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V comme Vénérable (Vénérable Maître en chaire) en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le Vénérable Maître, que l’on appelle plus simplement « Vénérable », est le Maître maçon élu par ses Frères ou ses Sœurs pour présider la loge et diriger ses travaux pendant un temps limité. Assis en chaire à l’Orient, sous le delta, il ouvre et ferme les tenues, distribue la parole, conduit les cérémonies d’initiation et d’augmentation de salaire et représente l’atelier auprès de son obédience. Sa charge n’est pas un pouvoir personnel mais un service confié : on la reçoit, on l’exerce, puis on la transmet. Comprendre la fonction du Vénérable, c’est comprendre comment une loge conjugue autorité, fraternité et égalité.

Un titre venu du latin et des loges françaises

Vénérable (Vénérable Maître en chaire)
Vénérable Maître à l’Ordre

Le mot vient du latin venerabilis, « digne de respect », dérivé de venerari, honorer. Les premiers textes anglais ne parlent que du « maître de loge » et de ses surveillants ; l’anglais dit encore Worshipful Master, où worshipful conserve son vieux sens d’« honorable », sans aucune connotation d’adoration. Selon l’historien Henri-Félix Marcy, le titre de Vénérable serait d’usage d’abord français et se serait répandu sous la grande maîtrise du comte de Clermont, au milieu du XVIIIe siècle. Le vouvoiement rituel, « Vénérable Maître », s’adresse donc à la fonction plus qu’à l’homme ou à la femme qui l’occupe.

Élection, installation et durée du mandat

Dans la plupart des obédiences, le Vénérable est élu chaque année par les Maîtres de l’atelier, au scrutin secret, et peut être réélu dans les limites fixées par les règlements généraux, qui plafonnent souvent l’exercice à quelques années consécutives pour garantir la rotation des charges. Il est ensuite installé lors d’une tenue solennelle : il prend l’engagement de respecter la constitution et les règlements de l’obédience, reçoit le maillet, puis installe à son tour les officiers qu’il a choisis ou qui ont été élus avec lui.

Dans la tradition anglaise et dans les loges qui en dérivent (Émulation, mais aussi certaines loges du Rite Écossais Rectifié ou de la Grande Loge Nationale Française), l’installation comporte une partie réservée aux seuls Maîtres déjà installés, dite installation secrète ou « Board of Installed Masters ». Le nouveau Vénérable y devient Maître installé, et il conservera ensuite le rang de Past Master, ou Passé Maître. Les obédiences dites libérales, comme le Grand Orient de France, pratiquent une installation plus simple, sans cette dimension réservée.

La chaire à l’Orient

Le Vénérable siège à l’Orient, sur une estrade surélevée de quelques marches, face à l’Occident où se tiennent les Surveillants. Derrière lui brille le delta lumineux ; de part et d’autre figurent souvent le soleil et la lune. La tradition anglaise appelle ce siège la chaire du roi Salomon, rappelant que le premier responsable de l’ouvrage symbolique est le roi bâtisseur du Temple. L’Orient étant le lieu où se lève la lumière, le Vénérable est celui qui « ouvre » symboliquement les travaux comme le soleil ouvre le jour. Sa position élevée n’exprime pas une domination, mais la responsabilité de voir l’ensemble de la loge et de maintenir l’harmonie entre les colonnes.

Les attributs du Vénérable

Vénérable (Vénérable Maître en chaire)
  • L’équerre, son bijou de fonction, suspendue au sautoir : elle rappelle la rectitude morale et la justesse de l’angle droit, mesure de toute construction.
  • Le maillet, par lequel il rythme les travaux : les coups frappés ouvrent, suspendent et ferment la tenue, et les Surveillants les répètent.
  • L’épée flamboyante, dans plusieurs rites, utilisée lors de la réception d’un nouvel Apprenti.
  • Le volume de la Loi sacrée, ou la Constitution selon les obédiences, placé sur l’autel des serments devant lui.
  • Le titre de « Vénérable Maître », abrégé V∴M∴ dans les correspondances maçonniques.

Diriger les travaux

Le Vénérable préside toutes les tenues : il vérifie que le temple est couvert, ouvre les travaux selon le rituel du degré, appelle l’ordre du jour, accorde la parole par l’intermédiaire des Surveillants qui la donnent sur leurs colonnes, et clôt les débats. Il dirige les cérémonies d’initiation, de passage au grade de Compagnon et d’élévation à la maîtrise. Il veille aussi à la qualité des planches présentées, à la formation des Apprentis et des Compagnons, et au respect des usages, en particulier l’interdiction des controverses politiques ou religieuses partisanes dans le temple.

Il ne gouverne pas seul. Il s’appuie sur le collège des officiers : Premier et Second Surveillants, Orateur, Secrétaire, Trésorier, Hospitalier, Expert, Maître des cérémonies, Couvreur. Dans la tradition française, l’Orateur garde un rôle de contrepoids, puisqu’il veille à la conformité des décisions avec les règlements et donne ses conclusions avant tout vote. L’autorité du Vénérable est donc encadrée par le rituel, par les règlements et par la loge elle-même, qui l’a élu.

Une charge morale et initiatique

Être porté à la chaire est souvent vécu comme une étape importante d’un parcours maçonnique. La fonction exige patience, écoute et sens de l’équilibre : il faut tenir le rythme d’un rituel tout en laissant vivre la parole, maintenir la fraternité dans les désaccords, accueillir les nouveaux sans négliger les anciens. Plusieurs traditions rappellent que le Vénérable, avant de diriger, doit avoir appris à obéir et à servir : sa sortie de charge, quand il redevient simple Maître sur les colonnes, fait partie de l’enseignement. Au Rite Français moderne, le Vénérable sortant devient souvent Architecte préparateur, garant de la continuité de l’atelier.

Le saviez-vous ?

Dans de nombreuses loges anglo-saxonnes, le Vénérable n’arrive à la chaire qu’après avoir parcouru, année après année, la plupart des offices, de Steward à Premier Surveillant : on parle de progression dans les offices. Les loges françaises, plus attachées à l’élection, connaissent moins cet automatisme.

Pour approfondir

  • Samuel Prichard, Masonry Dissected, Londres, 1730, pour les premiers catéchismes décrivant la place du Maître de loge.
  • James Anderson, The Constitutions of the Free-Masons, Londres, 1723, pour les règlements fondateurs sur l’élection du Maître.
  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, Presses universitaires de France, 1987 (rééd. 2006).

