l’intellect condamné par l’Église (Souvenons-nous du « Nom de la rose » d’Umberto Eco, paru en 1980). Dans l’ouvrage, il n’est fait allusion à Dieu à aucun moment, et alors ce n’est plus, à ce que l’on en croît, l’homme qui cherche la vérité, mais plutôt c’est la vérité qui cherche l’homme et qui lui apparaît dans ce que Boufflers appelle l’ « instinct de l’esprit » et dont notre raison s’étonne en lui obéissant.

La liberté de l’homme est toujours apparue la question qui attire le plus fortement la curiosité humaine et qui promet le moins de la satisfaire, mais un penchant le décide pour la liberté, sans laquelle il ne se croirait pas un homme et qu’il considère comme le pivot de sa constitution morale. S’il n’y arrive pas « alors il resterait toujours à l’intelligence captive la douceur qui reste à tous les captifs, l’espérance », ce qui ne serait pas le cas de ceux opposés au libre-arbitre, car toute la vie est une recherche permanente. Dès lors tout repose sur l’esprit, mais « l’esprit a-t-il des yeux pour se voir et un miroir pour se contempler ? ». La métaphysique s’occupe-t-elle de l’anatomie de l’âme où sommes-nous dans un « sensorium commune », un sens commun, qui pourrait nous faire dire, en imitant Descartes : « nous sentons, donc nous sommes ». Certains philosophes, pour éviter de matérialiser l’esprit, ont spiritualisé la matière, mais « au reste, quoiqu’il en soi de la nature de notre âme, du moment que nous en admettons une dans l’homme, il semble que nous devions reconnaître en même temps son libre arbitre ». Il est donc à peu près évident que tout ce qui est capable de sentir, est en même temps capable de distinguer, que tout ce qui est capable de distinguer est capable de choisir, que tout ce qui est capable de choisir est capable de se déterminer, et en dernière analyse, il suffirait d’être averti de son existence pour être assuré de sa liberté. De Boufflers, fort de cette déclinaison, irait jusqu’à penser qu’il existerait chez les animaux un libre-arbitre à une moindre intensité que celui de l’homme.

Pour lui, la liberté s’exerce par la délibération et nous savons que la délibération ne peut avoir lieu que dans l’incertitude. C’est pour cela que le fou et le héros sont hors-normes, échappent à l’humanité, car manipulés par une cause étrangère et non par leur volonté. Dans l’évidence parfaite, il n’y a pas de matière à délibération, dans l’obscurité il n’y a pas moyen de comparaisons. L’une place l’homme sous l’emprise de la nécessité, l’autre sous celui du hasard : c’est donc au demi-jour de l’indécision, c’est entre les apparences contraires, assez peu distinctes pour se montrer à peu près égales, que l’homme use de la faculté de se décider par lui-même et de se prononcer intérieurement sur l’arrêt de sa volonté. Le discernement nous vient par « ce génie, ami de l’homme, nous l’avons tous, au dedans de nous, c’est notre raison ». C’est aussi le fameux démon de Socrate, pour qui l’homme est un personnage à deux têtes, incapable d’une synthèse, sauf s’il utilise provisoirement le « symbolum » pour raccorder les faces cachées de sa personnalité. Comment en y pensant, ne pas reconnaître visiblement deux hommes en nous, toujours aux prises l’un avec l’autre et qui, à chaque instant, auraient besoin d’un tiers pour éclairer leurs différents. Ce que développe St. Paul dans son Epître aux Romains au chapitre 7. La raison n’a pas toujours le veto !

Parfois, le libre-arbitre se réduit en dernière analyse au droit de se tromper, car au lieu de nous appartenir, il appartient à ses causes, souvent inconscientes et qui ne veulent pas forcément prendre fait et cause pour tel ou tel événement. L’auteur écrit : « Tout bien considéré, si on méritait le libre-arbitre, on ne le désirerait pas, et que si on le désirait, on ne le mériterait point ». Le libre-arbitre peut devenir aussi une révolte prométhéene contre le destin, le fatum, d’une âme révoltée, « poussière enorgueillie d’une lueur de pensée ». Il ne convient pas de s’imaginer que la puissance éminemment calculatrice, qu’elle soit divine ou matérialiste, qui veille à tout ce qui est, abdique aussi facilement son emploi, ou qu’elle nous permette ainsi de la troubler dans l’exercice des immenses devoirs qu’elle s’est imposée et dont elle est comptable envers sa propre logique et sa propre sagesse. De Boufflers en conclut : « Osons le dire franchement, la liberté métaphysique n’est ni absolument une réalité, ni absolument une illusion ; elle est pour l’homme, ainsi que le reste des attributs dont il se croît doué, une apparence, et l’apparence est le lot de l’esprit humain ». C’est seulement l’accord de l’homme et de l’univers qui entraîne le sentiment de liberté. L’acceptation de notre destinée et « d’un Empire plus haut dont tout empire dépend ». Que penser de l’homme que sa nature appelle à s’étudier et condamne à s’ignorer ? La réponse de Stanislas de Boufflers est la fraternité : « Sévérité pour nous, indulgence pour les autres, tel pourrait être, en dernière analyse, le fruit de ce doute auquel notre esprit nous semble condamné sur la question de notre libre arbitre ». Pensée à laquelle nous pouvons naturellement souscrire…

II-QUELQUES REFLEXIONS AUTOUR D’UN CONCEPT

Evoquer le libre-arbitre, amène à mettre en scène l’hypothèse de la liberté absolue pour le sujet, en comprenant que la liberté ainsi entendue est le pouvoir d’agir indépendamment non seulement des contraintes extérieures, mais de toute détermination intérieure. Selon Renouvier, le libre-arbitre serait d’agir « comme si les mouvements de sa conscience et par suite les actes qui en dépendent pouvaient varier par l’effet de quelque chose qui est en lui et que rien, pas même ce que lui-même est avant le dernier moment qui précède l’action, ne prédétermine ». Il n’est guère évident de définir une liberté ainsi décrite car, pour démontrer une proposition, faut-il en démontrer la nécessité, c’est-à-dire faire voir qu’elle ne peut pas ne pas être posée. Au contraire, la liberté, si elle représente le pouvoir de faire ou de ne pas faire et de poser des actes imprévisibles, cela implique la contingence, c’est-à-dire l’absence de nécessité. Le philosophe Alain disait, à ce propos, qu’ « une preuve de la liberté tuerait la liberté ». En fait, si on ne peut démontrer la liberté, on peut en faire l’expérience : dès lors, on ne prouverait pas, mais on éprouverait le libre-arbitre.

 Platon, racontait dans le livre X de « la République », un mythe où, Er, un soldat mort sur le champs de bataille, ressuscite miraculeusement et raconte à ses camarades ce qu’il a pu voir aux enfers. Les morts y sont invités à choisir librement un nouveau destin pour leur prochaine réincarnation. Après avoir choisi, ils boivent au fleuve de l’oubli et reviennent sur terre vivre leur nouveau destin. Ils ont oublié qu’ils l’ont choisi eux-mêmes et ne manqueront pas, à l’occasion, d’accuser les dieux de l’injustice de leur sort. Le mythe signifie qu’on choisit soi-même la vie qu’on veut, même quand on se refuse à le reconnaître !

Descartes assurait que « La liberté de notre volonté se connaît sans preuves, par la seule expérience que nous en avons ». Pour lui, nous faisons dans notre conscience l’expérience d’un libre-arbitre infini comme celui de Dieu. Nous pouvons nous refuser même à l’évidence, rien que pour manifester la puissance de notre libre-arbitre, le « Je pense donc je suis » en est un exemple probant. Leibnitz, lui, parlait du « sentiment vif interne » du libre-arbitre et Bergson découvrait la liberté dans les « données immédiates de la conscience ». Bossuet orientait plutôt sa pensée du côté du discernement : « pour sentir évidemment notre liberté il faut en faire l’épreuve dans les choses où il n’y a aucune raison qui nous penche d’un côté plutôt qu’un autre ». Mais, c’est à Gide que l’on prête le summum de la réflexion sur le libre-arbitre. Dans son « Prométhée », un garçon de café déclare : « J’ai longtemps pensé que c’est là ce qui distingue l’homme des animaux : une action gratuite… Et comprenez qu’il ne faut pas entendre là une action qui ne rapporte rien, car sans cela…Non, mais gratuit, un acte qui n’est motivé par rien. Comprenez-vous ? Intérêt, passion, rien. L’acte désintéressé ; né de soi ; l’acte aussi sans but ; donc sans maître ; l’acte libre ; l’acte autochtone ». Gide poussera sa démonstration jusqu’au crime gratuit dans « les caves du Vatican », où son héros, Lafcadio, n’hésitera pas à supprimer un vieillard dans le train qui le conduit à Rome, pour se prouver par la liberté de son acte, qu’il peut être dans un total libre-arbitre, à l’égal de Dieu.

