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Hachette Livre se renforce dans l’ésotérisme avec Mama Éditions

De notre confrère boursorama.com – Par BOURSORAMA AVEC AFP

Le numéro un français de l’édition Hachette Livre a annoncé jeudi s’être renforcé dans l’ésotérisme avec l’acquisition de Mama Éditions, maison tournée vers le développement personnel et la spiritualité.

Cette maison d’édition a été fondée en 2000 par deux auteurs, Tigrane Hadengue et Michka Seeliger-Châtelain, qui avaient cosigné en 1999 un panorama de l’histoire du haschich dans la littérature, « Le Livre du cannabis ». Ils la dirigent toujours.

Les termes financiers de cette acquisition n’ont pas été divulgués.

Mama Éditions s’est développée en publiant des livres sur des sujets ou d’auteurs atypiques, avec pour point commun une certaine méfiance vis-à-vis du rationalisme scientifique et de la médecine instituée.

« Après 23 ans d’existence, la maison propose une centaine de titres, sur des thèmes tels que le chamanisme, la naissance, le bien-être, le jardinage, la nature, la santé et la spiritualité – toujours avec un regard neuf et singulier », écrit-elle sur son site internet.

« Hachette Livre accueille une maison d’édition très reconnue sur le segment de l’ésotérisme et du développement spirituel, lui permettant de renforcer ses positions sur ces segments éditoriaux très dynamiques », a indiqué Hachette Livre dans un communiqué.

« Hachette Livre est entrée sur le marché de l’ésotérisme en 2019, devenant en quatre ans le deuxième acteur du marché », a ajouté le groupe.

À l’époque, il avait créé Le Lotus et l’Éléphant, maison d’édition « de développement spirituel dont le catalogue est spécialisé en arts divinatoires, tarots & oracles, bien-être et développement personnel », a rappelé Hachette Livre.

Ce groupe est passé le 21 novembre sous contrôle de Vivendi, au terme d’une offre publique d’achat réussie.

Préjugés :  le poison de l’universalisme

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L’état de la science des préjugés et stéréotypes est résumé, ainsi que les moyens de lutte associés.

Nous l’avons promis : nous laissons nos préjugés à la porte de nos lieux de travail. Mû par une bouffée d’optimisme, je dirais même que nous n’y arrivons pas si mal. Nous le savons bien : rien de plus clivant que les préjugés, alors que nous cherchons l’union. Alors nous les tenons sévèrement à l’œil , notre méthode et nos rituels sont aussi conçus pour nous aider en cela. Et quand tout se passe bien, nous obtenons le plaisir d’être ensemble sans crainte, même s’il y a des visiteurs peu connus venus de bien loin. Mais tout cela nécessite que la Raison soit aux commandes pour nous tous.

La Raison, c’est le Système 2 de Kahneman, analytique, en recherche de la vérité, méticuleux,…mais sec comme un coup de trique et gros consommateur d’attention et d’énergie. Car il y a aussi le Système 1, intuitif, rapide, automatique, coloré de tous les sentiments. C’est ce système qui domine, parce qu’on n’a tout simplement pas assez de combustible pour garder l’autre au pouvoir. En plus, c’est dans le système 1 que les envies prennent naissance ; les envies sont à la base de l’élaboration du narratif qui nous anime , et que le surpuissant biais de confirmation cherchera toujours à privilégier.

Hélas donc, les préjugés sont indissociables de notre pensée intuitive.

Sommes-nous définitivement démunis face aux préjugés ?

Sylvain Delouvée et Jean-Baptiste Légal ont fait un état des lieux des connaissances scientifiques associées : « Stéréotypes, préjugés et discrimination », déjà en 2e édition.

La brique sous-jacente aux préjugés, et obligatoirement présente, ce sont les stéréotypes. Ceux-ci peuvent être positifs ou négatifs. Leur existence provient de notre nécessité de classer les informations qui nous tombent dessus en avalanche continuelle depuis l’enfance. Les informations sont classées par catégories, que nous avons choisies au préalable. Les stéréotypes sont des simplifications de la réalité et s’accompagnent d’une tendance à exagérer les ressemblances entre les membres de la catégorie qui fait l’objet du stéréotype. Le stéréotype est stocké dans notre mémoire, et c’est lors de son activation par un élément présent que le préjugé peut s’exprimer.

Beaucoup d’équipes de psys se sont depuis la dernière guerre mondiale penchés sur les mécanismes associés. Ils ont aussi développé des outils de mesure, mesures directes ou indirectes, ayant observé à quel point les cultures ( le politiquement correct )  peuvent fausser les tests. Ils ont aussi remarqué que la distance joue un important rôle . À l’intérieur du groupe dont on fait partie les détails sont pris en compte, dans des groupes autres ils sont comme écrasés. Exemple (inventé !) : dans notre maçonnerie française chacun conserve son identité intacte, chez les anglo-saxons ils font tous pareil et récitent par cœur. Bien sûr, nos « lointains », nous les connaissons moins bien que nos proches, cela facilite cette homogénéisation fallacieuse. En plus, nous complétons sans vergogne nos informations par des stéréotypes. Et nous transmettons tout joyeusement à nos enfants. Certaines études montrent que dès l’âge de 3-4 ans, les enfants ont conscience des différences ethniques, et dès 5-6 ans, ils disposent d’une connaissance des stéréotypes raciaux.

Dans les grands narratifs collectifs, les mythes ont une influence certaine. Il existe des mythes négatifs qui accentuent la hiérarchie sociale (racisme, sexisme, nationalisme, etc.) et des mythes qui atténuent cette même hiérarchie sociale (universalisme, multiculturalisme etc.).  Plus les individus sont en accord avec le maintien de la hiérarchie sociale, plus ils expriment des attitudes racistes, sexistes et conservatrices. On retrouve bien là le clivage entre ceux qui croient au progrès humain et ceux qui préfèrent et justifient le statu quo…clivage aussi présent chez les maçons !

L’orientation à la dominance sociale permettrait également de prédire des comportements discriminatoires et pas uniquement des attitudes. Le système social se maintient et se perpétue grâce aux stéréotypes sociaux. Autrement dit, les stéréotypes seraient des outils de justification du système.  Ombre du biais de confirmation : les stéréotypes guident notre jugement pour que ce dernier corresponde à nos croyances. Inutile de vous détailler les conséquences délétères des préjugés : sentiment d’injustice des discriminés, dévalorisation de soi, repli sur son groupe, conflits entre groupes, populisme, guerres larvées puis ouvertes…une ressemblance avec ce que nous vivons actuellement ?

Alors un petit passage en revue des moyens de lutte contre les stéréotypes et les préjugés s’impose.

1 . Privilégier les contacts intergroupes. Là l’exemple du programme Erasmus de l’Union Européenne vient spontanément à l’esprit. Comment haïr des gens avec lesquels on a comme étudiant partagé des bringues ? On était loin de nos bases, qui du coup ne nous serinaient pas leurs préjugés matin et soir. Les opinions publiques européennes ne s’y sont pas trompées et ont exprimé d’emblée leur opposition lorsque la Commission Européenne a évoqué l’idée de mettre fin au programme. Les études scientifiques ont tout de même montré que pour que ces opérations portent tous leurs fruits il faut respecter quelques conditions, parmi lesquelles :

— les participants des deux groupes doivent avoir un statut égal dans la situation d’interaction ;

— la situation de contact doit favoriser, voire requérir, une coopération pour l’atteinte d’un but commun ;

— la situation de contact doit amener les individus à se considérer comme tels et non comme de simples représentants d’un groupe stéréotypé ;

— les normes sociales à l’intérieur et à l’extérieur de la situation de contact doivent favoriser l’égalité des groupes et une association égalitaire.

2. Les buts communs et la coopération. Ici aussi on comprend intuitivement que faisant équipe en vue d’un but commun, les énergies se muent en partie en ciment d’un nouveau groupe commun. Ne pas oublier cependant d’assurer l’atteinte du but assigné, …pas qu’ils se rejettent la responsabilité de l’échec !

3. L’approche sociocognitive. Un peu plus technique, il s’agit de jouer sur la catégorisation : la défaire, modifier les éléments puis les recombiner afin de faire disparaître quelques frontières gênantes. Astuces ici : l’instauration d’une interdépendance, et/ou la création d’une identité globale.

4. Jouer sur l’information, l’éducation et l’empathie. Rappelons-nous ce mythe qui nous expliquait les conséquences de l’ignorance. Connais-toi toi-même :  tes stéréotypes et préjugés, tes biais de raisonnement, etc. et tu réduiras leur influence. Enseigne tout cela aux jeunes. Enfin, l’empathie amène les individus à percevoir que nous partageons tous la même humanité. Ce sentiment diminue la saillance intergroupes et donc les attitudes négatives qui peuvent en découler.

5. La discrimination positive.

Les USA ont abondamment travaillé sur la discrimination raciale via éducation et discrimination positive  ( plus de 350 programmes d’intervention visant à « la réconciliation interraciale ») . Les résultats existent mais sont assez dispersés. Il est vrai que pas mal des recherches psychologiques évoquées ici sont postérieures aux programmes qui ont fleuri après l’assassinat de Martin Luther King.

J’espère néanmoins que ce petit florilège vous fera réfléchir et vous reviendra un peu en mémoire lorsqu’une occasion de le pratiquer se présentera.

