Le D.N.R.F.-G.D.D.G., kesako ? Le « Directoire National Rectifié de France-Grand Directoire des Gaules » (D.N.R.F.-G.D.D.G.), constitué à Lyon le 15 décembre 2012, est l’héritier du Grand Directoire des Gaules, fondé à l’initiative de Camille Savoire (1869-1951) sous les auspices du Grand Prieuré Indépendant d’Helvétie en mars 1935, Grand Directoire des Gaules qui a été réveillé.
Le Directoire National Rectifié de France-Grand Directoire des Gaules, souhaite revenir et conserver en fidélité, les fondements initiatiques du Régime Écossais Rectifié selon la conception willermozienne, et dans le respect de ce que voulut Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824) pour l’Ordre, en se rattachant à l’essence de la Réforme de Lyon engagée au Convent des Gaules (1778), entérinée au Convent de Wilhelmsbad (1782). Le D.N.R.F.-G.D.D.G. est présent sur l’ancienne île Bourbon.
Île de La Réunion, vue aérienne
L’art royal dans l’océan indien*
D’après les Archives départementales de La Réunion « L’histoire de la franc-maçonnerie dans les Mascareignes commença avec Eléonore Perrier de Salvert, enseigne des vaisseaux du roi, qui fonda à Saint-Denis le 13 février 1777 la loge de la Parfaite Harmonie. Il avait reçu patente du Grand Orient de France datée du 23 janvier 1776 pour « régulariser et même constituer des loges dans la partie des Indes »… »
Armoiries de La Réunion. La devise latine signifie : “Je fleurirai partout où je serai plantée“. la Bannière de la Préfecture du Directoire s’en inspire.
Ça, c’est l‘histoire d’avant. Désormais, elle se conjugue aussi avec une belle présence du Régime Écossais Rectifié sous l’autorité du D.N.R.F.-G.D.D.G. à La Réunion.
En effet, depuis janvier 2022, son responsable Philippe Jegot, qui fête en 2023 ses 40 ans de maçonnerie rectifiée, anime depuis deux ans déjà la structure complète du régime, à savoir une Préfecture, une Commanderie, et une juste et parfaite loge de saint Jean très active.
Blason de loge La Foi et les Œuvres N° 17
Elle porte un nom évocateur : La Foi et les Œuvres* N° 17 à l’Orient de Saint Paul de la Réunion.
Philippe Jegot
Philippe Jegot confie à 450.fm que « Malgré la distance, j’ai pu grâce à des Frères de grande qualité sur place, d’accueillir un grand nombre de jeunes Frères qui viennent partager les vertus du Christianisme Primitif que nous transmettons dans nos travaux. La dynamique de nos Frères réunionnais qui nous ont rejoints va nous permettre d’ouvrir une deuxième loge en 2024. Elle portera le titre d’« Alliance Saint Jacques » et permettra à un plus grand nombre de profanes et de Frères de nous rejoindre ».
Croix de Chevalier bienfaisant de la Cité sainte (CBCS).
Alors, le sens du mot « réunion » pourrait avoir été purement symbolique… Certes pour débaptiser cette dénomination trop attachée à l’Ancien Régime d’île Bourbon. En vérité, la Convention nationale décide, le 19 mars 1793, de donner à cette dépendance le nom de La Réunion. Un nom qui ne peut qu’inspirer notre idéal maçonnique !
* NDLR : L’île de La Réunion a fort heureusement, comme de nombreux territoires à travers le monde, une histoire maçonnique. D’un point de vue purement historique la franc-maçonnerie est présente à La Réunion depuis le XVIIIe siècle. Les premières loges maçonniques ont été établies dans les années 1760, à peu près au même moment où la franc-maçonnerie se propageait dans d’autres colonies françaises.
Blason de la Commanderie.
Elle a, comme dans de nombreux endroits sur la surface de la Terre, joué un rôle dans la société, notamment en matière d’éducation, de culture et parfois de politique. La franc-maçonnerie réunionnaise, servant elle-aussi à la fois de lieu de réflexion philosophique, spirituelle et de réseau de solidarité, est liée à celle de la métropole à travers ses obédiences et ses traditions. Cependant, les loges de La Réunion ont également leurs particularités locales en raison de la culture unique et diversifiée de l’île.
**Nous ne pouvons que vous recommander la lecture de Dans l’intérêt des frères. Nouvelle maçonnique (Dervy, Coll. Renaissance Traditionnelle, 2000, rééd. 2012) de Rudyard Kipling (1865-1936), prix Nobel de littérature (1907), où il nous entretient de la loge Faith and Works 5837, E.C. (La Foi et les Œuvres n° 5837, Constitutions anglaises).
Un ouvrage disponible chez DETRAD.
Sources : Wikimedia Commons, Archives départementales de La Réunion, D.N.R.F.-G.D.D.G.
Le titre de « catéchisme maçonnique » peut laisser perplexe ; c’est pourtant celui qui est communément employé pour désigner ce qu’on appelle aussi « Instruction », un échange de questions-réponses inclus dans tous les rituels. Parfois intégré à la Tenue, comme dans le Rite Français traditionnel, il doit, dans tous les cas, être appris par cœur, en tout ou partie, pour tout changement de grade. On constate d’ailleurs que les variations d’un rituel à l’autre ne sont pas substantielles et l’essentiel des références demeure. Voici quelques exemples de ces catéchismes :
« – Qu’est-ce qu’un Maçon ? – C’est un homme libre, également ami du pauvre et du riche, s’ils sont vertueux. » (Rite Français traditionnel) ;
« – Comment faut-il être pour se rendre digne d’être Maçon ? – Juste, droit, né libre, être majeur, d’un jugement sain et de bonnes mœurs. » (Rite Émulation) ;
« – Que venez-vous faire en Loge ? – Vaincre mes passions, soumettre ma volonté (à mes devoirs) et faire de nouveaux progrès en maçonnerie. » (Rite Écossais Ancien et Accepté).
En fait la méthode du catéchisme, en tant que procédé d’enseignement par échange de brèves questions-réponses qui en appellent à la mémoire, avait été instaurée par Calvin en 1541 dans son fameux Formulaire (Formulaire d’instruire les enfants en la Chrétienté). Les catholiques reprennent l’idée en 1555 avec le Catechismus minor de Pierre Canisius, tandis qu’en 1566 le Pape Pie V donne un statut au genre en accompagnant d’un motu proprio la parution du Catéchisme romain.
C’est néanmoins la fameuse Bibliothèque Bleue de Troyes qui donnera sa popularité à cette forme dialoguée.
Robert Mandrou nous en explique la création dans son ouvrage De la culture populaire aux XVIIe et XVIIIe siècles, (Paris, 1975) : « C’est dans les premières années du XVIIe siècle qu’un certain Nicolas Oudot a l’idée d’utiliser des caractères fatigués et des bois défraîchis pour éditer aux moindres frais des contes, quelques romans médiévaux déjà récrits au cours du XVIe siècle et un certain nombre de vies de saints ; les textes sont repris, simplifiés pour ainsi dire, par des ouvriers typographes, et publiés sans nom d’auteur ni d’autre indication que le titre et le nom de l’éditeur. La formule ainsi définie réussit assez bien pour qu’à sa mort, en 1636, l’opération se soit déjà étendue à une centaine de titres. » Le nom de Bibliothèque Bleue lui viendra de la couverture bon marché des livres, un carton souple de couleur bleu foncé. L’idée sera, bien entendu, copiée par d’autres éditeurs du XVIIIe siècle et on la retrouve aujourd’hui actualisée dans Le livre de poche et autres collections de même type…
Or, parmi les ouvrages de cette collection, il en est un dont le succès ne s’est pas démenti durant plus d’un siècle, c’est L’enfant sage à trois ans, contenant les demandes que lui fit l’empereur Adrien et les réponses de l’enfant. Il s’agissait d’un texte du début du XVIe siècle qui empruntait au catéchisme de Calvin le mode d’expression par demandes et réponses. Il est clair qu’autant l’empereur que l’enfant sont des personnages fictifs, le prestige du premier servant de faire-valoir au second, un enfant n’ayant pas « l’âge de raison » et dont, pourtant, les réponses, très doctes, ne peuvent qu’émerveiller le lecteur. Voici le début de leur dialogue.
« D. L’Empereur. Comment est fait le Ciel ?
R. L’Enfant. S’il eût été fait par main d’homme, il seroit déjà tombé, et s’il eût été né, il seroit mort depuis long-temps.
D. Qu’est-ce que Dieu fit premièrement ?
R. Lumière et clarté en tout temps.
D. Comment peut-on entendre que la Trinité soit en un seul Dieu régnant en trois personnes ?
R. Par le soleil auquel tu trouveras touts choses, c’est à savoir substance, splendeur et chaleur, qui sont inséparables ; car l’une ne peut être sans l’autre. » Etc.[1]
Or on retrouve ce même procédé dans les Old Charges britanniques du XVIIe et du début du XVIIIe siècles. Mais l’intention en est sensiblement différente : il ne s’agit plus d’un simple procédé mnémotechnique de connaissances, mais s’y ajoute un but de reconnaissance, de « tuilage », qui permet de vérifier si celui qui est questionné est réellement franc-maçon.