Mais, un acte gratuit est-il possible ? Cela serait faire fi de la conscience morale, du surmoi. Selon Kant, le « postulat » de la liberté doit-être posé comme une condition de possibilité de l’obligation morale, sans confondre cette dernière avec la nécessité. L’impératif moral n’a de sens que si nous avons le choix entre le bien et le mal. Kant énonce : « Tu dois, donc tu peux ». Le philosophe protestant Paul Ricoeur, à son tour écrit dans son livre « De l’interprétation » (1) : « Ce qui suscite ce travail, c’est une structure intentionnelle qui ne consiste pas dans le rapport du sens de la chose, mais dans une architecture du sens, du sens second au sens premier, que ce rapport soit ou non d’analogie, que le sens premier dissimule ou révèle le sens second » Nous sommes bien là dans la symbolique du serf-arbitre…

Le fait que l’acte semble gratuit ne prouve pas qu’il le soit réellement car il peut être déterminé par des motifs inconscients, ce que Spinoza constatait déjà : « L’illusion du libre-arbitre vient de la conscience de notre action jointe à l’ignorance des causes qui nous font agir », et il ajoutait (Ethique III, propos 59, scolie) : « Nous sommes agités de bien des façons par les causes extérieures et pareils aux flots de la mer, agités par les vents contraires, nous flottons inconscients de notre sort et de notre destin ». Mais sa réflexion soulevait une autre question : se libérer, n’est-ce pas se transformer en serfs volontaires de l’univers, d’autant plus libres que cette soumission serait plus intérieure et plus totale ? Il n’était qu’en avance sur Freud, Jung et Lacan !

En effet, la psychanalyse va mettre un frein à l’idée d’un libre-arbitre du sujet, ce dernier étant largement conditionné par l’inconscient qui lui échappe : la condition humaine est souvent représentée par la métaphore de l’iceberg, la partie immergée étant de loin la plus considérable et la partie visible minime par rapport à elle. Le conscient ne serait alors que cette crête d’une réalité sur laquelle nous surfons avec bien peu de maîtrise et dont les racines nous sont, dans la plupart des cas, du ressort de l’ombre. Sigmund Freud écrit (2) : « L’on doit donc se ranger à l’avis que ce n’est qu’au prix d’une prétention intenable que l’on peut exiger que tout ce qui se produit dans le domaine psychique doive aussi être connu de la conscience ». Freud mettait ainsi un frein définitif à l’idée d’une « Aufklärung » et à son espoir un peu fou que la raison pourrait instaurer un homme nouveau en le libérant de ses chaînes, comme le défendait le très rêveur Jean-Jacques Rousseau, face à un Voltaire sans illusions sur les capacités de changer la nature humaine. L’image de l’iceberg s’impose : le conscient n’est que la partie émergée de l’inconscient et donc comment prétendre à un libre-arbitre quand la majeure partie de notre personnalité nous est inconnue et nous dirige ? Paradoxalement, c’est de la psychanalyse elle-même que viendra une nuance : certains psychanalystes, sans renier la force permanente de l’inconscient, avancerons l’idée de l’existence d’une zone infime qui lui échapperait, ainsi qu’à une totale invasion de la maladie mentale. Le psychanalyste Sacha Nacht écrit (3) : « J’ai pu, au cours de mon expérience thérapeuthique, percevoir chez certains de mes patients cette partie d’eux-mêmes dont ils n’étaient absolument pas conscients, et qui ne participait pas à leurs conflits, se tenait en dehors du tumulte du psychisme, sorte de point permanent dans un tourbillon d’impermanence. Ma conviction est que ce même point existe en tout homme, qu’il est inné, et par conséquent ne doit rien au milieu ni aux circonstances. Conception qui rejoint ici celle de Hartmann, Kris et Loewenstein et à travers eux, Freud lui-même ». Nous pouvons utiliser cette notion d’un moi autonome en nous en réservant la teneur à un niveau plus métaphysique : il y aurait-il des lieux « où souffle l’esprit » selon la formule de Maurice Barrès, où l’agitation du monde est tenue à distance ?

III- LA FRANC-MACONNERTIE CONSTITUERAIT-ELLE UN « MOI-AUTONOME » ENTRE ERASME (1467-1536) ET LUTHER (1483-1546) ?

La réflexion sur le libre-arbitre en Maçonnerie s’inspire surtout des sources religieuses concernant ce concept, ainsi que le fera la pensée philosophique et laïque par la suite. Nous trouvons dans la Bible, dès le Siracide (L’ecclésiastique), la question du libre-arbitre. Mais, c’est à partir de Saint-Augustin que va se développer la polémique entre libre-arbitre et serf-arbitre, selon l’expression luthérienne. Sans la grâce, donnée gratuitement par Dieu, il ne peut y avoir de foi et sans foi point de salut. Se pose donc immédiatement le problème de la prédestination : Dieu choisit-t-il ceux qu’ils sauvent de toute éternité où, comme le pense le moine Pélage, grand adversaire de St. Augustin, le choix et l’effort conduisent à la grâce ? Sommes-nous serviteurs de Dieu et de sa volonté et du destin qu’il nous prévoit (St. Paul Rom. 7 et 8) ou interlocuteurs de Dieu (le livre de Job étant un exemple typique de cette conception). Que pouvons-nous choisir entre un abandon au destin comme l’Islam le préconise (« Kitab », c’est écrit) ou le choix d’un libre arbitre comme dans le pélagianisme ? Naturellement St. Augustin condamnera au libre-arbitre dans son célèbre ouvrage : « De Libero Arbitrio » (Traité sur le libre-arbitre). Pour la petite histoire, Jean-Jacques Rousseau sera accusé par l’Église de pélagianisme pour son ouvrage : « Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité des hommes », publié en 1755, et qui niait le péché originel.

Deux géants de la pensée vont s’affronter dans ce domaine : Luther et Erasme, tous deux issus de la mouvance augustinienne. La controverse va porter sur l’étendue et la qualité de la volonté humaine. Il s ‘agissait là des fondements anthropologiques de la théologie, qu’elle soit catholique ou protestante. A la déclaration d’humanisme optimiste défendant le libre-arbitre d’Erasme, Luther va répliquer par la thèse de la servitude de la liberté humaine, le cerf-arbitre. C’était une conséquence de la théologie réformatrice de la « sola gratia », fondée sur une image pessimiste de l’homme qui, par ses propres forces est incapable de faire le bien. Dans sa confrontation avec Erasme, Luther va renforcer son opposition par une implacable radicalité. La querelle autour de liberté/servitude de la volonté humaine sera portée au grand jour en 1525-1526, et Erasme s’attaqua au dogme réformateur de la « sola gratia » et le présupposé qui le fondait, à savoir que tout ce que l’homme entreprend de lui-même pour son salut est le péché, tandis que Luther et avec lui Mélanchthon dans ses « loci communes » de 1521, attaquaient la thèse de la liberté de la volonté humaine comme une contamination de l’Evangile par la philosophie païenne. Erasme soulignait au contraire les liens entre philosophie et théologie, entre raison et foi. Les réformateurs considéraient le libre-arbitre comme contradictoire avec la prédestination dans une minimisation du salut du Christ, alors qu’Erasme y voyait « la force par laquelle l’homme peut se tourner vers ou se détourner de celui qui mène au salut éternel de l’âme ». Pour Luther, l’homme restait radicalement pécheur, alors qu’Erasme pense que l’homme a une responsabilité propre comme fondement de son anthropologie positive et le définissant à partir de la raison. Sans libre-arbitre ni libre décision, il est impossible à l’homme de penser une responsabilité humaine, que ce soit du point de vue théologique ou philosophique. Etrangement, les deux tendances se retrouveront à la fois dans les Eglises de la Réforme et dans le catholicisme : dans ce dernier, le jansénisme reprendra à son compte de nombreuses idées du luthérianisme, notamment son opposition au libre-arbitre (Jansénius et Pascal) ; tandis que la position du serf-arbitre et de la prédestination seront rejetés par des Eglises de la Réforme (Les Méthodistes, les Ménnonites et de nombreux courants évangélistes par exemple, y compris à l’intérieur du calvinisme hollandais).Venant de controverses philosophiques de l’Antiquité la question du libre-arbitre va bientôt envahir le christianisme et la philosophie occidentale et, par voie de conséquence, la Franc-Maçonnerie.