Il y a 80 ans, le 15 décembre 1943, les francs-maçons étaient rétablis dans leurs droits

C’est frère Jean qui nous a rappelé cette date anniversaire. Qu’il soit, ici et maintenant, remercié.

Si l’année 2024 sera forte en émotions puisqu’elle marquera le 80e anniversaire du Débarquement et de la Bataille de Normandie ainsi que tous les autres faits majeurs de cette année 44, 2023 commémore, ce vendredi 15 décembre, le rétablissement des droits pour les francs-maçons.

Retour sur la triste et sinistre année 1940…

Pour les nouveaux gouvernants, la débâcle ne trouvait pas son origine dans des erreurs militaires. Elle s’expliquait, pour une part, par les aléas politiques récents mais l’essentiel tenait en fait au soi-disant pourrissement de la société, travaillée par ce que Pétain* (1856-1951) appela lui-même « les forces de l’anti-France », à savoir le Juif, le communiste, l’étranger et le franc-maçon. Dans une vision de complot très caractéristique de l’extrême droite française, rien ne servait de lutter contre l’occupation, qui n’était qu’un symptôme, il fallait s’attaquer aux racines du mal en régénérant la société française de l’intérieur par le rassemblement des éléments dits « purs » autour des valeurs traditionnelles (travail, famille, patrie, piété, ordre) et par l’exclusion des « impurs » responsables de la défaite. Dans cette perspective, le camp d’internement était une pièce majeure du dispositif.

Emblème officiel du maréchal Pétain en tant que chef de l’État.
Emblème officiel du maréchal Pétain en tant que chef de l’État.

Les lois de Vichy sur la franc-maçonnerie

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la franc-maçonnerie subit l’épreuve la plus terrible de son histoire. Celle qui s’est identifiée à la philosophie des Lumières choisit le camp de la France républicaine et démocratique. Affirmant vouloir travailler à « l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité », elle trouve face à elle l’acharnement diabolique des nazis et l’entreprise de persécution mise en place par l’État français du maréchal Pétain. La période 1940-1944 marque l’aboutissement de décennies de frénésie antimaçonnique. L’ordre nouveau du maréchal Pétain, de Laval et de Darlan n’a de cesse de liquider, dans tous les sens du terme, tout ce qui, de près ou de loin, peut avoir un quelconque lien avec la franc-maçonnerie.

Musée de la Grande Loge de France.
Musée de la Grande Loge de France.

Pour Pétain, un Juif n’est jamais responsable de ses origines, un franc-maçon l’est toujours de son choix. Les chiffres, sont eux aussi éloquents : 3 000 fonctionnaires perdent leur emploi, plus de 1 000 sont assassinés par les Allemands et 64 000 francs-maçons sont fichés.

Tout commence le 10 juillet 1940 quand l’Assemblée nationale vote les pleins pouvoirs au maréchal Pétain. Dès l’été, la répression s’abat sur la franc-maçonnerie, frappant les structures de l’ordre, ses biens, ses adhérents, et jusqu’à son image avec la diffusion du film Forces occultes en 1943.

La loi du 13 août 1940 s’attache également à légiférer sur le sort du patrimoine des sociétés secrètes. Le dépouillement de l’Ordre de tous ses biens se fait au profit de l’administration générale de l’Assistance publique pour la capitale et des bureaux de bienfaisance pour la province. Plus tard, les immeubles seront également attribués aux Scouts de France ainsi qu’aux œuvres scolaires et sportives.

Musée de la Grande Loge de France.

Cette loi s’attache en premier lieu à mettre au pas la fonction publique. L’article 5 stipule : « Nul ne peut être fonctionnaire, agent de l’État, des départements, communes, établissements publics, colonies, pays de protectorat et territoires sous mandat français, nul ne peut être employé par un concessionnaire de service public ou dans une entreprise subventionnée par l’État ou par une des collectivités publiques ci-dessus désignées :

S’il ne déclare pas sur l’honneur, soit ne jamais avoir appartenu à l’une des organisations définies à l’article 1, soit avoir rompu toute attache avec elle ;

S’il ne prend l’engagement d’honneur de ne jamais adhérer à une telle organisation, au cas où elle viendrait à se reconstituer.

La déclaration et l’engagement prévus par le présent article sont constatés par écrit. »

En cas de fausse déclaration, des sanctions sont prévues combinant révocation, fortes amendes et peines de prison pouvant atteindre deux années. Dès le 14 août, la menace véritable se précise avec la communication des formulaires prévus à la déclaration des fonctionnaires. Ils sont de deux sortes : un pour les profanes et un autre de renoncement définitif pour les anciens membres. Une deuxième circulaire en date du 1er juillet 1941 prescrit de nouvelles déclarations. Cette fois, les obédiences sont expressément visées : Grand Orient de France, Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière, etc. La chasse aux faux déclarants, c’est à dire ceux qui ont souscrit la déclaration de non-appartenance à la place de celle de renonciation définitive, peut alors recommencer.

La loi du 11 août 1941 ordonne la publication au Journal officiel des noms et rangs des dignitaires et hauts gradés de la franc-maçonnerie. Cette loi prive des milliers de francs-maçons de leur emploi et de leur mandat d’élu.

À moi les enfants de la veuve.

Jamais, les « Enfants de la Veuve » n’ont, en tant que tels, apporté un quelconque soutien au régime de Vichy. Tout au contraire, face à l’adversité, ils ont entrepris de faire face, en se défendant pied à pied, avec « Force, sagesse et beauté ».

15 décembre 1943, la lumière recommence à croître !

Ce jour-là, un mercredi, le général de Gaulle décide le rétablissement des loges maçonniques dans tous leurs droits. C’est la conséquence de la rencontre d’une délégation « fraternelle » qui est reçue, dès le 17 octobre 1943, à Alger par le chef de la France combattante qui apprend et s’étonne « avec une stupéfaction non que les loges de toutes les obédiences ne sont toujours pas autorisées à reprendre leurs travaux ».

Michel Dumesnil de Gramont.

Il charge alors Jacques Soustelle (1912-1990) de régler cette question. Ce dernier en informe les représentants du Grand Orient de France et de la Grande Loge de France. Le Grand Maître de cette dernière obédience, Michel Dumesnil de Gramont (1888-1953) – initié le 16 février 1919 à l’âge de 31 ans au sein de la loge « Cosmos » et grand maître emblématique de la GLDF pendant 14 ans (1934-1935/1938-1948/1950-1952) –, venu à Alger pour y représenter le mouvement de Résistance « Libération-Sud » à l’Assemblée consultative, intervient à son tour.

Assemblée consultative provisoire d’Alger, 1943.

À la tribune, Yvon Morandat interpelle à ce propos le Général qui confirme : « Nous n’avons jamais reconnu les lois d’exception de Vichy ; en conséquence, la Franc-maçonnerie n’a jamais cessé en France ». L’ordonnance du Comité français de la Libération nationale (CFLN) qui abolit les mesures antimaçonniques est signée le 15 décembre 1943. Les biens devront être restitués et les victimes des mesures d’exclusion, réintégrées et reclassées. En effet, de nombreux fonctionnaires maçons ont été révoqués par Vichy pour leur appartenance et sont dans des situations précaires. Certains sont des membres actifs de la Résistance intérieure ou extérieure.

L’ordonnance du 22 novembre 1943 relative aux conditions de réintégration des agents évincés en raison de leur qualité de juif, de leur appartenance aux sociétés secrètes

Associons aussi à cette commémoration, la date du 22 novembre qui est celle de l’ordonnance du 22 novembre 1943 relative aux conditions de réintégration des agents et employés des services concédés ou subventionnés, évincés en raison de leur qualité de juif, de leur appartenance aux sociétés secrètes, ou atteints par la loi du 17 juillet 1940 ou les textes subséquents.

Cette ordonnance traitait de la situation des personnes qui avaient été exclues de leur emploi en raison de leur appartenance ethnique (notamment les Juifs), de leur affiliation à des sociétés secrètes (comme la franc-maçonnerie), ou de leur opposition aux lois et politiques du régime de Vichy, notamment la loi du 17 juillet 1940.

L’ordonnance visait à établir les conditions pour la réintégration des employés des services publics ou des entreprises subventionnées par l’État qui avaient été évincés en raison de leur « qualité de juif », de leur appartenance à des sociétés secrètes, ou parce qu’ils étaient visés par la loi du 17 juillet 1940 ou des textes subséquents. Cette loi du 17 juillet 1940 était un acte constitutionnel établissant les pleins pouvoirs à Pétain et marquait le début de la mise en place du régime autoritaire de Vichy.

Rappelons-nous que le régime de Vichy, collaborant avec l’Allemagne nazie, avait mis en place diverses lois antisémites et des politiques discriminatoires. Les personnes de confession juive et les membres de la franc-maçonnerie étaient particulièrement ciblés, ces derniers étant souvent associés à des idées républicaines et anti-autoritaire.

Par ailleurs, il faut noter que l’impact de cette ordonnance était limité, car elle ne pouvait pas contrer efficacement la vaste portée des discriminations et persécutions menées sous le régime de Vichy. De plus, la situation de la guerre et l’occupation allemande rendaient difficile la mise en œuvre effective de telles mesures.

