M comme Mot Sacré en Franc-maçonnerie

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Glossaire de la franc-maçonnerie

Le mot sacré est, en franc-maçonnerie, le mot propre à chaque degré, transmis lors de la cérémonie qui le confère et qui en résume le sens symbolique. Distinct du mot de passe, il ne se prononce pas à la légère : il se communique selon une manière rituelle, souvent épelé lettre par lettre. Aux deux premiers degrés, il est lié aux colonnes du Temple de Salomon ; au troisième, il s’inscrit dans la légende d’Hiram et la quête de la parole perdue. Il est moins un secret qu’un condensé de la tradition du grade.

Signes, attouchements et mots

Mot Sacré
Source : Wikimedia Commons – Prichard, Samuel – Public domain

Le mot sacré fait partie des moyens de reconnaissance que les maçons reçoivent à chaque degré, avec les signes et les attouchements. Les plus anciens textes connus, comme le manuscrit d’Édimbourg de 1696, mentionnent déjà un « mot de maçon » transmis aux initiés. Le système s’est enrichi au XVIIIe siècle avec l’apparition du troisième degré et la distinction entre mot sacré et mot de passe.

Un mot qui ne se prononce pas à la légère

La tradition veut que le mot sacré soit transmis avec précaution : à voix basse, souvent épelé ou syllabé à deux, chacun prononçant alternativement une lettre ou une syllabe. Cette manière de faire fait du mot un partage : nul ne le possède seul, il se reconstitue dans l’échange. Elle rappelle aussi qu’il est un objet de respect plus que d’usage courant.

Les colonnes du Temple

Aux deux premiers degrés, les mots sacrés sont liés aux noms des deux colonnes de bronze qu’Hiram fondit pour le portique du Temple, selon le premier livre des Rois (7, 21). Ces noms hébreux, connus de tous les lecteurs de la Bible, ont été interprétés comme évoquant la stabilité et la force. L’attribution de l’un ou l’autre au premier ou au second degré diffère selon les rites : c’est l’une des inversions classiques entre le Rite Français et le Rite Écossais Ancien et Accepté, qui fait le bonheur des historiens des rituels.

Le mot perdu du troisième degré

Au troisième degré, la légende d’Hiram introduit un thème décisif : le véritable mot de maître est perdu avec la mort de l’architecte, et remplacé par un mot substitué. Le maître reçoit donc un mot qui signale une absence. Cette idée de parole perdue, que l’on cherche sans la posséder, nourrit de nombreux hauts grades, de l’Arche royale aux degrés de perfection du Rite Écossais, où la quête se poursuit. Elle donne au mot sacré une dimension spirituelle : la vérité ultime n’est jamais pleinement dite.

Mot sacré et mot de passe

Mot Sacré
Source : Wikimedia Commons – Francois Vatable – Public domain
  • Le mot sacré exprime le contenu symbolique du degré ; le mot de passe permet de franchir un seuil.
  • Le mot sacré se transmet de manière particulière, souvent épelé ; le mot de passe se donne plus simplement.
  • Les deux sont reçus lors de la cérémonie qui confère le degré.
  • Leur attribution exacte varie selon les rites et les époques.

Secret et divulgations

Depuis les divulgations du XVIIIe siècle, comme le Masonry Dissected de Samuel Prichard (1730), les mots sacrés sont publiés et accessibles à tous. Leur valeur ne réside donc pas dans le secret matériel, mais dans l’engagement de celui qui les reçoit et dans l’expérience rituelle qui les accompagne. Un mot lu dans un livre n’a pas le même poids qu’un mot reçu au terme d’un parcours. C’est ce que les maçons appellent le secret initiatique, par nature incommunicable.

Pour beaucoup d’auteurs maçonniques, le mot sacré est une clé de méditation. Son étymologie hébraïque, ses interprétations, le récit biblique auquel il renvoie forment un ensemble que le maçon est invité à approfondir. Le mot n’est pas une formule magique : il est le point de départ d’un travail, une façon de condenser en quelques lettres ce que le degré enseigne.

Variantes et histoire des rituels

Les mots sacrés ont circulé d’un pays à l’autre, recopiés dans des cahiers manuscrits, traduits, parfois déformés. Les historiens des rituels comparent ces variantes pour reconstituer la filiation des rites : l’inversion des mots des deux premiers degrés entre la maçonnerie anglaise des Modernes et celle des Anciens au XVIIIe siècle, reprise ensuite par le Rite Français d’un côté et le Rite Écossais de l’autre, est l’un des indices les plus utilisés pour suivre la transmission des rituels.

Le saviez-vous ?

La tradition juive tient le nom divin révélé à Moïse pour imprononçable, et son ancienne prononciation pour perdue. Plusieurs auteurs maçonniques ont rapproché la parole perdue du troisième degré de ce nom ineffable, rapprochement développé dans certains hauts grades, notamment ceux qui évoquent la découverte d’un nom gravé dans une crypte sous le Temple.

À retenir

  • Le mot sacré est propre à chaque degré et en résume le sens.
  • Il se transmet de manière rituelle, souvent épelé à deux.
  • Aux deux premiers degrés, il renvoie aux colonnes du Temple ; au troisième, à la parole perdue.
  • Publié depuis le XVIIIe siècle, il tire sa valeur de l’expérience initiatique.

Pour aller plus loin : l’article Wikipédia de référence.

Voir aussi dans le glossaire : Mot de passe, Parole perdue, Colonnes, Hiram, Tuilage.

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