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L’art des charpentiers japonais, l’expo à la Maison de la culture du Japon à Paris

Au cœur de l’architecture en bois traditionnelle, cette exposition présente une facette méconnue de la culture de l’archipel : le savoir-faire japonais dans le domaine de l’architecture traditionnelle en bois.

Réalisée en collaboration avec le Takenaka Carpentry Tools Museum, elle met en lumière trois dimensions spécifiques : les dômiya-daiku, charpentiers spécialisés dans la construction des temples et des sanctuaires ; les pavillons de thé et autres bâtiments de style sukiya, qui privilégient la fragilité à la robustesse et mettent en valeur les matériaux naturels ; et le kigumi, technique d’assemblage de pièces en bois sans clous ni vis.

L’architecture en bois dans l’archipel a émergé de l’étroite relation qui s’est nouée entre les Japonais et les forêts denses de leur territoire insulaire. Source principale de matériaux de construction, la nature a joué un rôle déterminant dans le patrimoine bâti du pays où subsistent encore des bâtiments en bois érigés il y a plus de mille ans. Cette culture du bois est le fil conducteur de cette exposition qui explore cet art traditionnel au travers de pièces de natures variées (outils, plans, répliques d’éléments architecturaux, estampes…) ainsi que de plusieurs vidéos.

L’exposition présente les différentes étapes du travail du daiku (charpentier) : sa sélection minutieuse des bois (cyprès, cèdre, pin rouge…) ; l’utilisation d’une multitude d’outils – pour mesurer, marquer, couper ou encore raboter – dont le rôle est bien sûr essentiel ; les rituels shintô effectués en costumes de cérémonie pour s’attirer les faveurs des divinités lors de la construction. La dimension spirituelle est aussi évoquée au travers de l’architecture religieuse (temples bouddhiques et sanctuaires shintô) et des dômiya-daiku, charpentiers spécialisés dans ce type de construction. Une autre facette de l’architecture traditionnelle est illustrée par une reconstitution grandeur nature du Sa-an, un célèbre pavillon de thé conçu en 1742, qui fait partie du complexe du temple Daitoku-ji à Kyoto. Cette structure est typique du style sukiya, né au XVIe siècle avec l’engouement pour la cérémonie du thé parmi l’aristocratie. Elle témoigne du savoir-faire des charpentiers japonais et de la beauté d’une architecture d’apparence rustique, mais à la conception étonnamment complexe. 

Enfin, l’exposition révèle au public la technique des kigumi. Ces assemblages de pièces de bois sans clous ni vis ont une multitude de formes, parfois très sophistiquées, qui répondent à des fonctions diverses et sont emblématiques de l’ingéniosité des charpentiers japonais.

Commissariat : Marcelo Nishiyama (Takenaka Carpentry Tools Museum)

Photographie en haut de page : Rabot à rainurer © Takenaka Carpentry Tools Museum

La Maison de la culture du Japon (MCJP), un espace dédié à la culture japonaise au cœur de Paris

Inaugurée en 1997, la Maison de la culture du Japon présente la culture japonaise, qu’elle soit traditionnelle ou contemporaine, à travers des expositions, concerts, spectacles vivants, séances de cinéma et conférences. Elle propose également de nombreux cours : cérémonie du thé, cal­li­gra­phie, ike­bana (art floral), origami, manga… Enfin, la MJCP dispose d’une bibliothèque à destination du grand public.

La Maison de la culture du Japon à Paris représente la Fondation du Japon en France et les manifestations qui s’y déroulent sont organisées en partenariat avec l’Association pour la Maison de la culture du Japon à Paris.

Infos pratiques :

Du mercredi 18 octobre 2023 au samedi 27 janvier 2024

Maison de la culture du Japon (MCJP) 101 bis quai Jacques Chirac 75015 Paris

Tél. 01 44 37 95 01/contact@mcjp.fr/Salle d’exposition (niveau 2)/Entrée libre

Mardi-samedi 11h-19h/Fermé les jours fériés et pendant les vacances de Noël/Dernière entrée à 18h30

Le catalogue L’art des charpentiers japonais – Au cœur de l’architecture en bois traditionnelle

Textes de Marcelo Nishiyama et Mark Mulligan, conception graphique Brice Tourneux, publié par les presses du réel avec la Maison de la culture du Japon à Paris (octobre 2023 pour l’édition française, 64 pages, 10 €. Mis en vente prévue à l’accueil au rez-de-chaussée (10 €). Fermeture de la caisse 1h avant la fermeture de la salle d’exposition

Des visites guidées gratuites de l’exposition sont proposées les jeudis 02, 09 et 16 novembre de 17h à 18h.

Très prochainement, 450.fm reviendra vers vous en vous offrant le diaporama de cette exceptionnelle exposition temporaire.

Sources : Maison de la culture du Japon ; Absolument Art

Islam et islamisme

Avocat en droit des affaires depuis plus d’une trentaine d’années, mais aussi homme de théâtre,  essayiste, chroniqueur TV et radio,

Philippe Liénard

Philippe Liénard, auteur et conférencier, a été initié au sein de la Grande Loge de Belgique. Il y occupa diverses fonctions maçonniques, dont celles d’orateur en 2002 et de vénérable maître en 2005. C’est aussi un frère au grand cœur car il est cofondateur d’une ONG au Vietnam afin d’aider les enfants abandonnés. Il est aussi l’un des fondateurs d’un Centre de la Laïcité et administrateur au sein de « La Pensée et les hommes », organe promoteur de la laïcité à Bruxelles.

Nous lui devons un certain nombre d’ouvrages comme Mais que font les francs-maçons en loge ?,  Regard sur la Franc-Maçonnerie et l’islam, dialogue impossible ? Histoire de la Franc-Maçonnerie belge ; une existence « influente » depuis trois siècles ? Quatre tomes sur Les Templiers,

Démocraties et pensée unique-D’hier à demain, L’Ordre du Serpent-Entre lumière et ténèbres, Mixité et Franc-Maçonnerie-Modernité, défi ou utopie coécrit avec Dominique Segalen, Les sociétés secrètes d’hier et d’aujourd’hui – Discrètes ou à secrets. Un livre-clé pour savoir et comprendre, L’Opus Dei dans le monde et en France, entre autres.

Franc-maçon de haut grade, l’auteur se penche aussi sur l’histoire ou l’actualité des mouvances de pensées et des structures parfois méconnues, pour donner à réfléchir, références à l’appui avec objectivité et profondeur, une passion à partager.

Ici, il nous livre, en dix chapitres, ses pensées et constats sur l’islam et l’islamisme.

D’ailleurs, il n’hésite pas à employer en sous-titre un libellé un tantinet provocateur avec « Toutes voiles dehors », métaphore d’origine maritime qui signifie « à pleine vitesse » ou « avec toute l’énergie possible », se référant à la situation où tous les voiles d’un navire sont déployées pour aller aussi vite que possible. Cependant, le terme « voile » fait aussi référence au vêtement porté par certaines femmes musulmanes pour couvrir leur tête ou leur corps, en fonction de diverses interprétations des injonctions coraniques et des traditions…

Certains pourraient, dans ce contexte lié à l’Islam le percevoir comme un jeu de mots intentionnel ou même comme une provocation. À dessein, il est justement employé par l’auteur. Une fatwa le guettera-t-il ? Il est vrai que des sociétés où le port du voile est un sujet de débat public, comme en France, l’utilisation de cette expression pourrait être mal interprétée. Mais Philippe Liénard a bien pesé ses mots, sans risque de malentendu ou d’offense.

Commençons par définir islam et islamisme. En effet, l’islam avec une minuscule est la religion des musulmans quant à l’Islam, avec une majuscule, il s’agit du monde musulman, de la civilisation musulmane désignant dans son ensemble, « un ensemble de traits matériels, culturels et sociaux durables et identifiables » et, au-delà de la religion proprement dite avec sa foi et son culte, une puissance politique et un mouvement de civilisation général.

Carte de la distribution mondiale des musulmans, exprimée en pourcentage dans chaque pays. Données du Pew Research 2014.

L’auteur s’attache à bien les différencier et surtout à replonger dans l’histoire (sagesses ancestrales, philosophie, textes sacrés, etc.)

Car il ne faut bien évidemment pas confondre islam et l’islamisme – le chapitre 6 s’intitule ‘’Histoire brève de l’islam et de l’islamisme –, deux termes qui renvoient à des concepts distincts, bien qu’ils soient parfois utilisés de manière interchangeable ou mal comprise dans les discours publics. Évitons donc généralisations et les confusions et opérons une distinction.

Arborescence des principaux courants de l’islam.

L’islam est une religion monothéiste fondée au VIIe siècle en Arabie par le prophète Muhammad dont les croyances fondamentales comprennent la foi en un Dieu unique (Allah en arabe), la reconnaissance de Muhammad comme son dernier prophète, et la foi en les textes sacrés, en particulier le Coran. Et ses pratiques que sont les cinq piliers incluant la déclaration de foi (shahada), la prière quotidienne (salat), l’aumône (zakat), le jeûne pendant le mois de Ramadan (sawm) et le pèlerinage à la Mecque (hajj), pour ceux qui en ont les moyens. Une religion pratiquée par plus d’un milliard de personnes dans le monde, avec une diversité de cultures, de traditions et d’interprétations.