Après la guerre, avec la chute du régime de Vichy et la libération de la France, de nombreuses mesures discriminatoires ont été abrogées et des efforts ont été entrepris pour restaurer les droits et les positions des personnes injustement persécutées.

Prendre connaissance de l’ordonnance

*Militaire et homme d’État français, Philippe Pétain est surtout connu pour son rôle controversé pendant la Seconde Guerre mondiale. Après avoir été un héros national en France pour son rôle durant la Première Guerre mondiale, notamment lors de la bataille de Verdun, Pétain a pris une trajectoire radicalement différente durant la Seconde Guerre mondiale.

Après la défaite rapide de la France face à l’Allemagne nazie en 1940, Pétain est devenu chef de l’État du régime de Vichy, un gouvernement français qui a collaboré avec l’Allemagne nazie. Ce régime, basé dans la ville de Vichy, était autoritaire, anti-républicain, et a mis en place plusieurs politiques antisémites et collaboratives avec les nazis.

La collaboration de Pétain avec l’Allemagne nazie a inclus diverses mesures, telles que l’assistance à la déportation des Juifs de France vers les camps de concentration, la participation à la persécution des résistants et opposants politiques, et la collaboration économique et militaire avec les forces d’occupation allemandes.

Le 24 octobre 1940, le maréchal Pétain rencontre le chancelier Hitler

Après la libération de la France en 1944, Pétain a été arrêté, jugé pour trahison et condamné à mort, une peine qui a ensuite été commuée en emprisonnement à vie par le général Charles de Gaulle.

Dans la petite gare de Montoire-sur-le-Loir (Loir-et-Cher), le 24 octobre 1940, le maréchal Pétain rencontre le chancelier Hitler en présence de Pierre Laval et du général Keitel. Par une poignée de main symbolique, le maréchal Pétain montre qu’il « entre dans la voie de la collaboration ». Une illustration due à Heinrich Hoffmann, photographe et personnalité politique allemand.

Sources : L’histoire en rafale ; Chemins de mémoire ; Fondation Charles de Gaulle

Les trois photos des fiches (© YG) proviennent du musée de la GLDF et publiées sont aimable autorisation. La photo du bandeau représente les membres du Conseil National de la Résistance, en août 1944, autour de son président Georges Bidault (Démocrate Chrétien). Portrait collectif, groupe de résistants. De gauche à droite : Jacques Debû-Bridel (fédération républicaine et Républicains nationaux) ; Pierre Villon (Front National) ; Gaston Tessier (Confédération française des Travailleurs) ; Robert Chambeiron (secrétaire général adjoint du C.N.R.) ; Pascal Copeau (Libération Sud) ; Joseph Laniel (Alliance Démocratique) ; Lecomte-Boinet (Ceux de la Résistance) ; Georges Bidault ; André Mutter ; Henri Ribière (Libéartion Nord) ; Daniel Mayer (Parti socialiste S.F.I.O) ; Jean-Pierre Lévy (Franc-Tireur) ; Paul Bastid (Parti radical et radical-socialiste) ; Auguste Gillot (P.C.F) ; Pierre Meunier (secrétaire général du C.N.R) et Louis Saillant (C.G.T.).

Mes amis, mes frères

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« Mes amis je me confie à vous, je suis franc-maçon .  »

« Pas besoin de nous le dire on s’en doutait ! »

Cette phase mes sœurs et frères vous avez dû l’entendre vous aussi peut-être de la part de quelques amis proches à qui vous vous êtes confié et avec tout ce que cela entraine. 

Une confidence intime, que l’on fait à une personne ami(e), de confiance, que l’on estime. Une personne proche  avec qui l’on partage déjà de nombreuses idées. Alors on a envie de dire voilà mon point de vue, mes valeurs afin que tu me connaisses encore plus, mais aussi pour que tu partages avec moi ces valeurs qui me sont miennes.

Rien de plus normal. Alors pourquoi souvent ce recul de la part de l’autre que nous pouvons ressentir dans ces moments de confidence.

Je serai tenté de vous dire que nous l’avons un peu cherché en cultivant le mystère sur notre mode de réflexion en loge, qui de par notre choix de vouloir dépasser les discussions dites de club, donne parfois une image hermétique de notre confrérie. Notre comportement secret dans la vie profane voir même discret contribue à renforcer cette image. 

Les temps changent me direz vous, la franc-maçonnerie  évolue tout comme ses modes et ses outils de communication. Depuis fort longtemps  nous connaissons les tenues blanches ouvertes qui sont autant d’ouvertures.

La communication avance et sa gestion ne s’avère pas toujours simple, tant les médias évoluent et deviennent de plus en plus complexes à déchiffrer.

D’ailleurs à travers notre journal on-line, ne sommes-nous pas si je puis dire, sous les spots du monde profane qui peut accéder à nos articles et à nos travaux de recherche. 

Nous sommes dans la communication et nous n’allons pas nous plaindre de ces échanges. S’enrichir avec les autres pour en final trouver des réponses justes à nos questions. 

Petit clin d’œil  à notre frère Franck Fouqueray qui nous l’a rappelé lors de de son entretien video avec Robert Laffont. (« trouver des réponses justes à nos préoccupations… »)…

Ces petites préoccupations intellectuelles sont pour moi noyées dans un flot de surinformation. On connait, on veut savoir et toujours plus, une soif de connaissances s’offre à nous. 

La franc-maçonnerie fait le devant de l’actualité et nous sommes de nouveau concernés: normal. 

Faire dans la discrétion ne devrait pas être une prouesse car nous sommes déjà des communicants en loge, alors le prolongement de cette communication dans la vie profane doit nous interpeler.

Dans le cas de mon propos, faire part de mon appartenance maçonnique à une personne proche.

Ma  première réponse : pas toujours simple, du fait de l’image communicative de la maçonnerie rendue par les médias, qui finalement perturbe  celle ou celui qui va découvrir que nous sommes franc-maçon.

Je crois que toute information qui nous arrive, sur tous les types de médias confondus, agit pour moi, comme une surinformation. Les individus reçoivent la communication et n’ont pas le temps toujours nécessaire  pour l’analyser, la « débiffer » car elle se trouve un peu noyée dans un flot  d’éléments .

Nous sommes dans une complexité que nous avons créé et qui fait que la maçonnerie se retrouve sur le même plan que les guerres et les politiques mondiales. 

Combien de fois des amis m’ont demandé: Et vous en franc-maçonnerie comment vous voyez les choses?

On nous attend un peu au tournant pourrait-ton dire.

Alors finalement, il est normal que les personnes à qui nous allons nous confier soient un peu en retrait car elles ne nous connaissent pas si bien que nous le pensons. 

Nous restons encore assez souvent un mystère  entretenu  ou recherché.


L’extrême droite contre la FM : « Euthanasie : nouvelle offensive de la franc-maçonnerie »

Du site medias-presse.info – Par Pierre-Alain Depauw 

La presse d’extrême s’acharne contre la Franc-maçonnerie et plus particulièrement le GODF sur ses prises de positions concernant le droit à mourir dans la dignité. L’article ci-dessous en est une parfaite illustration :

Le “Grand Maître” du Grand Orient de France, principale obédience maçonnique en France, s’est adressé à Emmanuel Macron pour lui rappeler ses attentes en matière de loi sur l’euthanasie, réclamant “d’accélérer la mise en débat du projet de loi”. Compte-tenu du discours d’Emmanuel Macron pour les 250 ans du GODF, il ne fait pas de doute que le président de la république s’exécutera aussi vite que possible.

A quand la séparation de la franc-maçonnerie et de l’Etat ?

L’euthanasie ou «mort miséricordieuse» des nazis

C’est en tout cas l’occasion de rappeler l’excellente tribune publiée en 2014 par le FigaroVox et signée Julie Graziani, porte-parole du collectif Ensemble Pour le Bien Commun.

Stupeur à la lecture de vos quotidiens en cette fin de semaine, partout le même titre: «Kouchner veut bannir le terme “euthanasie” à cause du mot “nazi”». A première vue on s’étonne, on sourit, puis, voyant qu’il ne s’agit pas d’un canular, on lit l’article. Y sont alors retranscrites les déclarations de Bernard Kouchner, prononcées sur France Inter ce jeudi 26 juin au sujet de l’affaire Bonnemaison. Selon lui, il faut arrêter d’employer le mot d’ «euthanasie» parce qu’il «y a le mot nazi, ce qui n’est pas gentil» (sic)… Pour l’ancien ministre de la Santé il convient plutôt d’«employer des mots doux parce que sinon, on a tout de suite l’impression qu’il y a une agression, qu’on va forcer les gens».