IV-CONCLUSION.

La question du libre-arbitre et du serf-arbitre est une question fondamentale pour la Maçonnerie, elle en constitue même l’épine dorsale, en dehors de la religion et de la philosophie. Quelle est notre marge de manœuvre par rapport au devoir maçonnique auquel nous avons prêté serment et donc la supposition que nous pouvons le réaliser « avec l’aide de Dieu », où notre nature divisée nous condamne-t-elle à une impuissance de cette réalisation ? Sommes-nous dans la pure obéissance d’un impératif catégorique Kantien proche du serf-arbitre ou dans un « aide-toi le ciel t’aidera » d’une pensée pélagienne guidée par le libre-arbitre ? Dès sa naissance historique, la Franc-Maçonnerie fut traversée par ce conflit : elle est l’émanation de la Réforme voulant concilier des courants protestants et ayant des conceptions différentes au moment de la mise en place. D’une part, le pasteur Anderson, presbytérien calviniste et donc partisan de la théorie du serf-arbitre, sera confronté au Révérent Désaguliers qui, d’abord calviniste, fuyant en Grande-Bretagne avec son père pasteur, La Rochelle, sera incorporé à l’Église anglicane dont le fondateur, Henry VIII, avait rejeté en partie les théories luthériennes, dont celles du serf-arbitre ; tendance renforcée par sa fille Elisabeth I. Bien entendu, le recrutement de la Maçonnerie évoluera, mais le débat y demeure de façon latente.       

Comment peut se définir la Franc-Maçonnerie dans cette problématique du libre-arbitre ? Nous pourrions avancer l’idée qu’elle serait semi-pélagianiste, car allant dans le sens d’une action guidée par le discernement, mais inscrivant cette action dans le cadre d’une relation à un Principe, source de toute création.

Le débat nous montre aussi l’objet de notre désir : atteindre un état où nous pourrions équilibrer conscience, compassion et contemplation. Mais l’ignorance perturbe notre tâche. Ce que nous dit le philosophe Hindou, non-dualiste, Shri Shankaracharya (4) : « Le soi apparaît comme conditionné par l’effet de l’ignorance. Quand celle-ci est détruite, le soi non conditionné brille de sa propre lumière, tel le soleil quand les nuages sont dissipés ».

Au-delà de la réflexion sur le discernement entre libre-arbitre ou serf-arbitre doit faire priorité une appartenance commune que définit le poète et politique martiniquais Aimé Césaire : « Nous sommes de ceux qui disent non à l’ombre ». Même « mis à l’ombre », réduits au silence, nous savons que la lumière intérieure continue à nous éclairer. Nous la protégeons, parfois maladroitement, des vents mauvais, en priant le ciel de nous préserver des tornades collectives ou individuelles.

 NOTES

– (1) Ricoeur Paul : De l’interprétation-Essai sur Freud. Paris. Ed. Du Seuil. 1965 (pages 26 et 27).

– (2) Freud Sigmund : Métapsychologie. Paris. Ed. Gallimard. 1968 (page 67).

– (3) Nacht Sacha : Guérir avec Freud. Paris. Ed. Payot. 1971 (page 221).

– (4) Revue Le lotus bleu : N° 3. Mars 2019. Paris. Société Théosophique. (page 2)

 BIBLIOGRAPHIE

– Camus Albert: Le mythe de Sisyphe.

– Casalis Georges : Luther et l’Église confessante. Paris ; ed. Du Seuil. 1962.

– De Ribaucourt Edouard : Serf-arbitre et justification selon Martin Luther. Paris. Ed. L’Harmattan. 2017.

Erasme : Oeuvres complètes. Paris. Ed. Robert Laffont. 2009.

– Luther Martin : Oeuvres. Paris. Ed. Gallimard. 1999.

– Quignard Pascal : Mourir de penser. Dernier royaume IX. Paris. Ed. Grasset. 2014.

– Sartre Jean-Paul : L’existentialisme est un humanisme. Paris. Ed. Nagel. 1946.

Schilling Heinz : Martin Luther. Paris. Ed. Salvator. 2014.

-Sorel Jacqueline : Boufflers, un gentilhomme sous les tropiques. Paris. Ed. De l’harmattan. 2012.

– Vaget-Grangeat Nicole : Le chevalier de Boufflers et son temps, étude d’un échec. Paris. Ed. Nizan. 1976.

Femme et Franc-Maçonne, c’est pas facile !

Bien que la Franc-maçonnerie mette en avant la liberté de conscience, revendique la pratique de l’Egalité et de la Fraternité, prône la recherche de la Justice en toutes choses, la Femme fait encore l’objet d’un ostracisme général !

La grande majorité des loges maçonniques à travers le monde interdisent l’initiation des femmes ! C’est une réalité rétrograde, sexiste et sectaire et pourtant c’est comme çà !

Cet ostracisme est soit affirmé soit dissimulé derrière une phraséologie apparemment favorable à la présence féminine.

Tout se passe comme si la femme en Franc-maçonnerie, quand elle a été acceptée,  doit perdre sa féminité pour  se « mouler » dans les rituels masculins !

Qu’observe-t-on ?

La présence féminine dans les loges maçonniques stagne ; l’engouement que l’on avait pu percevoir dans les années 1970 n’a pas duré ! Même l’ouverture du GODF à la mixité n’a eu qu’un effet marginal ! Dans de nombreuses loges, les jeunes sœurs manifestent d’une façon ou d’une autre leur déception !

Tout se passe comme si la gouvernance de la franc-maçonnerie féminine avait été accaparée par un style de femmes autoritaires, ambitieuses et « masculines » !

Cela s’accompagne aussi d’un vécu particulier :

La femme est souvent vécue par les francs-maçons comme une cause possible de « dérèglement » de la pensée des  frères,

La négation de la féminité est une constante du processus initiatique maçonnique

L’appropriation par les sœurs de rituels masculins frise le ridicule,

La robe portée dans certaines obédiences féminines se veut castratrice pour cacher toute trace de féminité !

La règle du Masculin soi-disant neutre dans le vocabulaire  est une aberration étonnante qui ne s’explique que par l’ inconscient archétypal !

Au total, être Femme et Franc-Maçonne semble réservé à une minorité qui accepte de voir la féminité masquée pour pouvoir pratiquer des rituels maçonniques masculins !

Cette minorité stérilise toute innovation initiatique !

Double peine en sorte : non seulement on refuse l’initiation maçonnique aux femmes et quand on l’accepte on lui impose un modèle masculin !

Si tout cela est possible, c’est parce que les femmes, depuis des siècles, ont appris à se taire et à se soumettre !

Esclave sexuelle, esclave domestique confinée dans un rôle maternel, esclave économique que l’on sous-paye sans aucune gêne, esclave initiatique que l’on tolère par devant et qu’on dénigre allègrement  dans les conciliabules phallocrates, telle est encore aujourd’hui la condition féminine !

Comme dans la société profane, les francs-maçonnes apprennent d’abord à courber l’échine ! Les sœurs, comme Maria Deraismes, qui ont imposé leur présence dans les loges masculines n’ont pu le faire qu’à ce prix !

Si aujourd’hui encore,  tout cela est possible et désespérant c’est par le dogmatisme de la pensée de celles qui refusent toute évolution libre de la pensée féminine ésotérique !

Autant la démarche maçonnique est riche de potentialités, autant, aujourd’hui, la majorité de celles et ceux qui sont chargés de l’administrer et de la faire vivre, se conduit comme de vulgaires apparatchiks de la normalité phallocrate !

Pourtant, des franc-maçonnes s’accrochent et certaines s’affirment !

Avec une liberté de parole, dans l’ombre d’échanges  de sans grades, on sent monter l’exaspération et le ras-le-bol !

Il en faut du temps pour que, sur cette Terre, la Femme ne soit plus l’esclave de l’Homme et que l’Homme ne soit plus craint comme celui qui au final impose sa loi par la force ! 

Pourtant une espérance est en train de naître et un jour viendra, où le discours maçonnique féminin prendra son autonomie !