Quant à l’islamisme, il est utilisé pour décrire une idéologie politique qui cherche à mettre en place une forme de gouvernement ou de système basé sur une interprétation stricte de la loi islamique (sharia), à ne pas confondre avec la foi ou la pratique religieuse en elle-même. Ce mouvement politique radical est une réponse plus récente à diverses situations politiques, économiques et sociales, souvent en opposition à la colonisation, à la modernisation ou à la sécularisation. Un terme

parfois controversé car utilisé de manière interchangeable avec d’autres termes tels que « fondamentalisme » ou « jihadisme ».

Dans les écrits de l’auteur, il précise qu’il est crucial de ne pas amalgamer tous les musulmans avec les islamistes. La grande majorité des musulmans dans le monde sont des pratiquants pacifiques de leur foi et ne soutiennent pas les idéologies islamistes extrémistes. Une distinction claire entre ces termes aide à promouvoir une compréhension nuancée et à éviter les stéréotypes.

Allāh.

Phillipe Liénard répond à moult interrogations sur l’évolution et l’actualité de l’islam et de l’islamisme en traitant des différents courants et des confréries (des confréries (salafisme, wahhabisme, Madkhalisme).

Cheikh Rabee’ al-Madkhali

Un mouvement qui sera, pour nombre de lecteurs, une varie découverte, le Madkhalisme étant une tendance au sein du salafisme, mouvement de l’islam sunnite, nommé d’après son fondateur, le cheikh Rabee’ al-Madkhali d’Arabie Saoudite – né autour des années 30, il est toujours en vie. Le Madkhalisme est souvent caractérisé par son approche ultra-conservatrice en matière de croyance et de pratique religieuse, ainsi que par sa position politiquement quiescente vis-à-vis des dirigeants au pouvoir.

Arabie Saoudite : drapeau national avec, sur fond vert (couleur de Muhammad), une épée blanche horizontale et au-dessus des lettres, la « chahada » proclamant « Je certifie qu’il n’y a de Dieu et je certifie que Muhammad est le dernier de ses messagers. » Pour cette raison, le drapeau ne peut jamais être mis en berne.

L’auteur traite aussi des conditions des femmes dans les sociétés mais aussi de celles des animaux ‘’domestiques’’, n’hésitant pas à faire un tour d’horizon social et sociétal (justice, police islamique, droit musulman, blasphème, caricature).

Un livre éclairant.

J’y apporterai toutefois un bémol concernant l’emploi de l’expression par Philippe Liénard ‘’islam des lumières’’. Personnellement, l’expression « islam des lumières » n’est pas un terme traditionnellement utilisé dans la littérature islamique historique, mais elle fait écho à l’idée des « Lumières » en Europe, une période durant laquelle la raison – pensée critique, logique, liberté de conscience –, la science, et le progrès intellectuel ont été mis en avant face à l’autorité religieuse et à la superstition et à l’obscurantisme. Je confirme et signe, pour moi, « islam des lumières » n’existe pas, même si historiquement, de nombreux penseurs et réformateurs musulmans ont cherché à réconcilier l’Islam avec les idéaux modernes de rationalité, de progrès, et de justice, avec de grandes figures comme Jamal ad-Din al-Afghani, Muhammad Abduh, ou Mahmoud Muhammad Taha qui ont cherché des voies pour moderniser la pensée islamique, bien que chacun ait eu sa propre vision et ses propres méthodes…

La Mecque en Arabie saoudite, est le lieu le plus sacré de l’islam.

Islam et islamismeÉvolution, actualité et questions-Toutes voiles dehors

Philippe Liénard Code9, 2023, 294 pages, 26,50 €

Illustrations : Wikimedia Commons

Francs-maçons célèbres… : Stendhal

Henri Beyle, plus connu sous le nom de plume de Stendhal, né le 23 janvier 1783 à Grenoble et mort d’apoplexie le 23 mars 1842 dans le 2e arrondissement de Paris est un écrivain français, connu en particulier pour ses romans Le Rouge et le Noir et La Chartreuse de Parme.

Stendhal aurait voulu consacrer sa vie à la rêverie, à la « chasse au bonheur », aux arts et à l’amour ; en vérité, il a eu une vie mouvementée. Après la mort d’une mère trop aimée, il souffre d’une enfance étouffante à Grenoble auprès d’un père qu’il méprise et d’un grand-père qu’il adore. Il trouve refuge dans la littérature avant de partir de Grenoble, en 1799, pour aller étudier à Paris. En réalité, il s’est découvert une vocation, et abandonne ses études : il veut être comic bard, il rêve d’écrire des comédies. Ses cousins le forcent à entrer au ministère de la Guerre. C’est ainsi qu’il est envoyé à Milan en mai 1800. Il découvre, émerveillé, en même temps la guerre, l’Italie, l’opéra, l’amour et le bonheur. Il ne cessera de retourner en Italie entre ses missions administratives. De tempérament timide et romanesque, souffrant de l’hypocrisie de la société de son temps, il invente pour lui-même une « méthode pratique du bonheur », le « beylisme ».

Perdant son emploi au moment de la chute de l’Empire, il se consacre à ses passions : l’Italie, la musique, la peinture. Il écrit un ouvrage dont on résume le titre en Vie de Haydn, Mozart et Métastase, puis il écrit Histoire de la peinture en Italie, dont il perd le premier manuscrit dans la Retraite de Russie, et Rome, Naples et Florence, journal de sensations plutôt que guide touristique. En 1819, son chagrin d’amour pour Matilde Dembowski lui fait écrire un traité, De l’amour, tentative d’analyse du sentiment amoureux, paru en 1822, dont à peine quarante exemplaires seront vendus. C’est à partir de 1827, à l’âge de quarante-quatre ans, qu’il se lance dans le roman, avec Armance, mal compris de ses contemporains ; puis c’est Le Rouge et le Noir, paru juste après la révolution de Juillet 1830, qui lui confère une certaine notoriété, dont il ne profite pas, ayant été nommé consul à Civitavecchia par le gouvernement de Juillet. Malgré l’ennui dans lequel le plongent ses nouvelles fonctions, Stendhal ne cesse d’écrire : il commence des autobiographies (Souvenirs d’égotisme, Vie de Henry Brulard) et des romans (Lucien Leuwen, Lamiel), qu’il n’achève pas. Lors de l’un de ses congés à Paris, il écrit La Chartreuse de Parme, qui suscite l’admiration d’Honoré de Balzac. Il meurt à Paris le 23 mars 1842, à la suite d’une crise d’apoplexie survenue en pleine rue quelques heures auparavant.

Ses romans de formation Le Rouge et le Noir(1830), La Chartreuse de Parme (1839) et Lucien Leuwen (inachevé) ont fait de lui, aux côtés de Balzac, Hugo, Flaubert ou Zola, un des grands représentants du roman français au xixe siècle. Dans ses romans, caractérisés par un style économe et resserré, Stendhal cherche « la vérité, l’âpre vérité » dans le domaine psychologique, et campe essentiellement des jeunes gens aux aspirations romantiques de vitalité, de force du sentiment et de rêve de gloire.

L’œuvre de Stendhal consiste aussi bien en des textes autobiographiques (Vie de Henry Brulard par exemple) que dans des romans qui comptent parmi les plus beaux dans la littérature française : Le Rouge et le Noir, Lucien Leuwen, La Chartreuse de Parme. Ce dernier roman fut salué à sa première publication par un éloge d’Honoré de Balzac, autre maître du roman réaliste dont Stendhal lui-même se déclara heureusement surpris. « Cet article étonnant, (…) je l’ai lu, (…) en éclatant de rire. Toutes les fois que j’arrivais à une louange un peu forte (…) je voyais la mine que feraient mes amis en le lisant.»

Le Rouge et le Noir

La Chartreuse de Parme

La dédicace de son roman : To the Happy Few.

Lucien Leuwen

Stendhal Franc-maçon

Le 3 août 1806, il fut reçu dans la loge Sainte-Catherine à l’orient de Paris et travailla régulièrement au Rite Écossais jusqu’en 1815.

Les secrets symboliques de la Chartreuse de Parme, (roman qui, selon Proust, était le plus beau du monde). Pierre Alain Bergher a publié en 2010 « Un livre passionnant sur un aspect étrangement méconnu de Stendhal » selon Philippe Sollers.

Un livre dans lequel l’auteur révèle le secret caché dans La Chartreuse de Parme sous la forme de vingt-deux cartes à figures symboliques, les arcanes du Tarot.

« Stendhal fut le premier à traiter ouvertement du symbolisme des vingt-deux arcanes, thème développé au XIXe siècle par un autre auteur franc-maçon, Eliphas Lévi, dont l’œuvre passée par l’Angleterre inspira l’œuvre d’un éminent franc-maçon américain, Albert Pike, auteur contemporain de Mark Twain ».