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Orient, Maillet, Collège des officiers, Surveillants, Élection de Portalis comme orateur de la loge L’Amitié d’Aix-en-Provence, 1784 (date historique), Installation, Équerre.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

U comme Union Voire « Chaîne d’union » en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

L’union est le lien qui fait d’une addition d’individus une loge. Elle trouve son expression rituelle la plus connue dans la chaîne d’union : en fin de tenue, les membres présents forment un cercle en se donnant la main, souvent bras croisés, autour du pavé mosaïque. Pratiquée surtout dans les rites continentaux, elle est le moment où la fraternité devient geste, où l’on évoque les absents et où, dans certaines obédiences, se transmet le mot de semestre. Sa simplicité apparente en fait l’un des rites les plus aimés, et les plus commentés, de la vie des loges.

L’union, principe fondateur

Union Voire "Chaîne d'union"

Les textes fondateurs de la maçonnerie moderne présentent la loge comme un « centre d’union » entre des personnes qui, sans elle, seraient restées étrangères les unes aux autres. Les Constitutions d’Anderson de 1723 en font l’une de ses vocations. L’union n’efface pas les différences d’opinion, de croyance ou de condition : elle les rassemble autour d’un travail commun. C’est cette union que la chaîne rend visible et sensible.

Le déroulement

À l’invitation du Vénérable Maître, les membres quittent leur place et se disposent en cercle, généralement autour du pavé mosaïque. Ils ôtent souvent leurs gants, puis se donnent la main. Deux formes sont répandues : la chaîne courte, bras croisés droit sur gauche, membres serrés les uns contre les autres, et la chaîne longue, bras non croisés, qui permet de réunir une assemblée nombreuse. Une parole est prononcée, un hommage rendu aux absents, aux malades, aux défunts, parfois un mot transmis de bouche à oreille. La chaîne est ensuite dénouée de façon ordonnée, et non rompue.

Repères

  • Moment : le plus souvent en fin de tenue, avant la fermeture des travaux ; dans quelques rites, aussi à l’ouverture.
  • Lieux : en loge, mais aussi lors des banquets d’ordre et des tenues solsticiales.
  • Rites : très pratiquée au Rite Français et au Rite Écossais Ancien et Accepté en Europe continentale ; peu présente dans le Rite Émulation.
  • Contenu : hommage aux absents et aux disparus, transmission éventuelle du mot de semestre, parole du Vénérable.

Une histoire à démêler

Union Voire "Chaîne d'union"

L’origine de la chaîne d’union est discutée. Certains auteurs la font remonter aux bâtisseurs médiévaux, voire à l’Antiquité, mais ces filiations relèvent de l’interprétation. Le manuscrit des archives d’Édimbourg de 1696, souvent cité, décrit la transmission d’un mot de bouche à oreille et une étreinte rituelle lors de la réception des maçons, sans qu’il s’agisse d’une chaîne au sens actuel. La chaîne d’union sous sa forme codifiée est surtout un usage de la maçonnerie continentale, qui s’est généralisé dans les rituels français aux XIXe et XXe siècles.

La houppe dentelée et la corde à nœuds

Les tableaux de loge de tradition française représentent souvent une corde ornée de nœuds, terminée par des glands, qui entoure le tableau : la houppe dentelée, ou corde à nœuds, parfois formée de « lacs d’amour ». Elle est lue comme l’image de la chaîne fraternelle qui relie les loges du monde entier. Les nœuds représentent les membres, la corde le lien qui les tient ensemble. La chaîne d’union vivante en serait, en quelque sorte, l’incarnation dans l’espace du Temple.

Le sens symbolique

Le cercle n’a ni début ni fin, ni premier ni dernier : la chaîne place chacun au même niveau, le Vénérable comme le plus jeune Apprenti. Les mains données relient chaque membre à ses deux voisins, ce qui fait de la fraternité un lien concret et non une idée. Le silence qui l’entoure crée un moment de recueillement rare. Beaucoup y voient aussi un lien avec les absents : ceux qui ne sont pas là, ceux qui sont passés à l’Orient éternel, et les maçons dispersés à la surface du globe.

Entre émotion et réserve

La chaîne d’union suscite parfois des lectures très chargées, sur l’« égrégore » ou la circulation d’énergies entre les participants. Ces interprétations appartiennent à certains courants ésotériques et ne font pas l’objet d’un enseignement commun. Il suffit, pour en mesurer la force, de constater ce qu’elle produit : une attention partagée, une émotion collective, le sentiment d’appartenir à une communauté qui dépasse la loge du jour.

Une union à faire vivre

La chaîne d’union est un rite, mais l’union est un travail. Elle se construit dans l’écoute, l’entraide, la capacité à dépasser les conflits et à « passer la truelle » sur les différends. Une chaîne formée par des membres qui ne se parlent plus est un geste vide. La tradition rappelle que la chaîne vaut ce que vaut chacun de ses maillons.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Houppe dentelée, Fraternité, Mot de semestre, Pavé mosaïque, Orient Céleste ou Orient Éternel (passer à l’), Egrégore.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

T comme Tuilage en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le tuilage est l’examen par lequel on vérifie qu’une personne qui se présente à la porte d’une loge est bien franc-maçon et possède le degré requis pour assister aux travaux. Il repose sur des questions, des mots et des signes propres à chaque grade, ainsi que sur la présentation de documents d’identité maçonnique. Héritier du vocabulaire des bâtisseurs, il protège l’espace rituel tout en accueillant fraternellement le visiteur. Au-delà de la procédure, il a donné son nom à toute une littérature, les « tuileurs », et à une image intérieure : celle de la vigilance que chacun exerce sur soi.

Origine du mot : couvrir l’édifice

Tuilage

Le mot vient du métier : le tuilier fabrique les tuiles, le couvreur les pose pour protéger l’édifice des intempéries. Dans la loge, couvrir le temple signifie en fermer les portes aux profanes. Le Vocabulaire des Francs-Maçons de Bazot, vers 1810, enregistre déjà cette expression ; il note aussi qu’inviter un Frère à « couvrir le temple » revient à lui demander de quitter la loge.

L’anglais parle du Tyler, l’officier qui garde la porte, l’épée à la main, à l’extérieur de la loge. La parenté avec le mot tiler, le couvreur, est généralement admise, même si les étymologistes en discutent les détails. En France, la fonction de garde est assurée par le Frère Couvreur ; l’examen des visiteurs revient le plus souvent à l’Expert, ce que notait déjà Bazot.