Pourtant, en rejetant l’emploi du mot euthanasie, Bernard Kouchner pointe du doigt, involontairement, un fait historique sur lequel on ne pourra faire l’impasse si un projet de loi sur l’euthanasie et le suicide assisté venait à voir le jour… Ne vous en déplaise Monsieur Kouchner, il existe bien une résonnance historique avec une pratique de l’état nazi appelée l’aktion T4. (…)

L’aktion T4, appelé aussi «programme d’euthanasie» est un véritable protocole d’élimination des handicapés physiques et mentaux mis en œuvre dès 1939 à la demande expresse d’Adolph Hitler. Pour qualifier cette entreprise, le führer employa lui aussi un mot plus doux, celui de «gnadentod» qui peut se traduire par «mort infligée par pitié» ou «mort miséricordieuse». (…)

Il faut aussi rappeler que le Vatican s’était élevé contre les pratiques du régime nazi, en affirmant, dans une communication du 2 décembre 1940, qu’ «il est interdit de tuer, sur ordre de l’autorité publique, des personnes […] qui du seul fait d’une infirmité psychique ou physique, ne peuvent plus être utiles à la nation». Les nazis combattirent ce qu’ils considéraient comme une compassion chrétienne excessive pour les plus faibles plutôt que de s’occuper de la santé du corps national. Ils rejetaient ainsi le principe de charité selon lequel on se soit de soigner tous les malades jusqu’à leur mort.

Alors que les appels à la prudence et les mises en garde, émanant des autorités religieuses, du corps médical ou encore d’intellectuels, se multiplient face à la volonté d’une partie de la classe politique de légaliser l’euthanasie et le suicide assisté, on peut remercier Bernard Kouchner qui nous permet de nous interroger, grâce à son désormais célèbre «euthanasie – pas gentil», sur une question essentielle: quand est-ce qu’un homme cesse d’être utile?

Une confrérie mystique : les ordres fraternels de la Nouvelle-Orléans

Du site officiel hnoc.org

Pendant des siècles, les francs-maçons, les Odd Fellows et d’autres organisations fraternelles similaires ont contribué au réseau de sociétés de bienfaisance et d’entraide qui soutiennent la vie sociale, culturelle et civique de la Nouvelle-Orléans. Dédié à l’établissement de l’amitié et de la compréhension à travers une mission de charité, d’éducation et de bonne volonté, le premier de ces ordres a été créé localement au XVIIIe siècle, et plus d’une douzaine de chapitres, ou « loges », restent actifs dans la ville aujourd’hui.

À travers des objets et des images tirés des collections de THNOC, la nouvelle exposition Une confrérie mystique : les ordres fraternels de la Nouvelle-Orléans explore l’histoire parfois cachée de ces organisations et met en lumière la manière dont elles ont contribué à façonner la ville d’aujourd’hui. Les visiteurs rencontreront de nombreux noms familiers de l’histoire de la Nouvelle-Orléans tout en parcourant le récit, notamment William C. C. Claiborne, Oscar J. Dunn et Homer Plessy, tous membres du lodge, et découvriront les nombreux monuments du paysage urbain dans lesquels l’histoire s’est déroulée. . 

Les loges maçonniques et Odd Fellows sont devenues une partie familière et intégrante de la vie de la ville pour les hommes blancs et noirs de la Nouvelle-Orléans au milieu du XIXe siècle. (Bien que les femmes n’aient pas été autorisées à rejoindre les loges exclusivement masculines, il existait des groupes auxiliaires pour elles.) Entre la guerre civile et le début du XXe siècle, elles furent rejointes par les loges des Chevaliers de Pythias, l’Ordre bienveillant et protecteur des Elks. , Chevaliers de Colomb et autres.

Au-delà des liens de camaraderie, ces loges fraternelles offraient des avantages pratiques à leurs membres. En cas de maladie, les membres recevaient des allocations de secours pour compenser leur incapacité de travail. Les loges ont également pris en charge les frais des soins médicaux, des ordonnances et des funérailles de leurs membres, apportant ainsi un soutien vital à leurs bénéficiaires. Cet impact économique s’étendait aux pompes funèbres, aux médecins, aux pharmaciens, aux imprimeurs et aux fabricants d’insignes, ainsi qu’aux fanfares qui se produisaient lors des funérailles et des défilés annuels.

WWL-TV est partenaire média de A Mystic Brotherhood, une exposition complémentaire à Mystère et bienveillance : Masonic and Odd Fellows Folk Art, une exposition itinérante présentée du 16 février au 10 mai 2024. Mystère et bienveillance a été organisé par l’American Folk Art Museum de New York, à partir de la collection Kendra et Allan Daniel et est visité par International Arts & Artistes, Washington, DC.

Image (ci-dessus) : défilé des Templiers sur Canal Street (détail) ; avril 1922 ; don de Mme Thomas Lennox, 1986.194.23

Une confrérie mystique : les ordres fraternels de la Nouvelle-Orléans
Du 8 décembre 2023 au 10 mai 2024
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Quel humanisme pour notre temps ?

Albert Valren et François Bénétin – Décembre 2023

Cette interrogation nous fut posée à mon ami Albert Valren et à moi-même, à la suite d’articles respectifs publiés dans la revue Points de Vue Initiatiques (n°204 – Juin 2022- Quel humanisme ?) avec l’objectif de conduire une réflexion à deux têtes et d’en construire un exposé à deux voix. En voici le développement.

François Bénétin  

François : Mon Cher Albert, quand on prononce le mot « humanisme », de quoi parle-t-on ?

L’humanisme classique est un universalisme

Albert : L’humanisme classique s’articule autour d’un amour de tout ce qui est humain : il suppose une culture universelle nourrie par l’ensemble des champs de l’expérience humaine et par l’ensemble des savoirs que l’humain a produits. Cette culture universelle prend le nom d’humanités : les humanités saisissent tous les domaines de la connaissance dans une perspective qui se veut généraliste. Au lieu de pousser le plus loin possible l’étude d’une science particulière, l’humaniste les cultive toutes, ce qui par ailleurs ne l’empêche pas d’exceller dans plusieurs d’entre elles.

L’humaniste est un orateur chargé de l’administration de la chose publique, ou bien il est un philosophe qui construit l’édifice d’une pensée universelle, ou encore il est un artiste dont l’œuvre produit les formes les plus remarquables de la culture. Il se distingue du commun des hommes par le caractère public de son activité : c’est un individu qui agit en vue de tous. Ses œuvres matérielles ou intellectuelles étendent le champ de leur action à l’humanité entière. L’humaniste classique agit au nom de la raison universelle, au nom d’une culture de l’humanité, au nom d’une idée de l’humain qui puisse s’appliquer à tous les individus.

Le temps de la division

François : L’époque dite des Lumières, amorça une lutte de deux siècles contre l’absolutisme et l’obscurantisme religieux, une ouverture au moins d’intention aux autres cultures, un courant de diffusion des connaissances. L’humanisme des Lumières rassemblait toutes les valeurs contenues dans les perspectives de cette pensée nouvelle.

Mais elle ouvrait aussi un obscurantisme d’une autre nature, établi sur l’idée que les valeurs occidentales devaient naturellement s’imposer à tous comme celles conduisant au souverain bien. 

Une nouvelle ère d’oppression se développa en particulier à travers le colonialisme et par ailleurs sous des formes de manifestation de l’horreur humaine telles qu’elles n’avaient pu être imaginées.

Deux-cents ans plus tard, l’expansion foisonnante des régimes autoritaires bafouent les libertés individuelles et instaurent la répression comme système de gouvernement, l’intolérance religieuse adopte pour moyen de conquête ou de reconquête le terrorisme généralisé, la puissance de diffusion mise à la portée de tous ouvre une porte médiatique sans précédent à l’intolérance, le rejet de l’autre, l’insulte et le dénigrement d’autrui et répand de ce fait une fièvre contagieuse susceptible de contaminer par aveuglement des populations.

La cristallisation de ces phénomènes porte aujourd’hui les noms de civilisation de l’individualisme, civilisation de l’indifférence, civilisation des communautarismes et la rapidité de leur fixation ne permet plus de distinguer s’ils sont des mutations pérennes ou les phénomènes éphémères de notre époque.

Nous sommes dans le temps de la division. Comment envisager que le mot « humanisme » puisse encore avoir un sens ? Cette question en appelle une autre concomitante et indissociable : Quel sens prend le concept d’universalisme ?

Thème privilégié de la réflexion maçonnique, dans un monde qui n’est pas comparable à celui des perspectives du XVIIIème siècle et dont les caractéristiques sont : diversité, contradiction et oppositions des cultures, des organisations sociales, des doctrines politiques, des conceptions spirituelles.

Nous sommes entrés dans le monde de la singularité, mais le poids pour un occidental de sa propre culture qui lui sert de moule, occidental tel que nous le sommes ici en majorité, rend difficile pour lui de cerner la notion de singularité.

L’ambiguïté du mot « humanisme »

Albert : Mon Cher François, votre inquiétude est légitime, mais sans doute faut-il aller plus loin et, à partir de cette inquiétude, découvrir des perspectives plus authentiques de ce qui constitue véritablement l’humanisme.

Mais cet humanisme nous parle-t-il encore ? Résiste-t-il à notre temps ? Quelle définition universelle de l’humain et de la culture peut prévaloir aujourd’hui devant l’affirmation de la diversité des manières d’être humain ? Le tout de l’humanité paraît réducteur devant les expressions diverses de ceux qui la composent.

Le mot « humanisme » est blessé par l’histoire : l’édifice des arts et des sciences n’empêche pas le déploiement de la violence ; la proclamation de la dignité de l’homme n’empêche pas que des groupes humains soient niés dans leur humanité ; l’amélioration des conditions de vie matérielles assuré par le progrès des sciences et des techniques n’empêche pas le développement de moyens de destruction.