Cette façon de procéder avait des antécédents, non seulement dans les cultes à mystères, en particulier chez les pythagoriciens qui masquaient leurs secrets sous des sentences anodines, mais jusque dans le récit biblique où est évoqué le mot de passe des Galaadites que leurs ennemis, les Ephraïmites, ne savaient pas prononcer, ce qui permettait de les démasquer (Jg 12, 5-6).
Cela étant, ni une formule énigmatique ni un simple mot de reconnaissance ne recouvrent la variété des questions et la longueur des réponses d’un catéchisme. En fait, il était lié à l’« Art de la Mémoire » préconisé par William Schaw (1550-1602) dès le début des Statuts qu’il fit adopter à la Saint-Jean d’hiver de 1598 afin de doter la maçonnerie opérative du royaume d’Écosse de règles communes. Or cet « art » – entendons par là un savoir-faire, une aptitude que chaque Homme porte en soi et qu’il peut développer et optimiser par le travail –, fut développé par de nombreux auteurs de la Renaissance, en particulier par Giordano Bruno[2].
Les premiers catéchismes maçonniques apparaissent à la fin du XVIIe siècle avec la naissance de la Maçonnerie spéculative. L’un des plus anciens est le Manuscrit d’Édimbourg daté de 1696. Sa provenance écossaise renforce indéniablement la thèse actuelle qui situe en Écosse la source de la maçonnerie spéculative[3]. On y retrouve le schéma qui est toujours le nôtre, mais avec certaines étrangetés.
Par exemple :
« – Qu’est-ce qui rend la loge juste et parfaite ?
Sept maîtres, cinq apprentis, à une journée de marche de la ville, pour que l’on ne puisse entendre ni l’aboi d’un chien ni le chant du coq.
Moins de maçons ne rendent la loge juste et parfaite ?
Cinq maçons et trois apprentis reçus.
Rien d’autre ?
Plus on est et plus il y a de la joie, moins on est meilleure est la chère. […]
Si dans le Manuscrit d’Édimbourg l’existence du grade de Maître n’est pas certaine, elle l’est en revanche dans le manuscrit « Sloane 3329 » daté de quatre ans plus tard, 1700, qui décrit en outre les mots et les signes des Francs-maçons et éclaire certaines énigmes du manuscrit précédent :
« – Qu’est-ce qu’une loge juste et parfaite, ou juste et légitime ?
Une loge juste et parfaite, c’est deux apprentis entrés, deux compagnons et deux maîtres, plus ou moins. Plus on est, plus on rit. Moins on est, meilleure est la chère. En cas de nécessité, cinq suffiront : deux apprentis, deux compagnons et un maître. Tous réunis sur la plus haute colline ou la vallée la plus profonde dans le monde, là où l’on n’entend ni le coq chanter ni le chien aboyer. […]
En quoi est faite la clef de la porte de la loge ?
Ni de bois, ni de pierre, ni de fer, ni d’acier, ni d’aucun autre métal. C’est la langue de bonne renommée qui peut parler devant un frère aussi bien que dans son dos. […]
Combien y a-t-il de lumières dans la loge ?
Trois : le soleil, la lune et l’équerre. »
Dans ce même manuscrit, très riche, on trouve aussi quelques indications précieuses comme « la poignée de main, pour les compagnons [qui] consiste à se saisir mutuellement la main droite en pressant avec le bout du pouce la troisième jointure de l’index. » De même la griffe de maître est révélée et le texte ajoute qu’« il est un mot, qu’ils appellent “Mot de maître”, qui est Mahabyn, et qu’ils divisent toujours en deux. Ils sont debout l’un contre l’autre, poitrine contre poitrine, pied droit contre pied droit, faisant de leur main droite la poignée de maître, la main gauche appuyant fortement sur le dos de l’autre. Ils restent ainsi le temps de se murmurer à l’oreille l’un Maha, l’autre Byn. » 3
Car le catéchisme n’est pas isolé ; il vient après des explications dont il est le couronnement. Il remplit, en fait, une triple fonction : d’explication de la doctrine du grade, de « tuilage » qui unit les initiés, et de résumé à retenir, comme dans les manuels scolaires de l’époque. Il révèle aussi le Mot de Maçon, « the Mason word », qui n’est pas qu’un mot, mais la façon de le communiquer, tant il est vrai que « l’art n’est pas dans la lettre, mais dans sa manière », dans la façon de dire bien plus que dans ce qu’on dit, comme le savaient bien les maîtres de la magie, eux qui connaissaient les liens tissés entre l’homme, la nature, l’univers et Dieu, eux qui avaient perçu le mystère de l’Un.
Ces catéchismes ont été des divulgations, mi-documents diffusés entre initiés mi-diatribes antimaçonniques. On en trouve jusqu’en 1760, avec Les Trois coups distincts, et ils sont à la source de notre histoire maçonnique…
ENCARTS :
Dans le chapitre 21 du Protreptique, le grand philosophe néo-platonicien Jamblique (environ 250-330 apr. J.-C.), auteur d’une Vie de Pythagore, révèle les mystères des pythagoriciens.
Voici, à titre d’exemple, son explication de l’un de ces préceptes « cachant sous des symboles les entretiens et les écrits qu’ils échangeaient ».
Symbole n° 12 : « Ne parle pas sans lumière des préceptes de Pythagore. » Le commentaire de Jamblique est le suivant : « Mais surtout “ ne parle sans lumière des préceptes de Pythagore ” est une invitation à l’intellect selon la sagesse. Il ressemble, en effet, à la lumière de l’âme, et elle qui est indéterminée il la détermine, et il la tourne comme des ténèbres vers la lumière. Ainsi, dans toutes les belles circonstances de la vie il convient de leur préposer l’intellect comme guide, surtout à propos des dogmes de Pythagore ; ceux-ci, en effet, sans lumière ne se peuvent connaître. »
On ne saurait mieux dire de la Franc-Maçonnerie !
« À Édimbourg, le 28e jour de décembre, en l’an de Dieu mille cinq cent quatre-vingt-dix-huit.
Statuts et ordonnances qui doivent être observés par tous les maîtres maçons du royaume, arrêtés par William Schaw, Maître des ouvrages de Sa Majesté et Surveillant Général du Métier, avec l’approbation des maîtres après désignés.
Premièrement, ils observeront et conserveront toutes les ordonnances arrêtées dans le passé, qui concernent les privilèges du métier, par leurs anciens de fort bonne mémoire. »
Comment mieux se référer à la tradition et à sa transmission orale ?
[1] In François LEBRUN, Croyances et cultures dans la France d’Ancien Régime, Éditions du Seuil, collection Points Histoire N° H 283, Paris, 2001.
[2] On ne peut ici que recommander l’étude exceptionnelle de Frances A. YATES, L’art de la mémoire, Gallimard, 1987.
[3] Cf. les ouvrages du professeur David STEVENSON.
[4] In Jean FERRÉ, Histoire de la franc-maçonnerie par les textes (1248-1782), Éd. du Rocher, 2001. La dernière partie des réponses se réfère au secret qui ne doit pas sortir de la tête (crâne).
À seulement une heure de Marseille se cache un ancien village médiéval. Certains vestiges perdurent encore et font le plaisir des curieux de l’histoire. Saint-Cannat, commune située dans le département des Bouches-du-Rhône, est situé au pied de la chaîne de la Trévaresse, en région Provence-Alpes-Côte d’Azur, est un ancien village de Templiers.
Blason de la ville
Saint-Cannat est bâti d’une manière très irrégulière. Il regroupe quelques belles demeures sur sa route principale. S’il est avant tout intéressant pour son architecture médiévale et son cadre typiquement provençal, il abrite aussi une curiosité historique.
L’église du village a été construite par les Templiers, qui avaient à Saint-Cannat une maison dont on voit encore quelques restes.
Dans l’imaginaire commun, les Templiers sont souvent perçus comme un groupe obscur et nourrissent de nombreux fantasmes. En réalité, ils n’étaient qu’un ordre issu de la chevalerie chrétienne. Ces militaires religieux jouaient un rôle de ‘’gendarme’’, apportant une protection aux pèlerins chrétiens se rendant en Terre sainte est le territoire où pour les catholiques se déroule l’histoire sainte, notamment la vie de Jésus relatée par les Évangiles. À Jérusalem...
Un point de passage pour les pèlerins
Dans leurs périples, les pèlerins traversaient la Provence. Lorsqu’au XIIe siècle, le régime des rois de Sicile qui règne sur la région s’éteint, les Templiers installent des points de passage dans certains villages. En pleine période de croisade, Saint-Cannat est vite devenu un endroit clef pour ces chevaliers. Le passage des pèlerins s’intensifie et les chevaliers commencent à revendiquer les terres.
L’église du village est un héritage du temps des Templiers
Trois ans plus tard, les Templiers obtiennent un bail de l’évêque de Marseille pour la création d’un monastère à Saint-Cannat.