Comment se déroule le tuilage

Le visiteur se présente avant la tenue. On lui demande d’abord ses documents : carte ou passeport maçonnique, quittance de cotisation de l’année, parfois lettre de recommandation. L’officier chargé du tuilage vérifie ensuite, à l’écart, qu’il connaît les moyens de reconnaissance de son degré et qu’il sait répondre à quelques questions tirées de l’instruction du grade. Les contenus exacts de ces échanges relèvent de l’engagement de discrétion et ne sont pas publiés par les obédiences.

Le tuilage n’est pas un interrogatoire. Bien conduit, il est courtois et rapide ; il permet souvent d’engager la conversation, de connaître la loge d’origine du visiteur et de le présenter ensuite au Vénérable Maître.

Le tuilage et les degrés

Chaque degré possède ses propres moyens de reconnaissance. Un franc-maçon ne peut être admis qu’aux travaux d’un degré égal ou inférieur au sien. Le tuilage vérifie donc à la fois l’appartenance et le grade. Il interroge aussi la reconnaissance mutuelle des obédiences : certaines ne reçoivent pas les membres d’obédiences qu’elles ne reconnaissent pas, d’où l’importance des documents présentés.

Repères

Tuilage
  • Tuiler : examiner un visiteur pour vérifier sa qualité maçonnique et son degré.
  • Couvrir le temple : fermer les portes aux profanes ; inviter un Frère à couvrir, c’est lui demander de sortir.
  • Couvreur : officier qui garde l’entrée intérieure du temple.
  • Tyler : équivalent anglais du gardien de la porte, placé à l’extérieur.
  • Tuileur : par extension, recueil des mots, signes et caractéristiques des grades.

Les « tuileurs », une littérature

Au XIXe siècle, le mot tuileur désigne aussi des manuels qui décrivent les grades de divers rites. Le Thuileur des trente-trois degrés de l’Écossisme de François-Henri-Stanislas Delaulnaye (1813) et le Manuel maçonnique ou Tuileur de tous les rites de Claude-André Vuillaume (1820) en sont les plus connus. Ces ouvrages, destinés aux maçons voyageurs, sont aujourd’hui des sources précieuses pour l’histoire des rituels.

Une image de la vigilance intérieure

Les commentateurs ont donné au tuilage une portée symbolique. Il représente le discernement : savoir distinguer le vrai du faux, l’authentique de l’apparence. Plusieurs auteurs invitent le franc-maçon à se tuiler lui-même, c’est-à-dire à examiner ses intentions avant d’entrer dans le temple, à laisser à la porte les métaux et les passions du monde profane. La porte gardée devient alors le seuil intérieur que chacun doit franchir avec sincérité.

Le saviez-vous ?

Dans les loges anglaises, la soirée se termine traditionnellement par le Tyler’s toast, le toast du tuileur, porté à tous les francs-maçons dans la peine ou la détresse, où qu’ils se trouvent. Le gardien de la porte, qui n’assiste pas aux travaux, a ainsi le dernier mot de la fraternité.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Étienne-François Bazot, Vocabulaire des Francs-Maçons, Paris, vers 1810 (rééd. numérique Arbre d’Or, 2008).
  • Claude-André Vuillaume, Manuel maçonnique ou Tuileur de tous les rites, Paris, 1820.
  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, Presses universitaires de France, 1987 (rééd.).

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Couvreur, Expert Officier, Visiteur, Régularité, Parvis.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

T comme Tuileur en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le mot tuileur désigne en franc-maçonnerie celui qui « tuile », c’est-à-dire qui vérifie la qualité maçonnique d’un visiteur avant de l’admettre en loge : est-il maçon, de quel grade, d’une obédience reconnue ? Le terme vient du vocabulaire des couvreurs : une loge bien gardée est « couverte », à l’abri de la pluie comme des indiscrets. Dans les loges françaises, ce rôle revient selon les rites à l’Expert ou au Couvreur, alors que l’anglais nomme Tyler le gardien de la porte. Le mot désigne aussi, depuis le XIXe siècle, des manuels réunissant mots, signes et attouchements des grades.

Couvrir et tuiler : un vocabulaire de bâtisseurs

Tuileur

Le vocabulaire est celui du toit. Une loge réunie hors de la vue des profanes est dite couverte ; celui qui garde la porte est le Couvreur ; vérifier qu’un visiteur peut entrer, c’est le tuiler, comme on pose des tuiles pour fermer un toit. Quand des indiscrets s’approchent, on dit encore qu’« il pleut ». Ce lexique, partagé avec le monde anglophone (le Tyler, de tiler, garde la porte de la loge anglaise), rappelle l’origine opérative de la maçonnerie.

Le tuilage

Le tuilage est la vérification de l’appartenance maçonnique d’un frère ou d’une sœur qui n’est pas connu de la loge. Il porte sur des éléments propres à chaque grade, signes, mots et attouchements, mais aussi sur des documents : passeport ou carte de l’obédience, attestation de régularité, présentation par un membre de la loge. Il permet de s’assurer que le visiteur possède le grade requis pour la tenue : un Apprenti ne peut assister à une tenue au grade de Maître.

Qui tuile ?

  • Rite Français : le tuilage des visiteurs revient généralement au Frère Expert, qui en rend compte au Vénérable.
  • REAA : l’Expert ou le Couvreur, selon les usages de l’obédience et de la loge.
  • Rite Émulation : la porte est gardée à l’extérieur par le Tyler ; la vérification des visiteurs inconnus est confiée à des frères désignés.
  • Ouverture des travaux : dans de nombreux rituels, les Surveillants s’assurent que tous les présents sont maçons, ce qui constitue un tuilage collectif.

Les Tuileurs, manuels des grades

Au XIXe siècle, le mot désigne aussi des ouvrages. En 1813, Delaulnaye publie un Thuileur des trente-trois degrés de l’Écossisme ; en 1820, Claude-André Vuillaume fait paraître le Manuel maçonnique ou Tuileur de tous les rites de maçonnerie pratiqués en France, réédité en 1830. Ces livres décrivent décors, signes, mots et batteries des grades, et constituent aujourd’hui des sources précieuses pour l’histoire des rituels. Le Tuileur de Vuillaume a fait l’objet d’une édition critique par Stéphane Krief (2015).