De Michel Arrous :

Grâce à une clef cachée dans Huckleberry Finn et par la porte dérobée que seuls empruntent les francs-maçons, le lecteur découvrira un Stendhal dont il ne savait quasiment rien, à moins qu’il ne se rappelle que, le 3 août 1806, par opportunisme, Henri Beyle fut reçu «apprenti» dans la loge Sainte-Catherine, de rite écossais, dont il fut membre jusqu’en 1815. Peut-être eut-il aussi une activité maçonnique à Milan. Dans les années quatre-vingts, Dieter Diefenbach s’était employé dans quelques articles à préciser le rôle de la franc-maçonnerie dans la vie et l’œuvre de Stendhal, articles regroupés en 1991 sous le titre Stendhal und die Freimaurerei. Le volume était nourri d’hypothèses trop souvent gratuites, voire inutiles, de considérations numérologiques et arithmosophiques arbitraires qu’illustrera un seul exemple, l’interprétation maçonnique du pseudonyme Stendhal à l’aide d’un système cryptographique incohérent.

De Stendhal mystique et mystificateur, et parfois mystérieux, P.A.Bergher, illuminé par les révélations de D. Diefenbach, est passé hardiment à Stendhal initié dans la symbolique du tarot. Il a donc voulu déchiffrer plus avant le symbolisme maçonnique de La Chartreuse, sans apporter la moindre preuve, mais non sans se justifier, «puisque la folie de voir des signes partout vaut bien celle de n’en voir nulle part». La seule caution de Ph. Sollers, qui a accueilli dans sa collection «un livre passionnant sur un aspect étrangement méconnu de Stendhal», suffira-t-elle à convaincre le lecteur d’avoir désormais à sa disposition la clef des mystères du roman? Sont convoqués, non sans abus et dans le désordre, Mallarmé, au nom du mystère dans les lettres, Mark Twain, parce qu’il fut franc-maçon comme Stendhal et que la structure des Aventures d’Huckleberry Finn serait semblable à celle de La Chartreuse de Parme, et, à des titres divers, Stevenson, Goethe, Gautier, Dumas, Court de Gébelin (déjà requis en 1989 par Michaël Nerlich dans son analyse mythologisante), Eliphas Lévi, André Breton, les Bourbons, et même Pie XII!

La stèle du Jardin de ville ornée d’un médaillon en bronze par Auguste Rodin – © Photo Martin Stahl, 2013, VdG, BMG, Musée Stendhal

Le registre des tarots est passé en revue, de l’arcane I à l’arcane XXII que l’auteur s’acharne à retrouver dans les chapitres I à XXII du roman, le tout agrémenté d’étonnantes digressions, telle cette lecture selon la «Kabbale phonétique» du diminutif Chékina, la soubrette de la Sanseverina, ou celles non moins étonnantes de l’épigraphe empruntée à L’Arioste et qui serait un calembour, et de la dédicace To the happy few, venue de Shakespeare ou de Goldsmith, mais aussi, paraît-il, employée dans les milieux maçonniques anglais et destinée aux initiés. Débusquer le mystère dans les nombres, à défaut de le saisir dans les lettres, n’est certes pas une mince affaire, mais la tâche serait-elle si ardue qu’elle confine au délire interprétatif? Force est de conclure que dans sa lecture, P. A. Bergher a été victime d’un hasard pas très objectif.

Deux piliers gardent le temple du roi Salomon

De notre confrère freemasonscommunity.life – Par William Régal

Le monde énigmatique de la franc-maçonnerie est imprégné de symboles et d’allégories, avec d’innombrables niveaux de signification qui attendent d’être découverts par ses membres. Parmi les nombreux symboles qui ont captivé l’esprit des francs-maçons à travers l’histoire, les deux piliers gardant le temple du roi Salomon occupent une position unique et intrigante.

Mais qu’en est-il de ces structures colossales qui ont réussi à captiver l’imagination collective des maçons pendant des siècles ? Pourquoi occupent-ils une place si importante dans les enseignements et rituels maçonniques ?

Nous embarquerons dans un voyage pour percer les mystères entourant les deux piliers de Boaz et Jachin, en nous plongeant dans leurs origines historiques, leur lien avec l’énigmatique architecte Hiram Abiff et les innombrables interprétations de leur signification symbolique dans le monde fascinant de la franc-maçonnerie.

Préparez-vous à être éclairé alors que nous explorons les profondeurs cachées de ce symbole maçonnique captivant et révélons les profondes idées qu’il a à offrir.

Deux piliers gardant le temple du roi Salomon

Les piliers de Boaz et Jakin

Au cœur de l’histoire du Temple du roi Salomon, les deux imposants piliers de Boaz et Jakin occupent une place importante dans le symbolisme maçonnique. Selon la Bible, ces piliers majestueux étaient en cuivre, en laiton ou en bronze et se dressaient bien en évidence sur le porche du temple de Salomon à Jérusalem. Fabriqués avec un savoir-faire exceptionnel, les piliers représentaient non seulement une merveille architecturale, mais portaient également une profonde signification spirituelle.

La Bible attribue la construction de ces piliers à un artisan nommé Hiram, figure incontournable de l’enseignement maçonnique. Cet Hiram n’est autre que Hiram Abiff, l’architecte vénéré du Temple du roi Salomon. L’érudit romano-juif Josèphe a révélé que le pilier de Boaz se trouvait à gauche à l’entrée du temple, tandis que Jakin se tenait à droite.

Boaz et Jakin n’étaient pas des piliers ordinaires, car leurs dimensions étaient vraiment impressionnantes. La Bible les décrit comme ayant près de six pieds d’épaisseur et près de 27 pieds de hauteur. Malheureusement, ces magnifiques piliers n’ont pas survécu à la destruction du premier temple, et aucun document n’indique qu’ils aient été remplacés lors de la construction du deuxième temple.

Les noms des piliers, Boaz et Jakin, ont également une signification symbolique . Boaz se traduit par « en lui est la force », tandis que Jakin signifie « il établira ». Pris ensemble, ces noms rappellent que Dieu établirait le temple et le culte de son nom avec force. Grâce au travail d’Hiram Abiff, les piliers de Boaz et Jakin sont devenus le symbole de la force et de la stabilité des promesses de Dieu et ont mis en valeur le savoir-faire remarquable de cette figure maçonnique centrale.

Hiram Abiff et la construction du temple du roi Salomon

L’histoire du Temple du roi Salomon serait incomplète sans la mention de son premier architecte, Hiram Abiff. Hiram Abiff est présenté dans la Bible comme un bronzier qualifié amené de Tyr au roi Salomon. Il était le fils d’une veuve de la tribu de Nephtali, et son père était un homme de Tyr (1 Rois 7 : 13-15). Hiram Abiff était doté d’une sagesse, d’une compréhension et d’une compétence exceptionnelle dans le travail du bronze, ce qui faisait de lui un atout inestimable dans la construction du temple.

L’histoire tragique du meurtre d’Hiram Abiff est une composante essentielle des enseignements maçonniques. Il a été brutalement assassiné dans le temple qu’il avait conçu par trois voyous qui cherchaient à extraire les mots de passe secrets des maîtres maçons. La fidélité inébranlable d’Hiram et sa détermination à protéger les secrets de son métier ont conduit à sa disparition, mais ses actions ont laissé un impact durable sur la franc-maçonnerie.

Les thèmes de l’allégorie hiramique, dérivés de l’histoire d’Hiram Abiff, soulignent l’importance de la fidélité et la certitude de la mort.

Le savoir-faire d’Hiram Abiff est évident dans les deux piliers, Boaz et Jakin qu’il a construits pour le temple du roi Salomon. La Bible fournit une description détaillée de ces piliers, y compris leurs dimensions, les motifs complexes de leurs chapiteaux et les lys qui ornaient leurs sommets (1 Rois 7 : 15-22). La nature complexe et complexe de ces piliers témoigne du talent et des compétences d’Hiram Abiff en tant qu’architecte et artisan.

À travers l’histoire d’Hiram Abiff et la construction du Temple du roi Salomon, la franc-maçonnerie tire des leçons vitales sur la loyauté, le dévouement et l’inévitabilité de la mort. Les piliers de Boaz et Jachin, qui constituent le couronnement des réalisations d’Hiram Abiff, sont des symboles durables de ces enseignements et du savoir-faire exceptionnel qu’il a apporté à la construction du temple.

Temple du roi Salomon

Importance des noms des piliers et de leur représentation

Les noms des piliers, Boaz et Jakin, ont une signification profonde et revêtent une importance vitale pour comprendre leur représentation dans les enseignements maçonniques. Comme mentionné, Boaz signifie « en lui est la force », tandis que Jakin signifie « il établira ». Considérés ensemble, ces noms symbolisent l’idée que Dieu établirait le temple et l’adoration de son nom avec force.

Il souligne également l’importance des piliers dans la représentation de la force et de la stabilité des promesses de Dieu, rappelant ainsi le savoir-faire exceptionnel d’Hiram Abiff. Les piliers ne sont pas seulement un témoignage du talent d’Hiram, mais ont également une profonde signification spirituelle et symbolique au sein de la franc-maçonnerie.