La Franc-Maçonnerie n’appartient pas aux mâles ! Elle est une création de l’Humanité ! L’essentiel de son projet est de cultiver la Paix et de rechercher la Vérité ! Nul n’a le droit ni  les qualités pour se l’approprier par l’exclusive ! Seule la capacité de réaliser ces valeurs et surtout de les vivre peut donner une crédibilité à celles ou à ceux qui voudraient s’en réclamer !

Vive la Franc-Maçonnerie Universelle !  Vive l’égalité des genres ! Vive la liberté d’initier !

PS :: Pourquoi cette « Tête de Méduse » en illustration ? Lire l’article La peur du féminin : de « La tête de Méduse » (1922) à « La féminité » (1932) par Janine Filloux dans Topique 2002/1 (no 78), pages 103 à 117  

Lire aussi :

L’absente. Pourquoi les rituels maçonniques n’évoquent-ils aucun personnage féminin par Pierre Auréja dans La chaîne d’union 2013/2 (N° 64), pages 38 à 49  –

FEMINISME ET FRANC-MAÇONNERIE par  Françoise HECQ 

La Pomme : féminité et renaissance par Françoise Moreillon Dans La chaîne d’union 2015/1 (N° 71), pages 48 à 57

Franc-Maçonnerie, République et exclusion des femmes par Françoise Gaspard https://doi.org/10.4000/cedref.1611

GENRE ET FRANC-MAÇONNERIE : UNE UTOPIE SOCIO-SITUÉE ? (Institut du genre en géo-politique)

Ali Bongo lâché, Jacques Denis Tsanga aux commandes de la Grande Loge du Gabon

De notre confrère gabonais gabonmediatime.com – Par Morel Mondjo Mouega

La chute de l’ancien président Ali Bongo Ondimba n’a pas eu qu’une incidence sur le plan politique, mais aussi au sein de la la Grande Loge du Gabon. En effet, selon le média Africa intelligence, l’actuel gouverneur de la province du Haut-Ogooué Jacques-Denis Tsanga aurait été élu à la tête de la plus puissante obédience que compte le pays.

Dirigée par Ali Bongo Ondimba depuis 2009, la Grande Loge du Gabon vient de voir un grand bouleversement à sa tête. Et pour cause, l’ancien ministre des Eaux et Forêts aurait été élu à la fonction de Grand Maître de la GLG rompant ainsi avec la tradition non processuel voulant que ce rôle devait revenir au chef de l’État. 

L’élection de Jacques-Denis Tsanga à la Grande loge du Gabon piloté par Lin Mombo 

Il faut souligner que selon Africa intelligence, cette élection aurait été pilotée par le très influent pro-Grand-Maître numéro 2 de la loge, Lin Mombo, ancien président de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP). Ce dernier, dont l’influence s’était révélée après son élection en novembre 2022, profitant semble-t-il de l’état de santé diminué d’Ali Bongo Ondimba. 

Cette influence, confirmée par l’élection du gouverneur de la province du Haut-Ogooué, s’étendrait au sein du grand collège de la Grande Loge du Gabon, qui est la direction stratégique de l’obédience. À en croire Africa intelligence, il s’était employé à y écarter peu à peu les hommes de Maixent Accrombessi, l’ancien tout-puissant directeur de cabinet d’Ali Bongo Ondimba, à l’image d’Alex-Bernard Bongo, frère cadet du président déchu.

On note que cette stabilité, retrouvée de façade, aurait été encouragée ces derniers jours par la Grande Loge Unie d’Angleterre, maison mère de la franc-maçonnerie dite régulière, à laquelle appartient la GLG, ainsi que la Grande Loge nationale française (GLNF), et la Grande Loge de Russie, obédiences sœurs de la GLG. Leurs grands maîtres respectifs, Jean-Pierre Rollet et Andreï Bogdanov avaient assisté à Libreville à la dernière réélection d’Ali Bongo et Lin Mombo à la tête de la GLG en novembre.

En Bretagne, un mouvement ésotérique inquiète les autorités

De notre confrère letelegramme.fr – Par Didier Deniel

Sur internet, le confinement a favorisé l’émergence de groupes ésotériques et complotistes. L’un d’eux, les Tables Rondes Nouvelles, a fait beaucoup d’adeptes en Bretagne. Son credo : le magnétisme, les soins mais aussi le passage vers un monde nouveau.

Samedi 7 octobre, 10 h. Un groupe de neuf personnes se retrouve sur un parking de la forêt d’Huelgoat (29). Le rendez-vous a été fixé sur un groupe Facebook intitulé Tables Rondes Nouvelles 29 (TRN). Mouvement énigmatique qui a étendu son emprise sur toute la France. Direction la mare aux fées, un endroit assez reculé où le groupe suivra, sous la houlette d’une femme, une séance dédiée aux soins mais aussi à des « baptêmes » de quatre nouveaux adeptes. Rien de blâmable jusque-là. Le problème, c’est que TRN va bien plus loin. Soupçons d’emprise, d’abus de faiblesse et de pratique illégale de la médecine… La Miviludes, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, a reçu plus d’une dizaine de signalements.

Le 22 juillet dernier, des membres du groupe se sont retrouvés dans l’église de Plessala pour une séance de revitalisation énergétique.
Le 22 juillet dernier, des membres du groupe se sont retrouvés dans l’église de Plessala pour une séance de revitalisation énergétique. (Le Télégramme/Didier Déniel)

L’art des charpentiers japonais, l’expo à la Maison de la culture du Japon à Paris

Au cœur de l’architecture en bois traditionnelle, cette exposition présente une facette méconnue de la culture de l’archipel : le savoir-faire japonais dans le domaine de l’architecture traditionnelle en bois.

Réalisée en collaboration avec le Takenaka Carpentry Tools Museum, elle met en lumière trois dimensions spécifiques : les dômiya-daiku, charpentiers spécialisés dans la construction des temples et des sanctuaires ; les pavillons de thé et autres bâtiments de style sukiya, qui privilégient la fragilité à la robustesse et mettent en valeur les matériaux naturels ; et le kigumi, technique d’assemblage de pièces en bois sans clous ni vis.

L’architecture en bois dans l’archipel a émergé de l’étroite relation qui s’est nouée entre les Japonais et les forêts denses de leur territoire insulaire. Source principale de matériaux de construction, la nature a joué un rôle déterminant dans le patrimoine bâti du pays où subsistent encore des bâtiments en bois érigés il y a plus de mille ans. Cette culture du bois est le fil conducteur de cette exposition qui explore cet art traditionnel au travers de pièces de natures variées (outils, plans, répliques d’éléments architecturaux, estampes…) ainsi que de plusieurs vidéos.

L’exposition présente les différentes étapes du travail du daiku (charpentier) : sa sélection minutieuse des bois (cyprès, cèdre, pin rouge…) ; l’utilisation d’une multitude d’outils – pour mesurer, marquer, couper ou encore raboter – dont le rôle est bien sûr essentiel ; les rituels shintô effectués en costumes de cérémonie pour s’attirer les faveurs des divinités lors de la construction. La dimension spirituelle est aussi évoquée au travers de l’architecture religieuse (temples bouddhiques et sanctuaires shintô) et des dômiya-daiku, charpentiers spécialisés dans ce type de construction. Une autre facette de l’architecture traditionnelle est illustrée par une reconstitution grandeur nature du Sa-an, un célèbre pavillon de thé conçu en 1742, qui fait partie du complexe du temple Daitoku-ji à Kyoto. Cette structure est typique du style sukiya, né au XVIe siècle avec l’engouement pour la cérémonie du thé parmi l’aristocratie. Elle témoigne du savoir-faire des charpentiers japonais et de la beauté d’une architecture d’apparence rustique, mais à la conception étonnamment complexe. 

Enfin, l’exposition révèle au public la technique des kigumi. Ces assemblages de pièces de bois sans clous ni vis ont une multitude de formes, parfois très sophistiquées, qui répondent à des fonctions diverses et sont emblématiques de l’ingéniosité des charpentiers japonais.

Commissariat : Marcelo Nishiyama (Takenaka Carpentry Tools Museum)

Photographie en haut de page : Rabot à rainurer © Takenaka Carpentry Tools Museum

La Maison de la culture du Japon (MCJP), un espace dédié à la culture japonaise au cœur de Paris

Inaugurée en 1997, la Maison de la culture du Japon présente la culture japonaise, qu’elle soit traditionnelle ou contemporaine, à travers des expositions, concerts, spectacles vivants, séances de cinéma et conférences. Elle propose également de nombreux cours : cérémonie du thé, cal­li­gra­phie, ike­bana (art floral), origami, manga… Enfin, la MJCP dispose d’une bibliothèque à destination du grand public.