Une fonction de vigilance

Tuileur

La fonction de tuilage incarne la vigilance de la loge à l’égard de son seuil. Elle n’a rien d’une méfiance gratuite : elle garantit à chacun que les travaux se dérouleront entre personnes ayant reçu la même initiation et partageant les mêmes engagements. Elle protège aussi la régularité de la loge vis-à-vis de son obédience, qui définit les puissances maçonniques dont les membres peuvent être reçus.

Le tuilage intérieur

La lecture symbolique prolonge la fonction : chaque maçon est invité à se « tuiler » lui-même, à vérifier qu’il entre en loge dans l’état d’esprit requis, libéré des métaux et des passions profanes. Le tuileur est alors l’image d’une conscience attentive, qui veille au seuil intérieur comme le Couvreur veille à la porte du temple.

Tuilage et régularité

Le tuilage n’est pas seulement une question de mots et de signes. Il engage aussi la reconnaissance entre obédiences : une loge ne reçoit en visite que des membres de puissances maçonniques avec lesquelles son obédience entretient des relations. Le tuileur doit donc connaître ces règles, demander la carte ou le passeport maçonnique, et en cas de doute en référer au Vénérable, qui décide.

Le saviez-vous ?

L’expression « il pleut » s’emploie en loge pour avertir de la présence de profanes et inviter à la discrétion. Elle prolonge la métaphore du toit : une loge mal couverte laisse passer la pluie. Les Anglais disent de même qu’une loge est « tyled ».

Pour approfondir

  • Claude-André Vuillaume, Manuel maçonnique ou Tuileur des divers rites de maçonnerie pratiqués en France, 1820 et 1830, édition critique par Stéphane Krief, Jean-Cyrille Godefroy, 2015.
  • François-Henri-Stanislas Delaulnaye, Thuileur des trente-trois degrés de l’Écossisme du rit ancien dit accepté, Paris, 1813.
  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, PUF, 1987 (rééditions).

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Couvreur, Expert Officier, Tuilage, Visiteur, Régularité.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

T comme Tuile en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Dans le langage de table maçonnique, la tuile désigne l’assiette, que certaines listes appellent aussi « platine ». Le mot s’inscrit dans un vocabulaire emprunté au chantier, où la cuiller est une truelle, le pain une pierre brute et les mets des matériaux. Il fait aussi écho à une famille de mots essentielle : tuiler, tuileur, couvreur, qui désignent la protection de la loge et la vérification de ceux qui veulent y entrer. La simple assiette du banquet renvoie ainsi à l’image du temple couvert.

La tuile sur la table

Tuile

Les lexiques du banquet d’ordre donnent pour l’assiette les termes de tuile ou de platine. Chaque frère y « dégrossit » ses matériaux, c’est-à-dire découpe ses aliments, avant de les « mastiquer ». Les plats de service sont des plateaux, la table elle-même peut être appelée atelier ou plateforme. Ce vocabulaire, fixé au XVIIIe siècle et transmis par les tuileurs du XIXe, reste en usage dans les banquets d’ordre de nombreuses loges.

  • Assiette : tuile ou platine.
  • Plats : plateaux.
  • Découper : dégrossir.
  • Mets : matériaux ; manger : mastiquer.
  • Cuiller : truelle ; fourchette : pioche ; couteau : glaive.

La tuile, matériau de couverture

Sur un chantier, la tuile est l’élément qui couvre le toit et protège l’édifice des intempéries. Sans couverture, le bâtiment reste exposé. La franc-maçonnerie a fait de cette image un symbole important : une loge doit être couverte, c’est-à-dire protégée du regard et de l’intrusion des profanes, pour que les travaux puissent s’ouvrir. L’assiette appelée tuile rappelle discrètement cette nécessité.

L’image remonte aux métiers. Sur les chantiers médiévaux, la loge désignait l’abri où les tailleurs de pierre travaillaient, se reposaient et conservaient leurs outils. Elle devait être couverte pour protéger hommes et travaux. La franc-maçonnerie spéculative a hérité de ce mot et de l’exigence qui l’accompagne : un lieu clos, protégé, où le travail peut se faire en sécurité et en confiance.

Tuiler, tuileur, couvreur

Plusieurs mots maçonniques dérivent de la même image. Tuiler un visiteur, c’est s’assurer de sa qualité de maçon et de son grade, notamment par les mots et signes de reconnaissance. Le tuileur désigne à la fois l’officier qui garde la porte – en anglais le tyler – et les manuels qui recensent les rituels et les signes de reconnaissance, publiés depuis le XVIIIe siècle. Le couvreur, enfin, est l’officier chargé de garder la porte du temple pendant la tenue ; dans les rites issus des Anciens, cette charge est souvent confiée à l’ancien Vénérable.

« Le temple est couvert » est d’ailleurs l’une des formules qui ouvrent les travaux : le Couvreur ou un Surveillant atteste que nul profane ne peut entendre ce qui se dit. Se « couvrir » du temple signifie, à l’inverse, s’en retirer, quitter momentanément ou durablement la loge. Toute cette famille de mots dérive du toit qui protège.

Une symbolique du support

Tuile

Sur la table, la tuile reçoit la nourriture. On peut y voir une image du support, de ce qui porte et rend possible. Comme la tuile protège ceux qui travaillent sous le toit, l’assiette sert ceux qui partagent le repas. Cette lecture reste une méditation libre plutôt qu’un enseignement officiel. Le langage de table est d’abord un jeu de correspondances, dont la richesse tient à ce que chacun peut en tirer. Elle peut aussi suggérer que le repas, comme le travail, se prend à l’abri.

Un langage de connivence

Ce vocabulaire n’est pas un secret : il a été divulgué très tôt. Il a surtout une fonction de connivence et de continuité. Il prolonge la tenue pendant le repas, rappelle la discipline des travaux tout en introduisant de l’humour, et transmet aux nouveaux initiés une culture commune. Les variantes, d’une loge à l’autre, montrent qu’il s’agit d’une tradition vivante.

Le saviez-vous ?

Les premiers « tuileurs » imprimés, au XVIIIe et au XIXe siècle, étaient de petits manuels recensant les mots, signes et attouchements des différents grades, destinés à permettre aux maçons de vérifier la qualité des visiteurs. Certains de ces ouvrages sont aujourd’hui des sources précieuses pour l’histoire des rites, car ils conservent l’état de pratiques disparues.