Le radical « humain » dans le mot « humanisme » est lui-même biaisé. L’humain ne peut plus être aujourd’hui considéré comme une créature d’exception : il est saisi au contraire dans un ensemble organique, dans une écologie où son empreinte est remarquable. Il fait partie d’un tout qui le dépasse et qu’il ne parvient à comprendre qu’imparfaitement. Son intelligence et ses savoir-faire se mesurent à l’intelligence et aux habiletés d’autres espèces tout aussi remarquables dans leurs particularités. L’humain aujourd’hui n’est plus le symbole d’un accomplissement qui justifierait sa supériorité dans la nature. Il est une singularité parmi d’autres singularités. Dès lors, comment aimer tout ce qui est humain sans aimer d’un même mouvement les dehors de l’humanité ? Le mot « humanisme » suffit-il à rendre compte de cet amour plus vaste auquel nous sommes invités ?

Je crois d’ailleurs, Mon cher François, que vous voulez nous parler d’un homme remarquable qui nous a apporté un regard saisissant sur l’humanisme et justement sur sa singularité.

Le temps de la singularité

François : Un texte paru en espagnol à Cuba, puis en anglais à New-York en 1939 et ensuite en France intitulé « Cahier d’un retour au pays natal » dont l’auteur est Aimé Césaire, a cristallisé une nouvelle conception à laquelle nous pouvons donner ici le nom de singularité, tout en précisant qu’elle ne fut pas ainsi baptisée à l’époque.

L’œuvre d’une quarantaine de pages a été célébrée comme une charte de la « négritude » et de l’anticolonialisme. Aimé Césaire est ainsi devenu un penseur de référence politique, social et philosophique, instituant une « idéologie de la négritude » ancrée dans l’histoire postcoloniale. Mais ce serait réduire la compréhension du texte d’Aimé Césaire que de s’en tenir là. Le texte d’Aimé Césaire est un texte poétique. Il faut lire le texte comme un poème. La pensée de la « négritude » n’est pas une philosophie illustrée par le poème. La « négritude » naît de l’acte poétique et cet acte poétique revêt une signification politique.  

La « négritude », c’est une condamnation de la raison européenne. Aimé Césaire découvre sa peau noire à Paris. La protestation d’Aimé Césaire, c’est la protestation contre l’attitude dite essentialisme. Cette attitude réduit toute entité à une ou des catégorisations comme : c’est un bourgeois, c’est un Sicilien, c’est une midinette, c’est un Juif, c’est une intello, c’est un noir, etc. La pensée essentialiste présente l’inconvénient de générer de nombreuses idéologies réductrices, discriminatoires, racistes ou extrémistes. Ce que nous apprend Aimé Césaire est dans la description de son identité : Il a la peau noire, il est des Caraïbes, il est Français, il est ce qu’il a appris en France, il est les racines de toute l’Afrique depuis les temps les plus anciens et il est également l’Europe. Mais il n’est pas la créolité (« Ma créolité, disait-il, je la laisse à Joséphine de Beauharnais. »), il n’est pas un musicien noir de jazz, il n’est pas le bon nègre à son bon maître, il n’est pas le folklore des Antilles, Il éclate hors de toutes ces définitions. Il est plus que cela. « Je suis plus que ce qu’on me dit », dit-il, « Je suis plus que ce que je sais. »  Nous sommes au-delà des masques de peau. Le masque est là, certes. Je suis dans une dimension universelle : le monde de l’Afrique, le monde de l’Europe, je suis tout ça. J’assume cette totalité. Il n’y a pas un bout de monde qui ne porte ma trace. Ma revendication : « je sais maintenant qui je suis et j’en suis fier. » Je dis à l’occident : « nous vous haïssons, vous et votre raison. » « Je suis l’Universel pour ceux qui ont la bouche close. » et entre nous : « il y a quelque chose qui nous unit : être résistant ! »

La question du particulier et de l’universel est posée. Elle débouche sur un paradoxe : « C’est en étant le plus particulier qu’on est le plus universel. » Quelle est l’articulation entre ce que l’on est et l’universel ? Comment l’idée d’universalisme peut-elle convoquer toutes les singularités ? Singularités individuelles, singularités de cultures, singularités d’organisations sociales, et d’organisations politiques, singularités spirituelles ?

Peut-être la formule d’Aimé Césaire s’adresse-t-elle au monde entier comme fondement de l’universalisme : « Être résistant ! C’est-à-dire être résistant pour garantir à chacun ‘’la liberté d’être qui il est’’ ». 

Quel vaste chantier exaltant autant qu’illusoire serait une telle perspective pour le monde ? Ce serait également une belle perspective pour la franc-maçonnerie, mais quels moyens seraient les siens ? Quelles actions pourrait-elle envisager ?

Or, me semble-t-il, on ne peut aborder la question « Quel humanisme pour demain ? » sans poser celle de la problématique de l’universalisme et celle du passage de la singularité à l’altérité.

Mais, je parle, je parle, et je crois que vous avez sur le sujet des éclairages qui élargissent notre réflexion à des dimensions saisissantes.

Un humanisme ouvert à l’altérité des cultures

Albert : Ouvert à la diversité des mentalités, l’humaniste reconnaît l’altérité des cultures et des modes d’être des différents peuples à la surface de la terre. Ainsi, Montaigne regarde le cannibale du Nouveau Monde comme un miroir tendu à la violence qui s’exerce sur le Vieux Continent. De ces autres ou de mes proches, qui sont les barbares ? Ceux qui mangent la chair de leurs ennemis selon le rite, ou bien ceux qui ensanglantent cruellement villes et villages ?

Contemporains des grandes explorations, l’humanisme renaissant puis l’esprit des Lumières dont hérite notre modernité sont sensibles aux regards portés sur le voyageur par des peuples éloignés. Aux yeux d’un Indien d’Amérique venu en France en ambassade, rapporte Montaigne, notre roi n’est qu’un enfant au milieu de ses ministres plus âgés que lui. Dans le regard de Bougainville et de certains des compagnons de voyage qui naviguent avec lui jusqu’à Tahiti dans les années 1760, les mœurs tahitiennes, par les libertés qu’elles semblent manifester, remettent en question l’édifice des prescriptions et des interdits moraux sur lesquels la civilisation européenne a cru régler les comportements. Plus tard, dans les années 1930, séjournant auprès des Tupinambas de la forêt brésilienne, Claude Lévi-Strauss apparaît comme un sauvage aux yeux de ces hommes et de ces femmes nus parce qu’il porte la barbe. Le regard de l’humaniste s’ouvre au contact de l’autre. Dans le regard de cet autre, il se découvre autre lui-même. L’humaniste apprend à se connaître soi-même dans la différence, comme partie d’un monde marqué par la pluralité.

Un humanisme ouvert à plusieurs formes de rationalité

Albert : La pluralité du monde ne concerne pas seulement les mœurs, mais aussi les modes de pensée et d’action, c’est-à-dire les manières d’appréhender le monde, de construire le réel. Reconnaître la pluralité des modes de pensée et d’action, c’est reconnaître d’un même mouvement que le réel est multiple. La rationalité n’est pas réductible à l’exercice de la Raison, force motrice opposée à « l’imagination maîtresse d’erreur et de fausseté, puissance fondatrice de civilisation et opposée à une « mentalité primitive » fantasmée par des anthropologues aveuglés par les biais de leurs propres démarches intellectuelles. La reconnaissance de la pluralité du monde conduit vers la prise en compte de plusieurs formes de rationalité qui impliquent des catégories de pensée diverses et presque inimaginables avant de les avoir rencontrées.

Vous-même, mon cher François, je crois que vous avez quelques propos différemment composés sur l’altérité.

Le temps de l’altérité

François : Passer de la singularité à l’altérité, c’est passer de la reconnaissance de l’autre dans sa totalité et dans sa liberté à comment tourner mon regard vers cet autre. Cette question simple dans son énoncé « Comment tourner mon regard vers cet autre » est complexe dans son développement et jalonnée d’impasses. L’expression « tourner mon regard vers cet autre » est formulée ici en écho aux idées d’Emmanuel Lévinas. Lévinas estime que, compte tenu de l’altérité de l’autre, les voies de réalisation de l’homme passent par la connaissance, mais qui reste une voie partielle et par la sociabilité, voie complète. Cette voie de la sociabilité repose sur le regard et le visage. L’Autre est visage et il faut l’accueillir. Le regard porté à ce visage crée la véritable rencontre avec l’autre. Puis, de cette rencontre naît un engagement réciproque : après avoir découvert autrui dans son visage, je découvre que je suis responsable de lui.

L’idéal de Lévinas est magnifique. Elle pourrait porter le nom de fraternité, la vraie fraternité, celle convertie en actes et sacrifices. Mais l’idéal de Lévinas comme celui d’une fraternité totale sont des idéaux difficilement atteignables.

L’Autre ici nommé est-il UN ou multitude ?

Quelle attitude adopter quand l’Autre est multitude ?

Quelle attitude adopter quand les valeurs, les principes, les règles de vie, l’absence de considération pour les humains et l’humanité sont, chez l’Autre, intolérables ?

« Il faut être tolérant, mais il y a de l’intolérable ! » nous disait Jean d’Ormesson.

Mais vous Albert, qui n’avez pas de limites, vous allez encore plus loin. Vous êtes gonflé !

