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Transmettre, qu’est-ce-à-dire ?

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La transmission, credo maçonnique, imprègne largement nos symboles et nos métaphores.

Précisément, nous répétons souvent que l’étymologie du mot « Tradition », nous renvoie à cette « transmission ». Dès lors, il est intéressant de se demander ce que « transmettre » veut vraiment dire.

Pour ma part, « transmettre », c’est passer à l’autre, aux autres, ce que j’ai reçu, ce que j’ai appris, ce que j’ai conquis, évidemment en termes de valeurs que je juge positives. C’est donc partager de bonne foi ce que je sais. C’est aussi échanger en même temps, donc c’est recevoir de l’autre. Au final, « Transmettre » revient ainsi à enrichir, à m’enrichir, autrement dit à élargir ma pensée, en l’élargissant au monde.

De mon point de vue toutefois, il y a des nuances à prendre en compte dans l’acte de transmission. Sur le plan personnel, nous sommes à même de transmettre à notre descendance, les pratiques et principes de vie que nos parents et formateurs nous ont appris. Sur le plan maçonnique, nous transmettons de la même façon, en atelier et dans le monde profane, les valeurs reçues de nos aînés. Cela ne signifie pas que nous devons transmettre des idées et des outils figés. Car la vie humaine est escortée par une notion qui lui est spécifique et qui s’appelle le progrès, certes avec ses bons et moins bons côtés. Le couteau Laguiole qui est commercialisé aujourd’hui n’est plus celui fabriqué il y a un siècle, mais c’est toujours un Laguiole. Pareillement pour le maillet et le ciseau, composés avec de nouveaux matériaux.

Dans cet esprit de progression, de changement, la vertu de tolérance, synonyme de l’indulgence des temps passés, n’a plus le même sens de nos jours, assombris par le phénomène d’une violence accrue. De la sorte la tolérance se trouve limitée aujourd’hui par l’intolérable, en soi progrès de la raison. Celle-ci doit nous conduire à savoir dire oui et savoir dire non, avec prudence et mesure, aux actes de nos semblables.

De la sorte, « transmettre » ne veut pas dire uniquement « reproduire » mais également « produire ». Non seulement des objets nouveaux, mais également des idées, des raisonnements, des concepts neufs. Le tout en franc-maçonnerie, dans un double but :

1.Nous enrichir spirituellement, au sens de la vie de l’esprit,

 2.Mieux vivre ensemble, dans le sillon respectable et respecté, des expériences anciennes.

 Transmettre » ne signifie pas non plus créer une opposition entre conservateurs et progressistes, ce qui signifierait l’échec total de la démarche !

Il convient que le passé de l’Art Royal qui est la colonne vertébrale de notre édifice commun, ne soit considéré, ni comme un vestige fébrilement entretenu ni comme une relique, mais bien, ici et maintenant, dans notre actualité, comme l’articulation vivante, donc la force motrice de nos recherches. Transmettre », c’est donc « améliorer », « créer », « inventer », « innover », dans le sillage fondateur. C’est tout le sens qui s’ouvre à notre réflexion, donc, entre autres, à la rédaction de nos planches.

Ainsi, cette conception de la transmission, au fil de nos travaux, devrait nous permettre, tout en offrant une part de nous-mêmes à nos ateliers, d’instruire et de nous instruire entre nous, donc en même temps « apprendre deux fois ». Et puis enfin, « Transmettre », dans l’idée de continuité temporelle que ce verbe sous-tend, c’est aussi penser à demain, aux Frères qui nous succéderont, pour transmettre à leur tour, savoir et connaissance.

Autrement dit, la transmission responsable implique bel et bien, ce que j’appellerai un « devoir d’avenir ». En n’oubliant jamais toutefois, que « devoir » ne signifie pas « obligation » et encore moins « obligation de résultat ». Autrement dit il n’y a de transmetteur que s’il y a un récepteur. Soit la volonté, l’envie d’autrui de recevoir !

Il s’agit donc d’avoir conscience à la fois de la valeur de ce que l’on espère transmettre et du bénéfice que peut en retirer le dit récepteur présumé ! Une attitude mentale qui exclut toute idée de pouvoir mais demande tout au contraire bienveillance, patience et humilité ! En laissant ainsi à notre semblable, la liberté de refuser.

Au vrai, avant de prétendre transmettre – que ce soit une idée, une méthode ou un savoir-faire, il faut d’abord vouloir et tenter d’être, en toute modestie un passeur de DÉSIR. Le moteur même de la vie !

Le Dessin de… Jissey « Qui lit quoi ? »

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Les dernières études concernant les apprentissages concluent à une meilleure maîtrise du sens par la lecture des livres plutôt que sur écran. Est-ce l’une des raisons qui font dire à notre rédaction qu’il y a des maçons qui lisent et des maçons qui ne lisent pas. Notre ironique dessinateur pense qu’il faut, peut-être, – aussi – parler des sujets traités….

Jamy nous parle des cathédrales – Par Laurent Ridel

De notre confrère Laurent Ridel et son excellent site decoder-eglises-chateaux.fr

La télé se penche parfois sur le monde des cathédrales. Ce fut le cas de l’émission de vulgarisation C’est pas sorcier. Jamy et son équipe s’en sont-ils tirés sans graves erreurs historiques ? 

Tournée certainement dans les années 1995-2000, cette émission diffusée sur France 3 est aujourd’hui en ligne. C’est avec un peu de crainte que je la revisionne aujourd’hui avec vous.

Il n’est pas facile de vulgariser, surtout pour un public jeune, cible principale de l’émission. En simplifiant leur discours, les deux animateurs Jamy (alias Jamy Gourmaud) et Fred (Frédéric Courant) couraient le risque de déformer la réalité. Une pente d’autant plus glissante que, journalistes touche-à-tout, ils n’étaient pas spécialistes du sujet. 

Or, visionnée plus d’un million de fois, la vidéo de C’est pas sorcier bénéficie d’une grande portée. Des professeurs d’école primaire et de collège la soumettent à leurs élèves pour leurs cours. À nos chères têtes blondes, il ne faudrait pas leur faire avaler n’importe quoi (aux adultes aussi). J’ai donc voulu vérifier si l’émission n’est pas l’épicentre d’idées fausses sur les cathédrales.

Premier arrêt : la cathédrale d’Amiens

Pour démarrer l’émission, l’équipe a choisi un monument incontournable. Longue de 145 m et haute de 43 m sous voûte, Notre-Dame d’Amiens est la plus volumineuse cathédrale de France. Comme le précise le coanimateur Fred, il a pourtant fallu seulement 68 ans pour la terminer. Un temps bref, en comparaison de certains chantiers étalés sur plusieurs siècles et parfois jamais terminés (je dénonce les derniers de la classe : les cathédrales de Beauvais et de Narbonne notamment).

fred et la cathédrale d'Amiens
Fred devant la cathédrale d’Amiens dont la façade et ses portails sont alors en cours de restauration

Traversant la cathédrale, Fred énumère au passage les différentes parties : nef, transept puis chœur. Là, il nous fait prendre conscience d’une réalité méconnue du fonctionnement quotidien des cathédrales au Moyen Âge. Dans ce vaste chœur se regroupaient les chanoines qui y célébraient des offices religieux à raison de 14 heures par jour. Oui, 14 h, du lundi au dimanche ! Être chanoine était donc un « travail » à plein temps. Il dédiait sa vie à la cathédrale. 

Lunettes rondes et chemise verte fluo, Jamy enchaîne sur les différents styles architecturaux. “Toutes les cathédrales ne se rassemblent pas : tout dépend de l’époque où elles ont été construites”, prévient-il. S’appuyant sur des maquettes, il arrive à résumer le style roman et les variantes du style gothique en moins d’une minute. Je ne saurais pas faire (mais je le fais en quelques diapos). Ses explications tiennent debout… à quelques détails près, comme faire commencer l’architecture romane au Ve siècle (au Xe siècle en vérité). Un tel écart, c’est comme placer Napoléon à l’époque de la guerre de Cent Ans. Ce genre d’erreur chagrine toujours un historien. Mais je m’en remettrai. 

Le goût des maquettes 

À la sixième minute, Fred s’amuse à suivre les méandres du labyrinthe d’Amiens. Ici l’animateur répète un cliché : avançant à genoux, les pèlerins l’utilisaient comme alternative au pèlerinage à Jérusalem. La ville sainte, destination la plus glorieuse pour un chrétien, était aussi la plus inaccessible à cause de son éloignement. Comme je l’écrivais dans un article encore chaud, aucun texte médiéval ne confirme cette fonction pénitentielle attribuée aux labyrinthes et le cheminement agenouillé.

Labyrinthe Amiens
Contrairement aux apparences, le labyrinthe de la cathédrale d’Amiens se suit sur les dalles noires et non les blanches.

Que serait C’est pas sorcier sans ses maquettes ? En regardant cette émission, j’ai toujours une pensée pour l’équipe d’artisans et de bricoleurs qui créaient ces maquettes avec du bois, du polystyrène et des bouts de ficelle. J’imagine Jamy commander la maquette, tantôt d’une cathédrale gothique, tantôt d’un volcan en éruption, tantôt du système digestif de la vache. Un défi permanent pour son équipe. Justement Jamy emploie une maquette pour expliquer l’avantage des arcs brisés (propre au style gothique) sur les arcs en plein cintre (propre au style roman). Tout arc, à cause de son poids, génère des forces déstabilisatrices. Dans le cas des arcs brisés, elles sont mieux canalisées vers le sol et donc moins menaçantes pour la structure du monument. Démonstration très claire.

Jamy devant une maquette
Par sa forme pointue, l’arc brisé est moins soumis aux forces latérales, les poussées. J’éclaircis ce phénomène par des schémas dans cet article.