Les francs-maçons voient les piliers de Boaz et Jakin comme des représentations de paires d’opposés, souvent associées à la philosophie orientale. Cela suggère que ce concept enseigne aux maçons à équilibrer les forces opposées de leur propre nature en alignant leurs pensées, leurs sentiments et leurs actions sur le grand plan. Les piliers représentent également la dichotomie entre la lumière et l’obscurité ou la vie et la mort, suggérant que la mort est parfois nécessaire pour supprimer quelque chose de vieux et qui empêche d’ouvrir la voie à du nouveau et à l’épanouissement.

Les différentes interprétations du symbolisme des piliers démontrent leur importance multiforme dans les enseignements maçonniques. Bien que leur signification exacte puisse différer selon les maçons, le thème central des piliers en tant que représentations des dualités et témoignage du savoir-faire d’Hiram Abiff reste constant. En fin de compte, les piliers de Boaz et Jakin servent de symboles durables dans la franc-maçonnerie, rappelant avec force les valeurs et les leçons dérivées de l’histoire du Temple du roi Salomon et de son premier architecte, Hiram Abiff.

Les piliers de la franc-maçonnerie

L’importance des piliers au sein de la franc-maçonnerie

Les piliers de Boaz et Jakin occupent une place prépondérante dans le symbolisme et les enseignements maçonniques. Ils rappellent aux francs-maçons le rôle crucial joué par Hiram Abiff dans la construction du temple du roi Salomon. Les piliers incarnent également des significations symboliques qui transcendent leur signification historique et architecturale.

Les piliers sont souvent considérés comme symbolisant la dichotomie entre la lumière et l’obscurité ou la vie et la mort. Cette compréhension met l’accent sur l’idée que la mort peut parfois être nécessaire pour supprimer quelque chose d’ancien et d’encombrant, permettant ainsi l’émergence de quelque chose de nouveau et de prospère.

Comme le décrit le frère HL Haywood de l’importance des piliers comme d’un « silence de crainte » qui entoure l’âme lorsqu’elle monte vers la chambre haute de l’esprit. Cette perspective met l’accent sur le sentiment d’émerveillement et de mystère que les piliers inspirent au sein de la franc-maçonnerie.

Le symbolisme des piliers de la franc-maçonnerie transcende leur grandeur architecturale, incarnant des idées philosophiques complexes et des leçons spirituelles. Bien que leur signification puisse varier selon les maçons, les piliers de Boaz et Jakin servent systématiquement de puissants rappels du rôle central d’Hiram Abiff dans la construction du Temple du roi Salomon et des valeurs durables de la tradition maçonnique.

Interprétations des piliers de la franc-maçonnerie

Bien que la signification exacte des piliers puisse différer selon les maçons, leur rôle central dans la transmission de l’histoire d’Hiram Abiff et de la construction du Temple du roi Salomon reste constant.

  1. Paires d’opposés : Une interprétation importante de la franc-maçonnerie, comme mentionné, est que les piliers représentent les paires d’opposés, un concept enraciné dans la philosophie orientale. Cette idée encourage les maçons à équilibrer les forces opposées au sein de leur propre nature en alignant leurs pensées, leurs sentiments et leurs actions sur un objectif plus élevé.
  2. Lumière et Ténèbres, Vie et Mort : Les piliers symbolisent la dichotomie de la lumière et de l’obscurité, ou de la vie et de la mort. Cette compréhension met en évidence l’idée que la mort peut parfois être nécessaire pour supprimer quelque chose d’ancien et d’encombrant, permettant ainsi l’émergence de quelque chose de nouveau et de prospère.
  3. L’unité des valeurs maçonniques : Le frère Robert Palazzo propose une autre interprétation, affirmant que les piliers représentent l’unité de deux principes maçonniques essentiels : Jakin qui caractérise l’Unité résultant de l’être, et Boaz, qui caractérise l’Unité résultant de l’amour. Selon Palazzo, cette double unité constitue la clé de l’évolution spirituelle.
  4. Crainte et émerveillement : C’est la description que fait frère HL Haywood de l’importance des piliers comme d’un « silence de crainte » qui entoure l’âme lorsqu’elle monte vers la chambre haute de l’esprit. Cette perspective met l’accent sur le sentiment d’émerveillement et de mystère que les piliers inspirent au sein de la franc-maçonnerie.

200 mots rares & savoureux pour briller

Diplômée en sciences politiques, Marion Navenant travaille dans les ressources humaines dans de grandes entreprises avant d’entamer un virage à 180 degrés pour réaliser l’un de ses plus grands rêves : écrire pour les autres. Elle devient correctrice et rédactrice et part à la conquête de LinkedIn, où elle publie des chroniques suivies par une communauté de plus en plus nombreuse.

Avant, mais c’était avant, nous disions qu’il fallait briller dans les dîners en ville… Maintenant, l’auteur nous donne la solution pour briller dans des réunions de famille, au bureau, au restaurant, chez le médecin, devant ses enfants ou son chat, mais aussi briller en vacances, en voiture, entre amis, sur les réseaux sociaux – les facebookeurs feraient bien de (re)lire ce qu’en disent les psys –, lors de rendez-vous amoureux ou encore à la maison.

Reconnaissons-le, Marion Navenant n’aborde pas le comment savoir briller en loge et ne trouve point de mots pour cela… Quoiqu’elle donne une belle définition du terme admonester – page 80 au chapitre « Briller devant ses enfants – qui, en franc-maçonnerie, est une des mesures pouvant être prononcées par les instances disciplinaires avec, par ordre de gravité croissante l’admonestation fraternelle, premier niveau d’une sanction, si le non-lieu n’est pas prononcé (admonestation fraternelle, blâme, exclusion temporaire pour un maximum de trois ans ou définitive de la loge).

Dans son avant-propos, elle nous fait savoir qu’il s’agit « un peu moins d’un dictionnaire car il fait le choix de limiter le nombre de mots à 200 », mais « plus qu’un simple recueil » et surtout présente « sa sélection comme purement arbitraire et répondant à son seul plaisir » en nous invitant « à poser un regard nouveau sur le vocabulaire ». L’auteure rappelle aussi « qu’avoir la passion du mot n’est pas réservée à une élite » et nous invite à briller nous aussi.

Mais pour briller en société, le choix des mots à utiliser dépend en grande partie du contexte et du public. D’où cette division en douze chapitres. Cependant, si de tels mots existent, encore faut-il les utiliser correctement et savoir, dans le but d’impressionner son auditoire, engager la conversation de manière positive, efficace, pertinente et naturelle.

Bandeau LinkedIn de l’auteure.

Nous apprécions tout particulièrement la présentation de chaque mot. Marion Navenant commence par une description étymologique faisant référence à l’explication de l’origine d’un mot, de son histoire et de son évolution au fil du temps. Traitant aussi de la manière dont un mot a été introduit dans une langue, des changements de forme ou de sens qu’il a subis au cours des siècles, et parfois des cultures ou des langues qui ont influencé sa formation. Puis de l’étymologie, nous passons à un descriptif ou à des exemples.

Nous découvrons ainsi des mots rares, oubliés et donc précieux. L’utilisation d’un tel vocabulaire présente plusieurs avantages, au-delà du fait de briller, il est pour nous à la fois un enrichissement mais aussi un éveil de la curiosité. Il fera de celui qui l’emploie un préservateur de notre belle langue de Molière. Ces mots oubliés ou rares offrent un aperçu des époques révolues, de la manière dont les gens pensaient et exprimaient certaines idées à des moments spécifiques de l’histoire. Une façon d’être toujours connecté avec le passé.

Admonestation – Source Megadico.com.

Puisque nous l’avons cité précédemment, prenons l’exemple du terme de jurisprudence admonester dont on se servait lorsqu’un particulier avait commis une faute qui ne méritait pas une grande punition, le juge faisant quelque remontrance à huis clos, avec défense de récidiver. De ce terme apparu au XIIe siècle, Marion Navenant en donne l’étymologie puis quelques cas de figure.

Nous ne pouvons résister au plaisir de vous citer quelques termes : Abstème : désigne toutes les personnes qui ne boivent pas d’alcool ; Agélaste : désigne toutes les personnes qui n’ont aucun humour ; Aglet : petits embouts à l’extrémité des lacets ; Ailurophile : passionné des chats ; Algarade : dispute vive et violente ; Enchifrener : avoir le nez bouché par un rhume ; Glabelle : zone entre les sourcils ; Pandiculer : action d’étendre les bras et les jambes de tout son long et de bâiller en même temps ; Quérulent : Se dit d’une personne qui manifeste une tendance à chercher querelle, revendiquer, contester, se plaindre, voire à demander réparation pour une injustice souvent imaginaire ; Zoïle : désigne une personne qui critique avec méchanceté et malveillance car elle est en réalité jalouse et envieuse.

Nous avons aussi apprécié, le chapitre « Briller sur les réseaux sociaux » que nous pourrions conseiller à ceux qui ne vivent que dans l’instantanéité. Alors, réseaux sociaux, tous égo ? Les adeptes du ‘’m’as-tu-vu’’ (prétentieux, ostentatoire), à la lecture dudit chapitre pourrait sans doute basculer dans l’être – c’est-à-dire dans le penser – et ne plus être dans le paraître…

200 mots rares & savoureux pour briller

Au Bureau avec ses amis sur les réseaux sociaux ou devant son chat.