Un humanisme ouvert aux formes du vivant

Albert : Allons plus loin, puisque l’humanisme ne peut plus se réduire aujourd’hui à la seule relation de l’humain à lui-même. L’étude encore récente des comportements animaux produit des résultats remarquables. Certains d’entre eux semblent posséder des facultés qui les rapprochent de nous, humains. Dans l’océan Pacifique, au large du Japon, un poisson réalise une danse nuptiale. Il balaie le sable de ses mouvements ondulatoires et répétitifs. Ce faisant, il trace des lignes sur le sol et creuse de petits trous dans le sable. Une fois sa danse achevée, apparaît alors sur le sol un tracé circulaire constitué de formes symétriques : le poisson-globe a dessiné une rosace au centre de laquelle il ira déposer quelques coquillages. Cette œuvre géométrique a été tracée sans compas et sans le recul nécessaire à l’œil pour percevoir sa régularité. Elle paraît rapprocher ce poisson de nous, apprentis géomètres. Pourtant, que pouvons-nous savoir de la manière dont le poisson-globe perçoit son dessin ? Que pouvons-nous savoir de la façon dont il éprouve dans son corps l’art du tracé, lui qui a des nageoires et non des mains ? Que pouvons-nous connaître de cette altérité, sinon qu’elle contient une part d’inconnaissable parce que notre corps et celui de ce poisson, le réseau neuronal de notre intelligence et le réseau de la sienne sont si intimement différents ? Peut-être d’ailleurs cette différence apparemment évidente nous aveugle-t-elle sur un « nous » qu’il serait possible d’énoncer, incluant nos deux altérités ?

Alors, mon cher François, l’humanisme : espérance ou désespérance ?

Humanisme : espérance ou désespérance ?

François : Est-il possible de construire un monde où, étape par étape, la considération de l’Autre, dans son altérité, puisse évoluer ? Il faudrait pouvoir, selon la belle expression du Passé Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil de France, passé à l’Orient éternel, Albert Chevrillon, « Construire le monde par l’intelligence ! » et sans doute cela passerait-il par un projet d’éducation des hommes et un projet de connaissance. Mais il faut bien trouver un tant soit peu de longueurs d’onde communes à défaut de valeurs communes.

« La belle affaire ! Et vous faites comment ? » Me répondra-t-on et on aura raison.

Dans le monde de demain, puisqu’il s’agit de réfléchir sur « Quel humanisme pour demain ? », tous les voyants sont au rouge. Force est de constater le naufrage du monde, non pas celui qui découle de causes matérielles ou naturelles, mais celui qui découle de la multiplication, de l’essor et du succès des dictatures, celui qui découle d’une accélération non maîtrisable de techniques elles aussi non maîtrisables, qui, si elles peuvent enrichir l’homme en lui ouvrant des chemins de connaissance illimitée, génèrent par ailleurs la manipulation, l’endoctrinement et l’obscurantisme à l’échelle mondiale. Symboliquement, cela ressemble à la destruction d’un temple, et, pour reprendre une ancienne expression d’Edgar Morin, cela provient « d’un manque de réflexivité du monde. »

L’espérance d’un nouvel humanisme ?

François : La réflexivité ! et, associée à la réflexivité, la pensée complexe, telle que justement Edgar Morin nous les propose depuis plusieurs décennies. Voilà une voie porteuse d’espérance.

La réflexivité, c’est l’idée d’une démarche par laquelle je m’interroge moi-même (comme je me regarde dans un miroir) et où je suis interrogé par autrui (qui me renvoie ainsi une image) sur mes propres actes et mes propres discours. Un stade du miroir, en quelque sorte, avec son corollaire immédiat de prise de conscience de l’identité-altérité, de la relativité d’un point de vue particulier et des observations que ce point de vue permet ou ne permet pas de proposer en partage. En fait, c’est une opération profondément humaine et sociale, vécue régulièrement par tous les humains, mais qui peut être annihilée par le sentiment de posséder une autorité puissante, laquelle impose dès lors de façon unilatérale et sûre d’elle, sans remise en question, un point de vue et une vision des choses.

Ce sentiment d’autorité puissante, sa concrétisation légale ou reconnue comme légitime par ceux qui l’exercent – voire ceux sur qui elle s’exerce – se développent dans divers secteurs de la vie sociale, religion ou politique souvent, enseignement et recherche scientifique aussi, qui ont partie liée : éducation et science sont souvent instrumentalisées par les pouvoirs politiques ou religieux ; les convictions de tous ordres orientent toujours les activités d’enseignement et de recherche, même inconsciemment et c’est précisément là que se pose le problème de la place de la réflexivité, de façon aiguë.

Si je me regarde dans la glace, ne suis-je pas cet être de pouvoir et d’autorité absolue avec mes valeurs que je crois universelles, ma morale dont je crois les principes comme évidents au bon sens de tous les autres, mes condamnations de ce que je crois haïssable chez l’Autre et sa communauté ! L’obscurantisme que je vois partout n’est-il pas d’abord le mien ? C’est effrayant !

Ainsi, ce n’est pas une nouvelle philosophie de l’Autre qui est à construire, ce qui est à construire, c’est à la fois une nouvelle Connaissance de l’Autre hors des préjugés et des jugements et un nouveau regard porté sur l’Autre hors des a priori liés à ma culture, mon contexte, mes opinions, ma morale et mes croyances.

En ce sens cette démarche résonne comme un écho à celle de l’humanisme de la Renaissance, qui prôna le développement d’une Connaissance à partir des textes anciens en allant vers l’origine de ces textes et qui exalta la liberté de conscience et la liberté de se faire une opinion par soi-même hors des interprétations religieuses chrétiennes de l’époque.

En fait, mon cher Albert, n’y a-t-il pas au terme de notre réflexion une voie qui conduit vers un certain enchantement ?

Une éthique de l’émerveillement

Albert : L’esprit de l’humanisme me paraît fondé sur une éthique de l’émerveillement : se merveiller, en ancien français, c’était s’étonner, se laisser surprendre. Cela pourrait être reformulé par : être sensible à ce qui se présente, accueillir celui qui vient. De « ce qui vient » il n’y a qu’un pas vers l’aventure, vers ce qui advient. Il devrait y avoir dans l’humanisme, plutôt que l’aspiration à une maîtrise, une forme de déprise. Au lieu de circonscrire le champ de l’universel, au lieu de reconstituer l’unité fantasmée des origines ou l’unité attendue à la fin des temps, un humanisme pour notre temps présent cheminerait vers le multiple et vers l’inattendu. Contre une doctrine qui tendrait à donner à l’histoire humaine un sens unique lié à la domination d’une seule manière d’habiter le monde, fût-elle nommée progrès, l’humanisme devrait se fonder sur l’écoute et la considération de la diversité des modes de relation au monde. À l’humanisme classique qui parlait « au nom de » et de ce fait « à la place de » en invoquant l’universalité d’un discours porté par des valeurs abstraites, il me semble que notre temps doit répondre par un humanisme porté à « parler avec ».

François : Je vous interromps un instant, Albert. Dans son excellent livre Americanah qui raconte l’aventure de sa vie depuis les Etats-Unis au Nigéria, son pays d’origine, Chimamanda Ngozi Adichie déclare : « En descendant de l’avion à Lagos, j’ai eu l’impression d’avoir cessé d’être noire. »

Que pensez-vous de cette exclamation ?

Un humanisme ouvert aux singularités des situations individuelles

Albert : Pour comprendre le racisme il n’est pas besoin d’en avoir été soi-même victime, pourtant la parole d’une victime du racisme est irréductible. La lutte pour l’égalité au nom de laquelle tout individu peut s’engager contre le racisme ne rend pas compte de la situation particulière de celle ou de celui qui l’éprouve dans sa chair. À l’intersection des expériences de vie se situent d’autres singularités. Issu de la classe ouvrière, une victime de racisme fait aussi l’expérience du mépris de classe. Mais les stéréotypes attachés aux travailleurs étrangers ne sont pas identiques à ceux qui s’attachent à de riches étrangers. Si cette personne est une femme, elle aura à faire face à la misogynie. Mais la misogynie ne s’exprime pas de la même façon dans tous les milieux sociaux, et les préjugés à l’égard des femmes mêlés de racisme prennent eux-mêmes des expressions particulières.

La possibilité de dire « nous »

Albert : Ainsi, si l’humanisme est un universalisme ouvert à l’altérité, c’est vers le particulier qu’il doit tendre, et il doit pour cela tendre l’oreille aux situations concrètes qu’un discours de valeurs ne permet pas d’appréhender dans la spécificité du vécu qu’elles impliquent. Parler avec, c’est entrer en dialogue avec la parole de l’autre sans la réduire à la généralité d’un universalisme qui rapporterait toute expérience humaine à des catégories de pensée abstraites de l’expérience. Parler avec, c’est par conséquent savoir faire place au langage de l’autre en ayant conscience que mon propre langage n’en est pas l’équivalent exact. Dès lors, parler avec, c’est parler ensemble de deux voix différentes. Comme celui des premiers temps, l’humanisme dont je développe ici l’idée est en quelque sorte un art de la traduction.