Jamy recourt encore à une maquette pour expliquer le secret des églises gothiques, ce pour quoi elles sont si hautes et si lumineuses. Les architectes gothiques utilisent des voûtes en croisée d’ogives. Ce type de voûte répartit le poids sur ses piliers et non sur les murs. De là, la possibilité de les ouvrir davantage par de grandes baies vitrées. Je valide aussi. 

croisée d'ogives
La croisée d’ogives est constituée d’arcs qui se croisent, et d’arcs qui font le périmètre de la voûte

Un animateur mieux loti que l’autre

Dans le duo d’animateurs, Fred est toujours celui qui est sur le terrain tandis que Jamy reste dans le camion (en fait le studio). J’envie le premier : il a le privilège de marcher au-dessus des voûtes et d’observer de là-haut (43 m tout de même) tout l’intérieur de la cathédrale par une trappe. En prime, il a le droit de marcher à l’extérieur, à hauteur des arcs-boutants.

arc-boutant Amiens
Fred évolue aux côtés des immenses arcs-boutants de la cathédrale d’Amiens. Et s’il avait en fait le vertige ? Et s’il faisait ce jour-là un froid à geler l’eau des bénitiers ? L’émission était peut-être un calvaire pour lui. En son for intérieur, il priait peut-être pour descendre le plus vite possible et rejoindre le studio. 

À 12 minutes, surgit à l’écran la tête d’Alain Erlande-Brandenburg. Je ne me souvenais pas que l’émission faisait de temps en temps intervenir des intellectuels. Mort récemment, Alain Erlande-Brandenburg était le spécialiste des cathédrales et précisément de l’architecture gothique. Avec raison, il explique que ce sont les évêques qui finançaient principalement ces grands monuments. Contrairement à ce que propageaient Victor Hugo et Viollet-le-Duc, l’argent du peuple était peu sollicité. 

Jamy tient dans la main un objet archéologique aux yeux de la génération actuelle : un combiné téléphonique ! Même lui semble avoir des difficultés à le prendre correctement. 

Après avoir consacré le début de l’émission à Amiens, l’équipe de C’est pas sorcier débarque devant Notre-Dame de Paris. Du moins Fred. Car Jamy reste enfermé dans son camion-studio. 

Au moment du tournage de l’émission, Notre-Dame est, comme de nos jours, couverte d’échafaudages. Et en partie pour la même raison : les restaurateurs nettoient la façade noircie, autrefois par la pollution, aujourd’hui par l’incendie de 2019. 

L’émission dérape

Dans Notre-Dame de Paris, Fred a pris rendez-vous avec un autre spécialiste, Renaud Beffeyte. 

Commence la partie de l’émission où j’ai les plus grandes réserves. Vous connaissez peut-être Renaud Beffeyte pour son livre L’Art de la guerre au Moyen-Âge. Compagnon charpentier, il est réputé à juste titre pour concevoir des répliques des armes de jet médiévales comme les trébuchets. Dans l’émission, il intervient pour expliquer comment les architectes de la cathédrale font pour fabriquer les plans. Malheureusement, le charpentier met dans leurs mains des outils non attestés au Moyen-Âge : 

  • la canne (une sorte de règle dont les mesures sont basées sur des parties du corps)
  • la corde à 13 nœuds. 
Renaud Beffeyte
Renaud Beffeyte et sa corde à 13 noeuds

Ces idées fausses circulent malheureusement sur les chantiers de vulgarisation et parmi les tailleurs de pierre. Il me faudra en parler dans un prochain article. 

Renaud Beffeyte poursuit avec un autre concept qui me fait grimacer comme un enfant à qui on présente des tripes à la mode de Caen : pour tracer le plan de la cathédrale Notre-Dame de Paris, les bâtisseurs ont utilisé le nombre d’or. Je n’en suis pas si sûr. Là encore, développer ma contre-argumentation nécessiterait tout un article. Au moins celui-là existe déjà. Je vous invite à le lire et en débattre. 

Mais revenons avec Jamy. Il nous sort de ses placards une nouvelle maquette. Ce sont des échafaudages gigognes soi-disant employés sur les chantiers élevés des cathédrales. Ils ressemblent à des monte-charge en bois que l’on élève par des cordes. On est séduit par l’ingéniosité du système actionné par Jamy. Prudence cependant : je n’ai jamais entendu parler de ce type d’échafaudages amovibles. Et leur intérêt ne me convainc pas. Sur un chantier, ce n’est pas les hommes qu’on a besoin de faire monter. Ce sont surtout les matériaux. Et pour ça, les bâtisseurs utilisent des grues et autres instruments de levage. 

La cathédrale Notre-Dame de Paris n’est pas si authentique

Pendant ce temps, Fred continue sa visite VIP de Notre-Dame. Il a la chance de monter au sommet des échafaudages où il rencontre un tailleur de pierre. Casquette sur la tête, Alain Rembert travaille à la restauration de la cathédrale. Il attire l’attention sur un fait dont les visiteurs comme vous et moi n’avons pas conscience. Nous regardons un monument dont les pierres d’ornementation, abîmées par les intempéries, sont progressivement remplacées. Les pierres d’origine subsistent seulement dans la structure. Notre-Dame de Paris est finalement peu authentique.  

La restauration consiste aussi dans le nettoyage des pierres noircies depuis des siècles par la pollution. Tournée dans les années 1990, l’émission rend compte de ce mouvement alors émergeant en France. Dans une séquence, un restaurateur envoie un rayon laser frapper la pierre : le faisceau provoque alors une onde de choc qui décolle la couche sale. J’en rêvais tout à l’heure lorsque je nettoyais la graisse au-dessus des meubles de ma cuisine. 

Nettoyage d'une pierre
Avant/après. La pierre retrouve sa blondeur d’origine grâce au nettoyage laser.

En plus de rajeunir les cathédrales, ce décapage maîtrisé révèle quelques restes de peinture sur les sculptures des portails. Car, on l’oublie parfois, les personnages de pierre étaient animés de couleurs. À ma grande déception, frotter les surfaces de ma cuisine n’a jamais fait surgir de fresques. 

Les vitraux

Au moins dans l’art des maîtres-verriers, la couleur est inaltérable. 

« Le vitrail c’est pas une invention gothique ; ça existait bien avant », avertit Fred. Je suis tout à fait d’accord puisqu’on a retrouvé en France des vestiges de verre aux confins de l’Antiquité et du Moyen Âge. 

Fred et rose de Paris
Fred au pied d’une rose de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Elle fait plus de 13 m de diamètre.

En revanche, le documentaire n’échappe pas au cliché habituel sur la fonction du vitrail : « les hommes du Moyen-Âge qui ne savent pas lire apprennent le catéchisme » en les regardant. En vérité beaucoup de ces vitraux, comme ceux de Chartres, sont souvent trop difficiles à décoder pour aider un quelconque illettré. Soit à cause de leur hauteur soit à cause de leur sens complexe. Je développe dans cet article : Les églises : une bible pour les illettrés. Vraiment ?

Heureusement, l’émission compense largement par sa qualité pédagogique. La voix off féminine explique simplement la fabrication du verre avant que Jamy crée ensuite l’ancêtre du tuto internet : manipulant deux morceaux de verre et des baguettes de plomb, il fabrique devant nos yeux un vitrail en 4 étapes. On n’a qu’une envie : s’y mettre. 

Verdict

Afin de ne pas simplement paraphraser l’épisode, j’ai surtout insisté ici sur les points critiquables : les deux animateurs n’échappent pas à quelques poncifs sur les cathédrales et font quelques erreurs de vocabulaire par péché de simplification. 

Fred Courant
Après avoir lu mon article, Fred prend conscience d’avoir dit quelques bêtises, pas si nombreuses finalement.

Ne vous méprenez cependant pas : je recommande ce numéro de C’est pas sorcier. À la visionner, les spectateurs ne risquent pas une mortelle intoxication informationnelle. En 26 minutes, le spectateur a un panorama du sujet grâce à une écriture très efficace ; des maquettes ou des démonstrations vulgarisent les techniques des bâtisseurs pour les enfants comme pour les adultes. En prime, la dynamique entre les deux animateurs Jamy et Fred assure la fluidité entre les séquences et apporte de l’humour. Difficile de faire mieux. Et vous, que pensez-vous de cette émission ?

De l’espérance à l’espoir

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« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ».

    En rappelant cette citation de son ami philosophe Brice Parain, parue dans la revue Poésie 44 et reprise dans son livre « L’homme révolté », l’écrivain humaniste Albert Camus souligne l’importance des mots, de leur emploi et de leur sens à respecter. Car, en effet, rappelons-le, les mots appropriés ont toujours leur utilité et leur signification communicationnelles. Comme le franc-maçon, à leur place et à leur office !

   « La logique du révolté est de s’efforcer au langage clair pour ne pas épaissir le mensonge universel », précise Camus.

    Ainsi, il faut sans cesse craindre la confusion que les mots peuvent engendrer. C’est le cas du mot « Espérance », désigné comme vertu théologale par l’Eglise catholique dans le classique trio « Foi, Espérance, Charité » qu’elle suggère à ses pratiquants. Ayant Dieu pour objet, l’Espérance est à comprendre ici comme une croyance, un futur, dans un autre monde.

   Tout respect gardé pour la religion en cause, l’espérance peut être aussi vue dans la vie ici-bas, non comme une vertu mais comme un « état affectif », une éventualité, une probabilité, voire une émotion parfaitement humaine. Et terrestre !

    A noter que la franc-maçonnerie, au Rite Ecossais Ancien et Accepté, a inclus les vertus théologales dans ses rituels. Ce qui confère à l’Espérance, version Art Royal, une connotation quasi-cultuelle, notamment lorsque les travaux de loge sont réalisés à la gloire du Grand Architecte de l’Univers

Au vrai, qu’en est-il vraiment de ce vocable « espérance » ? Il appartient à la famille du verbe « espérer ». Celui-ci vient du latin « sperare » : être dans l’attente de quelque chose devant se réaliser, nous dit le dictionnaire. Espérer c’est donc attendre.

