jeu 08 décembre 2022 - 08:12

Lieu symbolique : Le fantastique jardin des Tarots en Toscane

Niki de Saint Phalle, 1964 © Erling Mandelmann

Le jardin des Tarots est un environnement d’art constitué de sculptures monumentales et situé à Garavicchio de Pescia Fiorentina, une frazione de Capalbio en Toscane, en Italie. Il a été créé par l’artiste française Niki de Saint Phalle, pseudonyme de Catherine Marie-Agnès de Saint-Phalle (1930-2002) plasticienne, artiste peintre, graveuse, sculptrice et réalisatrice de films franco-américaine.

Gaudí, en 1878

En 1955, en visitant l’Espagne, Niki de Saint Phalle découvre l’œuvre de l’architecte catalan de nationalité espagnole et Antoni Gaudí i Cornet (1852-1926) et notamment le Parc Güell, à Barcelone. Cette découverte, qui la bouleverse, la conduira un jour à créer son propre jardin de sculptures en utilisant divers matériaux et objets de récupération, éléments essentiels de son art.

Basé sur les vingt-deux arcanes du jeu de tarot, il a été réalisé entre 1979 et 1993. Construit avec la participation initiale du mari de l’artiste, le sculpteur Jean Tinguely – qui fit les structures –, et avec l’aide de nombreux ouvriers, il fut ouvert au public en 1998.

Le jardin, à forte composante ésotérique, comprend les vingt-deux arcanes majeures du tarot :

  • le Magicien (avec sa main recouverte de miroirs, et dont l’intérieur de la tête a été peint par l’artiste anglais Alan Davie) ;
  • la Grande Papesse (hommage aux Jardins de Bomarzo). Avec, au centre d’un bassin, la Roue de la Fortune et ses jets d’eau ;
  • la Force (figure féminine dominant la force brutale d’un dragon) ;
  • le Soleil (un oiseau posé sur un arc de cercle) ;
  • la Mort, chevauchant un cheval ;
  • le Diable, le Monde, le Fou ;
  • le Pendu (situé à l’intérieur de l’arbre de vie) ;
  • la Justice (figure féminine) ;
  • l’Injustice (machine enfermée dans la Justice) ;
  • les Amants (Adam et Ève en pique-nique) ;
  • l’Ermite, La Tour ;
  • l’Empereur (représenté à l’intérieur d’un château) ;
  • la Luxure (une fontaine avec des femmes jouant dans l’eau) ;
  • l’Impératrice (sculpture de 15m de hauteur dont l’intérieur est entièrement aménagé en appartement recouvert de mosaïque de miroirs – c’est ici qu’a vécu et travaillé Niki de Saint Phalle durant la réalisation du Jardin) ;
  • le Chariot, l’Étoile, le Jugement.

Les arcanes majeurs du tarot de Marseille représentent un ensemble d’enseignements à partir desquels l’individu construit sa personnalité et acquiert de l’expérience. En nombre de 22, ces cartes représentent un cycle dans lequel l’individu se construit et développe des compétences. Chaque arcane majeur possède un numéro allant de 1 à 21, à l’exception du Mat qui représente un personnage dénué de toute expérience.

Celui-ci entame un voyage initiatique vers le Monde (21), un parcours durant lequel il sera confronté aux enseignements du tarot de Marseille. Celui-ci constituera son chemin de vie. Ces « cartes » sont traduites en de très colorées et imposantes sculptures, dont certaines atteignent quinze mètres (et sont habitables), recouvertes de céramiques polychromes, de mosaïques de miroir, de verres précieux, réalisés avec l’aide d’artisans locaux.

Le Pendu

Les sculptures ont été construites en béton recouvrant une armature métallique soudée à la main. Ceci rend, entre autres, ces maisons-sculptures, antisismiques. L’auteur ainsi que son mari y ont vécu une longue période et les ont expérimentées.

Un mur ceint le parc pour séparer les visiteurs de la réalité du paysage environnant. Le porche d’entrée circulaire est dû à l’architecte tessinois Mario Botta.

Niki de Saint Phalle

La construction du Jardin fut entièrement financée par la vente des autres réalisations artistiques de Niki de Saint-Phalle.

Le cadenas de la Justice

Les influences

Avec la réalisation de son jardin fantastique, pendant plus de 20 ans, la sculptrice et peintre Niki De Saint Phalle concrétisa un de ses rêves de jeunesse.