La relation d’altérité suppose qu’il est possible de dire « nous », mais aussi que ce « nous » n’est pas préalablement défini, et plus encore que ce « nous » puisse contenir une part toujours insaisissable. Nous, peuples du monde aux cultures non superposables ; nous, êtres vivants aux corps et aux expériences dissemblables ; nous, individus singuliers qui communiquons sans que nos propos ne se recouvrent jamais tout à fait.

Mais mon cher François, il est temps, je crois, de nous approcher d’une sorte de conclusion. Je crois que vous en avez trouvé une dans les propos d’une femme remarquable, Madame Mireille Delmas-Marty

L’humanisme pour demain a besoin d’une boussole commune

François : Madame Mireille Delmas-Marty, professeur honoraire au Collège de France, membre de l’Académie des Sciences Morales et Politiques, plaidait pour un changement de regard sur la mondialisation, pour un nouvel humanisme juridique

« J’oppose volontiers la pensée dynamique à la pensée dogmatique, rejoignant ainsi la « pensée du tremblement », qui n’est selon Edouard Glissant « ni crainte, ni faiblesse, mais l’assurance qu’il est possible de durer et de grandir dans l’imprévisible ». Elle oscille donc, d’un point à l’autre, d’un dogme à l’autre, d’un vent à l’autre. Car la mondialisation crée des tourbillons de vents contraires. Elle invoquait l’idée d’une boussole des possibles.

« Nous avons besoin d’une boussole commune, disait-elle encore en 2019, afin d’affronter l’inconnu et continuer à vivre dans une époque incompréhensible ? »

En conclusion, et en suivant toujours les propos de Mireille Delmas-Marty,

Nous avons plus que jamais besoin d’une régulation par le droit à l’échelle mondiale : il nous faut un droit souple, pluriel et dynamique, instable mais stabilisé par référence aux différents courants de l’humanisme, car pour que l’harmonie soit acceptable par tous, elle doit s’inspirer d’une vision pluraliste. A la notion d’ordre juridique se substitue celle du « pluralisme ordonné ». Loin d’opposer l’universel et le particulier, on peut les conjuguer, en un ordonnancement qui porte et prolonge la pluralité des visions de l’universel. C’est ainsi que la boussole des possibles élève, au-dessus du grand désordre des vents de la mondialisation, une « spirale des humanismes ». Comme si ces diverses visions, alternant l’individuel et le collectif, s’enroulaient sans fin autour d’un axe pour former une spirale qui symbolise la permanence de l’être à travers son évolution

Construire le monde par l’intelligence pour faire émerger une boussole commune à l’humanité, tel pourrait être la dynamique d’un humanisme pour demain.

Mon Cher Albert, je vous laisse le dernier mot.

La diversité intrinsèque à la pratique maçonnique

Albert : Un rite maçonnique est une composition de symboles qu’ordonne le déroulement d’une cérémonie. Ces symboles, issus pour partie des métiers de la construction, sont réinterprétés par le rite en étant placés dans un ensemble qui inclut des références à d’autres traditions. La pratique maçonnique se détache ainsi de l’exercice du métier de maçon en donnant aux outils de construction un sens nouveau de nature spirituelle. Elle partage ce cheminement avec les arts martiaux qui apparaissent quand l’art de la guerre est devenu moins nécessaire, les gestes et les armes de combat étant alors traduits pour devenir les figures d’un exercice spirituel.

La spécificité de l’édifice rituel en franc-maçonnerie est sa diversité intrinsèque. Le rite est composite : il puise à plusieurs sources qui à leur origine peuvent être étrangères les unes aux autres. Les références du rite sont potentiellement illimitées, aussi c’est dans l’exercice de ses cérémonies que chacun peut en éprouver la cohérence. Celui qui a été reçu selon un rite maçonnique s’est vu transmettre un corpus de symboles avec la charge de les travailler selon sa sensibilité propre.

La pratique maçonnique inscrit donc en chacun une part d’altérité. Faisant accueil à cette altérité, l’initié est de toutes les traditions de pensée sans être d’aucune en particulier. Le rite est un point d’ancrage. Réciproquement, en exprimant sa propre compréhension du rite, chacun apporte dans une cérémonie maçonnique l’esprit qui est le sien, qui la colore de manière singulière et inattendue. S’il est un lieu où il est possible qu’un « nous » ne soit pas la réduction des particularités à quelque chose de commun, mais la composition d’une assemblée autour d’une parole en partage, une loge maçonnique est peut-être ce lieu. L’humanisme peut y être vécu sous cette forme.

La franc-maçonnerie et le monde du dehors : un point aveugle

Si l’on admet qu’une loge, et à plus forte raison une obédience maçonnique, est une assemblée composite où les convictions de chacun ne sont pas destinées à être réduites à une prise de position commune, alors il n’est pas certain que les loges ni les obédiences aient une parole à adresser au monde : en quel nom s’exprimeraient-elles ?

Cependant, dans l’enceinte de ses murs ou sur les pages d’une revue, une loge et à plus forte raison une obédience peut être une terre d’accueil de la diversité et porter haut des voix dissonantes et contradictoires qui plutôt que de s’annuler mutuellement se complètent comme les pierres d’une mosaïque.

François : Ne seriez-vous point dans l’attente de quelque chose, comme un discours fondateur ou une proclamation fondatrice qui émergerait de l’expression maçonnique et s’étendrait au monde ?

Albert : A défaut de proclamation d’un texte fondateur, que diriez-vous d’offrir à nos amies et amis de ce soir un joli poème qui parle d’humanisme ?

François : Oh !… Je crois deviner ce à quoi vous faites allusion. C’est une excellente idée ! Je suis prêt à vous suivre.

Albert : On y va ?

François : On y va !

Ma Loge mère

Albert :Il y avait Rundle, le chef de station,
Beazeley, des voies et travaux,
Ackman, de l’intendance,
Dankin, de la prison,
François :Et Blake, le sergent instructeur,
Qui fut deux fois notre Vénérable,
Et aussi le vieux Franjee Eduljee
Qui tenait le magasin « Aux denrées Européennes ».
Albert :Dehors, on se disait : « Sergent, Monsieur, Salut, Salam ».
Dedans c’était : « Mon frère », et c’était très bien ainsi.
François :Nous nous réunissions sur le niveau et nous nous quittions sur l’équerre.
Moi, j’étais second diacre dans ma Loge-mère, là-bas !
Albert :Il y avait encore Bola Nath, le comptable,
Saül, le juif d’Aden,
Din Mohamed, du bureau du cadastre,
François :Le sieur Chucherbutty,
Amir Singh le Sikh,
Et Castro, des ateliers de réparation,
Le Catholique romain.
Albert :Nos décors n’étaient pas riches,
Notre Temple était vieux et dénudé,
Mais nous connaissions les anciens Landmarks
Et les observions scrupuleusement.
François :Quand je jette un regard en arrière,
Cette pensée, souvent me vient à l’esprit :
« Au fond il n’y a pas d’incrédules
Si ce n’est peut-être nous-mêmes ! Car, tous les mois, après la tenue,
Nous nous réunissions pour fumer
Albert :Nous n’osions pas faire de banquets
De peur d’enfreindre la règle de caste de certains frères.
Et nous causions à cœur ouvert de religion et d’autres choses,
Chacun de nous se rapportant
Au Dieu qu’il connaissait le mieux.
François :L’un après l’autre, les frères prenaient la parole
Et aucun ne s’agitait.
L’on se séparait à l’aurore, quand s’éveillaient les perroquets
Et le maudit oiseau porte-fièvre ;
Albert :Comme après tant de paroles
Nous nous en revenions à cheval,
Mahomet, Dieu et Shiva
Jouaient étrangement à cache-cache dans nos têtes.
François :Bien souvent depuis lors,
Mes pas errant au service du Gouvernement,
Ont porté le salut fraternel
De l’orient à l’Occident,
Comme cela nous est recommandé,
Albert :De Kohel à Singapour
Mais combien je voudrais les revoir tous
Ceux de la Loge-Mère, là-bas !
François :Comme je voudrais les revoir,
Mes frères noirs et bruns,
Et sentir le parfum des cigares indigènes
Albert :Pendant que circule l’allumeur,
Et que le vieux limonadier
Ronfle sur le plancher de l’office.
François :Et me retrouver parfait Maçon
Une fois encore dans ma Loge d’autrefois.
Albert :Dehors, on se disait : « Sergent, Monsieur, Salut, Salam ».
Dedans c’était : « Mon frère », et c’était très bien ainsi.
François :Nous nous réunissions sur le niveau et nous nous quittions sur l’équerre.
Moi, j’étais second diacre dans ma Loge-mère, là-bas !
 Ma Loge Mère
Rudyard Kipling

Mémento Chevalier d’Orient et d’Occident, 17e degré du R.E.A.A.

Souvent utilisé pour désigner un aide-mémoire ou un manuel concis qui résume les informations essentielles, le but d’un mémento est de fournir une référence rapide et facile, donnant ainsi accès à des informations détaillées. Ici, il s’agit de tout savoir, ou presque, sur les degrés de l’Apocalypse…Reconnaissons qu’il s’agit bien là d’un outil plus que précieux.