Sur terre, l’espérance, on le voit, est un sentiment et non une vertu. En l’occurrence, elle est à différencier de l’espoir. L’espérance est de l’ordre de la confiance, éventuellement pour le croyant par une intercession divine (croyance en l’à-venir, en une chose particulière, en l’Homme). Alors que l’espoir, sans spécialement un concours religieux, est lui de l’ordre du souhait, d’une possibilité, d’une réflexion, d’une décision : Exemple : « J’espère bien réussir ce concours. J’ai envie de m’y présenter. Je m’inscris ».

L’espérance est une attente. L’espoir est un désir.

A noter que, pour sa part, le philosophe contemporain André Comte-Sponville qui ne cache pas son athéisme (Luc Ferry, également) ne considère pas l’espérance comme une vertu. Il la juge même inutile alors que le courage, lui, (une vertu qui conduit à l’action) peut très bien supplanter ce sentiment d’espérance. Les philosophes des Lumières, quant à eux, ont préféré à toute espérance (en tant que sentiment religieux), à toute spéculation aléatoire, une spiritualité laïque, c’est à dire la raison et un mot, la philosophie.

   A y bien regarder l’espérance tient quelque part de la magie ! Attendre que les choses arrivent sans rien faire, sans bouger, c’est croire à sa bonne étoile, à sa bonne fortune ! A l’image des joueurs de loto ! En fait, cela dit avec malice, c’est même être quelque peu paresseux !

   Mais entretenir l’espoir de monter son entreprise en y mettant toute son énergie, c’est avoir confiance en soi, c’est croire à l’effort personnel, à la réussite possible ! Oser est le premier pas de l’audace !« La chance ne sourit qu’aux esprits préparés » (Louis Pasteur)

L’autohypnose comme introspection

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l’autohypnose : une méthode d’introspection passionnante avec un coffret de 40 cartes illustrées et un livre de décodage. 33 séances d’autohypnose qui ont  largement démontré leur efficacité. Il s’agit de « contes guérisseurs » que l’on peut lire ou écouter via un QR code sur son ordinateur ou son téléphone portable. Le consultant peut ainsi déconstruire ses fausses croyances et ses programmes inconscients ( Stress – Colère – Addictions) afin de se relier à ses désirs profonds. Le patient peut ainsi à travers les mots et les messages véhiculés se relier avec douceur et méditation à son inconscient. Une façon de se libérer de ses peurs et d’explorer sa créativité. Une méthode pour reprendre sa vie en main.

L’Auteure
Camille Griselin, praticienne en hypnose a été formée à la technique Ericksonienne. Elle a créé la méthode SAJECE en 2009. Aujourd’hui  son  groupe dispense un enseignement en hypnose et en coaching.
Marie Bouin est l’illustratrice des cartes et de l’ouvrage d’autohypnose. Elle a créé une gamme de papèterie  et réalise des illustrations pour entreprises et particuliers

Le mot du mois « Touché ! Coulé ? »

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On a cinq sens. Certes, mais force est d’en constater la hiérarchisation qui abandonne souvent la dernière place à ce sens du tactile. Peut-être parce que c’est ce qui rapproche le plus l’humain de l’animal, parce que c’est le toucher qui en est le sens constitutif ? Tant est hypertrophié le rôle dévolu au sens de la vue, comme si c’était le premier mode d’appréhension, au sens de saisir, du monde alentour. On voit, regarde et commente. Et bon nombre de bipèdes humains se contenteraient, du moins le croient-ils, de cette perception sensitive de ce qui les entoure.

Or, ils oublient ainsi que, même avant leur naissance, aveugles par définition dans le ventre maternel, c’est par le tactile que leur est née la conscience.

Le corps dans son animalité est d’abord touché, par l’eau, par l’air même le plus subtil, avant d’avoir conscience visuelle ou auditive, de la conceptualiser, donc de se mettre à formuler et à penser, c’est-à-dire à peser au sens propre, à mesurer la relation. Contact des peaux, des tiédeurs mutuelles, puis reconnaissance olfactive et gustative.

La pensée première est pensée du contact.

Le très vieux sémantisme *tag- définit ce toucher. Tangente, tactile.

Quand les sociétés traditionnelles veulent marquer la distance infranchissable entre le divin et l’humain, ils inventent le tabou, c’est-à-dire le contact interdit sous peine de sacrilège mortel. Alors que les Grecs dépassent déjà cet interdit premier, puisque sont durement punis ceux qui voient ce qui, dans le divin, devrait échapper à leur regard, par exemple le devin Tirésias désormais aveuglé pour avoir assisté malgré lui aux ébats de Zeus et d’Héra.

Ne pas pouvoir toucher ou être touché condamne à la non identité. En cela, le tact à la fois physique et moral désigne l’espace de la caresse, comme le dit Michel Serres, la fin des distances. On peut mentir avec les yeux, détourner le regard ou le clore avec les paupières, se taire, se boucher les oreilles, mais pas de s’empêcher de respirer, donc de laisser l’air toucher les voies respiratoires jusqu’à la sensation de sa fraîcheur ou de son excessive chaleur au creux des poumons. On ne peut pas davantage empêcher la peau de s’épanouir ou de se hérisser sous la main qui l’effleure, de frémir de plaisir ou de frissonner d’une répulsion impossible à réprimer. La peau comme lieu privilégié d’acceptation ou de refus.

L’aveugle, sourd et muet de surcroît, est vivant tant qu’il peut tâter, saisir son voisinage à tâtons. Privé de ce contact vital, il est perdu.

Il est significatif de savoir que le taquin, au sens premier, n’est pas celui qui dérange, blesse, vexe par ses paroles ou ses regards, mais le « galeux » qui importune par la menace de contagion dont il est porteur. Une contamination.

Attaquer, c’est mettre la main sur, être en mesure d’attacher, d’atteindre.

Intact, intègre, entier, auquel on ne touche pas, à qui l’on ne peut rien enlever ou reprocher. Tout un lexique potentiellement dangereux lorsqu’il bascule dans le domaine moral, parce qu’il autorise une référence à une pureté absolue. Comme si on pouvait gommer la nature essentiellement périssable du corps. Les purs esprits, les puritains, les intégristes sont dangereux ! Sans parler de sainte-nitouche…

La langue commune prouve sa santé quand elle parle de toucher du doigt une difficulté, un problème à résoudre.

Le vocabulaire latin est parlant, *lenis exprime la douceur du toucher, lénifiant, avant de généraliser l’idée de doux et d’apaisant.

Peut-être serait-il déjà temps de se préoccuper du sort d’une humanité fascinée par le virtuel et l’artifice, les objets inertes d’une communication frelatée, au détriment des attouchements sans perversité, pleins de santé, de joie et de bonne humeur ? Quand on sait que l’humeur est ce qui coule, au sens premier, qui coule de source évidemment.

Annick DROGOU

Ce qui nous touche.

Des cinq sens, on célèbre souvent prioritairement la vue et l’ouïe. Pourtant, le toucher est le fondement de tous les autres sens, « l’essence du sensible » comme le disait déjà Thomas d’Aquin. Des animaux entendent, voient et sentent bien mieux que les humains, mais la sensibilité tactile est beaucoup plus développée chez l’homme. Certaines victimes du Covid-19 ont perdu le goût et l’odorat pendant quelques semaines, mais avons-nous réalisé que la pandémie nous a tous grandement privés du toucher, d’une dimension essentielle de notre vie sensible et de notre communication ? Avant d’être des esprits, nous sommes aussi des corps et nous avons besoin d’entrer en contact physique avec nos frères humains. 

Simplicité du toucher, de la poignée de main, de l’embrassade, de la caresse. Tout se passe à fleur de peau dans le contact charnel. Nos vies sont pleinement tactiles, incarnées. Le toucher est le sens de l’amour, pas seulement d’Éros mais aussi d’Agapè, cet amour exempt de tout désir de possession, quand le geste transmet mieux que le mot la chaleur de la bienveillance. Dans ta main délicatement posée sur mon bras, silencieusement, je reconnais ce qu’on appelle le tact : à la fois toucher et intuition, qui nous permet d’apprécier ce qu’il convient de dire, de faire ou de ne pas faire. Ce qui nous touche.

La philosophie scolastique associait le sens du toucher à l’intelligence et à la connaissance. Ne parle-ton pas de l’intelligence de la main qui doit tant au toucher ! Tout ce qui nous touche s’exprime dans la commune vibration. Et quand la communication se fait communion, la dimension physique est sublimée. Notre destin est de toucher au divin. Vous a-t-on dit que les bébés serrent leurs poings alors que les vieillards ouvrent grand leurs mains à l’heure de la mort ? Comme eux, je voudrais toucher les étoiles.

Jean DUMONTEIL

L’extravagance meurtrière de la Franc-maçonnerie et du christianisme

La Tradition, avec une majuscule, est une recherche fréquente chez quelques humains quels que soient le lieu, l’époque, les aspects sociaux. Elle pourrait être l’impression de ne plus être lié à la matérialité et, précisément à sa corporéité. Elle éveillerait la sensation d’un espace indéfini sans lieu, ni temps, sans but précis, et dans le calme et la paix universelle du multivers.

            Pour y parvenir les humains ont mis au point, depuis toujours, des cheminements internes : descendre en soi, externes : vivre la nature. Ce sont les traditions, avec une minuscule.  Ces traditions évoluent sans cesse, en fonction des données du moment et notamment de la représentation que se font les humains d’une époque donnée, d’eux-mêmes. Les traditions, toujours avec une minuscule, sont donc toujours à remettre sur la planche à tracer.

            Les traditions maçonniques n’échappent pas à cette nécessité absolue : l’idée que se faisaient de l’humain James et Théophile est aujourd’hui dépassée ainsi que celles de leurs successeurs. Depuis cent ans environ, les sciences humaines ont renouvelé de fond en comble l’image que nous nous faisons de nous-mêmes. Notre cheminement initiatique maçonnique doit urgemment être repris. Ce fut le discours d’Oswald Wirth, de Daniel Beresniak, mon guide spirituel, de Jean Mourgues et de quelques autres. Ceux qui ne confondaient pas du tout la tradition, avec une minuscule, fourmillante de choix locaux, avec la Tradition, majuscule immuable. Il convient donc de reprendre les traditions du cheminement maçonnique, comme on le ferait pour les autres. Elles sont vieillies, dépassées et bien souvent, ringardes. Daniel B. fut un des principaux chantres pour rénover[1] nos traditions, grâce à ce que nous ont appris les sciences humaines sur les humains. Je développe les métamorphoses concrètes que ces sciences entraînent dans nos rituels, dans mon livre testamentaire : « Plaidoyer pour la survie de la Franc-maçonnerie ».