La Maison de la culture du Japon à Paris représente la Fondation du Japon en France et les manifestations qui s’y déroulent sont organisées en partenariat avec l’Association pour la Maison de la culture du Japon à Paris.

Infos pratiques :

Du mercredi 18 octobre 2023 au samedi 27 janvier 2024

Maison de la culture du Japon (MCJP) 101 bis quai Jacques Chirac 75015 Paris

Tél. 01 44 37 95 01/contact@mcjp.fr/Salle d’exposition (niveau 2)/Entrée libre

Mardi-samedi 11h-19h/Fermé les jours fériés et pendant les vacances de Noël/Dernière entrée à 18h30

Le catalogue L’art des charpentiers japonais – Au cœur de l’architecture en bois traditionnelle

Textes de Marcelo Nishiyama et Mark Mulligan, conception graphique Brice Tourneux, publié par les presses du réel avec la Maison de la culture du Japon à Paris (octobre 2023 pour l’édition française, 64 pages, 10 €. Mis en vente prévue à l’accueil au rez-de-chaussée (10 €). Fermeture de la caisse 1h avant la fermeture de la salle d’exposition

Des visites guidées gratuites de l’exposition sont proposées les jeudis 02, 09 et 16 novembre de 17h à 18h.

Très prochainement, 450.fm reviendra vers vous en vous offrant le diaporama de cette exceptionnelle exposition temporaire.

Sources : Maison de la culture du Japon ; Absolument Art

Islam et islamisme

Avocat en droit des affaires depuis plus d’une trentaine d’années, mais aussi homme de théâtre,  essayiste, chroniqueur TV et radio,

Philippe Liénard

Philippe Liénard, auteur et conférencier, a été initié au sein de la Grande Loge de Belgique. Il y occupa diverses fonctions maçonniques, dont celles d’orateur en 2002 et de vénérable maître en 2005. C’est aussi un frère au grand cœur car il est cofondateur d’une ONG au Vietnam afin d’aider les enfants abandonnés. Il est aussi l’un des fondateurs d’un Centre de la Laïcité et administrateur au sein de « La Pensée et les hommes », organe promoteur de la laïcité à Bruxelles.

Nous lui devons un certain nombre d’ouvrages comme Mais que font les francs-maçons en loge ?,  Regard sur la Franc-Maçonnerie et l’islam, dialogue impossible ? Histoire de la Franc-Maçonnerie belge ; une existence « influente » depuis trois siècles ? Quatre tomes sur Les Templiers,

Démocraties et pensée unique-D’hier à demain, L’Ordre du Serpent-Entre lumière et ténèbres, Mixité et Franc-Maçonnerie-Modernité, défi ou utopie coécrit avec Dominique Segalen, Les sociétés secrètes d’hier et d’aujourd’hui – Discrètes ou à secrets. Un livre-clé pour savoir et comprendre, L’Opus Dei dans le monde et en France, entre autres.

Franc-maçon de haut grade, l’auteur se penche aussi sur l’histoire ou l’actualité des mouvances de pensées et des structures parfois méconnues, pour donner à réfléchir, références à l’appui avec objectivité et profondeur, une passion à partager.

Ici, il nous livre, en dix chapitres, ses pensées et constats sur l’islam et l’islamisme.

D’ailleurs, il n’hésite pas à employer en sous-titre un libellé un tantinet provocateur avec « Toutes voiles dehors », métaphore d’origine maritime qui signifie « à pleine vitesse » ou « avec toute l’énergie possible », se référant à la situation où tous les voiles d’un navire sont déployées pour aller aussi vite que possible. Cependant, le terme « voile » fait aussi référence au vêtement porté par certaines femmes musulmanes pour couvrir leur tête ou leur corps, en fonction de diverses interprétations des injonctions coraniques et des traditions…

Certains pourraient, dans ce contexte lié à l’Islam le percevoir comme un jeu de mots intentionnel ou même comme une provocation. À dessein, il est justement employé par l’auteur. Une fatwa le guettera-t-il ? Il est vrai que des sociétés où le port du voile est un sujet de débat public, comme en France, l’utilisation de cette expression pourrait être mal interprétée. Mais Philippe Liénard a bien pesé ses mots, sans risque de malentendu ou d’offense.

Commençons par définir islam et islamisme. En effet, l’islam avec une minuscule est la religion des musulmans quant à l’Islam, avec une majuscule, il s’agit du monde musulman, de la civilisation musulmane désignant dans son ensemble, « un ensemble de traits matériels, culturels et sociaux durables et identifiables » et, au-delà de la religion proprement dite avec sa foi et son culte, une puissance politique et un mouvement de civilisation général.

Carte de la distribution mondiale des musulmans, exprimée en pourcentage dans chaque pays. Données du Pew Research 2014.

L’auteur s’attache à bien les différencier et surtout à replonger dans l’histoire (sagesses ancestrales, philosophie, textes sacrés, etc.)

Car il ne faut bien évidemment pas confondre islam et l’islamisme – le chapitre 6 s’intitule ‘’Histoire brève de l’islam et de l’islamisme –, deux termes qui renvoient à des concepts distincts, bien qu’ils soient parfois utilisés de manière interchangeable ou mal comprise dans les discours publics. Évitons donc généralisations et les confusions et opérons une distinction.

Arborescence des principaux courants de l’islam.

L’islam est une religion monothéiste fondée au VIIe siècle en Arabie par le prophète Muhammad dont les croyances fondamentales comprennent la foi en un Dieu unique (Allah en arabe), la reconnaissance de Muhammad comme son dernier prophète, et la foi en les textes sacrés, en particulier le Coran. Et ses pratiques que sont les cinq piliers incluant la déclaration de foi (shahada), la prière quotidienne (salat), l’aumône (zakat), le jeûne pendant le mois de Ramadan (sawm) et le pèlerinage à la Mecque (hajj), pour ceux qui en ont les moyens. Une religion pratiquée par plus d’un milliard de personnes dans le monde, avec une diversité de cultures, de traditions et d’interprétations.

Quant à l’islamisme, il est utilisé pour décrire une idéologie politique qui cherche à mettre en place une forme de gouvernement ou de système basé sur une interprétation stricte de la loi islamique (sharia), à ne pas confondre avec la foi ou la pratique religieuse en elle-même. Ce mouvement politique radical est une réponse plus récente à diverses situations politiques, économiques et sociales, souvent en opposition à la colonisation, à la modernisation ou à la sécularisation. Un terme

parfois controversé car utilisé de manière interchangeable avec d’autres termes tels que « fondamentalisme » ou « jihadisme ».

Dans les écrits de l’auteur, il précise qu’il est crucial de ne pas amalgamer tous les musulmans avec les islamistes. La grande majorité des musulmans dans le monde sont des pratiquants pacifiques de leur foi et ne soutiennent pas les idéologies islamistes extrémistes. Une distinction claire entre ces termes aide à promouvoir une compréhension nuancée et à éviter les stéréotypes.

Allāh.

Phillipe Liénard répond à moult interrogations sur l’évolution et l’actualité de l’islam et de l’islamisme en traitant des différents courants et des confréries (des confréries (salafisme, wahhabisme, Madkhalisme).

Cheikh Rabee’ al-Madkhali

Un mouvement qui sera, pour nombre de lecteurs, une varie découverte, le Madkhalisme étant une tendance au sein du salafisme, mouvement de l’islam sunnite, nommé d’après son fondateur, le cheikh Rabee’ al-Madkhali d’Arabie Saoudite – né autour des années 30, il est toujours en vie. Le Madkhalisme est souvent caractérisé par son approche ultra-conservatrice en matière de croyance et de pratique religieuse, ainsi que par sa position politiquement quiescente vis-à-vis des dirigeants au pouvoir.

Arabie Saoudite : drapeau national avec, sur fond vert (couleur de Muhammad), une épée blanche horizontale et au-dessus des lettres, la « chahada » proclamant « Je certifie qu’il n’y a de Dieu et je certifie que Muhammad est le dernier de ses messagers. » Pour cette raison, le drapeau ne peut jamais être mis en berne.