Commencé dès 2014 avec le Mémento 1er degré R.E.A.A.-Paroles d’Apprenti, ce type d’ouvrage éclairant le nouvel initié dans son long et beau cheminement maçonnique, voie de perfectionnement et d’accomplissement de sa propre personnalité, depuis le début – passage sous le bandeau, cabinet de réflexion, cérémonie de réception, serment, chaîne d’union, etc. – jusqu’à gravir, le moment venu, tous les barreaux de l’échelle du Rite Écossais Ancien et Accepté, qui en comporte trente-trois.

De ces « Degrés de l’Apocalypse », correspondant aux 17e et 19e degrés du Rite Écossais Ancien et Accepté, Pierre Pelle Le Croisa débute par en donner l’origine. Et de nous exposer aussi à quoi se réfère ce 17e grade, celui de Chevalier d’Orient et d’Occident.

Pour cela, il puise aux meilleurs sources, s’appuyant sur les écrits de trois éminents maçons : Paul Naudon (1915-2001) docteur en droit, historien et auteur spécialisé dans l’étude de la franc-maçonnerie et de son histoire, Yves-Max Viton, grand maître de la GLDF de 2003 à 2004, qui a consacré une grande partie de ses recherches et de ses écrits à explorer les origines, les pratiques, les symboles et les implications historiques et culturelles de l’art royal et le philosophe Daniel Beresniak (1933-2005) connu pour ses analyses détaillées des symboles et rituels maçonniques et ses contributions appréciées pour leur profondeur et leur clarté.

De Georges Bertin, reconnu pour ses travaux dans le domaine de l’ésotérisme, de la symbolique maçonnique et des traditions initiatiques – ses recherches se distinguant par une approche multidisciplinaire, englobant l’histoire, la sociologie, la philosophie et l’anthropologie des traditions ésotériques – l’auteur, en s’appuyant sur ses écrits, donne le sens de ce degré qui joue un rôle important dans le parcours maçonnique, le situant dans la succession des degrés capitulaires et lui conférant sa signification dans le contexte de l’enchaînement des grades.

Tablier Chevalier d’Orient et d’Occident – Source Nos-Colonnes-Boutique Maconnique.

Pierre Pelle le Croisa nous explique d’où provient cette parenté entre les Chevaliers d’Orient et d’Occident et les francs-maçons, reprenant l’explication de Claude Guérillot, retraité de l’enseignement supérieur, initié à la GLDF en 1972 et reconnu pour sa rigueur académique et son engagement envers une étude approfondie de la franc-maçonnerie.

Se fondant sur les instructions maçonniques du 17e degré, considérées comme confidentielles et réservées aux membres de ce degré – chaque degré du R.E.A.A. comporte ses propres enseignements, rituels, symboles et significations, qui sont traditionnellement gardés secrets au sein de l’ordre écossais – l’auteur évoque quasiment tous les aspects généraux de ce degré (thèmes et symbolisme, réflexions, rituel et cérémonie, langage des couleurs, etc.).

Nous aimons tout particulièrement comment l’auteur, bien au-delà d’aborder la vision ésotérique de l’Apocalypse, compris comme une révélation, et d’expliquer ce qui se cache derrière le patronyme de Jean de Patmos, nous présente chevalerie terrestre et chevalerie spirituelle. Ou comment distinguer ses deux chevaleries qui remontent à des concepts historiques et symboliques profonds qui ont, bien sûr, évolué au fil des siècles. La chevalerie terrestre fait référence à l’ordre des chevaliers dans le contexte médiéval, suivant le code de chevalerie avec des idéaux tels que l’honneur, la bravoure, la courtoisie, la justice et la protection des faibles. Des idéaux que le maçon peut faire sien.

Quant à la chevalerie de l’esprit, en revanche, le concept est plus métaphorique et symbolique, faisant référence à un idéal de noblesse morale et spirituelle, où les qualités chevaleresques sont appliquées à la poursuite de la vertu, de la sagesse et de l’éthique. Un concept lié, d’une certaine façon, à diverses traditions ésotériques, philosophiques et religieuses, où la quête spirituelle et l’amélioration de soi sont valorisées et impliquant souvent un engagement envers des idéaux tels que la vérité, la connaissance, la compassion et le service désintéressé à autrui. À mettre en œuvre aussi par tout franc-maçon et qu’il peut symboliquement incorporés.

Pierre Pelle le Croisa nous propose donc des pistes nombreuses de compréhension initiatique. Pistes que nous suivons pour notre plus grand profit et plaisir.

Dirigeant d’entreprises, puis de grandes écoles et universités de renommée internationale, Pierre Pelle Le Croisa est un chercheur franc-maçon depuis plus de 42 ans. Initié au Grand Orient de France (GODF), passé par la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française (GL-AMF), dite L’Alliance et membre actif de la Grande Loge de France (GLDF) pendant 32 ans, il s’est impliqué dans la vie de ses obédiences.

Écrivain engagé, il a publié près de 45 ouvrages :

– pour le grand public (roman, nouvelles, essais philosophiques et littéraires, poésies, livres professionnels ;

-pour les francs-maçons (récits et contes initiatiques, chroniques d’histoire, traités sur les mythes et sur les rites, études symboliques, mémento sur les grades, travaux de recherche sur les langages, etc.

Il écrit aussi pour de nombreux journaux, revues et magazines spécialisés.

Par ailleurs, Pierre Pelle Le Croisa est directeur de la collection « Les mémentos des rites ». L’objectif de cette collection est de mettre à disposition des francs-maçons des outils de travail élaborés par des écrivains maçonniques reconnus pour leurs connaissances et leurs compétences, leur style et leur clarté d’exposition à l’égard des rituels qu’ils pratiquent. Cette collection vise à offrir un prolongement à la démarche que vivent les initiés en loge de manière à leur permettre de progresser dans la voie de perfectionnement qu’ils ont entrepris en prolongeant leur réflexion, quels que soient leur rite, leur grade (ou leur degré) et leur obédience.

Mémento Chevalier d’Orient et d’Occident

17e degré du R.E.A.A.-Les degrés de l’Apocalypse

Pierre Pelle Le CroisaÉditions Numérilivre, 2023, 288 pages, 18 €

À commander chez l’éditeur, disponible chez DETRAD.

Collection « Les mémentos des rites » – Mémento du 1er degré du R.E.A.A.

Comment naissent les initiatives maçonniques ?

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En 2017 le temple de Cahors déménage dans une structure neuve. Quelques frères de différentes obédiences, qui ne se connaissaient pas, participent en opératif à l’aménagement du nouveau temple. C’est ainsi que des liens se créent…

La fin des travaux arrive, sonne aussi la fin des rencontres opératives et des discussions informelles. Chacun retourne dans son atelier.

Une question se pose : « Que faire de tous les livres accumulés au fil des ans ? » C’est décidé, on prolonge ces moments de partage, on range et classe les livres que l’on propose ensuite aux sœurs et frères de toutes les obédiences. Malheureusement les lecteurs se font plus rares que par le passé. Personne ne rejoint le petit groupe inter-obédientiel.

Alors, c’est décidé on change de formule, d’où l’idée de conférences et c’est parti…

En quatre ans, une douzaine de ces conférences en salle humide sont organisées, sur des thèmes variés, qui ne sont pas obligatoirement maçonniques. L’ambiance apéro après la conférence contribue à renforcer, ou à faire naître un lien inter-obédientiel.

En 2023, le temps est venu de formaliser cette action par la création d’une association loi 1901. La « Bibliothèque Gingko Biloba » vient de naître avec un représentant de chaque atelier dans son conseil d’administration.

Une devise très maçonnique illustre parfaitement l’action : « tous unis dans la diversité ». Chacun y apporte sa pierre sans compétition ni comparaison. Depuis deux ans, l’association va plus loin en organisant des sorties culturelles. Là encore le succès est au rendez-vous. Longue vie

Contact : Jean-Guy Duranceau
Courriel : jg.duranceau@wanadoo.fr
Tél : 06 32 06 83 60

La France, capitale mondiale des francs-maçons

De notre confrère entreprendre entreprendre.frPar Pierre Bernard, juriste

Alors que le nombre de membres diminue fortement au niveau mondial, la France enregistre une croissance impressionnante et unique en son genre. Alors que le nombre de francs-maçons est en baisse partout dans le monde, le France s’impose comme la capitale mondiale de la franc-maçonnerie avec au moins 160 000 adeptes.

La Grande Loge Nationale Française (GLNF) et la Grande Loge de France (GLDF) sont les principales obédiences, avec des membres estimés entre 31 000 et 33 000 chacune. De plus, il existe de nombreuses autres obédiences, chacune comptant entre 1000 et 5000 membres. La France détient également le record mondial du nombre de Grandes Loges sur un même territoire. Au cours des dernières décennies, la franc-maçonnerie en France a presque triplé en nombre, ce qui constitue une croissance unique au monde.

Francs-maçons à la recherche de l’équilibre

Cependant, malgré cette croissance impressionnante, la franc-maçonnerie en France doit relever de nombreux défis. Environ 30 % des membres quittent la franc-maçonnerie dans les cinq ans suivant leur admission, principalement par lassitude ou désir de découvrir autre chose. De plus, l’assiduité en loge n’atteint pas toujours les niveaux souhaités, avec un taux de participation parfois inférieur à 50 %.

La franc-maçonnerie française cherche à trouver un équilibre et une stabilité malgré une croissance remarquable. Les défis actuels pourraient bien façonner le futur de cette institution millénaire à l’échelle mondiale.