            Un des points les plus vertigineux à explorer est la violence si typique de l’animal humain. Il ne cesse de mener des guerres, des massacres, des tueries, des écrasements… Sans comparaison avec les autres animaux ! Tout cheminement initiatique vers la Tradition, toujours avec la majuscule, exige donc de faire le point sur cette violence. La Franc-maçonnerie s’y attelle au début du XVIIIe siècle, en relation avec le christianisme. Mais elle a pris son indépendance conceptuelle et rituelle et a bousculé la tradition, cette fois avec la minuscule, religieuse. Au point où, désormais, elles se font face, sans convergence. C’est le but de cet article : quelles sont donc les positions, sur la violence humaine, de la Maçonnerie et du Christianisme ? Alors n’hésitons plus ! Que nous apprennent les sciences humaines sur cette violence, cette chérie qui grouille en nous ? Et quelles conclusions provisoires en tirer dans chaque cas ?

            Freud, dans sa seconde théorie distingue, dans les tréfonds de l’inconscient deux forces qui se combattent, se soutiennent et s’emmêlent : ce sont les pulsions de vie et de mort. Voilà le matelas psychique dès l’embryon, le fœtus, chez les humains et les autres animaux. Aucune morale. Les pulsions fourniront les grandes dualités fondatrices : le soin et la loi, la peur et la sécurité, le vide et le plein, l’autre et soi… Elles sont complémentaires. Aucune n’est plus utile. Dans la pulsion de mort, il y a, entre autres, l’envie forte de la violence, jusqu’à celle de tuer. C’est de cette violence en nous dont il s’agit ici. Ce qui fait obstruction à la « lapidité » de ses envies. Illustrations permanentes, sous de multiples formes : des grognements de colère, aux pleurs et aux gestes « enfuriosés ». Qui tuent avec délectation ou/et embrassent avec amour. L’exemple le plus connu est le complexe d’Œdipe qui raconte la saga d’Hiram. Ce complexe court, dans ses manifestations sensuelles vers 3-5ans. La base : le garçon[2]. Le garçon craint que le père, ou leurs représentants, humains variés, dispositifs sociaux, ne lui vole l’objet de son amour, sa mère. Et cela le rend, symboliquement, furieux et éveille une resucée de la violence tapie dans la pulsion de mort : tuer papa serait la bonne solution. Sachant que le gamin éprouve aussi pour son père de l’attachement. Mais la violence native n’est guère défendue socialement comme une vertu. Alors la violence désirée, exercée symboliquement, a besoin d’être cachée. Du coup, elle est bien souvent simplement justifiée par la bonne conscience, ce paravent hypocrite et trompeur qui sert à toutes les vilenies, y compris et surtout à justifier les guerres. C’est pourquoi la violence et ses affidés, la menace, la tuerie, les atrocités meurtrières sont une urgence à explorer chez les êtres humains. Sans se contenter des laïus hypocrites des échanges grimés en saveur de paix attendue !

            En bref, deux conceptions de la violence, du meurtre ; celles de la Franc-maçonnerie et celle du christianisme. Les comparer, ce qui est encore inédit, c’est démontrer que les deux mouvements sont radicalement opposés. Malgré les fondateurs chrétiens et les milliers de pages qui ne cessent d’être écrites sur cette  « filiation » religieuse. Le GADLU, soit Dieu, n’est-ce pas ? Et bien pas du tout !, selon mon analyse. C’est en fait pour moi, une opposition radicale. Commençons par la doctrine du christianisme.

            La Franc-maçonnerie, qui est une véritable psychagogie[3], met la violence en scène et ses baumes décents et forts. J’ai bien sûr évoqué Hiram. Or, face à la doctrine et pratique maçonnique, un tout autre traitement de la violence régit depuis 2000 ans, 3 milliards environ de croyants. C’est proprement effrayant dès que l’on pèse la doctrine meurtrière de cette religion qui se pare des beaux atours d’amour. Il ne s’agit plus du complexe d’Œdipe mais d’un autre, je le nommerai le complexe de Lycurgue[4]. C’est une conspiration mondiale et à travers les siècles, taboue mais puissante, car elle permet la délectation dans ses pulsions meurtrières, en toute impunité sociale. Voire avec la bénédiction des servants, le clergé, qui nous prosterne devant l’horrible croix.

            Un psychanalyste italien a levé le lièvre : Franco Fornari[5]. Il a évoqué, en biais et en loucedé, les relations violentes du père vis-à-vis de son fils mais son message, discret, n’a pas dépassé ses propres recherches et réflexions dans le domaine analytique. Qui oserait ? Il a étudié la guerre de près en relation avec la mère mais en faisant comprendre, entre les lignes, que le mâle est prêt à tuer l’enfant si ce dernier menace la mère. Scandale insupportable enfoui dans les oubliettes des censures de la honte et du déni social. Et ce malgré la tradition gréco-romaine de l’infanticide, qui touchait les filles et aussi les nouveau-nés mal formés, ceux des fruits adultérins. Le père ou un magistrat déposait la corbeille, en pleine exposition, dans un passage. La plupart du temps, le nouveau-né mourait dans l’indifférence générale. L’infanticide fut interdit par le christianisme en 374. Pourtant, Dieu le Père se livra à l’horreur, dans l’accord et la liesse générale, de l’infanticide avec Jésus âgé de 36 ans ; avec une cruauté sans égale. Sous ses ordres, d’abord la flagellation, puis le chemin de croix, enfin la crucifixion, torture extrême sans la moindre compassion de Dieu le Père. Sous les encouragements, lazzi et ricanements de la foule. Dans un coin une mère, Marie, dont tout le monde se fiche, sauf Jean. Le pauvre Jésus, déchiqueté, souffla cette parole révélatrice de sa compréhension de cet infanticide, en murmurant « `Mon dieu, mon dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Sans réponse. Cette suite d’horreurs a été cachée profondément et personne, jusqu’à aujourd’hui, n’ose évoquer la jouissance à savourer la violence ; ce qui est si banal pourtant. Il suffit de regarder les films qui ravissent par leur brutalité et leur cruauté. Ou les faits divers du genre : une petite fille de 9 ans a été violée. La télévision passe des dizaines de minutes là-dessus ; car cela fait savourer notre envie de cruauté et de tuerie. Mais ce n’est pas bien de prendre ce plaisir innommable ! Alors, il faut trouver des parades pour réfuter en soi ce désir inacceptable aux tamis de notre morale. La chrétienté a trouvé une réponse qui nous satisfaits croyants ou pas ! C’est l’Amour majuscule et la compassion qui nous pousse à « plaindre » les victimes et à disposer des bouquets de fleurs devant les tombes. Car Dieu le Père, c’est bien connu, est Tout Amour.

            J’ai évoqué la torture de Jésus ? Venons-en au traitement de la violence par notre Franc -maçonnerie. Elle a cherché et trouve une autre réponse, sans ce voile de pudeur honteux.

            Hiram Abi est poursuivi par trois « mauvais compagnons » ; il y a donc reconnaissance de la violence humaine ; en filigrane, celle des jeunes vis-à-vis de l’ancien qui est, dans le cas du rituel,  « Hiram mon père ». Les trois fils ont une violence croissante : ils ne visent pas a priori le meurtre, ils veulent remplacer Hiram en sachant les mots. Le désir de tuer vient à la troisième demande non aboutie. C’est là que les mauvais compagnons tuent, avec le maillet, leur père symbolique. Mais ils ont honte, comme les fils bien souvent, dans leur envie de tuer leur père. Ils l’enterrent. A comprendre comme un refus d’avouer leur violence. Mais la société refuse cet aboutissement du complexe ; d’où la recherche du cadavre pour bien faire comprendre l’interdit dans l’exécution de l’Œdipe. On ne parle plus à ce degré des trois compagnons qui sont là pour apprendre que le passage à l’acte est interdit par la société. Il est retrouvé et relevé par l’Expert. Je préfèrerais que ce soit l’Hospitalier : le premier vise à l’application du rite, le second délivre le message d’amour. Voilà la leçon : l’amour de l’humanité, posé comme modèle et devoir, peut nous sauver des excès meurtriers parricides. C’est parce que les autres ne le font pas que je ne le ferai pas. Parce qu’ils m’apprennent à transformer l’envie de meurtre en amour ; ou plutôt à mêler les deux : j’ai envie de tuer papa mais je suis, en même temps attaché à lui. En bref, la Franc-maçonnerie met en scène l’Œdipe, à une virgule près.

            Quelles conséquences sur la gestion de la violence innée, dans les deux traditions ? Pour les croyants, elle est condamnable. Pour ce faire , elle est maquillée sous le voile épais, gras et omniprésent de l’amour divin. Dieu est tout amour mais nous l’avons vu ; il est en fait mu par le complexe de Lycurgue : le père tue le fils. Mais dans les atroces épreuves que tout le monde connaît et accepte puisque, c’est le Tout Amour qui le souhaite. Chacun(e) est rassuré(e)sur la violence qui s’agite sans cesse dans ses tréfonds. Et la doctrine lui prête les moyens hypocrites de la planquer sous la vertu. C’est par amour que Dieu le Père tue atrocement son fils.