Ces chevaliers s’y installèrent durablement, construisant des maisons, des fermes, mais surtout une église, à côté de l’ancienne chapelle du village : Notre Dame de Vie.
Un des vestiges de cette époque est une maison située au centre du village de Saint-Cannat, à peu de distance de l’église. On distingue encore les fenêtres anciennes et somptueuses pour le temps.
Histoire… de l’Antiquité aux Templiers
Le village tient son nom de Canus Natus, homme d’église romain du Ve siècle qui deviendra évêque de Marseille. Quelque temps après son enterrement, un hameau voit le jour.
Au Moyen Âge et plus particulièrement au XIIe siècle, l’archevêque Pierre inscrit Castrum Santi – Cannati dans un de ses écrits. D’ailleurs, le village n’est réellement connu qu’à cette époque, date à laquelle il apparaît dans les archives
La mort de la reine Jeanne Ire ouvre une crise de succession à la tête du comté de Provence, les villes de l’Union d’Aix (1382-1387) soutenant Charles de Duras contre Louis Ier d’Anjou. Le roi de France, Charles VI, intervient et envoie le sénéchal de Beaucaire, Enguerrand d’Eudin, qui fait la conquête de Saint-Cannat à l’été 1383. Lorsque Louis Ier meurt et que sa veuve, Marie de Blois, arrive en Provence pour défendre les droits de son fils Louis II, elle réclame que le sénéchal lui cède la ville, ce qu’il refuse par instruction du roi de France.
Les Templiers et les Hospitaliers
C’est au XIIe siècle que les villageois se rebellent contre leur archevêque et se tournent vers le baron des Baux-de-Provence, puis vers les rois de Sicile (plus exactement, Frederic III d’Aragon et éventuellement Louis XIII). Cependant, ce régime prend fin trois ans plus tard. À la même époque, les Templiers s’établissent en ces lieux. L’église du village a donc été construite par les Templiers, qui avaient à Saint-Cannat une maison dont on voit encore quelques restes.
Les Templiers obtiennent aussi un bail de l’évêque de Marseille pour la création d’un monastère à Saint-Cannat. Les chevaliers s’y installèrent durablement, construisant des maisons, des fermes, mais surtout une église, à côté de l’ancienne chapelle du village : Notre Dame de Vie (Les restes de la chapelle Notre-Dame-de-Vie – XIIe siècle – s’inscrivent dans un petit jardin public qui porte son nom. Cette chapelle a été détruite lors du séisme de 1909).
Les Templiers s’établissent dans la Commanderie de la Bargemone, aujourd’hui devenue une cave vinicole réputée.
L’église a subi l’outrage et du temps et du tremblement de terre du 11 juin 1909.
Toutefois, la petite chapelle Saint-Cannat, construite en 1657, qui fût dédiée au Saint, pour le remercier d’avoir protégé le village contre la peste en 1629 a été miraculeusement épargnée par le séisme de 1909.
Pierre de Suffren, par Pompeo Girolamo Batoni.
Pierre André de Suffren, dit « le bailli de Suffren », franc-maçon, reste le personnage emblématique du village
Également connu sous le nom de « Suffren de Saint-Tropez », « le bailli de Suffren » est un vice-amiral, bailli et commandeur de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem.
Fichier Bossu – BnF-Gallica.
Né le 17 juillet 1729 au château de Saint-Cannat et mort le 8 décembre 1788 à Paris, il fait partie en 1786 de la loge « L’Olympique de la Parfaite Estime » et de la Société Olympique. Il fut en 1782 membre de la loge « Saint-Jean d’Écosse du Contrat Social ».
Quel objet d’admiration que le chemin maçonnique ! Du cabinet à la tenue, dans les degrés bleus, harnachés des suivants, qualifiés sans vergogne de « supérieurs » un peu partout. Et on se pâme devant cette superbe pédagogie. En fait le nom propre est « psychagogie », pour signifier la transmission de messages initiatiques, je constate que ce cheminement n’a guère de solidité psychagogique.
Même si l’on prétend que le chemin maçonnique passe en revue notre existence passée pour remédier à nos errances, il reste beaucoup à reprendre comme je le développe dans mon « Plaidoyer pour la survie de la Franc-maçonnerie ».
Mais au fond peu importe peut-être : les miettes psychagogiques se ramassent quand le Frère, la Sœur, le désirent. Alors pourquoi s’échiner à vouloir faire un chemin maçonnique conforme aux normes professionnelles de la transmission des savoirs-être et des savoir-faire ? Ce serait faire dégringoler dans nos sensibilités un risque d’inefficacité et de désenchantement. Comme si le squelette de nos rites, mythes et symboles se contentait d’un assemblage osseux et mal articulé ? Et pourtant, notre cheminement sacré fonctionne pour une bonne partie d’entre nous. Comment est-ce donc possible ? Ma bien ancienne expérience maçonnique m’a fait prendre conscience, à un âge vénérable, d’un mystère. Il parcourait, sans trembler, le défilé des degrés. Ce dispositif caché et puissant est au cœur battant de la fraternité. Qui détient le secret. Comment l’appeler ? Je propose, faute de mieux, car mon expression est compliquée : « La déclinaison de l’acquisition de la sensibilité fraternelle ».
Pour être plus clair : parfois le Frère, la Sœur parcourt les quatre strates, sans se forcer, grâce au travail en tenue(s) sur tel ou tel arcane ; du vécu strictement personnel jusqu’à l’impression de vivre, avec les autres, une lecture universelle. Cette dernière strate dépasse la seule Franc-maçonnerie en rejoignant d’autres cheminements initiatiques, spirituels. Que les initiés(es) en soient plus ou moins conscients, l’affaire n’est pas là ; l’important, c’est le frémissement ensemblier des plongées initiatiques. Elles sont bien tapies sous notre attirail symbolique merveilleux. En fait les deux ; les contenus échangés et les strates de la fraternité sont souvent mêlés. Le propos est ici de les distinguer arbitrairement. Le seul travail sur les arcanes, cache, en fait, la naissance renouvelée et la croissance de la fraternité. Et là, en catimini, nous chantons parfois ensemble, dans le couloir sans fin de l’union vers la lumière. Je te propose donc cette lecture chuchotée et peu publicitaire. Mais qui livre peut-être, le bien-être cardiaque de la Loge, dans une fraternité diamantine.
Je ressens quatre strates de ressenti de nos arcanes, de la plus individuelle à la plus unifiante, « UniversELLE ». Et je rappelle, une fois encore que la manière dont les arcanes sont travaillés s’enlace avec la progression éventuelle des strates de la fraternité. Les deux phénomènes s’embrassent sans cesse mais un des partenaires reste dans l’ombre, celui de la naissance, de la croissance et de l’éclatance de notre fraternité. Voici donc les quatre strates.
D’abord l’appréhension « Personn-ELLE » que j’ai de tel ou tel arcane : mythe, rite, symbole.Elle est dictée par ma spontanéité ou pendant la tenue, grâce au déploiement du rite. Un exemple que je vais faire défiler, celui des colonnes de l’entrée de la Loge, les historiques Jakin et Boaz. Ma lecture Personne-ELLE pourrait être : « Les deux colonnes, c’est l’entrée dans la Loge et non dans le Temple comme on l’entend dire abusèrent
Vient la phase « Interpersonnelle » . Je sens bien que ma première lecture est partagée, dans ce qui est proféré ci et là, à ce sujet, sur les colonnes ; mais surtout dans les mimiques imperceptibles perçues lors des premières prises de parole ; et dans le vécu commun du rite qui oriente les regards dans la même direction. Les ressentis diffèrent encore mais s’alignent sur l’immuabilité du rituel. Les deux colonnes marquent toujours l’entrée de la Loge. On s’en aperçoit les uns, les autres à travers nos déclarations et nos regards. La lecture est la même et on la sent partagée.
Avant de présenter la strate 3, je voudrais bien insister sur un point : pas de dualisme tueur ; il n’y a pas, d’un côté, le travail en tenue, bien visible relaté par le(la) Secrétaire; et de l’autre, les quatre strates de l’accouchement de la fraternité.
Les partenaires s’aiment et enfantent l’universalité humaine. A noter que cette intégration successive des quatre ELLES ne signifie pas que le sens des colonnes s’enrichisse nécessairement. C’est capital : nous ne sommes pas avec les ELLES, dans une réflexion, un approfondissement de tel ou tel arcane, mais dans sa diffusion dans les cœurs, de plus en plus large, des compréhensions PersonnELLES à la dernière, l’UniversELLE. Mais c’est une lecture cachée sous l’approfondissement des contenus, l’objet des planches et des prises de parole, qui reste la partie la plus visible, et l’objet officiel d’un travail en tenue. Pas d’oukase ! Strates et travaux sur les sens symboliques se mêlent : ce n’est pas parce que nous arrivons à la strate 3 : L’Intrapersonn-ELLE que la Loge aurait progressé sur les sens symboliques des deux colonnes ; pour continuer l’exemple.