À retenir

  • Tuile = assiette dans le langage de table (aussi « platine »).
  • La tuile renvoie à la couverture qui protège l’édifice.
  • Même famille de mots : tuiler, tuileur, couvreur, temple couvert.
  • Le langage de table connaît des variantes selon les loges et les rites.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Tuileur, Couvreur, Tuilage, Loge de Table, Pierre brute.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

T comme Truelle en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

La truelle est l’outil du maçon qui étend le mortier et lie les pierres entre elles. Reprise par la franc-maçonnerie spéculative, elle est devenue le symbole du lien fraternel : là où l’équerre et le niveau corrigent la pierre, la truelle l’unit à ses voisines. Dans la tradition anglo-américaine, elle est l’outil de travail du Maître, chargé d’étendre « le ciment de l’amour fraternel ». En France, l’expression « passer la truelle » désigne le geste qui efface les différends. Outil discret, elle rappelle qu’un édifice tient autant par ses joints que par ses pierres.

Un outil du métier

truelle : construction
main portant une truelle sur fond blanc

Lame plate d’acier triangulaire ou en forme de feuille, montée sur un manche coudé, la truelle sert à prendre, étendre et lisser le mortier. Elle est l’outil du poseur, celui qui met la pierre en place, et non du tailleur, qui la façonne au ciseau et au maillet. Dans la maçonnerie opérative, sa maîtrise est l’un des savoir-faire fondamentaux du métier. Elle figure, avec l’équerre et le compas, dans l’iconographie des corporations et sur de nombreuses pierres tombales de bâtisseurs.

Dans les rituels

Dans le système Preston-Webb pratiqué aux États-Unis, la truelle est l’outil de travail du Maître Maçon : elle sert, selon l’enseignement du grade, à répandre le ciment de l’amour fraternel qui unit les membres en une seule société. Dans les rites pratiqués en France, la truelle apparaît sur certains tableaux de loge et dans l’iconographie du grade de Maître, sans y occuper une place aussi centrale. Elle se retrouve aussi parmi les attributs de plusieurs grades de perfectionnement, en lien avec la reconstruction du Temple.

Repères

  • Fonction opérative : étendre le mortier, lier les pierres, lisser les joints.
  • Rite américain : outil de travail du Maître, symbole du ciment de l’amour fraternel.
  • Iconographie : présente sur tableaux de loge, bijoux et gravures depuis le XVIIIe siècle.
  • Expression : « passer la truelle » sur un différend, c’est l’effacer.
  • Hauts grades : associée à l’épée dans la légende de la reconstruction du Temple.

La truelle et l’épée

Une image biblique a beaucoup inspiré la maçonnerie : celle des bâtisseurs qui, au retour de l’exil, reconstruisent les murailles de Jérusalem en tenant d’une main l’outil et de l’autre l’arme, comme le rapporte le livre de Néhémie. Cette scène a nourri plusieurs grades de la série dite de l’Arche Royale et du Rite Écossais, où la truelle et l’épée figurent ensemble : construire et défendre ce que l’on construit, travailler sans renoncer à la vigilance.

Le ciment fraternel

Truelle
Source : Wikimedia Commons – Mutney – CC BY 4.0

Le sens symbolique le plus constant de la truelle est l’union. Une pierre taillée à la perfection ne fait pas un mur : il faut un liant. De même, des individus de grande valeur ne font pas une loge s’ils restent juxtaposés. La truelle figure ce travail patient, souvent invisible, qui consiste à combler les écarts, à adoucir les tensions et à faire tenir ensemble des personnalités différentes. Le mortier se pose frais et se durcit avec le temps : la fraternité aussi se construit dans la durée.

« Passer la truelle »

L’expression, répandue dans les loges françaises, invite à recouvrir d’un enduit les fissures qu’un désaccord a pu laisser : on « passe la truelle » sur une offense pour qu’elle ne compromette pas l’édifice. L’image n’est pas celle de l’oubli complaisant, mais celle d’une réparation : l’enduit ne cache pas une pierre défectueuse, il rétablit la continuité du mur. Elle suppose que le différend ait été exprimé et entendu, puis dépassé.

Une lecture intérieure

Sur le plan personnel, la truelle invite à lier en soi ce qui est dispersé : pensée et action, convictions et conduite, intériorité et vie sociale. Le maçon qui a dégrossi sa pierre doit encore apprendre à l’intégrer dans un ensemble, ce qui demande de la souplesse. On comprend que la tradition l’ait confiée au Maître : elle suppose une expérience de la relation que l’on n’a pas au début du chemin.

Dans l’iconographie

Truelle
Source : Wikimedia Commons – Habib M’henni / D Y O L F 77 Photo by : Habib M’henni Camera : Nikon D3100 14.2 – CC BY-SA 3.0

La truelle apparaît sur de nombreux documents maçonniques des XVIIIe et XIXe siècles : diplômes, tabliers peints, bijoux, gravures et tableaux de loge, souvent aux côtés de l’équerre, du compas, du maillet et du ciseau. Elle figure aussi sur des objets de table et de décor, ce qui montre son caractère d’emblème familier du métier. Elle rappelle, dans cet ensemble d’outils, l’étape finale de la construction : celle où les pierres taillées sont enfin assemblées.

À retenir

  • La truelle lie les pierres, comme la fraternité lie les membres de la loge.
  • Elle est l’outil du Maître dans la tradition anglo-américaine.
  • Associée à l’épée, elle évoque la reconstruction du Temple selon Néhémie.
  • « Passer la truelle » signifie réparer un différend pour préserver l’édifice commun.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Fraternité, Élection de Carl Fredrik Scheffer comme Grand Maître national de Suède, 1753 (date historique), Outils, Ciment.

À lire aussi sur 450.fm

Glossaire de la franc-maçonnerie

T comme Trône en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le mot trône n’appartient pas au vocabulaire maçonnique : le siège du Vénérable Maître, à l’Orient, s’appelle la chaire, souvent dite « chaire du roi Salomon ». Cette distinction n’est pas qu’une affaire de mots. Le trône évoque un pouvoir personnel et durable ; la chaire désigne une fonction temporaire, confiée par élection, exercée pour diriger les travaux et transmettre. La notice éclaire ainsi la conception maçonnique de l’autorité, ainsi que l’usage du mot dans les grades où un trône figure réellement.

La chaire du Vénérable

Trône

À l’Orient du temple, sous le delta lumineux, siège le Vénérable Maître, président de la loge. Son siège est appelé chaire ; l’article de Wikipédia consacré au vocabulaire maçonnique la définit comme le fauteuil où siège le président de loge, désignée aussi comme chaire de Salomon. Le Vénérable est élu par les maîtres de la loge, généralement pour un an, renouvelable selon les règlements de l’obédience. Il n’est pas propriétaire de la chaire : il l’occupe pour un temps.