Marion Navenant – De Boeck Supérieur, 2023, 208 pages, 14,90 €

« Sentiment océanique » par Jean Dumonteil

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Le sentiment océanique c’est la perception intime de la plénitude, de l’infini auquel nous sommes liés. «  sensation de l’éternel, simplement sans bornes perceptibles et comme océanique «  ( Romain Rolland).

Nous sommes tous des illettrés spirituels, appelés à vivre une démarche poétique et créatrice qui nous ouvre fraternellement à l’infini océanique, dans une redécouverte du silence et de la parole, de la Tradition comme source et fleuve de Vie.

La spiritualité est d’abord une pratique qui commence par l’écoute, la tolérance et l’empathie de l’AUTRE considéré comme frère dans une relation sacrée, expérience de la fraternité.

Jean Dumonteil est éditeur et essayiste. Il promeut à travers ses écrits une pratique spirituelle fondée sur la fraternité active et la longue Tradition initiatique occidentale.

La christianisation des francs-maçonneries britanniques (4/4)

Partie 4. L’arrivée de la Post-Vérité en 1877-8 : « ….de nouveaux cieux et une nouvelle terre… on ne se souviendra plus des premiers ».

Durant les terribles années 1939-45, de nombreux ecclésiastiques et maçons étaient unis dans leurs idéaux, parfois dans leur martyre.

Revenir simplement à un statu quo hostile leur paraissait impossible, immoral.

C’est bien de cette époque que l’on peut dater cet effort sincère des deux côtés pour dresser le bilan des causes d’incompréhension, et, sans précipiter les choses, du moins pour étudier en commun une difficulté commune.

(Alec Mellor, Nos frères séparés, les francs-maçons.)

Cette série en quatre parties considère :

(i) la séparation des francs-maçonneries britanniques du Grand Orient de France (GOdF) ; et

(ii) maintenir la fraternité avec la Grande Loge prussienne des Trois Globes. Les deux décisions ont un impact sur la relation des francs-maçonneries avec la religion, toutes deux, à leurs différentes manières, peuvent être comprises comme des batailles pour l’âme (« essence », Carnarvon) de la franc-maçonnerie.

Cependant, les francs-maçonneries et les religions sont « déchirées par des schismes » – un échec à s’entendre sur des principes fondamentaux.

Partie 1. L’infidélité française : une nouvelle alliance . Suite à l’examen de la décision du Grand Orient de France (GOdF) de supprimer l’obligation pour les initiés de ;

(je crois en Dieu; ou (ii) croire en l’immortalité de l’âme ; Le Pro Grand Maître Carnarvon considérait cela comme contraire aux principes sur lesquels reposaient la civilisation et la franc-maçonnerie.

Un comité a été formé « pour enquêter sur les faits de l’affaire et faire rapport avec des recommandations ».

Si cela ne suffisait pas pour une nuit, elle a été suivie par « La question allemande ».   

Partie 2. La fidélité allemande : Car si la trompette donne un son incertain, qui se préparera au combat ?

Les affirmations du comte de Limerick et du grand registraire McIntyre selon lesquelles, avant l’Union en 1813, les francs-maçonneries anglaises étaient exclusivement chrétiennes, furent contestées par le révérend Smith PGChaplain, mais sans effet.

Était présent à la réunion RF Gould, qui devint le plus grand historien de la franc-maçonnerie anglaise ; sûrement, il savait le contraire mais restait silencieux.

Il a été décidé que les juridictions exclusivement chrétiennes n’ont pas besoin de reconnaître la franc-maçonnerie des non-chrétiens, même si elles se trouvent dans des juridictions reconnues. Un son incertain’ ?

Partie 3. Perdition française : « … car quelle communion y a-t-il entre la justice et l’injustice » ? (Ou, car quelle communion la justice a-t-elle avec l’autosatisfaction ?)

La Constitution révisée du GOdF a été considérée comme irrégulière et les relations fraternelles ont pris fin. Ses nouveaux membres n’étaient plus considérés comme de « vrais ou authentiques maçons » ; de faux maçons, comme les Trois Globes semblent avoir considéré les maçons non chrétiens. Comment différencier la justice de l’autosatisfaction ?  

Partie 4. L’arrivée de Post Truth en 1877-8 : «…. de nouveaux cieux et une nouvelle terre… on ne se souviendra pas des premiers ».

MAAT – L’ANCIEN CONCEPT ÉGYPTIEN DE VÉRITÉ, DE JUSTICE ET D’ORDRE COSMIQUES – WIKIMEDIA.

Partie 4. L’arrivée de Post Truth en 1877-8 :

« … de nouveaux cieux et une nouvelle terre… on ne se souviendra pas des premiers ».

La méthodologie scientifique n’offre pas « la vérité ». Il propose plutôt des descriptions théoriques de l’univers mesurable (de manière romantique, les cieux et la terre) en tant que processus déterminés ou aléatoires et, lorsqu’ils sont conjoints, probables.

Ceux-ci constituent une base de prévision et de contrôle. C’est-à-dire, la méthodologie scientifique apporte de l’utilité.

Ce n’est pas tant que ces descriptions et prédictions soient réfutées ; elles sont plutôt remplacées par celles offrant une plus grande utilité.

Des théories telles que l’héliocentrique, l’évolution, la relativité, le quantique et d’autres nous ont donné de nouveaux cieux et une nouvelle terre, une nouvelle alliance entre Sapiens et la nature. 

La théorie héliocentrique a remplacé l’idée selon laquelle la Terre était au centre de l’univers : « on ne se souviendra pas de la première » (Post Truth ?) 

ILLUSTRATION D’ANDREAS CELLARIUS DU SYSTÈME COPERNICIEN, TIRÉE DE HARMONIA MACROCOSMICA
IMAGE LIÉE : WIKIMEDIA ATTRIBUTION 4.0 INTERNATIONAL (CC BY 4.0)

Cette série a examiné les déclarations, telles qu’enregistrées dans les procédures officielles, faites par des francs-maçons en haute autorité ; également, des défis concernant l’exactitude et/ou la pertinence de ces déclarations (Vérité ?)

Les voix dissidentes n’eurent aucun effet ; étrangement, certains présents sont restés silencieux même s’ils disposaient de preuves qui auraient mis en doute certaines des affirmations avancées (Post Truth ?)   

La discussion des questions françaises et allemandes a conduit à une recherche de principes maçonniques pour fournir une base commune à leur résolution.

On n’en trouvait pas. Les discussions manquaient de consensus. Pourtant, le vote a été « unanime » pour exclure les francs-maçonneries non religieuses et « adopté » pour soutenir les francs-maçonneries exclusivement chrétiennes.

En 1877, on affirmait que la civilisation et la franc-maçonnerie reposaient sur la doctrine de l’immortalité de l’âme ; croyance dans laquelle, essentiellement, était (est ?) exigée de ceux qui souhaitent devenir francs-maçons britanniques : cela reste à confirmer et/ou à appliquer.

Les questions françaises et allemandes ont été débattues en principe et tranchées avec pragmatisme. Le seul point commun était que les maçons du christianisme devaient bénéficier des deux décisions.

Sans surprise, c’est une grande honte d’être accusé d’avoir créé des théories du complot ; tels sont considérés comme des sons de trompette jetant l’incertitude et le doute sur les fictions reçues . 

« Une société passe de la brutalité à l’ordre. La barbarie est l’âge des faits, et donc l’âge de l’ordre est nécessairement l’âge des fictions – car il n’existe pas de pouvoir qui serait capable de fonder l’ordre du corps par la seule force corporelle. Pour cela, des forces fictionnelles sont nécessaires.

– Paul Valéry, poète français, 1871-1945.

Les fictions peuvent être, et sont, remises en question. Des batailles sont menées pour imposer, maintenir ou modifier un ordre pour lequel des fictions révisées/alternatives sont nécessaires.

Depuis l’Union en 1813, il y a eu une tentative durable, initialement menée par les divins docteurs Robert Thomas Crucefix et George Oliver , de faire de la franc-maçonnerie une prérogative exclusivement chrétienne.

Avec la mort de Sussex en 1843 et la distraction des suivants, Whig, Grands Maîtres, Zetland et Ripon , la mission de christianiser la franc-maçonnerie britannique prit de l’ampleur.

DR GEORGES OLIVER
IMAGE LIÉE : WIKIMEDIA ATTRIBUTION 4.0 INTERNATIONAL (CC BY 4.0)

En 1845, le Rite Trinitaire Ancien et Accepté forme son Conseil Suprême. Le Conseil Suprême d’Irlande affirmait « avoir assimilé le Rite de Misraïm pour le supprimer et non pour le pratiquer ». (J. Mandelberg, Anciens et Acceptés p.10).

Crucefix et Oliver ont activement promu les diplômes chrétiens supérieurs en Angleterre. La politique consistant à utiliser la presse maçonnique et les diplômes supérieurs pour christianiser le métier en Angleterre a continué à être poursuivie en Angleterre après la mort de Crucefix et d’Oliver par d’autres personnalités telles que le révérend Robert Wentworth Little, le premier rédacteur en chef du Freemason.