Justement, dans la strate 3, citée ci-dessus : la relation « Intrapersonn-ELLE », ajoute à la lecture raisonnée ( ?) des deux premières, une autre dimension ; l’union ne se fait plus seulement sur les savoirs, le dit, la raison. Continuons l’exemple… Les deux colonnes vibrent sourdement ou en tonitruance, cela dépend des Loges et de la conduite des travaux. Non ! Les deux colonnes descendent, sous les mots, dans les sensibilités partagées. Affleure alors l’alliance avec l’autre dimension classique de la lecture symbolique, celle du partage de l’émotion. Pour toi comme pour moi, les deux colonnes me font vivre une verticalité double un peu troublante ; et je sens que nous partageons cette vibration sensitive, sensuelle.
Enfin, dans les meilleurs des cas, la strate est ou tend à être, « Univers-ELLE ». Alors, les Frères, les Sœurs se retrouvent, soudés(es), dans une perception sensible et spirituelle des deux colonnes. Être debout, silencieux devant soi et le monde, en toute verticalité. Le taoïsme, l’hindouisme, la chrétienté… chantent aussi cette relation Univers-ELLE. Alors le cheminement maçonnique est aussi une voie d’unité partagée. Avec le rêve de plus en plus ténu : la lente métamorphose de « l’homo démens » car il n’a jamais été sapiens, on le sait bien aujourd’hui en « humanimal naturens ».
Sur le plateau de Guizeh, près du Caire en Egypte, les trois Pyramides, Kéops, Képhren et Mykérinos – ces imposants blocs de roche superposés – règnent en majesté depuis plus de 4500 ans, la plus haute à 136 mètres (147m à l’origine).
La fièvre constructrice n’a pas cessé d’enflammer les hommes à travers le monde après cet exploit ascensionnel. Trois millénaires plus tard, notamment en Europe, quelque 600 cathédrales, ont progressivement lancé leurs flèches vers la voûte céleste, jusqu’à 70 mètres pour leur part, à la gloire du Créateur supposé. Ces merveilles monumentales, qui ont élevé cette pierre à la fois dans ce ciel et au sommet de la perfection technique, continuent de traverser le temps…
N’a-t-on jamais songé que ces gigantesques réalisations humaines, en fait ce semis de poussières d’étoiles, autant dire des milliards de grains minéraux initialement agglomérés par la Nature puis façonnés, empilés et assemblés par les glorieux bâtisseurs, n’existeraient pas sans un outil indispensable, parmi ceux du bâtiment : le tamis !
C’est bien lui qui, manié par des mains expertes, retient et filtre les granulats, le gravier et les impuretés pour permettre le passage dans ses mailles des particules pulvérisées, nécessaires à la fabrication du mortier de qualité. Lequel assure pour des siècles le jointoiement des pierres. Et au final produit un édifice qui tient debout !
Outils et Maillets
Curieusement, cet instrument – constitué d’une toile de fils d’aciers entrecroisés, ajourée et fixée dans un cadre de bois circulaire (au vrai, une sorte de passoire) ne figure pas dans la batterie d’outils généralement symbolisés, selon les rites, par la maçonnerie spéculative : maillet, ciseau, règle, fil à plomb, niveau, équerre, compas, levier, truelle. Neuf outils, auxquels il convient d’ajouter, à mon sens, ce dixième qu’est le précieux tamis ! Ce que je me permets de faire ici !
Autant ce tamis est utile sur le chantier, autant contient-il une riche symbolique, à même d’enrichir la batterie figurative d’outils mentaux de la maçonnerie de réflexion !
Nous venons de le voir, sa première fonction opérative est de « retenir » les matériaux impropres à la construction. Par comparaison, chacun, chacune de nous, possède dans son cerveau un « dispositif de retenue » qui est aussi, un tamis, un filtre, et qui nous évite de commettre de mauvaises actions.
C’est tout simplement notre conscience du bien et du mal, que la philosophie appelle la morale, que la psychanalyse nomme le Surmoi et que le langage populaire désigne comme le bon sens. Le romancier Albert Camus résume très bien cet acte de la volonté dans son roman « Le premier Homme » en faisant dire à l’un de ses personnages « Un homme, çà s’empêche, voilà ce que c’est un homme… ». Il est judicieux en effet qu’en citoyen (ne) éclairé (e) nous sachions repérer et refréner nos tentations malsaines, dans la vie quotidienne !
Les graviers, granulats et autres cailloux, heureusement retenus par le tamis des « normopathes » que nous sommes peuvent avoir pour nom dans le psychisme certains homo sapiens inachevés : jalousie, rancœur, acrimonie, mesquinerie, amertume, vanité, médisance, méchanceté, xénophobie, racisme, etc., mauvais sentiments si courants aujourd’hui. Autant de « passions tristes » qu’il convient d’écarter, nous rappelle de son côté Baruch Spinoza !
La mort de Socrate
D’un philosophe l’autre. Et qui dit philosophie, dit Socrate, l’un des premiers d’entre eux !
Ce grand sage aimait en ville le contact avec les passants. Un jour, il est abordé dans une rue d’Athènes par un voisin surexcité qui lui dit :
Sais-tu ce que je viens d’apprendre sur ton ami Platon ?
Je t’en prie, calme-toi avant de me parler, et dis-moi d’abord si tu as passé ce que tu veux me dire par les trois tamis !
Les trois tamis ?
Je vais t’expliquer ! Le premier tamis est celui de la Vérité. Avant de me raconter ce que tu as à me dire, as-tu vérifié par toi-même si c’est vrai ?
Non, j’en ai seulement entendu parler !
Donc, tu n’en sais rien. Tu ne sais pas si c’est vrai on non !
Socrate sourit et enchaîne : – Maintenant, dis-moi si tu as passé par le deuxième tamis, celui de la bonté ce que tu veux me raconter. Est-ce au moins quelque chose de bon ?
Ah non, bien au contraire !
Donc, tu désires me rapporter des choses mauvaises sur Platon sans être sûr qu’elles soient vraies !
Le voisin est soudain un peu embarrassé.
Bon, dit Socrate, remets-toi ! Est-ce que tu as passé par le troisième tamis, qui concerne l’utilité, ce que tu veux me dire sur Platon ? Est-ce vraiment utile de me le raconter ?
Utile ? Non, pas vraiment !
Donc, conclut Socrate, si ce que tu veux me dire à propos de Platon n’est ni vrai, ni bon, ni utile, pourquoi m’en faire part ?! Aucun intérêt, je préfère ne rien savoir ! Et je te recommande de l’oublier !
Ce petit conte de sagesse nous montre toute la subtilité que peut évoquer le tamis. Taire les choses et se taire sont parfois nécessaires. Tout comme en tenue, à certains moments, ne pas demander la parole est préférable : le silence est le gant blanc de la parole.
Le tamis nous renvoie aussi, par un jeu de mots phonétique et taquin, à l’Amitié, avec le grand ami et même à l’Amour avec le petit ami ! Grand tamis, petit tamis, puisse cet outil existant, de bon usage et particulièrement utile, prendre en loge, sa place et à son office.
Le mot appartient au vaste sémantisme très ancien *bhreg- qui recouvre l’idée de briser.
Le latin en infère le verbe *frangere, de même sens. Fragor, c’est le fracas dû à la chute d’objets, la fracture intervient quand les os se délitent en fragments sous l’effet d’un choc.
Bien fragiles. Comme les os de ses victimes que la chouette dite effraie brise avec appétit, broyeuse de vie *ossifraga. source de tant de frayeur.
Fragile ou frêle ? Dans ce duo si proche, le langage fait une distinction dans l’emploi, fragile dans la réalité de la brisure, frêle dans l’apparence de ce qui semblerait sur le point de se briser. Quitte à passer pour une freluche, voire une fanfreluche. Toujours cette impression du léger, du diaphane…Jusqu’à la péjoration du freluquet, du menu fretin.
Les falaises s’entrouvrent en anfractuosités.
Toute rupture de l’ordonnancement coutumier relève de ce champ lexical. Un événement inopiné dérange la monotonie ronronnante, mais il réjouira le pisse-copie en mal de chronique à défrayer.
Que ce soit la fraction ou la fractale mathématique, la diffraction de la lumière ou sa réfraction, le vol par effraction, on navigue dans le flux de la brisure d’un tout homogène, on enfreint l’ordre établi. On devra peut-être en payer les frais, l’amende pour infraction ou le défraiement pour les dégâts occasionnés. Un naufrage, cause de bien des souffrances.
Parfois, l’objet brisé est récupéré à d’autres fins, tels ces tessons de poterie qui servaient de bulletin de vote dans la Cité athénienne antique, les suffrages. Et, quand elles osèrent réclamer des droits au XIXe siècle, ces dévergondées de femmes impudentes furent taxées de suffragettes !
Du même sémantisme, par le biais du gaulois *brisar, le verbe briser a pénétré le lexique, conforté par le gotique *brikan, de même signification.
D’où la brèche. Et aussi ce petit os en forme de fourche, le bréchet qu’on s’amuse à tenter de casser à son profit, après avoir mangé la chair de la volaille.