La chaire est généralement placée sur une estrade de quelques marches, qui élève l’Orient au-dessus du reste du temple. Cette élévation est symbolique : elle signale la source de la lumière, non la supériorité d’un homme. Devant la chaire se trouve souvent l’autel ou le plateau du Vénérable, où reposent le maillet, l’épée flamboyante dans certains rites, et les documents nécessaires à la conduite des travaux. Les visiteurs de marque peuvent être invités à siéger à l’Orient, aux côtés du Vénérable, mais la chaire elle-même reste réservée à celui qui préside.

La chaire du roi Salomon

La référence à Salomon vient de la légende maçonnique, qui situe la construction du temple de Jérusalem sous son règne. Le Vénérable occupe symboliquement la place du roi bâtisseur, figure de la sagesse, tandis que les Surveillants sont associés à la force et à la beauté. Dans les rites anglo-saxons, l’installation d’un nouveau maître de loge se fait « dans la chaire du roi Salomon », lors d’une cérémonie qui comporte une partie réservée aux maîtres installés.

Trône et chaire : deux conceptions de l’autorité

  • Le trône est personnel ; la chaire est attachée à une fonction.
  • Le trône se transmet par héritage ou conquête ; la chaire par élection.
  • Le trône est durable ; la chaire est occupée pour un temps limité.
  • Le trône commande ; la chaire dirige les travaux et éclaire.

Le mot chaire a d’ailleurs une connotation d’enseignement : c’est le siège du professeur ou du prédicateur. Le Vénérable n’est pas un souverain mais un premier entre égaux, chargé d’ouvrir et de fermer les travaux, de donner la parole, de veiller à l’harmonie et de transmettre. À l’issue de son mandat, il retourne sur les colonnes ou occupe la fonction d’ancien Vénérable, ce qui rappelle le caractère provisoire de la charge.

Où l’on trouve un trône

Trône
Source : Wikimedia Commons – Rodhullandemu – CC BY-SA 4.0

Le terme n’est pas totalement absent de la tradition. Plusieurs grades des hauts degrés mettent en scène des rois et des cours, notamment ceux qui se déroulent à la cour de Salomon ou à celle de Cyrus, et leurs décors peuvent comporter un trône. Dans le langage courant, on parle aussi parfois, par commodité, du « trône » du Vénérable ou du Grand Maître. Mais le rituel des loges symboliques emploie le mot chaire, et ce choix a un sens.

Une autorité réglée

L’autorité du Vénérable est encadrée. Il est soumis aux règlements de la loge et aux constitutions de l’obédience ; il peut être contesté selon des procédures prévues ; il rend compte de sa gestion. Sa force symbolique vient du maillet qu’il tient et de la place qu’il occupe, mais il ne frappe que selon le rituel. Cette organisation a souvent été rapprochée de la culture démocratique que les loges ont contribué à diffuser au XVIIIe siècle : élection, mandat, débat réglé, égalité des membres.

Une épreuve plus qu’un honneur

La tradition maçonnique présente volontiers la chaire comme une épreuve. Le Vénérable doit concilier fermeté et bienveillance, faire respecter le rituel sans rigidité, maintenir l’harmonie entre des personnalités différentes. Beaucoup de maçons décrivent leur année de vénéralat comme une période exigeante, où ils ont appris autant qu’ils ont dirigé. La chaire n’élève pas celui qui l’occupe au-dessus des autres : elle l’expose davantage.

À retenir

  • En loge, on ne parle pas de trône mais de chaire, souvent dite chaire du roi Salomon.
  • Le Vénérable est élu pour un temps limité.
  • La chaire évoque l’enseignement et la sagesse, non la souveraineté.
  • Des trônes peuvent figurer dans le décor de certains hauts grades.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Sautoir de Vénérable Maître, Chaire, Orient, Salomon, Installation, Maillet, Surveillants.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

T comme Tronc de la veuve en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le tronc de la veuve est la boîte, la bourse ou l’aumônière qui circule en fin de tenue pour recueillir les dons des frères et des sœurs, destinés à la solidarité et à la bienfaisance. Chacun y glisse discrètement son obole, sans que personne sache ce qu’il donne. Son nom renvoie à Hiram, présenté par la Bible comme « fils d’une veuve », mais aussi à l’obole de la veuve de l’Évangile. Simple dans sa forme, ce rite est l’un des plus constants de la vie de loge, et il traduit en actes la fraternité proclamée pendant les travaux.

Pourquoi « la veuve » ?

Tronc de la veuve
Tronc de la Veuve – Nos Colonnes

Le nom s’enracine dans deux textes bibliques. Le premier livre des Rois présente Hiram, l’artisan bronzier envoyé à Salomon, comme le fils d’une veuve de la tribu de Nephtali (1 Rois 7, 14). La légende maçonnique du troisième degré ayant fait d’Hiram le maître architecte du Temple, les maçons se sont désignés eux-mêmes comme les « enfants de la veuve » : secourir la veuve, c’est symboliquement prendre soin de la famille d’Hiram, donc de la grande famille maçonnique.

Le second texte est l’épisode évangélique de la pauvre veuve qui dépose deux petites pièces dans le tronc du Temple de Jérusalem et donne davantage que les riches, parce qu’elle donne de son nécessaire (Marc 12, 41-44). Le tronc rappelle ainsi que la valeur du don ne se mesure pas à son montant.

Un usage attesté dès le XVIIIe siècle

La collecte pour les frères malheureux est aussi ancienne que les loges. Bazot, en 1810, décrit le « tronc des pauvres » comme une boîte qui circule à chaque tenue pour recevoir les offrandes destinées aux maçons dans l’infortune. Il précise que l’hospitalier, ou aumônier, recueille ces dons, tient un registre et distribue les secours.

Les appellations varient selon les obédiences : tronc de la veuve, tronc de bienfaisance, tronc de la solidarité maçonnique au Grand Orient de France. La pratique, elle, est presque universelle.

Le déroulement en tenue

Le tronc circule généralement vers la fin des travaux, souvent en même temps que le sac aux propositions, sous la conduite de l’hospitalier. Chacun y glisse la main, qu’il donne ou non : le geste est identique pour tous, afin que nul ne sache qui a donné et combien. Le produit est ensuite annoncé à la loge, puis consigné dans le tracé des travaux.

