
Le nombre trois est sans doute le plus présent de la symbolique maçonnique. Trois grades symboliques, trois lumières de l’atelier, trois coups de la batterie d’apprenti, trois piliers Sagesse, Force et Beauté, trois points de l’abréviation maçonnique : la loge est construite sur une structure ternaire. Ce nombre n’y est pas une superstition, mais une manière de penser : après l’unité et la dualité, le trois introduit un terme médiateur qui résout les oppositions. Il est aussi l’« âge » symbolique de l’apprenti, qui commence son chemin par lui.
Un nombre de la médiation

Dans la tradition pythagoricienne reprise par la symbolique maçonnique, le un figure le principe, le deux la division et l’opposition, le trois l’harmonie retrouvée par un troisième terme qui relie les deux premiers. Le triangle, première figure fermée que l’on puisse tracer avec des droites, en est la traduction géométrique. Cette idée parcourt la pensée humaine : thèse, antithèse et synthèse, passé, présent et avenir, naissance, vie et mort. La franc-maçonnerie l’adopte comme principe de construction.
Le trois dans la loge
- Trois grades symboliques : apprenti, compagnon, maître, qui forment la « maçonnerie bleue ».
- Trois lumières : le Vénérable et les deux Surveillants dirigent l’atelier.
- Trois piliers : Sagesse, Force et Beauté soutiennent la loge, déjà mentionnés dans les catéchismes du début du XVIIIe siècle.
- Trois grandes lumières dans de nombreuses obédiences : le Volume de la Loi sacrée, l’équerre et le compas.
- Trois coups : la batterie d’apprenti et les coups frappés à la porte du temple.
L’apprenti et le nombre trois
Le trois est le nombre propre au premier degré. Interrogé sur son âge, l’apprenti répond qu’il a « trois ans », signe qu’il n’a pas encore achevé sa formation. Sa marche rituelle se compose de trois pas, sa batterie de trois coups, et les rituels lui font gravir symboliquement trois marches de l’escalier du temple, quand le compagnon en gravit cinq et le maître sept. Le nombre accompagne ainsi l’entrée dans la vie maçonnique, comme une première mesure du chemin à parcourir.
Sagesse, Force, Beauté

Les trois piliers qui soutiennent symboliquement la loge sont associés aux trois lumières : la Sagesse au Vénérable, qui conçoit, la Force au premier Surveillant, qui exécute, la Beauté au second Surveillant, qui orne. Dans de nombreux temples français, trois colonnettes d’ordre ionique, dorique et corinthien les matérialisent près des plateaux des officiers. Cette triade dit qu’une œuvre juste exige à la fois l’intelligence du projet, l’énergie de l’exécution et l’harmonie du résultat.
Les trois points
L’abréviation par trois points disposés en triangle (∴) est devenue le signe de reconnaissance graphique des francs-maçons français. Selon Jean-Marie Ragon, auteur de l’Orthodoxie maçonnique (1853), le Grand Orient de France l’a employée pour la première fois dans une circulaire du 12 août 1774. Elle n’est à l’origine qu’une marque d’abréviation, mais son succès doit beaucoup au prestige symbolique du ternaire. Les adversaires des loges ont même forgé l’expression « frères trois-points » pour les railler, et les maçons l’ont reprise à leur compte.
Le saviez-vous ?
L’usage des trois points est surtout français et latin : la maçonnerie anglaise ne l’a jamais adopté, et l’on reconnaît souvent l’origine d’un document maçonnique à la manière dont il abrège les titres. Dans la tradition chrétienne qui a nourri les premiers rituels, le trois renvoie aussi à la Trinité, lecture que certaines obédiences conservent et que d’autres ont laïcisée.
Un chemin plutôt qu’un dogme
Le trois n’est pas en loge l’objet d’une croyance, mais un outil de pensée. Il invite à sortir des oppositions binaires, à chercher le terme qui relie plutôt que celui qui exclut, et à concevoir la progression initiatique comme une suite de passages. C’est pourquoi les instructions d’apprenti en font la clef de son degré : apprendre à penser à trois, c’est apprendre à construire.
Pour approfondir : ouvrages de référence
- Jules Boucher, La Symbolique maçonnique, Dervy, 1948.
- Jean-Marie Ragon, Orthodoxie maçonnique, Dentu, 1853.
- Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987.
Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.
Voir aussi dans le glossaire : Apprentissage, Trois points, Lumières (trois), Batterie, Triangle.
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