            Dans la Franc-maçonnerie, la chanson est bien différente. Oui, la violence existe et les initiés(es) le reconnaissent. Mais elle n’est aucunement liée à l’intention de faire mal. C’est un moyen pour devenir le chef à la place du chef. Comment se sortir de cette impasse, parce qu’il faut bien que cette tuerie soit légitimée ? C’est le relèvement d’Hiram qui nous fournit la réponse : suivre les lois de la société et de la nature. C’est la meute tout entière, via l’Hospitalier, qui clame : « Oui, tu es mort, oui tu es vivant désormais : la meute te soutient ! Et, en cela, tu as besoin d’un baiser et non d’une torture ».

            En bref, le discours larmoyant parfois et régénérant d’autres fois est bien celui de l’amour présent dans les deux doctrines mais dans un accouchement eschatologique opposé. L’ hypocrisie ou le face à face avec la réalité. Dans le christianisme l’hypocrisie dédouane sans effort le croyant. En Franc-maçonnerie, la violence et le secours sont mêlés.

            Et les deux conceptions de l’humain vont servir de socle à l’imaginaire du cherchant quel que soit son bord : Les chrétiens choisissent le plus atroce : la croix du supplice. Elle est partout, des églises aux chambres à coucher. Elle est dressée dans les processions et brandies dans les ovations religieuses. La croix n’échappe à aucun des milliards de chrétiens, fussent-ils tièdes dans leurs convictions religieuses. L’instrument le plus atroce de la torture de ce pauvre Jésus, la croix, est sacralisé. Le grand symbole ! N’est-ce pas grâce à l’amour du Père ? Ainsi l’horreur de la torture christique est noyée, engloutie dans le « tout amour » du père. Il nous dédouane, hypocritement, de notre pulsion meurtrière.

            Pour les Francs-maçons, la chanson a des trilles bien moins stridentes dans l’horreur. Les trois mauvais Compagnons qui, hélas, seront exécutés dans un degré suivant, ont un très fort désir œdipien : se mettre à la place du père, en l’occurrence Hiram. Et se dessine, dans le flouté du rituel et de son vécu en soi, l’organisation de la société, la meute humaine. Celle de tous, ou presque des mammifères, sauf en partie, les éléphants et les hyènes. A savoir un mâle dominant, des jeunes mâles jaloux. Et plus nombreux, d’autres moins vindicatifs ; puis la troupe des mâles et des femelles qui élargit le bas de la pyramide. Puis des enfants, les démunis, les rejetés qui forment l’assise pullulante. Cette disposition des individus dans les meutes se nomme l’ « organisation pyramidale ». Les humains n’échappent pas à cette loi de nature, bien entendu. Regardez la société, dans tous ses aspects : économiques, politiques, sociaux, associatifs… Presque partout l’organisation pyramidale régit le capitalisme, le socialisme et la naissance des extrêmes droite et gauche. L’anarchie est reléguée dans l’horizon injouable, n’est-ce pas Frère Léo Campion ? Mais je ne suis pas sûr que toutes les Sœurs vivent comme une évidence, cette organisation pyramidale, si machiste. Même si nos Loges, bien entendu, ne dérogent en aucun cas à cette organisation qui semble aller de soi. J’ai comme l’impression que les femmes ont la richesse intérieure de vivre autrement que dans cette pyramide. Qu’en penses-tu ma Sœur ? Des loges, folles de créativité, s’y essaient.

            C’est pourquoi la Croix du supplice est le symbole de ralliement universel des chrétiens. Mais les Maçons ont choisi le Delta triangulaire pour signifier le bon fonctionnement de l’organisation pyramidale. Croix et delta ; supplice et meute. A chacun(e), bien entendu, de se laisser choisir : la tolérance maçonnique, quand elle est vissée dans les replis de l’inconscient, admet la foi. Mais ne nous y trompons pas, la chrétienté et la Franc-maçonnerie se chahutent dans leurs positions irréfragables. Elles s’égrènent dans leur opposition. Au chrétien maçon de vivre, comme il l’entend et le peut, au nom d’une tolérance qui, parfois, est de pacotille et de carton mou ! Mais que chacun(e) chemine vers la Méditation.

Le christianisme dénie, déguise et dément

La Maçonnerie avoue, accepte et admet.


[1] Refaire vivre ?

[2] Différence pour les filles, car plus complexe. Désolé mes Sœurs mais vous êtes moins simplificatrices !!!

[3] Pédagogie de l’initiation.

[4] Lycurgue est plutôt frappé de folie par Zeus. Il tue son fils, nommé Dryas, le prenant pour un cep de vigne. Il ne recouvre la raison qu’une fois son fils démembré.

[5] 1921-1985

Un évènement maçonnique unique : « La croisière Azurea avec l’équipe 450fm sur un thème exceptionnel »

La croisière de janvier prochain est un évènement à ne surtout pas manquer, pour deux raisons :

  • Le thème sera le suivant : Média et franc-maçonnerie en 2024 – “ la communication du sacré “
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Une franc-maçonnerie ravagée par la démagogie profane

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Article de Bruno Etienne paru dans le Monde daté du samedi 9 septembre 2000 intitulé « Une franc-maçonnerie ravagée par la démagogie profane » et qui est actualisé par les propos de Michel Maffesoli

La franc-maçonnerie est une bien curieuse institution. Elle présente en effet un certain nombre de caractéristiques qui expliquent, en partie, les fantasmes et les interrogations qu’elle suscite depuis sa création en Angleterre entre 1717 et 1723, par des huguenots français émigrés, admirateurs de Newton et manipulés par la Royal Society. Elle se présente comme une société de pensée caractéristique du XVIIIe siècle ébloui par la « scienza nuova ».

Mais elle est plus une communauté pneumatique qu’un club parce qu’elle prétend également assumer la transmission d’une double tradition : celle des maçons « francs » et donc du « mestier », tradition fondée sur l’interprétation du mythe d’Hiram, le constructeur du Temple de Salomon, couplée à l’autre versant du mythe fondateur, la chevalerie templière. L’histoire et l’évolution de cette double fonction permettent de comprendre la crise qu’elle traverse actuellement, surtout en France et plus particulièrement dans le cas du Grand Orient de France (GODF).

Comment a-t-elle pu surmonter toutes les excommunications, condamnations et accusations justifiées ou pas ? Comment a-t-elle pu survivre par-delà ses errements et ses erreurs, ses nombreux avatars et multiples sectes, à tous les régimes politiques, y compris ceux qui l’ont martyrisée ? Certainement pas par ses prises de positions contingentes mais parce qu’elle a d’archétypal et de paradigmatique, c’est-à-dire en l’occurrence ses rites, ses mythes et surtout son système initiatique.

Elle est en effet une des rares sociétés initiatiques qui proposent, en Occident, une voie pour vaincre la mort. Cette méthode particulière est fondée sur le symbolisme et le raisonnement par analogie. Ce sont là ses vraies valeurs universelles qui la rattachent à ce que Jacquart appelle « l’humanitude ».

En France, elle a produit deux maçonneries qui cohabitent, volens nolens, depuis trois siècles mais qui semblent sur le point d’éclater aujourd’hui. La première a pour slogan « liberté, égalité fraternité » et entend participer activement à la construction de la société idéale. La seconde a pour devise « force, sagesse, beauté » et préfère travailler à la construction du Temple de l’Humanité à partir de la construction du temple intérieur par la maîtrise de l’ego.

L’une est extravertie, progressiste, mondaine ; l’autre est tournée vers l’intérieur, progressive, mystique. Certains ont cru pouvoir, sans schizophrénie excessive, appartenir aux deux tendances. Aujourd’hui, cela ne me paraît plus possible au Grand Orient de France.

En effet, celui-ci, en s’appropriant le monopole de l’interprétation républicaine, en s’identifiant à la seule République moniste, en se déclarant le dernier rempart contre la barbarie pluraliste, est devenu un profane qui ne fait que parodier les clivages de la société française. Comme celle-ci, il se raidit dans son incapacité à gérer le nouveau pluralisme culturel et religieux.

On trouve donc au sein du GODF des enragés de la République, des intégristes de la laïcité, des « athées stupides », selon la formule d’Anderson, le rédacteur de la première Charte maçonnique, des souverainistes et des fédéralistes minoritaires et même des spiritualistes plus discrets que les haut-parleurs médiatiques.

En ce sens, le GODF est un bon baromètre de l’état dans lequel se trouve la société française. Il est donc lui aussi à la croisée d’un cheminement et doit prendre des résolutions drastiques. Soit devenir un club politique comme les autres avec peu de chance de concurrencer ceux qui sont déjà en place si j’en juge par la médiocrité insigne de ses productions publiques. Soit proposer au contraire une réforme radicale qui permette à la franc-maçonnerie de répondre à un certain nombre d’angoisses de nos contemporains sur le plan de la spiritualité par la voie initiatique. L’importance des travaux de recherche des loges, surtout provinciales, qui ne viennent jamais à la surface, me convainc de cette possibilité. Dans ce dessein, il faut renoncer à un certain nombre de pratiques qui ont conduit les obédiences maçonniques à devenir des machineries administratives gérées par des professionnels dont la maîtrise est inversement proportionnelle à leur ego. Le GODF a étalé sur la place publique ses dissensions autour de six « Grands Maîtres » en moins de dix ans. Cela fait un peu désordre pour une « société secrète ».

Mais comment gérer neuf cents loges autrement ? Ce ne sont pas des conventions annuelles, manipulées par des professionnels, qui peuvent prendre des décisions aussi difficiles. Il nous faut donc nous retirer du système.

Tout simplement revenir aux Constitutions d’Anderson, à la loge libre (le GODF est une fédération de loges et des rites, pas une institution magistérielle centralisée), en reprenant nos travaux discrets, en étant dans la société civile et non dans l’Audimat, en acceptant la progressivité du parcours pour ensuite, forts des vérités acquises à l’intérieur, les proposer au monde, qui d’ailleurs n’en demande pas tant.

Les temps sont sans doute venus de repenser les structures qui ne produisent que de l’entropie et de la gratification de l’ego pour ceux qui veulent être califes à la place du calife. Ce sont d’ailleurs les apparatchiks élus selon un système complexe à plusieurs niveaux qui parlent le plus de « transparence démocratique ». Les temps sont venus parce que, dans le cadre européen, nous ne pourrons plus garder des obédiences nationales. Il faut donc imaginer et constituer d’autres ensembles, par le bas, par affinité, par localisation, par choix réfléchi.