Certains règlements en font une obligation morale précise : celui du Grand Orient de France prévoit par exemple qu’un membre ne peut quitter le Temple sans avoir versé son obole au tronc.

À quoi servent les fonds ?

Tronc de la veuve
Source : Wikimedia Commons – James Tissot – Public domain
  • Secourir un frère ou une sœur en difficulté, ou sa famille, avec discrétion.
  • Aider une veuve, un veuf ou des orphelins de l’atelier.
  • Soutenir des associations caritatives ou des actions humanitaires choisies par la loge.
  • Contribuer aux œuvres de solidarité de l’obédience ou à des fonds d’urgence.

Les secours sont versés sur décision du Vénérable, souvent après avis de l’hospitalier, et les comptes peuvent être vérifiés par une commission de l’obédience. La discrétion protège la dignité de ceux qui reçoivent.

La portée symbolique du don

Le tronc de la veuve illustre la place de la bienfaisance dans l’idéal maçonnique : la fraternité ne se limite pas à la parole. Le geste anonyme rappelle aussi l’égalité des membres, puisque la générosité de chacun échappe au regard des autres. Il marque enfin le passage entre le travail symbolique et la vie extérieure : avant de refermer les travaux, la loge se tourne vers ceux qui souffrent.

Le saviez-vous ?

Dans le langage familier des loges, la somme déposée dans le tronc est parfois appelée « kilo ». Le mot de « métaux » est aussi employé, par allusion au dépouillement des métaux lors de l’initiation : le candidat se présente sans argent, mais le maçon donne de son argent pour les autres.

Hospitalier et tronc

Le tronc est indissociable de l’hospitalier, parfois appelé élémosinaire ou, dans l’ancienne tradition française, aumônier. Cet officier fait circuler le tronc, en compte le produit avec le Trésorier, tient le registre des secours et visite les membres malades ou isolés. Il est tenu à une stricte discrétion sur les situations qu’il connaît : la solidarité maçonnique se veut efficace sans être exposée.

À retenir

  • Le tronc de la veuve recueille anonymement les dons destinés à la solidarité.
  • Son nom évoque Hiram « fils de la veuve » et l’obole de la veuve de l’Évangile.
  • Il circule en fin de tenue, sous la responsabilité de l’hospitalier.
  • Bazot le décrit dès 1810 sous le nom de « tronc des pauvres ».

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Hospitalier (ou Elémosinaire), Kilo, Enfants de la veuve, Hiram, Initiation de Mozart à la loge La Bienfaisance de Vienne, 14 décembre 1784 (date historique), Sac aux propositions, Métaux.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

T comme Trois points en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Les trois points disposés en triangle (∴) sont la marque graphique la plus reconnaissable de la franc-maçonnerie française. Placés après une abréviation, ils signalent un mot du vocabulaire maçonnique : F∴ pour Frère, L∴ pour Loge, G∴O∴ pour Grand Orient. Apparus dans les documents maçonniques au XVIIIe siècle, ils sont devenus un signe d’appartenance, au point que leurs adversaires ont surnommé les maçons les « frères trois-points ». Leur origine reste discutée, et leur sens symbolique renvoie au triangle, au nombre trois et à la structure ternaire des grades.

Une abréviation avant d’être un symbole

Trois points

La fonction première des trois points est pratique : ils remplacent le point abréviatif ordinaire. On écrit V∴M∴ pour Vénérable Maître, T∴C∴F∴ pour Très Cher Frère, R∴L∴ pour Respectable Loge. Le redoublement de la lettre marque le pluriel : FF∴ pour Frères, LL∴ pour Loges. Ce système, appelé triponctuation, donne aux écrits maçonniques une physionomie immédiatement identifiable.

Une date et des hypothèses

L’auteur maçonnique Jean-Marie Ragon, au XIXe siècle, situait la première apparition du signe dans une circulaire du Grand Orient de France datée du 12 août 1774, où figure l’abréviation « G∴O∴ de France ». D’autres travaux signalent des documents maçonniques triponctués dès les années 1760. L’usage s’est en tout cas généralisé dans la maçonnerie française à la fin du XVIIIe siècle.

Son origine reste discutée. Le signe ∴ existe en mathématiques depuis le XVIIe siècle, où il signifie « donc ». Des signatures notariales et civiles comportaient aussi des points disposés de diverses manières. Le Dictionnaire de la franc-maçonnerie publié aux PUF évoque l’influence des congrégations mariales de la Contre-Réforme, où trois points auraient figuré la Trinité. L’historien Maurice Agulhon jugeait une origine proprement maçonnique peu probable, la mode des points étant déjà répandue. Les filiations égyptiennes ou hébraïques parfois avancées ne reposent sur aucune preuve.

Repères

  • ∴ : signe utilisé en mathématiques pour « donc », attesté au XVIIe siècle.
  • 1774 : circulaire du Grand Orient de France souvent citée comme premier usage maçonnique daté.
  • 1885 : Léo Taxil publie Les Frères Trois-Points, pamphlet antimaçonnique.
  • Aujourd’hui : usage courant en France et dans de nombreux pays, très rare dans la maçonnerie anglaise.

Le triangle et le nombre trois

abréviation, triangle, triponctuation

Disposés en triangle, les trois points renvoient au delta qui orne l’Orient de nombreuses loges et à l’importance du nombre trois dans la maçonnerie : trois grades symboliques, trois Grandes Lumières, trois piliers, Sagesse, Force et Beauté, trois officiers principaux. Les commentateurs y lisent l’équilibre de deux forces opposées résolu par un troisième terme, ou la triade passé, présent, avenir. Certains auteurs y voient aussi la disposition du Vénérable et des deux Surveillants dans la loge.

Les « frères trois-points »

Signe d’appartenance, la triponctuation est vite devenue un signe de reconnaissance pour les adversaires. Au XIXe siècle, les polémistes antimaçonniques parlent des « frères trois-points ». En 1885, Léo Taxil, avant sa célèbre mystification, publie sous ce titre un pamphlet à grand tirage. Le sobriquet, conçu comme une insulte, a fini par être repris avec humour par les maçons eux-mêmes.

Un usage surtout français

La maçonnerie anglaise n’a jamais adopté les trois points, qui restent une singularité de la tradition française, largement diffusée en Europe continentale, en Afrique, en Amérique latine et, de façon croissante, aux États-Unis. On les retrouve sur les planches, les convocations, les correspondances et jusque dans les signatures de certains maçons, qui ajoutent les trois points après leur nom.