L’auteur traite aussi des conditions des femmes dans les sociétés mais aussi de celles des animaux ‘’domestiques’’, n’hésitant pas à faire un tour d’horizon social et sociétal (justice, police islamique, droit musulman, blasphème, caricature).

Un livre éclairant.

J’y apporterai toutefois un bémol concernant l’emploi de l’expression par Philippe Liénard ‘’islam des lumières’’. Personnellement, l’expression « islam des lumières » n’est pas un terme traditionnellement utilisé dans la littérature islamique historique, mais elle fait écho à l’idée des « Lumières » en Europe, une période durant laquelle la raison – pensée critique, logique, liberté de conscience –, la science, et le progrès intellectuel ont été mis en avant face à l’autorité religieuse et à la superstition et à l’obscurantisme. Je confirme et signe, pour moi, « islam des lumières » n’existe pas, même si historiquement, de nombreux penseurs et réformateurs musulmans ont cherché à réconcilier l’Islam avec les idéaux modernes de rationalité, de progrès, et de justice, avec de grandes figures comme Jamal ad-Din al-Afghani, Muhammad Abduh, ou Mahmoud Muhammad Taha qui ont cherché des voies pour moderniser la pensée islamique, bien que chacun ait eu sa propre vision et ses propres méthodes…

La Mecque en Arabie saoudite, est le lieu le plus sacré de l’islam.

Islam et islamismeÉvolution, actualité et questions-Toutes voiles dehors

Philippe Liénard Code9, 2023, 294 pages, 26,50 €

Illustrations : Wikimedia Commons

Francs-maçons célèbres… : Stendhal

Henri Beyle, plus connu sous le nom de plume de Stendhal, né le 23 janvier 1783 à Grenoble et mort d’apoplexie le 23 mars 1842 dans le 2e arrondissement de Paris est un écrivain français, connu en particulier pour ses romans Le Rouge et le Noir et La Chartreuse de Parme.

Stendhal aurait voulu consacrer sa vie à la rêverie, à la « chasse au bonheur », aux arts et à l’amour ; en vérité, il a eu une vie mouvementée. Après la mort d’une mère trop aimée, il souffre d’une enfance étouffante à Grenoble auprès d’un père qu’il méprise et d’un grand-père qu’il adore. Il trouve refuge dans la littérature avant de partir de Grenoble, en 1799, pour aller étudier à Paris. En réalité, il s’est découvert une vocation, et abandonne ses études : il veut être comic bard, il rêve d’écrire des comédies. Ses cousins le forcent à entrer au ministère de la Guerre. C’est ainsi qu’il est envoyé à Milan en mai 1800. Il découvre, émerveillé, en même temps la guerre, l’Italie, l’opéra, l’amour et le bonheur. Il ne cessera de retourner en Italie entre ses missions administratives. De tempérament timide et romanesque, souffrant de l’hypocrisie de la société de son temps, il invente pour lui-même une « méthode pratique du bonheur », le « beylisme ».

Perdant son emploi au moment de la chute de l’Empire, il se consacre à ses passions : l’Italie, la musique, la peinture. Il écrit un ouvrage dont on résume le titre en Vie de Haydn, Mozart et Métastase, puis il écrit Histoire de la peinture en Italie, dont il perd le premier manuscrit dans la Retraite de Russie, et Rome, Naples et Florence, journal de sensations plutôt que guide touristique. En 1819, son chagrin d’amour pour Matilde Dembowski lui fait écrire un traité, De l’amour, tentative d’analyse du sentiment amoureux, paru en 1822, dont à peine quarante exemplaires seront vendus. C’est à partir de 1827, à l’âge de quarante-quatre ans, qu’il se lance dans le roman, avec Armance, mal compris de ses contemporains ; puis c’est Le Rouge et le Noir, paru juste après la révolution de Juillet 1830, qui lui confère une certaine notoriété, dont il ne profite pas, ayant été nommé consul à Civitavecchia par le gouvernement de Juillet. Malgré l’ennui dans lequel le plongent ses nouvelles fonctions, Stendhal ne cesse d’écrire : il commence des autobiographies (Souvenirs d’égotisme, Vie de Henry Brulard) et des romans (Lucien Leuwen, Lamiel), qu’il n’achève pas. Lors de l’un de ses congés à Paris, il écrit La Chartreuse de Parme, qui suscite l’admiration d’Honoré de Balzac. Il meurt à Paris le 23 mars 1842, à la suite d’une crise d’apoplexie survenue en pleine rue quelques heures auparavant.

Ses romans de formation Le Rouge et le Noir(1830), La Chartreuse de Parme (1839) et Lucien Leuwen (inachevé) ont fait de lui, aux côtés de Balzac, Hugo, Flaubert ou Zola, un des grands représentants du roman français au xixe siècle. Dans ses romans, caractérisés par un style économe et resserré, Stendhal cherche « la vérité, l’âpre vérité » dans le domaine psychologique, et campe essentiellement des jeunes gens aux aspirations romantiques de vitalité, de force du sentiment et de rêve de gloire.

L’œuvre de Stendhal consiste aussi bien en des textes autobiographiques (Vie de Henry Brulard par exemple) que dans des romans qui comptent parmi les plus beaux dans la littérature française : Le Rouge et le Noir, Lucien Leuwen, La Chartreuse de Parme. Ce dernier roman fut salué à sa première publication par un éloge d’Honoré de Balzac, autre maître du roman réaliste dont Stendhal lui-même se déclara heureusement surpris. « Cet article étonnant, (…) je l’ai lu, (…) en éclatant de rire. Toutes les fois que j’arrivais à une louange un peu forte (…) je voyais la mine que feraient mes amis en le lisant.»

Le Rouge et le Noir

La Chartreuse de Parme

La dédicace de son roman : To the Happy Few.

Lucien Leuwen

Stendhal Franc-maçon

Le 3 août 1806, il fut reçu dans la loge Sainte-Catherine à l’orient de Paris et travailla régulièrement au Rite Écossais jusqu’en 1815.

Les secrets symboliques de la Chartreuse de Parme, (roman qui, selon Proust, était le plus beau du monde). Pierre Alain Bergher a publié en 2010 « Un livre passionnant sur un aspect étrangement méconnu de Stendhal » selon Philippe Sollers.

Un livre dans lequel l’auteur révèle le secret caché dans La Chartreuse de Parme sous la forme de vingt-deux cartes à figures symboliques, les arcanes du Tarot.

« Stendhal fut le premier à traiter ouvertement du symbolisme des vingt-deux arcanes, thème développé au XIXe siècle par un autre auteur franc-maçon, Eliphas Lévi, dont l’œuvre passée par l’Angleterre inspira l’œuvre d’un éminent franc-maçon américain, Albert Pike, auteur contemporain de Mark Twain ».

De Michel Arrous :

Grâce à une clef cachée dans Huckleberry Finn et par la porte dérobée que seuls empruntent les francs-maçons, le lecteur découvrira un Stendhal dont il ne savait quasiment rien, à moins qu’il ne se rappelle que, le 3 août 1806, par opportunisme, Henri Beyle fut reçu «apprenti» dans la loge Sainte-Catherine, de rite écossais, dont il fut membre jusqu’en 1815. Peut-être eut-il aussi une activité maçonnique à Milan. Dans les années quatre-vingts, Dieter Diefenbach s’était employé dans quelques articles à préciser le rôle de la franc-maçonnerie dans la vie et l’œuvre de Stendhal, articles regroupés en 1991 sous le titre Stendhal und die Freimaurerei. Le volume était nourri d’hypothèses trop souvent gratuites, voire inutiles, de considérations numérologiques et arithmosophiques arbitraires qu’illustrera un seul exemple, l’interprétation maçonnique du pseudonyme Stendhal à l’aide d’un système cryptographique incohérent.

De Stendhal mystique et mystificateur, et parfois mystérieux, P.A.Bergher, illuminé par les révélations de D. Diefenbach, est passé hardiment à Stendhal initié dans la symbolique du tarot. Il a donc voulu déchiffrer plus avant le symbolisme maçonnique de La Chartreuse, sans apporter la moindre preuve, mais non sans se justifier, «puisque la folie de voir des signes partout vaut bien celle de n’en voir nulle part». La seule caution de Ph. Sollers, qui a accueilli dans sa collection «un livre passionnant sur un aspect étrangement méconnu de Stendhal», suffira-t-elle à convaincre le lecteur d’avoir désormais à sa disposition la clef des mystères du roman? Sont convoqués, non sans abus et dans le désordre, Mallarmé, au nom du mystère dans les lettres, Mark Twain, parce qu’il fut franc-maçon comme Stendhal et que la structure des Aventures d’Huckleberry Finn serait semblable à celle de La Chartreuse de Parme, et, à des titres divers, Stevenson, Goethe, Gautier, Dumas, Court de Gébelin (déjà requis en 1989 par Michaël Nerlich dans son analyse mythologisante), Eliphas Lévi, André Breton, les Bourbons, et même Pie XII!