Il faut commencer par dissocier la gestion du Grand Orient de France comme association de la loi de 1901 et celle de la progression initiatique. En ces temps de Jubilé où l’on met tout à plat, le GODF pourrait distribuer un patrimoine immobilier excessif aux démunis et permettre ainsi aux frères de revenir à plus de discrétion : nous n’avons pas à nous étaler sur la voie publique, ni à avoir pignon sur rue.

Mais les temps sont venus, surtout, de relire notre rituel sur la mort du maître Hiram. Le GODF a atteint ce degré de putréfaction où « la chair quitte les os » et donc pour que « l’acacia refleurisse » et que l’Ordre maçonnique survive, il nous faut renoncer aux structures des obédiences centralisées. Il nous faut renoncer à agir à tout prix pourvu qu’on agisse. Il nous faut renoncer aux déclarations publiques, intempestives, sans effet réel. Il nous faut renoncer à suivre la démagogie profane et audimatiste. Il nous faut reprendre le chemin de notre propre initiation, car seul le progrès individuel de chacun d’entre nous peut contribuer à l’amélioration de la société qui nous héberge.

Autrement dit, il nous faut remettre la charrue derrière les bœufs et nous remettre au travail par ascèse et herméneutique. Vivat ! Vivat ! Semper vivat.

© Le Monde daté du samedi 9 septembre 2000

Bruno Étienne était un sociologue et politologue français né le 6 novembre 1937 à La Tronche (Isère) et mort à Aix-en-Provence le 4 mars 2009. Il était spécialiste de l’Algérie, de l’islam et de l’anthropologie du fait religieux. Il était membre du Grand Orient de France.

Commentaires complémentaires de Michel Maffesoli

Citations extraites de 3 livres de Bruno Etienne.

«  Mon regret principal concerne donc aussi ma paroisse: le GODF est en train de manquer le tournant du siècle/ millénaire qui aurait pu faire de la FM une piste comme elle le fut en d’autres temps.Mais ces temps-là sont révolus » .

B.E: « Une grenade entrouverte« . Ed de l’Aube .1999 , p 368

«   « Conjonction du « Politburo » et l’inquisition. » 

B.E. Ibid p 21.

«  Le clubisme du GO … radical-cassoulet » 

B.E « Une voie pour l’Occident, le FM à venir » .

Ed  Dervy. 2000 , p 76

En référence à un colloque du Grand Collège des Rites, il parle des « clubistes  du Grand Orient »

B.E. « L’initiation » , ed. Dervy, 2002 , pp10-11

Livre à paraître en novembre :

Les femmes en Franc-maçonnerie

Nous avons publié des articles dans plusieurs LDDV précédentes sur les femmes dans le bouddhisme. Je vous propose de regarder de plus près ce qui s’est passé pour les femmes en FM. Le jeu fût épique et heureusement, comme à toute autre période de l’histoire, des femmes sont sorties du lot pour nous amener petit à petit à la création de la G.L.F.F.

Ce que je vais tenter de faire dans cet exposé c’est de vous amener à différentes époques de l’histoire française, car il me semble important de remettre les choses dans leur contexte, où les femmes n’étaient que des « chochottes » ou des « rustres » de la campagne, entre les deux, point d’existence ».

Je me suis appuyée sur l’autoportrait écrit pour les 50 ans de notre Obédience, par des Sœurs, aux Editions Trédaniel et également sur un petit livre des Editions Maçonniques de France, s’intitulant la G.L.F.F. dont l’auteure est Mireille Beaunier.

Les deux sont très complémentaires car ils n’ont pas la même chronologie ni le même état d’esprit.

Mais revenons à la préhistoire de la Maçonnerie :

C’est au XVIIIème siècle, plus précisément en 1717, que 4 Loges londoniennes de Francs Maçons Acceptés se fédèrent pour constituer la Ière Obédience dite Grande Loge de Londres. A sa tête un pasteur presbytérien James Anderson que l’on charge de mettre en ordre les anciennes constitutions de Métiers dans une meilleure et nouvelle méthode. Autrement dit de « lifter » les règles corporatives de morale et de solidarité des Old Charges (Anciens devoirs) des maçons opératifs, bâtisseurs du moyen âge. Mission que l’on confie donc à James Anderson mais qui est supervisée par l’éminent pasteur anglican Jean-Théophile Désaguliers. A l’époque, les hommes ne se fatiguaient pas trop pour trouver un nom de Loge, ces 4 Loges portent le nom des tavernes où elles se réunissaient….

Dans cette refonte l’article I des Constitutions concernant Dieu et la religion jette les bases d’un esprit de fraternité, de tolérance, d’égalité et de liberté de pensée inédits.

L’autre article à souligner est l’article III qui stipule que les membres d’une loge doivent être des hommes de bien et loyaux, nés libres et d’âge mûr et discret, ni esclaves, ni femme, ni hommes immoraux et scandaleux mais de bonne réputation.

Voilà donc les femmes, d’emblée, coincées entre la servitude et le vice….

Libres, les femmes ne pouvaient l’être puisque juridiquement parlant elles jouissaient d’un statut d’éternelle mineure qui les maintenait sous tutelle familiale du père ou du mari grâce à un système patriarcal ancestral.

Cela me paraît important de souligner ce qui se passait pour les femmes à cette époque, imaginez, bien que cela semble impossible, que la F.M soit créée aujourd’hui, on peut se demander si nous serions encore coincées entre la servitude et le vice ?

La F.M française née sous le règne de Louis XV et de Louis XVI, en 1725. Elle va prendre sa propre patine car nous sommes à l’époque des salons littéraires animés par des femmes brillantes et influentes appelées le « Beau sexe ». Culturellement parlant, le sens de la galanterie française le dispute naturellement au puritanisme anglais, c’est pourquoi la France est le sol d’exception ou les femmes sont acceptées en Loge, seules les modalités d’admission (initiation réelle, possible…. ou non) restent sujet à d’innombrables discussions et maints litiges. Ainsi naîtra une maçonnerie par procuration dite d’ADOPTION. Les activités pour les femmes consistent essentiellement en mondanités : réceptions, banquets, bals et fêtes de bienfaisance.

Quelques indications sur le caractère spécifique de ces Loges d’Adoption :

D’abord lieux de rencontre, « entre gens qui sans cela ne se seraient jamais connus » et lieux de convivialité (on se réunissait dans des hôtels particuliers et des demeures ou dans des tavernes), les Loges évoluent lentement avant que certaines deviennent des sociétés de pensée : loge académique comme la Loge des 9 soeurs ou le Contrat social).

D’innombrables discussions ont lieu quant à l’entrée des femmes en Maçonnerie, pour la défense de la Maçonnerie d’Adoption, on rappellera que les femmes furent druidesses, prêtresses d’Eleusis à Delphes, vestales à Rome, diaconesses et chanoinesses.

La Maçonnerie d’Adoption ne saurait impliquer une entité globale, encore moins indépendante. En fait il s’agit après la clôture des travaux d’ouvrir en « adoption ».

Cette maçonnerie, vu d’aujourd’hui, paraît surtout « mondaine, galante, littéraire et musicale, on se plait à répéter les mots du baron Tschoudy qui l’appelait « agréable bagatelle ».

Les rituels d’adoption, tout comme ceux des hommes, connurent de nombreuses variantes, entre 1755 et 1780 on compte une vingtaine de rituels consacrés à la Maçonnerie des dames. Les thèmes de base de ces rituels sont :

– pour le Ier degré : l’Arche de Noé qui figure les passions qui agitent le coeur humain

– pour le second degré : l’Echelle de Jacob qui représentent les progrès à accomplir pour atteindre la perfection et la félicité

– pour le 3ème degré la tour de Babel symbole de l’orgueil des humains.

Le tablier des Franches Maçonnes (ainsi nommées à l’époque) est orné de roses et d’un coeur mais jamais de l’Equerre et du Compas.

Ces loges d’Adoption du XVIIIe s’éteignent sous la révolution de 1789.

La Révolution de 1789, que les détracteurs de la FM attribuent à l’influence de celle-ci, au contraire a causé la fermeture de la plupart des Loges dès 1791 en raison du recrutement aristocratique et bourgeois dans un environnement politique extrêmement hostile. Les Loges d’Adoption souchées sur les Loges Masculines disparurent du même coup.

En 1808, le Conseil de l’Ordre interdit les Loges d’Adoption comme contraires à la Constitution, de sorte que pendant la suite du XIXème on ne peut parler de Loges d’Adoption mais de réunions d’adoption.

En 1819, la marquise de Villette organisa une tenue d’Adoption à la mémoire de Voltaire à la Loge Belle et Bonne qu’elle avait fondée (nommée d’après le surnom que lui donnait Voltaire dont elle avait été la fille adoptive).

Il semble qu’après 1864 il n’y eut pas de nouvelle création de Loge d’Adoption.

Mais voyons de plus près ce qu’il se passe au sein de la Maçonnerie :

Au XIXème siècle deux conceptions maçonniques coexistent, qui vont finir, pour des raisons autant idéologiques que politiques, par s’opposer et mettre à mal l’essence unitaire de l’Ordre :

– une maçonnerie anglo-saxonne orthodoxe et théiste dite « régulière » de type ritualiste, traditionaliste et philanthropique. Incarnée par la Grande Loge Unie d’Angleterre (GLUA),

– et une maçonnerie a-dogmatique et laïque dite « libérale », de type philosophique, humaniste et progressif. Représentée par le Grand Orient de France (GODF) et une majorité d’obédiences françaises.