– Andrew Prescott, La franc -maçonnerie, un corps sans âme ? 2003.   Franc-maçonnerie philosophique britannique (freemasons-freemasonry.com)

En rejoignant les ordres chrétiens/trinitaires, les maçons christianisaient leur franc-maçonnerie.

À partir de 1877, les échelons supérieurs de la franc-maçonnerie britannique étaient presque entièrement occupés par les membres des ordres chrétiens et trinitaires.

À l’exception des membres des communautés religieuses non chrétiennes, les dirigeants ont procédé à la christianisation de la franc-maçonnerie de tous et ont supposé que c’était le cas. 

En 2006, à Holland-on Sea, chapitre n° 6639, Andrew Prescott a donné une conférence intitulée « Pourquoi étudier l’Arche royale » ? Il dit de manière incisive : « Vous pouvez dire quel genre de maçon un homme est à ses côtés. »

L’histoire n’a pas traité avec bienveillance les pharisiens du premier siècle ; être comparé à des « sépulcres blanchis » n’était guère un compliment.

Aujourd’hui, un tel langage serait inacceptable dans les cercles gentlemen. « Pharisaïque » évoque « l’autosatisfaction » – faire ce qui est juste à ses propres yeux – à l’exclusion des alternatives.

Mais en quoi consiste la justice vis-à-vis de l’injustice exigeant la rupture de la fraternité.

La philosophie « Amour fraternel, soulagement et vérité » est excellente.

« L’amour fraternel » peut être compris comme le respect ;

le « secours » comme charité ;

et la « vérité » comme intégrité.

Les gens ne recherchent pas la « vérité philosophique » ; ils préfèrent plutôt une zone de confort de certitude basée sur une fiction réconfortante .

Le doute engendre l’incertitude et l’inconfort ; Pourtant, qu’y a-t-il d’autre pour les francs-maçons (ou pour n’importe qui d’autre) dans cet âge de l’après-vérité ?

La polarité de « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi » (Matt 12v20, KJV) pourrait ne pas être utile. 

La « connaissance de soi » pourrait consister à apprendre à ne pas croire tout ce qu’on nous dit ou ce qu’on lit, mais essentiellement à ne pas non plus y croire.

Il s’agit d’apprendre à se sentir à l’aise avec le doute rationnel (ni doute sceptique ni cynique) et à gérer l’incertitude – l’agnosticisme – le fait de ne pas savoir.

« Être » est au-delà de toute croyance. L’agnosticisme rejette la polarité consistant à prendre des côtés antagonistes où les différends ne sont pas résolus philosophiquement mais plutôt imposés par le pouvoir d’une fiction.

Et si cela échoue, par la force : le pouvoir est la force dans un gant de velours.

En 1984, avec l’introduction du « Projet Openness » , les francs-maçonneries britanniques ont rejoint le 20 e siècle.

Maintenant, avec le 11 septembre – 2001 ; le krach financier – 2008 ; la 4 ème révolution industrielle – 2016 ; et Pandémie – 2019, le 21 e siècle est ici et maintenant.

Il n’y a pas de temps pour somnambuler jusqu’en 2084, les juridictions maçonniques n’ont pas d’âmes immortelles. 

INFINI – IMAGE DE  Gordon Johnson  DE  Pixabay 

Dans cet âge de l’après-vérité – le milieu dans lequel les francs-maçonneries contemporaines vivent, évoluent et existent – ​​il n’y a ni vérité ni mensonge.

Il est temps d’accepter les agnostiques dans les francs-maçonneries ; « ne pas savoir », étant un principe qui unit tous.

Pas seulement l’agnosticisme concernant la divinité et l’immortalité de l’âme, mais en toutes choses.

Nous devons nous libérer du passé dans une nouvelle Alliance, un nouveau ciel et une nouvelle terre, le « je ne sais pas » étant la vérité ultime.

Planifions nos vies comme si nous avions l’immortalité et vivons chaque jour comme si c’était le dernier !chapitre précédent← 

ARTICLE DE : Gérald Reilly

Gerald Reilly a été initié en 1995 au Prieuré Lodge 2063 de St Osyth, Essex. Angleterre (UGLE). 

Il a été membre fondateur d’Allthingsmasonic de Josh Heller, et avec Josh a co-écrit « Le Temple qui ne dort jamais » (Cornerstone Books, 2006), il s’engage dans le développement de la franc-maçonnerie électronique.

Récipiendaire du prix Norman B Spencer, 2016.

Le Coq et la Franc-maçonnerie

En Franc-maçonnerie comme dans d’autres traditions initiatiques, les récits nous racontent que s’il est un jour dont l’initié se souvient, c’est le jour de son pas(-)sage ; le jour de ce moment où son « intime » a rencontré son « extime » ; où le Chemin qu’il allait emprunté s’est ouvert devant lui en prenant (ses) sens. Et si on lui demande son « jour d’avant » il répondra peut-être « le jour où j’ai entendu l’Appel » ou bien « au chant du Coq, à l’aube de ma nuit ».

Pour ce premier article ici, j’ai voulu commencer par le commencement visible et sensible du Chemin Initiatique en partageant avec vous ma perception du coq devenu symbole : le Coq.

En franc-maçonnerie, que de l’œuf ou du coq pousse le premier cri ?
Le coq : « un-et-l’en-vert » – Acrylique et encres sur papier – 30 x 30 cm – 2019 – Stefan von Nemau

Si on le trouve à l’intérieur de nos Cabinets de Réflexion(s),il est aussi parfois servi avec du vin durant nos agapes ; moment de partage d’une fraternité incarnée, moment sacré où la Parole se distille autrement.

Et comme on ne vient jamais de nulle-part, le Coq fût aussi mon comme(-)en(-)semant, intuition fertile d’un Second Surveillant au regard ouvert sur La Voie, sur l’Humanité. Comme aurait dit Socrate à Criton avant de boire la ciguë  : « Criton, nous devons un coq à Asclépios, tu le lui offriras ! ».

« Ici tout est Symbole » nous prévient l’adage. Alors partons à la rencontre de l’énigme du Coq au « royaume de l’Antremonde », cet « entre-cœur » des mondes sensible et intelligible.

Le coq : un tisseur de liens

Le premier coq que j’ai rencontré se nommait Polnareff. C’était un magnifique coq de basse-cour que mon grand-père élevait avec plaisir. Il l’avait nommé ainsi à cause d’un magnifique toupet de plumes multicolores qui ornait sa tête. Elle était grosse comme une balle de tennis emmanchée sur un cou de poulet. Ce coq était fier… je le trouvais un peu ridicule certes, mais à chacun l’expression de son panache !

Il chantait le matin et régnait sur son poulailler. Il faisait son travail de coq. Il maintenait un équilibre entre les poules. Souvent les poules lui picoraient les plumes qu’il avait sur la tête et mon grand-père le soignait à grandes onctions de « mercure au chrome ». Aujourd’hui, je pourrais y voir quelque manifestation du Grand-Œuvre, le rouge recouvrant les couleurs de son « toupet » mais je retiens surtout que je le trouvais drôle et que les poules ne se battaient pas quand il était là. Son « orgueil » quelque peu outrancié me faisait rire.

Mon grand-père m’avait expliqué que s’il chantait tôt le matin c’était parce que l’horloge biologique interne du coq était si sensible aux variations du cycle jour/ nuit qu’il en avait comme l’intuition et que si je me levais assez tôt je pourrais observer qu’il commence à chanter quelques instants avant l’aube. Son chant diurne était sa façon de montrer aux poules qu’il était là.

Il m’expliquait aussi que parfois, chanter dans l’obscurité éloigne très souvent la peur et les prédateurs.

Par son chant tissant ce lien, ce coq faisait mon initiation d’enfant.

Ainsi, le coq serait un faiseur de lien dans la vie incarnée. Mais cet oiseau au pouvoir psychopompe, représenté dans nos Cabinets de Réflexion(s), serait-il aussi un lien entre les mondes intelligible et sensible ? De quoi serait-il le symbole ? Qu’est-ce que son chant et ses couleurs ont à nous dire ?

Mais aussi, pourquoi chante-t’il ainsi annonçant les premières lueurs de l’aube puisque nous nous réunissons de midi à minuit lorsque le jour semble déjà levé ?

Consens à la brisure, c’est là
Que germera ton trop plein
De crève-cœur, que passera,
Un jour, hors de l’attente, la brise
François Cheng

Consentir à la brisure, c’est accepter l’appel du creux en répondant à l’appel du Coq messager du Logos…

Consentons donc et entrons dans les voi(x)(es) que nous connaissons en répondant à l’appel de l’aube, marchons ensemble à la rencontre du Coq. Voyageons au travers de l’Instant… écoutons ce murmure les yeux « grand fermés »… rappelons-nous… nous sommes à la porte du Temple… c’était il y a longtemps pour certains, hier pour d’autres… mais vous et moi savons que le temps, ici, est autrement… nous avons frappé à la porte du Temple… Charon vient nous ouvrir…

L'appel de la Lumière
L’appel de la Lumière – Photographie argentique – 2015 – Stefan von Nemau

Il nous amène dans un lieu exigu, sombre, éclairé par la flamme vacillante d’une bougie… les gonds grincent sous le poids de la lourde porte qui se referme. Un courant d’air fait chanceler la lumière de ce monde qui s’ouvre… nos yeux s’habituent à la pénombre… ils scrutent… observent….