En est issue la bricole, qui désignait chez les Gaulois la courroie, pièce du harnais qui s’attache au poitrail du cheval. Une invention très fructueuse, qui améliorait sensiblement le rendement des labours, en utilisant désormais le cheval, parce que, contrairement au licol, cette courroie n’asphyxiait pas le cou. Et le travail s’en trouvait accéléré, en regard de celui des boeufs.
Le bricolage a ensuite désigné toute forme de travail par petits morceaux, pas vraiment spécialisé.
La briochese caractérise par sa friabilité par comparaison avec le pain, tout comme la consistance friable de la brique, inventée il y a quelque 6 000 ans, ne saurait égaler la solidité compacte de la pierre, si malaisée à broyer.
Faïences ou porcelaines ébréchées qui font la joie des chineurs de brocante, sourire en dents ébréchées.
Il est intéressant de remarquer le glissement de signification qu’opère le langage plus contemporain. La brèche y devient un passage vers un ailleurs de probable liberté buissonnière. On ouvre une brèche, comme si on écartait les contraintes d’un carcan. Le trou dans la haie, l’interstice entre les nuages, le ciel bleu entrevu. Un espoir de respiration autre.
Dans l’accumulation de tous les cataclysmes présents et à venir, dont nos mondes annoncent actuellement le présage sinistre, quelles brèches salutaires envisager ?
Annick DROGOU
Sur la brèche
Brèche dans le temps de nos certitudes. Sans cesse chercher la brèche, toujours élargir l’horizon. Trouver une brèche et s’y glisser. La brèche dans la montagne, comme un passage, brèche de Roland ouverte par Durandal après Roncevaux. Comme pour ouvrir le champ des possibles et partir à l’assaut des citadelles de nos enfermements. Rester sur la brèche, pour qu’elle ne se referme pas, et que le poids des habitudes ne vienne pas la colmater, la combler, la sceller, comme on ferme un tombeau. Ouvrir, toujours ouvrir. Attaquer ou défendre, mais ouvrir quelle brèche ?
La brèche qui délivre et rend possible l’évasion. Brèche dans le mur de nos aveuglements. Il faut aimer la brèche. Aimer toutes les brèches, aimer même une lézarde ou une fêlure qui laissent passer la lumière, fenêtres involontaires sur des horizons insoupçonnés. Accepter la rencontre de l’inattendu. Éloge de toutes brèches contre tous les blindages et les cloisonnements. La brèche comme l’offrande d’un passage.
La brèche fait signe. Faut-il se glisser dans la brèche au risque de se perdre ? Contempler la brèche sans forcément s’y engouffrer ? Savoir qu’elle existe, qu’elle me parle d’un ailleurs.
La brèche nous dit l’espérance, la seule, l’infinie, l’incommensurable espérance, pas celle de l’assouvissement de nos projections, l’espérance plus forte et inattendue que les vains espoirs que nous avions formés et façonnés dans la coquille de nos conditionnements. Brèche-espérance pour aller à la rencontre du réel, du seul réel, que nous ne connaissons pas encore.
« Le doute fatigue, l’ignorance humilie, l’esprit a besoin de vérité »
(Du libre-arbitre – Stanislas de Boufflers, Marquis de Remiencourt)
(Né à Nancy en 1738- Mort à Paris en 1815.)
Incontestablement, la question du libre arbitre est l’une des plus fondamentales de la philosophie et de la théologie depuis la nuit des temps, car elle traite de la question de la liberté du sujet, face au destin ou à l’existence d’un Principe supérieur qui modulerait à sa guise son destin. Notre grade est naturellement concerné par cette problématique puisqu’il met en scène l’obéissance en tant que chevaliers et en tant que défenseurs d’une croyance spirituelle. Quelle est notre marge de manœuvre et notre possibilité d’exercer notre libre-arbitre ?
L’histoire de la Franc-Maçonnerie elle-même est traversée par la controverse : les obédiences actuelles ne sont souvent que le reflet d’un choix, plus ou moins conscient, relevant de cette question, se masquant derrière des appellations comme « traditionnelles ou progressives ». Stanislas de Boufflers, dans son traité du libre-arbitre, va nous plonger au coeur de cette problématique. Sa probable appartenance à des loges militaires au moment de son émigration et son activité au sein de la loge « La Concorde » nous rend encore plus attentif à son message.
I-STANISLAS DE BOUFFLERS POETE ET HOMME D’ACTION CONFRONTE A SON « QUANT A SOI » DANS SON TRAITE SUR LE LIBRE-ARBITRE.
Il convient, avant d’examiner une œuvre, d’en connaître l’auteur. En général, nous en tirons quelques surprises. Il en est ainsi de Stanislas de Boufflers, aventurier, homme politique et poète dont une mise en scène télévisée, conçue par l’acteur Bernard Giraudeau, à partir de sa correspondance, nous l’évoque dans « les caprices du fleuve ».
Né à Nancy, le 31 mai 1738 à Nancy, dans une Lorraine alors indépendante, il deviendra français de par l’histoire de son pays natal et mourra français à Paris le 18 janvier 1815. Il est, théoriquement, le fils de Louis François, marquis de Remiencourt, mais il y a de forte chance qu’il soit le fils naturel du roi de Lorraine Stanislas Leszczynski (dont il portera le même prénom !) qui en sera son parrain officiel. Sa mère, la très spirituelle et libertine Françoise Catherine de Beauveau-Craon, est la maîtresse connue de Stanislas. Son fils naturel vit et grandit naturellement à Lunéville. Il est, comme cela est souvent le cas pour les enfants adultérins, destiné à la prêtrise, et passera deux ans au séminaire de Saint-Sulpice, mais il quittera l’état ecclésiastique au bout de deux ans, sans prononcer ses vœux et est nommé colonel de hussards en 1772. Il deviendra Maréchal de camp après la campagne de Hanovre et prit part à la bataille d’Amenbourg. Il quittera l’armée en 1784.
A la suite d’une chanson qui déplut à la Princesse Christine, nommé abbesse de Remiremont, il est exilé en tant que gouverneur du Sénégal et de la colonie de Gorée. Administrateur humain et compétent, il ne se livre pas moins à la contrebande de la gomme arabique et de l’or avec les signorès, en compagnie de son amie Anne Pépin. Il est fort probable qu’il s’enrichit aussi avec la traite, ce qui n’est pas sans poser un problème éthique pour quelqu’un qui est passionné par le libre-arbitre ! Il quitte le Sénégal le 29 décembre 1787, rembourse ses dettes et est élu à l’Académie française, en 1788, pour ses poésies. Député de la noblesse, il émigre après le 10 août 1792 et trouve refuge en Prusse polonaise à Breslau où il épouse, en 1797 seulement, Eléonore de Sabran. Il revient en France après le 18 Brumaire et se rallie à Bonaparte qui le fait nommer bibliothécaire-adjoint de la bibliothèque Mazarine et reprend son fauteuil à l’Académie française en 1803. Son traité sur le libre-arbitre, publié en 1808, sera l’une de ses dernières œuvres, en tout cas celle dans laquelle il s’engage le plus dans une réflexion qui le touche, lui, homme de toutes les frontières. Ses œuvres complètes furent publiées en 1828 (4 volumes). Pour la petite histoire, sa tombe se trouve au cimetière du Père Lachaise, sur la pierre de laquelle on lit : « Mes amis, croyez que je dors » !
Au-delà de l’intéressante personnalité de Stanislas de Boufflers, il convient d’examiner cette œuvre tardive, reflet des préoccupations métaphysiques de l’auteur.Le livre de 249 pages, intitulé « Du Libre-Arbitre », par Samuel de Boufflers, membre de l’Institut, fut publié en 1808, chez F. Buisson, libraire, rue Git le Coeur, N° 10.
En le lisant, nous comprenons qu’il est le résultat d’une réflexion qui a duré toute une vie, dans l’exil, qu’il soit sénégalais ou européen. Il écrit : « Je me suis vu réduit à converser avec moi, et forcé de borner mes lectures à lire au fond de ma pensée ; encore, souvent les nuages qui l’obscurcissaient m’ont-ils empêché d’y voir aussi clair que je l’aurais voulu ». D’emblée, de Boufflers, nous signale que notre libre-arbitre est surtout un choix où l’extérieur a peu d’influence, mais aussi que c’est un état qui peut-être perturbé par nos problèmes, donc un état non-stable. A la page 2, nous voyons apparaître la phrase qui constitue l’objet de notre réflexion. Cependant, il est nécessaire de la resituer dans son contexte général qui en modifie la teneur. Nous lisons : « Le doute fatigue, l’ignorance humilie, l’esprit a besoin de vérité, sa volupté c’est la science, toute connaissance est pour lui un plaisir, et ce n’est que dans une certitude entière qu’il peut trouver une entière satisfaction » Il n’est pas ici question de doute métaphysique, mais au contraire d’une ode à la « libido sciendi », le plaisir de l’intellect condamné par l’Église (Souvenons-nous du « Nom de la rose » d’Umberto Eco, paru en 1980). Dans l’ouvrage, il n’est fait allusion à Dieu à aucun moment, et alors ce n’est plus, à ce que l’on en croît, l’homme qui cherche la vérité, mais plutôt c’est la vérité qui cherche l’homme et qui lui apparaît dans ce que Boufflers appelle l’ « instinct de l’esprit » et dont notre raison s’étonne en lui obéissant.