Lorsqu’en 1877, le GODF supprime de sa Constitution l’obligation, pour être initié, de la croyance en l’existence d’un Dieu révélé et en l’immortalité de l’âme (laissant à ses adeptes leur liberté de conscience) la Grande Loge Unie d’Angleterre, non seulement rompt ses relations avec lui, mais s’arroge le droit « d’histoire » de le déclarer irrégulier. Et de détenir ainsi en toute hégémonie, le monopole de la régularité ! Incroyable mais vrai dans l’histoire de la Maçonnerie. Fondé en 1773, le GODF, son ancienneté fait foi et loi.

Un schisme historique entre Francs-Maçons et Francs-Maçons ! Au nom soit de la lettre soit de l’esprit, l’une se déclare gardienne de la Règle (norme) l’autre se réfère au principe du libre examen de pensée….

Voilà déjà d’où nous venons : d’un schisme historique ! Les raisons de ce schisme me semblent fondamentales et expliquent aussi, en partie, le rejet de certaines obédiences concernant le « féminin » en maçonnerie et le rejet que nous pouvons entendre ici ou là remonte aux origines.

En 1880, 12 Loges contestataires quittent le Suprême Conseil de France du R.E.A.A en se confédérant pour créer la Grande Loge Symbolique Ecossaise de structure plus démocratique. Le Suprême Conseil désignait à la fois l’Obédience tout entière et le Conseil des Hauts-Grades des 33ème, organisme directeur de l’Obédience.

Les frères de la Grande Loge Symbolique Ecossaise instaurent le suffrage universel et l’autonomie des Loges dans leur Constitution. Ils veulent également être libre d’invoquer le Grand Architecte de l’Univers. Suivant en cela le GODF mais qui travaillait au Rite Français.

Un grand courant anticlérical marque la FM française de l’époque qui se fait le rempart de la laïcité et se veut le foyer d’un véritable pouvoir politique. Dieu et la Femme sont les deux serpents de mer qui ont toujours agité la FM.

L’association du trône et de l’autel, ainsi que l’avènement de l’ère industrielle contribuèrent à replonger la femme, bourgeoise ou ouvrière, dans une situation d’obscurantisme et de dépendance tant économique que sociale. Mais à partir de la Loi Falloux de 1850, les communes de plus de 800 habitants sont tenues d’avoir des écoles pour les filles, et la loi Ferry de 1880 ouvre l’enseignement secondaire aux jeunes filles. C’est en cette époque de forte domination de la femme, où triomphe le code Napoléon, que va naître une prise de conscience féministe entraînant une réaction qui, partie de manifestations publiques, gagnera bientôt les Loges maçonniques.

La vague de liberté de pensée qui déferle alors dans les Obédiences ouvre aussi le débat pour l’initiation des femmes. Grâce, notamment, à l’arrivée massive des enseignants laïcs qui répond à la politique de recrutement de l’époque. Mais le GODF fera la sourde oreille, plus préoccupé de la séparation de l’Église et de l’État que du sort des femmes, dont on craignait l’influence cléricale qui serait sur elles : « vote de femmes, vote de curé ! » disait-on à l’époque.

La Grande Loge Symbolique Ecossaise toute à sa modernité, et malgré l’influence tenace de ses deux premiers présidents (Gourmain-Cornille et Georges Martin) n’envisage pas non plus d’entériner une telle proposition qui risquerait d’entacher ses relations et ses projets d’union avec d’autres Obédiences dont la toute nouvelle Grande Loge de France avec laquelle elle fusionnera en 1894.

Nous n’avons pas fait le poids, si je puis dire, dans ces tractations politico-maçonniques… La position de la femme dans la société n’était pas encore (le sera-t-elle-vraiment plus tard ?) une priorité !

Mais tout de même, quelques Frères ont une prise de conscience et le 9 janvier 1882, la Loge Les Libres penseurs du Pecq, Ier atelier de la GLSE, prend son autonomie, au nom du sacro-saint principe « un maçon libre dans une Loge libre » pour arriver à ses fins : initier une femme ! et pas n’importe laquelle, une femme d’envergure pour ne pas dire d’exception : MARIA DERAISMES (1828-1894). Presque un symbole à elle toute seule, elle a derrière elle une carrière de féministe convaincue, de journaliste et d’oratrice de choc. Elle est donc la Ière femme à être initiée à un rite masculin. Lumière lui est donnée à 54 ans. C’est une réformiste qui ne jurait que par « rien par la Révolution, tout par l’évolution ».

Le Frère Léon Richer, rédacteur du journal l’Opinion nationale, créera avec elle l’association « le droit des femmes » à laquelle adhérera Louise Michel ainsi qu’un journal dont le titre devint « L’avenir des femmes ».

Petite parenthèse qui nous projette déjà dans une prochaine planche : Louise Michel a été initiée, au DH, le 13 septembre 1904, à l’âge de 74 ans, un peu plus d’une année avant sa mort.

Scandale ! Je reviens bien entendu, à l’initiation de Maria Deraismes. Cet évènement annoncé à grand renfort de publicité, déclenche une gigantesque polémique. Scandale, mauvaise conscience et trésorerie à sec, plusieurs frères de cette loge hérétique, feront amende honorable pour que la Loge réintègre l’obédience, en laissant ainsi Maria Deraismes sur le Parvis, mais elle ne rendra pas son Tablier, car elle fonde avec Georges Martin, en 1893, le Droit Humain.

Nous arrivons au tournant du XXème siècle et l’année 1901 sera une date charnière importante.

La création de loges d’Adoption continue, il y a encore une cinquantaine d’années à survoler avant d’arriver à la création de l’ancêtre de la GLFF, l’Union Maçonnique Féminine de France, créé en janvier 1946. Il faudra attendre 1952 pour que la GLFF voit le jour….

L’année 1901 donc, le mouvement féministe va-t-il tenter d’envahir les Loges ? On en discute beaucoup et on affirme encore : « …. il ne peut y avoir égalité de droits lorsqu’il n’y a pas égalité de charges… L’égalité des droits de la femme serait chose mauvaise, détruirait la famille. Cet être (c’est de nous, dont on parle !) tout de sentiments et de nerfs (!) n’est pas assez maître de sa raison pour étudier avec calme les graves problèmes sociaux…. sa présence serait susceptible d’entraver notre Tr… et de nous distraire du noble but que nous poursuivons…. »

En 1901, la loge « Le libre examen » créée une Loge d’Adoption, solution renouvelée du XVIIIème siècle. Cette première tentative aura du mal à se maintenir pour d’obscures raisons, elle est fermée en 1903 et ne sera réveillée qu’en 1912. Puis d’autres Loges d’Adoption sont créées comme « la nouvelle Jérusalem » en 1907 qui appartenait à la seconde Grande Loge Symbolique écossaise et qui était mixte, mais demandant à rentrer dans le giron de la Grande Loge de France, elle y est accueillie, cependant, ne pouvant y entrer avec les Sœurs qui la composaient, elle demande la création d’une Loge d’Adoption. Ses sœurs abandonnées ont été initiées au Rite Ecossais.

C’est donc de 1907 que date le Rituel d’Adoption Rénové. La Constitution des Loges d’Adoption est adoptée à la Tenue de Grande Loge du 5 novembre 1906. Elle précise que toute Loge d’Adoption doit être souchée sur l’Atelier dont elle porte le titre précédé des mots Loge d’Adoption. Dans toute tenue, toutes les Officières de la Loge d’Adoption sont obligatoirement assistées des Officiers de l’Atelier sur lequel elles sont souchées. Pour visiter une Loge d’Adoption, les Frères doivent avoir au moins le grade de Compagnon. Elles ont des mots, signes et attouchements spéciaux. Jusqu’en 1935, les Loges d’adoption se créent en ordre clairsemé : 1901 – 1907 – 1023 – 1925 – 1931. Il ne s’agit plus de fêtes, concerts ou bals, les sœurs vont travailler avec le même sérieux que les Frères. Toutefois, au début les sujets portaient principalement sur la femme et l’enfant… puis par la suite sur des questions d’intérêt général souvent social.

En son Convent de 1935, La Grande Loge de France, sans avoir consulté les Loges d’Adoption, sans avoir pris accord avec elles, « décide de conférer à ses L. d’A. l’autonomie la plus complète, en les aidant à créer une Maçonnerie Féminine… ».

La GLdF chercherait-elle à se rapprocher de la Grande Loge Unie d’Angleterre ? Qui elle refuse les femmes… Les Loges d’Adoption opposent un refus formel n’étant pas préparées à cette autonomie et non décidées par elles-mêmes. Mais comprenant que le mouvement amorcé aboutira un jour ou l’autre, elles prennent les devants et commencent à s’organiser. Dès le 8 juillet 1936 eut lieu le Congrès Annuel des LL. : d’Adoption. Ce jour-là fut constitué un Grand Secrétariat, premier embryon de la Maçonnerie Féminine future. 1937 – 1938 – 1939 permettent aux S. : de continuer à s’organiser.

1940 : les années noires vont commencer, répétition de ce qui s ’était passé en Allemagne en 1935, dès le 13 août 1940, une loi du gouvernement Pétain ordonne la fermeture des Loges Maçonniques. La chasse aux Francs Maçons et aux juifs ne faisait que commencer…. La tourmente éparpillera les Sœurs en France, à l’étranger… des sœurs juives périront dans les camps de concentration, d’autres moururent ou bien choquées, vieillies, malades demeurèrent dans les villages où elles s’étaient réfugiées, ou dans ce qui leur restait de famille. C’est le temps de la tourmente et de la clandestinité. 31.757 maçons et maçonnes ont été fichés, on en dénombre 989 déportés dans les camps de concentration où 549 périront.

On peut considérer que 10 à 15 % des 45000 frères et sœurs des années 1939-1940 participèrent à la Résistance Maçonnique. PATRIAM RECUPERARE sera le seul réseau de résistance Maçonnique.

Les archives maçonniques furent pillées par les services chargés de lutter contre les Sociétés secrètes, afin de préparer des listes de victimes ainsi qu’une exposition antimaçonnique. Petite parenthèse, de même qu’il y a eu également une exposition à Paris anti-Juifs afin d’expliquer à la population ce qu’était un JUIF comment le reconnaître, comment s’en méfier…… et surtout pourquoi.