Le saviez-vous ?

Au XIXe siècle, de nombreux notables, maçons ou non, ornaient leur signature de points ou de traits. Cette mode des paraphes explique en partie que l’on ait parfois attribué à tort une appartenance maçonnique à des personnages historiques sur la seule foi de leur signature.

Pour approfondir : ouvrages de référence

  • Jean-Marie Ragon, Orthodoxie maçonnique, Paris, 1853.
  • Daniel Ligou (dir.), Dictionnaire de la franc-maçonnerie, Presses universitaires de France, 1987 (rééd.).
  • Léo Taxil, Les Frères Trois-Points, Paris, 1885.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Delta rayonnant, Trois, Parution de « La Franc-maçonnerie dévoilée et expliquée » de Léo Taxil, 1887 (date historique), Suspension des réunions du Grand Orient de France après le coup d’État, 10 décembre 1851 (date historique), Triangle.

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Glossaire de la franc-maçonnerie

T comme Troisième degré en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le troisième degré, ou grade de maître, est le dernier des trois grades symboliques de la franc-maçonnerie, après ceux d’apprenti et de compagnon. Il est centré sur la légende de l’architecte Hiram, assassiné par trois mauvais compagnons sur le chantier du Temple de Salomon, que le récipiendaire revit symboliquement. Le maître acquiert la plénitude des droits maçonniques : il vote, peut être élu aux offices et participe à la transmission. Apparu dans les années 1720, ce grade donne à la maçonnerie spéculative son grand mythe de la mort et de la renaissance.

Un grade apparu au XVIIIe siècle

Tablier de Maître au Rite Écossais Ancien et Accepté, un des deux rires pratiqués par Lithos
Tablier de Maître au Rite Écossais Ancien et Accepté, un des deux rires pratiqués par Lithos

Les loges opératives et les premières loges spéculatives ne connaissaient que deux grades, apprenti entré et compagnon du métier, le titre de maître désignant d’abord une fonction. Le grade de maître apparaît à Londres dans les années 1720, et la légende d’Hiram est révélée au public pour la première fois en 1730 par la divulgation de Samuel Prichard, Masonry Dissected. La structure en trois degrés s’impose ensuite dans toute l’Europe.

La légende d’Hiram

La Bible mentionne Hiram, fils d’une veuve de la tribu de Nephtali, artisan du bronze envoyé par le roi de Tyr pour le chantier du Temple. La maçonnerie en a fait l’architecte du Temple, détenteur du mot des maîtres. Selon la légende, trois compagnons veulent lui arracher ce mot pour obtenir un salaire indu ; il refuse et meurt sous leurs coups. Son corps est caché, puis retrouvé grâce à une branche d’acacia ; le mot de maître est perdu et remplacé par un mot substitué. Les noms des meurtriers et les détails varient selon les rites.

Le sens de la mort symbolique

Au troisième degré, le récipiendaire ne se contente pas d’écouter la légende : il la vit. Il incarne Hiram, meurt symboliquement et est relevé par ses frères. Ce passage par la mort fait écho aux mystères antiques et aux rites de passage : l’homme ancien meurt pour qu’un homme nouveau naisse. Les trois mauvais compagnons ont été lus comme l’ignorance, le fanatisme et l’ambition, ou comme les passions qu’il faut vaincre en soi. Hiram, fidèle jusqu’à la mort, incarne la loyauté à la parole donnée.

Symboles du grade

  • L’acacia : plante qui marque la tombe d’Hiram, symbole d’immortalité et de souvenir.
  • La chambre du milieu : lieu où se réunissent les maîtres.
  • Le compas : à ce degré, ses deux branches passent au-dessus de l’équerre, signe que l’esprit domine la matière.
  • La parole perdue : le mot substitué rappelle que la vérité reste à chercher.
  • Le décor : tablier propre au grade et, dans plusieurs rites continentaux, cordon de maître.

Les droits et devoirs du maître

Troisième degré

Le maître participe à toutes les décisions de la loge, y compris l’admission des profanes et les augmentations de salaire. Il peut être élu Vénérable ou officier. Il a la charge d’accompagner les apprentis et les compagnons, de leur transmettre ce qu’il a reçu. La tradition rappelle que l’âge symbolique du maître est de « sept ans et plus » : il n’a pas fini d’apprendre, il commence au contraire un travail plus libre et plus personnel.

Le troisième degré et les hauts grades

Le grade de maître est le dernier des degrés symboliques, mais il ouvre sur d’autres systèmes : ordres de sagesse du Rite Français, degrés du Rite Écossais Ancien et Accepté jusqu’au 33e, Arche royale, Rite Écossais Rectifié. Beaucoup de ces grades reprennent la légende d’Hiram et la quête de la parole perdue. Il reste toutefois admis, dans toutes les obédiences, qu’aucun grade n’est supérieur à celui de maître en dignité maçonnique.

Interprétations

La légende d’Hiram a suscité une abondante littérature. Les uns y lisent un mythe solaire, Hiram figurant le soleil qui meurt en hiver et renaît au printemps ; d’autres, un drame moral, où la fidélité triomphe de la violence ; d’autres encore, une transposition des mystères antiques d’Osiris ou d’Éleusis. Les historiens rappellent que la légende est une création du XVIIIe siècle, sans fondement biblique pour le meurtre. Sa force tient précisément à son caractère symbolique : elle ne demande pas d’être crue, mais d’être vécue et méditée.

Le saviez-vous ?

La divulgation de Prichard, en 1730, eut un succès tel qu’elle fut rééditée de nombreuses fois et servit probablement d’aide-mémoire à des loges elles-mêmes. Ironie de l’histoire, un texte publié pour dévoiler les secrets maçonniques a contribué à fixer et à diffuser le rituel qu’il voulait ridiculiser.

À retenir

  • Le troisième degré confère la maîtrise et la plénitude des droits maçonniques.
  • Il est centré sur la légende d’Hiram, revécue par le récipiendaire.
  • Il apparaît dans les années 1720 ; la légende est divulguée en 1730 par Prichard.
  • Il est le fondement de nombreux hauts grades et de la quête de la parole perdue.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Hiram, Élection de Carl Fredrik Scheffer comme Grand Maître national de Suède, 1753 (date historique), Acacia, Chambre du Milieu, Parole perdue, Mot Sacré, Augmentation de salaire….

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