La liberté de l’homme est toujours apparue la question qui attire le plus fortement la curiosité humaine et qui promet le moins de la satisfaire, mais un penchant le décide pour la liberté, sans laquelle il ne se croirait pas un homme et qu’il considère comme le pivot de sa constitution morale. S’il n’y arrive pas « alors il resterait toujours à l’intelligence captive la douceur qui reste à tous les captifs, l’espérance », ce qui ne serait pas le cas de ceux opposés au libre-arbitre, car toute la vie est une recherche permanente. Dès lors tout repose sur l’esprit, mais « l’esprit a-t-il des yeux pour se voir et un miroir pour se contempler ? ». La métaphysique s’occupe-t-elle de l’anatomie de l’âme où sommes-nous dans un « sensorium commune », un sens commun, qui pourrait nous faire dire, en imitant Descartes : « nous sentons, donc nous sommes ». Certains philosophes, pour éviter de matérialiser l’esprit, ont spiritualisé la matière, mais « au reste, quoiqu’il en soi de la nature de notre âme, du moment que nous en admettons une dans l’homme, il semble que nous devions reconnaître en même temps son libre arbitre ». Il est donc à peu près évident que tout ce qui est capable de sentir, est en même temps capable de distinguer, que tout ce qui est capable de distinguer est capable de choisir, que tout ce qui est capable de choisir est capable de se déterminer, et en dernière analyse, il suffirait d’être averti de son existence pour être assuré de sa liberté. De Boufflers, fort de cette déclinaison, irait jusqu’à penser qu’il existerait chez les animaux un libre-arbitre à une moindre intensité que celui de l’homme.
Pour lui, la liberté s’exerce par la délibération et nous savons que la délibération ne peut avoir lieu que dans l’incertitude. C’est pour cela que le fou et le héros sont hors-normes, échappent à l’humanité, car manipulés par une cause étrangère et non par leur volonté. Dans l’évidence parfaite, il n’y a pas de matière à délibération, dans l’obscurité il n’y a pas moyen de comparaisons. L’une place l’homme sous l’emprise de la nécessité, l’autre sous celui du hasard : c’est donc au demi-jour de l’indécision, c’est entre les apparences contraires, assez peu distinctes pour se montrer à peu près égales, que l’homme use de la faculté de se décider par lui-même et de se prononcer intérieurement sur l’arrêt de sa volonté. Le discernement nous vient par « ce génie, ami de l’homme, nous l’avons tous, au dedans de nous, c’est notre raison ». C’est aussi le fameux démon de Socrate, pour qui l’homme est un personnage à deux têtes, incapable d’une synthèse, sauf s’il utilise provisoirement le « symbolum » pour raccorder les faces cachées de sa personnalité. Comment en y pensant, ne pas reconnaître visiblement deux hommes en nous, toujours aux prises l’un avec l’autre et qui, à chaque instant, auraient besoin d’un tiers pour éclairer leurs différents. Ce que développe St. Paul dans son Epître aux Romains au chapitre 7. La raison n’a pas toujours le veto !
Parfois, le libre-arbitre se réduit en dernière analyse au droit de se tromper, car au lieu de nous appartenir, il appartient à ses causes, souvent inconscientes et qui ne veulent pas forcément prendre fait et cause pour tel ou tel événement. L’auteur écrit : « Tout bien considéré, si on méritait le libre-arbitre, on ne le désirerait pas, et que si on le désirait, on ne le mériterait point ». Le libre-arbitre peut devenir aussi une révolte prométhéene contre le destin, le fatum, d’une âme révoltée, « poussière enorgueillie d’une lueur de pensée ». Il ne convient pas de s’imaginer que la puissance éminemment calculatrice, qu’elle soit divine ou matérialiste, qui veille à tout ce qui est, abdique aussi facilement son emploi, ou qu’elle nous permette ainsi de la troubler dans l’exercice des immenses devoirs qu’elle s’est imposée et dont elle est comptable envers sa propre logique et sa propre sagesse. De Boufflers en conclut : « Osons le dire franchement, la liberté métaphysique n’est ni absolument une réalité, ni absolument une illusion ; elle est pour l’homme, ainsi que le reste des attributs dont il se croît doué, une apparence, et l’apparence est le lot de l’esprit humain ». C’est seulement l’accord de l’homme et de l’univers qui entraîne le sentiment de liberté. L’acceptation de notre destinée et « d’un Empire plus haut dont tout empire dépend ». Que penser de l’homme que sa nature appelle à s’étudier et condamne à s’ignorer ? La réponse de Stanislas de Boufflers est la fraternité : « Sévérité pour nous, indulgence pour les autres, tel pourrait être, en dernière analyse, le fruit de ce doute auquel notre esprit nous semble condamné sur la question de notre libre arbitre ». Pensée à laquelle nous pouvons naturellement souscrire…
II-QUELQUES REFLEXIONS AUTOUR D’UN CONCEPT
Evoquer le libre-arbitre, amène à mettre en scène l’hypothèse de la liberté absolue pour le sujet, en comprenant que la liberté ainsi entendue est le pouvoir d’agir indépendamment non seulement des contraintes extérieures, mais de toute détermination intérieure. Selon Renouvier, le libre-arbitre serait d’agir « comme si les mouvements de sa conscience et par suite les actes qui en dépendent pouvaient varier par l’effet de quelque chose qui est en lui et que rien, pas même ce que lui-même est avant le dernier moment qui précède l’action, ne prédétermine ». Il n’est guère évident de définir une liberté ainsi décrite car, pour démontrer une proposition, faut-il en démontrer la nécessité, c’est-à-dire faire voir qu’elle ne peut pas ne pas être posée. Au contraire, la liberté, si elle représente le pouvoir de faire ou de ne pas faire et de poser des actes imprévisibles, cela implique la contingence, c’est-à-dire l’absence de nécessité. Le philosophe Alain disait, à ce propos, qu’ « une preuve de la liberté tuerait la liberté ». En fait, si on ne peut démontrer la liberté, on peut en faire l’expérience : dès lors, on ne prouverait pas, mais on éprouverait le libre-arbitre.
Platon, racontait dans le livre X de « la République », un mythe où, Er, un soldat mort sur le champs de bataille, ressuscite miraculeusement et raconte à ses camarades ce qu’il a pu voir aux enfers. Les morts y sont invités à choisir librement un nouveau destin pour leur prochaine réincarnation. Après avoir choisi, ils boivent au fleuve de l’oubli et reviennent sur terre vivre leur nouveau destin. Ils ont oublié qu’ils l’ont choisi eux-mêmes et ne manqueront pas, à l’occasion, d’accuser les dieux de l’injustice de leur sort. Le mythe signifie qu’on choisit soi-même la vie qu’on veut, même quand on se refuse à le reconnaître !
Descartes assurait que « La liberté de notre volonté se connaît sans preuves, par la seule expérience que nous en avons ». Pour lui, nous faisons dans notre conscience l’expérience d’un libre-arbitre infini comme celui de Dieu. Nous pouvons nous refuser même à l’évidence, rien que pour manifester la puissance de notre libre-arbitre, le « Je pense donc je suis » en est un exemple probant. Leibnitz, lui, parlait du « sentiment vif interne » du libre-arbitre et Bergson découvrait la liberté dans les « données immédiates de la conscience ». Bossuet orientait plutôt sa pensée du côté du discernement : « pour sentir évidemment notre liberté il faut en faire l’épreuve dans les choses où il n’y a aucune raison qui nous penche d’un côté plutôt qu’un autre ». Mais, c’est à Gide que l’on prête le summum de la réflexion sur le libre-arbitre. Dans son « Prométhée », un garçon de café déclare : « J’ai longtemps pensé que c’est là ce qui distingue l’homme desanimaux : une action gratuite… Et comprenez qu’il ne faut pas entendre là une action qui ne rapporte rien, car sans cela…Non, mais gratuit, un acte qui n’est motivé par rien. Comprenez-vous ? Intérêt, passion, rien. L’acte désintéressé ; né de soi ; l’acte aussi sans but ; donc sans maître ; l’acte libre ; l’acte autochtone ». Gide poussera sa démonstration jusqu’au crime gratuit dans « les caves du Vatican », où son héros, Lafcadio, n’hésitera pas à supprimer un vieillard dans le train qui le conduit à Rome, pour se prouver par la liberté de son acte, qu’il peut être dans un total libre-arbitre, à l’égal de Dieu.