Les archives de la GLFF les plus récentes ont été sauvées par des Sœurs.

Enfin, après la nuit la plus noire, l’aube allait renaître !

A la libération en 1944, les S∴ rescapées constituent un Comité de Reconstruction, pour rechercher et regrouper les S∴ Pour diverses raisons beaucoup manquent à l’appel, il reste environ le tiers de l’effectif d’avant guerre et quatre LL. : parviennent à se constituer :

  • Le Libre examen
  • La nouvelle Jérusalem
  • Minerve
  • Thébah

La Grande Loge de France en son Convent de 1945 vote l’indépendance des Loges d’Adoption. N’oublions pas que le droit de voter est accordé aux femmes en 1944 et qu’elles votent pour la Ière fois en 1945.

Elles créent, dans la foulée, l’Union Maçonnique Féminine de France, ancêtre de la GLFF. Le 30 janvier 1946 est créé le Conseil Supérieur, embryon du Conseil Fédéral sur lequel va reposer l’avenir de la maçonnerie féminine. A partir de 1947 un bulletin-calendrier est édité. Jusqu’en 1954 toutes les initiations sont collectives.

Les travaux reprennent avec force et vigueur, mais les S∴ ont perdu l’habitude de fréquenter les Loges, les transports sont difficiles, le recrutement est rare (quatre profanes seulement la première année) et le local de la rue Froidevaux inconfortable. Puis elles déménagent en 1947 dans le XVIIIème arrondissement, et en 1950 elles s’installeront rue de la Condamine dans le XVIIème dans lequel elles resteront jusqu’à ce qu’elles aient un toit à elles…. en 1977. S.T.F. pendant longtemps, c’est à dire sans temple fixe, elles vont donc restées plus de 25 ans dans le local du XVIIème.

Le rituel continue d’être celui des Loges d’Adoption, mais les Officières ont cessé d’être assistées par des Officiers puisqu’il n’y a plus de Loges de Tutelle. Néanmoins, l’Union Maçonnique Féminine de France, par son rite demeure très isolée.

C’est en 1952 que l’Union Maçonnique Féminine de France se donne le titre que nous connaissons actuellement : Grande Loge Féminine de France, au grand déplaisir des autres obédiences car le nom ne correspond pas à ce que nous sommes réellement, car le Rite d’Adoption est toujours là !

Nous adoptons notre vocabulaire actuel : l’A.G. s’appelle Convent, les déléguées sont devenues les Députées et le Conseil Supérieur est le Conseil Fédéral composé de Sœurs Grandes Conseillères, mais continuant à porter les mêmes jolis cordons brodés de roses…

En 1954 grâce aux recherches de notre S∴ Gisèle Faivre, nous adoptons notre robe et notre médaille.

Dans cette période instable, fragile, un épisode presque effacé de la mémoire collective de la GLFF aurait pu changer radicalement le destin de l’obédience.

Comme nous ne sommes pas une vraie grande Loge, des frères nous cherchent généreusement une variante possible et nous brancherait sur les États-Unis il s’agit de l’ordre de l’Eastern. Des frères de la Grande Loge de France apprennent l’existence d’une Maçonnerie d’adoption ou plutôt androgyne : l’ordre de l’Etoile d’Orient. Notre S∴ Gisèle Faivre obtient l’autorisation d’assister à une Tenue de cet Ordre. Cette Tenue a lieu à St Germain en Laye et ces américaines sont des femmes de couleur (maçonnerie parallèle à la maçonnerie réservée aux blancs) Nos deux S∴ sont éberluées par le Tapis de Loge qui recouvre tout le centre : l’Etoile de l’Ordre a 5 branches pointe en bas ! Quant au rituel il consiste en de longues tirades débitées en position statique. Enfin le symbolisme ne repose que sur des personnages féminins de l’Ancien Testament (Esther, Ruth…) en costumes avec accessoires. De maçonnerie, de bâtisseurs, d’outils il n’est nullement question.

Peu à peu le projet de l’ordre de l’Etoile d’Orient se délite, plus jamais en France, aucune Obédience ne reparlera de cet Ordre. Pourtant il existe en Allemagne et en Italie.

Mais revenons à la GLFF nouvellement créée et qui se cherche. Le Convent de 1957 vote le principe de révision des rituels des 3 degrés et nomme une commission des rituels composée de douze S∴

L’abandon du Rituel d’adoption au profit du REAA se fit en 1959, plus ou moins en douceur… La manœuvre semblait plus que nécessaire pour que l’Obédience se fasse reconnaître dans l’Univers Maçonnique.

A noter la singularité de la Loge Cosmos (toujours existante dans notre Obédience) :

Dans ce grand chantier de changement de rite, dix S∴ démissionnent de la GLFF et constituent le 9 octobre 1959, la Loge Cosmos à Clichy. Les plus anciennes étaient nées dans ce rituel totalement adopté qui représentait, en fait d’archaïsme, le symbole même de leur autonomie et de leur spécificité dans le combat qu’elles avaient mené pour la reconnaissance d’une maçonnerie féminine concomitante, sans confusion de genre. Travailler à un rituel masculin était un non sens pour elles.

Durant 18 ans Cosmos va mener la vie d’une Loge Indépendante avant de demander à rentrer au bercail en conservant son Rituel. Le 5 janvier 1977, elle est intégrée sous le n°76, où elle sera la seule à pratiquer le Rituel d’Adoption. Faisant office de mémoire vive.

Ce choix de changement de Rite a joué un rôle dans la reconnaissance de la GLFF au sein de l’Ordre maçonnique ainsi que dans son essor.

1967 : les portes s’ouvrent et le trésor, via les capitations, se renfloue. Les S∴ parisiennes prennent leur bâton de pèlerine et donnent la lumière en province : cinq LL. : sont créées en 1967, trois en 1968, cinq en 1969.

1972 : La GLFF se décide à passer en association Loi 1901 et créée les Hauts Grades.

D’autres rites entrent à la GLFF, c’est d’abord le Rite Français dont nous demandons la patente en 1973 au G.O.D.F. C’est la L. : Unité n° 44 qui est la première à pratiquer ce rite. Deux autres variantes suivirent mais il n’y aura qu’une patente avec 3 pratiques différentes : Le Rite Français Moderne, le Rite Français 1801 et le Rite Français Rétabli.

La GLFF installa en 1974 à Lyon, la Ière Loge au RER (d’essence christique et chevaleresque) sous le titre distinctif l’Arbre de Vie – devenue une L∴ indépendante depuis. Mais la patente en fut remise par le GODF à la GLFF en 1980 qui vit alors éclore la L. : Clé de Vie.

En 1977 la GLFF grâce à ses propres deniers et un prêt, s’installe dans un ancien Couvent de Bénédictines, les actuels locaux de la cité du Couvent à Paris.

Le choix des rites et la fibre féminine et féministe conjointes de femmes voulant se retrouver entre elles, a fait monter l’effectif de l’Obédience en flèche depuis 1973. En 1968 elle possède 16 LL∴ et double ce nombre en 1970 et se sont 200 Loges qui la composent en 1992. 24 ans plus tard. Nous passons de 3500 S∴ à 14.000 aujourd’hui !

La GLFF est présente dans 87 départements et dans les DOM TOM (Guadeloupe, Martinique, Nouvelle Calédonie et Tahiti). Mais également en Europe : Allemagne Luxembourg, Espagne, Hongrie, Pologne et Tchéquie. Également en Afrique (Bénin, Cameroun, Congo, Cote d’Ivoire, Gabon, Togo) à l’Ile de la Réunion et l’Ile Maurice, en Amérique du Nord et du Sud (Canada, Venezuela).

La GLFF a les doigts verts, et le nombre de roses qui ont poussé chez elle est florissant : la Rose écossaise, la Rose Saron, la Rose d’or, Rosa Maris, Rosa Stella…. Mais l’important ici c’est la Rose des Vents qui depuis 1978, est la loge d’accueil de dimension universelle qui initie les femmes de tous les pays et les suit jusqu’à ce qu’elles puissent cultiver un triangle (5 SS∴ dont 1 M∴) et faire éclore une L. : dans chaque nation au moins.

Essaimage : La GLFF a choisi un développement à échelle humaine et pratique le bouturage : des obédiences comme la Grande Loge Féminine de Belgique en 1981, de Suisse en 1985, du Portugal en 1997, de l’Espagne ….

Elle a participé également à la création de la Grande Loge Féminine de Turquie et a aidé des Loges à s’ouvrir en Italie.

Opérative, elle tient à développer en priorité la FM féminine en Europe et notamment en Europe de l’Est comme Budapest, Varsovie et Prague.

 Plus largement, création du CLIMAF en 1983 (Centre de Liaison Internationale de la Maçonnerie Féminine), qui regroupent ces obédiences internationales auxquelles ont adhéré les Obédiences d’Italie et d’Allemagne. Basé sur la liberté de conscience, le CLIMAF a été fondé afin de mener en commun une réflexion concernant la femme, son évolution et son devenir.

Alors que l’histoire des autres obédiences est traversée de scissions en tout genre pour délester les trop fortes divergences, le point fort et le point sensible de la GLFF est justement de revendiquer deux traditions : initiatique et humaniste. Ce qui ne va pas toujours sans tension interne, sans crises, sans fortes interrogations.

En guise de conclusion : La GLFF essaie de trouver le moyen terme, le centre de l’union dans une approche philosophique qui concilie le social et le symbolique. Elle se range au plus grand consensus qui préfère plutôt que le rayonnement s’opère à l’extérieur à titre individuel. L’idéal serait de lire Homère et les journaux quotidiens à la fois.

La GLFF aborde d’abord l’égalité des femmes en termes de liberté et d’identité de l’être. Donc, non loin de tout repli identitaire, les femmes, qui plus est les maçonnes appartiennent au genre humain.

L’égalité des sexes est nécessaire, la différence des sexes est précieuse et ne doit être ni oblitérée ni exacerbée.