A la lumière de la bougie apparaissent dans un désordre apparent : un crâne, des mots et des phrases, les précieux éléments alchimiques, le pain… le regard s’arrête sur l’invitation au voyage « V.I.T.R.I.O.L »… dans notre esprit le désordre devient chaos, nos émotions submergent notre pensée :

« Mais… Tiens ?… un coq !… pourquoi un coq ?… je m’étais documenté sur pas mal de choses, mais un coq… sans doute un lien avec la devise Liberté Égalité Fraternité que je viens d’entendre résonner à travers les murs… »

Soudain tout s’accélère ! Enlever ses métaux, écrire son testament philosophique, la corde, la manche, le pantalon, le crâne…

« Mais… pourquoi ce coq?.. il doit y avoir une autre raison… je manque de recul pour avoir une autre vision, je manque de temps… j’aurais dû mieux me documenter, car s’il est là ce coq, à hauteur de crâne, au même titre que le mercure, le soufre, le sel, l’eau… c’est qu’il doit vouloir dire autre chose… »

La pantoufle, le bandeau sur les yeux, la nuit tombe, nous nous éloignons du coq vers l’aube de ce jour nouveau… crainte teinté d’espérances…

On frappe fermement à la porte… le temps se déchire d’un coup… la porte s’entrebâille… et cet homme de noir vêtu, portant une canne nous demande : « Monsieur… êtes-vous prêt ? »

Pour seule réponse : « oui »… et puis un bandeau sur les yeux… ne reste que le son pour se rassurer… le « son souvenir » d’un appel d’un autre temps qui s’éloigne dans le bruit des pas qui résonnent… lâcher prise… nous ne maîtrisons plus rien… ça y est… nous sommes passés au cœur de l’Antremonde… entre l’intelligible et le sensible… « Memento mori ! » & « Sic transit gloria mundi ! »…

Inventaire dans les prés verts des mondes imbriqués

Les hasards objectifs
Série « les hasards objectifs » – Photographie – 2014 – Stefan von Nemau

Dans les traditions du monde on retrouve diverses interprétations symboliques du coq. Lorsque l’on regarde vers le Levant, la tradition japonaise raconte que le chant du coq fit sortir Amaterasu, déesse du soleil, de la caverne où elle se cachait. Selon certains, les Torii des temples shintoïstes seraient des perchoirs destinés aux coqs sacrés élevés dans les temples.

En Chine, il est possesseur des cinq vertus : les vertus civiles lui sont conférées par le port de la crête et son aspect mandarinal ; avec ses ergots, ce i sont les vertus militaires qui sont exaltées ; en raison de son comportement au combat, il incarne le courage ; comme il partage sa nourriture avec les poules. il exprime la bonté ; enfin, il est digne de la confiance grâce à la sûreté avec laquelle il annonce le lever du jour.

Au Vietnam, une patte de coq bouillie, image du microcosme, sert de support de divination.

Cependant les bouddhistes tibétains voient dans le coq un symbole néfaste de désir, de colère et d’attachement.

Géographiquement plus proche de nous et de nos traditions, les grecs l’associaient aux dieux solaires et aux déesses lunaires. Accompagnés du serpent, ils appartenaient aussi à Asclépios (ou Esculape pour les romains) dieu guérisseur incarnant probablement la vie intérieure et psychique car il envoyait les songes.

Pythagore disait de lui qu’il ne fallait pas immoler le coq mais le nourrir car il est consacré au Soleil et à la Lune.

Dans l’Ancien Testament (Job 36-39), il est l’intelligence venue de Di·eu car «  Di·eu a mis dans l’Ibis sacré la sagesse de YH·WH et dans le coq son intelligence, l’un prédira les crues du Nil tandis que l’autre annoncera l’arrivée du jour ».

Dans le nouveau testament, il est un symbole christique annonciateur de Lumière et de Résurrection. En effet, selon l’évangile de Jean (chapitre 13 versets 36-38) Jésus répond à Simon Pierre qui déclare qu’il se dessaisira de sa vie pour le sauver : « Te dessaisir de ta vie? Par trois fois tu m’auras renié avant qu’un coq ne se mette à chanter ». Pierre renie Jésus trois fois, le coq chante. Pour Jésus, ce sera la fin de la clandestinité. Il est traduit devant Pilate. Il sera crucifié, révèlera le Christ en lui et apparaîtra ainsi transmuté à Pierre… ainsi la trahison vient de la nuit… elle aussi…

En terre d’Islam le coq est vénéré. Symbole de prescience, le chant du coq blanc indique la présence de l’Ange. Il est l’ennemi de l’ennemi de Di·eu et il appelle à la prière.

Dans les traditions nordiques, le coq perché au sommet d’Yggdrasil, frêne cosmique à l’origine de la Vie, est un symbole de vigilance guerrière sensé prévenir les dieux de l’arrivée des Géants, leurs éternels ennemis. Le coq apparaît à son faîte protecteur et gardien de la Vie.

En France, si Marianne est préférée comme symbole des divers lieux de notre représentation nationale, le coq gaulois reste l’emblème incontournable de la France aux yeux du monde lors des événements sportifs. L’association de la Gaule et du coq serait née d’un jeu de mot venu du latin « gallus » signifiant à la fois « gaulois » et « coq ». Après avoir été quelque peu oublié par l’histoire, il retrouve son prestige politique en 1830 par l’ordonnance du 30 juillet stipulant qu’il devait orner les boutons des habits de la garde nationale et surmonter les drapeaux. Il siège, depuis la 3ème République, les ailes déployées sur la grille du parc de l’Élysée à Paris.

De l’œuf ou du coq, d’où provient le premier cri ? Au « laboureur du ciel la réponse », au Coq l’appel au Travail.

Le coq est-il pour autant responsable du lever du jour ? A cette question je peux affirmer que personne ne sait vraiment ce qu’il adviendrait de nos journées si tous les coqs du monde se taisaient un beau matin. Ceci étant invérifiable, peut-on pour autant penser que c’est grâce à son cri que la terre tourne ?

La ligne K - Roman graphique (extrait) - Stefan von Nemau
La ligne K – Roman graphique (extrait) – Stefan von Nemau

Sur la voie du réveil ce n’est pas toujours Chronos qui sonne le premier ! Ce que notre Chemin nous apprend c’est qu’il nous faut un passeur entre les mondes pour nous appeler, de l’un à l’autre, au Travail. Il vient nous chercher sur le parvis pour entrer dans ce lieu qui sera consacré pour un Temps (aiôn) défini par nos rituels. Il nous amène sur les colonnes, face à l’Orient et nous apporte, accompagné du Vénérable Maître, la Lumière Initiale.

Cette « lux-prima » permet d’allumer les trois Étoiles provoquant la mise en mouvement céleste de notre Temple lors de nos tenues. De cette mise en giration de nos étoiles naîtra peut-être un autre Temps (kaïros) du feu de ce creuset. Ce « passeur de mondes » serait-il ainsi le messager de la Salamandre ?

« Trois la dirigent, cinq l’éclairent et sept la rendent juste et parfaite. »

Ainsi il est dit d’une Loge : « trois la dirigent, cinq l’éclairent et sept la rendent juste et parfaite. ». On peut constater, lors de la cérémonie d’installation du Collège des Officiers au Rite Ecossais Ancien et Accepté, que le « passeur de mondes » ne fait pas partie de ce septénaire… pourtant… son rôle semble primordial.

Méditation sur les Loges bleues – Encres et aquarelle sur papier – 30 x 40 cm – 2019 – Stefan von Nemau

Peut-être qu’une des explications possibles serait la suivante : comme le coq voyage entre la nuit et le jour, le « passeur de mondes » voyage entre le monde sacré et le monde profane et de ce fait il doit pouvoir se mouvoir entre ces deux mondes et ne doit donc surtout pas être ancré dans un seul.

Il existe certainement d’autres explications plus historiques mais je préfère vous renvoyer vers d’autres sources plus érudites en cette matière.

Aussi posons-nous cette question : si le Coq, comme le « passeur de mondes », ne portent que la manifestation de ce cri qui déchire la nuit, quel en est l’élan originel ? La « pulsion de vie » est-elle une poussée ou un appel ?

Des couleurs irisées des plumes du Coq, reflets des lumières de l’aube, à l’instant d’avant : un seul pas à la fois.

Il existe une différence de nature dans la transmission des couleurs de la Lumière. Les plumes du coq révèlent leurs couleurs en renvoyant la lumière qu’elles n’absorbent pas. Alors que La Lumière transmet les couleurs qu’elle contient. C’est ce que montre le travail de l’alchimiste au cœur de son  labor(-)atoire.

Ainsi, n’est-ce pas cela aussi tailler sa Pierre ? N’est-ce pas la rendre unique afin qu’elle trouve sa juste place dans ce Temple que nous érigeons ? Une juste place, unique, dépendante du Tout et dont le Tout dépend… n’est-ce pas cela aussi cet « Un » dont nous parlons (presque) tous ? Cette construction individuelle au cœur d’une œuvre commune ?