Mais, un acte gratuit est-il possible ? Cela serait faire fi de la conscience morale, du surmoi. Selon Kant, le « postulat » de la liberté doit-être posé comme une condition de possibilité de l’obligation morale, sans confondre cette dernière avec la nécessité. L’impératif moral n’a de sens que si nous avons le choix entre le bien et le mal. Kant énonce : « Tu dois, donc tu peux ». Le philosophe protestant Paul Ricoeur, à son tour écrit dans son livre « De l’interprétation » (1) : « Ce qui suscite ce travail, c’est une structure intentionnelle qui ne consiste pas dans le rapport du sens de la chose, mais dans une architecture du sens, du sens second au sens premier, que ce rapport soit ou non d’analogie, que le sens premier dissimule ou révèle le sens second » Nous sommes bien là dans la symbolique du serf-arbitre…
Le fait que l’acte semble gratuit ne prouve pas qu’il le soit réellement car il peut être déterminé par des motifs inconscients, ce que Spinoza constatait déjà : « L’illusion du libre-arbitre vient de la conscience de notre action jointe à l’ignorance des causes qui nous font agir », et il ajoutait (Ethique III, propos 59, scolie) : « Nous sommes agités de bien des façons par les causes extérieures et pareils aux flots de la mer, agités par les vents contraires, nous flottons inconscients de notre sort et de notre destin ». Mais sa réflexion soulevait une autre question : se libérer, n’est-ce pas se transformer en serfs volontaires de l’univers, d’autant plus libres que cette soumission serait plus intérieure et plus totale ? Il n’était qu’en avance sur Freud, Jung et Lacan !
En effet, la psychanalyse va mettre un frein à l’idée d’un libre-arbitre du sujet, ce dernier étant largement conditionné par l’inconscient qui lui échappe : la condition humaine est souvent représentée par la métaphore de l’iceberg, la partie immergée étant de loin la plus considérable et la partie visible minime par rapport à elle. Le conscient ne serait alors que cette crête d’une réalité sur laquelle nous surfons avec bien peu de maîtrise et dont les racines nous sont, dans la plupart des cas, du ressort de l’ombre. Sigmund Freud écrit (2) : « L’on doit donc se ranger à l’avis que ce n’est qu’au prix d’une prétention intenable que l’on peut exiger que tout ce qui se produit dans le domaine psychique doive aussi être connu de la conscience ». Freud mettait ainsi un frein définitif à l’idée d’une « Aufklärung » et à son espoir un peu fou que la raison pourrait instaurer un homme nouveau en le libérant de ses chaînes, comme le défendait le très rêveur Jean-Jacques Rousseau, face à un Voltaire sans illusions sur les capacités de changer la nature humaine. L’image de l’iceberg s’impose : le conscient n’est que la partie émergée de l’inconscient et donc comment prétendre à un libre-arbitre quand la majeure partie de notre personnalité nous est inconnue et nous dirige ? Paradoxalement, c’est de la psychanalyse elle-même que viendra une nuance : certains psychanalystes, sans renier la force permanente de l’inconscient, avancerons l’idée de l’existence d’une zone infime qui lui échapperait, ainsi qu’à une totale invasion de la maladie mentale. Le psychanalyste Sacha Nacht écrit (3) : « J’ai pu, au cours de mon expérience thérapeuthique, percevoir chez certains de mes patients cette partie d’eux-mêmes dont ils n’étaient absolument pas conscients, et qui ne participait pas à leurs conflits, se tenait en dehors du tumulte du psychisme, sorte de point permanent dans un tourbillon d’impermanence. Ma conviction est que ce même point existe en tout homme, qu’il est inné, et par conséquent ne doit rien au milieu ni aux circonstances. Conception qui rejoint ici celle de Hartmann, Kris et Loewenstein et à travers eux, Freud lui-même ». Nous pouvons utiliser cette notion d’un moi autonome en nous en réservant la teneur à un niveau plus métaphysique : il y aurait-il des lieux « où souffle l’esprit » selon la formule de Maurice Barrès, où l’agitation du monde est tenue à distance ?
III- LA FRANC-MACONNERTIE CONSTITUERAIT-ELLE UN « MOI-AUTONOME » ENTRE ERASME (1467-1536) ET LUTHER (1483-1546)?
La réflexion sur le libre-arbitre en Maçonnerie s’inspire surtout des sources religieuses concernant ce concept, ainsi que le fera la pensée philosophique et laïque par la suite. Nous trouvons dans la Bible, dès le Siracide (L’ecclésiastique), la question du libre-arbitre. Mais, c’est à partir de Saint-Augustin que va se développer la polémique entre libre-arbitre et serf-arbitre, selon l’expression luthérienne. Sans la grâce, donnée gratuitement par Dieu, il ne peut y avoir de foi et sans foi point de salut. Se pose donc immédiatement le problème de la prédestination : Dieu choisit-t-il ceux qu’ils sauvent de toute éternité où, comme le pense le moine Pélage, grand adversaire de St. Augustin, le choix et l’effort conduisent à la grâce ? Sommes-nous serviteurs de Dieu et de sa volonté et du destin qu’il nous prévoit (St. Paul Rom. 7 et 8) ou interlocuteurs de Dieu (le livre de Job étant un exemple typique de cette conception). Que pouvons-nous choisir entre un abandon au destin comme l’Islam le préconise (« Kitab », c’est écrit) ou le choix d’un libre arbitre comme dans le pélagianisme ? Naturellement St. Augustin condamnera au libre-arbitre dans son célèbre ouvrage : « De Libero Arbitrio » (Traité sur le libre-arbitre). Pour la petite histoire, Jean-Jacques Rousseau sera accusé par l’Église de pélagianisme pour son ouvrage : « Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité des hommes », publié en 1755, et qui niait le péché originel.
Deux géants de la pensée vont s’affronter dans ce domaine : Luther et Erasme, tous deux issus de la mouvance augustinienne. La controverse va porter sur l’étendue et la qualité de la volonté humaine. Il s ‘agissait là des fondements anthropologiques de la théologie, qu’elle soit catholique ou protestante. A la déclaration d’humanisme optimiste défendant le libre-arbitre d’Erasme, Luther va répliquer par la thèse de la servitude de la liberté humaine, le cerf-arbitre. C’était une conséquence de la théologie réformatrice de la « sola gratia », fondée sur une image pessimiste de l’homme qui, par ses propres forces est incapable de faire le bien. Dans sa confrontation avec Erasme, Luther va renforcer son opposition par une implacable radicalité. La querelle autour de liberté/servitude de la volonté humaine sera portée au grand jour en 1525-1526, et Erasme s’attaqua au dogme réformateur de la « sola gratia » et le présupposé qui le fondait, à savoir que tout ce que l’homme entreprend de lui-même pour son salut est le péché, tandis que Luther et avec lui Mélanchthon dans ses « loci communes » de 1521, attaquaient la thèse de la liberté de la volonté humaine comme une contamination de l’Evangile par la philosophie païenne. Erasme soulignait au contraire les liens entre philosophie et théologie, entre raison et foi. Les réformateurs considéraient le libre-arbitre comme contradictoire avec la prédestination dans une minimisation du salut du Christ, alors qu’Erasme y voyait « la force par laquelle l’homme peut se tourner vers ou se détourner de celui qui mène au salut éternel de l’âme ». Pour Luther, l’homme restait radicalement pécheur, alors qu’Erasme pense que l’homme a une responsabilité propre comme fondement de son anthropologie positive et le définissant à partir de la raison. Sans libre-arbitre ni libre décision, il est impossible à l’homme de penser une responsabilité humaine, que ce soit du point de vue théologique ou philosophique. Etrangement, les deux tendances se retrouveront à la fois dans les Eglises de la Réforme et dans le catholicisme : dans ce dernier, le jansénisme reprendra à son compte de nombreuses idées du luthérianisme, notamment son opposition au libre-arbitre (Jansénius et Pascal) ; tandis que la position du serf-arbitre et de la prédestination seront rejetés par des Eglises de la Réforme (Les Méthodistes, les Ménnonites et de nombreux courants évangélistes par exemple, y compris à l’intérieur du calvinisme hollandais).Venant de controverses philosophiques de l’Antiquité la question du libre-arbitre va bientôt envahir le christianisme et la philosophie occidentale et, par voie de conséquence, la Franc-Maçonnerie.
IV-CONCLUSION.
La question du libre-arbitre et du serf-arbitre est une question fondamentale pour la Maçonnerie, elle en constitue même l’épine dorsale, en dehors de la religion et de la philosophie. Quelle est notre marge de manœuvre par rapport au devoir maçonnique auquel nous avons prêté serment et donc la supposition que nous pouvons le réaliser « avec l’aide de Dieu », où notre nature divisée nous condamne-t-elle à une impuissance de cette réalisation ? Sommes-nous dans la pure obéissance d’un impératif catégorique Kantien proche du serf-arbitre ou dans un « aide-toi le ciel t’aidera » d’une pensée pélagienne guidée par le libre-arbitre ? Dès sa naissance historique, la Franc-Maçonnerie fut traversée par ce conflit : elle est l’émanation de la Réforme voulant concilier des courants protestants et ayant des conceptions différentes au moment de la mise en place. D’une part, le pasteur Anderson, presbytérien calviniste et donc partisan de la théorie du serf-arbitre, sera confronté au Révérent Désaguliers qui, d’abord calviniste, fuyant en Grande-Bretagne avec son père pasteur, La Rochelle, sera incorporé à l’Église anglicane dont le fondateur, Henry VIII, avait rejeté en partie les théories luthériennes, dont celles du serf-arbitre ; tendance renforcée par sa fille Elisabeth I. Bien entendu, le recrutement de la Maçonnerie évoluera, mais le débat y demeure de façon latente.