La devise de l’artiste

Bien sûr, on ne peut manquer de relever les similitudes et références du Jardin des Tarots avec l’œuvre de Gaudí ou encore avec celles du Parco dei Mostri (Parc des monstres) situé à Bomarzo.

Et, plus globalement, c’est avec les Environnements d’art populaire comme celui du Facteur Cheval que l’on peut y voir une parenté. Niki de Saint-Phalle écrivit à Jean Tinguely, évoquant le début de leur rencontre (après 1962) : « Je te parlais de Gaudi et du Facteur Cheval que je venais de découvrir et dont j’avais fait mes héros : ils représentaient la beauté de l’homme, seul dans sa folie, sans aucun intermédiaire, sans musée, sans galeries. Je te provoquai en te disant que le Facteur Cheval était un bien plus grand sculpteur que toi. « Je n’ai jamais entendu parler de cet idiot, dis-tu. Allons le voir tout de suite. » Tu insistais. C’est ce que nous fîmes et la découverte de ce créateur marginal t’apporta une immense satisfaction. Tu fus séduit par la poésie et le fanatisme de ce petit postier qui avait réalisé son rêve immense et fou. » Lettre à Jean Tinguely, in Catalogue d’exposition, Musée d’Art moderne de la ville de Paris, 1993, p. 153.

Watts Towers

Tous les deux, ils visitent ensuite les Watts Towers à Los Angeles. Ces découvertes amèneront la réalisation du Cyclope de Tinguely, et la mise en œuvre du Jardin des Tarots. Niki de Saint-Phalle parle de ces influences :

« Ces œuvres m’ont profondément inspirée, alors qu’elles n’étaient pas considérées sérieusement par les autres artistes qui les voyaient comme du « Folk Art ». Je me suis identifiée à elles, je me suis sentie moi aussi comme une outsider parmi les autres artistes. Je n’ai jamais suivi d’école d’art et je suis autodidacte. Je considère ces gens comme mes professeurs et mes maîtres et je me sens beaucoup plus proche d’eux que de mes contemporains. » Lettre à Barbara Freeman, 19 juillet 1991, citée par Carol S. Eliel et B. Freeman, in « Contemporary Artists and Outsider Art ».

La fondation

Selon la volonté de Niki de Saint-Phalle, le jardin est actuellement géré par une fondation privée, la Fondation le Jardin des Tarots. Cette dernière gère les recettes afin de pallier les soins constants d’entretien que le parc nécessite. Conformément aux vœux de l’auteur, l’accès au parc est gratuit certains jours dans l’année, et peu de publicité est faite afin d’éviter un afflux massif de visiteurs, lui garantissant ainsi sa mystérieuse singularité.

Proposition des bibliographies, pour aller plus loin :

  • Marella Caracciolo Chia, Jill Johnston, Giulio Pietromarchi (trad. de l’anglais), Niki de Saint-Phalle et le jardin des tarots, Paris, Éditions Fernand Hazan, 2010, 255 p. ;
  • Mélanie Gourarier, Niki de Saint-Phalle le jardin des tarots, Paris, Actes sud, 2010, 120 p. ;

Gwenaëlle Aubry, Saint Phalle. Monter en enfance, Paris, Stock, 2021, 283 p.

Sources : Sites jeu de Tarot ; Wikipédia

Niki de Saint-Phalle et le jardin des tarots, Pbaris, Éd. Fernand Hazan, 2010
Yonnel Ghernaouti
Yonnel Ghernaouti
Retraité, Yonnel Ghernaouti a fait l’essentiel de sa carrière dans une grande banque ancrée dans nos territoires. Petit-fils du compagnon de l’Union Compagnonnique des Devoirs Unis Pierre Reynal, dit « Corrézien la Fraternité », il s’est engagé depuis fort longtemps sur le sentier des sciences traditionnelles et des sociétés initiatiques. Chroniqueur littéraire et membre du bureau de l'Institut Maçonnique de France, il collabore à de nombreux ouvrages liés à l’Art Royal et rédige des notes de lecture pour « La Chaîne d’Union », revue trimestrielle d'études maçonniques, philosophiques et symboliques du Grand Orient de France. Initiateur des Estivales Maçonniques en Pays de Luchon, il en est le Commissaire général.

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