La stèle du Jardin de ville ornée d’un médaillon en bronze par Auguste Rodin – © Photo Martin Stahl, 2013, VdG, BMG, Musée Stendhal

Le registre des tarots est passé en revue, de l’arcane I à l’arcane XXII que l’auteur s’acharne à retrouver dans les chapitres I à XXII du roman, le tout agrémenté d’étonnantes digressions, telle cette lecture selon la «Kabbale phonétique» du diminutif Chékina, la soubrette de la Sanseverina, ou celles non moins étonnantes de l’épigraphe empruntée à L’Arioste et qui serait un calembour, et de la dédicace To the happy few, venue de Shakespeare ou de Goldsmith, mais aussi, paraît-il, employée dans les milieux maçonniques anglais et destinée aux initiés. Débusquer le mystère dans les nombres, à défaut de le saisir dans les lettres, n’est certes pas une mince affaire, mais la tâche serait-elle si ardue qu’elle confine au délire interprétatif? Force est de conclure que dans sa lecture, P. A. Bergher a été victime d’un hasard pas très objectif.

Deux piliers gardent le temple du roi Salomon

De notre confrère freemasonscommunity.life – Par William Régal

Le monde énigmatique de la franc-maçonnerie est imprégné de symboles et d’allégories, avec d’innombrables niveaux de signification qui attendent d’être découverts par ses membres. Parmi les nombreux symboles qui ont captivé l’esprit des francs-maçons à travers l’histoire, les deux piliers gardant le temple du roi Salomon occupent une position unique et intrigante.

Mais qu’en est-il de ces structures colossales qui ont réussi à captiver l’imagination collective des maçons pendant des siècles ? Pourquoi occupent-ils une place si importante dans les enseignements et rituels maçonniques ?

Nous embarquerons dans un voyage pour percer les mystères entourant les deux piliers de Boaz et Jachin, en nous plongeant dans leurs origines historiques, leur lien avec l’énigmatique architecte Hiram Abiff et les innombrables interprétations de leur signification symbolique dans le monde fascinant de la franc-maçonnerie.

Préparez-vous à être éclairé alors que nous explorons les profondeurs cachées de ce symbole maçonnique captivant et révélons les profondes idées qu’il a à offrir.

Deux piliers gardant le temple du roi Salomon

Les piliers de Boaz et Jakin

Au cœur de l’histoire du Temple du roi Salomon, les deux imposants piliers de Boaz et Jakin occupent une place importante dans le symbolisme maçonnique. Selon la Bible, ces piliers majestueux étaient en cuivre, en laiton ou en bronze et se dressaient bien en évidence sur le porche du temple de Salomon à Jérusalem. Fabriqués avec un savoir-faire exceptionnel, les piliers représentaient non seulement une merveille architecturale, mais portaient également une profonde signification spirituelle.

La Bible attribue la construction de ces piliers à un artisan nommé Hiram, figure incontournable de l’enseignement maçonnique. Cet Hiram n’est autre que Hiram Abiff, l’architecte vénéré du Temple du roi Salomon. L’érudit romano-juif Josèphe a révélé que le pilier de Boaz se trouvait à gauche à l’entrée du temple, tandis que Jakin se tenait à droite.

Boaz et Jakin n’étaient pas des piliers ordinaires, car leurs dimensions étaient vraiment impressionnantes. La Bible les décrit comme ayant près de six pieds d’épaisseur et près de 27 pieds de hauteur. Malheureusement, ces magnifiques piliers n’ont pas survécu à la destruction du premier temple, et aucun document n’indique qu’ils aient été remplacés lors de la construction du deuxième temple.

Les noms des piliers, Boaz et Jakin, ont également une signification symbolique . Boaz se traduit par « en lui est la force », tandis que Jakin signifie « il établira ». Pris ensemble, ces noms rappellent que Dieu établirait le temple et le culte de son nom avec force. Grâce au travail d’Hiram Abiff, les piliers de Boaz et Jakin sont devenus le symbole de la force et de la stabilité des promesses de Dieu et ont mis en valeur le savoir-faire remarquable de cette figure maçonnique centrale.

Hiram Abiff et la construction du temple du roi Salomon

L’histoire du Temple du roi Salomon serait incomplète sans la mention de son premier architecte, Hiram Abiff. Hiram Abiff est présenté dans la Bible comme un bronzier qualifié amené de Tyr au roi Salomon. Il était le fils d’une veuve de la tribu de Nephtali, et son père était un homme de Tyr (1 Rois 7 : 13-15). Hiram Abiff était doté d’une sagesse, d’une compréhension et d’une compétence exceptionnelle dans le travail du bronze, ce qui faisait de lui un atout inestimable dans la construction du temple.

L’histoire tragique du meurtre d’Hiram Abiff est une composante essentielle des enseignements maçonniques. Il a été brutalement assassiné dans le temple qu’il avait conçu par trois voyous qui cherchaient à extraire les mots de passe secrets des maîtres maçons. La fidélité inébranlable d’Hiram et sa détermination à protéger les secrets de son métier ont conduit à sa disparition, mais ses actions ont laissé un impact durable sur la franc-maçonnerie.

Les thèmes de l’allégorie hiramique, dérivés de l’histoire d’Hiram Abiff, soulignent l’importance de la fidélité et la certitude de la mort.

Le savoir-faire d’Hiram Abiff est évident dans les deux piliers, Boaz et Jakin qu’il a construits pour le temple du roi Salomon. La Bible fournit une description détaillée de ces piliers, y compris leurs dimensions, les motifs complexes de leurs chapiteaux et les lys qui ornaient leurs sommets (1 Rois 7 : 15-22). La nature complexe et complexe de ces piliers témoigne du talent et des compétences d’Hiram Abiff en tant qu’architecte et artisan.

À travers l’histoire d’Hiram Abiff et la construction du Temple du roi Salomon, la franc-maçonnerie tire des leçons vitales sur la loyauté, le dévouement et l’inévitabilité de la mort. Les piliers de Boaz et Jachin, qui constituent le couronnement des réalisations d’Hiram Abiff, sont des symboles durables de ces enseignements et du savoir-faire exceptionnel qu’il a apporté à la construction du temple.

Temple du roi Salomon

Importance des noms des piliers et de leur représentation

Les noms des piliers, Boaz et Jakin, ont une signification profonde et revêtent une importance vitale pour comprendre leur représentation dans les enseignements maçonniques. Comme mentionné, Boaz signifie « en lui est la force », tandis que Jakin signifie « il établira ». Considérés ensemble, ces noms symbolisent l’idée que Dieu établirait le temple et l’adoration de son nom avec force.

Il souligne également l’importance des piliers dans la représentation de la force et de la stabilité des promesses de Dieu, rappelant ainsi le savoir-faire exceptionnel d’Hiram Abiff. Les piliers ne sont pas seulement un témoignage du talent d’Hiram, mais ont également une profonde signification spirituelle et symbolique au sein de la franc-maçonnerie.

Les francs-maçons voient les piliers de Boaz et Jakin comme des représentations de paires d’opposés, souvent associées à la philosophie orientale. Cela suggère que ce concept enseigne aux maçons à équilibrer les forces opposées de leur propre nature en alignant leurs pensées, leurs sentiments et leurs actions sur le grand plan. Les piliers représentent également la dichotomie entre la lumière et l’obscurité ou la vie et la mort, suggérant que la mort est parfois nécessaire pour supprimer quelque chose de vieux et qui empêche d’ouvrir la voie à du nouveau et à l’épanouissement.

Les différentes interprétations du symbolisme des piliers démontrent leur importance multiforme dans les enseignements maçonniques. Bien que leur signification exacte puisse différer selon les maçons, le thème central des piliers en tant que représentations des dualités et témoignage du savoir-faire d’Hiram Abiff reste constant. En fin de compte, les piliers de Boaz et Jakin servent de symboles durables dans la franc-maçonnerie, rappelant avec force les valeurs et les leçons dérivées de l’histoire du Temple du roi Salomon et de son premier architecte, Hiram Abiff.