Comment peut se définir la Franc-Maçonnerie dans cette problématique du libre-arbitre ? Nous pourrions avancer l’idée qu’elle serait semi-pélagianiste, car allant dans le sens d’une action guidée par le discernement, mais inscrivant cette action dans le cadre d’une relation à un Principe, source de toute création.
Le débat nous montre aussi l’objet de notre désir : atteindre un état où nous pourrions équilibrer conscience, compassion et contemplation. Mais l’ignorance perturbe notre tâche. Ce que nous dit le philosophe Hindou, non-dualiste, Shri Shankaracharya (4) : « Le soi apparaît comme conditionné par l’effet de l’ignorance. Quand celle-ci est détruite, le soi non conditionné brille de sa propre lumière, tel le soleil quand les nuages sont dissipés ».
Au-delà de la réflexion sur le discernement entre libre-arbitre ou serf-arbitre doit faire priorité une appartenance commune que définit le poète et politique martiniquais Aimé Césaire : « Nous sommes de ceux qui disent non à l’ombre ». Même « mis à l’ombre », réduits au silence, nous savons que la lumière intérieure continue à nous éclairer. Nous la protégeons, parfois maladroitement, des vents mauvais, en priant le ciel de nous préserver des tornades collectives ou individuelles.
NOTES
– (1) Ricoeur Paul : De l’interprétation-Essai sur Freud. Paris. Ed. Du Seuil. 1965 (pages 26 et 27).
Bien que la Franc-maçonnerie mette en avant la liberté de conscience, revendique la pratique de l’Egalité et de la Fraternité, prône la recherche de la Justice en toutes choses, la Femme fait encore l’objet d’un ostracisme général !
La grande majorité des loges maçonniques à travers le monde interdisent l’initiation des femmes ! C’est une réalité rétrograde, sexiste et sectaire et pourtant c’est comme çà !
Cet ostracisme est soit affirmé soit dissimulé derrière une phraséologie apparemment favorable à la présence féminine.
Tout se passe comme si la femme en Franc-maçonnerie, quand elle a été acceptée, doit perdre sa féminité pour se « mouler » dans les rituels masculins !
Qu’observe-t-on ?
La présence féminine dans les loges maçonniques stagne ; l’engouement que l’on avait pu percevoir dans les années 1970 n’a pas duré ! Même l’ouverture du GODF à la mixité n’a eu qu’un effet marginal ! Dans de nombreuses loges, les jeunes sœurs manifestent d’une façon ou d’une autre leur déception !
Tout se passe comme si la gouvernance de la franc-maçonnerie féminine avait été accaparée par un style de femmes autoritaires, ambitieuses et « masculines » !
Cela s’accompagne aussi d’un vécu particulier :
La femme est souvent vécue par les francs-maçons comme une cause possible de « dérèglement » de la pensée des frères,
La négation de la féminité est une constante du processus initiatique maçonnique
L’appropriation par les sœurs de rituels masculins frise le ridicule,
La robe portée dans certaines obédiences féminines se veut castratrice pour cacher toute trace de féminité !
La règle du Masculin soi-disant neutre dans le vocabulaire est une aberration étonnante qui ne s’explique que par l’ inconscient archétypal !
Au total, être Femme et Franc-Maçonne semble réservé à une minorité qui accepte de voir la féminité masquée pour pouvoir pratiquer des rituels maçonniques masculins !
Cette minorité stérilise toute innovation initiatique !
Double peine en sorte : non seulement on refuse l’initiation maçonnique aux femmes et quand on l’accepte on lui impose un modèle masculin !
Si tout cela est possible, c’est parce que les femmes, depuis des siècles, ont appris à se taire et à se soumettre !
Esclave sexuelle, esclave domestique confinée dans un rôle maternel, esclave économique que l’on sous-paye sans aucune gêne, esclave initiatique que l’on tolère par devant et qu’on dénigre allègrement dans les conciliabules phallocrates, telle est encore aujourd’hui la condition féminine !
Comme dans la société profane, les francs-maçonnes apprennent d’abord à courber l’échine ! Les sœurs, comme Maria Deraismes, qui ont imposé leur présence dans les loges masculines n’ont pu le faire qu’à ce prix !
Si aujourd’hui encore, tout cela est possible et désespérant c’est par le dogmatisme de la pensée de celles qui refusent toute évolution libre de la pensée féminine ésotérique !
Autant la démarche maçonnique est riche de potentialités, autant, aujourd’hui, la majorité de celles et ceux qui sont chargés de l’administrer et de la faire vivre, se conduit comme de vulgaires apparatchiks de la normalité phallocrate !
Pourtant, des franc-maçonnes s’accrochent et certaines s’affirment !
Avec une liberté de parole, dans l’ombre d’échanges de sans grades, on sent monter l’exaspération et le ras-le-bol !
Il en faut du temps pour que, sur cette Terre, la Femme ne soit plus l’esclave de l’Homme et que l’Homme ne soit plus craint comme celui qui au final impose sa loi par la force !
Pourtant une espérance est en train de naître et un jour viendra, où le discours maçonnique féminin prendra son autonomie !
La Franc-Maçonnerie n’appartient pas aux mâles ! Elle est une création de l’Humanité ! L’essentiel de son projet est de cultiver la Paix et de rechercher la Vérité ! Nul n’a le droit ni les qualités pour se l’approprier par l’exclusive ! Seule la capacité de réaliser ces valeurs et surtout de les vivre peut donner une crédibilité à celles ou à ceux qui voudraient s’en réclamer !
Vive la Franc-Maçonnerie Universelle ! Vive l’égalité des genres ! Vive la liberté d’initier !
La chute de l’ancien président Ali Bongo Ondimba n’a pas eu qu’une incidence sur le plan politique, mais aussi au sein de la la Grande Loge du Gabon. En effet, selon le média Africa intelligence, l’actuel gouverneur de la province du Haut-Ogooué Jacques-Denis Tsanga aurait été élu à la tête de la plus puissante obédience que compte le pays.
Dirigée par Ali Bongo Ondimba depuis 2009, la Grande Loge du Gabon vient de voir un grand bouleversement à sa tête. Et pour cause, l’ancien ministre des Eaux et Forêts aurait été élu à la fonction de Grand Maître de la GLG rompant ainsi avec la tradition non processuel voulant que ce rôle devait revenir au chef de l’État.
L’élection de Jacques-Denis Tsanga à la Grande loge du Gabon piloté par Lin Mombo
Il faut souligner que selon Africa intelligence, cette élection aurait été pilotée par le très influent pro-Grand-Maître numéro 2 de la loge, Lin Mombo, ancien président de l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP). Ce dernier, dont l’influence s’était révélée après son élection en novembre 2022, profitant semble-t-il de l’état de santé diminué d’Ali Bongo Ondimba.
Cette influence, confirmée par l’élection du gouverneur de la province du Haut-Ogooué, s’étendrait au sein du grand collège de la Grande Loge du Gabon, qui est la direction stratégique de l’obédience. À en croire Africa intelligence, il s’était employé à y écarter peu à peu les hommes de Maixent Accrombessi, l’ancien tout-puissant directeur de cabinet d’Ali Bongo Ondimba, à l’image d’Alex-Bernard Bongo, frère cadet du président déchu.
On note que cette stabilité, retrouvée de façade, aurait été encouragée ces derniers jours par la Grande Loge Unie d’Angleterre, maison mère de la franc-maçonnerie dite régulière, à laquelle appartient la GLG, ainsi que la Grande Loge nationale française (GLNF), et la Grande Loge de Russie, obédiences sœurs de la GLG. Leurs grands maîtres respectifs, Jean-Pierre Rollet et Andreï Bogdanov avaient assisté à Libreville à la dernière réélection d’Ali Bongo et Lin Mombo à la tête de la GLG en novembre.
Sur internet, le confinement a favorisé l’émergence de groupes ésotériques et complotistes. L’un d’eux, les Tables Rondes Nouvelles, a fait beaucoup d’adeptes en Bretagne. Son credo : le magnétisme, les soins mais aussi le passage vers un monde nouveau.
Samedi 7 octobre, 10 h. Un groupe de neuf personnes se retrouve sur un parking de la forêt d’Huelgoat (29). Le rendez-vous a été fixé sur un groupe Facebook intitulé Tables Rondes Nouvelles 29 (TRN). Mouvement énigmatique qui a étendu son emprise sur toute la France. Direction la mare aux fées, un endroit assez reculé où le groupe suivra, sous la houlette d’une femme, une séance dédiée aux soins mais aussi à des « baptêmes » de quatre nouveaux adeptes. Rien de blâmable jusque-là. Le problème, c’est que TRN va bien plus loin. Soupçons d’emprise, d’abus de faiblesse et de pratique illégale de la médecine… La Miviludes, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, a reçu plus d’une dizaine de signalements.
Le 22 juillet dernier, des membres du groupe se sont retrouvés dans l’église de Plessala pour une séance de revitalisation énergétique. (Le Télégramme/Didier Déniel)