Si le Coq, revêtant sa majuscule, brille et chante ainsi c’est qu’il est révélé à lui-même par la Lumière qui l’éclaire, à l’aube dorée du jour nouveau, rougie du nouvel élan de vie (le jour), par delà la mort (la nuit); car c’est la nuit que la Vie se rêve et le jour qu’elle se construit… sinon… nous serions nyctalopes !

« Ainsi tu auras toute la Gloire du monde et toute l’obscurité s’enfuira de toi » nous raconte l’alchimiste

Le Coq devient une Pierre subtile, vibrante et sonnante ; unifiant en les séparant nos deux mondes. Le vitrail de la rosace marque le seuil céleste de nos cathédrales. Il incarne la membrane séparant l’accompli de l’inaccompli, la Lumière de l’amas(-)tiers. Elle matérialise le pas(-)sage en vibration de cette in(-)conscience devenant Un(-)conscience.

Quelques clefs de lecture
Le coq : « un-et-l’en-vert » – Quelques clefs pour aller plus loin…

Sur le Chemin Initiatique qui mène des parvis du « terne(-)aire » à l’Arche du « trans(-)sept », si la porte de l’humain est faite de matières denses et opaques, la porte de la Lumière est faite de transparences colorées par les reflets du minerai travaillé en son sein.

Cet Œuvre transmute l’unité de la Lumière reçue en arc-en-ciel révélant le Subtil perceptible par l’Épais qui compose son armature.

Ce spectre ondulatoire aux sept couleurs, aux sept notes de musique révélés par sept métaux venus des sept planètes de l’univers alchimique serpente d’un « uni-vers » à l’autre… Ô « serpent de jade »…

La transmission de la Lumière immatérielle devient une des réponses possibles au pourquoi de son incarnation. Le Coq et le « passeur de mondes » sont bien les messagers d’Hermès.

Et tu sauras que les hommes ont les maux qu’ils ont eux-mêmes choisis
Pythagore

Ainsi nous éclaire Pythagore dans ses Vers d’or… peut-être est-ce à chacun de quitter sa nuit en se mettant à l’Œuvre, au chant du Coq. En nous donnant le « là/la », il nous indique que le jour est venu de nous accorder afin d’accomplir ce que la nuit nous a murmuré en songes.

Avec la force de sa fragilité apparente, la Coquille, prête pour son Voyage, nous propose de transmuter le son, qu’il soit de blé ou sonore, en Logos puis le Logos en Lumière.

 Nul ne peut atteindre l’aube sans passer par le chemin de la nuit
Khalil Gibran

Et si, aveuglé par la lumière du doute, le chemin veut que nous nous perdions au cœur de cette nuit, le « là/la » émis par le Coq est présence harmonique afin d’accorder nos pas vers l’inaccessible Étoile dans ce Voyage, au cœur de « l’amas(-)tiers » vers l’aube en voie d’éternel accomplissement.

Les doutes du franc-maçon

De notre confrère expartibus.it – Par Rosmunda Cristiano

Même un vieux franc-maçon peut avoir des doutes. Même s’il a gravi toute la pyramide. Même s’il occupe le siège le plus élevé. N’oublions pas qu’un franc-maçon reste un homme, un homme du doute.

A ceux qui me demandent si j’ai déjà eu des doutes sur les choix maçonniques opérés, je réponds oui. Heureusement.

Sans aucun doute, je n’aurais pas été franc-maçon à part entière. Je n’aurais pas été moi-même.

Dante lui-même a écrit :

Au milieu du voyage de notre vie,
je me suis retrouvé dans une forêt sombre
parce que le chemin droit était perdu.
Dante – Divine Comédie – Je chante l’Enfer.

Lui aussi est assailli par le doute. Mais qui ne l’est pas ? Surtout à un certain moment de sa vie, surtout si l’on a entrepris un parcours initiatique aussi complexe que celui maçonnique.

Être franc-maçon est peut-être une bonne et juste chose, mais cela signifie prendre conscience, au fur et à mesure de votre parcours initiatique, que vous traverserez des étapes fondamentales de votre évolution humaine.

On pourrait contester cette affirmation, car même simplement vivre n’est pas si simple.

Mais les états d’esprit du franc-maçon sont différents, intenses, et laissent certainement toujours une marque profonde en lui, on passe par les ténèbres de l’esprit, où tout semble confus et enveloppé de ténèbres, il est difficile de comprendre ce qui se passe à l’intérieur de soi.

Croire
Croire, confiance, statue

La seule certitude que nous avons est celle de continuer à « marcher », à travailler sur nous-mêmes ; de cette façon on arrive à la correction de l’erreur, il y a prise de conscience.

L’obscurité devient moins sombre. Vous commencez à vous orienter dans la pénombre, presque comme si vos yeux s’étaient habitués à cette très faible lumière. Nous ne sommes pas seulement guidés par la lumière, mais aussi par l’amour.

A travers toutes ces expériences, le franc-maçon se rapproche toujours plus de la lumière, de la vérité.

Le chemin introspectif ne pourrait pas avoir lieu s’il n’y avait pas, ne serait-ce que pour un temps, la direction d’un autre franc-maçon, d’un Maître plus précisément, qui serait alors remplacé par la direction lumineuse de l’Amour, qui seule peut conduire à la vision de ‘Absolu.

Le franc-maçon, au cours de son existence terrestre, n’est qu’un pèlerin : un homme qui doit entreprendre des voyages idéaux et ésotériques, en suivant les chemins de la Connaissance, acquérant ainsi cette expérience vécue et subie qui n’est autre que la Vie.

Durant son voyage, il sera seul, fort de ses propres expériences, mais toujours accompagné par la direction d’un Maître, prêt à lui tendre la main, à lui donner un peu de lumière, derrière lui, dans l’ombre, à faire son voix ressentie, présence, même avec un simple mot ou un regard.

D’un autre côté, si vous ne voyagez pas seul, vous ne pourrez pas exprimer vos sentiments, car ils pourraient se confondre avec ceux des autres.

Les expériences sont toujours personnelles, isolées du monde extérieur, car même si nous sommes confus dans les multitudes, chacun de nous vit la sienne dans le secret de son propre ego et pourra difficilement les transmettre aux autres, à travers la parole.

Chaque individu mûrit en lui-même et apprend du monde extérieur pour grandir et mûrir.

«Connais-toi toi-même» était le précepte des temps anciens et le reste aujourd’hui et le restera dans le futur.

À ce stade, des doutes pouvaient s’installer chez le franc-maçon pèlerin : avais-je raison de m’engager dans cette voie ? Suis-je prêt à affronter ce changement profond ? En serai-je capable ?

Les intrépides continueront le voyage en traversant une route étroite et imperméable, mais qui les amènera à voir la Lumière comme une faible lueur.

Cette lueur de Lumière nous donnera confiance et nous rechargera, nous permettant de continuer à marcher avec moins d’angoisse ; calmer l’âme et la rendre moins tourmentée.

De cette manière, nous acquerrons une plus grande conscience et sécurité : nous commencerons à profiter de toute l’expérience acquise pour matérialiser l’espoir d’un avenir meilleur.

Ayant atteint ce point du « chemin », nous aurions dû comprendre qu’avoir des doutes signifie que nous sommes vivants, conscients et prêts à les dissiper pour atteindre la Liberté.

La sagesse acquise au cours de toute cette longue errance nous permet d’avoir une conscience qui nous permet de bien comprendre l’importance des Doutes. Le doute est la liberté.

Le vénérable frère Pierre Lucet, nouveau Grand Maître de L’Alliance

Le 2 septembre dernier nous titrions

« 21-22/10/23 : Lille accueille le congrès de L’Alliance, 5e obédience maçonnique ». Avec, en avant-première, notre présentation des quatre candidats à la grande maîtrise.

Avec un fonctionnement des plus démocratique, les frères ont voté.

Ce dimanche 22 octobre, Pierre Lucet est élu Grand Maître de la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française, dite L’Alliance, 5e obédience en France.

Voici ce que nous écrions de lui dans notre article du 2 septembre :

« Né en 1959, Pierre Lucet est chef de projets en retraite ayant exercé dans le secteur des systèmes d’informations. Il a été initié en 1989 et bénéficie d’une très longue expérience – depuis plus de dix ans déjà – au sein de la Maison du Rite Français, ayant exercé les fonctions suivantes : Grand Inspecteur, Premier Expert, Député Assistant Grand Maître puis Assistant Grand Maître. Pour L’Alliance, il est en charge des salons maçonniques, une belle façon de rayonner à travers la France entière. Depuis 2017, il est membre du Conseil de la Grande Loge. »

En attendant le communiqué de presse officiel de L’Alliance, nous vous informons que le vénérable frère Pierre Lucet 0a été élu au second tour, totalisant 54,6 % des suffrages, Gérard Bossu capitalisant 45,4 %.

À noter que sur les 685 respectables loges que compte la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française, 422 étaient représentées. Les mille frères repartirent avec « la joie dans les cœurs ».

Nous souhaitons bonne chance dans ses nouvelles fonctions à notre vénérable frère Pierre Lucet.

Les Maisons des Rites de L’Alliance.