Les piliers de la franc-maçonnerie

L’importance des piliers au sein de la franc-maçonnerie

Les piliers de Boaz et Jakin occupent une place prépondérante dans le symbolisme et les enseignements maçonniques. Ils rappellent aux francs-maçons le rôle crucial joué par Hiram Abiff dans la construction du temple du roi Salomon. Les piliers incarnent également des significations symboliques qui transcendent leur signification historique et architecturale.

Les piliers sont souvent considérés comme symbolisant la dichotomie entre la lumière et l’obscurité ou la vie et la mort. Cette compréhension met l’accent sur l’idée que la mort peut parfois être nécessaire pour supprimer quelque chose d’ancien et d’encombrant, permettant ainsi l’émergence de quelque chose de nouveau et de prospère.

Comme le décrit le frère HL Haywood de l’importance des piliers comme d’un « silence de crainte » qui entoure l’âme lorsqu’elle monte vers la chambre haute de l’esprit. Cette perspective met l’accent sur le sentiment d’émerveillement et de mystère que les piliers inspirent au sein de la franc-maçonnerie.

Le symbolisme des piliers de la franc-maçonnerie transcende leur grandeur architecturale, incarnant des idées philosophiques complexes et des leçons spirituelles. Bien que leur signification puisse varier selon les maçons, les piliers de Boaz et Jakin servent systématiquement de puissants rappels du rôle central d’Hiram Abiff dans la construction du Temple du roi Salomon et des valeurs durables de la tradition maçonnique.

Interprétations des piliers de la franc-maçonnerie

Bien que la signification exacte des piliers puisse différer selon les maçons, leur rôle central dans la transmission de l’histoire d’Hiram Abiff et de la construction du Temple du roi Salomon reste constant.

  1. Paires d’opposés : Une interprétation importante de la franc-maçonnerie, comme mentionné, est que les piliers représentent les paires d’opposés, un concept enraciné dans la philosophie orientale. Cette idée encourage les maçons à équilibrer les forces opposées au sein de leur propre nature en alignant leurs pensées, leurs sentiments et leurs actions sur un objectif plus élevé.
  2. Lumière et Ténèbres, Vie et Mort : Les piliers symbolisent la dichotomie de la lumière et de l’obscurité, ou de la vie et de la mort. Cette compréhension met en évidence l’idée que la mort peut parfois être nécessaire pour supprimer quelque chose d’ancien et d’encombrant, permettant ainsi l’émergence de quelque chose de nouveau et de prospère.
  3. L’unité des valeurs maçonniques : Le frère Robert Palazzo propose une autre interprétation, affirmant que les piliers représentent l’unité de deux principes maçonniques essentiels : Jakin qui caractérise l’Unité résultant de l’être, et Boaz, qui caractérise l’Unité résultant de l’amour. Selon Palazzo, cette double unité constitue la clé de l’évolution spirituelle.
  4. Crainte et émerveillement : C’est la description que fait frère HL Haywood de l’importance des piliers comme d’un « silence de crainte » qui entoure l’âme lorsqu’elle monte vers la chambre haute de l’esprit. Cette perspective met l’accent sur le sentiment d’émerveillement et de mystère que les piliers inspirent au sein de la franc-maçonnerie.

200 mots rares & savoureux pour briller

Diplômée en sciences politiques, Marion Navenant travaille dans les ressources humaines dans de grandes entreprises avant d’entamer un virage à 180 degrés pour réaliser l’un de ses plus grands rêves : écrire pour les autres. Elle devient correctrice et rédactrice et part à la conquête de LinkedIn, où elle publie des chroniques suivies par une communauté de plus en plus nombreuse.

Avant, mais c’était avant, nous disions qu’il fallait briller dans les dîners en ville… Maintenant, l’auteur nous donne la solution pour briller dans des réunions de famille, au bureau, au restaurant, chez le médecin, devant ses enfants ou son chat, mais aussi briller en vacances, en voiture, entre amis, sur les réseaux sociaux – les facebookeurs feraient bien de (re)lire ce qu’en disent les psys –, lors de rendez-vous amoureux ou encore à la maison.

Reconnaissons-le, Marion Navenant n’aborde pas le comment savoir briller en loge et ne trouve point de mots pour cela… Quoiqu’elle donne une belle définition du terme admonester – page 80 au chapitre « Briller devant ses enfants – qui, en franc-maçonnerie, est une des mesures pouvant être prononcées par les instances disciplinaires avec, par ordre de gravité croissante l’admonestation fraternelle, premier niveau d’une sanction, si le non-lieu n’est pas prononcé (admonestation fraternelle, blâme, exclusion temporaire pour un maximum de trois ans ou définitive de la loge).

Dans son avant-propos, elle nous fait savoir qu’il s’agit « un peu moins d’un dictionnaire car il fait le choix de limiter le nombre de mots à 200 », mais « plus qu’un simple recueil » et surtout présente « sa sélection comme purement arbitraire et répondant à son seul plaisir » en nous invitant « à poser un regard nouveau sur le vocabulaire ». L’auteure rappelle aussi « qu’avoir la passion du mot n’est pas réservée à une élite » et nous invite à briller nous aussi.

Mais pour briller en société, le choix des mots à utiliser dépend en grande partie du contexte et du public. D’où cette division en douze chapitres. Cependant, si de tels mots existent, encore faut-il les utiliser correctement et savoir, dans le but d’impressionner son auditoire, engager la conversation de manière positive, efficace, pertinente et naturelle.

Bandeau LinkedIn de l’auteure.

Nous apprécions tout particulièrement la présentation de chaque mot. Marion Navenant commence par une description étymologique faisant référence à l’explication de l’origine d’un mot, de son histoire et de son évolution au fil du temps. Traitant aussi de la manière dont un mot a été introduit dans une langue, des changements de forme ou de sens qu’il a subis au cours des siècles, et parfois des cultures ou des langues qui ont influencé sa formation. Puis de l’étymologie, nous passons à un descriptif ou à des exemples.

Nous découvrons ainsi des mots rares, oubliés et donc précieux. L’utilisation d’un tel vocabulaire présente plusieurs avantages, au-delà du fait de briller, il est pour nous à la fois un enrichissement mais aussi un éveil de la curiosité. Il fera de celui qui l’emploie un préservateur de notre belle langue de Molière. Ces mots oubliés ou rares offrent un aperçu des époques révolues, de la manière dont les gens pensaient et exprimaient certaines idées à des moments spécifiques de l’histoire. Une façon d’être toujours connecté avec le passé.

Admonestation – Source Megadico.com.

Puisque nous l’avons cité précédemment, prenons l’exemple du terme de jurisprudence admonester dont on se servait lorsqu’un particulier avait commis une faute qui ne méritait pas une grande punition, le juge faisant quelque remontrance à huis clos, avec défense de récidiver. De ce terme apparu au XIIe siècle, Marion Navenant en donne l’étymologie puis quelques cas de figure.

Nous ne pouvons résister au plaisir de vous citer quelques termes : Abstème : désigne toutes les personnes qui ne boivent pas d’alcool ; Agélaste : désigne toutes les personnes qui n’ont aucun humour ; Aglet : petits embouts à l’extrémité des lacets ; Ailurophile : passionné des chats ; Algarade : dispute vive et violente ; Enchifrener : avoir le nez bouché par un rhume ; Glabelle : zone entre les sourcils ; Pandiculer : action d’étendre les bras et les jambes de tout son long et de bâiller en même temps ; Quérulent : Se dit d’une personne qui manifeste une tendance à chercher querelle, revendiquer, contester, se plaindre, voire à demander réparation pour une injustice souvent imaginaire ; Zoïle : désigne une personne qui critique avec méchanceté et malveillance car elle est en réalité jalouse et envieuse.

Nous avons aussi apprécié, le chapitre « Briller sur les réseaux sociaux » que nous pourrions conseiller à ceux qui ne vivent que dans l’instantanéité. Alors, réseaux sociaux, tous égo ? Les adeptes du ‘’m’as-tu-vu’’ (prétentieux, ostentatoire), à la lecture dudit chapitre pourrait sans doute basculer dans l’être – c’est-à-dire dans le penser – et ne plus être dans le paraître…

200 mots rares & savoureux pour briller

Au Bureau avec ses amis sur les réseaux sociaux ou devant son chat.

Marion Navenant – De Boeck Supérieur, 2023, 208 pages, 14,90 €